Le mot aujourd'hui est dans le titre car il est essentiel dans notre lecture. Si la dissociationentre la science et la Genèse semble un autre acquis de l'exégèse moderne, dans ce domaine aussi nous pouvons nous souvenir qu'il y a huit siècles, le Zohar, qui est le troisième grand livre du judaïsme après la Bible et le Talmud, disait : Malheur à l'homme qui vient nous déclarer que la Torah nous conte l'histoire du monde et qu'elle nous rapporte les événements des hommes dans cette même période. Le mot Torah, ou enseignement, a une origine qui veut montrer du doigt le chemin. La Torah ne parle pas d'hier mais d'aujourd'hui, elle ne donne pas un enseignement sur le passé mais sur l'actualité. Un passage du Deutéronome commence ainsi. Aujourd'hui, Dieu t'ordonne de mettre en pratique ces lois et ces coutumes. Le commentaire s'interroge sur le mot aujourd'hui : est-ce à dire qu'avant ce texte il n'était pas nécessaire de suivre Dieu ? Voici comment il faut le comprendre : Moïse dit à Israêl : La Torah doit vous être si chère que chaque jour doit être pour vous le jour même de la révélation. Le premier chapitre de la Genèse ne nous dit pas ce qui s'est passé il y a six mille ans (selon le comptage de la Bible) ou quinze milliards d'années (selon les estimation des scientifiques), il parle de ce qui se passe aujourd'hui. C'est aujourd'hui que Dieu sépare le jour de la nuit, le ciel de la terre et les continents des océans. Dans le rituel de Roch Hachannah qui célèbre, au commencement de l'année juive, la création du monde, l'officiant dit, au moins vingt fois dans la journée : C'est aujourd'hui la création du monde.
Les premiers mots de la Genèse disent "Au commencement Dieu crée". Trois mot en hébreu. Berechit bara elohim qui dans l'ordre donnent Au commencement créa Dieu. Les commentaires rabbiniques ont posé la question : pourquoi Dieu n'apparaît il qu'en troisième position ? Pourquoi y a-t-il écrit : Au commencement créa Dieu et non : Dieu créa au commencement ? Cet ordre n'apporte-t-il pas une confusion en suggérant que c'est le commencement qui acréé Dieu ? Non, répondent ils, cet ordre est une marque d'humilité de Dieu qui ne désire pas mettre son nom au début, comme le font les rois, mais au milieu des choses. Et puis, ajoutent-ils, Dieu ne peut pas se connaître en lui-même. Nous ne pouvons l'aborder que par ce qu'il a fait.
La parole de Dieu ne crée pas à partir du néant, elle organise le chaos et peuple la solitude. Cette constatation renvoie à une nouvelle question : Quelle est l'origine du Tohu Bohu ? Deux interprétations s'opposent.
La première position insiste sur la souveraineté de Dieu : il n'y a rien dans l'univers qui échappe à sa royauté. La seconde position présente un Dieu en lutte contre le chaos. Nous en trouvons une expression dans le livre de Job. Lorsque Dieu répond à l'homme qui s'interroge sur l'origine du mal, il lui parle de la création : Est-ce toi qui as mis des verrous à la porte de la mer ? Qui lui a dit : tu iras jusqu'ic mais tu n'iras pas au-delà. Ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots. Dans le Genèse, le tohu bohu est un chaos aqueux. Le livre de Job prolonge cette conception en parlant d'un Dieu dont la paorle créatrice élève une digue pour ocntenir le chaos...
- Une première dit que le Tohu Bohu a été créé par Dieu dans un premier temps, dans une sorte de préliminaire à la création. Lorsque la Genèse dit : Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre, ce'est de ce tohu-bohu initial qu'il s'agit. Rachi de Troyes remarque que le verbe créer (bara) a toujours, dans la Bible, Dieu pour sujet. Il y a donc spécifique de Dieu, c'est la création ex-nihilo, à partir du néant; Dieu a commencé par créer le Tohu Bohu à partir de rien, puis il a organisé le chaos primitif en y mettant de l'ordre et en le peuplant.
- Une seconde interprétation dit que le premier verset est une sorte de générique qui annonce le programme de toute la semaine. Il faut alors le comprendrede la façon suivante : Voici comment Dieu a créé le ciel et la terre : le premier jour il a fait cela, le deuxième... si on s'en tient à cette interprétation, le tohu bohu est antérieur à la création. Dieu n'a pas créé à partir du néant mais à partir du chaos et de la solitude.
Ces deux conceptions ont en commun de s'opposer à la philosophie grecque. Contre la conception qui veut que le monde soit éternel, al création ex-nihilo affirme que Dieu a créé la matière. Contre la conception qui veut que Dieu soit lointain ou radicalement étranger au monde matériel, la création à partir d'un Tohu Bohu primitif affirme un Dieu qui est sans cesse en lutte contre le chaos pour que le monde puisse subsister.
Quelle que soit notre compréhension de l'orgine du tohu bohu, la création de Dieu reste une parole qui met la lumière dans la ténèbre, qui pose de l'organisation dans le chaos, et qui peuple la solitude. Aujourd'hui, toute manifestation de chaos, de ténèbre et de solitude peut-être considérée comme une dé création. (...) Elles s'apparentent à une création négative, en marche arrière. Le mal, le désordre, la ténèbre et lka solitude ne sont pas imputables à Dieu, ils viennent de l'absence de Dieu
La discussion avec Ti'Hamo au sujet de la foi et de la finalité des oeuvres est difficile. En
partie, parce que nous nous soupçonnons mutuellement d'y mettre de la mauvaise volonté, en partie parce qu'elle se déroule sur les commentaires de deux articles à la foi. Pour le
soupçon réciproque, je ne sais pas s'il y a grand chose à faire... Si on ne s'en sort pas, il faudra clore le débat. Mais peut-être les choses seront-elles plus facile si nous nous concentrons
sur un seul article. Je (re)donne donc ici mes réponses aux question qu'il me pose. En gras, ce que je crois être les questions de Ti'Hamo, en italique, des citations de certaines de mes réponses
à ses commentaires.
Est ce que tous nos actes reviennent au même ?
Il y a une différence énorme entre affirmer "rien ne nous séparera de Dieu" et "rien n'éloigne de Dieu". Bien sûr que plein de choses m'éloignent de Dieu, simplement j'affirme que toujours
Dieu m'indiquera la voie pour revenir à lui (la Loi) et qui si je ne revenais pas (par incapacité ou par mauvaise volonté), c'est Lui qui viendrait à moi (la grâce)... Donc bien sûr qu'il y a du
mal mais il sera vaincu.
Ca, il me semble que ça dit clairement que des actes nous éloignent de Dieu, donc la réponse est "Non, tous nos actes ne reviennent pas au même, s'ils ne nous
séparent jamais de l'amour de Dieu, ils ont des conséquences énorme sur notre vie."
Pourquoi Jésus est-il venu ?
Dieu qui se fait homme, c'est pour moi la plus belle expression de l'amour et de la grâce. Puisque je suis incapable de venir à lui en gravissant par mes propres forces l'escalier qui
s'appelle loi, Dieu me rejoint complètement dans ce que j'ai de plus petit, de plus faible de plus éloigné de Lui. Il va même me rejoindre dans le doute ("mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu
abandonné"), la malédiction (la croix) et la mort. Et voilà, la distance qui me séparait de lui (le mal, donc) est complètement anéanti.
Bref, s'il est venu c'est justement pour que les
actions qui m'éloignent de Dieu, n'aboutissent pas à une séparation complète et pour me guérir de ce qui me conduit dans ces actions.
"Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu"
Luc XIX, 10
Et là, à mon tour d'exiger une réponse : selon vous, il a réussi (ou va réussir) complètement ou non ?. Pour moi, sa victoire sera complète (oui, c'est un
futur)
J'avoue trouver un peu surprenant que, quand je dis en large en long et en travers "Jésus Christ nous sauve", vous me demandiez "Pourquoi est-il venu, puisque de toute façon nous sommes
sauvés ?". Alors je vais le redire, dès fois que ce soit pas clair "C'est parce qu'il est venu que nous sommes sauvés et c'est précisément pour nous sauver qu'il est venu
!"
Et je repose une question que j'avais posé suite à un de vos commentaires, je vous cite :
Mais il n'y avait pas besoin que [Jésus vienne meure et ressuscite] puisque depuis le début les hommes vivaient soit en appliquant bêtement des principes étroits et légalistes, soit en s'occupant tranquillement de leurs petites affaires, soit en orgies et courtisanes en offrant des sacrifices humains à Baal....avant de s'en retourner tout gentiment au Père.
La disputatio sur l'autorité du pape contre la sola scriptura continue donc et voici ma réponse au dernier article de Matthieu. En préambule , je note tout de même que cette disputatio a commmencé avec une question "quel fondement biblique à l'infaillibilité pontificale ?" et que je n'ai toujours pas eu de réponse. Ce n'est pas une critique, mais c'est très révélateur sur le fait que, pour Matthieu, les dogmes de son Eglise n'ont pas besoin de s'appuyer sur les textes... C'est d'ailleurs le thème de notre débat.
A propos de ce débat, je suis à peu près aussi curieux de lire les réactions de catholiques quant aux interventions de matthieu que celles des protestants quant aux miennes.
La signification de Sola scriptura
Cette première affirmation de la sola scriptura est donc ici clairement établie contre d’autres sources d’autorité. C'est que la Parole ne nous est guère certaine sinon qu'elle soit approuvée par le témoignage de l'Esprit. Car le Seigneur a assemblé comme par un lien mutuel, la certitude de son Esprit et de sa Parole afin que notre entendement reçoive icelle Parole en obéissance, en y voyant reluire l'Esprit, qui lui est comme une clarté pour lui faire là contempler la face de Dieu ; afin aussi que sans crainte de tromperie ou erreur nous recevions l'Esprit de Dieu, le reconnaissant en son image, c'est-à-dire en sa Parole. L’Institution chrétienne Bref, c’est par l’Esprit Saint que Dieu parle aux hommes à travers les textes bibliques, c’est par l’Esprit Saint que la Bible est venu jusqu’à nous sous la forme du canon que nous connaissons maintenant et c’est par l’Esprit Saint que la Bible devient pour nous parole de Dieu. Je n’ai jamais nié que la Tradition ou le Magistère dont vous vous réclamez puissent être inspirés, ce que je nie c’est qu’ils le soient en permanence.
Tout d’abord, un reproche, Matthieu, non pas sur la rugosité de votre langage (j'ai peur d'être moins courtois que vous dans mes articles ou réactions) mais sur votre refus de prendre en compte ce que je vous dis. Vous maintenez vos arguments contre la sola Scriptura non pas sur la base de ma définition mais sur celle de Jean Sébastien qui , à mon avis, est maladroitement exprimée (même si je ne suis pas sûr que, dans le fond, elle soit si différente de la mienne).
Je maintiens donc mon explication du Sola Scriptura qui ne signifie pas la Bible comme seule autorité mais la Bible comme seule autorité que nous reconnaissons parmi les trois autorités catholiques romaines. Cela me semble assez bien s’exprimer dans cette citation célèbre de Martin Luther :
De plus, à ma connaissance, tous les protestants reconnaissent l’autorité du « témoignage intérieur de l’Esprit Saint ». Deux citations de Calvin, afin que vous ne disiez pas que ma position n’est pas représentative du protestantisme.
L’Écriture et l’Esprit Saint voici les deux sources d’autorité attestées dans l’Écriture et ces deux sources sont nécessaires l’une à l’autre. L’Esprit Saint nous permet de reconnaître à travers la Bible, la parole de Dieu. Et la Bible nous facilite le discernement quant à ce qui vient de l’Esprit Saint et ce qui se réclame mensongèrement de lui.
Effectivement l’Écriture ne dit pas qu’il n’y ait pas d’autres sources d’autorités. Mais une fois de plus vous vous appuyez sur un silence de l’Écriture : « puisque la Bible ne dit pas que ce sont les deux seules sources, c’est qu’elles ne sont pas seules » « puisque la Bible ne dit pas que Marie n’est pas l’Immaculée conception c’est qu’elle l’est ». Et face à ce raisonnement qui est le vôtre, je maintiens le mien : la Bible ne dit pas que Jésus n’avait que deux yeux, cela ne me pousse pas à croire qu’il en aie eu trois…
Nous avons donc bien une Église qui se réclame de deux autorités attestées dans l’Écriture face à une Église qui se réclame d’autorités dont l’Écriture ne parle pas.
La Bible et la tradition
L’Église catholique distingue entre les traditions reçues dans les communautés locales et la Tradition. Difficile donc de défendre la Tradition avec un verset biblique qui parle des traditions, c’est à dire de ce qui se transmettait dans les différentes communautés locales (II Thessaloniciens III, 6 aurait été un brin plus convaincant malheureusement Paul décrit ensuite ce dont il parle en parlant de tradition et cela n’a pas non plus grand chose à voir avec la Tradition dont vous parlez).... Un petit rappel, alors que Paul transmettait comme « tradition » que les chrétiens pouvaient dorénavant manger avec les païens, d’autres apôtres transmettaient le contraire (Galates II, 1 à 15). Prendre la Bible comme autorité ne consiste pas à en sortir un verset de tout contexte pour appuyer son propos sinon, je vous aurai depuis longtemps asséné Colossiens II, 8 (et il me serait assez facile de dresser une longue liste de tout ce qui vient des éléments du monde dans la Tradition catholique romaine) Mais l'interprétation me semblerait aussi fallacieuse que celle que vous faites du passage de théssalonicien. Je vais donc me contenter d’utiliser ce verset comme preuve que quand la Bible parle de tradition, elle ne parle pas forcément de la Tradition comme vous l’entendez. D’ailleurs sur 14 occurrences bibliques du mot « tradition », 10 sont négatives (et, détail important, Jésus oppose toujours tradition et parole de Dieu)
Quant à la citation de II Thessaloniciens II, 15, je me contenterais de lui opposer le Nouveau Catéchisme.
L’unité de l’Église
Tout d’abord, je vais vous remercier de nous avoir reconnus comme Église, c’est en effet un qualificatif que votre pape nous refuse (alors qu’il l’accorde à une autre Église séparée : l’Église orthodoxe). Ensuite, l’unité du corps consiste à ce que tous ses membres soient unis à sa tête. Mes deux mains sont distinctes l’une de l’autre, le plus souvent elles sont séparées mais ce qui les rassemble, c’est d’être reliées à la tête. Or la tête, le chef de l’Église ce n’est pas le pape ou les conciles mais bien Jésus Christ (j’espère que nous serons d’accord sur ce dernier point). C’est cette unité que demande Jésus Christ : que tous restent unis à lui. Donc, encore une fois, quelle autorité avez-vous (pas vous, Matthieu, mais vous catholiques romains) pour affirmer que les protestants sont séparés de Jésus Christ ?
Pour ma part, je dis que les Églises qui sont facteurs de divisions, de désordres dans le corps sont celles qui prétendent en mettre d’autres hors du corps. Sur ce point l’Église catholique romaine a des comptes à rendre et je sais bien qu’elle n’est pas la seule. Mais c’est elle qui par son discours hégémonique met le plus gros frein à la démarche œcuménique et donc le plus gros obstacle à une unité visibles d’Églises différentes.
C’est une différence importante entre nous : vous me voyez comme un frère égaré, je vous vois comme un frère avec lequel je ne suis pas d’accord.
Sinon, j’aime bien votre parabole mais elle s’applique assez bien au protestantisme, pour que nous ayons perduré 5 siècles malgré notre diversité, malgré nos conflits internes, malgré l’absence de toute institution nous fédérant, il faut bien que quelqu’un d’autre nous soutienne.
Quant à la « preuve » temporelle, je ne nie pas l’évidence : le catholicisme romain est plus ancien que le protestantisme. Mais d’une part, le critère d’ancienneté me paraît assez faible : le boudhisme ou l’hindouisme sont bien plus anciens que le christianisme, alors qui les maintient ? Et d’autre part, l'affirmation que le catholicisme est conforme à l’Église telle que la vivaient les apôtres me semble très discutable. Les premiers chrétiens tels que nous les présentent les Écritures et l’histoire n’étaient pas fédérés derrière un pape ou des conciles qui détenaient une autorité infaillible. Ils n’avaient pas de ministères de prêtres ordonnés au sens de « sacrificateurs ». Ils ne vénéraient pas une foule de saints. Ils se réunissaient en des assemblées locales très différentes les unes des autres (plus encore que les protestants actuels). Ils ne liaient pas le vœu de célibat à un ministère… Bref, en bien des points , la Réforme a le droit de se lire comme un retour aux sources (c’est d’ailleurs comme cela qu’elle s’est initialement comprise) et les Eglises évangéliques peut-être plus encore que l'Eglise Réformée. Pour ma part, je préfère dire que nous avons chacun construit des édifices assez différents sur la pierre de fondation qu’est Jésus Christ (je vous renvoie à ma dernière prédication)
Une petite conclusion sur l’Esprit
Un dernier point de désaccord : vous répétez souvent « l’Esprit-Saint ne se contredit pas » comme s’il parlait toujours d’une seule voix. Cependant, de nombreux faits chrétiens ne se lisent pas dans l’affirmation univoque mais dans la tension : à commencer par Jésus Christ qui est pleinement Dieu et pleinement homme. Dieu est tout autre et père. Le Royaume est déjà là et pas encore là. La croix est abaissement et élévation. La résurrection est rupture et continuité. Je ne parle pas là de contradiction mais de tension. On ne peut pas dire le christianisme dans un « ou bien… ou bien.. », il se dit dans un « à la fois ». L’Église peut donc être à la fois une et multiple. Une Église peut-être à la fois fidèle et infidèle, inspirée et faillible.
Cher Matthieu, effectivement, votre réponse est virulente mais j'avoue que cela me change plutôt agréablement du timide ronron que revêtent bien des dialogues oécuméniques. Avant d’y répondre (sans doute de façon virulente aussi) je voudrais formuler plusieurs remarques.
Premièrement, il n’y pas lieu d’être surpris par ma relativisation du Sola Scriptura, elle commence dès Luther, comme je le rappelais dans mon premier article. Et personne ne penserait à nier qu’il existe une tradition protestante. Seulement à la différence de la Tradition catholique, la tradition protestante est toujours contestable.
Deuxième point, il me semble que vous me faîtes tenir des propos qui ne sont pas les miens « Vous affirmez que les chrétiens ne peuvent croire strictement que ce que la Bible enseigne » écrivez-vous, mais je ne crois avoir dit cela nulle part. Non seulement j’ai précisé que Sola scriptura signifie « une seule des trois » (ce qui est très différent d’une seule tout court) Mais j’ai même écrit: « Mais, hormis pour les fondamentalistes les plus extrêmes, les protestants ne confèrent pas à la bible une autorité absolue ».
En fait l’Écriture nous parle de deux sources de l’autorité, l’Écriture et l’Esprit Saint. Alors effectivement, il n’est pas écrit que ce soit les seules mais dans ces cas là, je vous renvoie la question de Micky : « pourquoi s’arrêter à la Bible, pourquoi ne pas reconnaître en plus de la Tradition, le Coran et le livre de Mormon ? » Je vous ferais la même remarque que celle que j’ai déjà faite concernant le traité d’athéologie : il me paraît assez dangereux de lancer une affirmation théologique catégorique (et a fortiori un dogme) quelque chose en se reposant sur un silence de la Bible. La Bible ne dit nulle part que la terre est ronde, cela ne signifie pas qu’elle soit plate…
Quant à vos autres arguments bibliques, ils reposent sur l’affirmation que l’Église catholique romaine est la seule véritable Église, l’unique dépositaire de la Vérité du message de Christ. Affirmation que je réfute catégoriquement puisque l’Écriture et l’histoire nous apprennent que dès le départ les Églises furent multiples et ne vécurent pas toujours en bonne entente. De plus l’Église catholique romaine peut difficilement se poser comme un modèle de vertu par rapport aux autres Églises… Alors bien sûr, l’Église existe avant l’Écriture, mais certainement pas avant la Parole, et cette Église, elle dépasse de très loin nos différentes institutions : je suis membre de l’Église de Jésus Christ autant que vous, Matthieu et c’est cette Église invisible et non pas l’Église catholique romaine (ni l’Église réformée de France, m’empresserai-je de préciser) qui est le pilier et le soutien de la vérité (I Timothée III,15)
En fait ce qui me gène le plus dans la Tradition et le Magistère, telles que l’Église Catholique Romaine la comprend, c’est qu’elles me semblent une manières bien commode de confisquer le pouvoir et même d’emprisonner l’Esprit et l’Écriture… Lorsque l’Écriture se fait gênante par son silence (ou même par ses affirmations, plusieurs citations bibliques sont très embarrassantes pour l’Église catholique) on lui oppose la Tradition. Et cette Tradition, qui la valide ? C’est le Magistère… Autant dire tout de suite que le Magistère a le pouvoir absolu… Pour ma part, je préfère de loin la fragilité protestante et la diversité qui en découle.
Bien sûr, Jésus a sans doute prononcé bien plus de paroles que celles qu’ont gardé les évangiles, bien sûr Paul a très certainement enseigné bien au delà de ce qu’il a écrit. Mais, il faut nous faire une raison, cet enseignement est perdu aujourd’hui. Et il me semble quelque peu malhonnête de l’évoquer à chaque nouveau dogme non bibliquement fondé… L’infaillibilité pontificale en est un bon exemple, à admettre que Pierre fut vraiment nommé son vicaire par Jésus Christ (ce qui est contesté par d’autres passages de l’Écriture), à admettre qu’il ait eu des successeurs (ce qui, sauf erreur de ma part, n’est pas mentionné dans les textes) comment peut-on en venir à l’affirmation que le pape est infaillible ? L’Écriture nous montre constamment un Pierre qui est tout sauf infaillible, y compris après la mort et la résurrection du Christ, y compris après la Pentecôte (Galates II, 11 à 14). Bref, comme vous le fait remarquer un de vos lecteurs catholiques, j’ai bien peur que vous n’en veniez facilement à préférer la Tradition à l’Écriture… Pour ma part, je trouve que non seulement la Tradition telle que la comprend Vatican ne se fonde pas sur les textes bibliques mais que les textes bibliques la contredisent à bien des égards...
Cher Matthieu, avec un brin de jésuitisme, vous répondez à ma question : sur quelles bases bibliques fondez-vous l'autorité du pape ?, par une autre question. Sur quelle base biblique fondez-vous le Sola scriptura ?, m'interrogez vous.
C'est effectivement avec cette question que les théologiens catholiques entendent démontrer l'autorité de la Tradition. Il faut bien, disent-ils, que la Tradition ait une autorité pour avoir établi le canon, c'est à dire avoir défini quels étaient les textes ayant autorité. Le Sola scriptura ne peut suffire. C'est d'une logique irréfutable.
Ce que signifie vraiment Sola scriptura
Sauf que... "Sola scriptura" ne signifie pas l'Ecriture et rien que l'Ecriture. . L'expression Sola Scriptura exprime un refus de l'autorité de la Tradition (comprise par l'Eglise Catholique Romaine comme un pan non écrit de la Révélation qui se transmettrait depuis les apôtres aux évêques et aux prêtres par l'imposition des mains et la succession apostolique) et contre le Magistère (l'autorité donnée aux conciles et au pape de trancher ce qui est conforme à la Révélation et ce qui ne l'est pas). Ainsi parmi les trois sources d'autorité reconnues pas l'Eglise Catholique Romaine, l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, les protestants n'en reconnaissent qu'une seule, l'Ecriture, d'où le slogan Sola scriptura.
Le témoignage intérieur du Saint Esprit
Mais, hormis pour les fondamentalistes les plus extrêmes, les protestants ne confèrent pas à la bible une autorité absolue. Ce serait oublier le travail considérable des exégètes et théologiens protestants (ainsi que catholiques et orthodoxes souvent cités dans le protestantisme) et surtout ce serait dénier la puissance et la liberté absolue de l'Esprit (attestée clairement dans l'Écriture). Luther allait jusqu'à écrire qu'il mènerait le Christ au combat contre l'Écriture dans le cas ou les adversaires mèneraient l'Ecriture au combat contre le Chris.
C'est cet l'Esprit Saint qui a inspiré la formation du Canon, et l'Esprit Saint qui nous donne de reconnaitre l'autorité de ce Canon (j'ai déjà signalé que je reçois les apparentes faiblesses de la Bible, ses contradictions internes, sa diversité de théologie comme autant de signes du travail de l'Esprit. Quand une institution humaine veut se donner un texte de référence, elle se donne un texte fort et incontestable).
Quand la Bible parle d'elle-même
Pour répondre à votre question : comment fondez-vous bibliquement l'autorité de la Bible ? je laisserais donc parler les textes :
Ainsi (j'aurai pu trouver d'autres exemples) la Bible nous dit, elle même, ce qu'elle est : un témoignage, ou plutôt des témoignages de la façon dont les premières communautés ont reçu la révélation de Dieu. Parce que nous croyons que le canon est inspiré, nous croyons que ces témoignages sont premiers (pas forcément au sens de chronologique mais au sens de principaux) et que toute affirmation théologique, toute doctrine doit pouvoir s'appuyer sur l'Ecriture et sur une interprétation intelligente et argumentée (ce qui disqualifie à nos yeux des dogmes tels que l'assomption, l'immaculée conception ou l'infaillibilité pontificale qui ne peuvent prétendre trouver leur source dans l'Ecriture). En effet, ces textes nous sont donnés comme témoignages, c'est à dire des propos subjectifs, inscrits dans une époque et un contexte donné, écrit dans un but précis. Ce qui rend nécessaire une interprétation constante pour recevoir la Parole comme une parole vivante. Ainsi, le "sola scriptura" débouche-t-il sur une autre affirmation capitale du protestantisme : semper reformanda, une Église toujours à reformer.
Voilà, j'espère avoir été assez clair pour ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout et avoir montré, pas trop maladroitement, un des points importants de l'identité protestante, le rapport à la Bible.

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