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Identité visuelle et ronchonnage

7 Novembre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

egliseunie_logo_10cm.pngL’Eglise protestante unie s’est donc donné son identité visuelle. Bien. Mais j’ai quand même envie de ronchonner un peu, sinon, ça ne vaudrait même pas un article.

D’un tweet rageur, j’ai eu un peu envie de faire remarquer qu’après son identité juridique et son identité visuelle, il ne lui reste plus qu’à trouver son identité confessante. Mais je préfère être positif et reconnaître que  parce que la parole que nous porterons est bien plus importante que le logo sur nos papiers à lettre et nos affiches, il vaut mieux que nous passions plus de temps à construire notre déclaration de foi qu’à trouver notre identité visuelle (« identité visuelle »… là, je vais pas me gêner pour persifler que ça fait horriblement branchouille et pompeux)

L’impression de fractionnement que j’ai eu à la première vision s’estompe au fur et à mesure que je m’habitue et de toute façon ce nouveau logo est bien moins laid que l’ancien… Je crains juste qu’il soit un peu trop à la mode et donc condamné à être dépassé d’ici une dizaine d’année.

Par charité chrétienne, je ne dirai rien du clip de présentation (en même temps, c’est sûr qu’une « identité visuelle », ça méritait un clip de présentation) et je vais attendre de voir la ligne budgétaire pour râler…

Foin de persiflage, il est pas mal ce nouveau logo… Mais ce qui me gêne vraiment, c’est l’explication qu’on nous colle avec. Alors quoi ? On va être privé du plaisir d’interpréter, de lire et de dé-lire ce logo comme on ne s’est jamais privé de le faire pour la croix huguenote ? (Tiens, une idée comme ça, je devrais faire une recherche et collectionner les interprétations de la croix huguenote). Alors quoi ? C’est ça, la nouvelle identité protestante : l’interprétation qui est livrée avec le texte ?

Bien sûr, ce n’est pas très grave mais quel dommage de n’avoir pas laissé un peu de place à notre imagination pour nous approprier ce logo, pour ne pas en faire seulement le travail d’un graphiste, mais vraiment notre logo, celui par lequel nous disons ce que nous sommes plutôt que celui qui nous dit ce que nous sommes…

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Mangez le si vous voulez

5 Octobre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Mangez-le.jpgLe crucifié du Golgotha - collègue d'Alain - pend au mur.

Jean Teulé

 

Une belle journée d'août 1870, Alain de Moneys se rend à la foire de Hautefaye. Il n'en reviendra pas. Il sera battu, torturé puis brûlé par une foule comprenant des voisins et des amis. La lecture du récit de cet horrible fait-divers est à peu près aussi éprouvante que le visionnage de La passion du Christ ( peut être même plus : les mots désamorcent moins la violence et l'horreur que les images). Pourtant, ce n'est pas au Calvaire que je pense en lisant Jean Teulé, mais plutôt au double assassinat d’Echirolle, un autre meurtre collectif de victimes identifiées comme représentant l'autre. Sofiane et Kevin ont sans doute été tués parce qu'ils venaient de l'autre quartier, Alain de Moneys a été tué par une foule qui avait décidé de faire de lui un prussien…

Teulé nous dépeint bien l'aveuglement de cette foule, son invraisemblable incapacité à reconnaître Alain de Moneys, connu et apprécié sous les traits de celui qui lui a été désigné comme prussien. En ce temps de canicule et de guerre, il fallait un bouc émissaire.

Mais de manière tacite, le récit de Teulé nous interroge : le lynchage d'Alain de Moneys nous aurait-il paru moins atroce si celui-ci avait vraiment été un prussien, s'il avait vraiment crié "A  bas la France" ? Peut-être après tout ce crime aurait été moins atroce parce que moins incompréhensible. Torturer le jeune et sympathique Alain de Moneys nous paraît une folie alors que s'agissant d'un sympathisant prussien, l'opinion publique de l'époque aurait été moins révoltée ( sans doute se serait-elle contenté de grincer les sourcils face à l'excès), et à supposer que le fait divers soit remonté jusqu'à nous, nous serions contenté d'évoquer la barbarie d'une époque révolue ( fin du XIXe siècle !).

Poser la question sous cet angle, c'est nous confronter à notre propre pulsion de violence, à ce feu qui couve sourdement en nous et ne demande qu'à s'embraser pourvu qu'on lui présente une victime qu'on pourrait ne plus identifier comme humaine.

Finalement, nous pousser à toujours reconnaître l'autre comme un prochain, comme à l’image de Dieu, comme un visage du Christ, comme un frère est peut-être la seule barrière efficace contre la violence.

 

Jean Teulé : Mangez le si vous voulez. Ed Juliard

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La prière, ça marche pas

8 Juillet 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 8 juillet 2012

Ezéchiel II, 2 à 5

II Corinthiens XII ; 1 à 10

Marc VI 1 à 6

 

« Monsieur le pasteur, j’ai prié mais ça marche pas »J’entends régulièrement cette remarque (finalement, peut être pas aussi souvent que je le voudrais… Après tout, une phrase qui commence par « J’ai prié… », c’est toujours bien à entendre). La prière, ça marche pas. Je pense que c’est un constat que tout chrétien fait au moins une fois dans sa vie. Non ?

Je sais bien que de telles choses ne se disent pas aussi brutalement, en tout cas, pas en chaire.

Pourtant les textes de ce matin nous racontent des échecs de prières, ils nous en donnent deux interprétations différentes et relèvent une seule et même attitude.

 

« Il guérit quelques malades en leur imposant les mains »… Bien sûr, on pourrait remarquer que ces quelques malades guéris font un pas si mauvais score. Mais Marc nous montre bien un Jésus en situation d’échec dans sa contrée natale : « Il ne pouvait faire là aucun prodige ». Ainsi, Jésus n’a pas toujours pu guérir… Et nous pouvons penser à tous ces malades que nous aurions aimé voir soulagés de leur maux, nous pouvons penser à ces maladies contre lesquelles nous nous sommes arque boutés à la force de nos prières. Sans que cela ne donne rien. Attention, nous ne devons pas oublier les quelques malades qui ont été guéris, nous ne devons pas oublier nos prières exaucées. Mais cela n’amoindrit pas vraiment le poids de celles qui ne l’ont pas été…

« Par trois fois j’ai demandé à Dieu d’éloigner de moi cette écharde dans ma chair ». Nous ne savons pas de quelle écharde parle Paul, les interprétations vont d’une maladie chronique à une épouse qui ne se serait pas convertie au christianisme… Mais qu’importe, nous savons tous ce que c’est que porter une écharde dans notre chair, nous savons ce que c’est qu’être blessé, rongé au point que c’en est douloureux physiquement par l’angoisse, le remords, les regrets, les tentations. Nous savons tous ce que c’est qu’une blessure dont on n’arrive pas à se sentir libre, une douleur lancinante qui revient sans cesse… Il nous suffit donc de savoir que Paul a connu semblable douleur, qu’il a demandé à Dieu de l’en délivrer et que cette délivrance lui a été refusée.

Bref, dans ces deux situations, Marc et Paul nous le disent : la prière, ça marche pas toujours.

 

Et Marc et Paul expliquent, chacun à leur manière, cet échec de la prière.

Marc associe, implicitement, la situation d’échec à l’absence de foi des habitants de Nazareth. J’avoue que cette explication de l’échec de la prière me gène toujours un peu. D’abord parce qu’à la déception de la prière non exaucée, à la douleur de la maladie non guérie, elle ajoute une pincée de culpabilité : « c’est de votre faute, vous n’aviez qu’à croire plus »… Ensuite parce qu’elle fait courir le risque de rabaisser les prodiges accomplis par Jésus au rang de vulgaire tour de charlatan : « l’esprit de Victor Hugo ne veut pas faire tourner le guéridon car il y a parmi nous un esprit fort ».

Mais quelles que soient mes réserves, je dois bien admettre que cette explication est celle de Marc (ainsi que de Matthieu). Et puis, c’est vrai qu’un médecin ne peut pas guérir un malade qui ne veut guérir.

En tout cas, il faut tout de même souligner deux points. Tout d’abord, contrairement à l’usage qui a été fait par la suite de ce texte, Marc ne s’étend pas beaucoup sur le lien entre manque de foi et prière non exaucée. Il se contente de le relever et de s’étendre sur les raisons de ce manque de foi : « Nul n’est prophète en son pays »…

Ensuite, l’explication de Marc face au non exaucement de la prière, n’est pas la seule : Paul non plus n’a pas été exaucé dans sa prière et il en donne une toute autre explication. En effet, pour Paul, ce n’est pas le manque de foi, qui est en cause. C’est simplement que cette écharde dans sa chair va être pour lui l’occasion de découvrir une nouvelle encore plus porteuse de vie que ne l’aurait été la délivrance : la nouvelle d’un Dieu qui agit dans la faiblesse et non dans la force, d’un Dieu devant lequel nous pouvons être sans masque, sans orgueil, sans plastronner…

 

Malgré leur grande différence, un point commun rassemble ces deux interprétation de l’échec de la prière : les deux invitent à un déplacement, à un changement de perspective. Marc souligne que c’est l’incapacité des gens de Nazareth à voir Jésus autrement que comme le fils du charpentier qu’ils ont toujours connu qui cause leur manque de foi. Et c’est vrai que mieux nous connaissons quelqu’un, moins nous sommes capable de le reconnaître comme autre, comme porteur d’une parole potentiellement nouvelle et rénovatrice. C’est vrai que nous avons souvent tendance à enfermer l’autre dans ce que nous savons de lui. « Je sais ce que tu vas dire » est une sentence sans appel qui tombe souvent en couple, en famille ou entre amis… En s’étonnant du manque de fois de ses compatriotes, Jésus ne les condamne pas, il les invite à transformer leur regard sur lui.

On retrouve le même changement de regard chez Paul qui va passer d’une projection d’un lui-même fort et invulnérable qu’il souhaite devenir à l’acceptation de l’homme blessé et meurtri qu’il est mais qui est tout de même appelé par Dieu pour être témoin de sa Bonne Nouvelle.

 

Et il y a un autre point commun, beaucoup plus évident. Jésus parcourait les villages des environs en enseignant. Paul n’a pas interrompu ses voyages et sa mission. L’échec constaté de la prière n’a pas été un coup d’arrêt, ni pour Jésus, ni pour Paul.

 

Frères et sœurs, c’est vrai parfois, la prière ne marche pas. Et c’est vrai que notre slogan ne peut pas être celui des marabouts « satisfaits ou remboursés ». C’est vrai que cette réalité parfois nous blesse. Mais que ce constat ne nous arrête pas, que cette prière qui ne marche pas, nous aide, au contraire à nous mettre en marche, qu’elle nous aide à changer de regard sur nous-même et sur Dieu. Et que nous reprenions notre parcours de foi et de vie

 

Amen

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Tite et Paul, frères amis

1 Juillet 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 1er juillet 2012

Psaume 133

II Corinthiens I 23 à 13

II Corinthiens VII, 2 à 16

 

Paul sent la colère le submerger à nouveau alors que les paysages de Grèce lui rappellent Corinthe. En fait sa colère n’est jamais vraiment retombée depuis l’insulte qu’il a reçue comme une gifle de là-bas. La lettre cinglante avec laquelle il a riposté n’a rien véritablement arrangé. A la colère, se mêle maintenant le remords, la crainte de s’être mis toute la communauté de Corinthe à dos, la peur d’avoir été trop dur avec son adversaire, d’avoir été trop vif, une fois encore… Il sait pourtant bien qu’il devrait se méfier de sa plume et de son caractère.

Et ce bouillonnement intérieur l’accompagne dans ses voyages. Certes, il y a des moments d’apaisement, des temps où il peut se concentrer sur sa mission, sur l’annonce de Bonne Nouvelle, il y a de belles rencontres mais souvent, pendant les heures creuses, pendant les nuits, pendant les temps de marche et de navigation, la colère et la tristesse reviennent, l’empêchant de savourer les joies, rendant les déceptions plus amères ; une colère et une tristesse qui l’enferment dans lui-même, le plongeant dans la solitude même au cœur des communautés si généreuses de Macédoine…

Et puis, voilà que Tite arrive enfin. Tite, l’ami, le compagnon, Tite que Paul avait raté à Troas, et qui le retrouve finalement en Macédoine. La lumière éclatante de la journée s’est adoucie, le soir embaume encore de la chaleur du jours et de l’odeur des figues, un baiser fraternel, les retrouvailles à une terrasse autour d’un lait de chèvre ou d’un vin de Grèce, des olives peut-être, le chant des cigales et les nouvelles échangées, d’abord de l’un et de l’autre « comment vas-tu ? Comment s’est passé ton voyage» puis celle des amis  « As-tu croisé Silas ? Que devient Timothée ? As-tu des nouvelles  de Barnabas ? » et enfin celle des communautés. Oui, voilà Tite et tout s’apaise. La présence de l’ami suffit à elle seule à calmer les colères et les rancoeurs les plus vives. Et Paul se sent léger, il sent le pardon germer en son cœur, cette impression d’un nœud qui se dénoue, d’une blessure qui s’envole, d’une douleur qui s’évanouit…

Et quand Tite parle de Corinthe, c’est en porteur de bonnes nouvelles, les corinthiens ont donné raison à Paul, ils ont reconnu leurs erreurs, ils se sont désolidarisés de l’offenseur. Mais de toute façon, Paul avait déjà pardonné, il sait déjà quels seront les mots de sa prochaine lettre : « Je me réjouis d’avoir en toute choses, confiance en vous »

 

***

Il nous faudrait Pagnol pour tourner cette scène avec une musique de Georges Brassens…

***

Dans ces petits morceaux d’humanité qui transparaissent à travers la seconde lettre aux Corinthiens (Paul est finalement moins bavard sur sa vie que mon imagination qui vagabonde), je reçois un témoignage très profond, peut-être plus convaincant que les plus grands arguments théologiques.

Un récit d’édification nous aurait sans doute expliqué que Paul avait trouvé le réconfort et la force de pardonner dans la prière, dans la lecture des Ecritures, dans la médiation sur l’enseignement du Christ, ou, au moins, dans la communauté des frères. Il aurait insisté : « Quelle merveille, cette Eglise du Christ où l’on trouve tout repos et tout apaisement ». Mais Paul, ne se lance pas dans l’édification, il nous parle de sa vie, de sa réalité, il nous dit la blessure profonde que lui a infligé un frère de Corinthe, il nous fait sentir sa solitude au milieu des frères et sœurs de Troas, au milieu des communautés de Macédoine. Bref, il nous montre une Eglise pas toujours fraternelle. Une Eglise sans doute semblable à la notre, imparfaite, parfois conflictuelle… C’est toujours rassurant de savoir que l’Eglise a toujours été ainsi, pleine de scories et de défaut, et qu’elle s’est pourtant maintenue au cours des siècles. J’y vois un signe de la grâce de Dieu, bien plus que dans le récit d’une Eglise idéalisée…

Mais la solitude ressentie à Troas et en Macédoine m’interpelle plus encore que la blessure infligée à Corinthe : même fraternelle, accueillante, conviviale, une Eglise n’est pas un groupe d’amis. Si c’est le langage de la famille, de la fraternité que nous employons en Eglises, plus facilement que celui de l’amitié, c’est que, comme le chante Renaud « On choisit ses copains mais rarement sa famille ». L’Eglise n’est pas un cercle de gens que nous avons choisis, avec lesquels nous nous entendons bien. Et c’est une chance et une exigence car cela nous permet et nous pousse à être plus ouverts en tant que communauté : pour devenir ami, il faut du temps, il faut s’apprivoiser, dirait le renard de Saint Exupéry mais pour devenir membre d’une famille, il suffit de naître… Nous sommes appelés à regarder et accueillir ceux qui s’approchent de nous, non pas comme des amis potentiels (en se demandant si nous aurons des atomes crochus, des affinités, des points communs) mais simplement comme des enfants d’un même père.

 

Mais c’est aussi une faiblesse. Paul s’est senti seul à Troas et en Macédoine, il n’y a pas trouvé de consolation. Et ce n’est pas de la faute de ces Eglises, elles n’ont pas failli, elles n’ont pas démérités. Mais simplement, parfois, l’humain a besoin de plus que de la fraternité, il a besoin d’affinités, d’atomes crochus, de ce lien profond et difficilement explicable qu’est l’amitié (à propos de son amitié avec La Boetie, Montaigne écrivait « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »). Tite va donner à Paul un réconfort, un soulagement que les frères et sœurs de Troas et de Macédoine n’ont pas su lui apporter, parce qu’en plus d’être un frère pour Paul, Tite est l’ami de Paul. Mais il est très important de bien comprendre qu’il n’y a là aucune critique, aucun reproche contre les communautés de Troas et de Macédoine. L’Eglise n’est pas appelée à pourvoir à tous les besoins de l’humain. On peut-être tout à fait à sa place dans une Eglise sans y avoir d’amis… Bien sur cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas vivre l’amitié dans l’Eglise, dans une communauté locale, simplement, cela n’est pas obligatoire. L’amitié et la fraternité sont deux choses distinctes.

 

Lorsque nous disons que l’Eglise n’est pas un cercle d’ami, cela ne signifie pas qu’il faille dénigrer l’amitié ou la rejeter, bien au contraire ! C’est pour cela que je trouve très beau qu’au détour d’un enseignement aux corinthiens, Paul laisse comme échapper ce morceau de vie. Il nous montre ainsi que si Dieu nous donne des frères et des sœurs, il nous donne aussi des amis.

Oui, Dieu nous donne l’amitié, comme un baume sur nos blessures, comme une oasis sur notre route, comme un repas où reprendre des forces. Il nous donne l’amitié comme un temps de joie et de partage. Il nous donne l’amitié comme une nouvelle occasion de lui rendre grâce.

 

Aussi, vous qui êtes frères et sœurs, ne négligez pas vos amis, ne dédaignez pas ces temps d’amitié. Que vos amis partagent votre foi, qu’ils prient différemment, remerciez Dieu qui les a mis sur votre route. Puisez dans votre amitié, les forces du pardon et de l’amour du prochain et surtout, vivez votre amitié comme une célébration du Dieu de la vie.

Amen

 

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Qui suis je ?

28 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 juin 2012

 

 

Psaume 139

 

Il est toujours difficile de prêcher sur les psaumes : ce sont des poèmes et ce sont des prières, deux genre littéraires qu’il est sans doute dangereux de trop analyser et décortiquer : parce qu’ils échappent à notre rationnel, le risque est grand en les démontant de leur faire perdre leur substance…

Pourtant, je voudrais ce matin faire une erreur de débutant et ouvrir une prédication par une remarque d’ordre « technique » qui a son importance. La tentation est grande de découper le psaume en deux. Faire des versets 19 à 24 un psaume à part… C’est vrai que ce « Dieu ! Si tu voulais massacrer l’infidèle » tombe un peu comme un cheveux sur la soupe et vient nous troubler dans notre médiation… Mais je vais garder au psaume son unité, d’abord parce que c’est ainsi qu’il a été conservé dans le corpus des psaumes, ensuite parce que le vers final « Scrute moi et connais mon cœur répond parfaitement au premier vers tu me scrutes et tu me connais », enfin parce que ces deux parties ont en commun un vocabulaire rare dans la Bible. Oui, tant au niveau du vocabulaire qu’au niveau de la pensée on trouve dans ce psaume 139, un fort apport de l’étranger, une perception du monde qu’Israël a très bien su adapter à sa foi mais qui n’en reste pas moins une perception étrangère, nouvelle… Ainsi, par une merveilleuse ironie, si la finale de ce psaume nous évoque un fort replis sur soi, le psaume tout entier reste un très bel exemple de la richesse du croisement des cultures… L’influence étrangère perceptible dans la beauté de ce psaume désarme son aspect le plus gênant…

Maintenant que je vous ai partagé cette remarque de spécialiste, nous pouvons la mettre de côté.

 

Personnellement, quand je lis ce psaume, avant d’entendre un plaidoyer pour le métissage culturel, avant d’entendre une théologie inhabituelle en Israël, j’entends le portrait du psalmiste… Je l’entends me parler de ses triomphes, de ces moments où il lui semble gravir, seul, les cieux, être au pinacle, à l’apothéose de sa vie. Et je pense à mes propres succès, ce ne sont peut-être pas des temps d’apothéose, je n’ai peut-être pas le sentiment d’avoir escaladé le ciel mais ces temps de joie profonde, ce sentiment d’accomplissement personnel, cette joie mêlée de fierté, je les connais…

Je l’entends me parler de ses fuites, de ces moments où il voudrait tout lâcher, simplement renoncer. Et je pense à mes propres envies de renoncement, aux moments où je voudrai simplement m’allonger et tout laisser aller. Je ne souhaite pas forcément être englouti par les ténèbres ou descendre au séjour des morts, mais ces temps de lassitude, de fatigue intense, de désespoir, de « juste ras-le-bol » je les connais.

Je l’entends me parler de sa routine, de son dodo (tu connais mon coucher), de son boulot (et mon lever) et même de son métro (tu surveilles ma route). Et je pense à mes propres habitudes, à mon propre quotidien, à ces étapes que je passe presque sans y penser, à ces jours qui se cochent sur mon calendrier… Je pense à mes projets, je pense à mes paroles. A des milliers d’années du psalmiste, je connais ce sentiment de quotidien mêlé de projets…

Je l’entends me dire ses incompréhensions qu’il transforme en haine. Et je me dis que si je n’ai pas de haine parfaite (sans doute suis-je trop superficiel), je connais quand même bien ce sentiment de surprise et d’énervement face à des gens dont je n’arrive pas à comprendre la pensée, les opinions… « Comment peut-on être ______________ » (mettez ici le courant de pensée de votre choix)

Mais surtout j’entends sa question, cette énigme qu’il se pose, qui le dépasse «mystérieuse connaissance, j’ai été fait dans le secret ! que tes projets sont difficiles pour moi ! ». La grande question du psalmiste,  c'est qui suis-je ?

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle est la valeur de ma vie ? Cette question est la mienne aussi. Qui suis-je ?

Suis je le produit de mon ascendance et de mon histoire ? Sans doute. Suis-je ce que je fais,  la somme de mes succès et de mes échecs ? Sans doute. Suis-je ce que mes amis et mes ennemis disent de moi ? Sans doute. Suis-je l'équilibre entre mes projets et mes décidément, entre mes rêves et mes lucidités ? Sans doute.

Sans doute suis-je un peu tout cela. Mais j'ai aussi la conviction profonde d'être bien plus encore, sans pourtant vraiment savoir qui est ce être que je suis...

Oui, je me retrouve bien dans le mystère que le psalmiste perçoit autour de son existence, dans cette question implicite, ce "qui suis-je ?" qu'il se pose..

 

Et paradoxalement, c'estdans cette question que le psalmiste découvre sa foi. En effet, en explorant sa vie, en visitant ce tourbillon d'échecs et de succès, de confiance et d'abdandon, ce torrent de vie qui saute du sommet à l'abîme, de la lumière à l'obscurité, de la certitude au brouillard, de la joie la plus profonde au chagrin le plus absolu, le psalmiste découvre une constante, une seule : Dieu est toujours là.

Et c'est cette découverte qui va lui dire qui il est : que sa vie soit sombre ou lumineuse, rêvée ou ennuyeuse, fidèle ou rebelle, il est cette merveille que Dieu a tissé, cette merveille dont Dieu se préoccupe. On voit souvent le croyant comme un roc, comme quelqu’un qui ne se pose pas de questions, qui connaît sa voie. Et voilà que le psaume, nous montre une image toute autre, une foi profonde au Dieu toujours présent, une confiance immense dans les projets de Dieu pour nous, mais une foi qui jaillit en se posant la question de l’identité.

 

Mon frère, ma soeur qu'à tout moment ce psaume te parle de ta vie. Que tu doutes ou que tu croies, que tu exultes ou que tu succombes, qu'il te dise que Dieu se tient là, à tes côtés, qu'il t'entoure même quand tu l'ignore et qu'il ne t'abandonnera jamais.

Parce que, mon frère, ma soeur, qui que tu croies être, même si tu ne sais plus rien, tu es cette merveille que Dieu a tissé de sa volonté.

Amen

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Chercheurs ou trouvés ?

3 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

perle.jpgPrédication du dimanche 3 juin 2012

Baptême de Céline

I S amuel III, 1-14

Matthieu XIII, 44-45

 

Le Royaume des cieux est comme un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme a découvert… Un trésor caché et découvert, cela fait rêver alors, laissons un peu vagabonder notre imagination… Comment notre homme a-t-il découvert ce trésor ?

A-t-il buté par hasard sur un coffre ou un jarre mal enfouie, au cours d’une promenade ou peut-être en labourant le champs de son employeur. Il a trébuché sur un caillou à la forme inhabituelle, ou bien il a vu de loin un renflement de terre aux contours trop réguliers. Il s’est approché, il a écarté la terre d’abord négligemment puis avec conviction et empressement et à découvert ce trésor... On peut deviner sa surprise et sa joie devant cette aubaine ! Certains rencontrent ainsi le Royaume de Dieu au hasard ( ?) d’une rencontre. C’est peut-être le cas de Céline qui nous dit « Je ne sais pas pourquoi mais je sens bien qu’il faut que je reçoive ce baptême ».

Peut-être encore notre homme était-il un chasseur de trésor et avait-il longuement cherché ce trésor, en faisant des recherches dans les archives, dans de vieilles cartes, en s’aidant d’un détecteur de métaux ou d’un pendule (comme le professeur Tournesol dans Le trésor de Rackham le rouge (un peu plus à l’ouest)). On peut alors deviner son sentiment de victoire et sa joie devant l’accomplissement de sa quête ! Certains cherchent ainsi le Royaume de Dieu, comme des chasseurs de trésor…

Mais peut-être savait-il que le trésor était dans ce champ, c’était, par exemple un secret de famille transmis de génération en génération. Le champ avait depuis changé de propriétaire ou plus personne n’y croyait vraiment mais on se transmettait l’histoire. Et un jour, notre homme a eu envie de vérifier cette histoire, il est allé dans le champ, à l’endroit indiqué, peut être a-t-il creusé en différents endroits  en se prenant progressivement au jeu. Jusqu’au moment ou sa pelle a heurté autre chose que la terre et les pierres…On peut imaginer sa joie et son émotion en découvrant ce rêve d’enfant devenu réalité ! Certains reçoivent ainsi le Royaume de Dieu comme un héritage transmis par leur famille. Mais il leur faut tout de même le découvrir…

Si je raconte tous ces scenarii, ce n’est pas seulement pour le plaisir de raconter des histoires de trésors, c’est aussi pour que nous prenions conscience que cette parabole d’une phrase peut se décliner à l’infini. Que quelle que soit notre histoire, quelle que soit notre rencontre avec l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, nous sommes cet homme qui a trouvé un trésor. Et que maintenant, la question nous est posée : comment ce trésor découvert va-t-il changer notre vie ? Comment va-t-il nous bousculer dans nos habitudes et notre quotidien.

Notre homme vend tout ce qu’il a. Je ne crois pas qu’il faille l’entendre uniquement de manière littérale mais bien comme un changement profond suscité par la découverte du trésor. Puisque j’ai découvert un trésor, tout va changer, mais comment ?

Et pour que nous comprenions bien que dans cette histoire c’est la découverte du trésor qui entraîne un changement dans la vie et non pas le changement dans la vie qui permet ou facilite la découverte d’un trésor, Jésus va raconter une autre histoire… Semblable mais complètement différente.

Le royaume de Dieu est encore comparable à un marchand qui cherchait des perles… Très souvent, nous lisons cette parabole comme un parallèle de la parabole du trésor : le royaume serait cette fois la perle, et nous serions le marchand. Mais ce n’est pas du tout ce que dis Jésus : dans la première parabole, le royaume était comparable à un trésor, donc c’est bien le trésor qui symbolise le royaume. Mais ici le Royaume est comparable à un marchand qui cherche des perles. Ce n’est donc plus nous qui trouvons le Royaume (par hasard ou après une longue quête) mais bien le Royaume qui nous cherche et il trouve. Et quand il a trouvé, il donne tout ce qu’il a, pour nous.

Céline, tu ne sais pas très bien encore ce que tu as trouvé, et c’est normal. Mais aujourd’hui, ce que la Bible nous dit, ce que Jésus nous enseigne, c’est qu’en ce jour de ton baptême, le Royaume a trouvé une perle fine, une perle de grand prix. Cette perle fine, c’est toi et ta valeur, ce n’est pas ta connaissance de la Bible, ou ton travail, ou tes qualités, ta valeur, c’est celle que Dieu te donne et elle est immense puisque pour toi, il donne tout.

Et vous, frères et sœurs, entendez bien que le marchand cherche des perles fines et cela signifie bien que chacun de vous qui avez reçu le baptême, qui confessez que Jésus est le Seigneur, vous êtes une de ces perles que le marchand a trouvé et s’est achetée au prix de tout ce qu’il a. Mais pour être exact, je devrais dire « vous êtes LA perle que le marchand a trouvé et pour laquelle il a tout donné ».

 

Et c’est sans doute la réponse à la question que je posais tout à l’heure : comment ce trésor découvert va-t-il changer notre vie ? Eh bien si je me lève chaque matin, avec la certitude que je suis une perle fine, un des joyaux de la Jérusalem céleste. Vais-je rester enfermé dans ma coquille (d’huître, bien sûr) ? vais-je me laisser couvrir de la boue de mes rancoeurs et de mes peurs ? Ou bien vais-je rayonner comme une parure, comme un témoignage de beauté et d’amour que Dieu met au cœur du monde ?

         Mon frère, ma sœur : sois en certain, tu es cette perle du Royaume !

Amen

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Un dîner presque raté

15 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Cene.jpgPrédication du dimanche 15 avril 2012

Matthieu XXVI, 17 à 35

 

Cela peut paraître étrange de prêcher sur la Cène, le dernier repas de Jésus précisément un jour où nous ne célébrons pas la Cène. Mais justement, la plupart du temps, quand nous parlons du dernier repas de Jésus c’est pour parler de la manière dont nous célébrons aujourd’hui ce dernier repas, de ce que nous faisons, disons et comprenons lorsque nous partageons le pain et la coupe…

Rassurez vous, cet après midi, les catéchumènes parleront de la communion mais ce matin, contentons nous de parler du dernier repas…

 

         Savez vous pourquoi les adultes passent tant de temps à table ? Je parle des repas de famille ou entre amis… Vous savez ?

Eh bien moi, je crois que c’est parce qu’ils ne savent plus jouer… La preuve, c’est qu’alors que les grands s’éternisent à table, les petits demandent s’ils peuvent aller jouer… Les adultes ne savent plus jouer et leur manière de se retrouver, d’être bien ensembles, c’est autour d’un repas.

 

         Et un repas, on le sait bien c’est beaucoup plus que la nourriture, il faut un décors (un restaurant ou chez l’un des convives et là, on a sorti les belles assiettes, le service de mariage ou les porcelaines léguées par la tante Imogène), il faut (souvent) une occasion (on fête l’an nouveau, un anniversaire, on pend une crémaillère, quelque fois, c’est le dîner lui-même qui est l’occasion mais alors on invite longtemps à l’avance…), il faut des invités (c’est assez rare qu’on organise un beau dîner juste dans le cadre du foyer)…

         Eh bien le dernier repas de Jésus est bien un de ces repas, ils sont entre amis, il y a une occasion : la fête de la Pâque, il y a un décors : cette maison préparée pour l’occasion.

         Donc nous sommes bien dans le cadre d’un repas, comme ceux que l’on organise encore. Je le précise parce que souvent quand on parle du dernier repas de Jésus, on ne pense qu’au mot « dernier » et on a toujours l’impression qu’au menu, il n’y avait que du pain sans levain et une coupe de vin… Non, nous sommes bien dans un repas de grande occasion, un dîner…

         Mais si on lit attentivement, le texte, c’est un dîner raté. Ah ça, à « Un dîner presque parfait », la Cène, c’est une défaite assurée. (Un dîner presque parfait, c’est cette émission ou des gens s’invitent mutuellement et se notent). La Cène est un dîner raté. Un dîner raté, ce n’est pas un dîner ou le rôti est trop cuit et la soupe trop salée (ça, ça ne vexe que le cuisinier ou la cuisinière), non un vrai dîner raté, celui qui laissera un mauvais souvenir, c’est un dîner où les gens s’ennuient ou pire, où ils se disputent, et se fâchent. Moi, le seul mauvais souvenir de repas que j’ai c’est celui dont on est parti fâché… Les souvenirs de plat trop salés ou même d’invités pas venu, avec le temps, ça devient plutôt des histoires amusantes. Les dîners où l’on s’est ennuyé, on les oublie…Mais les dîners qui se sont finis sur de la tension ou des mots durs…

         Eh bien clairement, le récit de la Cène, c’est le récit d’un dîner raté. Déjà, le côté « dernier repas », ça aide rarement à une ambiance légère et détendue… Mais là, en entrée, nous avons une trahison annoncée, avec en prime une malédiction. En plat principal, l’annonce de la mort du principal convive. Et en dessert, l’annonce d’un abandon et d’un reniement… Le cauchemar de tout maître ou maîtresse de maison…

 

Et voilà qu’au milieu de ce dîner, Jésus pose une promesse incroyable. « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père. » Jésus vient d’annoncer sa mort, il a annoncé la trahison de Judas, il sait que les autres l’abandonneront et se disperseront, que Pierre le reniera. Et pourtant, il leur fait cette promesse : ce fruit de la vigne, cette coupe d’alliance, je la boirai à nouveau et je la boirai avec vous.

Jusqu’au jour où j’en boirai : Jésus annonce bien que même sa mort, ne sera pas la fin, ne coupera pas tout futur…

Du nouveau dans le Royaume de mon Père : Jésus annonce un renouveau, un monde neuf, débarrassé de ses trahison, de ses reniements, de ses cruautés…

Avec vous : et ce monde, ceux qui sont avec lui, le connaîtront malgré toutes leurs faiblesses, même quand ils abandonnent, même quand ils renient…

 

C’est pour cela que j’insiste tant sur le fait que nous sommes dans le cadre d’un repas raté. Un repas, c'est-à-dire le symbole, l’image universelle des relations humaines. Quand tout va mal, quand nos relations sont abîmées, quand on est fâché avec les autres et avec nous-mêmes, quand il ne semble plus y avoir de place pour aucun espoir, la promesse de Jésus retentit dans notre vie « Je boirai de nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père ».

 

Mon frère, ma sœur, dans tes moments de pain dur, dans les moments où tu bois tes larmes, entend cette promesse de Jésus qui te dit « Même si tout est cassé, le vin nouveau de la fête t’attend, n’aie pas peur »…

        

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Questions autour d'un tombeau vide

8 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 8 avril 2012

Dimanche de Pâques

Actes X, 34 à 43

I Corinthiens V, 6 à 8

Jean XX 1 à 18

 

Ce matin, frères et soeurs, nous n'entrerons pas au tombeau, nous ne suivrons pas Pierre et Jean dans leur course, dans leurs questions de préséance, d'investigation et de foi.

Ce matin, nous resterons dehors, avec les femmes, avec une femme en fait, Marie de Magdala, qui est doublement le premier témoin de la résurrection, première à découvrir le tombeau vide, première à voir le ressuscité.

Nous resterons avec elle parce qu'elle est dans  la nuit, parce qu'elle nous permet de dire "nous", parce qu'elle nous permet de dire "je".

 

C'est le matin, le commencement d'une nouvelle semaine, mais pour Marie, il fait encore sombre, c'est encore la nuit. Celles et ceux qui sont venus participer à notre aube pascale ont bien à l'esprit, cette "encore obscurité" du matin, de cette journée pas encore commencée. Mais nous savons aussi que dans l'évangile selon  Jean, cette obscurité n'est pas seulement une indication horaire. L'obscurité nous dit  le début de l'évangile selon Jean, c'est la situation de notre monde dans lequel rayonner cette lumière qui est parole. C'est pourquoi je pense que c'est bien dans nos ténèbres, dans notre obscurité que se tient Marie de Magdala.

Nos ténèbres, c'est à dire tout ce qui nous empêche de vivre vraiment la joie de Pâques, la nouveauté de ce jour. Sans doute, cela évoque d'abord nos tristesses. Notre nuit ce sont nos blessures personnelles, nos échecs, nos culpabilités, nos deuils et nos regrets, nos habitudes et nos routines peut être aussi, tout ce que nous percevons comme des prisons.

Notre nuit ce sont aussi des tragédies plus générales, toutes les injustices et les horreurs de notre monde, tout ce qui nous empêche d'y voir le règne de Dieu. Vous  savez, toutes ces très bonnes raisons de ne pas croire en un Dieu d'amour, toutes ces actualités qui viennent malmener notre foi.

Mais notre nuit peut aussi prendre un aspect plus faussement lumineux, nos ténèbres, ce sont aussi tous ces moments de joie dans lesquels nous nous oublions et nous nous perdons. Ces temps de joie où nous croyons nous suffire à nous même, ces temps de bien-être où nous ne voulons plus nous remettre en question. Nous croyons souvent que le malheur nous éloigne de la foi, mais le bonheur nous conduit aussi à l'oubli, à l'éblouissement et à l'aveuglement ; ainsi, il peut être aussi notre nuit.

Et dans cette nuit, Marie de Magdala nous montre une pierre roulée, comme une porte ouverte sur l'inconnu, comme un point d'interrogation.

 

En effet, face au tombeau vide, Marie de Magdala nous permet de prendre le temps de nous poser la question. On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l'a mis ?

 Pierre enquête, il inspecte les lieux, prélève les indices, Jean croit, mais Marie, elle, s'interroge. Et elle nous englobe dans sa question. Avez vous remarqué qu'en allant trouver les disciples, Marie, qui est seule au tombeau dit "nous" ? "Nous ne savons pas où ils l'ont mis..."

Ce nous de Marie, c'est nous... Nous en tant qu'humains d'abord. Car tous comprennent bien qu'à la source du christianisme, il y a une question, il y a un mystère. Que fêtent vraiment les chrétiens aujourd’hui ? Comment ce non-événement de la disparition du corps d'un supplicié a-t-il pu ainsi changer le monde ?

Ce "nous" de Marie, c'est nous en tant que chrétiens également. Bien sûr, notre foi nous donne une réponse à la question "comment cet homme, ce Jésus de Nazareth, ce fétu de paille, a-t-il pu transformer le monde ?". Mais la passion du Christ, sa résurrection nous posent tellement de questions : pourquoi cette mort ? comment peut elle nous sauver ? Qu'est ce que la résurrection ? et la plus évidente "pourquoi le ressuscité ne se montre-t-il pas ?". "On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l'a mis ?"

Cette interrogation, Marie ne la garde pas pour elle, elle va la partager avec les disciples. C'est aussi le sens du "nous" : il est plus facile de dire "nous ne savons pas" que de dire "je ne sais pas", l'aveu d'ignorance est plus facile quand il est collectif. Mais ce n'est pas une pique que je lance à notre fierté : dire "nous ne savons pas" c'est dire "cherchons ensembles". Le tombeau vide marque la limite de nos intelligences, de nos connaissances. Mais ce n'est pas pour que nous baissions les bras et renoncions à comprendre. Regardez d'attitude des disciples face à l'annonce de Marie : ils se mettent en route, ils cherchent et d'attitude de foi de Jean n'est pas opposée à l'enquête de Pierre : on peut croire et réfléchir en même temps. Et le faire à plusieurs est souvent plus fécond. Vous le savez bien, vous tous qui êtes venus ce matin, vous tous que le point d'interrogation du tombeau vide a rassemblés.

 

Mais, pendant que Pierre mène son enquête, Marie va reprendre la même question "On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a mis". La même question ? Pas si sûr. Les interlocuteurs, le passage à la première personne du singulier ("mon Seigneur", "je ne sais pas") indiquent bien que la question n'est plus sur le même registre.

Avec les disciples, on était dans le cadre de la recherche intellectuelle sur la résurrection, sur le plan historique ou théologique du "Qu'est ce que cela veut dire ?". Mais face aux anges, en réponse à leur question « Femme pourquoi pleures-tu ? » Marie témoigne d'un désarroi plus profond : "Je ne sais pas où est mon sauveur", je ne sais pas où est celui qui donne un sens à ma vie.

 Ce désarroi là, ni la recherche des disciples, ni l'enseignement du pasteur ne peuvent y répondre (tout au plus, peuvent-ils le mettre en évidence, lui donner sa place, c'est à dire la place centrale. Où est MON seigneur ? Où est celui qui donne son sens véritable à mon existence ? C'est la question essentielle de Pâques. Toutes les autres questions, aussi intéressantes soient elles sont inutiles si elles ne nous conduisent pas à cette question : qu’est ce que le tombeau vide signifie pour ma vie ? Quelle porte, la pierre roulée ouvre-t-elle ?)

Ce désarroi là, même les anges n'y répondent pas. Et c'est Jésus qui va y répondre lui-même. Il va d’abord l’interroger pour lui permettre de dire ce qu’est vraiment sa question. Il va reprendre la question des anges : « Pourquoi pleures tu ? » C'est-à-dire « Quelle est ta peine »  « quelle est ta souffrance ? » « Quel est ton fardeau ? » mais il a va aussi la préciser : « Que cherches tu ? » c'est-à-dire « Quel est ce manque dans ta vie ? » Par ces deux questions, il montre toute la profondeur de l’interrogation de Marie. Et cette interrogation, il va y répondre. Mais pas avec un grand exposé théologique, pas avec une leçon de catéchisme, pas même avec un sermon.  C’est simplement en la nommant qu'il va répondre à l'interrogation de Marie. En la nommant.

On pourrait traduire ainsi le dialogue entre Marie et le ressuscité :

- Où est mon Seigneur, où est le sens de ma vie ? Où est ce qu'on m'a enlevé, ce que j'ai perdu ?

-Je suis là, je suis vivant, je suis avec toi, je suis là pour toi.

 

Cette réponse va être pour Marie un bouleversement, un retournement et un envoi : "ça trouver mes frères et dis leurs…"

 

Frères et soeurs, que le tombeau vide soit l'occasion pour chacun de se poser les vraies, les bonnes questions. "Que cherches tu ? Pourquoi pleures tu ?" Quelle est cette détresse que je ressens dans ma vie ? Quel est ce vide que rien n’arrive à combler ? Et que ces questions nous permettent d'entendre celui qui nous appelle par notre nom. Celui qui nous dit "Je suis vivant. Je suis là. Pour toi."

 

Amen

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Trop tard...

1 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

rameaux15.gifPrédication du dimanche 1er avril 2012

Philippiens II , 6 à 11

II Rois IX 1 à 13

Marc XI, 1 à 11

 

On devrait toujours faire coïncider le culte des rameaux avec un culte des familles. C’est facile : on coupe des branches, on met des manteaux par terre, on fait rentrer un âne dans le temple, ça en fait un de plus (avec le pasteur, je veux dire)… C’est vrai que nous voyons toujours  le dimanche des rameaux, l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem comme une belle image pieuse. Mais que nous ne prêtons plus beaucoup attention au texte, lui-même. Par exemple, nous demandons nous pourquoi alors que sur les images, nous voyons la foule agitez des rameaux, des palmes devant Jésus, l’évangile selon Marc nous dit que les branchages sont posés sur sa route ? Eh bien c’est parce que les palmes agitées devant Jésus, c’est le récit de l’évangile selon Jean. Mais nous reviendrons aux branchages un peu plus tard… C’est une autre surprise du texte que je voudrais souligner ce matin. 

Si vous n’avez jamais lu l’évangile selon Marc d’une seule traite, je vous invite à le faire. Vous le prenez comme roman pour votre prochain long voyage en train, ou bien vous profitez d’un bel après midi de soleil pour le lire dans votre jardin, ou bien vous enfermez chien, conjoint, enfants, petits-enfants dans la cave, ou vous les envoyez au cinéma et vous vous installez confortablement pour 2 heures, 2 heures 30 de lecture, pas beaucoup plus. Ce n’est pas un poisson d’avril. En lisant ainsi l’évangile selon Marc, vous aurez l’impression d’un marathon : l’écriture est serrée, nerveuse, les événements s’enchaînent et se bousculent. Et voilà que nous sommes arrivé au terme du marathon, voilà que Jésus arrive à Jérusalem, sous les acclamations de la foule. Et voila que Jésus passe la périphérie de Jérusalem, il entre dans la ville, il se dirige vers son but : le Temple. Il regarde autour de lui, il va y prendre la parole, faire quelque chose d’extraordinaire. Ah non, il se fait tard et il rentre se coucher.

Avouons que c’est assez inattendu… Matthieu et Luc en racontant cet épisode n’ont pas placé d’interruption entre l’entrée dans Jérusalem et le récit de Jésus au temple. Et je ne crois pas que Marc coupe l’élan de son récit gratuitement. C’est bien à cause de cet arrêt que je crois important de comprendre ce que signifie cette entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem aux yeux de Marc.

 

« Ils se hâtèrent de prendre chacun son vêtement qu’ils mirent sous ses pieds en haut des marches. » « Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route ». Avec cette route jonchée de vêtements et de branchages, Marc nous montre que Jésus entre dans Jérusalem comme un nouveau Jehu. Or Jehu est un roi qui va purifier la ville. Si Jésus entre dans Jérusalem c’est bien pour purifier la ville, rétablir le culte véritable. Quoi de plus normal dès lors qu’il commence par se diriger vers le Temple ?

 Mais quand il arrive au temple, nous dit Marc, il se fait tard. C’est trop tard. Et je crois que c’est ce trop tard qui nous permet de véritablement comprendre le passage des rameaux à la passion, le retournement de la foule. C’est également ce trop tard qui nous permet de vivre aujourd’hui l’entrée à Jérusalem.

 

Les points communs sont nombreux entre nous et la foule de Jérusalem. D’abord, tout comme la foule, nous ressentons bien le besoin d’un renouveau, d’un assainissement de notre manière de vivre notre relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes. Et si nous sommes ici ce matin, c’est bien parce que nous sentons que Jésus est celui qui peut nous apporter ce changement, ce renouveau.

Ensuite, tout comme pour la foule, la venue de Jésus vers nous a été préparée, elle a été annoncée. Jésus envoie ses disciples chercher un ânon, ils le trouvent là où il l’a indiqué et il suffit d’un mot pour que les propriétaires de l’animal le laissent partir. On peut y voir un prodige. Mais je trouve l’explication rationnelle plus riche de signification : Jésus a préparé son entrée à Jérusalem. Il ne se contente pas de laisser l’intendance, les tâches pratiques à ses disciples. Non. Il prépare lui aussi les choses et associe ses disciples à ses préparatifs, il leur donne un rôle. Eh bien nous sommes à égalité avec les habitants de Jérusalem : nous aussi nous sommes prévenus de la venue de Jésus vers nous, prévenus par cette foule de témoins passés et présent que Dieu a placés pour nous. Nous ne cessons de le dire dans nos cultes, dans nos partages bibliques, dans nos confessions de foi et dans nos prières : « Le Seigneur vient » « Son règne arrive »

Mais, pour nous comme pour les habitants de Jérusalem, ce règne arrive bien tard, ce règne arrive trop tard. Nous nous sentons tellement enracinés dans nos renoncements, englués dans nos regrets, emprisonnés dans nos faiblesses. Nous éprouvons tellement de rancoeurs, tellement d’amertumes pour tout ce qui aurait pu être et qui n’a pas été. Comment Dieu pourrait-il régner sur nos vies, comment pourrait-il changer nos cœurs, alors qu’il vient si tard ?

 

Le jour des rameaux nous paraît comme une fête, et Marc nous le décrit comme le sommet d’une attente déçue. On attend ce qu’on peut attendre, on attend dans la limite de ce que nos yeux peuvent voir, de ce que nos intelligences peuvent appréhender, de ce que nos raisons peuvent envisager. L’attente est à hauteur humaine…

Eh bien le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à renoncer à notre attente pour voir plus loin, pour voir plus grand. Le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à basculer de l’attente du Messie à l’espérance de Pâques. Comme les habitants de Jérusalem, nous sommes déçus dans nos attentes. Sans doute attendaient-ils le messie qui allait chasser les romains comme Jéhu avait chassé Jezabel. Ils ne pouvaient pas espérer un monde dans lequel, il n’y aurait plus ni juif ni romain, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre. Cela dépassait de très loin le champ de leurs possibles… Et nous qui attendons un dieu qui vient empêcher nos proches de mourir, qui vient nous faire triompher de nos ennemis, quelle espérance viendra ouvrir le champ de nos possibles ?

En effet, si l’attente est simplement un prolongement de notre vue, l’espérance est elle un élargissement de notre vue. L’espérance c’est refuser que notre monde, nos possibilités soient limités à nos passés et à nos constats. Et contrairement à l’attente, l’espérance n’est pas une passivité. Les possibilités que nous espérons, nous sommes appelés à les vivre dès maintenant, possible de pardon, possible de relèvement, possible d’amour, possible de liberté.

 

Frères et sœurs, que nos attentes déçues nous ouvrent sur une nouvelle relation à Dieu, que nos attentes déçues nous rendent disponibles pour une espérance inespérée, que nos attentes déçues nous permettent de vivre aujourd’hui la résurrection.

 

Amen

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La prédestination : une nouvelle carte d'identité

3 Mars 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Prédication du dimanche 26 février 2012

Genèse IX, 8 à 15

Marc I, 12 à 15

Ephésiens I, 3-14

 

Il nous a prédestinés… Prédestinés, le mot qui nous fait mal, le mot qui nous fait peur, le mot qui nous fait renier Calvin et qui, pour un peu, nous ferait regretter d’être protestants

Pourtant, la prédestination n’est pas un dogme théologique, elle n’est pas une question d’enfer ou de paradis. La prédestination, c’est un questionnement sur le sens de notre vie, ou plutôt une nouvelle ouverture dans le champ de ce questionnement. La prédestination, c’est surtout un appel à vivre vraiment notre vie…

 

D’où viens-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Nonobstant le bête jeu de mot final, ce sont quand même des questions que nous affrontons régulièrement. Que nous nous prenions la tête entre les mains pour y réfléchir ou que ces questions nous effleurent seulement, je crois que tous, nous nous demandons parfois « A quoi bon tout ça ? » « Quel est le sens de ma vie ? »

Par moment, j’ai l’impression que ma vie est un navire que je pilote. Je fais des choix, bons ou mauvais et cela m’entraîne dans telle ou telle direction, pour me confronter à de nouveaux choix. Il peut y avoir une vision croyante ou athée de cette vie navire : dans la vision croyante, mes choix me valent le sourire ou la grimace de la divinité, des récompenses ou des punitions… Dans une vision athée, je suis seul à tirer les conséquences de mes choix…

Mais dans les deux cas, j’ai parfois un profond sentiment d’injustice. Parce que je me retrouve dans des situations que mes choix ne peuvent pas expliquer, parce que je n’ai pas mérité ça. J’avoue d’ailleurs que je trouve souvent beaucoup moins injustes les bonnes choses qui m’arrivent sans que je l’aie mérité que les petits ou gros embêtements que je n’ai pas d’avantage mérité.

A d’autres moments, je vois plutôt ma vie comme un fleuve qui m’entraîne dans son cours plus ou moins tranquille, je me sens transporté, ballotté sans avoir beaucoup de liberté de choix… Là encore, il peut y avoir une vision croyante ou athée. Je peux me sentir l’objet d’un destin déjà écrit par la divinité qui a fixé l’heure de ma naissance, celle de ma mort et tout ce qui m’arriverait entre les deux ou bien me sentir pris dans le jeu de multiples contingences que je ne  maîtrise pas et le battement d’aile d’un papillon pékinois fait pleuvoir dans mon jardin…

Mais en fait, je crois que ma vie, c’est surtout d’être pris dans la trame des choix que je fais, des choix que font d’autres personnes et qui m’impliquent, et puis des accidents, des imprévus, des hasards… Et comme, même mes choix, je les fais souvent à l’aveuglette, c’est le sentiment d’inconnu et d’absurdité qui l’emporte. Si j’y regarde honnêtement, ma vie ne semble pas avoir beaucoup de sens.

 

Mais cette bénédiction qui ouvre la lettre aux Ephésiens nous dit que notre vie n’est pas ballottée, transportée d’accident en hasard, de choix en conséquence.  Elle nous invite à la regarder plus largement que de notre naissance à notre mort. Notre vie s’inscrit dans un projet plus large mais un projet dont nous sommes bien le centre. Elle nous dit que dès avant la fondation du monde nous étions voulus, souhaités par Dieu. Je dis « nous », je devrais dire « tu », « dès avant la fondation du monde, tu étais voulu N…»

Peut-être es-tu un enfant de l’amour, peut-être es-tu le fruit d’un hasard ou d’un accident, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le descendant d’un roi ou celui d’un esclave, celui d’un saint ou celui d’un monstre, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le successeur d’une amibe, d’un poisson qui a eu la curieuse idée de sortir de l’eau, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être n’es tu qu’un amas de cellule animé par un peu d’électricité : qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu.

Voulu par Dieu pour être, sous son regard d’amour, saints et irréprochables quand les temps seront accomplis. Depuis avant la création du monde, jusqu’à l’accomplissement des temps, sans doute y aura-t-il des détours et des méandres, des errances et des faux pas et tous ces accidents de parcours ne seront certes pas voulu par Dieu, il y aura tes propres choix, tes propres décisions, les décisions d’autres aussi. Mais de tout ces méandres, rien ne pourra définitivement t’écarter du but que Dieu a fixé pour toi, du sens qu’il a donné. Et ce ne sont pas tes échecs ni tes succès, ce ne sont pas tes chagrins ni tes joies qui disent ce que tu es, mais c’est ce sens que Dieu donne à ta vie qui te définit. Ton identité tu ne la trouves pas dans ce que tu fais ni dans ce que tu subis, ton identité, elle est dans le regard d’amour que Dieu porte sur toi, ton identité, c’est d’être cet enfant de Dieu voulu et aimé par lui.  

 

Mais la bénédiction ne s’arrête pas là, non seulement nous sommes voulu depuis avant la création du monde en prévision de l’accomplissement des temps mais nous le savons… Et là, peut être le nous est-il plus restreint. « Il nous a prédestiné à être pour lui en adoption par Jésus le Christ. » J’ai tendance à entendre « nous, humains ». Mais dans « nous avons été prédestinés pour être ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ », j’entends clairement « nous, chrétiens ». En effet, nous, nous connaissons notre identité, nous savons qui nous sommes au-delà de ce que nous croyons être. Cette identité qui nous est donnée depuis avant la fondation du monde, qui nous attends pour l’accomplissement du temps, nous la recevons aujourd’hui et nous sommes appelés à la vivre dès maintenant, à ne pas laisser nos succès nous monter à la tête, à ne pas laisser nos échecs et nos errances nous modeler, à ne pas laisser nos malheurs nous plier. Nous sommes appelés à ne nous laisser modeler par aucun maître qui ne serait pas notre Dieu, à refuser toute identité qui ne nous viendrait pas de ce regard d’amour. Que dès aujourd’hui, nous puissions signer chacun de nos gestes, chacune de nos paroles par cette phrase : je suis l’enfant chéri du Dieu d’amour. C’est à cela que nous sommes prédestinés.

 

Mon frère, ma sœur, aujourd’hui, lève toi dans le regard d’amour que Dieu a posé sur toi dès avant ta naissance, lève toi car c’est ce regard d’amour qui te détermine et non tes échecs et tes limites, lève toi dans la liberté nouvelle que ton créateur te donne. Lève toi, aime et témoigne.

Amen.

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