Miettes de théologie

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Piss Christ

4 Avril 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Sur un plan artistique, le Piss Christ de Serano me laisse complètement indifférent. Ou plutôt il suscite un léger agacement :  s’il suffit de plonger un symbole quelconque dans la pisse pour faire de l’art, alors le billet brûlé de Gainsbourg était de l’art. J’avoue avoir une un peu plus haute estime de l’art.

Mais l’indignation qu’il suscite chez certains chrétiens (catholiques et protestants) m’interpelle. Qu’est ce que c’est qu’une croix, qu’est ce que c’est qu’un crucifix ?

Dans une église ou dans un temple, c’est effectivement le rappel de la mort de Jésus pour moi, de son élévation aussi, si je suis l’évangile selon Jean.

Mais une croix lumineuse verte dans la rue ne fait que m’indiquer une pharmacie

Une croix entre deux nombres sur un cahier d’écolier, c’est une addition (une multiplication, si elle est un peu de travers).

Le crucifix qu’embrasse un footballeur avant d’entrer sur le terrain n’est rien qu’un colifichet superstitieux, il ne m’évoque pas plus Jésus Christ que ne le ferait un trèfle à quatre feuilles ou une patte de lapin.

Alors est ce que Serano pisse sur la croix ? Est-ce que cela vaut le coup de s’indigner ? De crier au blasphème ?

Peut-être faudrait-il rappeler que la croix où meurt le Fils de Dieu est déjà un blasphème ! Peut-être faut-il rappeler que la Passion est faite d’insulte et d’humiliation et que c’est dans cette Passion que Dieu nous rejoint, que le Christ est notre sauveur.

Je ne crois pas que Serano y ait pensé, je vois plutôt dans on œuvre  une belle provoc à fric. Mais plutôt que de lui faire de la pub en réagissant exactement comme il le voudrait, et si on relisait son Piss Christ à la lumière des évangiles ? Et si au lieu de pousser des cris d’orfraie que personne n’entendra, on réaffirmait qu’en effet, c’est dans notre fange, dans notre humiliation la plus vile que notre Sauveur nous a rejoint ?

Et si nous nous indignions en regardant, par exemple, vers la Côte d’Ivoire plutôt que du côté d’Avignon…

Vacances romaines (6)

9 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-325.jpg28/02/2011

A celui qui n'accomplit pas d'oeuvre mais croit en celui qui justifie l'impie, sa foi est comptée comme justice.

Romains IV, 5

13h25

Matinée Rome antique entre le Forum, le Palatin (alors qu’il est latin puisqu’il est à Rome, comme je l’ai finement fait remarquer aux enfants… « Papa, c’est nul ! ») et le Colisée. Difficile, par ce temps, de s’imaginer en train de déambuler en toge au milieu des échoppes du forum, de se promener dans les jardins du Palatin ou d’admirer les jeux du Colisée (faut dire, que même par +30, j’aurais du mal à m’imaginer en toge) Quoiqu’il en soit, toge ou pas, pluie ou pas, cette ballade dans la Rome antique nous aère et c’est bénéfique. Si le forum vaut surtout vu de haut (sinon, ça fait tas de cailloux, je trouve), et ce qui m’impressionne le plus, c’est l’énorme morceau de galerie commerciale qui reste… Finalement, la société de consommation, c’est pas si nouveau et Obélix et Cie est peut-être en dessous de la vérité. En revanche, le Palatin c’est joli comme tout, en plsu le soleil nous accompagne. Pour le Colisée, je rêve juste d’une reconstitution des jeux qui s’y donnaient (je ne parle pas des gladiateurs (tiens d’ailleurs, j’ai appris qu’au départ en tout cas, les combats de gladiateurs n’étaient pas des jeux mais des rituels religieux) ni de la zoomachie) mais plutôt des spectacles divers avec effets spéciaux et tout (c’est dit, en rentrant on joue à Colosseum….)

28/02/2011Rome2011-336.jpg

22h

Après un bon déjeuner au restaurant (cette fois, pas de pique-nique) et une petite ballade dans le parc de la maison dorée de Néron, j’apprends qu’il peut être dangereux de souffler des idées saugrenues à mes enfants. J’explique : un des petits métiers du tourisme à Rome, c’est des gens déguisé en légionnaires romains qui se font prendre en photo avec vous. Dans une rue voisine du Colisée, nous ne sommes donc pas surpris de voir trois légionnaires revenant sans doute de leur pose déjeuner. En revanche, je n’aurais pas dû souffler à Madian : « crie-leur « Echpèche de romaine patrouille qui veut faire du mal à mon Achtérikche ami !!! » Non, je n’aurais pas dû. Parce qu’il le fait, l’andouille !!!!

Du coup nous nous réfugions dans la Basilique Saint Clément. Cette fois, malgré une nette différence de théologie et de sensibilité, je suis en terre chrétienne. La mosaïque est belle (et fait oublier le reste du plafond). C’est un peu dommage que des groupe scolaires nous accompagnent dans notre descente dans les sous terrain (je ne suis pas vraiment un homme de l’espace, mais c’est quand même très touchant d’imaginer que dans les sous-sols de la basilique se cachent les restes d’une véritable église de maison). Mais bon, nos enfants ne sont pas non plus les derniers à dire des bêtises (eh les monstres, nous sommes en pleine francophonie, ici !!!)

Après Saint Clément, les parents décident de foncer vers Saint Pierre que nous avons raté la veille. Nous, nous nous contenterons, après l’achat d’horribles babioles souvenirs (quand je pense que j’ai raté Subbutéo rogntudju), de passer par Saint Pierre aux Liens : c’est vrai que le Moïse est superbe, olympien, mais superbe…

A l’hôtel, je me prend raclée sur raclée à Njet et Meinz, j’aurais mieux fait d’écrire des cartes postales, tiens !

Dernier repas dans un restauRome2011-390.jpgrant qui cette fois, ne propose ni pâtes, ni pizza, et nous découvrons un sens italo-gaulois à SPQR : Sono Pazzi Questi Romani ! Oui, on se relâche de plus en plus (mais je me demande si les traducteurs italiens d’Astérix y ont pensé.

Dernière nuit à l’hôtel, aussi, je sens que ça va manquer à Yaël de martyriser les réceptionniste en leur donnant en français, nos numéros de chambre et en leur faisant les gros yeux quand ils ne comprennent pas ce qu’elle veut.

Vacances Romaines (5)

7 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-103.jpgTu es donc inexcusable, qui que tu sois, toi qui juges...

Romains II, 1

28/02/2011

6h45

Trop fatigué, hier soir, pour écrire quoi que ce soit. Nous sommes arrivés suffisamment tôt au Vatican pour qu’il n’y ait pas plus de 300 personnes devant nous dans la file d’attente. Une heure d’attente avant l’ouverture des portes, puis une demi heure de queue sous un ciel maussade. Le temps d’écrire quelques cartes postales (mensongères : il fait beau !!! tu parles !!!), de lire 4 siècles de l’histoire de l’Eglise, de l’apparition de l’Islam aux premières croisades, en passant par le Schisme d’Orient (oui c’est le Tu es Pierre de Suffert qui m’accompagne dans ce voyage, il traînait depuis longtemps dans ma bibliothèque et ça m’a paru de circonstance (et puis, c’est bien, comme ça je m’aperçois qu’il n’y a pas que les protestants qui manquent un peu de sens critique en relisant leur histoire)).

Une fois, à l’intérieur, nous dirigeons d’abord nos pas vers la Pinacothèque. De très jolies pièces, même si comme toujours, les œuvres les plus anciennes me parlent plus de ma foi que les œuvres plus récentes. Puis Laurence s’inquiète d’avoir trop de monde à la chapelle Sixtine, nous fonçons donc à travers les galeries supérieures pour y arriver. Mauvais calcul : nous perdons mes parents qui connaissent, et il nous faudra refaire tout le circuit deux heures (y compris la Chapelle Sixtine) plus tard pour voir les appartements de Raphaël…

Alors que dire après les musées du vatican.

Que la Chapelle Sixtine, c’est impressionnant, génial et dément (aux sens propres des termes) mais que j’aurai du mal à employer le terme beau (en fait, ce n’est pas exact, les détails sont beaux, mais trop loin pour qu’on puisse vraiment en profiter.

Que les musées sont passionnants (nous avons vus la pinacothèque, le Grégorien-Egyptien, le Pio Clementino, le Chiaramonti et les chambres de Raphaël)

Qu’il faut impérativement voir les chambres de Raphaël. Et que là, au plafond (d'où une photo de guingois), une fresque symbolique me Rome2011-307.jpgparaît résumer la conviction qui se forge en moi depuis que nous sommes à Rome…

Sur l’autel, un crucifix trône devant une idole brisée gisant à terre. Seulement, de ce symbole, je ne fais pas tout à fait la même lecture que Raphaël : le Christ n’a pas vaincu l’idole, il s’est substitué à elle. Sans doute Rome s’est elle christianisée, mais par la suite, c’est le christianisme qui s’est romanisé. Revanche sur Constantin, ou revanche de Constantin, je l’ignore, mais c’est un fait : la religion romaine qui se traduit à travers toutes les églises que nous avons vues, n’a pas grand-chose à voir avec l’Evangile. Toujours intéressantes, toujours impressionnantes, souvent majestueuses (parfois, juste bling-bling), quelquefois belles mais aussi toujours inadéquates : célébrant la puissance et la richesse, aucune de ces églises n’évoque le Dieu qui nous rejoint, le Dieu qui se fait homme. Toutes feraient de très beaux temples païens. En tout cas, c’est l’impression forte qui se dégage depuis trois jours et je ne pensais pas écrire ces lignes avant de partir. Mes désaccords avec le catholicisme sont en général d’un autre ordre et cette accusation-là me paraissait très caricaturale. Mais ici, elle prend tout son sens. Du coup, dans cette religion romaine, la mariolâtrie (dont l’ancienneté saute aux yeux, ici) prend toute sa place…

Nous finissons par retrouver mes parents à la sortie pour aller faire un tour place Saint Pierre, sous la pluie. Nous n’aurons pas le courage de refaire la queue pour entrer dans la basilique (de toute façon, quelque chose me dit que ça ne m’aurait pas fait changer d’opinion). On admirera la Pieta une autre fois…

Rome2011-127.jpgPuis métro, puis bus (après nous être un peu perdu entre les deux à Piramide (non c’est pas une faute)) pour arriver sur la Via Appia et visiter la Catacombe Ste Calixte avec une guide polonaise (maman pense l’avoir entendue dire du mal des protestants, mais ça m’a échappé). Paradoxalement, alors que je me défie d’un christianisme trop tourné vers l’au-delà, au milieu de ces galeries de tombes, je me retrouve en terre chrétienne. Faut dire qu’ici le message ce n’est pas l’âme s’envolant vers le Paradis mais bien l’espérance de la Résurrection, faut dire qu’ici le Christ est le bon berger et qu’il a le même visage que les fossoyeurs…

Trop de pluie et de fatigue pour que nous allions plus loin sur la Via Appia. Tant pis. Les enfants ont tout de même retrouvé assez d’énergie pour faire une course d’escalator et m’humilier pendant deux manches de Njet. Et nous découvrons que le couloir de notre hôtel n'a pas de plafond (heureusement, dans la chambre, nous sommes à l'abri...

Vacances romaines (4) Ho fato un sogno

5 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-104.jpg27/02/2011

Vos vieillards auront des songes

Joël III, 1

6h45

Je suis au culte, ma prédication est prête, les cantiques sont choisis. Je m’aperçois alors que j’ai oublié de les communiquer aux musiciens. Mais si notre organiste est dans l’assemblée, loin de son orgue, la flûtiste qui s’apprête à jouer n’a pas l’air embarassée. Elle a eu, en temps voulu, les cantiques de la prédicatrices qui me remplace aujourd’hui. Qui me remplace ? Du coup, tout me revient : le voyage en Egypte, son report, le tour à Rome….  

Et à la sortie du culte, je m’entends répondre aux paroissiens qui s’étonnent de ma présence : « Je ne suis pas là. Je suis en train de rêver de vous. Ou bien, c’est vous qui êtes en train de rêver de moi... »

 

Je me demande ce que Joseph aurait fait de ce songe-là…

Vacances romaines (3)

4 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-255.jpg26/02

Ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible par des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles.

Romains I, 23

12h57

Place Navona. Zorro, Blanche-Neige, fée, princesse, cow-boy et indiens, au son d’un orchestre, des enfants déguisés jouent au milieu des jongleurs, vendeurs et bulles de savon. Les terrasses des restaurants sont pleines ainsi que les bancs publics, je n’ose pas imaginer la même place par temps un peu plus chaud… Je profite de la pause repas pour rédiger ces lignes.

Ce matin, petit parcours vers le Capitole en passant par la Colonne Trajan et non loin du Forum. Laurence refuse que je lance Madian de la roche tarpéïenne (c’est pénible quand la sensibilité maternelle s’oppose à la curiosité culturelle…). Les enfants réclament un musée (oui, bon, c’est surtout pour se mettre au chaud et faire une pause pipi), nous découvrirons donc une partie du musée du Capitole rénové et réorganisé (une bonne surprise pour papa qui avait un souvenir de musée à l’ancienne). Tellement réorganisé que nous assistons à l’arrivée de statues, c’est un peu genre « cette antiquité là, je ne sais pas, elle était pas là hier… »

Pendant que les filles achètent des légumes pour le pique nique et que papa et les garçons lisent à l’ombre d’un obélisque perché sur un éléphant, je jette un œil à une boutique de mode sacerdotale et à la seule église gothique de Rome (ben elle est aussi chargée que les églises baroques en fait).Gesu--6--La-Religion-triomphant-de-l-Heresie.jpg

Ensuite, nous faisons tous un arrêt à l’église Gesù, archétype des églises de la Contre-Réforme. J’avais écrit, il y a quelques années que les temples khmères faisaient passer la plus baroque des églises pour un modèle d’austérité… J’abjure mon erreur d’alors. Imposante, opulente, vraiment pas belle, j’avoue me demander comment la moindre prière chrétienne peut s’élever d’un tel lieu. Mais c’est vrai que le but n’est pas de prier mais d’en imposer ; Ma réflexion sur la religion romaine se confirme, mais j’attends encore la visite du Vatican (demain !) pour la formuler. Je photographie quand même la Religion écrasant l’Hérésie, ça fera rire mes paroissiens.

Après cela, bref passage au Panthéon qui me paraît très sobre, par comparaison. Jusqu’ici les lieux étaient relativement peu peuplés mais là l’affluence commence.

22h

Après le pique-nique et un coup d'oeil aux quatre fleuves (Amos trouve quand même curieux qu'un bonhomme couché représente un fleuve !), petite promenade dans les rues jusqu’à Château Saint Ange que nous ne visiterons pas. Un bref coup d’œil au Vatican et à son allée d’obélisques. Demain, nous arriverons en métro par l’autre côté paraît-il… Je m’abstiendrais de tout commentaire sur le fait que ce soit la police financière qui soit postée à la frontière… Tiens . Au milieu des calendrier Benoît XVI et des photos de papes, le bouquiniste ambulant vend des coloriages, je trouverai peut-être un coloriage Jean Paul II… Même pas !

Ensuite nous rebroussons chemin pour aller boire un café (pour les adultes) et manger une glace (pour les plus jeunes) (moi qui balance entre deux âges, je finirai la glace de Yaël)) avant d’aller voir encore quelques Caravage à Saint Louis des Français et à Saint Augustin. Très belle vocation de Matthieu (qui me fera sans doute une prédication) et une adoration des petites gens à Saint Augustin. C’est drôle, au milieu de tout ce faste, je me demande si le Caravage n’était pas un peu protestant… Holà, ça y est, je commence à être complètement atteint par cette parpaillomania qui veut que tout ce qui est bien soit nécessairement protestant !!! Bon, disons plutôt que les toiles du Caravage sont une véritable respiration évangélique.

Rome2011-084.jpgAutre respiration, nous sommes arrivés un peu tôt à Saint Louis. Heureusement, dans le coin, ula vitrine d’un joli atelier de sculpture sur bois, un magasin de jeux (pour « mes » jeux « à moi » pas vraiment de différence : même jeux, même prix, juste un peu plus de Lupus in Fabula que de Thiercelieux). Et puis la très sympathique librairie française… Allez, je craque pour Le petit lexique des hérésies (ou il n'y a ni catholicisme, ni papisme, ni mariolâtrie) et pour un Ellul (De la Révolution aux révoltes).

Au retour, nous croiserons aussi un magasin spécial Subuteo, mais cette fois, je résiste à la tentation. Faut dire que mes père et épouse m’expliquent à tour de rôle que si je veux jouer au foot, j’ai qu’à mettre des baskets, prendre un ballon et aller jouer dehors… Ils se sont donné le mot, je parie… Béotiens, va !

Enfin, une heure de repos à l’hôtel en attendant d’aller manger dans un petit restaurant familial à l’italienne…

Demain, c’est Vatican !!!!

Vacances romaines (2)

3 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-192.jpg25/02

Tel croit pouvoir manger de tout. Tel autre qui est faible ne mange que des légumes.

Romains XIV, 2

12h

Lever à 7h15 pour un petit déjeuner copieux à 8h, à 9h, nous sommes partis pour une ballade sur le thème « nous n’avons pas pu aller en Egypte, mais ça nous empêchera pas de voir des obélisques ! » (il y en d’ailleurs tellement à Rome que je me demande s’il en reste en Egypte). Et au passage, bien sûr, plusieurs églises en commençant par saint André du Quirinal et sa coupole ovale. Passage obligatoire à la fontaine Trévise où je tente le destin en ne jetant pas de pièces, Laurence et les enfants eux, sont assurés de revenir à Rome. Après la place d’Espagne, nous montons vers la Trinité du Mont. L’infaillibilité pontificale ne s’applique visiblement pas à l’aménagement urbain : quelle drôle d’idée d’aller boucher un point de vue avec un obélisque. A l’intérieur de l’église, je tombe sur un bel exemple des dangers de la piété mariale : extrait du commentaire sur une Nativité : « L’invention qui fait que la Vierge envoie des rayons de lumière vers l’enfants Jésus qui, à son tour, devient source de lumière est très belle ». Donc ce serait Marie la source de lumière pour Jésus…Ben voyons !!!!

La sobriété de la façade de Sainte Marie du Peuple me séduit assez, de même que l’écriteau « visite interdite pendant les offices ». Mais à l’intérieur, seule la Crucifixion de Pierre et la Conversion de Saul (deux Caravage) attireront mon regard…


Rome2011-210.jpg

15h

Une petite promenade dans le parc de la Villa Borghese. En attenda nt de manger, et pour se changer des monuments, quelques jeux avec un écureuil qui semble prendre beaucoup de plaisir à nous narguer en courant à travers les corneilles mantelées. Même par cette journée de février, le parc est tout à fait sympa et propice au pique nique (acheté à une vendeuse très fière de pouvoir placer quelques mots de français). C’est drôle cette habitude italienne de fourrer les viennoiseries : crème et confiture au petit déjeuner, jambon ou saumon et mozzarella à midi…, c’est pas mauvais. Pas vraiment bon, non plus.

 Après avoir mangé (et rédigé les notes précédentes), visite à la Villa Borghese. Alors ça, c’est de l’organisation : places à réserver à l’avance, à retirer une ½ heure avant la visite programmée à heure fixe. On fait alors entrer un groupe et on lui laisse deux heures dans le musée mais sans appareil photo. Un règlement draconien qui permet une visite tout à fait agréable. Yaël est décidée à s’intéresser, aussi devrai-je réviser ma mythologie en lui racontant le thème de bien des tableaux. Alors bien sûr, le jeune Bacchus et le David du Caravage, bien sûr, Apollon et Daphné, mais surtout, surtout, Proserpine enlevée par Pluton, Proserpine dont le marbre rend, par un miracle de sculpture, la souplesse de la chair…

Et puis aussi, une exposition Kranach, que je retrouve à Rome, comme un ami, et qui me donne très envie d’aller visiter l’exposition parisienne (il faudra que je fasse une comparaison entre le portrait de Luther et celui des papes de son époques, d’ailleurs, et puis aussi une recherche sur Lucina et Norcino surpris par l’ogre (ah ! pour ce dernier, j’ai trouvé, c’est dans le Roland Furieux)

Au bout de 90 minutes, les enfants ont leur compte, j’aurais pu flâner encore une trentaine de minutes, mais je crois avoir tout vu et je commence aussi à saturer.

Petite pause en attendant mon père et rédigeant ces lignes…

21h45

Retour tranquille vers l’hôtel (avec une dernière visite à… argh, j’ai oublié de noter le nom de la voisine de Saint André du QuRome2011-211.jpgirinal. L’après midi se termine tranquillement avec quelque parties (et autant de défaites) à Sole Moi, Dobble et Mow avant d’aller dîner. Dernière considération culinaire de la journée : on n’essaye pas d’aller manger à 7 dans les restaurants recommandés par le Routard sans avoir réservé à l’avance. Après 3 refus, nous finissons par trouver des places juste en face de l’hôtel (et nous profitons pour réserver dans les restaurants complets, histoire de s’assurer d’un peu de variété pendant le séjour). Hier c’était pizza, aujourd’hui ce sera donc pâtes (raviolis aux noix, hmmm).

Vacances romaines (1)

2 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Sainte-Marie-Majeure--arriere-.jpgEt c’est ainsi que nous sommes allés à Rome.

Actes XXVIII, 14

 

24 février 2011

10h50

Charles de Gaulle

La fièvre révolutionnaire qui s’est emparée du Moyen Orient nous a conduit à repousser le voyage paroissial prévu en Egypte au mois d’octobre prochain. Mais s’il n’est pas toujours possible d’arriver au Caire, tous les chemins mènent à Rome et c’est là, qu’en lot de consolation, mes parents nous proposent de passer quelques jours.

Nous voici donc en salle d’embarquement au Terminal 2 de Roissy-Charles de Gaulle. Les enfants vont prendre l’avion pour la première fois et, avec eux, je vais découvrir Rome au rythme du programme que mon papa nous a concocté. Et comme ce serait dommage qu’un voyage ne soit pas l’occasion d’un de ces carnets de route sans aucun intérêt dont j’ai le secret, c’est parti !!!

 

21h40 Rome

Le vol s’est bien passé, à part un atterrissage un peu secoué. Très joli moment au dessus des Apes, Amos veut absolument attirer l’attention de sa petite sœur sur le paysage qui s’étend au dessous de nous. C’est dans ces moments-là qu’on obtient la certitude qu’au-delà des perpétuelles chamailleries, ils forment une vraie fratrie… D’un autre côté, si le même Amos voulait bien s’abstenir de crier « Youpi ! On va tous mourir ! » à chaque trou d’air, ça m’arrangerait.

R.A.S de l’aéroport jusqu’à la gare (ah si ! j’aime bien les séparations transparentes entre les compartiments du Léonardo). Petite marche de la gare vers notre hôtel, un hôtel étrange ou le 3ème étage est inaccessible par l’escalier (enfin, il y en a quand même un de secours, heureusement !) et où l’eau coule bruyamment dans les murs (mais je ne devrais pas me plaindre : Julia Roberts, elle, en Italie, elle n’avait pas l’eau courante (wow, j’aurais peut-être du revoir Dolce Vita ou au moins Vacances romaines avant de partir, parce que Mange, prie, aime pour toute référence cinématographique, ça va pas arranger mon image)

Une fois installés, nous remontons vers Sainte Praxede. Je n’ai lu aucun guide et je me laisse guider, aussi suis-je un peu surpris du choix de mon père : la basilique ne me semble avoir aucun intérêt : il y a bien cette mosaïque qui a l’air ancienne, mais tout est tellement sombre…

Et d’un coup, la phrase sibylline de mon père à propos de monnaie pour la lumière des églises s’éclaire et avec elle,Sainte-Praxele-2.jpg l’apocalypse carolingienne, pour quelques minutes en tout cas. Tiens, le pape présent n’a pas d’auréole mais une sorte de nimbe carré ! C’est parce qu’il était encore en vie à l’époque de la mosaïque. Il ne me reste plus qu’à essayer de trouver plus de renseignements sur la symbolique du carré et du cercle.

Nous paierons aussi pour voir s’illuminer le reliquaire de la colonne de la flagellation. Quel dommage ! Le génie publicitaire qui a eu l’idée de vendre un morceau de colonne en prétendant que le Christ y avait été attaché pendant sa passion ne sera jamais connu…

Mais plus encore que dans la jolie vierge à l’enfant, l’intérêt de la chapelle réside dans ces magnifiques Pierre et Paul débordant d’énergie et de vie qui montrent le trône. A l’extérieur de la chapelle, un autre mystère : deux arches entourent la porte. Jésus et ses apôtres, jusqu’ici c’est normal, mais juste en dessous, Marie, 2 moines et 10 femmes. Qui sont elles ? Pas d’indication dans nos guides. Faudra continuer les recherches…Joli mot de Yaël en sortant : « Regarde papa : Jésus sous forme humaine !

- Euh… sous quelle autre forme le connais-tu ?

- Mais non ! Je voulais dire à taille humaine…

En fait, le crucifix est deux fois plus grand.

 

Ensuite, nous nous dirigeons vers la voisine Sainte Marie Majeure dont nous avions déjà pu admirer l’arrière, plus beau que l’avant coincé entre deux bâtiments plus récents (je ne devrais peut-être pas déjà faire des commentaire sur le derrière de Sainte Marie Majeure, mais bon…) En tout cas, bâtiments plus récents ou pas, l’entrée baroque me laisse de marbre (arf). Mais je pense que la Contre Réforme aura peu de chance de me séduire…

Quant à l’intérieur, que dire ? C’est grand, c’est vide et ça trouve quand même le moyen d’être luxueux. De nouveau l’éclairage est payant. Un euro pour le fond, un euro pour les côtés… Et dans la pénombre, je me fais la réflexion que l’emblême du Vatican ressemble beaucoup à celui de la piraterie…

Pas le temps de vraiment détailler la fresque du chœur, pas envie de m’attarder sur la très macabre statue de Pie IX, pas de commentaire sur les vrais morceaux de la crèche mais nous nous arrêtons plus longtemps (en payant plus cher, mais Yael est ravie de mettre des pièces dans la machine) sur Sainte-Marie-Majeure--Pie-IX-.jpgles mosaïques d’histoire sainte sur les côtés. Les épisodes choisis semblent aller de la Genèse jusqu’au livre de Josué. Un choix assez étrange où la dot de Rebecca côtoie (enfin p as au sens propre, quand même !) l’arrêt de la course du soleil. J’aimerais avoir des jumelles, les mosaïques ont l’air belles mais elles sont trop hautes pour qu’on les voit tout à fait distinctement, et la lumière s’éteint terriblement vite. Cette fois, c’est Laure nce qui fait du mauvais esprit parpaillot : « pas étonnant que les cathos connaissent si mal la Bible, vu le prix de la minute de catéchisme… » Tsss, les protestants sont insupportables à Rome…

Après cette fin d’après midi en prélude prometteur, nous réservons au restaurant en retournant vers l’hôtel. Une pizza (délicieuse, comme il se doit), ces quelques notes et au lit !!!!

Qui a envie d'être aimé ?

12 Février 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

 

qui-a-envie.jpgJ'aurais aimé aimer Qui a envie d'être aimé ?. D'abord parce que le sujet est gonflé : un film sur un avocat qui devient catholique en suivant une catéchèse d'adulte, fallait le faire ! Ensuite parce que le parcours spirituel d'Antoine est plutôt bien vu et pas (trop) caricatural. Et puis le film n'est pas exempt de subtilité : on ne sait pas si c'est le réalisateur qui pointe la cathophobie, ou si celle-ci existe surtout dans le regard d'un Antoine déboussolé par ce qui lui arrive, et surtout les participants à la formation religieuse sont tellement caricaturaux que si le film n'avait pas été aussi clairement apologétique, les accusations de cathophobie auraient fusé, or quiconque sait rire de lui-même ou de sa communauté aura toujours ma sympathie. Enfin, j'aime bien le titre.
Bref, parce que j'aime passer un bon moment au cinéma et pour toute ces qualités réelles, j'aurais aimé aimer. Mais voilà...
D'abord, je ne sais pas si c'est la réalisation, le montage ou la mise en scène mais, malgré mon intérêt pour le sujet et la brièveté du film, je me suis ennuyé ferme. Avant qu'on incrimine mon goût pour les super héros, je tiens à signaler que je me suis régalé devant Somewhere.
Mais surtout, c'est le contenu de cette catéchèse qui ne passe pas. Après sa première séance de formation, Antoine achète une Bible (je me demande un peu quels point presse ont des piles de Bible de Jérusalem de mariage (blanche et dorée sur tranche) en tête de gondole. Et il commence à la lire (en commençant par le Siracide, livre deutérocanonique, mais bon, ne soyons pas plus protestant que Calvin...). Le malheureux ! Tout le groupe d'instruction religieuse s'esclaffe et le prêtre se gausse : "on n'est pas ici pour faire de la théologie mais pour toucher les coeurs" (s'il avait un minimum de formation théologique, il saurait que le coeur, dans la Bible, ça concerne aussi la tête). En tout cas, le message est clair, la Bible ne reparaîtra plus de tout le film (c'est d'autant plus dommage, qu'il y a un très joli passage sur le fils prodigue et sur le côté scandaleux de la parabole). A tel point que si le realisateur avait ete protestant, je l'aurais taxé d'anticatholicisme primaire. Je ne crois pas que ce soit le cas, aussi me contenterai-je de voir dans ce passage la conjugaison de la mefiance du catholicisme pour la lecture personnelle de la Bible et de la mefiance de beaucoup de mouvement charismatique pour une démarche de foi d'où  ne serait pas exclue toute forme de démarche intellectuelle.  
Toujours est-il que, privée (ou débarassée) de la Bible, la catéchèse qui accompagne Antoine sur le chemin de la conversion, ne repose que sur deux points
- premier point : nous avons tous envie d'être aimé et les plaisirs dont nous nous saoulons ne peuvent étancher cette soif d'amour. C'est vrai mais  n'y a pas besoin de christianisme pour s'en rendre compte : ecoutez par exemple "Foules sentimentales" de Souchon.
- deuxième point : dans une société qui cultive la force, nous devons accepter nos faiblesses. Là encore c'est vrai. Mais cest ce qu'on trouve dans la plupart des manuels d'épanouissement personnel. L'Evangile va bien plus loin en nous plaçant justement devant notre incapacité à accepter nos faiblesses (et que cette incapacité est bien la plus grande de nos faiblesses, une faiblesses qu'en aucun cas nous ne pouvons surmonter par nous-même), en nous montrant qu'à dire vrai, nous voulons pas être aimés de Dieu (en tout cas, pas de la manière gratuite dont il nous aime).
Bref, Antoine ne se convertit pas suite à une rencontre avec Jésus Christ, il voit sa vie modifiée après un séminaire d'épanouissement comme il y en a tant (celui ci est catholique mais, finalement, il aurait pu être boudhiste, musulman ou athée...)

J'ai vu le film avec un oeil de pasteur  conservateur et je pinaille, mais l'important c'est que le message chrétien soit porté sur le grand écran, dirons certains C'est sans doute vrai. Mais dans la salle de cinéma d'Evreux, nous étions 7. Les trois plus jeunes spectateurs ont quitté la salle avant la fin du film (c'est la première fois que je vois des gens quitter la salle à Evreux)
Comme récit d'un cheminement personnel, Qui a envie d'être aimé ? est bien meilleur que "Mange, prie, aime" (mais Mange, prie, aime est un dépliant touristique, alors je ne sais pas si c'est honnête de le comparer à un film), mais comme film chrétien, il est raté. 

Raiponce, une histoire de libérations

18 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

raiponce-333.jpgAbominable rétrograde, à l'image de synthèse, j'aurais préféré un dessin classique. Enfin, le cinéma d'Evreux m'épargné la 3D, c'est déjà ça !
Bougonnement mis à part, elle est très sympathique cette Raiponce. Et elle vient rejoindre Belle et Arielle parmi les princesse Disney pas insipides.
Le scénariste a bien lu Bettelheim et il a saisi tout le symbolisme de cette jeune femme enfermée qui utilise sa chevelure pour introduire un homme dans l'espace où sa marâtre la confine. Mais il a l'astuce de faire de son libérateur un captif d'un tout autre genre. Du coup Raiponce devient une illustration rafraîchissante du thème de la liberté, ou théologiquement parlant, de la libération des idoles.
La mère Gothel retient Raiponce en lui offrant la sécurité contre un monde hostile. Certes, on pourrait lire dans le discours de  Gothel à  sa  "fille" un écho du pessimisme que de nombreux versets professent face au monde. Et c'est vrai que les Eglises se sont parfois comportées en mère abusive. Mais ces versets n'empêchent absolument pas les textes bibliques de nous envoyer dans le monde. Et les Eglises ne sont pas les seules mères abusives... Argent, situation, communautarismes divers, convictions politiques, autant de murs que nous élevons pour nous protéger du monde extérieur, autant d’idoles qui nous utilisent plus qu'elles ne nous servent...

Mais Raiponce n'est pas la seule à être libérée. Il y a aussi Eugène Flynn qui est un modèle de liberté : pas d’attache, ni de responsabilité. Eugène Flynn est tellement libre qu’il peut même choisir son nom. Le rêve. Tellement libre qu’il est toujours en fuite. Tellement libre que finalement, même son rêve « est nul ». Finalement, la liberté de Flynn Eugène n’est jamais qu’un asservissement à lui-même…

Alors si n’obéir qu’à soi devient un esclavage autant que s’enfermer pour se protéger du monde, c’est quoi la liberté. Le dessin animé répond, c’est l’amour  (désolé de briser le suspens pour ceux qui n'ont pas vu le dessin animé, Eugène et Raiponce se marient à la fin) et le service des autres… C’est vrai que c’est plus facile dans un Disney où presque tout le monde est finalement très gentil que dans notre monde, mais qui a dit que la liberté était facile comme un dessin animé de Disney ?

Tenue sacerdotale

5 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Grand-Pretre.jpgPrédication du dimanche 2 janvier

Exode XXVIII

Hébreux VIII, 1 et 2


Tenues de sportifs ou de personnel soignant, robes pastorales ou de magistrat, uniformes militaires, et tant d'autres..., tous ces vêtements si particuliers qui prêtent à sourire quand on y pense, relèvent bien sûr d'une histoire ou d'une tradition, mais ont aussi une fonction pratique et, parfois, une signification.

La tenue du Grand-Prêtre ne fait pas exception. Cependant, puisque le texte que nous avons entendu ce matin nous renvoie à l'origine de cette tenue, nous passerons la dimension traditionnelle pour nous concentrer sur la fonction et le symbolisme du vêtement qui sont tous les deux significatifs pour nous.


Tu feras des grenades et parmi elles, des clochettes d’or tout autour ; le son des clochettes se fera entendre quand il entrera devant le SEIGNEUR dans le sanctuaire et quand il en sortira : ainsi, il ne mourra pas (v.35) Puis tu feras un fleuron d’or pur, tu y graveras comme on grave un sceau : « Consacré au SEIGNEUR« , Il devra être sur le devant du turban. Il sera sur le front d’Aaron afin qu’il puisse porter les fautes commises envers les choses saintes, (v.
38)  Fais–leur des caleçons de lin pour couvrir leur nudité ; ils iront des reins aux cuisses.  Ils les prendront quand ils entreront dans la tente de la rencontre ou quand ils approcheront de l’autel pour officier dans le sanctuaire, afin de ne pas se charger d’une faute et mourir (v. 43). Les clochettes et le sceau sur le bonnet nous font sourire aujourd'hui et ce n’est pas très sérieux de ma part de commencer l’année en prêchant sur les caleçons sacerdotaux. Mais tous ces accessoires prouvent une chose. N’en déplaise aux amateurs des fastes vestimentaires catholiques ou orthodoxe, n’en déplaise même, dans notre Eglise Réformée aux zélateurs de la robe pastorale (qui n’est pas un vêtement sacerdotal), le rôle de la tenue du Grand Prêtre, n’est pas de se faire beau pour Dieu, ni d’en imposer, ni de conférer à une célébration religieuse la solennité due. La tenue du Grand Prêtre, équivaut plus à la combinaison étanche du physicien nucléaire ou au scaphandre du cosmonaute qu’à la tenue d’apparat d’un roi. En effet, il s’agit bien pour le Grand prêtre de se protéger avant d’entrer dans le Saint des Saints, avant de se retrouver en présence de Dieu.

En effet, il ne s’agit pas de se tenir devant un Jupiter qui exigerait une tenue correcte mais devant une puissance qui va au-delà de tout ce que l’homme pourrait en dire. De fait, pour les hébreux, rien de ce que Dieu ne veut pas, ne peut, tout simplement exister devant lui. Et donc le vêtement du Grand Prêtre sert à le protéger contre une destruction inévitable pour quiconque entre dans le Saint des Saints.

Bien sûr, cette image d’un Dieu qui détruit aussi sûrement et aveuglément que le ferait le noyau d’une centrale nucléaire, n’est plus du tout la nôtre. Mais tout cela nous rappelle deux ou trois choses. Tout d’abord, cela permet de relativiser nos propres tenues cultuelles, puisque nous ne voyons plus Dieu comme cette énergie destructrice, la tenue de protection ne s’impose plus, il serait donc tout à fait ridicule de faire d’un code vestimentaire, une obligation absolue.

Ensuite, même si nous ne le voyons plus comme une puissance aveuglément destructrice, cela nous rappelle que Dieu est Tout Autre, qu’il n’est pas le papa gâteau ni même le Zeus souverain que nous projetons encore trop souvent. Il ne s’agit pas de remplacer une image par une autre mais bien de nous rappeler que Dieu est toujours au-delà. Et comment nous comprendrions nous l’importance de la suite, si nous oubliions que Dieu est toujours celui que l’homme devrait craindre de rencontrer face à face.

En effet, avant même de décrire la consécration des prêtres, l’Exode nous parle de leur tenue. En fait, cela va même plus loin, à l’inverse de notre célèbre dicton, l’habit ne fait pas le moine, la tenue sacerdotale, elle, ne sert pas à signaler le prêtre, elle fait, littéralement le grand prêtre. Ayant présenté ses fils, tu les revêtiras de tuniques, tu les ceindras d’une ceinture–Aaron et ses fils–tu les coifferas de tiares et le sacerdoce leur appartiendra en vertu d’une loi immuable Exode XXIX, 8-9 C’est un peu étrange mais quel meilleur moyen d’affirmer  que même le Grand Prêtre doit s’annoncer avant d’entrer en présence de l’Eternel, qu’il ne peut pas se prévaloir d’un caractère particulier que lui donnerait sa consécration mais qu’il a besoin d’un sceau sur son turban. Enfin, les prêtres ont besoin de masquer leur nudité, c'est-à-dire, dans le symbolisme biblique, leur faiblesse, leur indignité. Bref, la justice du Grand Prêtre, ce qui le rend digne de se tenir devant Dieu et de vivre ne vient pas de lui mais d’une armure extérieure.

Peut-être devrions nous en souvenir après nous être fait beaux pour commencer l’année sous notre meilleur jour, après avoir pris nos bonnes résolutions pour que l’année 2011 nous trouve meilleur que l’année 2010. Pour le peuple hébreu, le peuple de la loi, même le Grand Prêtre ne peut pas se prévaloir de ses propres mérites, de ses propres forces, sa justice ne vient pas de lui-même, elle lui est extérieure et elle le recouvre. Et il en va de même pour nous. Nous sommes revêtu d’une justice qui nous vient d’ailleurs. La lettre aux hébreux nous dit clairement d’où nous vient cette justice : Jésus Christ est notre grand prêtre et il est le plus grand des grands prêtres, c'est-à-dire qu’il habite totalement la fonction. On pourrait dire que Jésus est aussi la tenue du grand prêtre.

 

Et là, il nous faut comprendre la dimension symbolique de la tenue du Grand Prêtre, et notamment ces ornements, les pierres du pectoral, le Oumim et le Toumim.

Avant même d’être celui qui offre des sacrifices, le Grand Prêtre est celui qui fait entrer avec lui tout le peuple de Dieu : il porte sur lui les noms des douze tribus d’Israël, il présente donc le peuple à Dieu. Jésus est notre grand prêtre. C'est-à-dire que lorsque Dieu regarde chacun d’entre nous, c’est Jésus qu’il voit. Voilà donc que face à Dieu, c'est-à-dire dans le lieu où je devrais le plus craindre d’être moi-même, le lieu où je suis inexcusable, indéfendable, le lieu où je ne puis répondre au jugement contre moi par un jugement contre celui qui me juge, devient le lieu où je n’ai pas à me faire beau, à rentrer le ventre, un lieu où je n’ai pas à porter de masque, le seul lieu où je puis être moi-même sans peur d’être jugé. Face à Dieu, aussi indigne que je sois, je n’ai pas à avoir peur de ce que je suis parce que, comme il voit le sceau sur le turban du Grand Prêtre, lorsque Dieu me regarde, c’est Jésus Christ qu’il voit !

Mais cela va encore plus loin, c’est en mémorial que le Grand Prêtre porte Israël devant Dieu. C'est-à-dire que ce n’est pas seulement le peuple qui est mis devant Dieu, mais toute la mémoire du peuple, toute son histoire, tout son passé. Lors de la nouvelle année qui commence, nous avons toujours tendance à faire des bilans, à voir quelles résolutions nous n’avons pas tenues, à tenir le compte de ce que nous a apporté l’année qui vient de se terminer. Eh bien, voici que Jésus porte ton passé, c'est-à-dire qu’il t’en décharge. Tu n’es pas un homme, une femme sans racines, sans histoire, mais tes racines ne t’ancrent plus au sol, ton histoire ne pèse plus sur tes épaules. Un autre les porte pour toi.

Et le Grand Prêtre porte également le Oumim et le Toumim. Si on ne sait pas très bien ce que sont ce Oumim et ce Toumim (entre nous, quand les spécialistes conservent les mots hébreux, c’est qu’ils ne savent comment les traduire), on sait en revanche que Dans la Bible, ce sont des objets de divination. C’est donc aussi l’avenir que porte le Grand Prêtre. En ce 2 janvier où nous nous demandons encore ce que l’année 2011 va nous apporter, voilà que la Bible nous affirme que notre avenir est entre les mains de Jésus Christ. C’est aussi une manière d’être des petits enfants ; en effet, le petit enfant, c’est celui qui s’il se demande ce que sera demain, ne s’inquiète pas vraiment de l’avenir, parce que ce sont ses parents qui ont son avenir entre les mains (c’est d’ailleurs ce qui devient plus dur pour les parents). Mais là, nous sommes invités à prendre confiance : l’année nouvelle et tout notre avenir sont entre les mains de Jésus. Paul traduit cela en affirmant « Rien de ce qui nous est arrivé, rien de ce qui nous arrivera ne peuvent nous séparer de l’amour de Dieu révélé en Jésus Christ ».

 

Mon frère, ma sœur, que notre année commence avec cette certitude, 2011 ne nous arrachera pas à l’amour de Dieu. Et que cette certitude nous rende libres vis-à-vis de nos culpabilités et de nos orgueils, qu’elle nous libère des regrets de notre passé et des angoisses de notre avenir.

 

Amen.

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