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Prière pour les oiseaux

17 Mars 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Prières

Dieu notre père

Nous voulons te prier pour tous les oiseaux du monde

Et surtout pour tous ceux à qui nous donnons des noms d’oiseaux

 

Nous te prions bien sûr pour ceux que nous appelons

Mon poussin, mon canard, ma poulette

Tous ceux, qu’avec ou sans surnom, nous aimons

 

Nous te prions également pour ceux que nous appelons vautour

Et pour les faucons de guerre

Ceux-là qui croient pouvoir puiser leur force et leur vie

dans la faiblesse et la mort et des autres

Donne-nous d’être face à eux des témoins vigilants

Donne-nous ton esprit de prophétie qui dénonce l’oppression

Et annonce la justice.

 

Nous te prions pour ceux que l’on appelle pigeons

Donne nous d’accepter de faire, aux yeux de ce monde, partie de ceux-là

Donne-nous de réaliser ta parole « Heureux les doux, heureux les simples »

 

Nous te prions pour les triples buses, les bécasses et les têtes de linottes

Donne-nous d’accueillir avec amour et patience les limites de nos frères et de nos sœurs

Donne-nous la lucidité et l’humour nécessaires pour reconnaître et assumer nos propres limites

 

Nous te prions pour ceux que nous voyons

Majestueux comme des aigles

Libère nous de l’aigreur et de l’idolâtrie

Et permets-nous de prendre notre place aux services des autres

 

Fais sortir leur tête du sable aux autruches

Fais atterrir un peu les albatros

Donne aux coqs l’humilité

Et rend aux moineaux la dignité

 

Nous te remercions pour les colombes

Annonciatrices de paix et d’espoir

Pour les alouettes, porteuses d’espérance

Et pour les pinsons qui nous communiquent leur joie

 

Seigneur,

Que ton Royaume germe sur la terre

Et qu’il rassemble dans son feuillage

Tous ces oiseaux que nous sommes

 

 

 

 

 

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Thomas Römer, David et Jonathan

24 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

insolite_111118.jpgIl y a quelques semaines, m'agaçant contre nos tendances à instrumentaliser la Bible au service de nos anthropologies, j'écrivais que la relation de David et Jonathan n'était pas une relation homosexuelle.

Depuis, je découvre un article (de 2003) de Thomas Römer (De Sodome et Gomorrhe à David et Jonathan, quelques considérations sur l'homosexualité dans la Bible hébraïque) qui affirme le contraire (et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet article avant d'aller plus loin dans ma prose) Le point de vue est solidement argumenté et Thomas Römer est certainement un bibliste bien plus compétent que moi, alors s'il affirme qu'on peut lire la relation entre David et Jonathan comme un amour homosexuel, je ferais sans doute mieux de reconnaître mon erreur et de faire profil bas. Surtout qu'au bout du compte, ça m'arrange plutôt bien dans mon anthropologie et dans ma position favorable au mariage pour tous...

Seulement voilà, aussi solidement argumentée soit-elle, la lecture de Thomas Römer ne me convainc pas. Ce que je lui reproche, c'est de passer sous silence ce que je crois être une problématique importante.

Thomas Römer nous apprend que les condamnations des pratiques homosexuelles par le Lévitique sont postérieures à la geste de David. Mais si vraiment un lecteur hébreux pouvait voir une relation empreinte d’érotisme entre David et Jonathan, comment se fait-il qu'à un moment de condamnation forte de l'homosexualité, cette relation n'ait pas été relue, réinterprétée ? (Comme, par exemple, ont été réinterprétées les épouses étrangères de Salomon (d'abord signe de sa richesse et de sa splendeur puis considérées à des époques plus isolationnistes comme la cause du schisme d'Israël)) C'est à cause de cette non-censure, à cause de cette non réinterprétation pour édulcorer ou pour condamner ces moeurs de David, que j'ai peine à croire que les lecteurs hébreux à travers les siècles aient vu la charge érotique que Thomas Römer décèle dans ce texte.

Bref, je continue à penser que si nous voulons tirer de la Bible un discours général sur l'homosexualité, il ne nous reste que les 4 ou 5 versets qui la condamnent. Heureusement, la plupart des opposants chrétiens au mariage pour tous ont bien perçu qu'utiliser ces versets les discréditeraient, non pas tant au regard de la société qu'au regard de la Bible elle-même. Comment pourrait-on revendiquer des prescriptions du Lévitique, alors que nous ne tenons pas compte de 99% d'entre elles. Comment pourrait-on revendiquer les anathèmes de Paul en oubliant l'essentiel de son message  O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.

 Je crois très bon que nous appuyions nos convictions politiques, anthropologiques et philosophiques sur nos lectures de la Bible mais nous devrions toujours garder beaucoup d'humilité en nous souvenant que si nos convictions s'appuient sur notre lecture, notre lecture s'appuie aussi sur nos convictions et qu'il nous est impossible de discerner ce qui soutient quoi. La Bible dresse-t-elle un modèle de famille et de relation ou remet-elle en question nos modèles familiaux et relationnels ? J’ai tendance à opter pour la deuxième lecture.  Mais après tout, c'est toujours du "choisis ton verset, camarade"

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La jeunesse de Jésus

6 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

la-jeunesse-de-picsou-1-glenat.jpgPrédication du 30 décembre 2012

I Jean III, 1-24

I Samuel I, 20-28

Cantique 374

Luc II 40 à 52

 

Je suis un grand amateur de jeunesses de personnages célèbres, qu’ils soient fictifs ou réels. Je ne parle pas de biographie mais bien de jeunesses inventées… Mes premiers souvenirs en la matière remontent à Pauvre petit garçon où Dino Buzzati invente l’enfance d’Adolphe Hitler et à Spielberg, décrivant la jeunesse de Sherlock Holmes dans Le secret de la pyramide, ma dernière acquisition, c’est La jeunesse de Picsou… Vous voyez, je reste très friand de ce genre de littérature, de cinéma ou de bande dessinée : quel plaisir, quel jeu de découvrir la source de tel talent, de telle manie de telle obsession, de relever les clins d’œil au personnage de référence.  Heureusement, dans la littérature, dans la bande dessinée, dans le cinéma, les exemples ne manquent pas. Bien sûr, il y a des règles à suivre pour écrire une telle jeunesse : il faut bien connaître le personnage, il faut que la jeunesse ne soit pas trop connue, et surtout il faut inclure dans cette jeunesse le plus de clins d’œil possible au personnage tel qu’il est connu aujourd’hui, sinon le travail s’avère décevant : que m’importe la jeunesse de Cyrano de Bergerac si celui-ci m’y est décrit comme un véritable Don Juan ?

En fait, ce passage de Jésus au Temple est une bonne « Jeunesse de Jésus ». On y trouve bien le caractère de Jésus tel que les évangiles nous le dépeignent : on y retrouve l’intelligence et la perspicacité ainsi que le côté contestataire, l’opposition au carcan familial et puis bien sûr l’allusion à la résurrection avec cette recherche qui dure trois jours…

Oui, je suis persuadé que ce texte est plus de l’ordre de « la jeunesse de Jésus » que de l’anecdote croustillante sur l’adolescence de Jésus. Tout d’abord, quand on raconte ce genre d’histoire, on ménage le suspens, on laisse le lecteur chercher avec les parents, on ne commence pas par dire « Jésus était retourné à Jérusalem ». Et Luc sait ménager un suspens : quand il raconte le matin de Pâques, il ne nous dit pas « le premier jour de la semaine, alors que Jésus était ressuscité, les femmes vinrent au tombeau ». Ensuite, le lire comme le récit journalistique d’un fait divers de l’enfance de Jésus nous conduirait à nous poser des questions insolubles. La première serait « dans quelle famille d’irresponsables «Dieu a-t-il placé son Fils ? » et la deuxième et non la moindre serait : « Comment Marie pouvait-elle ne pas comprendre ce que Jésus disait ? Avait-elle oublié ce qui s’était passé 12 ans plus tôt ? Elle est blonde ou quoi ?». Enfin, à quoi bon servirait cette histoire ? A montrer Jésus comme un petit prodige ? A rassurer des parents inquiets quand leur progéniture fait les quatre cent coups en leur disant « Oh mais vous savez, Jésus, lui-même, au même âge… » ? Vu ce que Jésus a, par la suite, fait voir à ses parents, je doute que cela soit très rassurant. Non décidément, je crois que le souvenir d’enfance est une mauvaise piste pour lire ce texte.

 

Mais Luc se contente-t-il de nous raconter cette histoire pour nous présenter son personnage ? Certainement pas ! Il nous donne un véritable enseignement ou plutôt deux. Le premier concerne Jésus, le second concerne ses parents et sans doute nous-même.

A propos de Jésus, au-delà de l’intelligence de ses réponses, au-delà de sa réponse à ses parents, j’attire votre attention sur les deux commentaires qui encadrent ce récit : Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui et Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes et surtout, sur cette petite remarque : il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. Jésus vient d’expliquer à Joseph et Marie que sa place est chez son Père ou au domaine de son Père  et voilà pourtant qu’il quitte le Temple et Luc précise bien pour descendre à Nazareth. De la mangeoire de Bethléem à la croix du Golgotha, Jésus est celui qui accepte de ne pas être à sa place, et il l’accepte par soumission aux hommes, par soumissions à ses parents, à César Auguste, pour la naissance (souvenez-vous du recensement) à Caïphe, Anne et Pilate pour la crucifixion...

Et c’est bien sur cette relation de Jésus aux hommes que Luc attire notre attention en précisant bien que Jésus (qui n’est plus l’enfant jésus ni le jeune Jésus mais qui est ici,  nommé simplement Jésus pour la première fois) gagnait en grâce auprès des hommes. Par amour pour les hommes, jésus est celui qui accepte de ne pas prendre la place qui est la sienne.

 

Les hommes, ici, ce sont Joseph et Marie, surtout Marie d’ailleurs, qui est celle qui parle et dont Luc précise bien qu’elle gardait ses choses au fond de son cœur, c’est-à-dire dans son intelligence et sa mémoire. Marie est donc bien ici figure du disciple. Alors que dire de ses hommes, de ses disciples face à ce Jésus qui n’est pas à sa place ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que eux aussi se déplacent beaucoup. De Nazareth au Temple, puis retour, puis retour vers le Temple, puis re-retour à Nazareth… En fait, dans ce récit, il y a trois manière d’aller au Temple et elles correspondent bien aux trois manières, au trois raison d’aller aujourd’hui à l’église, au culte…

Tout d’abord, nous dit Luc, Joseph et Marie vont au Temple, selon la coutume de la fête. On va à l’église par obligation, par habitude. On vient au culte parce qu’il faut, parce qu’on est protestant (remarquez, certains ne viennent pas au culte parce qu’ils sont protestants, c’est la même obligation, la même servitude dans leur esprit)…

Ensuite, Joseph et Marie reviennent au Temple en cherchant Jésus, ils ne savent pas s’ils vont l’y trouver, ils sont pleins d’   anxiété. Et parfois, on vient à l’église en recherche, on ne sait pas si on va y trouver ce qu’on cherche, parfois on ne sait même pas ce qu’on cherche ; on sait juste qu’il nous manque quelque chose, qu’on a mal et qu’on a cherché partout mais pas encore ici…

La troisième manière d’aller au Temple, c’est celle de Jésus, s’il accompagne ses parents dans la tradition, il revient ensuite dans la liberté. Lui, il sait ce qu’il cherche et il sait qu’il va le trouver dans le temple, dans la discussion et l’échange sur l’Ecriture, dans l’enseignement… Oui, on peut venir à l’église, au culte pour recevoir un éclairage sur l’Ecriture, mieux encore, pour recevoir l’éclairage de l’Ecriture, entendre la Parole dont nous avons besoin pour nos vies.

Dans ce texte, il y a trois manière de venir au Temple, et dans le premier jet de ma prédication, j’allais rajouter, il n’y en a qu’une seule qui soit mauvaise… Les pasteurs se sentent toujours obligés de rajouter de la loi, de la morale. En fait, aucune de ces manières n’est dite mauvaise dans le texte…

 

Alors mon frère, ma sœur, quelles que soient les raisons qui t’ont conduit ( e ) ici ce matin, que dans la prière, dans le chant, dans la bible lue et partagée, le Dieu qui se déplace vienne à ta rencontre.

 

Amen

 

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Le mariage (un sujet imposé) pour tous

14 Novembre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Je ne sais pas combien de couples homosexuels se marieront (et encore moins combien demanderaient une bénédiction sur leur couple (mais là, je suis hors sujet)). Je ne sais pas combien de couples homosexuels adopteront combien d'enfants. Mais je suis sûr que le nombre sera infiniment moins grand que celui des esprits qui s'enflamment sur la question.

J'ai longtemps appelé de mes vœux une vraie réflexion sur la question dans mon Église et j'avoue que le débat tel qu'il a lieu actuellement me déçoit profondément. D'abord parce qu'il se résume au pire aspect de la démocratie : il prend la tournure de ce chant/concours de colonies de vacance "C'est à bâbord qu'on gueule le plus fort" (merci de ne pas voir d’interprétation politique dans le choix du couplet)
Ensuite parce que l'instrumentalisation des arguments n'a jamais été aussi patente. Ce n'est pas tel et tel arguments me conduisent à telle conclusion mais ma conclusion me pousse à brandir tel ou tel argument (je ne prétend absolument pas échapper à cette tentation mais j'avoue que les agnostiques du mariage gay me manquent)
Bon l'avantage de cette discussion au raz des pâquerettes, c'est que du coup ça me permet d'écrire sans trop de scrupule mon petit grain de sel.

Comme je ne suis pas plus objectif que les autres, commençons par mon point de vue. Je pense qu'un couple, c'est un projet à deux qui s'inscrit dans la durée et la stabilité. Et je pense que le couple a besoin d'un cadre extérieur, d'une reconnaissance civile et juridique pour exister. 

Je sais que des hommes aiment un autre homme, que des femmes aiment une autre femme et éprouvent le désir de construire avec cet autre un projet
Je pense qu'en règle générale, il vaut mieux pour un enfant de grandir dans une famille que d'aller de famille d'accueil en centres.

Je pense qu'il existe encore une homophobie réelle dans notre société, qui conduit facilement à l'insulte ou à l'ostracisme voire à l'agression et je pense qu'un geste fort de reconnaissance civil permet de faire diminuer les haines de ce type.
Pour ces raisons, je suis favorable au mariage pour tous et même à l'adoption tout en gardant certaines réserves et en reconnaissant que ce sera un vaste chamboulement. (Personnellement, j'aurai préféré que soit conservé une différentiation (pas hiérarchique) entre un projet de couple hétérosexuel et un projet de couple homosexuel (peut être même entre couple féminins et masculins)).
Pour le moment, je m'abstiens de me prononcer sur la question de la bénédiction des couples gay.

 

Ceci dit, j’écris surtout cet article pour me soulager : quelques arguments pro et anti que je lis ou entend régulièrement m’agacent. La suite sera donc tout à fait partiale, sarcastique et défoulatoire Mais vu le niveau actuel du débat, je ne vois pas pourquoi je me gênerais

 

Exemples de couples homosexuels maltraitant leurs enfants 

Exemples de couples hétérosexuels maltraitants leurs enfants

 

L'exemple outrancier élevé au rang de vérité générale, en dessous du niveau zéro du débat

 

Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont moins équilibrés que les autres. 

1) Quelles études ?

2) La phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples homosexuels dans une société qui considère l'homosexualité comme une anomalie sont moins équilibrés que les autres.

3) voir l'argument suivant

 

Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont aussi équilibrés que les autres

1) quelles études ?

2) la phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples qui se savaient sous observation constante avec nécessité de faire leur preuve sont aussi équilibrés que les autres

3) voir l'argument précédent (et faudrait savoir)

 

Les études favorables au mariage et à l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies gays

Voir argument suivant

Les études défavorables au mariage et l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies antigay

Voir argument précédent

 

L'important est de protéger les enfants

Et c'est sûr que répéter à longueur de médias aux enfants actuellement  élevés par des couples homosexuels qu'ils sont en danger grave de déséquilibre, c'est une bonne manière de les protéger.

 

Il faut vivre avec son temps

Heureusement que l'Église confessante qui s'est opposée au nazisme a refusé de vivre avec son temps. NB. Je ne fais aucune comparaison entre l'homosexualité et le nazisme, il s'agit simplement d'affirmer que l'Église n'a absolument aucun devoir de vivre avec son temps, elle doit se réformer sans cesse, elle doit être assez humble pour accepter que parfois l'évolution des moeurs lui permet de mieux vivre l'Évangile, mais vivre avec son temps... Elle l'a malheureusement trop souvent fait en massacrant de l'infidèle et en brûlant de l'hérétique.


La nature nous montre que pour avoir des enfants, il faut un mâle et une femelle.

Oui et la nature nous montre aussi que pour que le troupeau survive, il faut laisser les vieux et les faibles se faire bouffer.

 

Demain on réclamera le mariage à trois ou avec son frère ou avec son  orang-outang.
Alors, allons plus loin que le refus du mariage pour tous et remontons à la source du problème. A partir du moment où l'on a cessé d'enfermer les homos, c'était sûr qu'ils allaient se mettre à vivre en couple et même à élever des enfants. Donc criminalisons l'homosexualité.

 

C'est une remise en cause des bases de notre société. 

Peut-être. L'abolition de l'esclavage en était certainement une.

 

Si tout le monde était homosexuel ce serait la fin de l’humanité

Oui, à court terme. En même temps, le mariage pour tous ne me donne aucun regret d’avoir épousé une femme. A vous, si ?

 

C'est une question d'égalité

Je ne crois pas que l'égalité se vive en établissant les même cadres pour tous.

 

En remplaçant les termes de père et de mère par celui de parent, on anéantit les notions de paternité et de maternité.

En fait, c'est faux. Le texte prévoit de remplacer l'ensemble "père et mère" par "parents", pas de supprimer les notions de père et de mère.

 

Les opposants aux mariages gay sont homophobes

Là, je n'ai pas d'argument pour expliquer pourquoi ça me sort par les yeux.

 

Les religions n'ont pas à se mêler des questions de société

Ben si. Même que ça s'appelle la laïcité.

 

La Bible condamne l'homosexualité

Et aussi le mariage avec une étrangère. En revanche, elle accepte l'esclavage et elle affirme que toute autorité vient de Dieu et qu'il convient de s'y soumettre, donc même aux autorités qui autorisent le mariage pour tous, non ?

 

La Bible pose la différence sexuelle comme essentielle à l'altérité

Avec un récit de la création qui célèbre la similitude entre l’homme et la femme sans s’attarder sur leurs différences ? Avec un Dieu lu comme principalement masculin qui épouse le peuple qu’il appelle son fils (mais travesti pour le mariage, il est vrai) ? Ou bien avec un Dieu dont la capacité à la relation est dite à travers l'image de la trinité (ou de la filiation) mais pas du tout dans la différentiation sexuelle ? Est-c qu’on aurait pas un peu tendance à surinterpréter les images, là ?

 

David et Jonathan était un couple homosexuel

N'importe quoi. Quand David dit de Jonathan que son amour vaut mieux que celui des femmes, il se contente d'énoncer un lieu commun qui a prévalu pendant des siècles : l'amitié masculine est plus noble que la relation entre homme et femme. Aujourd'hui, on se dirait simplement que c'est plus sympa de boire une bière entre mecs que de s'encombrer d'histoires de bonnes femmes.

Tant qu’on y est, le disciple que Jésus aimait n’était pas non plus le giton de Jésus.

 

Jésus a dit : "aimez vous les uns les autres" donc il faut laisser les homos faire comme ils veulent.

 

Ben oui mais je peux, je dois, même, aimer l'assassin sans le laisser assassiner. Ah zut, on va encore m'accuser d'assimiler l'homosexualité à un crime. Bon, je peux aimer celui qui s'oppose au mariage pour tous sans pour autant le laisser empêcher la loi.

 

Dans les quatre derniers arguments, merci d'entendre au-delà de tout sarcasme facile, une réelle inquiétude sur la manière dont nous instrumentalisons les textes bibliques.

 

 

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Identité visuelle et ronchonnage

7 Novembre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

egliseunie_logo_10cm.pngL’Eglise protestante unie s’est donc donné son identité visuelle. Bien. Mais j’ai quand même envie de ronchonner un peu, sinon, ça ne vaudrait même pas un article.

D’un tweet rageur, j’ai eu un peu envie de faire remarquer qu’après son identité juridique et son identité visuelle, il ne lui reste plus qu’à trouver son identité confessante. Mais je préfère être positif et reconnaître que  parce que la parole que nous porterons est bien plus importante que le logo sur nos papiers à lettre et nos affiches, il vaut mieux que nous passions plus de temps à construire notre déclaration de foi qu’à trouver notre identité visuelle (« identité visuelle »… là, je vais pas me gêner pour persifler que ça fait horriblement branchouille et pompeux)

L’impression de fractionnement que j’ai eu à la première vision s’estompe au fur et à mesure que je m’habitue et de toute façon ce nouveau logo est bien moins laid que l’ancien… Je crains juste qu’il soit un peu trop à la mode et donc condamné à être dépassé d’ici une dizaine d’année.

Par charité chrétienne, je ne dirai rien du clip de présentation (en même temps, c’est sûr qu’une « identité visuelle », ça méritait un clip de présentation) et je vais attendre de voir la ligne budgétaire pour râler…

Foin de persiflage, il est pas mal ce nouveau logo… Mais ce qui me gêne vraiment, c’est l’explication qu’on nous colle avec. Alors quoi ? On va être privé du plaisir d’interpréter, de lire et de dé-lire ce logo comme on ne s’est jamais privé de le faire pour la croix huguenote ? (Tiens, une idée comme ça, je devrais faire une recherche et collectionner les interprétations de la croix huguenote). Alors quoi ? C’est ça, la nouvelle identité protestante : l’interprétation qui est livrée avec le texte ?

Bien sûr, ce n’est pas très grave mais quel dommage de n’avoir pas laissé un peu de place à notre imagination pour nous approprier ce logo, pour ne pas en faire seulement le travail d’un graphiste, mais vraiment notre logo, celui par lequel nous disons ce que nous sommes plutôt que celui qui nous dit ce que nous sommes…

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Mangez le si vous voulez

5 Octobre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Mangez-le.jpgLe crucifié du Golgotha - collègue d'Alain - pend au mur.

Jean Teulé

 

Une belle journée d'août 1870, Alain de Moneys se rend à la foire de Hautefaye. Il n'en reviendra pas. Il sera battu, torturé puis brûlé par une foule comprenant des voisins et des amis. La lecture du récit de cet horrible fait-divers est à peu près aussi éprouvante que le visionnage de La passion du Christ ( peut être même plus : les mots désamorcent moins la violence et l'horreur que les images). Pourtant, ce n'est pas au Calvaire que je pense en lisant Jean Teulé, mais plutôt au double assassinat d’Echirolle, un autre meurtre collectif de victimes identifiées comme représentant l'autre. Sofiane et Kevin ont sans doute été tués parce qu'ils venaient de l'autre quartier, Alain de Moneys a été tué par une foule qui avait décidé de faire de lui un prussien…

Teulé nous dépeint bien l'aveuglement de cette foule, son invraisemblable incapacité à reconnaître Alain de Moneys, connu et apprécié sous les traits de celui qui lui a été désigné comme prussien. En ce temps de canicule et de guerre, il fallait un bouc émissaire.

Mais de manière tacite, le récit de Teulé nous interroge : le lynchage d'Alain de Moneys nous aurait-il paru moins atroce si celui-ci avait vraiment été un prussien, s'il avait vraiment crié "A  bas la France" ? Peut-être après tout ce crime aurait été moins atroce parce que moins incompréhensible. Torturer le jeune et sympathique Alain de Moneys nous paraît une folie alors que s'agissant d'un sympathisant prussien, l'opinion publique de l'époque aurait été moins révoltée ( sans doute se serait-elle contenté de grincer les sourcils face à l'excès), et à supposer que le fait divers soit remonté jusqu'à nous, nous serions contenté d'évoquer la barbarie d'une époque révolue ( fin du XIXe siècle !).

Poser la question sous cet angle, c'est nous confronter à notre propre pulsion de violence, à ce feu qui couve sourdement en nous et ne demande qu'à s'embraser pourvu qu'on lui présente une victime qu'on pourrait ne plus identifier comme humaine.

Finalement, nous pousser à toujours reconnaître l'autre comme un prochain, comme à l’image de Dieu, comme un visage du Christ, comme un frère est peut-être la seule barrière efficace contre la violence.

 

Jean Teulé : Mangez le si vous voulez. Ed Juliard

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La prière, ça marche pas

8 Juillet 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 8 juillet 2012

Ezéchiel II, 2 à 5

II Corinthiens XII ; 1 à 10

Marc VI 1 à 6

 

« Monsieur le pasteur, j’ai prié mais ça marche pas »J’entends régulièrement cette remarque (finalement, peut être pas aussi souvent que je le voudrais… Après tout, une phrase qui commence par « J’ai prié… », c’est toujours bien à entendre). La prière, ça marche pas. Je pense que c’est un constat que tout chrétien fait au moins une fois dans sa vie. Non ?

Je sais bien que de telles choses ne se disent pas aussi brutalement, en tout cas, pas en chaire.

Pourtant les textes de ce matin nous racontent des échecs de prières, ils nous en donnent deux interprétations différentes et relèvent une seule et même attitude.

 

« Il guérit quelques malades en leur imposant les mains »… Bien sûr, on pourrait remarquer que ces quelques malades guéris font un pas si mauvais score. Mais Marc nous montre bien un Jésus en situation d’échec dans sa contrée natale : « Il ne pouvait faire là aucun prodige ». Ainsi, Jésus n’a pas toujours pu guérir… Et nous pouvons penser à tous ces malades que nous aurions aimé voir soulagés de leur maux, nous pouvons penser à ces maladies contre lesquelles nous nous sommes arque boutés à la force de nos prières. Sans que cela ne donne rien. Attention, nous ne devons pas oublier les quelques malades qui ont été guéris, nous ne devons pas oublier nos prières exaucées. Mais cela n’amoindrit pas vraiment le poids de celles qui ne l’ont pas été…

« Par trois fois j’ai demandé à Dieu d’éloigner de moi cette écharde dans ma chair ». Nous ne savons pas de quelle écharde parle Paul, les interprétations vont d’une maladie chronique à une épouse qui ne se serait pas convertie au christianisme… Mais qu’importe, nous savons tous ce que c’est que porter une écharde dans notre chair, nous savons ce que c’est qu’être blessé, rongé au point que c’en est douloureux physiquement par l’angoisse, le remords, les regrets, les tentations. Nous savons tous ce que c’est qu’une blessure dont on n’arrive pas à se sentir libre, une douleur lancinante qui revient sans cesse… Il nous suffit donc de savoir que Paul a connu semblable douleur, qu’il a demandé à Dieu de l’en délivrer et que cette délivrance lui a été refusée.

Bref, dans ces deux situations, Marc et Paul nous le disent : la prière, ça marche pas toujours.

 

Et Marc et Paul expliquent, chacun à leur manière, cet échec de la prière.

Marc associe, implicitement, la situation d’échec à l’absence de foi des habitants de Nazareth. J’avoue que cette explication de l’échec de la prière me gène toujours un peu. D’abord parce qu’à la déception de la prière non exaucée, à la douleur de la maladie non guérie, elle ajoute une pincée de culpabilité : « c’est de votre faute, vous n’aviez qu’à croire plus »… Ensuite parce qu’elle fait courir le risque de rabaisser les prodiges accomplis par Jésus au rang de vulgaire tour de charlatan : « l’esprit de Victor Hugo ne veut pas faire tourner le guéridon car il y a parmi nous un esprit fort ».

Mais quelles que soient mes réserves, je dois bien admettre que cette explication est celle de Marc (ainsi que de Matthieu). Et puis, c’est vrai qu’un médecin ne peut pas guérir un malade qui ne veut guérir.

En tout cas, il faut tout de même souligner deux points. Tout d’abord, contrairement à l’usage qui a été fait par la suite de ce texte, Marc ne s’étend pas beaucoup sur le lien entre manque de foi et prière non exaucée. Il se contente de le relever et de s’étendre sur les raisons de ce manque de foi : « Nul n’est prophète en son pays »…

Ensuite, l’explication de Marc face au non exaucement de la prière, n’est pas la seule : Paul non plus n’a pas été exaucé dans sa prière et il en donne une toute autre explication. En effet, pour Paul, ce n’est pas le manque de foi, qui est en cause. C’est simplement que cette écharde dans sa chair va être pour lui l’occasion de découvrir une nouvelle encore plus porteuse de vie que ne l’aurait été la délivrance : la nouvelle d’un Dieu qui agit dans la faiblesse et non dans la force, d’un Dieu devant lequel nous pouvons être sans masque, sans orgueil, sans plastronner…

 

Malgré leur grande différence, un point commun rassemble ces deux interprétation de l’échec de la prière : les deux invitent à un déplacement, à un changement de perspective. Marc souligne que c’est l’incapacité des gens de Nazareth à voir Jésus autrement que comme le fils du charpentier qu’ils ont toujours connu qui cause leur manque de foi. Et c’est vrai que mieux nous connaissons quelqu’un, moins nous sommes capable de le reconnaître comme autre, comme porteur d’une parole potentiellement nouvelle et rénovatrice. C’est vrai que nous avons souvent tendance à enfermer l’autre dans ce que nous savons de lui. « Je sais ce que tu vas dire » est une sentence sans appel qui tombe souvent en couple, en famille ou entre amis… En s’étonnant du manque de fois de ses compatriotes, Jésus ne les condamne pas, il les invite à transformer leur regard sur lui.

On retrouve le même changement de regard chez Paul qui va passer d’une projection d’un lui-même fort et invulnérable qu’il souhaite devenir à l’acceptation de l’homme blessé et meurtri qu’il est mais qui est tout de même appelé par Dieu pour être témoin de sa Bonne Nouvelle.

 

Et il y a un autre point commun, beaucoup plus évident. Jésus parcourait les villages des environs en enseignant. Paul n’a pas interrompu ses voyages et sa mission. L’échec constaté de la prière n’a pas été un coup d’arrêt, ni pour Jésus, ni pour Paul.

 

Frères et sœurs, c’est vrai parfois, la prière ne marche pas. Et c’est vrai que notre slogan ne peut pas être celui des marabouts « satisfaits ou remboursés ». C’est vrai que cette réalité parfois nous blesse. Mais que ce constat ne nous arrête pas, que cette prière qui ne marche pas, nous aide, au contraire à nous mettre en marche, qu’elle nous aide à changer de regard sur nous-même et sur Dieu. Et que nous reprenions notre parcours de foi et de vie

 

Amen

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Tite et Paul, frères amis

1 Juillet 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 1er juillet 2012

Psaume 133

II Corinthiens I 23 à 13

II Corinthiens VII, 2 à 16

 

Paul sent la colère le submerger à nouveau alors que les paysages de Grèce lui rappellent Corinthe. En fait sa colère n’est jamais vraiment retombée depuis l’insulte qu’il a reçue comme une gifle de là-bas. La lettre cinglante avec laquelle il a riposté n’a rien véritablement arrangé. A la colère, se mêle maintenant le remords, la crainte de s’être mis toute la communauté de Corinthe à dos, la peur d’avoir été trop dur avec son adversaire, d’avoir été trop vif, une fois encore… Il sait pourtant bien qu’il devrait se méfier de sa plume et de son caractère.

Et ce bouillonnement intérieur l’accompagne dans ses voyages. Certes, il y a des moments d’apaisement, des temps où il peut se concentrer sur sa mission, sur l’annonce de Bonne Nouvelle, il y a de belles rencontres mais souvent, pendant les heures creuses, pendant les nuits, pendant les temps de marche et de navigation, la colère et la tristesse reviennent, l’empêchant de savourer les joies, rendant les déceptions plus amères ; une colère et une tristesse qui l’enferment dans lui-même, le plongeant dans la solitude même au cœur des communautés si généreuses de Macédoine…

Et puis, voilà que Tite arrive enfin. Tite, l’ami, le compagnon, Tite que Paul avait raté à Troas, et qui le retrouve finalement en Macédoine. La lumière éclatante de la journée s’est adoucie, le soir embaume encore de la chaleur du jours et de l’odeur des figues, un baiser fraternel, les retrouvailles à une terrasse autour d’un lait de chèvre ou d’un vin de Grèce, des olives peut-être, le chant des cigales et les nouvelles échangées, d’abord de l’un et de l’autre « comment vas-tu ? Comment s’est passé ton voyage» puis celle des amis  « As-tu croisé Silas ? Que devient Timothée ? As-tu des nouvelles  de Barnabas ? » et enfin celle des communautés. Oui, voilà Tite et tout s’apaise. La présence de l’ami suffit à elle seule à calmer les colères et les rancoeurs les plus vives. Et Paul se sent léger, il sent le pardon germer en son cœur, cette impression d’un nœud qui se dénoue, d’une blessure qui s’envole, d’une douleur qui s’évanouit…

Et quand Tite parle de Corinthe, c’est en porteur de bonnes nouvelles, les corinthiens ont donné raison à Paul, ils ont reconnu leurs erreurs, ils se sont désolidarisés de l’offenseur. Mais de toute façon, Paul avait déjà pardonné, il sait déjà quels seront les mots de sa prochaine lettre : « Je me réjouis d’avoir en toute choses, confiance en vous »

 

***

Il nous faudrait Pagnol pour tourner cette scène avec une musique de Georges Brassens…

***

Dans ces petits morceaux d’humanité qui transparaissent à travers la seconde lettre aux Corinthiens (Paul est finalement moins bavard sur sa vie que mon imagination qui vagabonde), je reçois un témoignage très profond, peut-être plus convaincant que les plus grands arguments théologiques.

Un récit d’édification nous aurait sans doute expliqué que Paul avait trouvé le réconfort et la force de pardonner dans la prière, dans la lecture des Ecritures, dans la médiation sur l’enseignement du Christ, ou, au moins, dans la communauté des frères. Il aurait insisté : « Quelle merveille, cette Eglise du Christ où l’on trouve tout repos et tout apaisement ». Mais Paul, ne se lance pas dans l’édification, il nous parle de sa vie, de sa réalité, il nous dit la blessure profonde que lui a infligé un frère de Corinthe, il nous fait sentir sa solitude au milieu des frères et sœurs de Troas, au milieu des communautés de Macédoine. Bref, il nous montre une Eglise pas toujours fraternelle. Une Eglise sans doute semblable à la notre, imparfaite, parfois conflictuelle… C’est toujours rassurant de savoir que l’Eglise a toujours été ainsi, pleine de scories et de défaut, et qu’elle s’est pourtant maintenue au cours des siècles. J’y vois un signe de la grâce de Dieu, bien plus que dans le récit d’une Eglise idéalisée…

Mais la solitude ressentie à Troas et en Macédoine m’interpelle plus encore que la blessure infligée à Corinthe : même fraternelle, accueillante, conviviale, une Eglise n’est pas un groupe d’amis. Si c’est le langage de la famille, de la fraternité que nous employons en Eglises, plus facilement que celui de l’amitié, c’est que, comme le chante Renaud « On choisit ses copains mais rarement sa famille ». L’Eglise n’est pas un cercle de gens que nous avons choisis, avec lesquels nous nous entendons bien. Et c’est une chance et une exigence car cela nous permet et nous pousse à être plus ouverts en tant que communauté : pour devenir ami, il faut du temps, il faut s’apprivoiser, dirait le renard de Saint Exupéry mais pour devenir membre d’une famille, il suffit de naître… Nous sommes appelés à regarder et accueillir ceux qui s’approchent de nous, non pas comme des amis potentiels (en se demandant si nous aurons des atomes crochus, des affinités, des points communs) mais simplement comme des enfants d’un même père.

 

Mais c’est aussi une faiblesse. Paul s’est senti seul à Troas et en Macédoine, il n’y a pas trouvé de consolation. Et ce n’est pas de la faute de ces Eglises, elles n’ont pas failli, elles n’ont pas démérités. Mais simplement, parfois, l’humain a besoin de plus que de la fraternité, il a besoin d’affinités, d’atomes crochus, de ce lien profond et difficilement explicable qu’est l’amitié (à propos de son amitié avec La Boetie, Montaigne écrivait « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »). Tite va donner à Paul un réconfort, un soulagement que les frères et sœurs de Troas et de Macédoine n’ont pas su lui apporter, parce qu’en plus d’être un frère pour Paul, Tite est l’ami de Paul. Mais il est très important de bien comprendre qu’il n’y a là aucune critique, aucun reproche contre les communautés de Troas et de Macédoine. L’Eglise n’est pas appelée à pourvoir à tous les besoins de l’humain. On peut-être tout à fait à sa place dans une Eglise sans y avoir d’amis… Bien sur cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas vivre l’amitié dans l’Eglise, dans une communauté locale, simplement, cela n’est pas obligatoire. L’amitié et la fraternité sont deux choses distinctes.

 

Lorsque nous disons que l’Eglise n’est pas un cercle d’ami, cela ne signifie pas qu’il faille dénigrer l’amitié ou la rejeter, bien au contraire ! C’est pour cela que je trouve très beau qu’au détour d’un enseignement aux corinthiens, Paul laisse comme échapper ce morceau de vie. Il nous montre ainsi que si Dieu nous donne des frères et des sœurs, il nous donne aussi des amis.

Oui, Dieu nous donne l’amitié, comme un baume sur nos blessures, comme une oasis sur notre route, comme un repas où reprendre des forces. Il nous donne l’amitié comme un temps de joie et de partage. Il nous donne l’amitié comme une nouvelle occasion de lui rendre grâce.

 

Aussi, vous qui êtes frères et sœurs, ne négligez pas vos amis, ne dédaignez pas ces temps d’amitié. Que vos amis partagent votre foi, qu’ils prient différemment, remerciez Dieu qui les a mis sur votre route. Puisez dans votre amitié, les forces du pardon et de l’amour du prochain et surtout, vivez votre amitié comme une célébration du Dieu de la vie.

Amen

 

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Qui suis je ?

28 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 juin 2012

 

 

Psaume 139

 

Il est toujours difficile de prêcher sur les psaumes : ce sont des poèmes et ce sont des prières, deux genre littéraires qu’il est sans doute dangereux de trop analyser et décortiquer : parce qu’ils échappent à notre rationnel, le risque est grand en les démontant de leur faire perdre leur substance…

Pourtant, je voudrais ce matin faire une erreur de débutant et ouvrir une prédication par une remarque d’ordre « technique » qui a son importance. La tentation est grande de découper le psaume en deux. Faire des versets 19 à 24 un psaume à part… C’est vrai que ce « Dieu ! Si tu voulais massacrer l’infidèle » tombe un peu comme un cheveux sur la soupe et vient nous troubler dans notre médiation… Mais je vais garder au psaume son unité, d’abord parce que c’est ainsi qu’il a été conservé dans le corpus des psaumes, ensuite parce que le vers final « Scrute moi et connais mon cœur répond parfaitement au premier vers tu me scrutes et tu me connais », enfin parce que ces deux parties ont en commun un vocabulaire rare dans la Bible. Oui, tant au niveau du vocabulaire qu’au niveau de la pensée on trouve dans ce psaume 139, un fort apport de l’étranger, une perception du monde qu’Israël a très bien su adapter à sa foi mais qui n’en reste pas moins une perception étrangère, nouvelle… Ainsi, par une merveilleuse ironie, si la finale de ce psaume nous évoque un fort replis sur soi, le psaume tout entier reste un très bel exemple de la richesse du croisement des cultures… L’influence étrangère perceptible dans la beauté de ce psaume désarme son aspect le plus gênant…

Maintenant que je vous ai partagé cette remarque de spécialiste, nous pouvons la mettre de côté.

 

Personnellement, quand je lis ce psaume, avant d’entendre un plaidoyer pour le métissage culturel, avant d’entendre une théologie inhabituelle en Israël, j’entends le portrait du psalmiste… Je l’entends me parler de ses triomphes, de ces moments où il lui semble gravir, seul, les cieux, être au pinacle, à l’apothéose de sa vie. Et je pense à mes propres succès, ce ne sont peut-être pas des temps d’apothéose, je n’ai peut-être pas le sentiment d’avoir escaladé le ciel mais ces temps de joie profonde, ce sentiment d’accomplissement personnel, cette joie mêlée de fierté, je les connais…

Je l’entends me parler de ses fuites, de ces moments où il voudrait tout lâcher, simplement renoncer. Et je pense à mes propres envies de renoncement, aux moments où je voudrai simplement m’allonger et tout laisser aller. Je ne souhaite pas forcément être englouti par les ténèbres ou descendre au séjour des morts, mais ces temps de lassitude, de fatigue intense, de désespoir, de « juste ras-le-bol » je les connais.

Je l’entends me parler de sa routine, de son dodo (tu connais mon coucher), de son boulot (et mon lever) et même de son métro (tu surveilles ma route). Et je pense à mes propres habitudes, à mon propre quotidien, à ces étapes que je passe presque sans y penser, à ces jours qui se cochent sur mon calendrier… Je pense à mes projets, je pense à mes paroles. A des milliers d’années du psalmiste, je connais ce sentiment de quotidien mêlé de projets…

Je l’entends me dire ses incompréhensions qu’il transforme en haine. Et je me dis que si je n’ai pas de haine parfaite (sans doute suis-je trop superficiel), je connais quand même bien ce sentiment de surprise et d’énervement face à des gens dont je n’arrive pas à comprendre la pensée, les opinions… « Comment peut-on être ______________ » (mettez ici le courant de pensée de votre choix)

Mais surtout j’entends sa question, cette énigme qu’il se pose, qui le dépasse «mystérieuse connaissance, j’ai été fait dans le secret ! que tes projets sont difficiles pour moi ! ». La grande question du psalmiste,  c'est qui suis-je ?

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle est la valeur de ma vie ? Cette question est la mienne aussi. Qui suis-je ?

Suis je le produit de mon ascendance et de mon histoire ? Sans doute. Suis-je ce que je fais,  la somme de mes succès et de mes échecs ? Sans doute. Suis-je ce que mes amis et mes ennemis disent de moi ? Sans doute. Suis-je l'équilibre entre mes projets et mes décidément, entre mes rêves et mes lucidités ? Sans doute.

Sans doute suis-je un peu tout cela. Mais j'ai aussi la conviction profonde d'être bien plus encore, sans pourtant vraiment savoir qui est ce être que je suis...

Oui, je me retrouve bien dans le mystère que le psalmiste perçoit autour de son existence, dans cette question implicite, ce "qui suis-je ?" qu'il se pose..

 

Et paradoxalement, c'estdans cette question que le psalmiste découvre sa foi. En effet, en explorant sa vie, en visitant ce tourbillon d'échecs et de succès, de confiance et d'abdandon, ce torrent de vie qui saute du sommet à l'abîme, de la lumière à l'obscurité, de la certitude au brouillard, de la joie la plus profonde au chagrin le plus absolu, le psalmiste découvre une constante, une seule : Dieu est toujours là.

Et c'est cette découverte qui va lui dire qui il est : que sa vie soit sombre ou lumineuse, rêvée ou ennuyeuse, fidèle ou rebelle, il est cette merveille que Dieu a tissé, cette merveille dont Dieu se préoccupe. On voit souvent le croyant comme un roc, comme quelqu’un qui ne se pose pas de questions, qui connaît sa voie. Et voilà que le psaume, nous montre une image toute autre, une foi profonde au Dieu toujours présent, une confiance immense dans les projets de Dieu pour nous, mais une foi qui jaillit en se posant la question de l’identité.

 

Mon frère, ma soeur qu'à tout moment ce psaume te parle de ta vie. Que tu doutes ou que tu croies, que tu exultes ou que tu succombes, qu'il te dise que Dieu se tient là, à tes côtés, qu'il t'entoure même quand tu l'ignore et qu'il ne t'abandonnera jamais.

Parce que, mon frère, ma soeur, qui que tu croies être, même si tu ne sais plus rien, tu es cette merveille que Dieu a tissé de sa volonté.

Amen

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Chercheurs ou trouvés ?

3 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

perle.jpgPrédication du dimanche 3 juin 2012

Baptême de Céline

I S amuel III, 1-14

Matthieu XIII, 44-45

 

Le Royaume des cieux est comme un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme a découvert… Un trésor caché et découvert, cela fait rêver alors, laissons un peu vagabonder notre imagination… Comment notre homme a-t-il découvert ce trésor ?

A-t-il buté par hasard sur un coffre ou un jarre mal enfouie, au cours d’une promenade ou peut-être en labourant le champs de son employeur. Il a trébuché sur un caillou à la forme inhabituelle, ou bien il a vu de loin un renflement de terre aux contours trop réguliers. Il s’est approché, il a écarté la terre d’abord négligemment puis avec conviction et empressement et à découvert ce trésor... On peut deviner sa surprise et sa joie devant cette aubaine ! Certains rencontrent ainsi le Royaume de Dieu au hasard ( ?) d’une rencontre. C’est peut-être le cas de Céline qui nous dit « Je ne sais pas pourquoi mais je sens bien qu’il faut que je reçoive ce baptême ».

Peut-être encore notre homme était-il un chasseur de trésor et avait-il longuement cherché ce trésor, en faisant des recherches dans les archives, dans de vieilles cartes, en s’aidant d’un détecteur de métaux ou d’un pendule (comme le professeur Tournesol dans Le trésor de Rackham le rouge (un peu plus à l’ouest)). On peut alors deviner son sentiment de victoire et sa joie devant l’accomplissement de sa quête ! Certains cherchent ainsi le Royaume de Dieu, comme des chasseurs de trésor…

Mais peut-être savait-il que le trésor était dans ce champ, c’était, par exemple un secret de famille transmis de génération en génération. Le champ avait depuis changé de propriétaire ou plus personne n’y croyait vraiment mais on se transmettait l’histoire. Et un jour, notre homme a eu envie de vérifier cette histoire, il est allé dans le champ, à l’endroit indiqué, peut être a-t-il creusé en différents endroits  en se prenant progressivement au jeu. Jusqu’au moment ou sa pelle a heurté autre chose que la terre et les pierres…On peut imaginer sa joie et son émotion en découvrant ce rêve d’enfant devenu réalité ! Certains reçoivent ainsi le Royaume de Dieu comme un héritage transmis par leur famille. Mais il leur faut tout de même le découvrir…

Si je raconte tous ces scenarii, ce n’est pas seulement pour le plaisir de raconter des histoires de trésors, c’est aussi pour que nous prenions conscience que cette parabole d’une phrase peut se décliner à l’infini. Que quelle que soit notre histoire, quelle que soit notre rencontre avec l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, nous sommes cet homme qui a trouvé un trésor. Et que maintenant, la question nous est posée : comment ce trésor découvert va-t-il changer notre vie ? Comment va-t-il nous bousculer dans nos habitudes et notre quotidien.

Notre homme vend tout ce qu’il a. Je ne crois pas qu’il faille l’entendre uniquement de manière littérale mais bien comme un changement profond suscité par la découverte du trésor. Puisque j’ai découvert un trésor, tout va changer, mais comment ?

Et pour que nous comprenions bien que dans cette histoire c’est la découverte du trésor qui entraîne un changement dans la vie et non pas le changement dans la vie qui permet ou facilite la découverte d’un trésor, Jésus va raconter une autre histoire… Semblable mais complètement différente.

Le royaume de Dieu est encore comparable à un marchand qui cherchait des perles… Très souvent, nous lisons cette parabole comme un parallèle de la parabole du trésor : le royaume serait cette fois la perle, et nous serions le marchand. Mais ce n’est pas du tout ce que dis Jésus : dans la première parabole, le royaume était comparable à un trésor, donc c’est bien le trésor qui symbolise le royaume. Mais ici le Royaume est comparable à un marchand qui cherche des perles. Ce n’est donc plus nous qui trouvons le Royaume (par hasard ou après une longue quête) mais bien le Royaume qui nous cherche et il trouve. Et quand il a trouvé, il donne tout ce qu’il a, pour nous.

Céline, tu ne sais pas très bien encore ce que tu as trouvé, et c’est normal. Mais aujourd’hui, ce que la Bible nous dit, ce que Jésus nous enseigne, c’est qu’en ce jour de ton baptême, le Royaume a trouvé une perle fine, une perle de grand prix. Cette perle fine, c’est toi et ta valeur, ce n’est pas ta connaissance de la Bible, ou ton travail, ou tes qualités, ta valeur, c’est celle que Dieu te donne et elle est immense puisque pour toi, il donne tout.

Et vous, frères et sœurs, entendez bien que le marchand cherche des perles fines et cela signifie bien que chacun de vous qui avez reçu le baptême, qui confessez que Jésus est le Seigneur, vous êtes une de ces perles que le marchand a trouvé et s’est achetée au prix de tout ce qu’il a. Mais pour être exact, je devrais dire « vous êtes LA perle que le marchand a trouvé et pour laquelle il a tout donné ».

 

Et c’est sans doute la réponse à la question que je posais tout à l’heure : comment ce trésor découvert va-t-il changer notre vie ? Eh bien si je me lève chaque matin, avec la certitude que je suis une perle fine, un des joyaux de la Jérusalem céleste. Vais-je rester enfermé dans ma coquille (d’huître, bien sûr) ? vais-je me laisser couvrir de la boue de mes rancoeurs et de mes peurs ? Ou bien vais-je rayonner comme une parure, comme un témoignage de beauté et d’amour que Dieu met au cœur du monde ?

         Mon frère, ma sœur : sois en certain, tu es cette perle du Royaume !

Amen

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