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Qui suis je ?

28 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 juin 2012

 

 

Psaume 139

 

Il est toujours difficile de prêcher sur les psaumes : ce sont des poèmes et ce sont des prières, deux genre littéraires qu’il est sans doute dangereux de trop analyser et décortiquer : parce qu’ils échappent à notre rationnel, le risque est grand en les démontant de leur faire perdre leur substance…

Pourtant, je voudrais ce matin faire une erreur de débutant et ouvrir une prédication par une remarque d’ordre « technique » qui a son importance. La tentation est grande de découper le psaume en deux. Faire des versets 19 à 24 un psaume à part… C’est vrai que ce « Dieu ! Si tu voulais massacrer l’infidèle » tombe un peu comme un cheveux sur la soupe et vient nous troubler dans notre médiation… Mais je vais garder au psaume son unité, d’abord parce que c’est ainsi qu’il a été conservé dans le corpus des psaumes, ensuite parce que le vers final « Scrute moi et connais mon cœur répond parfaitement au premier vers tu me scrutes et tu me connais », enfin parce que ces deux parties ont en commun un vocabulaire rare dans la Bible. Oui, tant au niveau du vocabulaire qu’au niveau de la pensée on trouve dans ce psaume 139, un fort apport de l’étranger, une perception du monde qu’Israël a très bien su adapter à sa foi mais qui n’en reste pas moins une perception étrangère, nouvelle… Ainsi, par une merveilleuse ironie, si la finale de ce psaume nous évoque un fort replis sur soi, le psaume tout entier reste un très bel exemple de la richesse du croisement des cultures… L’influence étrangère perceptible dans la beauté de ce psaume désarme son aspect le plus gênant…

Maintenant que je vous ai partagé cette remarque de spécialiste, nous pouvons la mettre de côté.

 

Personnellement, quand je lis ce psaume, avant d’entendre un plaidoyer pour le métissage culturel, avant d’entendre une théologie inhabituelle en Israël, j’entends le portrait du psalmiste… Je l’entends me parler de ses triomphes, de ces moments où il lui semble gravir, seul, les cieux, être au pinacle, à l’apothéose de sa vie. Et je pense à mes propres succès, ce ne sont peut-être pas des temps d’apothéose, je n’ai peut-être pas le sentiment d’avoir escaladé le ciel mais ces temps de joie profonde, ce sentiment d’accomplissement personnel, cette joie mêlée de fierté, je les connais…

Je l’entends me parler de ses fuites, de ces moments où il voudrait tout lâcher, simplement renoncer. Et je pense à mes propres envies de renoncement, aux moments où je voudrai simplement m’allonger et tout laisser aller. Je ne souhaite pas forcément être englouti par les ténèbres ou descendre au séjour des morts, mais ces temps de lassitude, de fatigue intense, de désespoir, de « juste ras-le-bol » je les connais.

Je l’entends me parler de sa routine, de son dodo (tu connais mon coucher), de son boulot (et mon lever) et même de son métro (tu surveilles ma route). Et je pense à mes propres habitudes, à mon propre quotidien, à ces étapes que je passe presque sans y penser, à ces jours qui se cochent sur mon calendrier… Je pense à mes projets, je pense à mes paroles. A des milliers d’années du psalmiste, je connais ce sentiment de quotidien mêlé de projets…

Je l’entends me dire ses incompréhensions qu’il transforme en haine. Et je me dis que si je n’ai pas de haine parfaite (sans doute suis-je trop superficiel), je connais quand même bien ce sentiment de surprise et d’énervement face à des gens dont je n’arrive pas à comprendre la pensée, les opinions… « Comment peut-on être ______________ » (mettez ici le courant de pensée de votre choix)

Mais surtout j’entends sa question, cette énigme qu’il se pose, qui le dépasse «mystérieuse connaissance, j’ai été fait dans le secret ! que tes projets sont difficiles pour moi ! ». La grande question du psalmiste,  c'est qui suis-je ?

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle est la valeur de ma vie ? Cette question est la mienne aussi. Qui suis-je ?

Suis je le produit de mon ascendance et de mon histoire ? Sans doute. Suis-je ce que je fais,  la somme de mes succès et de mes échecs ? Sans doute. Suis-je ce que mes amis et mes ennemis disent de moi ? Sans doute. Suis-je l'équilibre entre mes projets et mes décidément, entre mes rêves et mes lucidités ? Sans doute.

Sans doute suis-je un peu tout cela. Mais j'ai aussi la conviction profonde d'être bien plus encore, sans pourtant vraiment savoir qui est ce être que je suis...

Oui, je me retrouve bien dans le mystère que le psalmiste perçoit autour de son existence, dans cette question implicite, ce "qui suis-je ?" qu'il se pose..

 

Et paradoxalement, c'estdans cette question que le psalmiste découvre sa foi. En effet, en explorant sa vie, en visitant ce tourbillon d'échecs et de succès, de confiance et d'abdandon, ce torrent de vie qui saute du sommet à l'abîme, de la lumière à l'obscurité, de la certitude au brouillard, de la joie la plus profonde au chagrin le plus absolu, le psalmiste découvre une constante, une seule : Dieu est toujours là.

Et c'est cette découverte qui va lui dire qui il est : que sa vie soit sombre ou lumineuse, rêvée ou ennuyeuse, fidèle ou rebelle, il est cette merveille que Dieu a tissé, cette merveille dont Dieu se préoccupe. On voit souvent le croyant comme un roc, comme quelqu’un qui ne se pose pas de questions, qui connaît sa voie. Et voilà que le psaume, nous montre une image toute autre, une foi profonde au Dieu toujours présent, une confiance immense dans les projets de Dieu pour nous, mais une foi qui jaillit en se posant la question de l’identité.

 

Mon frère, ma soeur qu'à tout moment ce psaume te parle de ta vie. Que tu doutes ou que tu croies, que tu exultes ou que tu succombes, qu'il te dise que Dieu se tient là, à tes côtés, qu'il t'entoure même quand tu l'ignore et qu'il ne t'abandonnera jamais.

Parce que, mon frère, ma soeur, qui que tu croies être, même si tu ne sais plus rien, tu es cette merveille que Dieu a tissé de sa volonté.

Amen

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Chercheurs ou trouvés ?

3 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

perle.jpgPrédication du dimanche 3 juin 2012

Baptême de Céline

I S amuel III, 1-14

Matthieu XIII, 44-45

 

Le Royaume des cieux est comme un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme a découvert… Un trésor caché et découvert, cela fait rêver alors, laissons un peu vagabonder notre imagination… Comment notre homme a-t-il découvert ce trésor ?

A-t-il buté par hasard sur un coffre ou un jarre mal enfouie, au cours d’une promenade ou peut-être en labourant le champs de son employeur. Il a trébuché sur un caillou à la forme inhabituelle, ou bien il a vu de loin un renflement de terre aux contours trop réguliers. Il s’est approché, il a écarté la terre d’abord négligemment puis avec conviction et empressement et à découvert ce trésor... On peut deviner sa surprise et sa joie devant cette aubaine ! Certains rencontrent ainsi le Royaume de Dieu au hasard ( ?) d’une rencontre. C’est peut-être le cas de Céline qui nous dit « Je ne sais pas pourquoi mais je sens bien qu’il faut que je reçoive ce baptême ».

Peut-être encore notre homme était-il un chasseur de trésor et avait-il longuement cherché ce trésor, en faisant des recherches dans les archives, dans de vieilles cartes, en s’aidant d’un détecteur de métaux ou d’un pendule (comme le professeur Tournesol dans Le trésor de Rackham le rouge (un peu plus à l’ouest)). On peut alors deviner son sentiment de victoire et sa joie devant l’accomplissement de sa quête ! Certains cherchent ainsi le Royaume de Dieu, comme des chasseurs de trésor…

Mais peut-être savait-il que le trésor était dans ce champ, c’était, par exemple un secret de famille transmis de génération en génération. Le champ avait depuis changé de propriétaire ou plus personne n’y croyait vraiment mais on se transmettait l’histoire. Et un jour, notre homme a eu envie de vérifier cette histoire, il est allé dans le champ, à l’endroit indiqué, peut être a-t-il creusé en différents endroits  en se prenant progressivement au jeu. Jusqu’au moment ou sa pelle a heurté autre chose que la terre et les pierres…On peut imaginer sa joie et son émotion en découvrant ce rêve d’enfant devenu réalité ! Certains reçoivent ainsi le Royaume de Dieu comme un héritage transmis par leur famille. Mais il leur faut tout de même le découvrir…

Si je raconte tous ces scenarii, ce n’est pas seulement pour le plaisir de raconter des histoires de trésors, c’est aussi pour que nous prenions conscience que cette parabole d’une phrase peut se décliner à l’infini. Que quelle que soit notre histoire, quelle que soit notre rencontre avec l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, nous sommes cet homme qui a trouvé un trésor. Et que maintenant, la question nous est posée : comment ce trésor découvert va-t-il changer notre vie ? Comment va-t-il nous bousculer dans nos habitudes et notre quotidien.

Notre homme vend tout ce qu’il a. Je ne crois pas qu’il faille l’entendre uniquement de manière littérale mais bien comme un changement profond suscité par la découverte du trésor. Puisque j’ai découvert un trésor, tout va changer, mais comment ?

Et pour que nous comprenions bien que dans cette histoire c’est la découverte du trésor qui entraîne un changement dans la vie et non pas le changement dans la vie qui permet ou facilite la découverte d’un trésor, Jésus va raconter une autre histoire… Semblable mais complètement différente.

Le royaume de Dieu est encore comparable à un marchand qui cherchait des perles… Très souvent, nous lisons cette parabole comme un parallèle de la parabole du trésor : le royaume serait cette fois la perle, et nous serions le marchand. Mais ce n’est pas du tout ce que dis Jésus : dans la première parabole, le royaume était comparable à un trésor, donc c’est bien le trésor qui symbolise le royaume. Mais ici le Royaume est comparable à un marchand qui cherche des perles. Ce n’est donc plus nous qui trouvons le Royaume (par hasard ou après une longue quête) mais bien le Royaume qui nous cherche et il trouve. Et quand il a trouvé, il donne tout ce qu’il a, pour nous.

Céline, tu ne sais pas très bien encore ce que tu as trouvé, et c’est normal. Mais aujourd’hui, ce que la Bible nous dit, ce que Jésus nous enseigne, c’est qu’en ce jour de ton baptême, le Royaume a trouvé une perle fine, une perle de grand prix. Cette perle fine, c’est toi et ta valeur, ce n’est pas ta connaissance de la Bible, ou ton travail, ou tes qualités, ta valeur, c’est celle que Dieu te donne et elle est immense puisque pour toi, il donne tout.

Et vous, frères et sœurs, entendez bien que le marchand cherche des perles fines et cela signifie bien que chacun de vous qui avez reçu le baptême, qui confessez que Jésus est le Seigneur, vous êtes une de ces perles que le marchand a trouvé et s’est achetée au prix de tout ce qu’il a. Mais pour être exact, je devrais dire « vous êtes LA perle que le marchand a trouvé et pour laquelle il a tout donné ».

 

Et c’est sans doute la réponse à la question que je posais tout à l’heure : comment ce trésor découvert va-t-il changer notre vie ? Eh bien si je me lève chaque matin, avec la certitude que je suis une perle fine, un des joyaux de la Jérusalem céleste. Vais-je rester enfermé dans ma coquille (d’huître, bien sûr) ? vais-je me laisser couvrir de la boue de mes rancoeurs et de mes peurs ? Ou bien vais-je rayonner comme une parure, comme un témoignage de beauté et d’amour que Dieu met au cœur du monde ?

         Mon frère, ma sœur : sois en certain, tu es cette perle du Royaume !

Amen

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Un dîner presque raté

15 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Cene.jpgPrédication du dimanche 15 avril 2012

Matthieu XXVI, 17 à 35

 

Cela peut paraître étrange de prêcher sur la Cène, le dernier repas de Jésus précisément un jour où nous ne célébrons pas la Cène. Mais justement, la plupart du temps, quand nous parlons du dernier repas de Jésus c’est pour parler de la manière dont nous célébrons aujourd’hui ce dernier repas, de ce que nous faisons, disons et comprenons lorsque nous partageons le pain et la coupe…

Rassurez vous, cet après midi, les catéchumènes parleront de la communion mais ce matin, contentons nous de parler du dernier repas…

 

         Savez vous pourquoi les adultes passent tant de temps à table ? Je parle des repas de famille ou entre amis… Vous savez ?

Eh bien moi, je crois que c’est parce qu’ils ne savent plus jouer… La preuve, c’est qu’alors que les grands s’éternisent à table, les petits demandent s’ils peuvent aller jouer… Les adultes ne savent plus jouer et leur manière de se retrouver, d’être bien ensembles, c’est autour d’un repas.

 

         Et un repas, on le sait bien c’est beaucoup plus que la nourriture, il faut un décors (un restaurant ou chez l’un des convives et là, on a sorti les belles assiettes, le service de mariage ou les porcelaines léguées par la tante Imogène), il faut (souvent) une occasion (on fête l’an nouveau, un anniversaire, on pend une crémaillère, quelque fois, c’est le dîner lui-même qui est l’occasion mais alors on invite longtemps à l’avance…), il faut des invités (c’est assez rare qu’on organise un beau dîner juste dans le cadre du foyer)…

         Eh bien le dernier repas de Jésus est bien un de ces repas, ils sont entre amis, il y a une occasion : la fête de la Pâque, il y a un décors : cette maison préparée pour l’occasion.

         Donc nous sommes bien dans le cadre d’un repas, comme ceux que l’on organise encore. Je le précise parce que souvent quand on parle du dernier repas de Jésus, on ne pense qu’au mot « dernier » et on a toujours l’impression qu’au menu, il n’y avait que du pain sans levain et une coupe de vin… Non, nous sommes bien dans un repas de grande occasion, un dîner…

         Mais si on lit attentivement, le texte, c’est un dîner raté. Ah ça, à « Un dîner presque parfait », la Cène, c’est une défaite assurée. (Un dîner presque parfait, c’est cette émission ou des gens s’invitent mutuellement et se notent). La Cène est un dîner raté. Un dîner raté, ce n’est pas un dîner ou le rôti est trop cuit et la soupe trop salée (ça, ça ne vexe que le cuisinier ou la cuisinière), non un vrai dîner raté, celui qui laissera un mauvais souvenir, c’est un dîner où les gens s’ennuient ou pire, où ils se disputent, et se fâchent. Moi, le seul mauvais souvenir de repas que j’ai c’est celui dont on est parti fâché… Les souvenirs de plat trop salés ou même d’invités pas venu, avec le temps, ça devient plutôt des histoires amusantes. Les dîners où l’on s’est ennuyé, on les oublie…Mais les dîners qui se sont finis sur de la tension ou des mots durs…

         Eh bien clairement, le récit de la Cène, c’est le récit d’un dîner raté. Déjà, le côté « dernier repas », ça aide rarement à une ambiance légère et détendue… Mais là, en entrée, nous avons une trahison annoncée, avec en prime une malédiction. En plat principal, l’annonce de la mort du principal convive. Et en dessert, l’annonce d’un abandon et d’un reniement… Le cauchemar de tout maître ou maîtresse de maison…

 

Et voilà qu’au milieu de ce dîner, Jésus pose une promesse incroyable. « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père. » Jésus vient d’annoncer sa mort, il a annoncé la trahison de Judas, il sait que les autres l’abandonneront et se disperseront, que Pierre le reniera. Et pourtant, il leur fait cette promesse : ce fruit de la vigne, cette coupe d’alliance, je la boirai à nouveau et je la boirai avec vous.

Jusqu’au jour où j’en boirai : Jésus annonce bien que même sa mort, ne sera pas la fin, ne coupera pas tout futur…

Du nouveau dans le Royaume de mon Père : Jésus annonce un renouveau, un monde neuf, débarrassé de ses trahison, de ses reniements, de ses cruautés…

Avec vous : et ce monde, ceux qui sont avec lui, le connaîtront malgré toutes leurs faiblesses, même quand ils abandonnent, même quand ils renient…

 

C’est pour cela que j’insiste tant sur le fait que nous sommes dans le cadre d’un repas raté. Un repas, c'est-à-dire le symbole, l’image universelle des relations humaines. Quand tout va mal, quand nos relations sont abîmées, quand on est fâché avec les autres et avec nous-mêmes, quand il ne semble plus y avoir de place pour aucun espoir, la promesse de Jésus retentit dans notre vie « Je boirai de nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père ».

 

Mon frère, ma sœur, dans tes moments de pain dur, dans les moments où tu bois tes larmes, entend cette promesse de Jésus qui te dit « Même si tout est cassé, le vin nouveau de la fête t’attend, n’aie pas peur »…

        

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Questions autour d'un tombeau vide

8 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 8 avril 2012

Dimanche de Pâques

Actes X, 34 à 43

I Corinthiens V, 6 à 8

Jean XX 1 à 18

 

Ce matin, frères et soeurs, nous n'entrerons pas au tombeau, nous ne suivrons pas Pierre et Jean dans leur course, dans leurs questions de préséance, d'investigation et de foi.

Ce matin, nous resterons dehors, avec les femmes, avec une femme en fait, Marie de Magdala, qui est doublement le premier témoin de la résurrection, première à découvrir le tombeau vide, première à voir le ressuscité.

Nous resterons avec elle parce qu'elle est dans  la nuit, parce qu'elle nous permet de dire "nous", parce qu'elle nous permet de dire "je".

 

C'est le matin, le commencement d'une nouvelle semaine, mais pour Marie, il fait encore sombre, c'est encore la nuit. Celles et ceux qui sont venus participer à notre aube pascale ont bien à l'esprit, cette "encore obscurité" du matin, de cette journée pas encore commencée. Mais nous savons aussi que dans l'évangile selon  Jean, cette obscurité n'est pas seulement une indication horaire. L'obscurité nous dit  le début de l'évangile selon Jean, c'est la situation de notre monde dans lequel rayonner cette lumière qui est parole. C'est pourquoi je pense que c'est bien dans nos ténèbres, dans notre obscurité que se tient Marie de Magdala.

Nos ténèbres, c'est à dire tout ce qui nous empêche de vivre vraiment la joie de Pâques, la nouveauté de ce jour. Sans doute, cela évoque d'abord nos tristesses. Notre nuit ce sont nos blessures personnelles, nos échecs, nos culpabilités, nos deuils et nos regrets, nos habitudes et nos routines peut être aussi, tout ce que nous percevons comme des prisons.

Notre nuit ce sont aussi des tragédies plus générales, toutes les injustices et les horreurs de notre monde, tout ce qui nous empêche d'y voir le règne de Dieu. Vous  savez, toutes ces très bonnes raisons de ne pas croire en un Dieu d'amour, toutes ces actualités qui viennent malmener notre foi.

Mais notre nuit peut aussi prendre un aspect plus faussement lumineux, nos ténèbres, ce sont aussi tous ces moments de joie dans lesquels nous nous oublions et nous nous perdons. Ces temps de joie où nous croyons nous suffire à nous même, ces temps de bien-être où nous ne voulons plus nous remettre en question. Nous croyons souvent que le malheur nous éloigne de la foi, mais le bonheur nous conduit aussi à l'oubli, à l'éblouissement et à l'aveuglement ; ainsi, il peut être aussi notre nuit.

Et dans cette nuit, Marie de Magdala nous montre une pierre roulée, comme une porte ouverte sur l'inconnu, comme un point d'interrogation.

 

En effet, face au tombeau vide, Marie de Magdala nous permet de prendre le temps de nous poser la question. On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l'a mis ?

 Pierre enquête, il inspecte les lieux, prélève les indices, Jean croit, mais Marie, elle, s'interroge. Et elle nous englobe dans sa question. Avez vous remarqué qu'en allant trouver les disciples, Marie, qui est seule au tombeau dit "nous" ? "Nous ne savons pas où ils l'ont mis..."

Ce nous de Marie, c'est nous... Nous en tant qu'humains d'abord. Car tous comprennent bien qu'à la source du christianisme, il y a une question, il y a un mystère. Que fêtent vraiment les chrétiens aujourd’hui ? Comment ce non-événement de la disparition du corps d'un supplicié a-t-il pu ainsi changer le monde ?

Ce "nous" de Marie, c'est nous en tant que chrétiens également. Bien sûr, notre foi nous donne une réponse à la question "comment cet homme, ce Jésus de Nazareth, ce fétu de paille, a-t-il pu transformer le monde ?". Mais la passion du Christ, sa résurrection nous posent tellement de questions : pourquoi cette mort ? comment peut elle nous sauver ? Qu'est ce que la résurrection ? et la plus évidente "pourquoi le ressuscité ne se montre-t-il pas ?". "On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l'a mis ?"

Cette interrogation, Marie ne la garde pas pour elle, elle va la partager avec les disciples. C'est aussi le sens du "nous" : il est plus facile de dire "nous ne savons pas" que de dire "je ne sais pas", l'aveu d'ignorance est plus facile quand il est collectif. Mais ce n'est pas une pique que je lance à notre fierté : dire "nous ne savons pas" c'est dire "cherchons ensembles". Le tombeau vide marque la limite de nos intelligences, de nos connaissances. Mais ce n'est pas pour que nous baissions les bras et renoncions à comprendre. Regardez d'attitude des disciples face à l'annonce de Marie : ils se mettent en route, ils cherchent et d'attitude de foi de Jean n'est pas opposée à l'enquête de Pierre : on peut croire et réfléchir en même temps. Et le faire à plusieurs est souvent plus fécond. Vous le savez bien, vous tous qui êtes venus ce matin, vous tous que le point d'interrogation du tombeau vide a rassemblés.

 

Mais, pendant que Pierre mène son enquête, Marie va reprendre la même question "On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a mis". La même question ? Pas si sûr. Les interlocuteurs, le passage à la première personne du singulier ("mon Seigneur", "je ne sais pas") indiquent bien que la question n'est plus sur le même registre.

Avec les disciples, on était dans le cadre de la recherche intellectuelle sur la résurrection, sur le plan historique ou théologique du "Qu'est ce que cela veut dire ?". Mais face aux anges, en réponse à leur question « Femme pourquoi pleures-tu ? » Marie témoigne d'un désarroi plus profond : "Je ne sais pas où est mon sauveur", je ne sais pas où est celui qui donne un sens à ma vie.

 Ce désarroi là, ni la recherche des disciples, ni l'enseignement du pasteur ne peuvent y répondre (tout au plus, peuvent-ils le mettre en évidence, lui donner sa place, c'est à dire la place centrale. Où est MON seigneur ? Où est celui qui donne son sens véritable à mon existence ? C'est la question essentielle de Pâques. Toutes les autres questions, aussi intéressantes soient elles sont inutiles si elles ne nous conduisent pas à cette question : qu’est ce que le tombeau vide signifie pour ma vie ? Quelle porte, la pierre roulée ouvre-t-elle ?)

Ce désarroi là, même les anges n'y répondent pas. Et c'est Jésus qui va y répondre lui-même. Il va d’abord l’interroger pour lui permettre de dire ce qu’est vraiment sa question. Il va reprendre la question des anges : « Pourquoi pleures tu ? » C'est-à-dire « Quelle est ta peine »  « quelle est ta souffrance ? » « Quel est ton fardeau ? » mais il a va aussi la préciser : « Que cherches tu ? » c'est-à-dire « Quel est ce manque dans ta vie ? » Par ces deux questions, il montre toute la profondeur de l’interrogation de Marie. Et cette interrogation, il va y répondre. Mais pas avec un grand exposé théologique, pas avec une leçon de catéchisme, pas même avec un sermon.  C’est simplement en la nommant qu'il va répondre à l'interrogation de Marie. En la nommant.

On pourrait traduire ainsi le dialogue entre Marie et le ressuscité :

- Où est mon Seigneur, où est le sens de ma vie ? Où est ce qu'on m'a enlevé, ce que j'ai perdu ?

-Je suis là, je suis vivant, je suis avec toi, je suis là pour toi.

 

Cette réponse va être pour Marie un bouleversement, un retournement et un envoi : "ça trouver mes frères et dis leurs…"

 

Frères et soeurs, que le tombeau vide soit l'occasion pour chacun de se poser les vraies, les bonnes questions. "Que cherches tu ? Pourquoi pleures tu ?" Quelle est cette détresse que je ressens dans ma vie ? Quel est ce vide que rien n’arrive à combler ? Et que ces questions nous permettent d'entendre celui qui nous appelle par notre nom. Celui qui nous dit "Je suis vivant. Je suis là. Pour toi."

 

Amen

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Trop tard...

1 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

rameaux15.gifPrédication du dimanche 1er avril 2012

Philippiens II , 6 à 11

II Rois IX 1 à 13

Marc XI, 1 à 11

 

On devrait toujours faire coïncider le culte des rameaux avec un culte des familles. C’est facile : on coupe des branches, on met des manteaux par terre, on fait rentrer un âne dans le temple, ça en fait un de plus (avec le pasteur, je veux dire)… C’est vrai que nous voyons toujours  le dimanche des rameaux, l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem comme une belle image pieuse. Mais que nous ne prêtons plus beaucoup attention au texte, lui-même. Par exemple, nous demandons nous pourquoi alors que sur les images, nous voyons la foule agitez des rameaux, des palmes devant Jésus, l’évangile selon Marc nous dit que les branchages sont posés sur sa route ? Eh bien c’est parce que les palmes agitées devant Jésus, c’est le récit de l’évangile selon Jean. Mais nous reviendrons aux branchages un peu plus tard… C’est une autre surprise du texte que je voudrais souligner ce matin. 

Si vous n’avez jamais lu l’évangile selon Marc d’une seule traite, je vous invite à le faire. Vous le prenez comme roman pour votre prochain long voyage en train, ou bien vous profitez d’un bel après midi de soleil pour le lire dans votre jardin, ou bien vous enfermez chien, conjoint, enfants, petits-enfants dans la cave, ou vous les envoyez au cinéma et vous vous installez confortablement pour 2 heures, 2 heures 30 de lecture, pas beaucoup plus. Ce n’est pas un poisson d’avril. En lisant ainsi l’évangile selon Marc, vous aurez l’impression d’un marathon : l’écriture est serrée, nerveuse, les événements s’enchaînent et se bousculent. Et voilà que nous sommes arrivé au terme du marathon, voilà que Jésus arrive à Jérusalem, sous les acclamations de la foule. Et voila que Jésus passe la périphérie de Jérusalem, il entre dans la ville, il se dirige vers son but : le Temple. Il regarde autour de lui, il va y prendre la parole, faire quelque chose d’extraordinaire. Ah non, il se fait tard et il rentre se coucher.

Avouons que c’est assez inattendu… Matthieu et Luc en racontant cet épisode n’ont pas placé d’interruption entre l’entrée dans Jérusalem et le récit de Jésus au temple. Et je ne crois pas que Marc coupe l’élan de son récit gratuitement. C’est bien à cause de cet arrêt que je crois important de comprendre ce que signifie cette entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem aux yeux de Marc.

 

« Ils se hâtèrent de prendre chacun son vêtement qu’ils mirent sous ses pieds en haut des marches. » « Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route ». Avec cette route jonchée de vêtements et de branchages, Marc nous montre que Jésus entre dans Jérusalem comme un nouveau Jehu. Or Jehu est un roi qui va purifier la ville. Si Jésus entre dans Jérusalem c’est bien pour purifier la ville, rétablir le culte véritable. Quoi de plus normal dès lors qu’il commence par se diriger vers le Temple ?

 Mais quand il arrive au temple, nous dit Marc, il se fait tard. C’est trop tard. Et je crois que c’est ce trop tard qui nous permet de véritablement comprendre le passage des rameaux à la passion, le retournement de la foule. C’est également ce trop tard qui nous permet de vivre aujourd’hui l’entrée à Jérusalem.

 

Les points communs sont nombreux entre nous et la foule de Jérusalem. D’abord, tout comme la foule, nous ressentons bien le besoin d’un renouveau, d’un assainissement de notre manière de vivre notre relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes. Et si nous sommes ici ce matin, c’est bien parce que nous sentons que Jésus est celui qui peut nous apporter ce changement, ce renouveau.

Ensuite, tout comme pour la foule, la venue de Jésus vers nous a été préparée, elle a été annoncée. Jésus envoie ses disciples chercher un ânon, ils le trouvent là où il l’a indiqué et il suffit d’un mot pour que les propriétaires de l’animal le laissent partir. On peut y voir un prodige. Mais je trouve l’explication rationnelle plus riche de signification : Jésus a préparé son entrée à Jérusalem. Il ne se contente pas de laisser l’intendance, les tâches pratiques à ses disciples. Non. Il prépare lui aussi les choses et associe ses disciples à ses préparatifs, il leur donne un rôle. Eh bien nous sommes à égalité avec les habitants de Jérusalem : nous aussi nous sommes prévenus de la venue de Jésus vers nous, prévenus par cette foule de témoins passés et présent que Dieu a placés pour nous. Nous ne cessons de le dire dans nos cultes, dans nos partages bibliques, dans nos confessions de foi et dans nos prières : « Le Seigneur vient » « Son règne arrive »

Mais, pour nous comme pour les habitants de Jérusalem, ce règne arrive bien tard, ce règne arrive trop tard. Nous nous sentons tellement enracinés dans nos renoncements, englués dans nos regrets, emprisonnés dans nos faiblesses. Nous éprouvons tellement de rancoeurs, tellement d’amertumes pour tout ce qui aurait pu être et qui n’a pas été. Comment Dieu pourrait-il régner sur nos vies, comment pourrait-il changer nos cœurs, alors qu’il vient si tard ?

 

Le jour des rameaux nous paraît comme une fête, et Marc nous le décrit comme le sommet d’une attente déçue. On attend ce qu’on peut attendre, on attend dans la limite de ce que nos yeux peuvent voir, de ce que nos intelligences peuvent appréhender, de ce que nos raisons peuvent envisager. L’attente est à hauteur humaine…

Eh bien le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à renoncer à notre attente pour voir plus loin, pour voir plus grand. Le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à basculer de l’attente du Messie à l’espérance de Pâques. Comme les habitants de Jérusalem, nous sommes déçus dans nos attentes. Sans doute attendaient-ils le messie qui allait chasser les romains comme Jéhu avait chassé Jezabel. Ils ne pouvaient pas espérer un monde dans lequel, il n’y aurait plus ni juif ni romain, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre. Cela dépassait de très loin le champ de leurs possibles… Et nous qui attendons un dieu qui vient empêcher nos proches de mourir, qui vient nous faire triompher de nos ennemis, quelle espérance viendra ouvrir le champ de nos possibles ?

En effet, si l’attente est simplement un prolongement de notre vue, l’espérance est elle un élargissement de notre vue. L’espérance c’est refuser que notre monde, nos possibilités soient limités à nos passés et à nos constats. Et contrairement à l’attente, l’espérance n’est pas une passivité. Les possibilités que nous espérons, nous sommes appelés à les vivre dès maintenant, possible de pardon, possible de relèvement, possible d’amour, possible de liberté.

 

Frères et sœurs, que nos attentes déçues nous ouvrent sur une nouvelle relation à Dieu, que nos attentes déçues nous rendent disponibles pour une espérance inespérée, que nos attentes déçues nous permettent de vivre aujourd’hui la résurrection.

 

Amen

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La prédestination : une nouvelle carte d'identité

3 Mars 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Prédication du dimanche 26 février 2012

Genèse IX, 8 à 15

Marc I, 12 à 15

Ephésiens I, 3-14

 

Il nous a prédestinés… Prédestinés, le mot qui nous fait mal, le mot qui nous fait peur, le mot qui nous fait renier Calvin et qui, pour un peu, nous ferait regretter d’être protestants

Pourtant, la prédestination n’est pas un dogme théologique, elle n’est pas une question d’enfer ou de paradis. La prédestination, c’est un questionnement sur le sens de notre vie, ou plutôt une nouvelle ouverture dans le champ de ce questionnement. La prédestination, c’est surtout un appel à vivre vraiment notre vie…

 

D’où viens-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Nonobstant le bête jeu de mot final, ce sont quand même des questions que nous affrontons régulièrement. Que nous nous prenions la tête entre les mains pour y réfléchir ou que ces questions nous effleurent seulement, je crois que tous, nous nous demandons parfois « A quoi bon tout ça ? » « Quel est le sens de ma vie ? »

Par moment, j’ai l’impression que ma vie est un navire que je pilote. Je fais des choix, bons ou mauvais et cela m’entraîne dans telle ou telle direction, pour me confronter à de nouveaux choix. Il peut y avoir une vision croyante ou athée de cette vie navire : dans la vision croyante, mes choix me valent le sourire ou la grimace de la divinité, des récompenses ou des punitions… Dans une vision athée, je suis seul à tirer les conséquences de mes choix…

Mais dans les deux cas, j’ai parfois un profond sentiment d’injustice. Parce que je me retrouve dans des situations que mes choix ne peuvent pas expliquer, parce que je n’ai pas mérité ça. J’avoue d’ailleurs que je trouve souvent beaucoup moins injustes les bonnes choses qui m’arrivent sans que je l’aie mérité que les petits ou gros embêtements que je n’ai pas d’avantage mérité.

A d’autres moments, je vois plutôt ma vie comme un fleuve qui m’entraîne dans son cours plus ou moins tranquille, je me sens transporté, ballotté sans avoir beaucoup de liberté de choix… Là encore, il peut y avoir une vision croyante ou athée. Je peux me sentir l’objet d’un destin déjà écrit par la divinité qui a fixé l’heure de ma naissance, celle de ma mort et tout ce qui m’arriverait entre les deux ou bien me sentir pris dans le jeu de multiples contingences que je ne  maîtrise pas et le battement d’aile d’un papillon pékinois fait pleuvoir dans mon jardin…

Mais en fait, je crois que ma vie, c’est surtout d’être pris dans la trame des choix que je fais, des choix que font d’autres personnes et qui m’impliquent, et puis des accidents, des imprévus, des hasards… Et comme, même mes choix, je les fais souvent à l’aveuglette, c’est le sentiment d’inconnu et d’absurdité qui l’emporte. Si j’y regarde honnêtement, ma vie ne semble pas avoir beaucoup de sens.

 

Mais cette bénédiction qui ouvre la lettre aux Ephésiens nous dit que notre vie n’est pas ballottée, transportée d’accident en hasard, de choix en conséquence.  Elle nous invite à la regarder plus largement que de notre naissance à notre mort. Notre vie s’inscrit dans un projet plus large mais un projet dont nous sommes bien le centre. Elle nous dit que dès avant la fondation du monde nous étions voulus, souhaités par Dieu. Je dis « nous », je devrais dire « tu », « dès avant la fondation du monde, tu étais voulu N…»

Peut-être es-tu un enfant de l’amour, peut-être es-tu le fruit d’un hasard ou d’un accident, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le descendant d’un roi ou celui d’un esclave, celui d’un saint ou celui d’un monstre, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le successeur d’une amibe, d’un poisson qui a eu la curieuse idée de sortir de l’eau, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être n’es tu qu’un amas de cellule animé par un peu d’électricité : qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu.

Voulu par Dieu pour être, sous son regard d’amour, saints et irréprochables quand les temps seront accomplis. Depuis avant la création du monde, jusqu’à l’accomplissement des temps, sans doute y aura-t-il des détours et des méandres, des errances et des faux pas et tous ces accidents de parcours ne seront certes pas voulu par Dieu, il y aura tes propres choix, tes propres décisions, les décisions d’autres aussi. Mais de tout ces méandres, rien ne pourra définitivement t’écarter du but que Dieu a fixé pour toi, du sens qu’il a donné. Et ce ne sont pas tes échecs ni tes succès, ce ne sont pas tes chagrins ni tes joies qui disent ce que tu es, mais c’est ce sens que Dieu donne à ta vie qui te définit. Ton identité tu ne la trouves pas dans ce que tu fais ni dans ce que tu subis, ton identité, elle est dans le regard d’amour que Dieu porte sur toi, ton identité, c’est d’être cet enfant de Dieu voulu et aimé par lui.  

 

Mais la bénédiction ne s’arrête pas là, non seulement nous sommes voulu depuis avant la création du monde en prévision de l’accomplissement des temps mais nous le savons… Et là, peut être le nous est-il plus restreint. « Il nous a prédestiné à être pour lui en adoption par Jésus le Christ. » J’ai tendance à entendre « nous, humains ». Mais dans « nous avons été prédestinés pour être ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ », j’entends clairement « nous, chrétiens ». En effet, nous, nous connaissons notre identité, nous savons qui nous sommes au-delà de ce que nous croyons être. Cette identité qui nous est donnée depuis avant la fondation du monde, qui nous attends pour l’accomplissement du temps, nous la recevons aujourd’hui et nous sommes appelés à la vivre dès maintenant, à ne pas laisser nos succès nous monter à la tête, à ne pas laisser nos échecs et nos errances nous modeler, à ne pas laisser nos malheurs nous plier. Nous sommes appelés à ne nous laisser modeler par aucun maître qui ne serait pas notre Dieu, à refuser toute identité qui ne nous viendrait pas de ce regard d’amour. Que dès aujourd’hui, nous puissions signer chacun de nos gestes, chacune de nos paroles par cette phrase : je suis l’enfant chéri du Dieu d’amour. C’est à cela que nous sommes prédestinés.

 

Mon frère, ma sœur, aujourd’hui, lève toi dans le regard d’amour que Dieu a posé sur toi dès avant ta naissance, lève toi car c’est ce regard d’amour qui te détermine et non tes échecs et tes limites, lève toi dans la liberté nouvelle que ton créateur te donne. Lève toi, aime et témoigne.

Amen.

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Ce que tu as plutôt que ce qui te manque

19 Février 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Marc VI,  30 à 44

 

Lettre de Pierre, l’un des douze, à Nichanor, l’un des sept, chargé du service des tables.

 

Cher Nichanor,

 

Tout d’abord je veux te remercier pour tes services. Sache combien tout ce que tu fais est précieux pour notre communauté. Nous savons que le service des tables, l’intendance, la gestion des biens est important et que ce n’est certainement pas un service mineur

J’entends bien les difficultés dont tu me parles. Depuis la mort d’Etienne et votre dispersion  dans le pays, la générosité de nos frères ne suffit pas toujours, les services sont difficiles à organiser et la gestion, pénible. Je sais combien tu te sens démunis, pauvre et faible…

Tu as certainement déjà entendu les récits de ce jour où notre Seigneur Jésus a nourri une foule immense avec quelques pains et quelques poissons.

Pourtant cette histoire, je veux te la raconter encore. Te la raconter telle que nous l’avons vécu.

C’était un beau soir de printemps, l’herbe était verte encore, et fraîche. Le temps encore doux. C’était un beau soir de printemps, mais nous ne profitions pas vraiment de la douceur du soir ni des premiers reflets roses du crépuscule. Nous étions harassés, épuisés de fatigue. Nous revenions de mission et Jésus avait bien senti notre fatigue et il nous avait proposé de partir à l’écart pour nous reposer, mais partout, les foules nous suivaient. Nous avions même repris les bateaux pour aller plus loin encore, mais la foule nous avait suivi. Et Jésus s’était laissé émouvoir et il les enseignait. Et comme toujours, ses paroles étaient fécondes, riches, réconfortantes et personne ne voyait le temps passer. Et le soleil descendait à l’horizon. C’est Jacques qui m’a fait un signe et j’ai compris son inquiétude. Le maître parlait et le soir tombait. Qu’allait faire cette foule ?

Alors, j’ai osé interrompre le maître pour lui suggérer de renvoyer les foules. Il a souri : « donnez leur vous-même à manger ». C’était de la folie, même avec deux cent pièces d’argent, nous n’aurions pas eu assez pour nourrir la moitié de cette foule. Et même si nous avions eux ces deux cent deniers, où aurions nous trouver assez de pain à acheter ?Nous n’avions pas assez de nourriture, pas assez d’argent, pas assez de temps, pas assez de forces…

Nous avons dit à Jésus qu’il nous demandait l’impossible. Mais il nous a ordonné « allez faire l’inventaire de ce que vous avez ». Cinq pains et deux poissons. Ce n’était rien. Mais il nous a commandé : « installez la foule ». Je ne t’apprendrai pas, Nichanor, combien il est difficile d’organiser un repas, de pousser les gens à s’installer pour mettre en place une distribution. Alors, tu imagineras sans peine combien de temps cela nous a pris pour organiser des groupes de 100 et de 50, les déranger dans leurs discussions, les faire patienter, les empêcher de se disperser. Ah, il ne suffisait pas d’agiter une clochette en  criant « A table »…

Et pendant ce temps-là, Jésus ne chômait pas non plus. Il partageait le pain et les poissons, encore et encore. Et il nous les donnait afin que nous le distribuions jusqu’à ce que tous soient nourris. Comme tu l’imagines, le repas à duré tard et à la fin, vraiment, nous étions sur les rotules.

Trop fatigués même pour nous émerveiller : avant le repas, nous avions 5 pains et deux poissons à nous partager, après, il nous restait un plein panier chacun…

 

Mais vois-tu, Nichanor, ce que je garde de cette journée, c’est beaucoup plus qu’un panier de pain et de poisson, beaucoup plus même que le souvenir de 5000 hommes rassasiés, beaucoup plus que la fatigue sereine du service accompli. Ce que je garde de cette journée, c’est qu’alors que nous comptions nos manques, nos faiblesses, nos limites, et que ce bilan nous paralysait, Jésus, lui, nous a demandé de regarder ce que nous avions. Et à partir de cela, il nous a envoyés.

Nichanor, mon ami, mon frère, quand tu es appelé au service, ne regarde pas ce qu’il te faudrait, ce qui te manque, regarde plutôt ce que tu as.

Et pour ce qui est du manque, aie confiance, Dieu qui s’en occupera…

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Mon ami, monte plus haut...

15 Janvier 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 15 janvier 2012

Luc XIV, 1 à 6

Cela sentait bon chez Samuel, ce jour-là : un délice de viandes grillées et d’épices. C’était un belle journée et le repas s’annonçait bien. Il faut dire que Samuel avait fait les choses en grand, il avait invité bien sûr les autres pharisiens, ceux de son parti, mais aussi toute les personnalités importantes du village, les plus riches, les plus influents. Je crois qu’il voulait vraiment impressionner ce rabbi venu de Nazareth, ce Jésus…

Enfin, moi, les histoires de religion, c’est pas trop mon truc, vous savez. J’étais plus intéressé par ces chevreaux qui rôtissaient, par ces tables recouvertes de gâteaux au miel, par ces gens importants qui défilaient…

Vous  demandez sans doute ce que je venais faire là-dedans. Eh bien c’est Nathan qui m’avait fait inviter. Nathan et moi, depuis l’enfance, on est inséparables. Nos maisons étaient côte à côte et d’aussi loin que je me souvienne, on a toujours été amis. Et pourtant, c’est difficile de faire plus différent que nous deux. On vient du même niveau social, on est des enfants d’ouvriers agricoles, on a eu la même éducation et pourtant, je me dis souvent que Nathan et moi, c’est le jour et la nuit… Lui, il a toujours eu le contact facile, il a toujours su être à l’aise avec les gens, briller en société, il n’a jamais eu peur. Alors que moi, quand on me parle, je bredouille, je peine à trouver un truc intelligent à dire… Je voudrais disparaître… Oh, ce n’est pas que je n’aime pas les gens, c’est plutôt que je ne me sens jamais à ma place.

Et bien sûr à ce grand repas chez Samuel c’était comme toujours… Je ne sais pas comment Nathan nous avait dégotté des invitations et j’étais content d’être là, fasciné par tout ce luxe, par tout ce beau monde. J’étais content mais je n’avais qu’une seule peur, c’est de me tourner en ridicule, d’étaler là toute mon ignorance, tout mon malaise. Alors, je m’étais dégotté un petit coin tout au fond de la salle, un endroit où je serais vraiment à ma place : invisible.

Et de là, j’observais. J’observais Jésus qui discutait avec les pharisiens, et j’observais Nathan qui naviguait dans cette foule comme un vieux loup de mer, de sourire en salutation, d’embrassades en discussion il se dirigeait tranquillement vers les premières pace, toujours plus proche de Samuel, et de Jésus. Et je l’admirais, et une fois de plus j’enviais son aisance et son assurance.

Et puis d’un seul coup, Jésus s’est interrompu dans sa discussion avec les pharisiens et il s’est tourné vers les invités…

 

Luc XIV, 7-11

 

Quand j’ai entendu ça, c’est comme si le monde s’effondrait autour de moi. Quelque chose de nouveau s’ouvrait : alors on pouvait être reconnu même quand on était sans importance, on pouvait être vu, même quand on était invisible, on pouvait être entendu même quand on ne savait pas parler. Alors le Royaume de Dieu, ce n’était pas le festin des héros et des saints mais un repas où aucun invité ne reste dans l’ombre, ou le plus petit, el moins important est vu, considéré et aimé…

Et puis j’ai regardé Nathan qui s’était figé. Et j’ai vu qu’il pleurait. Bien sûr, il avait bien compris que Jésus parlait pour lui. Mais en le regardant, j’ai aussi vu du soulagement en lui. Et j’ai découvert chez mon ami quelque chose que je n’avais encore jamais vu… Toute son aisance, toute son assurance, en fait c’était un masque. On était beaucoup plus proche que je ne l’aurai jamais cru…

Lui aussi, il rêvait d’être reconnu pour ce qu’il était, d’être aimé pour lui-même. Lui aussi, il avait peur du regard des autres, et s’il a bien entendu l’avertissement de Jésus, il a reçu aussi sa promesse : « quand tu es à la dernière place, il y a toujours quelqu’un pour te voir, pour te dire « mon ami, monte plus haut », tu n’es plus obligé de toujours jouer des coudes pour t’élever. « Mon ami, monte plus haut ». Cette promesse de Jésus m’a délivré, ce jour là ; mais je crois qu’elle a délivré Nathan, plus encore…

Amen

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Captain America : De la consolation à la récompense

12 Décembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

captain-america.jpgJ'ai toujours préféré les comics Marvel à ceux de DC. Pourtant ma rencontre avec les superheros s'est faite avec Superman (le Donner de 1978). Mais, si Batman trouve grâce à mes yeux (en grande partie grâce au Dark Knight de F. Miller), Spiderman, les X-men et consorts restent mes favoris. Bien sûr, la meilleure distribution de Marvel en France n'est sans doute pas étrangère à cette préférence. Mais je crois que c'est surtout parce que pendant que Superman confronte s superpuissance à des menaces cosmiques, Spiderman lave son costume au lavomatic du coin et les xmen jouent au baseball. Bref, les surhommes Marvel sont plus humains que super c'est ce qui fait leur intérêt. Un truc qu'ont bien compris les scénaristes du  Captain America de Johnston qui passe bien plus de temps à nous présenter Steve Rogers qu'à nous montrer les exploits de son alter ego costumé.

À mes yeux, c'est une très bonne idée. Sauf que du coup, disparaît la dimension évangélique du personnage. Dans le film comme dans la BD, le frêle Steve Rogers se voit innoculer un serum qui fait de lui un "super-soldat" . Mais alors que le film nous montre à quel point l'intégrité, la ténacité, la générosité du jeune homme le prédisposent à devenir un héro. Dans la BD, la seule raison pour laquelle Roger eststeve-roger.png sélectionné, c'est sa faiblesse. Le film nous parle de récompense, la BD nous parle de consolation. En cela, je crois la BD plus évangélique, plus dans la lignée des béatitudes (Luc 6 ; 20-26) ou de la parabole du pauvre Lazare(Luc X16 ; 19-31).

Évangélique aussi cette idée qu'un cadeau que l'on n'a pas mérité va transformer notre attitude. Steve Roger ne devient pas Captain America parce qu'il en est digne. Il devient digne d'être Captain America parce qu'on fait de lui Captain America. Je ne reçois pas la grâce parce que je m'en montre digne, ou capable. Je la reçois au delà de mes capacités, malgré moi, contre moi, même. Mais cette grâce me transforme, elle me conforme. Elle fait de moi une créature nouvelle. Calvin aurait parlé de sanctification. Plus vraisemblablement, il aurait interdit la lecture des comics aux pasteurs.

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Cartographie

4 Décembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

madaba_mer.jpgPrédication du 4 décembre 2011

II Pierre III, 8 à 14

Marc I, 1 à 8

Esaïe XL, 3 à 11

Je dois avoir l'esprit mal tourné : je lis une des plus célèbres prophéties d'Esaïe, une prophétie reprise par les quatre évangiles et je me dis que si je publiais un recueil des perles de l'Ecriture Sainte, un bêtisier biblique, cette prophétie y tiendrait une place de choix.

En effet, sur cette terre dont les vallées auraient été élevées, dont les montagnes et les collines auraient été abaissées, dans ce monde tellement aplani qu'à côté, la Belgique ressemblerait aux Alpes Suisses, je me demande un peu sur quel sommet Jérusalem pourra s'élever...

Mais ce persiflage un peu stupide me pousse à me concentrer sur la topographie du texte.

         En effet, vous avez peut-être remarqué que cette prophétie d’Esaïe n’est pas une théophanie, c'est-à-dire une apparition de Dieu, classique. D’ordinaire, quand Dieu apparaît, quand sa gloire resplendit tout est bouleversé. Ici au contraire, il s’agit d’aplanir, d’élever pour que la gloire de Dieu apparaisse. Puisque nous sommes appelés à faire de l’aménagement du territoire, et ne pas le faire dans la subtilité, observons un peu la topographie.

 

Oh bien sûr, nous n'allons pas nous plonger dans la géographie d'Israël. Je ne crois pas que ce passage lui soit à ce point lié. Non, je vous invite à un usage plus littéraire de la topographie.

Vous savez que les poètes se sont plus à imaginer l'amour comme un pays et , après Magdeleine de Scudery, on s’est plus à tracer la carte de Tendre avec son fleuve Inclination et son lac de l’Ennui, une carte reprise par Moustaki…Et puisque je suis dans la variété française, peut être certains d'entre vous connaissent-ils Natacha, cette jolie chanson de François Béranger où il décrit le corps de sa bien aimée comme un pays.

Après les monts après les plaines

On arrive dans un pays

Où les mots ne veulent plus rien dire.

Un pays où je crois voir ton visage

Avec ta bouche qui s’entrouvre,

Avec tes yeux qui cherchent l’ombre

Ce matin, nous ne parlerons pas de l'amour mais je vous propose de cartographier nos vies.

 

Oui, essayons de voir notre vie comme un pays ou comme un voyage, et d'en dessiner la carte. Ne nous préoccupons pas trop de la Terra Incognita de notre avenir mais regardons notre vie passée et présente. Survolons là un instant. Nous y verrons, je pense, de riantes prairies et de vertes collines, ces souvenirs heureux, ces moments de joie, de sérénité et de confort. Sans doute, également les montagnes majestueuses de succès durement gagnés nous rappelleront l'effort de la marche et la fierté et la plénitude du sommet atteint. Dans cette visite de notre vie, n'hésitons pas à revoir les déserts de solitude par lesquels nous sommes passés, temps de trahison ou d’abandon. Survolons ces temps de maladie ou de deuil qui ont été nos vallées d’ombre et de mort. N’oublions pas ces dangers, ces embûches qui ont longé notre chemin comme autant de précipices. Je pourrais évoquer encore les sombres forêts du doute ou de l’errance, les steppes de l’ennui et de la monotonie.

Et parce que nous ne vivons pas seuls notre vie, je vous invite à l’imaginer comme un pays plutôt que comme un chemin, en effet d’autres vies la croisent et partagent nos moments…

Il manque quelque chose à cette carte : le réseau hydrologique. Oui, rappelons nous du flot de paroles qui a baigné notre vie. Les paroles fécondes qui ont enrichi et nourri notre vie. Les paroles blessantes et dures qui nous abîmés et ravinés. Celles dont nous avons cru qu’elles nous définissaient. Les paroles mensongères qui nous ont entraînés dans d’invraisemblables méandres… Toutes ces paroles nous ont sculptés, modelés comme les fleuves et les rivières dessinent un pays…

 

Maintenant que nous avons mentalement tracé la carte de notre vie, ou tout du moins, envisagé celle-ci comme un pays, entendons la parole de Dieu que la Bible a fait résonner jusqu’à nous à travers Esaïe puis les évangiles.

Que tout vallon soit relevé,

que toute montagne et toute colline soit rabaissées

 Cela signifie-t-il que notre vie ne vaut rien, qu’il nous faudrait en lisser tous les contours, en oublier tout ce qui fait qu’elle est notre vie, notre histoire ? Je ne crois pas. Il nous faut entendre dans quel but proclame la voix : « Alors la gloire du Seigneur sera dévoilée. » Il s’agit donc de voir la gloire de Dieu, c'est-à-dire son poids, sa présence.

         Si Esaïe ne décrit pas à proprement parler une théophanie, c’est qu’ici, il n’est pas question d’une arrivée de Dieu qui renverserait tout dans notre vie, mais plutôt de nous aider à mieux vivre notre vie, à nous recentrer sur ce qui est au centre

En effet, il est vrai que cette topographie de notre vie nous masque souvent la présence de Dieu. Nous nous plongeons dans la riante verdure des collines de nos bonheurs, nous enivrons de l’altitude de nos succès, nous sombrons dans les ténèbres de nos vallées de morts, nous agonisons dans nos déserts. Et tout cela ne nous aide pas vraiment à voir la présence de Dieu dans nos vies…

Eh bien cette parole vient nous aider à relativiser la géographie de notre vie, à en relativiser les échecs et les victoires. Pas à les effacer mais à rappeler que la carte toute entière de notre vie est l’abri d’une haute montagne, bien plus haute que nos propres sommets ne sont élevés, bien plus haute que ne sont profond nos ravins. Et que de cette montagne, une Parole descend vers nous, que nous l’entendons au dessus de la cime de nos succès, qu’elle descend au plus profond de nos gouffre, une Parole bien plus forte, bien plus solide, bien plus durable que toutes les paroles d’homme qui nous ravinent ou nous abreuvent, cette Parole nous dit, te dit « Tu es aimé, tu as du prix à mes yeux et pour toi, je donne tout ».

 

Je ne sais pas si nous parviendrons à porter ainsi notre regard un peu plus haut que notre vie, je ne sais pas si nous parviendrons toujours à entendre cette parole. Mais ce matin, que la prophétie d’Esaïe nous soit comme un panneau indicateur. En effet, nous vivons ce temps de l’Avent comme un chemin. Mais que ce ne soit pas pour nous le parcours du combattant qui, de courses de Noël en préparatifs de fête, nous conduit au réveillon. Tout ça peut-être très bien et très sympa, mais laissez cela au mois de décembre, évitez cette confusion des genres que nous imposent notre société… Que l’Avent soit pour chacun de nous, le temps du chemin que nous ouvrons au milieu de vie pour notre Seigneur qui vient.

 

Où que nous soyons sur la carte de notre vie, voici le Seigneur Dieu. Que dans cette venue, les plus petits, les plus fragiles se sentent porté, que celles et ceux qui en ont besoin se sentent nourris et apaisés. Frères et sœurs, notre Dieu vient à nous.

 

Amen

 

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