Miettes de théologie

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Dieu nous donne une ville

11 Mai 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 9 mai 2010 (France Culture)

Apocalypse XXI ; 9 à 27

Luc XVII ; 20-21

 

         Difficile aujourd'hui d'entendre cette description de la Jérusalem céleste. D'abord parce qu'avec son cortège de visions ésotériques, son avalanche de symboles que nous avons du mal à comprendre et auxquels nous voulons donner trop de sens, l'Apocalypse est un livre qui nous fait un peu peur.

         Et puis surtout, en ce temps où l'écologie est une préoccupation primordiale, une vertu cardinale même ; en ce temps où l'idéal serait un retour à la terre, est-il vraiment possible de dépeindre le Royaume de Dieu comme une ville ? Et pas n'importe quelle ville ! En effet, telle qu'elle est décrite, la Nouvelle Jérusalem ressemble beaucoup au cauchemar d'un écrivain de Science Fiction : une ville entièrement faite de pierre et de métal, avec, pour tout espace vert, un seul arbre, sans doute transgénique, puisqu'il donne du fruit toute l'année…

         Quel tollé, quel flot de courriers incendiaires pour France culture si j'osais affirmer que le projet de Dieu pour l'humanité, c'est une ville cubique, fortifiée, tracée à l'équerre et entièrement minérale... Et pourtant...

         Plaisanterie mise à part, on voit bien à quel point cette image est éloignée de nos représentations, de nos imaginaires. Et cela tombe bien, car le but n'est pas de nous brosser un tableau de ce que sera la fin des temps, le livre de l'Apocalypse n'est pas un ensemble de prédictions qu'il conviendrait de cocher au fur et à mesure qu'elles se produisent jusqu'à l'avènement du ciel nouveau et de la terre nouvelle. Il n’est pas question pour moi ce matin, de chercher ce que pourrait bien symboliser chaque pierre précieuse évoquée. L'Apocalypse nous révèle Dieu et ce qu'il fait. Et dans le texte que nous avons entendu ce matin, Dieu répond  notre attente mais il y répond à sa manière et ainsi, il nous transforme.

 

Dieu répond à notre attente, c’est la première et peut-être la plus surprenante affirmation de ce passage.  Au terme de l'histoire, Dieu nous donne une ville. Or, la ville, dans la perspective biblique, est une invention strictement humaine : d’après le livre de la Genèse, c'est Caïn en fuite qui fonde la première ville et lui donne le nom de son fils. La ville est donc bien le produit d’une humanité qui s’est éloignée de Dieu.

Simplifions à l'extrême l'histoire biblique. Pour vous, auditeurs de France Culture, toute la Bible en moins de 30 secondes : Dieu place l'humain dans un jardin. L'humain refuse de vivre dans ce jardin et s'exile. Dans cet exil, il se bâtit des villes dans lesquelles il ne parviendra jamais à rétablir une bonne relation à Dieu. Pour en finir avec cet exil, cette séparation, Dieu donne une ville à l'humanité.

Ainsi, ce que nous révèle l'Apocalypse, c'est que la réconciliation n'est pas un retour à zéro. Dieu ne gomme pas notre histoire, il tient compte de nos désirs : à son jardin, nous avons préféré une ville ? Eh bien, c'est une ville qu'il nous donnera.

La victoire de Dieu telle que la raconte l’Apocalypse n’est donc pas la victoire d’un tyran qui impose avec force son point de vue parce qu’il a décidé, une fois pour toute, qu’on mangerait et vivrait dans le jardin, mais la victoire d’un Dieu qui entend notre désir.

 

Toutefois, si Dieu répond à notre soif de ville, cela ne signifie pas qu'il nous passe tous nos caprices. Certes, c'est une ville qui nous est donnée. Mais cette ville n'est pas une construction humaine, on y trouve partout la marque de Dieu : dans les mesures des murailles, dans le nombre de portes. Ce n’est pas par hasard ni par harmonie architecturale que les nombre 3 et 12 sont constamment répétés…

 Si Dieu nous donne une ville, ce n'est pas parce qu'il compte sur notre talent de bâtisseurs pour collaborer avec lui. En fait, il n'a pas d'autre raison de répondre à notre rêve urbain, que son amour pour nous. Dieu veut nous faire plaisir, pas pour nous plaire mais parce qu'Il nous aime.

D'ailleurs, dans cette ville, il n'est plus question de construire le Temple, cette demeure de Dieu faite de mains d'homme, l’endroit où l’homme invite son Dieu à résider. En effet, ce n'est plus Dieu qui habitera avec son peuple, c'est le peuple qui habitera avec son Dieu.

Et surtout, cette ville sera la nouvelle Jérusalem. Mesurons-nous assez la portée de ce nom ? A cette époque, la ville victorieuse, la ville qui rayonne sur le monde entier, la ville qui représente toutes les villes, c'est Rome. On pourrait comparer avec New York aujourd’hui mais je crois que la comparaison resterait trop faible. C'est vers Rome que convergent tous les rêves de la société de cette époque, y compris ceux des premiers chrétiens. Rappelons nous que  les actes des Apôtres partent de Jérusalem pour arriver à Rome et s’achèvent une fois arrivés à Rome parce que le but est atteint, que de là, la Bonne Nouvelle va pouvoir  se répandre à travers le monde.

Et puis, lorsqu’est écrite l’Apocalypse, Jérusalem n'est plus rien qu'une ville rasée, détruite. Et pourtant, n'en déplaise à Saint Augustin, la cité de Dieu qui nous est donnée n'est pas la Rome Céleste, mais bien la Jérusalem céleste. Ainsi, si l'accomplissement du Royaume de Dieu n'est pas un retour aux sources, ce n'est pas non plus l'aboutissement de tous les rêves de puissance des hommes, la ville que Dieu nous donne n’est pas celle dont nous rêvons.

C'est pour cela qu'il est vain d'essayer de se représenter le Règne de Dieu pleinement manifesté, de nous demander comment ce sera ? à quoi cela ressemblera-t-il ? Quand nous essayons de répondre à ces questions,  nous y projetons toujours notre volonté de puissance alors que le livre de l'Apocalypse nous affirme la victoire de l'Agneau immolé, de la ville rasée.

 

Et c'est une victoire totale. Plus rien n'est nécessaire que la présence de Dieu, pas même le soleil et la lune. Mais dans ce passage, ce qui caractérise pleinement cette victoire, c'est la réconciliation et l'absence de peur.

Le livre de l'Apocalypse est profondément marquée par la rupture entre juifs et chrétiens, l’hostilité contre les juifs y est douloureusement présente mais quand il s'agit de décrire la ville donnée par Dieu, ses murailles sont marquées de 24 noms : ceux des 12 tribus d'Israël et ceux des 12 apôtres. Ainsi il n'est pas question de la victoire des uns sur les autres, ni du remplacement des uns par les autres mais bien de la réconciliation des uns et des autres.

Et  ces murailles porteuses de réconciliation sont percées de portes donnant sur tous les horizons, des portes sont toujours ouvertes pour accueillir un flux constant. Ville ouverte, la Jérusalem nouvelle nous apparaît libérée de cette peur qui nous pousse à barricader nos maisons, nos villes et nos frontières.

Je sais bien que cela nous parait très utopiste : cette peur, ces divisions nous paraissent insurmontables et du coup, la Jérusalem céleste nous paraît n’être qu’une utopie de plus, une ville que nous n’arriverons jamais à réaliser…

Mais rappelons nous que la Jérusalem céleste n'est pas bâtie de mains d'homme, elle descend du ciel, elle nous est donnée. Nous ne devons pas la bâtir, nous somme appelés à y vivre. Oui, dans le brouhaha de nos villes, dans le flots des foules anonymes, Dieu nous ouvre, par la foi, un espace où nous pouvons vivre, dès maintenant, libérés de tout ce qui ne vient pas de lui, libérés de nos peurs, de nos haines, de nos rancoeurs, parce que plus rien ne compte que la présence de notre Dieu. La nouvelle Jérusalem n’est pas seulement un mirage auquel nous aspirons, avec l’aide de Dieu nous pouvons vivre sa présence au cœur même de notre monde.

 

Mon frère, ma soeur, dès aujourd'hui tu peux vivre en citoyen de cette ville nouvelle, cette ville que Dieu nous a donné. En effet, Jésus Christ nous l'a enseigné : le règne de Dieu est au milieu de vous. Oui, elle vient la Jérusalem nouvelle mais c’est dès maintenant que nous pouvons la vivre.

 

Amen

 

Pour l'écouter, c'est

 

Kick-Ass

5 Mai 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

kick-ass.jpgIl y a, j'en suis conscient, comme une contradiction à plaider la non-violence, à avoir une véritable répulsion pour tout type d'armes et à apprécier néanmoins des films, des bédés, des livres que l'on pourrait qualifier d'ultra-violent.

Je crois que Kick-ass répond plutôt bien à ce paradoxe.

Kick-ass, c'est un film de super-héros, où plutôt de ce que seraient des super-héros dans la vraie vie, sans super pouvoir. Pour autant, le film n'est pas réaliste, c'est une comédie un peu trash, un peu décalée, truffée de références. Si vous n'aimez pas les super héros, la violence ou l'humour gras, c'est pas la peine d'y penser. Moi, j'aime bien. Surtout que le film n'en fait pas trop dans le trash ou l'humour gras.

Mais ce qui m'intéresse, c'est qu'il y a deux formes de violence dans Kick-ass. Il y a la violence des super héros, une violence graphique, spectaculaire et finalement comique. Voir une gamine de 12 ans découper en rondelles une bande de malfrat dans la plus pure tradition de John Woo, ou de Tarantino évoque en effet plutôt Tex Avery et Tom et Jerry. Mais, à côté de cette violence de cinéma, il y en a une bien plus malsaine, brutale, douloureuse, celle des voyous qui tabassent, celle des hommes de mains qui torturent Big Daddy et Kick-Ass. Du coup, le message de Kick-ass me paraît assez clair : la violence, ça a l'air fun dans les comics et au cinéma mais dans la vraie vie, ça fait mal. Et le film de renchérir "profiter de ta vraie vie avec les gens que tu aimes, c'est bien plus sympa que de te rêver en super héro.

Tiens, d’ailleurs, relu sur un mode théologique, ce serait un chouette énième avatar à la dénonciation de notre incapacité à nous accepter dans nos limites (quoique ayant découvert tous les charmes de la vie « normale », Dave continue à revêtir son costume vert d’homme-grenouille). Et je pourrais ouvrir une mise en abîmes avec mon propre refus de la violence qui ne m’empêche pas de m’amuser à voir Hit girl dévaster les rangs de maffieux armés jusqu’aux dents.

Dans son "Histoire du diable" Muchembled soulignait que le public européen était mieux préparé que le public américain à la fonction cathartique de la violence au cinéma grâce à « une mise à distance fantasmagorique plus nette » sur le Vieux Continent que dans le Nouveau Monde . C'est peut-être un peu sévère pour les américains, peut-être un peu optimiste quant aux européens. Mais j'ai décidé de faire le pari qu'à bientôt 15 ans Madian était capable de cette ironie distanciatrice et de le laisser voir Kick-ass.

L'anachronisme et la danse

4 Mai 2010 , Rédigé par Eric George

dansePrédication du dimanche 28 mars 2010

Exode XV, 1 à 21

Marc XI, 1 à 10

 

A première vue, le contraste entre la traversée de la mer Rouge et le jour des rameaux est saisissant. D’un côté, on sort d’Egypte, de l’autre, on entre dans Jérusalem. D’un côté, on trouve le puissant Dieu qui écrase ses ennemis, de l’autre, le roi vient humble et doux monté sur un ânon. Pourtant ce contraste ne peut nous faire perdre de vue la proximité de ces deux récits. Proximité de message, proximité d’anachronisme, proximité de rythme.

 

Tout d’abord, au bout du compte qu’il s’agisse de sortie ou d’entrée, les deux textes nous affirment la même chose sur Dieu. Une affirmation complètement passée de mode, une affirmation à l’opposé du retour du religieux, de tous les grands courants mystiques d’aujourd’hui : notre Dieu est celui qui vient à nous. Il n’est pas le dieu qu’il faut chercher au prix d’une longue quête, il n’est pas le ressourcement auquel on accède au prix d’une longue ascèse et de milliers d’exercices spirituel. Il est le Dieu qui vient à nous. Que ce soit dans la force et le bouleversement, en ébranlant les montagnes et en fendant la mer, ou bien dans l’humilité la plus totale, notre Dieu vient à nous.

C’est saisissant lorsque l’on entend le psaume de Moïse, qui célèbre la traversée de la Mer Rouge : normalement quand on évoque une traversée, on parle des héros qui l’ont accomplie, de leurs efforts, de leurs sacrifices,  des difficultés qu’ils ont surmontées. Mais dans le psaume de Moïse, le peuple est, non pas absent, mais passif, s’il traverse, c’est parce qu’il est le peuple de Dieu. Les deux acteurs principaux sont les ennemis et Dieu. Les ennemis qui projettent, qui tirent des plans sur la comète, qui veulent faire et Dieu qui fait, qui ouvre la mer, qui renvoie les ennemis au néant (à tel point que l’Egypte n’est même plus nommée dans le texte).

 

Si j’ai commencé par le fond, c’est qu’en fin de compte, c’est le point commun le moins surprenant. La Bible annonce le Dieu qui vient, qui fait alliance, rien de très surprenant donc à ce que deux textes, même très différents, partagent ce message. L’autre aspect qui relie ces deux textes, c’est l’anachronisme. C’est au cri de « Béni le règne de David » que Marc raconte l’entrée de Jésus dans Jérusalem. Or, non seulement le règne de David est terminé depuis longtemps, mais le royaume d’Israël n’est plus une réalité politique depuis plusieurs siècles. On pourrait presque se demander si la foule qui acclame Jésus ne projette pas sur lui le fantasme d’un bon vieux temps, d’une époque qui, comme souvent, relève plus de l’imaginaire que du souvenir.

Mais je ne crois pas que ce soit le cas, je crois qu’en fait cet anachronisme est porteur du même message que celui du cantique de Moïse. Si la foule acclame l’entrée de Jésus en remémorant le passé, le cantique de Moïse, quant à lui, évoque le futur. En effet, si l’Egypte n’est pas nommée dans le psaume (juste évoquée à travers Pharaon), d’autres peuples le sont : les moabites, les édomites, les philistins. Autant de peuple qu’Israël rencontrera bien plus tard dans son histoire.

Une lecture littéraliste nous pousserait à affirmer que Moïse voyait le futur. Une approche plus historico-critique nous conduirait plutôt à expliquer que le cantique de Moïse vient sans doute de traditions postérieures, d’époques où le moabite, l’édomite, le philistin sont déjà des ennemis historiques d’Israël. Cette même approche pourrait d’ailleurs nous pousser si le cantique de Moïse n’a pas en fait été attribué d’abord à Myriam à qui la fin du texte prête le début d’un cantique semblable. Bref, est-ce qu’une fois de plus l’œuvre d’une femme n’aurait pas été attribuée à un homme.

Mais au-delà de ces questions, j’avoue pencher pour une lecture plus simple, une lecture qui me semble très conforme à bien d’autres textes bibliques. Parce qu’il cite les moabites, les philistins, le cantique de Moïse reste d’actualité à toutes les époques de l’histoire d’Israël. De même, si le peuple évoque le passé lors de la venue de Jésus, c’est pour célébrer le Dieu qui vient, aujourd’hui comme hier.

C’est un aspect très important de l’histoire et du temps dans la Bible. Les évènements sont donnés comme historique et non pas mythologiques ou symboliques. C'est-à-dire qu’il n’est pas question de spéculer sur la nature de Dieu à grand coup d’allégories. Dieu n’est pas celui que l’on théorise, il est celui qui agit dans notre histoire. C’est par son action qu’il se fait connaître. Mais son action n’est pas enfermée dans un moment donné. Elle est appelée à se renouveler, à se perpétuer, à se vivre au présent. C’est aujourd’hui que Dieu me délivre, qu’il me fait franchir la mer, c’est aujourd’hui que mon roi vient à moi dans la douceur et l’humilité.

Bientôt, nous fêterons Pâques. Est-ce que cette fête consistera pour nous à nous creuser la tête autour du scandale de la croix, du mystère du tombeau vide ? à nous  interroger sur l’après-mort ? Ou bien, célébrerons nous notre propre résurrection avec le Christ vivant, là, maintenant, tout de suite ! Vivons nous la Bible comme le récit d’évènements passés qui nous permettent d’espérer pour demain ou bien comme un message d’amour à vivre au présent.

 

C’est aujourd’hui que notre Dieu nous délivre. C’est aujourd’hui qu’il vient à nous. C’est aujourd’hui qu’il nous invite à la danse. En effet, la danse est présente dans le cantique de Moïse, elle l’est aussi d’une certaine manière dans les rameaux. Bartimée qui se dépouille de son manteau pour accompagner Jésus dans Jérusalem évoque le roi David qui se dévêt pour danser de toutes ses forces devant l’Arche entrant dans la ville sainte.

Et qu’est ce que la danse ? C’est une manière de se déplacer en tenant compte non seulement du corps et de l’espace mais aussi de la musique et du rythme.

Eh bien ces textes nous appellent à vivre notre foi comme une danse. Comme les autres, nous devons tenir de l’espace, du monde qui nous entoure et de notre corps, de nos limités. Mais nous devons tenir compte aussi de la musique, cette parole qui nous dit : « C’est aujourd’hui que ton Dieu te délivre. C’est aujourd’hui, que ton roi vient à toi. »

Bien sûr comme le danseur paraît fou à ceux qui n’entendent pas la musique, notre manière de bouger, de vivre semblera folie. Mais cette folie donnera à notre monde un peu de grâce.

Mon frère, ma sœur, aujourd’hui ton Dieu vient à toi. Aujourd’hui il te délivre. Aujourd’hui tu peux entrer dans la danse.

 

Amen

Retour de studio

3 Mai 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Maison-de-la-radio.jpgIl y a quelques mois, je reçois un coup de fil de M. Schaeffer : "Mr George, une de vos paroissiennes vous a signalé comme digne de France Culture" Je ne vais pas jouer la fausse modestie, c'est assez flatteur et l'expérience m'intéresse. De plus, avant de me "dénoncer", ma paroissienne (qui dément formellement avoir présenté les choses comme ça) m'avait demandé mon accord. Bref, même si mes précédentes interventions radiophoniques (des interviews de présentation de projets) m'ont paru calamiteuses et si la perspective d'un culte entièrement écrit et minuté a de quoi m'effrayer, j'accepte avec  plaisir de présider un culte pour le service radio de la Fédération Protestante de France.

Comme texte biblique, je décide de ne pas imposer aux auditeurs ma lectio continua de l'Exode et de prendre un des textes du jour, tout en me gardant bien d'aller relire la prédication que j'en avais déjà tirée. Quelques cheveux blancs plus tard pour les organisateurs qui ont fait l'erreur de ne pas me donner de date butoir impérative pour rendre un culte entièrement écrit (plages musicales incluses) et chronométré (défense d'excéder 30 minutes contre notre heure habituelle), je me retrouve enfin à la Maison de la Radio pour l'enregistrement.

Dans le studio, l'ambiance est sympathique et détendue, ce qui est très bon pour mon trac (N.B. même au début d'un culte ordinaire, j'ai le trac). A vrai dire, on se sent un peu idiot, tout seul dans un bocal de verre, surtout à voir les autres discuter sans rien entendre de ce qu'ils disent. Puis la lecture commence, parfois (pas trop souvent, je me suis entraîné) coupée pour reprendre la phrase sur laquelle on a buté.

Et puis après la lecture, vient le temps des retouches. C'est là que les choses se gâtent : m'entendre est pour moi un vrai supplice (qui a dit : « pas que pour toi » ? ). Et puis j'aurais bien un million de question à poser, mais je n'ose pas trop déranger l'équipe dans son travail. C'est absolument incroyable de les voir manipuler ainsi le son, déplaçant les musiques pour les mettre en arrière-plan de ma voix, raccourcissant les silences jugés trop longs (ouah ! à la radio mes silences sont trop longs, quel monde merveilleux ! ), allant même jusqu'à rectifier un bafouillement qui avait échappé à la lecture (vous surveillerez "description", vous auriez du entendre quelque chose comme déuhgagnarsciption).

La technique est prodigieuse, et un peu inquiétante. Truquer tout un discours semble vraiment un jeu d'enfant. Pendant quelques instants, je m'interroge aussi sur l'opportunité de nettoyer ainsi un discours de toute hésitation, de tout bafouillement. Et puis, réflexion faite, je me dis que je préfère lire un texte mis au propre qu'un manuscrit couturé de ratures et de crayonnage. Et puis, comme, ce ne serait pas tout à fait moi que vous entendriez, si je ne bafouillais pas, il reste un qui/que un peu confus (qu'est que je ne vais pas inventer pour que vous m'écoutiez attentivement !).

Le rapport au temps, ou plutôt son découpage me fascine aussi : ce temps dont chaque seconde est, littéralement, comptée. Si jamais je suis réinvité, je sais quel thème de prédication je prendrai.

 

Voilà, pour le résultat final, ce sera dimanche 9 mai à 8h30 sur France Culture. (au cas où cela vous aurait échappé, cet article était un pur exercice d’autopromo, mais je vais quand même le mettre dans « carnets de voyage ».

 

Un bruyant cercle de silence

1 Mai 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Cela devait arriver, deux jeunes de l’extrême droite sont tombés par hasard sur le cercle de silence et pendant 50 minutes nous avons eu le droit à tout l’argumentaire. Tant pis, si le seul but du cercle de silence est une protestation contre les conditions de détentions dans les centres de rétentions, toute la bouillie y est passée, nous sommes de sales collabos, des vieux cons de gauchos (« vieux » me vexe un peu, et ça a pas du faire plaisir à certains membres du cercle qui n’ont pas pour habitude de voter à gauche).

Mais en fait, le principal reproche qui nous est fait est d’avoir choisi la non-violence comme moyen d’action. Et finalement, ce jeune qui nous envoie à la face les agressions, la violence qui monte dans les cités, est exactement dans la logique qui cause ces agressions, cette montée de la brutalité, une logique belliqueuse reposant uniquement sur la célébration de la violence et de l’affrontement, une logique où l’autre ne peut être qu’un camarade de combat ou un ennemi, où l’honneur ne réside que dans la force. Bref, quoiqu’il en pense, quoiqu’il en dise (encore qu’il en viendra à regretter que nous ne soyons pas des adversaires « honorables) ce n’est pas nous qui sommes dans le camps des « cailleras » qui terrorisent des quartiers entiers, qui créent des zones de non-droit mais bien lui.

Et je suis plus convaincu que jamais que nous ne pourrons pas endiguer la violence sans mettre un terme à cette célébration de la force…

L'appel à la vérité

15 Avril 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

J'ai signé, et des deux mains encore, l'appel à la vérité. En effet, sans compter la généralisation qui hante les discussions de comptoirs et les forums, plusieurs attitudes me gênent dans toute cette histoire.

Du côté des anti-cathos, je trouve absurde cette volonté de lier le célibat et la pédophilie. (et je n'ai pas besoin de statistique pour la trouver absurde) Le célibat des prêtres n'est pas sans poser de questions. Mais ces questions sont internes à l'Eglise catholique (ce qui n'est évidemment pas le cas des affaires de pédophilie impliquant certains de ses représentants).

De la même manière, sans avoir de sympathie particulière pour Benoît  XVI, je ne comprend pas non plus cet acharnement à vouloir mouiller un pape qui, concernant ce sujet précis, me semble manifester bien plus de volonté d'en finir que son prédécesseur .(je me demande à quel point l'antipathie contre Benoît XVI ne se nourrit pas de l'admiration suscitée par Jean Paul II,. Je suis immunisé contre ce phénomène : je n'étais pas fan de Jean Paul II ,non plus (je lis cette succession selon une herméneutique de continuité.))

 

Et puis l'appel à la vérité ne reprend pas les lignes de défense catholiques qui me gênent le plus :

- "C'est un complot."Non. C'est certainement un emballement médiatique qui se nourrit en France d'un vieux fond d'anticléricalisme. Mais si emballement il y a, celui-ci repose quand même sur un scandale réel : des prêtres ont abusé de leur autorité pour détruire des enfants et ils ont été couverts par leur hiérarchie.

- "nous sommes persécutés comme l'avait annoncé le Christ.". Et puis quoi encore ? Etre persécuté, c'est souffrir parce qu'on annonce l'Evangile. L'Eglise catholique souffre aujourd'hui parce qu'on découvre les crimes commis et couverts par certains de ses représentants. Se poser en martyr, c'est soit dévaloriser les vrais martyrs, soit dénigrer les victimes en mettant de leurs accusations sur le même plan que les calomnies dont on accablait les chrétiens. Aux catholiques qui veulent vraiment lier leurs problèmes actuels au message dont ils sont porteurs, plutôt que Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux ! (Matthieu V, 10), je suggère de lire ce verset  "on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez."  Mt VII, 2. Ben oui, quand on se présente comme « dernier rempart contre le désordre moral », on a intérêt à être sacrément irréprochable...

- "C'est pire chez les autres". Ca se passe de commentaire mais si je pensais que les sites tradis avaient remporté la palme en se relayant un extrait de discours affirmant que 10% des ministres protestants américains étaient concernés contre 1,7% (je n'ai bien sûr jamais retrouvé le discours original, et bien sûr encore moins la source d'une telle affirmation. En revanche, j'ai vu un commentateur chez Authueil donner ces  2 chiffres en évoquant un article qui pourtant ne disait rien des 10% de protestants). Néanmoins le cardinal Bertone a fait aussi très fort dans le genre.

 

Pour ma part, j'estime que cette question de la pédophilie dans l'Eglise catholique pose surtout la question de l'incapacité de celle-ci à se reconnaître faillible, et sa prétention à se juger elle-même et il me semble que les auteurs de l'Appel à la vérité en ont pleinement conscience. Je ne puis donc que soutenir leur démarche par ma signature autant que par ma prière.

Quant aux Eglises protestantes, que Dieu nous préserve de nous croire à l'abri de telles horreurs sous prétextes que nos pasteurs peuvent se marier.

Cyrano : réveillez le poète qui sommeille en vous

26 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

cyrano.jpgLes bouts rimés, c’est pas vraiment une nouveauté. Néanmoins, Cyrano en propose une adaptation susceptible de réveiller le poète qui sommeille en chaque catéchumène.

Le principe du jeu est simple : deux rimes sont données, ainsi qu’un thème. A charge pour chacun de composer un quatrain.

A moins d’avoir vraiment affaire à des cracks on ne tiendra pas trop compte de la métrique. Toutefois, le jeu n’est pas réservé aux seuls poètes ; ce qui est récompensé ici, ce n’est pas le talent de l’écrivain (qui sera tout de même salué) mais l’originalité et le bon goût. En effet, après l’écriture, c’est l’originalité des rimes choisies qui rapportera des points (si personne d’autre que moi n’a pensé à toujours comme rime en –our, je gagne 1 point). Ensuite, une phase de vote au cours de laquelle chacun vote pour le poème qu’il a préféré. Et là, ce qui rapporte des points, ce n’est pas le fait de recevoir des voix mais le fait de voter comme les autres.

Bien sûr, le vrai plaisir, c’est celui d’écrire et d’entendre ce qu’écrivent les autres. Je vous livre une petite perle tirée d’une partie avec des enfants.

Thème : Le plaisir            Rimes -té et -ère

 

Ma vie est super

 

C’est vraiment super

D’être la première

Je suis une célébrité

Je l’ai bien mérité

Anaëlle (10 ans)

Exempté de service

25 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

guerre.jpgMoïse dit : Quand vous partirez en guerre contre vos ennemis, si vous voyez des chevaux ou des chars et une armée plus nombreuse que vous, n’ayez pas peur. Le SEIGNEUR votre Dieu, qui vous a fait sortir d’Égypte, est avec vous.  Au moment où vous vous préparerez à combattre, le prêtre s’avancera devant l’armée et il dira aux combattants :  « Soldats d’Israël, écoutez ! Aujourd’hui, vous allez combattre vos ennemis. Ne perdez pas courage, n’ayez pas peur, ne vous troublez pas, ne tremblez pas devant eux. Le SEIGNEUR votre Dieu marche avec vous, il combat pour vous contre vos ennemis, afin de vous donner la victoire. »  Ensuite, les officiers chargés de recruter les soldats leur diront : « Est–ce qu’il y a parmi vous quelqu’un qui vient de construire une maison et qui ne l’a pas encore habitée ? Qu’il rentre chez lui. Sinon, il risque de mourir à la guerre, et un autre habitera sa maison.  Est–ce qu’il y a quelqu’un qui vient de planter une vigne, et qui n’a pas encore cueilli les premiers raisins ? Qu’il rentre chez lui. Sinon, il risque de mourir à la guerre, et un autre cueillera ses fruits. Est–ce qu’il y a quelqu’un qui vient de se fiancer, et qui n’est pas encore marié ? Qu’il rentre chez lui. Sinon, il risque de mourir à la guerre, et un autre se mariera avec sa fiancée. » Les officiers ajouteront ceci : « Est–ce qu’il y a quelqu’un parmi vous qui a peur et qui est découragé ? Qu’il rentre chez lui pour ne pas décourager les autres. » Quand ces officiers auront fini de parler, ils nommeront des chefs militaires pour commander l’armée.

Deutéronome XX, 1 à 9

 

Il serait certainement très exagéré d'aller chercher une veine pacifiste dans les prescriptions militaires du Deutéronome. N'empêche que la liste des exemptions du devoir militaire est remarquable.

Pas tant à cause du nombre d'exemptés qu'elle représente (encore que si on permet à tous ceux qui ont peur d'affronter une troupe plus nombreuse et mieux armée de se retirer du champ de bataille, il ne doit plus rester grand monde), qu'à cause de la nature de ces exemptions. En fait, est dispensé de son devoir militaire celui qui n'a pas encore goûté à la vie.

Et le contraste entre les prescriptions du texte et ce qui se fait de manière universelle est saisissant. En effet, qui envoie-t-on à la guerre en priorité si ce n’est les plus jeunes, voire les enfants. Pourquoi les plus jeunes, pourquoi les enfants. Je crois que la raison principale est que ce sont ceux qui ne savent pas ce qu’ils ont à perdre, ceux qu’il est donc le plus facile d’endoctriner.

Avec la méthode prescrite du Deutéronome, la guerre est interdite à ceux qui n’ont pas encoure goûté à la vie et ceux qui y ont goûté ont le droit de refuser d’aller se battre, je ne suis pas sûr qu’il reste beaucoup de monde dans les corps d’armées. Je me demande d’ailleurs si cette loi a jamais été mise en pratique.

Science et religion

17 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

mgould.jpgIl n'est pas vrai que la science et la religion doivent s’affronter- il s'agit de deux sphères parmi les plus séparées de celles qui émanent des besoins psychiques humains. La lutte titanesque existe, a toujours existé et existera toujours entre le questionnement et l'autorité, la libre recherche et le dogme figé - mais les institutions représentant ces pôles ne sont pas la science et la religion. Ce type de lutte se présente au sein de chaque domaine et non entre eux. L'éthique générale de la science favorise une plus grande ouverture d'esprit par rapport à la nouveauté ; mais nous avons néanmoins nos fossiles, et ils sont souvent en position de grand pouvoir. L'institution religieuse en tant que partie prenante du pouvoir étatique, comme cela a souvent été le cas dans l'histoire, a tendu à défendre des positions rigides - mais il y a eu aussi des cas où des doctrines religieuses ont été à l'avant-garde des révolutions sociales (...) La lutte qui oppose la libre quête à l'autorité est si centrale, si universelle, que nous avons besoin de l'appui de tout le monde, de tous bords. Les scientifiques qui recherchent doivent se joindre aux théologien qui questionnent, si nous voulons préserver le plus fragile de tous les roseaux : la liberté elle-même. Si les scientifiques perdent leurs alliés naturels en désignant des institutions entières comme ennemis, au lieu de chercher la solidarité avec des âmes soeurs engagées dans d'autres voies, alors leur propre lutte n'en sera que plus difficile.

S. Jay Gould : La foire aux dinosaures.

La citation de Jay Gould s'inscrit clairement dans le contexte de la lutte entre créationnistes et évolutionnistes, mais je crois qu'elle est bien plus largement vraie.

Dans l'impasse

16 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

mjoncs.jpgPrédication du 14 mars 2010

Exode XIII, 17 à XIV, 31

Jean XI, 16

 

Deux murailles d'eau se dressent de part et d'autres et entre les deux, s'avance le peuple hébreux. L'image est bien connue, elle est évocatrice. C'est l'image de la création, de la naissance d'un peuple. C'est l'image de la délivrance, une image qui nous est transmise encore aujourd'hui par le baptême. Comme le chante le psalmiste : il fend la mer et ouvre un passage, une pâque

Mais puisque nous ne sommes pas encore en ce temps de Pâques, je vous propose de nous concentrer ce main, sur ce qui précède le passage, le temps de l'impasse. Rembobinons un peu le film des 10 commandements et arrêtons nous avant que la mer s'ouvre, ce temps de panique où le peuple hébreu est pris en sandwich entre les flots de la mer et les chars égyptiens. D'un côté, la mort. De l'autre côté, la mort.

Je voudrai ce matin que ce cul de sac nous évoque nos propres impasses, tous ces moments de notre vie, où nous ne voyons plus d'issues. Que ce soit dans des situations tragiques,  des moments pénibles ou simplement des temps de projets contrariés. Pensons à ces impasses et  surtout à nos réactions dans ces culs de sac de notre vie.

Je crois que nous pouvons nous reconnaître dans le peuple hébreu, dans Thomas, ou dans Moïse... Souvent dans les trois à la fois d'ailleurs.

 

Le peuple hébreu, c'est la panique. On est fichu, le monde s'écroule.  On se lamente sur les choix ou sur les circonstances qui nous ont amenée là. On aimerait remonter le temps. Nous étions si bien dans l'esclavage d'Egypte : nous aimions mieux vivre dans l'esclavage en Egypte que mourir dans le désert. C'était forcément mieux avant. Et puis si l'on trouve quelqu'un à blâmer, c'est encore mieux. "N'y avait-il pas des sépulcres en Égypte, sans qu'il fût besoin de nous mener mourir au désert?" reprochera le peuple à Moïse.

 

Bien sûr, il y a une autre attitude que les pleurs, les cris et la recherche d'un bouc émissaire, c'est la résignation courageuse que l'on retrouve chez Thomas lorsque Jésus décide de se rendre auprès de Lazare, à Béthanie, dangereusement proche de Jérusalem, ou l'attendent de puissants ennemis. "Allons aussi, afin de mourir avec lui". "Quand faut y aller, faut y aller. 

Enfin, il y a Moïse... Ah Moïse ! Figure de la foi ou d'un optimisme que certains qualifieraient de béat. Moïse, c'est celui qui, dans l'impasse s'écrie : ne vous inquiétez pas, tout va s'arranger. C'est l'attitude qui paraît la plus folle, la plus ridicule peut-être. Mais si l'on y pense, elle n'est finalement pas moins constructive que les deux autres. Quand la situation est désespérée, il n'est pas plus utile de se lamenter ou de se résigner courageusement que d'espérer en un dénouement miraculeux de la situation.

Finalement : le "arrêtez vous et regardez le spectacle" de Moïse n'est pas plus bête ni plus vain que le "Oh comme c'était mieux avant" des hébreux ou le " allons et mourons" de Thomas.

 

Donc dans nos impasses, soyons aussi confiants que Moïse. Ce pourrait être ma conclusion.

 

Sauf que n'ai pas atteint les trois pages réglementaires.

 

Et surtout, sauf que Dieu donne tort à Moïse.

En effet, nous connaissons tellement bien l'histoire que l'attitude de Moïse nous semble couler de source. Pourquoi s'en faire puisque Dieu va ouvrir la mer et engloutir les égyptiens. Et nous ne repérons même pas que l'ordre de Dieu contredit radicalement celui de Moïse. "Restez en place" ordonne Moïse, "que le peuple se mette en marche" ordonne Dieu.

 

"Que le peuple se mette en marche" Ca résonne un peu comme "aide-toi,  et le ciel t'aidera", non ? On pourrait entendre : "Voilà, Dieu ouvre la mer, mais c'est à toi de la traverser". Finalement, Pâque, c'est la coopération entre Dieu qui ouvre et le peuple qui traverse.

Sauf que le texte est clair, le but de la traversée de la mer des roseaux, c'est de faire éclater la gloire de Dieu. La libération est l’affaire de Dieu seul.

C'est un peu paradoxal : pour faire éclater sa gloire, pour libérer son peuple, Dieu pouvait réduire l'Egypte à néant par la seule force de sa main, mais voilà qu'il choisit un moyen qui réclame une participation du peuple.

Eh bien, je crois que c’est là la gloire de Dieu, il choisit de nous faire participer à notre libération. Je ne crois pas qu’il faille parler de collaboration ou de coopération mais simplement de participation.

Il ne s’agit pas de nous dire « si tu veux sortir d’Egypte, il faut le mériter et te mettre au travail », mais plutôt, « vois, c’est bien toi qui sors, c’est bien toi qui est en marche ».

La gloire de Dieu, c’est de ne pas nous déposséder de nous même, de ne pas être un marionnettiste qui nous place et nous déplace là où ça lui chante. Il pourrait nous montrer ainsi que nous lui appartenons, qu’il est le souverain. Mais il choisit d’être un Père aimant, de nous faire participer. Ainsi, il nous donne la véritable liberté.

 

En effet, nous ne pouvons pas vraiment nous considérer comme libres lorsque il nous suffit de nous asseoir et d’attendre que cela passe. Mais sommes-nous vraiment plus libres lorsque toute notre vie dépend du moindre de nos choix, lorsque tout repose sur nos épaules ? Sommes-nous véritablement libres quand il y a tant d’angoisse ?

Et voilà que Dieu nous ouvre une voie nouvelle : celle qui consiste à agir comme si tout dépendait de nous et tout espérer de Dieu notre Père qui nous aime et nous donne ce dont nous avons besoin.

 

Frères et sœurs, bénissons Dieu notre libérateur qui ouvre une voie dans nos impasses et nous libère de nos servitudes.

Bénissons Dieu notre Père qui nous associe à ses projets et nous donne de nous mettre en marche.

Sans crainte, sans angoisse, sans résignation, mettons nous en marche dans l’espérance.

 

Amen

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