Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Miettes de théologie

Articles récents

Esclavage

8 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

esclavage.jpgPrédication du 11 juillet 2010

Exode XXI, 1 à 11

Philémon

Luc XVII, 21

 

Après le décalogue et l'établissement des autels, les premières règles que Dieu donne à son peuple sont un code de l'esclavage… Ce code de l'esclavage va nous conduire à réfléchir sur nos propres comportements vis-à-vis des autres et sur ce qu'est pour nous le christianisme.

 

L'esclave hébreu a des droits. Tout d'abord, il n'est pas esclave à vie, en tout cas pas si son maître ne lui donne pas envie de le devenir. De plus ces droits s'étendent même à la femme esclave ou, appelons un chat un chat, à la concubine.

L'esclave sera libéré au bout de 6 ans, la concubine ne sera pas maltraitée au profit d'une autre, elle ne sera pas revendue à l'étranger… Heureux sort des esclaves hébreux au milieu de cultures bien plus cruelles et barbares ! Merveilleux début d'humanisme chez un peuple encore brut de décoffrage !

 

Sauf qu'en fait, je ne sais pas quel droit s'appliquait aux esclaves chez les voisins d'Israël. Sauf qu'en fait, ces règles résonnent d'abord pour moi comme des constats douloureux

Premier constat : le peuple libéré de l'esclavage continue à avoir des esclaves ; les anciens esclaves continuent à réduire leurs frères et leurs sœurs en esclavage.

Deuxième constat : ces règles ne s'appliquent qu'aux esclaves hébreux, l'esclave étranger est certainement bien moins protégé.

Deux constats décevants certes - on aimerait trouver dans la Bible un grand souffle anti-esclavagiste, on aimerait que le peuple dont Dieu a brisé les chaînes, brise à son tour les chaînes de ses voisins ou qu'au moins, il n'en forge pas de nouvelles - mais deux constats qui viennent nous rappeler que le monde biblique n'est pas le Neverneverland de Peter Pan, ni l'île aux enfants mais bien notre monde et l'humanité biblique n'est pas une humanité idéalisée mais bien notre humanité avec ses préférences nationales et sa constante tentation de s'approprier l'autre, le réduisant au rang d'objet, une humanité tout à fait prête à infliger à d'autres les souffrances qu'elle a elle-même subie.

    Et parce que la Bible ne nous raconte pas une humanité rêvée, parce qu'elle parle du réel, nous pouvons prendre ce qu'elle nous dit au sérieux. Nous ne sommes pas dans le domaine de l'utopie mais bien dans celui de l'applicable. Cette version du code hébreu de l'esclavage (on en trouve d'autre dans la Bible, le droit hébreux n'est pas figé) nous rappelle que celui ou celle que nous avons assujetti reste un être humain, qu'il a des droits et que nous avons envers lui des devoirs.

 

    Bien sûr, c'est très insuffisant et ils ont raison ceux qui montent sur leur grand chevaux pour condamner la Bible comme un livre qui ne condamne pas l'esclavage. Et le Nouveau Testament pas davantage que l'Ancien. Même dans sa lettre à Philémon, adressée au propriétaire chrétien d'un esclave en fuite, Paul ne se livre pas à une grande envolée pour condamner pas l'esclavage comme institution.

    Mais paradoxalement, ceux qui condamnent ce silence de la Bible sont souvent les mêmes qui ne supporteraient pas qu'on établisse une loi parce qu'elle est biblique… Si je le souligne, ce n'est pas pour conspuer une des nombreuses contradictions des athées militants mais plutôt parce qu'en l'occurrence, ils ont raison et nous permettent de comprendre ce silence.

    Si Paul avait écrit à Philémon : "tu dois affranchir Onésyme" on serait tombé dans la théocratie, ce système de gouvernement dans lequel des hommes prétendent imposer des lois de la part de Dieu. Et même si ces lois s'étaient avérées justes et bonnes, Paul aurait réduit la Bonne Nouvelle à un juridisme. On sait bien, en effet qu'une loi ne peut pas d'un  seul coup transformer mentalité et comportement. Si Paul avait statué sur l'esclavage de manière légaliste, il aurait vraisemblablement interdit d'avoir des esclaves chrétiens. Et cela n'aurait pas été plus satisfaisant pour nous que la protection que l'Exode accorde aux esclaves pourvu qu'ils soient hébreux.

Mais plutôt que d'imposer  une règle  à Philémon, Paul préfère lui rappeler cette  Bonne Nouvelle qu'il a reçue. "Regarde Philémon, regarde  Onésyme, ton esclave en fuite. Regarde-le, en Jésus-Christ, il est ton frère. Regarde ton frère et je sais que tu feras ce qui est juste."

 

Paul applique ainsi cette parole de Jésus : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.    On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.  Le Royaume de Dieu, ce n'est pas quand Paul, ou l'Eglise ou la loi ordonne "fais ceci ou celà", le Royaume de Dieu, c'est lorsque Philémon reconnaît Onésyme comme son frère.

 

Frères et soeurs, que Christ nous conduise à son Royaume, qu'il ouvre nos yeux et nous donne de reconnaître en chacun, notre frère ou notre soeur, et d'agir en conséquence.

 

 

Tamara Drew, une confession du péché so British

5 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Tamara-drew.jpgArborant fièrement son nouveau nez, Tamara Drew revient à dans son village natal, un coin paumé de la campagne anglaise. S'ensuit toute une série de péripéties impliquant des écrivains, une rockstar, un chien, des vaches, des sales gosses. C'est féroce et c'est drôle.
Les personnages sont égoïstes, menteurs, revanchards, lâches ou tout simplement stupides, pas un  pour rattraper l'autre. Et pourtant, et c'est là, le génie du film, aucun n'est tout à fait haïssable. Stephen Frears (ou peut-être Simmonds, je n'ai pas lu la bande dessinée) s'amuse en nous dépeignant  une humanité médiocre et pourtant attachante.
J'aimerais que nos confessions du péché soient empreintes du même humour et du même amour. En effet, le but n'est pas de battre notre coulpe, de nous morfondre en culpabilité ou en haine de nous-même, mais simplement de reconnaître ce que nous sommes. La confession du péché serait alors vraiment le moment où nous serions libérés de notre soif de paraître et de notre orgueil

Autel de passe

3 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

 

autel.jpgPrédication du dimanche 4 juillet 2010

Exode XX 22-26

Romains VIII, 35

Matthieu VI, 5

 

C'est un texte qui nous parait sans doute anecdotique, juste après le célébrissime passage du décalogue… Un texte en tout cas, qui ne nous concerne pas beaucoup aujourd'hui, surtout nous autres, protestants qui avons abandonnés toute idée d'autel et de sacrifice à offrir à Dieu.

Que pourrions-nous bien faire d'un texte qui nous dit comment construire un autel ? Peut-être le garder comme un document archéologique, souvenir d'un judaïsme primitif (au sens de premier)… Mais à part ça…

Pourtant, je voudrais que nous entendions d'abord la logique générale de ce passage qui résume tout le culte rendu à Dieu et puis, que nous nous interrogions sur les autels que nous-mêmes nous nous construisons.

 

C'est des cieux que je vous ai parlé, tu me feras un autel de terre en tout lieu où je ferais rappeler mon nom.

Dieu nous parle du haut des cieux. A la différence des idoles de cette époque, Dieu ne parle pas à partir du lieu qu'on lui a donné, de la statue qu'on lui a bâtie. Il n'a pas besoin d'un lieu de transition géographique pour s'adresser à son peuple. Il y a là une affirmation de la liberté de Dieu qui ne s'assujettit pas à une religiosité humaine à des fabricants d'idoles. Et si Dieu reste libre, c'est pour que nous soyons libres. En effet, puisque Dieu parle du haut des cieux, nul ne sera privé de sa présence parce qu'on lui aurait interdit l'accès à son temples, parce qu'on l'aurait privé de ses statues. Dans l'antiquité, il est courant d'abattre des temples, de dérober des statues pour couper un peuple de ses dieux… Mais il est impossible de séparer le peuple de son Dieu qui l'a fait sortir de l'esclavage. Nul ne peut nous séparer de l'amour de notre Dieu.

Et cela est réaffirmé dans la deuxième partie de l'affirmation : le Dieu qui nous parle du haut du ciel, en toute liberté, nous accorde de pouvoir nous présenter à lui, d'avoir des lieux sur notre terre où nous adresser à lui. Si Dieu parle du ciel, l'homme peut lui construire des autels « en tout lieu où je ferai rappeler mon nom » précise Dieu. C'est bien affirmer que ces autels peuvent être établis n'importe où, à l'initiative de Dieu. Si Dieu le décide ainsi, son peuple peut le rencontrer au plus haut d'une montagne, sur une terre étrangère, dans une prison, dans une décharge même.

Il n'y a pas de lieux dont Dieu serait prisonnier, il n'y a pas de lieux qui lui seraient interdits. Pour certains parmi nous, cela paraît une évidence mais, n'avons-nous pas des lieux, des situations où nous n'osons pas faire appel à Dieu, où nous aurions l'impression de manquer de respect, où nous nous sentons coupé de Dieu. Prenons-nous au sérieux la liberté de Dieu qui est la nôtre : nous sentons-nous si libre que cela de nous laisser rejoindre par notre Dieu, n'importe où ?

 

Dieu à l'opposé des idoles, Dieu qui nous parle, Dieu qui nous rejoint. Ce texte est bien porteur du message biblique, il n'est pas qu'un document archéologique.

Mais tout de même, nous ne construisons plus d'autel. La preuve, ici c'est bien une table de communion que nous avons et nous reprendrions immédiatement toute personne qui commettrait la grave erreur de parler d'autel. Mais laissons là le mobilier. Ne construisons-nous vraiment plus d'autel ? Ne prétendons-nous vraiment jamais nous tourner vers notre Dieu ? Ne prétendons nous jamais lui offrir le fruit du travail de nos mains, les élans de notre cœur ? Même le plus acharné des défenseurs du Sola Gratia, de la grâce seule, même le partisan le plus intégriste d'une vision pessimiste de l'être humain ne saurait le nier. S'élever lui-même vers son Dieu, bâtir des autels donc est une disposition naturelle à l'homme. Et, ici, Dieu fait droit à ce désir. C'est très beau : Dieu tient compte de nos désirs.

Mais en y posant des règles.

Tout d'abord, on vient de le voir : l'initiative reste à Dieu. Ce n'est pas l'homme qui décide de construire un autel puis qui le construit, le taille et le martèle avant que Dieu puisse y venir. Le texte est très clair : interdiction formelle de tailler les pierres de l'autel. Pourquoi ? Pourquoi ne pas attendre que l'autel soit fini pour le consacrer à Dieu et à partir de là et seulement à partir de là, il est sacrilège d'y toucher ? Ce serait tellement plus pratique...Mais il s'agit précisément de se rappeler que l'initiative revient à Dieu, et que là où il fait connaître son nom, l'autel et déjà là.

Et cette initiative qui revient à Dieu implique bien plus que des histoires d'autel de terre ou de pierre

 D'abord, il n'est pas prisonnier des autels que nous lui dressons, il n'est pas obligé d'être là où nous voudrions qu'il soit, là où nous voudrions le mettre. Dieu n'a pas à nous rendre des comptes de ce que nous prétendons faire pour lui. Dieu n'est pas responsable des horreurs commises en son nom. Et nous ne pouvons pas nous poser devant Dieu en disant « Voilà Seigneur, j'ai fait cela et cela pour toi, à toi d'agir pour moi. »

C'est l'enseignement que je perçois à travers la dernière règle relative aux autels : Tu ne monteras point à mon autel par des degrés, afin que ta nudité ne soit pas découverte.  La règle est purement fonctionnelle, triviale même : gravir des marches vêtu d'une tunique, c'est exposer sa nudité. Mais je crois que l'on peut donner à cette règle un sens plus général : en effet, dans la Bible, la nudité de l'homme, c'est sa faiblesse. Lorsque nous essayons de nous élever vers Dieu, marche après marche, étape après étape, nous ne faisons que dévoiler notre faiblesse, notre incapacité à l'atteindre.

 

Frères et soeurs, tous nous essayons toujours de bâtir des autels réels ou symboliques, comme autant d'escabeaux vers Dieu. Et dans son amour, Dieu nous laisse faire. Mais rappelons nous toujours, que ces autels ne nous donnent aucun droit sur Dieu. C'est Dieu qui à l'initiative. C'est lui qui vient à nous.

La rentrée de Calvin

2 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Prières

calvin40.jpgSeigneur qui est la source de toute sagesse et de toute science,
puisqu'il te plaît de me donner pendant ma jeunesse
l'instruction qui me sera utile pour vivre saintement et honnêtement
veuille en même temps éclairer mon intelligence
pour que je comprenne l'enseignement qui me sera donné.

Et puisque tu promets d'éclairer par ta sagesse
et par ta connaissance les petits et les humbles au coeur droit,
tandis que tu rejettes les orgueilleux
pour qu'ils se perdent dans la vanité de leurs raisonnements,
je te demande, ô mon Dieu,
de créer en moi cette véritable humilité qui me rendra docile
et obéissant à toi tout d'abord,
mais aussi à ceux que tu as établis pour m'instruire.

Veuille en même temps disposer mon coeur,
afin qu'ayant renoncé à tous ses mauvais désirs,
il te rechercher ardemment et que mon seul but, ô Dieu,
soit de me préparer dès maintenant à te servir dans la vocation
où il te plaira de m'appeler.
J. Calvin

in Livre de prières. Société Luthérienne. Edition Olivetan

Je

1 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

distributeur.JPG"Bonjour, je suis un distributeur automatique de billets" affiche l'écran du distributeur de je ne sais plus quelle banque de Montpellier.

Non !

Je veux bien que tout s'automatise ; moi-même, j'ai souvent recours aux bornes automatiques pour gagner du temps. Mais, je ne veux pas que, par soucis d'anthropomorphisme, une machine qui n'a aucune conscience d'elle même, me dise "Je". Je ne veux pas qu'on galvaude ce petit mot de deux lettres.

En effet, c'est un pouvoir immense que celui de la subjectivité. J'ai conscience de faire ce que je fais. J'ai conscience de penser ce que je pense. Et j'ai même conscience de n'être pas toujours maître de ma pensée ou de mes actes.

C'est dans ce "je" que je comprends "fait à l'image de Dieu". En effet, ce "je" est une caractéristique essentielle de Dieu, une caractéristique que la traduction de YHVH par l'Eternel, gomme malencontreusement. Dieu est sujet, bien plus que je ne puis l'être. En effet, quoiqu'individu conscient et donc sujet, je reste programmé et donc objet (moins qu'un distributeur automatique, quand même), Dieu est, quant à lui le sujet absolu, sans programmation, ni contrainte. Et c'est ce "je" là qui a choisi de s'attacher à moi. C'est ce "je" là qui m'offre ma liberté.

Ce n'est pas qu'un au revoir

8 Août 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 8 août 2010

Psaume 33

I corinthiens II, 1 à 5

Actes XX, 17 à 38

 

Après un long séjour et de nombreuse pérégrination, Paul quitte la Turquie. Des séparations, nous en vivons de bien des sortes dans notre vie, et peut-être tout particulièrement en cette période estivale : départ en vacances ou retour de vacances sont souvent des occasions de se dire au revoir.

Pourtant nous voyons bien que ce récit de séparation là est un peu différent.

 

Tout d’abord, nous entendons bien qu’il ne s’agit pas d’un au revoir mais clairement d’un adieu. Si la Bible ne raconte pas la mort de Paul, il est évident d’après ce texte, que Luc a pris en compte une mort violente de Paul, une mort dans la persécution.

         Mais même en tenant compte de cette mort annoncée, on est frappé par l’extrême noirceur de ce texte. D’ordinaire, dans la tristesse de la séparation, on évoque les bons souvenirs des moments passés ensembles, ou bien les retrouvailles à venir et si ces retrouvailles ne sont pas possibles on s’exhorte à tenir bon, on se souhaite tout le bonheur du monde, on se promet des jours meilleurs. Bref, on essaye d’apaiser la tristesse, de positiver, en quelque sorte. Mais ici, rien de tout cela : dans le discours de Paul aux anciens rassemblés à Milet : la séparation est dure, le passé a été dur et la suite sera plus dur encore. Bonjour l’ambiance !

         De plus, Luc réussit à rendre dans le discours de Paul un des aspects les plus agaçants de ses épîtres : ce côté qui nous parait parfois très prétentieux, très imbu de lui-même ; enfin, la mise en garde contre les loups qui menacent le troupeau résonnent particulièrement douloureusement à nos oreilles protestantes qui savent ce qu’ont entraîné les chasses aux hérésies… (Encore que nous ne devrions pas oublier que nous avons toujours nos propres hérésies et que nous n’avons pas tout à fait banni le réflexe inquisitorial de nos Eglises). Tout cela ne nous rend pas ce texte très sympathique ni très abordable...

         Et pourtant, justement pour tout cela,  c’est un texte particulièrement nourrissant. Et pas seulement pour les périodes de départ ou de séparation.

 

Tout d’abord, ce texte nous rappelle que la vie chrétienne n’est pas toujours rose, qu’une communauté peut traverser des crises graves, qu’un ministère (pastoral, missionnaire ou de conseiller ou de catéchète) peut se passer dans la souffrance et le rejet. C’est un rappel inutile ? On le savait déjà ? Peut être. Encore que les discours du type « tout ira bien, ce n’est pas si grave, tout finira par s’arranger ne sont pas si rares dans nos communautés, il me semble… Mais le discours d’adieu de Paul ne se contente pas de dire la réalité du mal et de la souffrance, y compris dans notre vie chrétienne, ce discours contient une affirmation essentielle, une affirmation trop souvent oubliée : ces difficultés, ces crises, ces échecs ne sont pas le signe d’une malédiction contre nous, elles ne sont pas le signe que nous faisons mal notre « travail » ou que nous serions de mauvais chrétiens. Elles arrivent simplement. De façon incompréhensible parce que le mal c’est toujours incompréhensible. Bref, en évoquant tout ce mal-être, toutes ces difficultés passées, présentes et à venir aux anciens rassemblés à Milet, Paul nous délivre du sentiment de culpabilité qui accompagne souvent le malheur. Non, tout ce qui nous arrive n’est pas toujours de notre faute. Et surtout, les crises que nous traversons ne sont pas la preuve ni le signe que Dieu nous a délaissé.

 

Nous avons parfois l’impression que en lisant les épîtres ou les compte rendus de discours de ce genre que Paul a quand même une très haute opinion de lui-même, c’est que nous oublions ou comprenons mal à quel point Paul a le sentiment d’être habité, conduit, dirigé même par un autre que lui-même. Il est « prisonnier de l’Esprit », « au service du Seigneur en toute humilité. ». Ce n’est pas moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi écrira-t-il aux Galates.

Face aux difficultés, Paul ne se dit pas : « j’ai mal agis, le Seigneur est contre moi », il se dit « c’est en Jésus Christ que j’affronte ces difficultés et par lui, je serai vainqueur. » C’est un discours que Luc a très bien compris et qu’il rend en décrivant le martyr à venir de Paul de la même manière que la passion du Christ, en mettant dans la bouche de Paul, le testament de Jésus Christ. Et non ! ce n’est pas de l’orgueil ! C’est de la foi. C’est la conviction profonde que Jésus Christ vient à moi-même si j’en suis profondément indigne, c’est l’assurance que Jésus Christ vient habiter ma misère et me transformer.

Attention, il ne s’agit pas de tomber dans le dolorisme : à aucun moment Paul ne dit « Christ est en moi parce que je souffre pour lui », et encore moins « Christ veut que je souffre pour lui ». Il ne dit pas non plus « mes souffrances sont la preuve que Christ est en moi », il ne cède pas à la tentation de la persécution, cette logique paranoïaque qui veut que « puisque les gens s’acharnent contre moi, c’est bien que j’ai raison… » Ses souffrance ne sont pas méritoires pour Paul et elle ne sont pas la preuve qu’il a raison. En fait, il s’en serait volontiers passé. Il a connu aussi dans son ministère des moments de joies et, dans ces moments de joie, dans les moments où tout lui sourit, il affirme aussi la présence du Christ et il rend grâce. Simplement, il continue à sentir cette présence même quand les choses vont moins bien, même quand elles vont au plus mal.

Et je crois qu’après Paul, après Luc, tout chrétien peut affirmer la présence du Christ même au plus noir de l’échec, même au plus sombre de l’angoisse. Et affirmer ainsi la présence de Jésus Christ, ce n’est pas seulement dire Dieu est avec moi et il me porte dans mes moments difficiles, mais c’est affirmer que son œuvre de résurrection s’accomplit pour nous dans ces moments difficiles. Christ est avec nous quand nous sommes au fond du gouffre, quand nous gisons accablés de souffrance. Oui. Mais il ne se contente pas de nous consoler, il nous relève.

 

Je crois que c’est à la lumière de cette affirmation qu’il faut comprendre la mise en garde contre les loups féroces. La menace est tellement vague qu’il est facile de l’utiliser pour dénoncer n’importe quel discours théologique avec lequel je ne serais pas d’accord. Le loup féroce qui menace le troupeau, c’est forcément celui qui ne pense pas comme moi. Mais plutôt que de partir en chasse contre les hérésies, plutôt que d’aller éplucher les lettres de Paul pour affirmer que je suis bien fidèle à sa doctrine, je crois que ce qui compte c’est de garder l’affirmation essentielle : Jésus Christ nous rejoint dans nos morts pour nous relever et nous conduire à la vie : J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié, écrivait Paul aux corinthiens. Tout ce qui compte c’est que je sache, que nous sachions que Christ est à nos côtés quand nous sombrons et qu’il nous relève. Forts de cette assurance, nous pourrons donner à notre tour notre témoignage. Pas un témoignage triomphaliste qui nie les difficultés, pas un témoignage conquerrant qui écrase les opinions différentes, un témoignage humain jusqu’à la fragilité mais qui offre à tous et à toute une espérance nouvelle.

 

Frères et sœurs, dans nos départs comme dans nos arrivées, dans nos séparations comme dans nos rencontres, dans nos peines comme dans nos joies, nous avons l’assurance que Jésus le Christ, est avec nous qu’il nous relève et nous appelle à vivre de sa vie.

 

Amen

 

A visage découvert

24 Juillet 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

a-visage-decouvert.jpg- Ca change des paysages helvétiques qu’on met d’habitude sur les versets biblique

- Oui, là on est dans l’Incarnation.

(A. Pelissier et A.M Feillens, cités de mémoire)

 

Douze portraits dans le cloître des Billettes. L'exposition ne justifie peut-être pas un voyage à Paris (sauf si vous aviez projeté une virée parisienne entre collègues et néanmoins amis et que vous n'avez que trois heures) mais si vous flânez du côté de la rue des archives, il serait dommage de ne pas vous arrêter sur ces visages découverts.

Des visages magnifiquement photographiés d'hommes et de femmes de tous âges. Des visages qui illustrent, chacun, un verset biblique, une exclamation prêtée à un des témoins de Jésus de Nazareth.

Là où les protestants ont l'habitude d'illustrer des versets avec des photos un peu niaises et un peu creuses de paysages, A visage découvert propose des visages riches d'expression et de personnalité. Du coup, le verset n'est plus une "sagesse" figée et sentencieuse, de celles qui se vendent si bien aujourdh'ui, mais l'expression d'une rencontre, un témoignage. Et visages et versets entrent en résonance, chacun éclairant l'interprétation de l'autre.

D'ailleurs, c'est une utilisation possible de l'exposition : séparer les versets des visages pour laisser chacun faire ses propres association et donc sa propre interprétation ou associer différents visages à un seul verset, pour montrer sa richesse.

En tout cas, si vous passez non loin de Beaubourg, n'hésitez pas à faire un petit crochet vers le cloître des Billettes : ces visages découverts vous ouvriront un autre regard.

 

A visage découvert

Exposition conçue et réalisée par la Mission Intérieure Luthérienne.

Photos d'Alfredo Salazar

Du 9 juillet au 30 août 2010

tlj sauf les lundis de 11h à 19h

Cloître des Billettes

24 rue des archives

75004 Paris

 

Splice

20 Juillet 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

splice.jpgIls sont jeunes, beaux (enfin, surtout elle, mais passons), intelligents et passionnés par leur domaine, la biochimie. Ils créent un créature nouvelle qui va se révéler plus dangereuse que prévu. Rien de bien nouveau sous le soleil de la SF mais, nonobstant quelques effets téléphonés, j'ai passé un bon moment de ciné, et, pour moi, Splice est un bon film de science fiction en ce qu'il aborde de nombreux thèmes, la peur de l'autre, la nature de l'humanité, l'adolescence, la parentalité.

Et puis Splice a une approche réaliste de son thème principale : la technique. En effet, contrairement à la plupart des résumés, je ne crois pas que Splice parle de manipulation génétique. Ou plutôt, s'il en parle c'est de manière ridicule. Je ne crois pas que l'on crée un humanoïde viable en mélangeant les séquences ADN de différents animaux à de l'ADN humain, et surtout les enjeux éthiques de la manipulation génétique sont presque totalement évacués. A l'exception d'une vraie scène d'épouvante : après l'avoir élevée comme sa fille, Elsa retire à Dren tout ce qui l'humanise pour mieux la traiter comme une simple expérience. Une scène glaçante dans laquelle le monstre est le créateur et non la créature. Tiens, en fait à cause de cette scène excellente, je serais plutôt plus sévère avec le film qui revient trop vite à un discours plus classique : comme c'est pratique, la gentille Dren meurt de façon naturelle et c'est un méchant monstre violeur et tueur que ses créateurs doivent tuer.

Bref, difficile de prendre au sérieux un tel traitement de la génétique.

En revanche, si l'on élargit à l'ensemble de la technologie, Elsa et Clive me semblent assez représentatifs de l'attitude générale de l'humanité.

D'abord on invente, mû par de nobles desseins mais aussi par défi, par orgueil, pour aller plus loin. Ensuite, on s'émerveille, on essaye de domestiquer l'invention. Et enfin, on se rend compte, trop tard, des dangers et des questions éthiques qu'il aurait fallut se poser avant.  Le cruellement ironique : "qu'est ce qui peut arriver de pire ?" final résume bien cette fuite en avant.

Et cette dénonciation sonne d'autant plus juste que  Clive et Elsa sont sympas. Imprudents certes, mais ni cyniques, ni cupides, ni bouffis d'orgueil et pourtant, ce sont bien eux et pas le méchant directeur financier ni le mégalo chef de service qui portent la responsabilité de la catastrophe. Du coup, le film ne résonne pas comme un jugement moral mais comme un constat. Un constat pessimiste, certes, mais un constat.

Les mains en l'air

13 Juillet 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

les-mains-en-l-air.jpgBlaise, Alice et Milena ont l'âge des messages secrets, des cachettes dans les caves, des glissades dans l'herbe et des provisions montées en douce dans les chambres. Un âge auquel on ne devrait pas se cacher de la police par crainte d'être expulsé.

En abordant la question des sans-papiers du point de vue de l'enfance, Goupil s'autorise un discours tranché, manichéen même.

Et pourtant si Les mains en l’air est une fable, son propos n’en est pas moins réaliste. On y voit des adultes paumés devant une question qui les dépasse. En effet si le parti pris est assumé, les objections ne sont toutefois pas complètement évacuées).

Ma plus grosse réserve concerne le traitement des policiers qui ne sont montrés que sous un jour négatifs : désagréables avec les adultes, menaçants et violents avec les enfants.

Ce bémol posé, le film sonne juste, porté par de jeunes acteurs qui jouent de vrais enfants. Pas des petits anges bien élevés, ces gamins sont d'épouvantables combinards. Pas des super cerveaux débrouillards, tout comme leur sortie les main en l'air, pourquoi les mains en l'air ? leur fugue tient plus du caprice et du jeu que du plan machiavélique : ils ne savent pas où ils vont.

Du coup, le film ne donne pas de leçon, il sonne comme un refus. Refus d'une politique de statistiques et de chiffre qui nie l'individu. Refus d'une culture de peur et de soupçon qui interdit l'amitié.

Les mains en l'air m'ouvre une nouvelle perspective sur le soyez pareil aux petits enfants : et si l'enfant était celui qui au nom de l'amour se rit de tous les calculs ? Et si, entrer dans le Royaume de Dieu c'était dire non aux règles du monde ?

20100

6 Juillet 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Tric-trac est un site que j'aime bien, consacré aux jeux de sociétés et doté d'un forum de bonne tenue, sur lequel on peut discuter bien au delà du jeu de société. Tric Trac est une communauté virtuelle dont je suis heureux de me sentir membre.

Samedi dernier, un des acteurs de ce site a été tué, à l'âge de 38 ans. Vélo contre camion, il y a des parties vraiment trop inégales. Je ne connaissais 20100 (Vincent) qu'à travers son travail (critique, news et les redoutables (pour le collectionneur de jeux que je suis) trictrac-tv) pour le site, il n’était pas un de ceux avec lesquels je me sens le plus liés dans cette communauté et pourtant comme tous les trictraciens, je me sens un peu en deuil.

Un deuil qui est pour nous tous un rappel douloureux que derrière le pseudos et les avatars des relations virtuelles, il y a de vrai gens. Des gens qui peuvent mourir, des gens qui peuvent être blessés ou au contraire réconfortés ou encouragés par nos propos.  Le virtuel n'est pas déconnecté du réel, il ne doit donc pas être un espace d'irresponsabilité.

Bien sûr, ces quelques lignes ne m'empêchent pas de penser d'abord à celles et ceux pour qui ce deuil n'a rien de virtuel, la famille et le amis IRL (In Real Life : dans la vie en vrai) de Vincent. C'est d'abord vers eux que vont mes prières.