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Walk like an Egyptian (6)

7 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

DSC01042.JPG28/10

6h

La partie bateau de notre voyage s’annonce bien être la partie la plus reposante : beaucoup de temps libre. Du coup, entre deux temples, petit vent de fronde contre Aïscha qui a un peu trop tendance à nous vendre des options, des bijoux etc. C’est vrai que la période est difficile pour les égyptiens qui vivent du tourisme (et que, comme Jean Paul me l’apprendra plus tard, un excellent guide qui ne vendrait rien ne trouverait pas de boulot auprès des tour operator locaux) mais il vaudrait mieux qu’elle pose les choses clairement et que, quand elle nous propose de voir Louxor autrement que par les quartiers touristique, on ne découvre pas qu’elle essaye en fait de nous vendre une promenade en calèche. Finalement, c’est au temple d’Edfu que nous nous rendrons en calèches. Personnellement, c’est surtout le côté syncrétiste d’Aischa qui m’agace un peu. Mais bon, rien de cela ne nous fera oublier son érudition…

Hier matin donc, le bateau a accosté au double temple de Kom Ombo, consacré aux triades de Sobek et de Horus l’ancien (pas Horus fils d’Osiris mais Horus frère d’Osiris, l’oncle Horus quoi…) Les triades ça n’a rien à voir avec les sociétés secrètes chinoises, c’est que les dieux égyptiens marchent par cellules familiales : le père, la mère et le fils. (un ancêtre de la trinité, peut-être lointain…)

Double temple, cela veut dire double sanctuaire (of course), double entrée (pourquoi pas) mais aussi double murs d’enceinte (deux en pierres, deux en briques). Quand les dieux partagent, c’est plus du « chacun le sien » que du « un pour deux »… Intéressante reproduction des instruments de chirurgie de l’époque aux côté d’un Imhotep devenu dieu de la médecine, quelques instants de lamentation pour Sobek, pauvre dieu-crocodile enfermé dans un puis de 3 mètres de diamètre…

Mais c’est la découverte du dieu Hapi (you know what ? I am theEte-et-Egypte-2011-131.jpg god of the Nile) au bas de chaque bas-relief avec son ventre ballonné et son sein nourricier qui m’intéresse le plus : une bonne introduction pour l’exposé biblique qui suivra dans l’après midi: Le Nil et la Bible avec une conclusion sur Esaïe : Le Seigneur nous tient lieu de Nils (Esaïe 33, 21)

Après l’étude biblique de l’après-midi, fouette cocher et en route pour le temple d’Edfu. En calèche donc, et en se balladant dans la ville. Quelques scènes de vie quotidiennes (moins que dans le train quand même) et à part quelques « hello » d’enfants, les habitants semblent plutôt blasés : pas beaucoup de regards de la part de ceux que nous croisons, à part celui, mi-timide, mi-amusé d’une jeune fille non voilée. Pourtant, elle n’a pas l’air trop jeune, peut-être une résistante à la pression sociale…

Le temple d’Edfu, c’est le temple d’Horus (pas l’oncle) (avec son épouse Hathor et son fils, le dieu enfant « dont il est inutile de se rappeler le nom ») et son célèbre faucon noir (en fait, il y en a deux, mais le deuxième est cassé). Un temple qui a été occupé un moment par les chrétiens qui fuyaient les persécutions romaines : plafond noirci de fumée, quelques bas reliefs martelés. Chose amusante, je remarque que sur le mur extérieur qui nous raconte la geste d’Horus pourchassant Seth qui s’enfuit sous forme de crocodile et d’hippopotame, les hiéroglyphes de faucon ont systématiquement été martelés. Je devine que les premiers chrétiens ont bien repéré à qui le temple était originellement dédié. Peut-être était-ce une DSC01080.JPGcorvée pour les disciples inattentifs : « tu iras me marteler une dizaine de faucon ». En jouant les égyptologues de comptoir, je me demande quand même s’il ne s’agissait pas d’effacer le nom d’Horus comme héros d’une histoire  de la victoire du bien sur le mal. Après tout, un dieu qui triomphe du leviathan (version biblique et mythique du crocodile) et du béhémoth (version biblique et mythique de l’hippopotame), ça peut facilement être réemployé à des fins apologétiques… Mais bon, ça demanderait quand même une vérification sérieuse…

Un vrai coup de spleen en soirée, en écrivant à ceux qui ont dû annuler leur voyage. Je pense à eux chaque jour, à chaque nouveau paysage, mais hier, je les ai vu dans le groupe. S’ils ont le courage de me lire, qu’ils sachent à quel point ces pages leurs sont dédiées.

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Walk like an egyptian (5)

6 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

DSC00122.JPG27 octobre

6h25 Sur le Nil
Magie de voyage. Je suis tiré de mon sommeil, les yeux encore fermés, je me dis que je n'entends pas les machines et qu'il ne doit pas être 4 h. En ouvrant les paupières, je vois que le soleil à envahi notre cabine malgré les rideaux. Nous naviguons sur le Nil. Je résiste à la tentation de réveiller ma grande épouse royale (oui, je commence à attraper des tics harmoniques), j'attrape mon cahier de note et je monte sur le pont pour écrire ces mots. Au passage, j'oublie de prendre un stylo, ce qui me contraint de noter ces lignes sur mon portable : cela réduit quand même beaucoup le charme .
Hier après midi, traversée d'une carrière de granit d'Assouan avec son monolithe inachevé. Difficile d'imaginerce qui se passe dans la tête des ouvriers (conEte-et-Egypte-2011-275.jpgtrairement à la légende, pas d'esclaves sur les chantiers égyptiens), qui voient se fissurer la masse colossale de granit (42 mètres de long et 1200 tonnes de granit rose) dont ils venaient d'extraire trois des quatre côtés. Les obélisques qui vont toujours par deux sont un symbole solaire.

A la sortie, un vendeur apprend que quand on annonce à ma comptable d’épouse 10 pour 1 euro, c’est pas 8 pour 2 euros… Bien essayé !
Puis le temple de Philae, un autre temple sauvé du Nil, un temple grec, cette fois. On les reconnaît à leurs chapiteaux composites, plus chargés que les chapiteaux égyptiens. (Aischa nous explique en effet que les temples égyptiens sont à l'image du monde : le plafond est le ciel, le sol, la terre (ou plutôt, l’élément liquide) et les colonnes sont ce qu'il y a entre les deux : la végétation, avec des racines en bas et des feuilles en haut). En plus d'être grec (mais dédié à Isis : les Ptolémée ont adopté la religion et le mode de vie égyptiens), Philae est un temple désaxé. C'est à dire qu'à la mégalomanie, s'ajoute un sérieux complexe d'Oedipe si l'on en juge par les frises du roi adulte en train de téter Isis… N'importe quoi ! Philae est un temple désaxé parce que son sanctuaire n'est pas dans l'axe de la porte, construction sur une île oblige. Quand les italiens ont déplacé le temple, ils ont commencé par donner à une île la forme exacte de celle de Philae pour garder au temple son désaxement

Pendant notre visite du temple, je vois deux guides égyptienne non voilées, j’interroge donc Jean Paul. Le voile n’est pas une obligation en Egypte. Le doyen de l’université coranique du Caire y a même fait interdire le niqab. Mais il y a malgré tout une pression de plus en plus forte pour le port du voile simple, une pression qui ne vient pas toujours des hommes. Jean Paul me raconte l’histoire d’un de ses copains désespéré parce que son épouse à décidé de porter la cagoule…
La fabrique de coton où nous amène Aischa n'est qu'un bête magasin de fringues, pas facile à visiter quand on se met àEte-et-Egypte-2011-280.jpg saigner du nez... Des t-shirt pour la famille puis direction ce bateau où je me réveille. 

Hier soir, panique à bord pour la famille George : une des bagues d'amos s'est décollée et nous voilà obliger de chercher une pince coupante pour nous débarrasser du fil de fer qui se promène dans sa bouche. Comment dit on "pince coupante" en anglais ? Laurence ira jusqu'à fouiller la salle des machines pour trouver son bonheur et un mécanicien s'improvisera dentiste... Ce qui s'appelle faire avec les moyens du bord...

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Walk like an Egyptian (4)

5 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

DSC0017926 octobre

4h Entre Assouan et Abou Simbel

La journée d’hier a été plutôt calme. On ne saura pas si le gamin qui a collé sa petite sœur dans les bras de Laurence à la gare était fier de nous montrer son anglais ou s’il voulait une pièce. En tout cas, l’attirail des enfants : lunettes ou appareil dentaire l’intriguait beaucoup…

Après le train, un peu de bus pour aller prendre un bateau histoire d’aller manger dans un restaurant Nubien. Cette fois, j’évite de m’installer à une table George, cela me permet de payer une partie de mes dettes. L’éternel anxieux que je suis avais promis un café si on arrivait avec trop d’avance à l’aéroport à Paris…

Après le déjeuner et une fois la monnaie rendue - ce qui est toujours problématiques, les égyptiens ne sont pas plus malhonnêtes que les autres mais ils ne connaissent pas le fond de caisse et n’ont jamais la monnaie – petite ballade en bateau sur le Nil (un bonus qu’Aischa nous a fortement incités à prendre). C’est vrai que c’est magnifique et que c’est une vraie respiration. Mais jouons les ronchons de service : avec le bruit permanent du moteur, c’est difficile de qualifier la ballade de reposante…

Beaucoup d’oiseaux, quelques jolies scènes de la vie sur le Nil, un bétonnage pas toujoursDSC00111 heureux aussi (la palme à la tour de ce restaurant panoramique : c’est sans doute un argument de poids : « si vous ne voulez pas la voir : mangez dedans ! ». Et en plus nous découvrirons en soirée qu’elle change de couleur pendant la nuit. Kitchissime. !) Un jeune pagaye jusqu’à nous sur une planche pour s’accrocher au bateau et  nous chanter des chansons en français. Il sera déçu, nous sommes surtout passionnés par les oiseaux (dont j’ai bien sûr oublié tous les noms) et par Aischa qui nous raconte les barrages. La technologie est venue remplacer la religion pour domestiquer le dieu Nil. Mais tout n’est pas encore au point : si l’eau est canalisée, le limon fertile, lui, est perdu et la dessalinisation par le Nil interrompue…

En fin d’après midi, je prends le risque de proposer un premier exposé biblique alors que la concurrence est rude : piscine de l’hôtel et ballade dans Assouan. Pourtant tout le monde (excepté les enfants) sera là pour écouter une introduction embrouillée sur le réel et le vrai, l’histoire et la Bible. Décidément, je ne suis pas un bon avocat de l’historico-critique… Les prochains exposés seront plus faciles (si je n’ai pas découragé tout le monde. Si c’est le cas, je prendrai des vacances, je tiens beaucoup à ce que les études bibliques restent facultatives)

Ce matin, pour 19 d’entre nous, lever à 3h et départ pour Abou Simbel. C’est dans le car que j’écris ces lignes et si j’arrive à me relire, ça tiendra du miracle (note du secrétaire : halleluïa !), un car qui a bien failli ne pas partir pour cause de grêve de la police. « Vous avez l’habitude, mais pour nous, c’est nouveau » plaisante Aischa. Oui, depuis longtemps les départs se font en convois : 60 bus qui partent en même temps (180 quand en saison normale) escortés par la police (enfin escortés, c’est un grand mot, un policier dans chaque car (ou bien juste en tête et en queue du convoi), interdiction de doubler pour le car qui ferme le convoi, c'est-à-dire le notre : nous avons le car le moins remplis donc le dernier afin qu’il puisse ramasser les éventuels délaissés par une panne mécanique.

Mais ce qui me frappe surtout, c’est le désert dans lequel nous nous retrouvons après nous être éloignés d’à peine 5km du Nil.

 

10h10

Fin de la visite d’Abou Simbel. Effectivement, il aurait été dommage de rater cela. J’imagine quand mê me la tête des architectes de Ramsès II quand celui-ci se levait en leur disant « Eh les gars, j’ai une idée : on va prendre cette falaise de granit pour y creuser un temple ! En plus on va s’arranger pour DSC00177que le soleil frappe 2 fois par ans, 3 des 4 statues qui sont au fond du temple. Allez, au boulot ! Et tant que vous y serez, vous en ferez un plus petit pour mon épouse. »

D’un autre côté, quand l’UNESCO décide de faire des devis pour déplacer ces temples afin de leur éviter l’engloutissement (construction du haut barrage…), ça doit être pas mal non plus.

Je pense que nous serons encore confrontés à la mégalomanie des pharaons, en particulier à celle de Ramsès II. Si j’ai bien compris, Aischa est en train de nous expliquer comment elle compte expédier les visites de cet après midi (temple de Philae, obélisque inachevée et Haut barrage) pour que nous ayons le temps de visiter une fabrique de coton. Première halte commerciale en vue…

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Walk like an Egyptian (3)

4 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Ete-et-Egypte-2011-151.jpg25 octobre

6h Quelque part entre Le Caire et Assouan

Cela va être dur d’écrire ces lignes tant le paysage qui défile devant mes yeux me fascine. Nous sommes donc dans le train de nuit, un train grand luxe au regard des standards égyptiens (le transport ferroviaire est tout à fait déconseiller par le conseil aux voyageur du ministère des affaires étrangère). Grand luxe, c'est-à-dire couchette exiguë (enfin, je la trouve exiguë alors que, nombre impair oblige, je suis tout seul dans la mienne), lit pas trop mauvais mais tangage et bruit constant (et pas seulement celui des machines). Mais après les 3 heures de sommeil de la nuit précédente et la densité de la journée d’hier, 7 heures de sommeil, ce n’est pas du luxe.

J’ai l’impression que nous ne roulons jamais plus de 10 minutes sans traverser un village ou une ville. Forcément, nous longeons le Nil (je sens qu’il va falloir m’habituer à cette géographie si particulière) et que toutes les constructions que nous voyons sont des immeubles inachevés mais bien habités( est ce comme la Turquie où les impôts ne sont payés que sur les maisons terminées, ou est-ce un effet de la démographie galopante). En tout cas cela  m’évoque ce que nous racontait Aischa à propos du cimetière du Caire. Les égyptiens n’ont pas perdu la coutume des nécropoles et beaucoup de tombes y sont de véritables maisons ou la famille peut venir honorer les morts. Du coup, beaucoup des habitants du cimetière sont bien vivants. En effet, les gardiens de ces tombeaux ont pris l’habitude de les sous-louer à de nouveaux arrivants au Caire qui n’ont pas les moyens de trouver un logement, en virant bien sûr ces « locataires » lorsque la famille du vrai propriétaire fait savoir qu’elle va venir honorer ses disparus. Un système qui vaut ce qu’il vaut mais me paraît de toute façon moins scandaleux que de savoir des maisons réservées aux morts alors que des vivants dorment dans la rue…

C’est le moment de vous parler d’Aischa, notre guide égyptienne qui nous a rejoints hier matin. Elle doit avoir une petite soixantaine d’année. Elle est intarissable sur l’Egypte ancienne, volontiers moqueuse sur ses contemporains et en adoration devant sa petite fille « belle comme la lune ». Aischa raconte bien, rit souvent, s’amuse de notre ébahissement devant la circulation du Caire, une cacophonie de voitures de tous âges à laquelle se mêlent quelques carrioles à ânes ou à chevaux. Elle nous raconte un Islam très rationnel et modéré dont je ne suis pas tout à fait dupe, mais qu’importe. Ce qui compte, c’est sa culture et l’amour de son pays qui transparaît à chacune de ses phrases.

Tiens, j’ai oublié de demander que quelqu’un tienne un journal de chaque jour, je ne vais quand même pas imposer mon verbiage dans notre feuille de chou paroissiale…

8h35 Louksor

Cela fait maintenant 15 minutes que nous sommes arrivés à Louksor et 30 minutes que nous devrions être à Assouan (regardez sur une carte). C’est bizarre, cela nous stresse moins que les 15 minutes de retard SNCF. Tiens, d’ailleurs, on repart…

Hier, ravie d’avoir un musée désert (tout est quand même relatif), Aischa a pris tout son temps pour nous montrer les merveilles du trésor de Toutankhamon. Je suis content de ne pas avoir trop lu avant de partir. J’apprends ainsi que ce pharaon est mort à 18 ans sans avoir rien réalisé et qu’il doit sa renommée à sa tombe, la seule à avoir été retrouvé non pillée (une photo de la tombe telle que l’a trouvé Carter laisse quand même certains perplexe, mais finalement elle était plutôt mieux rangée que mon bureau…)

Aïscha nous a fait nous arrêter longuement deant Anubis, représenté sous forme canine, une statue criante de vérité. J’y repense car sur le quai d’une gare se promène un chien jaune aux caractéristiques chacalines indéniables…

Je pense que j’y reviendrai, mais il me semble que la fascination des anciens égyptiens pour la mort était surtout une fascination pour la vie. En tout cas, qu’Hator, épouse d’Horus etDSC00049 déesse de l’amour, de l’ivresse et de la danse soit une déesse vache, passe encore. Mais représenter Thoueris, déesse des femmes enceintes sous la forme d’un hippopotame, je trouve ça d’un goût douteux… Peut-être que les égyptiennes enceintes ont plus d’humour que les françaises… Enceinte, Laurence a toujours détesté que je la compare à un hippopotame et quand, à l’instar de Bes, j’ai essayé de faire le clown pendant son accouchement, je me suis fait enguirlander…. Nains ou pas, d’importation ou pas, ils sont quand même privilégiés ces dieux…

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Walk like an Egyptian (2)

3 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

DSC00001.JPG24 octobre

9h05

Coucher 4h30, lever 8h, ça commence bien les vacances... Quelques notes dans le hall de l’hôtel sur la fin de notre nuit avant le départ. Après les rapides formalités d’arrivée, traversée du Caire en bus. Jean Paul, notre accompagnateur nous donne quelques premières indications sur le pays. Des départs de touristes en convoi (mais ça s’est toujours fait ainsi), un couvre feu qui n’empêche pas les gens d’être dehors et de circuler à 4h du matin, un fossé entre catégories sociales et des riches qui désertent de plus en plus Le Caire pour aller s’installer dans des condominions (villes privées, dans le désert). J’espère qu’on verra un peu tout cela.

18h10

Pris dans les bouchons du Caire et ma tête bouillonne presque autant que la ville autour de nous. Tellement de choses depuis ce matin : le musée des antiquités égyptiennes puis les mosquées de Mohamed Ali (non, pas le boxeur) dans la citadelle de Salah Al-Din  et du sultan Hassan. Notre plongée dans l’Egypte pharaonique continuera demain, j’aurai donc l’occasion de revenir sur la foule d’informations que nous donne Aischa et sur les trésors que nous avons vus au musée. C’était une riche idée de commencer par là, après 3 heures de sommeil, nous étions un peu plus frais (un peu moins sonnés serait plus exact) le matin que l’après midi.

A propos des mosquées, je réfère l’art mamelouk du sultan Hassan à la copie de Sainte Sophie qu’est la mosquée de Mohamed Ali. Et puis, pour moi qui venait l’estomac un peu noué d’appréhension, c’est bien de voir ce muezzin très heureux de nous faire entendre ce que donne l’écho de sa voix dans les voûtes de la mosquée Hassan et de nous dire quelques mots en français, de le voir aussi aider gentiment une jeune maman à calmer son bébé. Bien sûr, il ne s’agit pas d’occulter les difficultés rencontrées par les coptes ni de banaliser les quelques niqab que nous voyons. Simplement de se rappeler qu’il y autre chose… Qu’au-delà de ce que nous montre le prisme des médias, il y a des hommes et des femmes qui veulent vivre en paix ensembles…

A propos du voile : nous avons vu quelques niqab et j’ai l’impression que toutes les égyptiennes sont voilées (avec quand même beaucoup de vDSC00014.JPGariété de taille et de couleur (même certain niqab sont richement brodés). Et si vraiment le voile est une négation de la femme, eh bien les couleurs vives, les maquillages, les talons plates-formes qui accompagnent souvent ce voile me rassurent : la femme ne se laissera pas nier comme ça (NB : non, je ne crois pas que le maquillage et les hauts talons soient l’essence de la féminité, je me contente de relever une contradiction qui interdit tout simplisme). D’ailleurs, sur les affiches publicitaires, les femmes ne sont pas voilées…

Ce soir, c’est embarquement en train de nuit pour Assouan.

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Walk like an egyptian (1)

2 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

egypte_nt.gif23 octobre 

18h45

Ca y est. Les formalités d’embarquement sont réglées. Notre groupe de voyageurs pour l’Egypte prend place dans son premier avion. Comme toujours, c’est le moment où commencent à s’estomper les peurs de ces dernières semaines.
Faut dire que ce voyage « Egypte et Bible », c’est quand même un projet de longue date qui a connu pas mal de péripéties : désistement de la paroisse partenaire, puis, quelques semaines avant le départ prévu embrasement de la place Tahrir et report du voyage : le printemps arabe n’est pas la meilleure saison pour voyager.... Un report, ça veut dire six mois de délai, des amis qui doivent renoncer (saleté de crabe), un enthousiasme qui s’essouffle.

Et puis, à deux semaines avant le nouveau départ, massacre des coptes (en plus, pour la petite histoire, la même semaine notre opérateur nous annonce qu’il a perdu les photocopies de nos passeport, ambiance…)

Mais cette fois, ça y est, nous quittons Paris en direction d’Amsterdam (ben oui, ça aurait été dommage de prendre le chemin le plus direct…)

22h10

Après une course à travers l’aéroport d’Amsterdam et la découverte des détecteurs de métaux hollandais (plus sensibles que leurs homologues français), nous volons vers Le Caire.

Un petit mot sur notre groupe :

Des paroissiens : Hélène et André, Geneviève et André, Yvette, Michèle, Elisabeth, Fabienne, France, Uschi

Des djeunz : Sophie (fille de Fabienne), Yaël, Madian et Amos

Des catholiques d’Evreux : Max et Geneviève qui n’ont pas eu peur de se mêler à notre horde de parpaillots

Des pièces jointes : Jean Claude et Nelly (la sœur d’Hélène), Louis et Mireille (les parents de Fabienne), mes parents à moi (quatre catholiques, notre groupe devient œcuménique)

Plus Laurence et moi.

UN groupe assez hétéroclite mais vis-à-vis duquel je suis plutôt confiant. Seule appréhension supplémentaire, vais-je réussir à être (dans le désordre) pasteur, toutriste, père, époux et fils en même temps pendant 10 jours. On va voir…

1h20

J’empiète un peu sur le 24 mais à mon avis la journée sera longue… Une heure et demie de mauvais sommeil (entouré de bébés et de gens qui font la queue pour les toilettes) après un repas en avion. Petit détour par la gastronomie hollandaise. C’est quand même bizarre de remplacer la viande hachée par de la macédoine de légume dans le hachis Parmentier (macédoine Parmentier ?). Quat aux asperges rémoulades, c’est… surprenant.
Oui, je sais, juger la gastronomie d’un pays à travers les plateaux d’avion, c’est pas très sympa… Mais en fait, je plaisante, j’adore les repas en avion. Il paraît qu’ils nous gavent pour nous destresser. Dans mon cas, ça marche très bien.

Peu de chance en tout cas que je reprenne le stylo avant demain...

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Ta foi t'a sauvé

23 Octobre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 23 octobre 2011

Luc XVII 11-19

 

Alors que Jésus fait route vers Jérusalem, alors qu'il passe entre la Galilée et la Samarie, 10 lépreux le rencontrent. C'est une formule un peu étrange... Alors que Jésus allait vers Jérusalem, il rencontra dix lépreux. Mais non, le texte nous dit bien : 10 lépreux le rencontrèrent. Et il précise ou se fait la rencontre : à l'entrée d'un village, entre la Galilée et Samarie. C'est à dire dans un lieu guère fréquentable, une zone interlope entre une région méprisée (que peut-il sortir de bon de Galilée ?) et un pays détesté (la Samarie). Et des lépreux, c'est à dire des hommes brisés dans leur relation à Dieu et aux autres, brisés même dans leur relation à eux mêmes, profitent du passage de Jésus dans cette zone grise pour l'appeler : maître, aie pitié de nous. 

Le texte nous apprendra que parmi ces lépreux, il y à au moins un étranger. Je vois dans ces lépreux une figure de l'humanité. Notre humanité abimée dans son rapport avec Dieu et avec les autres, tellement abimée que parfois, elle n'ose plus se regarder en face. Notre humanité qui crie vers tout sauveur qui semble passer à sa portée.

Oui, nous pouvons bien reconnaître notre humanité dans ce groupe de lépreux qui crie vers Jésus. 

Mais cette comparaison a de quoi nous inquiéter. En effet, nous savons qu'à seulement un dixième de ce groupe cette parole est adressée : Ta foi t'a sauvé


Mais avant de nous inquiéter, peut-être devrions nous profiter de l'aubaine. Nous savons que Jésus affirme à plusieurs reprises "Ta foi t'a sauvé". Mais cette affirmation est difficile à comprendre. Est-ce ma foi, ou est-ce Jésus qui me sauve ? Et puis la foi, qu'est ce que c'est ? Et sauvé de quoi ? Et voilà que là, nous retrouvons cette affirmation dans un contexte qui nous permet de comparer celui que sa foi a sauvé et les autres.

En effet, je pense que nous pouvons partir du principe que cette phrase s'adresse au seul lépreux samaritain à l'exclusion des autres. Alors pour comprendre ce qu'est la foi, nous pouvons voir ce qu'il a manifesté et que n'ont pas manifesté les autres. Et pour comprendre de quel salut Jésus lui parle, nous pouvons voir ce qui lui a été accordé et pas aux autres.

Qu'est ce que la foi ?

Ils élevèrent la voix pour lui dire "maître...". Ce "maître" qu'on retrouve généralement plutôt dans la bouche des disciples, c'est epistatos, celui qui se tient au dessus. C'est un titre qui, dans Luc, est supérieur à celui de didskalos, l'enseignant, que l'on traduit aussi par maître. Les 10 lépreux reconnaissent bien Jésus dans sa supériorité. Ce n'est donc pas cela qui distingue le samaritain des autres. La foi, ce n'est pas reconnaître Jésus comme le maître, celui qui se tient au dessus.

Jésus leur dit "Allez vous montrer au prêtre". Or pendant qu'ils y allaient... De cette obéissance, nous pouvons tirer deux enseignements. Tout d'abord, aucun ne pose de questions, aucun ne remet en cause la puissance de Jésus, aucun ne s'exclame "mais qu'est ce que tu nous chantes ?" La foi, ce n’est donc pas avoir confiance en Jésus.

Ensuite, tous obéissent à Jésus, font précisément la seule chose qu’il a demandée : ils vont voir le grand prêtre. Tous. La foi, ce n’est donc pas obéir à Jésus.

Alors qu’est ce qui distingue le lépreux samaritain ? Il manifeste une reconnaissance. Dans sa guérison, il ne voit pas un heureux hasard, un coup de chance, il ne voit même pas l’action d’un guérisseur plus doué que les autres : ce n’est pas de Jésus qu’il chante la louange, c’est de Dieu.

La foi, c’est reconnaître la main de Dieu derrière tout ce qui nous arrive de bon. Que cela soit prodigieux ou non. On dit parfois qu’il faut que le mal existe pour que le bien existe. Je n’y crois pas une seconde. Bien sûr le mal nous fait prendre conscience du bien : la maladie nous fait prendre conscience de la santé, les problèmes nous font prendre conscience de la facilité mais c’est justement parce que nous manquons de reconnaissance.. Parce que nous ne savons pas voir le bien quand il est là. Parce que nous manquons de foi.

Nous ne nous apercevons même pas que si le malheur nous affecte et nous scandalise à ce point, c’est bien parce qu’il n’est pas normal ! Notre scandale face au mal dit bien que notre vie est bonne

La foi ne dispense pas de voir le mal, elle ne le rend même pas moins virulent, mais elle nous fait aussi être reconnaissant du bien (dans les deux sens du terme reconnaissant : voir et dire merci)

 

Mais si la foi est la reconnaissance, cela signifie-t-il que Dieu nous sauve à condition que nous soyons reconnaissant ? Ce serait assez étrange, convenons-en…

Alors, même exercice que pour la foi, voyons donc quel salut est annoncé à ce lépreux samaritain, quel salut le distingue des autres.

« Jésus, maître, aie pitié de nous » les voyant, Jésus leur dit… Jésus voit bien tous les lépreux. Être sauvé, ce n’est donc pas être entendu par Jésus, ni être pris en pitié par lui.

Dans ce texte, si Luc parle bien sûr d’une guérison physique, il nous dit que le lépreux samaritain a vu qu’il était guéri. Et vraisemblablement, il n’est pas le seul (le salut ne consiste donc pas dans la guérison de la maladie). Mais Luc parle aussi de théologie et désigne la maladie de lèpre dans sa signification théologique et symbolique « Pendant qu’ils y allaient, ils furent purifiés » « Tous n’ont-ils pas été purifiés ?». Purifié, c'est-à-dire rétabli dans la bonne relation à Dieu, on pourrait dire, réconcilié avec Dieu. Le salut dont Jésus parle au lépreux samaritain ne consiste donc pas à être réconcilié avec Dieu puisque cette réconciliation elle a lieu pour tous les dix.

Alors quel est ce salut dont Jésus parle ? Quel est ce salut spécifique au lépreux samaritain ?

Je crois qu’il est dans ce « Il glorifiait Dieu à grande voix ». Nous avons rencontré les lépreux en train d’élever la voix vers Jésus, nous retrouvons le samaritain avec une voix qu’il n’a plus besoin de forcer, mais qui est forte par elle-même. Nous avons rencontré les lépreux en train de demander, nous retrouvons le samaritain en train d’affirmer.

Le salut du Samaritain se vit dans l’immédiat : c’est sa foi même. Le samaritain reconnaît que le bien vient de Dieu. Plutôt la maladie, plutôt que les coups du sort, plutôt que la peur, le samaritain, lui, voit le bien accomplit par Dieu. Et voir le bien malgré le mal, c’est déjà une victoire sur le mal. Sa foi l’a sauvé. Non pas de la maladie, non pas de la malédiction (ce salut là, c’est Jésus qui l’a opéré) mais d’une vie de peur ou de résignation. La seule chose que le samaritain aie de plus que les autres guéris, c’est qu’il sait que Dieu veut et fait le bien.

Et c’est bien cela qui le relève.

 

Bien sûr, certains me diront qu’il n’est pas toujours facile d’être reconnaissant. Ne serait-ce que parce que nous reconnaissons souvent le bonheur qu’au bruit qu’il fait quand il s’en va. Mais ce matin, je voudrais, pour finir, vous indiquer un motif de reconnaissance.

Quand nous entendons ce récit, nous nous posons souvent du point de vue de Jésus : un sur dix, ce n’est pas beaucoup. Mais prenons les choses sous un autre angle, sous notre angle à nous qui sommes si souvent ingrats. Neuf ingrats ont été entendus, guéris, purifiés.

J’espère que j’arrive à un dixième de reconnaissance pour tout ce que Dieu me donne, je n’en suis pas sûr. Mais ce matin, j’entends que mes 90% d’ingratitude, d’oubli n’empêchent pas Dieu de m’entendre, de me guérir et de me purifier. Et pour cela, je ne puis dire que : Merci.

 

Amen

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Dure du dehors, douce au-dedans

16 Octobre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Ezechiel-III-003.jpgPrédication du dimanche 16 octobre 2011

Culte inter-génération

Ezechiel II, 8 à III, 4

 

Vous savez, quand je vais chez quelqu’un, il y a quelque chose qui m’attire comme un aimant. On est tous un peu comme ça, chez certain, c’est le jardin, ou la décoration intérieure, d’autres ce sera la table, l’apéritif ou le goûter, d’autres encore fonceront sur la console de jeu ou le premier gadget hi-tech qu’ils verront. Moi, c’est la bibliothèque. A tel point que Laurence est des fois obligée de me taper sur les doigts. En fait, si mes parents ne m’avaient pas élevé un minimum, je crois que j’en serais encore à attraper un livre pour aller le lire dans un coin.

Or, une fois que j’étais en visite et que je profitais de ce que la maîtresse de maison était allé chercher du café pour examiner la bibliothèque, j’ai entendu un bruit. La maison était trop bien tenue pour que ce soit une souris. Peut-être une araignée, mais vu le bruit, elle devait être énorme. En me penchant un peu, pour voir, j’ai mieux entendu le bruit, c’était des sanglots. Quelqu’un pleurait là, dans la bibliothèque. Je me suis approché encore et là, j’ai vu ce qui pleurait.

C’était une vieille bible. Très jolie, reliure cuir et dorée sur tranche, une de ces bibles qu’on offre aux mariages ou au communion. Et c’est elle qui pleurait. Alors, je lui ai demandé

 

« Mais pourquoi pleures-tu ? Tu es en excellent état. Pas une déchirure, pas un coin corné, tu es comme neuve »

« Justement, c’est pour cela que je pleure, ça fait cinquante ans que je suis ici, et je n’ai jamais servi . L’annuaire, lui il sert tous les jours, le dictionnaire, au moins une fois par semaine, le gros livre de recettes, une fois par mois. Les romans ont tous été lu une fois par mois et même les recueils de poésie sortent de temps en temps. Moi, jamais. »

Là, je lui ai fait remarquer « Tu ne fais pas beaucoup d’efforts, non plus. Regarde toi, tu es écrite tout petit, très serré, ça ne donne pas beaucoup envie de te lire…

« C’est vrai  mais c’est parce que j’ai tant de chose à dire. C’est pour ça que je suis écrite serré et petit, quand je ne veux pas prendre trop de place.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre : Parlons en de ce que tu as à dire : des récits de guerre, des malédictions, des textes de lois, de la morale, et de la morale inapplicable en plus. Si c’est pour nous dire qu’il faut aimer nos ennemis et pardonner à ceux qui nous font du mal, on n’a pas envie, on n’y arrive pas, de toute façon. Tu te plains qu’on ne te lit pas mais tu n’as pas l’utilité d’un dictionnaire, et tu n’offres pas l’évasion d’un roman, alors…

Et la petite Bible a repris :  « C’est vrai que de loin, je peux paraître dure. C’est vrai que tant que mon message vous est extérieur, il vous paraît insupportable. Mais c’est parce que je ne vous offre pas une évasion factice mais une libération. Je n’ai pas l’utilité neutre d’un dictionnaire parce que je vous parle de vous, de vous tels que vous êtes. Et c’est bien pour ça que mon message vous paraît si douloureux.

Mais si seulement, vous le laissiez entrer en vous, si seulement vous le laissiez devenir vôtre ce message, vous savoureriez sa douceur. Non seulement il vous nourrirait mais vous vous apercevriez qu’il est agréable. Oui, il est agréable de pardonner. Oui, il est délicieux d’aimer même son ennemi. Oui, il est doux comme le miel de se reconnaître aimé alors même qu’on ne mérite pas cet amour. Alors, absorbez ce message au lieu de le repousser , laissez le couler en vous, laisser le vous remplir les entrailles, laissez le vous nourrir…

 

Et pour terminer, je dois bien dire qu’elle s’est adressée directement à moi, à nous : « Et vous, les chrétiens,  vous qui vous remplissez de ce message, pourquoi ne le partagez vous pas plus ? Pourquoi ne montrez vous à quel point cette nourriture est succulente. Auriez vous peur d’avoir une moins grosse part du gâteau ? Croyez vous que la Parole pourrait venir à manquer si vous la partagiez ? Puisque vous avez bien mangé, allez donc vous dépenser ! Allez donc partager cette saveur avec ceux qui vous entourent ! Dans vos mots, par vos gestes, par votre vie, montrez donc que vous êtes nourris, rassasiés, fortifiés ! Par votre joie, par votre espérance, par votre amour, montrez donc que cette nourriture est délicieuse !

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Troy Davis

28 Septembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

 

troy-davis.jpgTroy Davis est mort et son exécution me fait hésiter à poster cette note : je n'aime pas transformer un homme en étendard. On me pardonnera cependant de partager mon amertume. Voici ce que j'étais en train d'écrire ces jours-ci.

Je me demande combien de partisans de la peine de mort se mobilisent pour empêcher l'exécution de Troy Davis. Ils devraient être nombreux. Ils devraient se ruer en nombre aux manifestations de la dernière chance. En tout cas, si j'étais des leurs, c'est ce que je ferais. 
En effet, pour les opposants à la peine de mort, la culpabilité ou l'innocence de Davis ne change pas grand chose. Notre conviction profonde et qu'il est inutile et vain de tuer le coupable et que la peine de mort donne à la justice le goût nauséabond de la vengeance.L'exécution de Lawrence Brewer me révolte autant que celle de Troy Davis (N.B : je parle de leurs exécutions, pas de leurs condamnations)
Mais pour les partisans de la peine capitale, cette question de l'innocence ou de la culpabilité est cruciale. Bien sûr, je ne parle pas des excités pour qui l' échafaud est la solution à la surpopulation des prisons, mais bien des partisans raisonnés, de ceux qui estiment que lorsque le crime est barbare, lorsque la culpabilité ne fait aucun doute, alors la peine de mort est envisageable. Ceux là doivent se mobiliser en foules pour empêcher une exécution qui prouverait que même dans un pays libre, un homme peut être condamné à mort sans que sa culpabilité soit prouvée, pour des raisons politiques, pour montrer la fermeté et la détermination d'un gouverneur. Oui, j'imagine que face à cette menace, les partisans raisonnés de la peine de mort sont aux côtés des abolitionnistes, pour des raisons aussi bien humaines que politiques...

À présent Troy Davis est mort, et son visage apparaît sur tous mes réseaux. Alors qu'il aurait dû vivre, sans que je sache jamais qui il était... Troy Davis est mort et je ne sais pas si les partisans de la peine de mort verront là une babure ou se convaincront de sa culpabilité. Moi,  il me reste à prier pour sa famille, pour ceux qui se sont battus pour empêcher cette exécution afin qu'ils ne désespérent pas. Pour la famille de Mark McPhail également car cette exécution ne leur apportera pas la paix. Seul le Dieu d'amour et de pardon peut les faire sortir de l'enfer de l'amertume et du désir de vengeance.
Prier également, pour que l'être humain s'aperçoive un jour que la peine de mort n'est qu'une des expressions de la violence et qu'elle ne résoud rien.
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Entre vous et Dieu

20 Septembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

sevigne.jpgJe vous aime et vous embrasse, et voudrais bien que mon cœur fut pour Dieu comme il est pour vous.
C'est ainsi que Madame de Sévigné salue sa fille, Madame de Grignan (lettre 50). Et cette formule me va droit au coeur. En effet, la famille et les amis tiennent une place immense dans ma vie, et se confondent souvent, je suis quelqu'un du clan, et d'un clan en expansion, plus que de la cellule), et ils sont nombreux ceux à qui j'aimerais dire : "je voudrais que mon cœur fut pour Dieu comme il est pour vous ".
Mais au-delà de la beauté de la phrase, ce qui me touche, c'est sa pertinence théologique. Madame de Sévigné prend très au sérieux l'avertissement de Jésus quant à la famille : Celui qui me préfère père ou mère n’est pas digne de moi, celui qui me préfère fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi (Mt X, 37)
Bien sûr que nos familles, nos clans, nos cercles quels qu'ils soient occupent souvent dans nos coeurs, dans nos pensées une place plus importante que celle que nous accordons à Dieu.
Mais si elle n'édulcore pas du tout cette réalité, sans émousser l'affirmation de Jésus, si elle ne cherche pas des justifications du type "mais quand j'aime les miens, c'est la volonté de Dieu que j'accomplis" (alors que la volonté de Dieu s'accomplit précisément quand j'aime au-delà de ceux que je reconnais pour mien), Madame de Sévigné ne tombe pas non plus dans la culpabilisation, ni dans le rejet des siens, sa phrase est bien une déclaration d'amour, d'un amour dont elle ne s'excuse pas, un amour qu'elle ne veut pas voir diminuer. Mais à cette déclaration se mêle un aveu : cet amour, cette importance, ce poids, je ne le donne pas à celui qui en est le plus digne. Et à cet aveu, se mêle une prière : "je voudrais". J'y vois nécessairement une prière car je ne crois pas que nous puisions l'amour en nous-mêmes, nous ne transformons pas notre cœur pour qu'il soit pour Dieu, c'est lui qui le saisit.
On me pardonnera de terminer cette note sur un message personnel : vous, famille proche et lointaine, vous mes amis, vous tous que j'appelle mon clan, sachez que j'aimerais avoir pour Dieu, cette tendresse, cette admiration, cette reconnaissance que j'ai pour vous.

Madame de Sévigné. Lettres. Gamard Flammarion

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