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Persécution et dialogue interreligieux

13 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

L'attentat  contre une église d'Irak est un choc, mais pas vraiment une surprise. Depuis un certain temps déjà, les annonces se succèdent sur les réseaux chrétiens, nous informant de situations dramatiques. Dans plusieurs pays musulmans, les chrétiens sont persécutés, à force de vexations ou de brimades voire d’arrestation et d’exécution, par les autorités ou par des groupuscules. Il ne s'agit pas de situations nouvelles mais plutôt d'une prise de conscience (Authueil parle de buzz, c’est sans doute vrai mais cela n’empêche pas la réalité des faits)
Je me fais le relais de ces informations et cela me fait mal. D'abord parce que ces situations ne devraient pas exister, parce que nul ne devrait, au XXI° siècle, être inquiété voire tué à cause de sa foi. Ensuite parce que je sais bien que ces informations sont très largement reprises par les fauteurs de haine, nostalgiques des croisades, ou rêveurs d'un choc de civilisations.
Pourtant, si je me refuse à une généralisation excessive, si je sais bien que là encore, la religion est instrumentalisée à des fins politiques, que les facteurs historiques et géopolitiques sont nombreux, je ne suis plus non  plus assez naïf pour ne voir dans ses tragédies que les agissements d'une minorité de fanatiques.

Le problème me semble plus profondément lié à une forte revendication hégémonique, à la négation de la liberté de conscience. Il ne s'agit pas de diaboliser l'Islam, ni d'oublier que ces tentations n'épargnent pas le christianisme (notre histoire le prouve et ces tentations n'appartiennent pas seulement au passé). Il ne s'agit pas de refuser tout dialogue et de ne voir la rencontre possible que dans le fracas des armes.

Mais aucune discussion honnête ne sera jamais possible si nous ne pouvons poser aux  musulmans que nous rencontrons dans nos échanges interreligieux, la question de la situation des non-musulmans en terre d'Islam, la question de la liberté de quitter l'Islam et la question de l'adéquation entre les réponses et les faits.

Je ne crois pas que l'Islam soit, plus que le christianisme, condamné à la violence, mais je crois que, comme le christianisme, il ne pourra se guérir de cette maladie que par l'autocritique.
Je ne me sens pas le droit de décréter que la violence est constitutive de l'Islam mais je crois et je veux avoir le droit de poser la question.

 

PS  : après un échange avec mon ami et collègue Gilles Boucomont, une précision me semble s'imposer, ce billet est rédigé sur un point de vue raisonnable et humaniste, comme une base sur le dialogue entre deux religions, le christianisme et l'Islam.

Au regard de ma foi, je ne peux que pleurer pour mes frères et soeurs victimes, prier pour la fin de cette haine et ces violence et proclamer, à cause de Jésus Christ, mon espérance en l'Esprit de Dieu qui nous libère de ce cycle infernal.

Under cover

7 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

archedalliance2.jpgPrédication du dimanche 7 novembre 2010

Exode XXV, 10 à 22

Romains III, 21 à 30

 

Notre lecture de l’Exode nous conduit à présent dans la longue description de la tente de la rencontre, cette préfiguration du Temple. Je ne pense pas que nous nous arrêterons sur tous les éléments qui composent et meublent cette tente.

Mais ce matin, nous allons tout de même nous arrêter sur l’arche, ce coffre appelé, nous dit le texte, à contenir les tables de la loi, ou plutôt nous allons s’arrêter sur son couvercle. En effet, même si nous autres, protestants ne sommes pas très à l’aise avec le mobilier sacré, bien comprendre ce qu’est le couvercle de l’arche est indispensable pour bien comprendre une des affirmations centrales de l’Epître aux Romains.

Ce matin, nous allons voir que Paul compare Jésus au propitiatoire et, en nous penchant sur les fonctions de ce propitiatoire, nous allons comprendre ce que Paul nous dit de Jésus.

 

« C’est lui que Dieu a destiné à servir d’expiation » : selon les traductions vous trouverez « expiation », « victime propitiatoire », « victime », « sacrifice ». En fait, le mot qui est utilisé par Paul, c’est « ilasthrion ». Ilasthrion, c’est le mot qui dans la Septante, la version grecque de l’ancien testament, et chez les auteurs juifs de l’antiquité, traduit le mot hébreux kapporeth, qui ne désigne que le couvercle de l’arche d’alliance et dont la racine veut dire « recouvrir » ou « expier ». C’est pour cela que nos traductions appellent souvent ce couvercle le propitiatoire (ou d’absolutoire).

Si je fais tout ce détour linguistique, c’est pour bien faire comprendre que le juif Paul ne dit pas ici « c’est lui que Dieu a destiné à servir de victime par son sang » ni « c’est lui que Dieu a destiné à servir de sacrifice par son sang» mais « c’est lui que Dieu a destiné à servir de couvercle (ou de couverture) par son sang ». Il y a bien une allusion au sacrifice mais elle n’est pas aussi forte, ni aussi immédiate que les traductions le laissent entendre.

Alors, à quoi sert ce couvercle de l’arche ?

 

Tout d’abord, il est effectivement le lieu précis où, une fois dans l’année, le grand prêtre répand le sang d’un bouc pour l’expiation du peuple d’Israël. Juste un mot sur ce sacrifice, contrairement aux sacrifice païens qui consistaient à nourrir la divinité, ici, il s’agit plutôt de se couvrir. Le sang qui couvre le couvercle de l’arche couvre en fait le peuple, le protégeant contre la colère de Dieu. En fait, c’est le bouc qui trinque. Le sang répandu du bouc évoque le sang de l’agneau répandu sur les portes des hébreux lors de la sortie d’Egypte. Mais nous reviendrons sur le sacrifice.

Ensuite, et vous me pardonnerez cette lapalissade, le couvercle de l’arche, sert à couvrir l’arche, à y enfermer les tables de la loi ; en fait, à masquer aux regards, la révélation de Dieu à son peuple, peut-être dans un geste de préservation du sacré (je peux même vous renvoyer à la scènes de l’ouverture de l’arche par les nazis, dans Les aventuriers de l’arche perdue, scène dans la quelle Spielberg me semble assez théologiquement correct), mais aussi pour que ces tables de la loi ne soient pas seulement un code extérieur de conduite mais deviennent un code intérieur. L’intérêt n’est pas de regarder vers les tables de pierres pour voir ce que nous devons faire mais de le savoir au fond de nous. Quoiqu’il en soit, le couvercle sert bien à couvrir, à cacher.

Mais ce couvercle qui sert à cacher est très visible, il est d’or pur, orné de deux chérubins, il sert aussi à montrer, à signaler. Il est, nous dit le texte, le lieu ou Dieu vient rencontrer Moïse puis le grand-prêtre. Mais le couvercle n’est pas pour autant une idole. En effet, Dieu ne parle pas du propitiatoire, ni des kerubim, il parle d’au-dessus du couvercle. Nous ne sommes donc pas du tout face à ces statues païennes que la divinité était censée venir habiter.

 

Eh bien, Paul nous invite à reprendre ces trois fonctions en les appliquant à Jésus, le Christ.

 

Il est le lieu précis où Dieu vient nous rencontrer. Bien sûr que Dieu est partout, et de tout temps, mais en disant cela, nous disons aussi qu’il n’est nulle part, qu’il n’appartient pas à notre existence puisqu’il est en dehors de l’espace et du temps. Eh bien, en Jésus Christ, Dieu entre dans notre espace et dans notre temps. Jésus Christ est ce lieu où Dieu se révèle à tous. En effet, le propitiatoire n’est plus caché dans le saint des saints, accessible au seul grand prêtre, il est accessible à tous, aux juifs comme aux païens précise, Paul.

Toutefois, tout comme Dieu parle au dessus du propitatoire, le Dieu qui se révèle en Jésus Christ, reste le dieu inconnaissable, bien plus grand que Jésus Christ.

 

Mais si Dieu se révèle en Jésus Christ, on peut aussi dire qu’il se cache en Jésus Christ. En effet, il est encore moins facile de reconnaître Dieu dans l’enfant de la crèche, dans le vagabond nazaréen ou dans le blasphémateur crucifié qu’à travers l’or et les kerubim du propitiatoire. Ce ne sont pas nos raisonnements humains qui peuvent nous permettre de reconnaître Dieu en Jésus Christ mais la foi seule. Or, la foi, pour Paul, n’est pas une œuvre humaine mais un don que Dieu nous fait.

Il est important que nous nous en rappelions car, nous ne cessons de nous poser plein de question, de douter, de ne pas savoir. Si la foi était une adhésion de notre intelligence, alors ces doutes, ces questions montreraient sa fragilité. Mais la foi ne vient pas de nous, elle nous est donnée et bien sûr notre intelligence humaine résiste de toutes ses forces à cette foi. Mais à vous tous qui êtes là ce matin, avec vos doutes, vos questions, avec votre non savoir et votre manque de foi, j’ai le regret de vous le dire, si vous êtes là ce matin, c’est que votre foi est plus forte que votre intelligence. Plus sérieusement, ne laissez jamais vos doutes ou vos incertitudes vous convaincre que vous n’avez pas la foi. Nos questionnements ne sont pas du même ordre que ce cadeau magnifique que Dieu nous fait.

 

Et bien sûr, c’est pour notre pardon que Dieu nous rejoint en Jésus Christ. Jésus est notre couverture, notre abri.

Et voilà le moment, où nous ne pouvons esquiver plus longtemps la notion de sacrifice, puisque si Paul compare Jésus au couvercle de l’arche, il nous précise bien que c’est par son sang, que Jésus est propitiatoire. Nous sommes donc bien dans un registre sacrificiel. Et cela n’a rien de surprenant vu la culture juive de Paul.

Or, si je crois que c’est par sa mort que Jésus nous sauve, je ne lis pas cette mort comme un sacrifice offert à Dieu. Mais je crois que nous pouvons garder un aspect de cette dimension sacrificielle, celui de l’offrande.

Dieu nous donne son pardon, mais il ne nous donne pas quelque chose qui ne lui coûte rien. Dieu ne donne pas son pardon comme on se débarrasse de quelque chose qui nous encombre, ou comme on distribue ce dont on n’a que faire. Cette grâce que Dieu nous donne a, pour lui, un prix, et c’est le prix fort.

Quel meilleur moyen de dire l’amour de Dieu, que de te dire, à toi, mon frère, ma sœur, qui m’écoute, que pour toi, pour te rejoindre, pour te délivrer de tes chaînes, pour t’entraîner à la vie, Dieu a payé le prix fort. Pécheur, perdu(e), plein€ de doute et de question, tu es infiniment précieux aux yeux de Dieu. Voilà la grande affirmation de la lettre aux Romains.

 

Frères et sœurs, en Jésus Christ, Dieu vient à notre rencontre. Il ne s’impose pas à nous mais, tout en laissant libre cours à nos questions, à nos réticences, à nos impossibilités raisonnables, il nous donne de le reconnaître. En Jésus Christ, il nous donne son pardon, un pardon qu’il paye à grand prix. Et ce pardon, c’est notre vie.

 

Amen

Lettre à mon gendre agnostique

30 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

 Pour lui expliquer la foi chrétienne

 

L'expression Institution Chrétienne est un oxymore, une contradiction dans les termes. L'Eglise est à la fois nécessaire et impossible. Il n'y a rien de pire qu'une Eglise sûre d'elle-même et qui n'est pas chaque jour consciente de la contradiction qui la fonde.

A Nouis

 

Je dois avouer qu'en tant que père, je n'ai pas encore la maturité d'Antoine Nouis. Pour le moment, l'idée d'un futur gendre, agnostique ou non, suscite un réflexe qui est plus du type "un coup de boule, une mandale, un coup de latte et lui faire bouffer des clous" que du type"lettre ouverte". Mais Yaël n'a pas encore 10 ans et j'ai le temps de mûrir.

Ceci posé, le livre de Nouis a tout pour me plaire : sur moins de 100 pages, une présentation de la foi chrétienne qui n'est pas une énumération de dogmes mais plutôt une ouverture sur une lecture bien particulière du monde, lecture profondément guidée par l'étude de la Bible.

Bien sûr, je peux débattre avec certains passages de cette lettre ouverte, mais une présentation de la foi chrétienne telle qu'aucun chrétien ne pourrait la discuter me paraîtrait la pire des apostasies.

Quiconque aimerait en savoir plus sur une manière chrétienne de voir le monde devrait lire le courrier de Thomas.

 

Antoine Nouis : Lettre à mon gendre agnostique pour lui expliquer la foi chrétienne. Labor et Fides 2010

Night and day

19 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

knight-and-day-movie-review.jpgVous connaissez sans doute l’histoire de ce cavalier qu, dans la nuit et le brouillard, avait traversé à cheval le lac de Constance gelé. Arrivé sur l’autre rive, il s’effondra de frayeur en apprenant d’où il venait. Telle est la situation de l’homme quand le ciel s’ouvre, que la terre s’éclaire et qu’il nous est donné d’apprendre : « vous êtes sauvés par la grâce ». Nous ressemblons alors à ce cavalier effrayé. Car, n’est ce pas, quand on entend cela, on regarde involontairement en arrière et l’on se demande : où étais-je ? Au-dessus d’un abîme, dans le plus grand danger de mort ! Qu’ai-je fait ? La chose la plus insensée ! Qu’en était-il de moi ? J’étais un homme fini et maintenant sauvé, un rescapé qui n’y comprend rien.

Karl Barth. Prédication du 14 août 1955

 

Tom Cruise m'agace (sans doute ses appartenances religieuses y sont elles pour quelques choses (mais curieusement, Travolta m'agace moins)). En revanche, je suis, comme chaque fois sous le charme de Cameron Diaz... Night and Day reprend un thème assez classique : James Bond rencontre madame Tout-le-monde. Le cahier des charges est respecté : gags, romance et action spectaculaire. Le spectacle est convenu mais plaisant.

Pas vraiment de quoi proposer une relecture théologique, hormis une petite astuce très sympa : des moments clefs  (fuite d'une île en hélicoptère, sous le feu ennemis, évasion d'un hôpital surveillé par les services secrets) se passent complètement hors champ. Quand June ou Roy sont dans les vaps, ils ne vivent leur salut qu'à travers de brefs moments de lucidité, un visage flou, quelques paroles apaisante.

Je crois que nous vivons souvent notre salut de cette façon-là : semi-inconscients. C'est certes très frustrant et vexant : "comment ça, les moments clefs de ma vie échappent à mon contrôle ?" Mais au bout du compte, ça veut dire que ce n'est pas à nous d'échapper par nous même aux bombardements ou de tromper la surveillance des assassins. Et je trouve ça plutôt rassurant...

 

Sans Christ, nos chances de survie sont à 0, avec lui, elles passent à 100, sans lui  0, avec lui 100.(je sais, ça donne mieux à l'écran)

Alors, si on lui laissait les commandes ?

Coupables et non condamnés

16 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 10 octobre 2010

Journée mondiale contre la peine de mort

Genèse IV , 1 à 16

Jean VIII1 1 à 11

 

Les deux textes que nous avons entendus ce matin ont été choisis pour cette journée mondiale contre la peine de mort. Et dan ce contexte, mis ainsi en parallèles, leur point commun saute aux yeux : une intervention sauve un condamné à mort mais ils présentent une différence assez surprenante. Mais avant leur différence et leur ressemblance, je voudrai commencer par évoquer le sort commun à ces deux textes.

 

Ce sort commun, c'est la lecture à côté de la plaque. Toujours, quand on évoque le récit d'Abel et Caïn, commence le procès de Dieu : "Qu'est ce que c'est que ce Dieu qui ose préférer l'offrande d'Abel à celle de Caïn ?!?". Ce qui peut se décliner de manière plus pieuse : "Si l'offrande de Caïn a été refusée, c'est qu'il offrait des fruits pourris". Mais que le procès soit à charge ou à décharge, l'idée reste bien la même : Dieu aurait des comptes à nous rendre de ses choix. On pourrait aussi bien exiger qu'il nous dise pourquoi il a choisi Israël ou Marie... Dieu n'a pas agréé l'offrande de Caïn, la suite du récit  nous montre que cela ne signifie pas qu'il a rejeté Caïn.

Mais arrêtons de faire le procès de Dieu, arrêtons de chercher des circonstances atténuantes à Caïn, Caïn est coupable de fratricide et nous ne comprendrons jamais ce récit si nous ne l'admettons pas.

Dans le récit de la femme adultère, la fausse piste est d'une autre nature. En effet, il est assez rare que nous nous demandions si la femme adultère était battue par son mari ou si elle avait vécu une belle histoire d'amour avant d'être mariée de force. En revanche, nous utilisons très souvent l'épisode de la femme adultère pour condamner la lapidation. La lapidation des femmes pour quelque raison que ce soit est une atrocité qu'il nous faut combattre. Mais il faut bien reconnaître qu'à aucun moment Jésus ne déclare mauvaise la Loi de Moïse. D'ailleurs s'il le faisait, il tomberait dans le piège qui lui est tendu.

Caïn est un meurtrier et selon la loi, la femme adultère doit mourir. Je dresse ce premier constat pour établir clairement de quelle nature est le refus chrétien de la peine de mort. En effet, les premiers arguments qui nous viennent contre la peine de mort, c'est que dans certains pays, certains motifs de condamnation ne méritent pas la peine capitale, et il devient difficile d'établir quels crimes méritent la mort. Il est vrai aussi que la peine de mort rend irréparable toute erreur judiciaire et que le risque de voir tuer un innocent est réel et insoutenable. Du point de vue de la logique, ces arguments sont importants. Mais dans notre foi, ils n'entrent pas en ligne de compte. Ces textes viennent nous dire que la mort du coupable n'est pas plus acceptable que celle de l'innocent.

 

C’est dans leurs différences que nos textes expriment deux oppositions basées sur notre foi.

Jésus sauve la femme adultère avec un argument juridique : « que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre ». C'est-à-dire «pour tuer cette femme au nom de la loi de Moïse, il faut appliquer intégralement la loi de Moïse ». Lapider la femme alors que l’on est soi-même pécheur, impliquerait que l’on se permet de faire un tri dans la loi, de rejeter ce qui nous dérange pour appliquer ce qui nous arrange. Or la Loi de Dieu n’est pas négociable ni morcelable.

Ainsi, Jésus nous rappelle-t-il durement que nous sommes tous sous la condamnation de Dieu, nous sommes tous ce que Dieu rejette. Comment pourrions-nous oser appliquer une sentence qui nous condamne aussi ? Comment pourrions-nous oser prendre la place de celui qui juge.

Paradoxalement, si Jésus rappelle l’argument de la loi contre la peine de mort, l’Ancien Testament, avec l’histoire de Caïn rappelle un tout autre argument. « La sentence est trop lourde pour moi » se plaint Caïn et Dieu entend sa plainte. Si Jésus évoquait la Loi, l’Ancien Testament évoque, quant à lui, la miséricorde. Dieu prend pitié du coupable. Nous lisons souvent l’histoire de Caïn et d’Abel en nous indignant que Dieu rejette « injustement » Caïn et nous voyons qu’alors même que Caïn est coupable, alors même que son rejet serait, à nos yeux, juste, Dieu ne le rejette pas. Caïn peut partir aussi loin de Dieu qu’il le veut, Dieu restera avec lui. Et cela est une merveilleuse nouvelle pour nous tous, qui sommes aussi pécheurs, Dieu ne rejette pas le coupable, Dieu pose une marque sur nous.

Et c’est vrai que j’aime que ce texte casse un peu notre association systématique : l’Ancien testament c’est le légalisme et le Nouveau testament, c’est l’amour et la miséricorde… C’est au nom de la Loi qu’est sauvée la femme adultère, c’est au nom de la miséricorde qu’est épargné Caïn…

 

La Loi et la miséricorde s’opposent à la peine de mort et c’est bien dans la même affirmation. Va et ne pèche plus dit Jésus à la femme adultère, Caïn sera l’ancêtre de ceux qui jouent de la musique. Ce que je veux, dit Dieu, ce n’est pas la mort du méchant mais qu’il se repente et qu’il vive. La peine de mort, c’est l’engrenage de la violence, c’est la logique de la mort. Face à cette logique fatale, Dieu pose une parole de vie.

La peine de mort, c’est la fin de tous les projets, mais Dieu, lui, ouvre une espérance nouvelle.

Va et ne pèche plus, n’est pas une menace, c’est une promesse, la femme adultère est en tout point sauvée de la mort sous toutes ses formes. Sauvée de la lapidation bien sûr mais aussi délivrée de son péché qui est une mort.

 

Voilà frères et sœurs, au nom de quoi nous refusons la peine de mort, au nom d’une loi qui nous interdit de nous prendre pour Dieu, au nom d’un Dieu de miséricorde et plus encore, au nom d’un Dieu qui est un Dieu de vie et de commencement, au nom d’une espérance qui ne veut voir se fermer aucune porte.

Et ce Dieu nous appelle à vivre de la vie qu’il nous donne, à nous délivrer de nos cycles de violence et de peur.

Va mon frère, va ma sœur et ne pèche plus. Ta vie commence aujourd’hui.

 

Amen

Perdre, prendre, donner

19 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

C'est du temps perdu. On peut essayer de se persuader que chaque personne qui lira nos panneaux sera éclairée sur la réalité des camps de rétention administrative, nous savons bien que nos cercles de silence n'améioreront pas le sort de nos frères et soeurs enfermés, et que leur multiplication n'a que peu de chance d'infléchir la politique du gouvernement.
C'est du temps perdu, mais, le monsieur qui vient passer 10 minutes avec nous, faisant patienter ses enfants, en est un beau témoignage, c'est du temps pris, pris sur nos occupations, sur la foultitude de choses que nous avons à faire, pris sur notre confort. Nous prenons ce temps parce que même si nous ne savons pas quoi faire, nous n'acceptons pas cette situation où des hommes, des femmes, des enfants sont emprisonnés pour avoir fui la détresse.
Et parce que nous choisissons de le prendre, ce temps que nous perdons devient un don. Un don futile peut-être, insuffisant sans doute, mais un don et non plus une perte.

Perdre, prendre, donner, ce sont trois verbes de riches. Seul le riche peut se permettre de perdre et de donner, et seul le riche a le pouvoir de prendre. Participer à un cercle de silence, c'est mesurer que nous sommes riches de notre temps...


Brûler des livres

10 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

autodafe.jpgUn certain nombre de ceux qui avaient exercé les arts magiques, ayant apporté leurs livres, les brûlèrent devant tout le monde: on en estima la valeur à cinquante mille pièces d'argent.   C'est ainsi que la parole du Seigneur croissait en puissance et en force.

Actes XIX, 19-40

Le pasteur Terry Jones appelle à brûler Le Coran demain.

Première réaction, cet appel n'est pas religieux, la date choisie (le 11 septembre) montre bien que ce geste s'inscrit plus dans ce que le pasteur Jones prend pour du patriotisme que dans le domaine de la foi. Bref, c'est une provocation revancharde bien plus qu'un geste chrétien.

N'empêche que Jones est pasteur et qu'en ce qui concerne les bûchers de livres, de  l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie à cet appel d’un pasteur évangélique en passant les différents autodafés, le christianisme a une ardoise chargée.

Aucun de ces feux ne brille d'intelligence mais ils n'ont pas tous la même signification.

Luther brûlant la Bulle d'excommunication papale, les autodafés sont autant de gestes symboliques : il s'agit plus d'affirmer que la pensée de l'auteur ne vaut rien que d'empêcher la diffusion de cette pensée.

L'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie se situe dans un contexte de persécutions anti-païennes. Alors que l'empereur Théodose multiplie les lois contre le paganisme, interdisant entre autre les célébration païennes, et l'accès aux temples païens, une bande de fanatiques chrétiens décident d'aller plus loin et de brûler tout ce qui se rapporte au paganisme (de quoi réfléchir à ce qui se passe quand un gouvernement ostracise tout un pan de sa population).

Le geste de Jones en reste juste à l'insulte : prendre ce qu'il y a de plus sacré pour les musulmans et le détruire pour venger les victimes du 11 septembre. La réaction haineuse d'un crétin de redneck pour qui tous les musulmans sont des terroristes et donc l'ennemi. Just bullshit.

Le problème, c'est que toutes ces bûchers sont associées à Actes XIX, que ce soient par ceux qui les allument ou par ceux qui veulent y voir la preuve que la bibliopyromanie des chrétiens se trouve bien dans leurs textes fondateurs. Or, dans l'épisode d'Ephèse, c'est par une décision libre (pas forcément intelligente mais libre) que les convertis décident de brûler leurs propres livres. On n'est pas dans une scène de Fahrenheit 451, il ne s'agit pas de tuer symboliquement un auteur ni de déclarer la guerre à une communauté, mais plutôt de manifester un changement radical, une libération. Le seul geste que l'on puisse associer à Actes XIX, c'est l'ancien fumeur qui détruit son paquet de cigarettes, ou l'amoureux déçu qui détruit sa correspondance, pas vraiment un geste intelligent, certes mais en aucun cas un geste offensif.

Si le pasteur Jones est assez ignorant de l'Islam pour voir les musulmans comme dis à vis des ennemis, il aurait au moins pu connaître assez la Bible pour savoir que le commandement de Jésus n'est pas "Brûlez leurs livres" mais "aimez et bénissez"

Pasteurs d'encre et de pellicule (1) Le professeur Wittembach

9 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

ours.jpgA travers des pasteurs de fiction, une petite ballade à la rencontre d'images du protestantisme.

Wittembach, le personnage principal de Lokis, une nouvelle de Mérimée, est un pasteur luthérien envoyé en Lituanie afin d'étudier le jmoude en vue d'une traduction de la Bible.
Bon, le personnage est un vrai rabat-joie, j'aimerais écrire que ce n'est là qu'une image d'Epinal mais il y a sans doute une certaine part de vérité derrière cette austérité et cette intransigeance protestante. J'aurais sans doute l'occasion de revenir sur la question quand je l'aurai un peu décantée, mais ce qui m'intéresse chez le professeur Wittembach, c'est son rôle de traducteur (un rôle qui occupe, dans la nouvelle de Mérimée,plus de place que le déroulement de l'action). En effet, on retrouve là un des fondamentaux (mais pas une exclusivité) du protestantisme, la Bible doit être accessible à tous et donc, elle doit être traduite.
Cela va même un peu plus loin : la Bible ne doit pas seulement être accessible à tous, ce qui n'impliquerait qu'une traduction dans les langues principales, elle doit être accessible à chacun, dans sa langue maternelle. Le professeur Wittembach s'applique à une traduction dans une langue qui n'existe même pas à l'écrit, avec toute les difficultés que cela comporte (retranscription, etc.). Et en vue de cette accessibilité la plus parfaite possible, la traduction n'est pas simplement un travail linguistique, le traducteur doit s'imprégner de la culture de la langue, Wittembach ne restera pas dans son cabinet de travail, il devra voyager jusqu'en Lituanie, parler avec les autochtones, entendre leurs légendes. Le traducteur ne fait pas que transmettre, il reçoit aussi.


- Ne pensez vous pas, Monsieur le comte, qu'une traduction des Ecritures dans la langue de ce pays ne soit très désirable ?
- Assurément ; pourtant, si vous voulez bien me permettre une petite observation, je vous dirai que, parmi les gens qui ne savent d'autres langues que jmoude, il n'y en a pas un seul qui sache lire
- Peut-être, mais je demande à votre Excellence la permission de lui faire remarquer que la plus grande des difficultés pour apprendre à lire, c'est le manque de livres. Quand les paysans samogitiens auront un texte imprimé, ils voudront le lire, et ils apprendront à lire. C'est ce qui est arrivé déjà à bien des sauvages..., non que je veuille appliquer cette qualification aux habitants de ce pays... D'ailleurs, ajoutai-je, n'est ce pas une chose déplorable qu'une langue disparaisse sans laisser de tracs ? Depuis une trentaine d'année, le prussien n'est plus qu'une langue morte. La dernière personne qui savait le cornique est morte l'autre jour...
Enfin, dans ce passage savoureux, se lit la relation étroite entre le protestantisme et l'écriture mais aussi la conviction que toute culture mérite d'être préservée. Ainsi, si la Bible doit être transmise, elle ne doit certainement pas l'être comme un vecteur d'uniformatisation. Il n'est pas demandé au lecteur de s'effacer devant le texte, bien au contraire, il est invité à rencontrer le texte.

Je ne sais pas quelles relations Mérimée entretenaient avec le protestantisme, mais je trouve que son personnage de pasteur/traducteur sonne particulièrement juste et relève bien l'intérêt de cette histoire assez convenue d'ours-garou.

 

Prosper Mérimée. Lokis

Esclavage

8 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

esclavage.jpgPrédication du 11 juillet 2010

Exode XXI, 1 à 11

Philémon

Luc XVII, 21

 

Après le décalogue et l'établissement des autels, les premières règles que Dieu donne à son peuple sont un code de l'esclavage… Ce code de l'esclavage va nous conduire à réfléchir sur nos propres comportements vis-à-vis des autres et sur ce qu'est pour nous le christianisme.

 

L'esclave hébreu a des droits. Tout d'abord, il n'est pas esclave à vie, en tout cas pas si son maître ne lui donne pas envie de le devenir. De plus ces droits s'étendent même à la femme esclave ou, appelons un chat un chat, à la concubine.

L'esclave sera libéré au bout de 6 ans, la concubine ne sera pas maltraitée au profit d'une autre, elle ne sera pas revendue à l'étranger… Heureux sort des esclaves hébreux au milieu de cultures bien plus cruelles et barbares ! Merveilleux début d'humanisme chez un peuple encore brut de décoffrage !

 

Sauf qu'en fait, je ne sais pas quel droit s'appliquait aux esclaves chez les voisins d'Israël. Sauf qu'en fait, ces règles résonnent d'abord pour moi comme des constats douloureux

Premier constat : le peuple libéré de l'esclavage continue à avoir des esclaves ; les anciens esclaves continuent à réduire leurs frères et leurs sœurs en esclavage.

Deuxième constat : ces règles ne s'appliquent qu'aux esclaves hébreux, l'esclave étranger est certainement bien moins protégé.

Deux constats décevants certes - on aimerait trouver dans la Bible un grand souffle anti-esclavagiste, on aimerait que le peuple dont Dieu a brisé les chaînes, brise à son tour les chaînes de ses voisins ou qu'au moins, il n'en forge pas de nouvelles - mais deux constats qui viennent nous rappeler que le monde biblique n'est pas le Neverneverland de Peter Pan, ni l'île aux enfants mais bien notre monde et l'humanité biblique n'est pas une humanité idéalisée mais bien notre humanité avec ses préférences nationales et sa constante tentation de s'approprier l'autre, le réduisant au rang d'objet, une humanité tout à fait prête à infliger à d'autres les souffrances qu'elle a elle-même subie.

    Et parce que la Bible ne nous raconte pas une humanité rêvée, parce qu'elle parle du réel, nous pouvons prendre ce qu'elle nous dit au sérieux. Nous ne sommes pas dans le domaine de l'utopie mais bien dans celui de l'applicable. Cette version du code hébreu de l'esclavage (on en trouve d'autre dans la Bible, le droit hébreux n'est pas figé) nous rappelle que celui ou celle que nous avons assujetti reste un être humain, qu'il a des droits et que nous avons envers lui des devoirs.

 

    Bien sûr, c'est très insuffisant et ils ont raison ceux qui montent sur leur grand chevaux pour condamner la Bible comme un livre qui ne condamne pas l'esclavage. Et le Nouveau Testament pas davantage que l'Ancien. Même dans sa lettre à Philémon, adressée au propriétaire chrétien d'un esclave en fuite, Paul ne se livre pas à une grande envolée pour condamner pas l'esclavage comme institution.

    Mais paradoxalement, ceux qui condamnent ce silence de la Bible sont souvent les mêmes qui ne supporteraient pas qu'on établisse une loi parce qu'elle est biblique… Si je le souligne, ce n'est pas pour conspuer une des nombreuses contradictions des athées militants mais plutôt parce qu'en l'occurrence, ils ont raison et nous permettent de comprendre ce silence.

    Si Paul avait écrit à Philémon : "tu dois affranchir Onésyme" on serait tombé dans la théocratie, ce système de gouvernement dans lequel des hommes prétendent imposer des lois de la part de Dieu. Et même si ces lois s'étaient avérées justes et bonnes, Paul aurait réduit la Bonne Nouvelle à un juridisme. On sait bien, en effet qu'une loi ne peut pas d'un  seul coup transformer mentalité et comportement. Si Paul avait statué sur l'esclavage de manière légaliste, il aurait vraisemblablement interdit d'avoir des esclaves chrétiens. Et cela n'aurait pas été plus satisfaisant pour nous que la protection que l'Exode accorde aux esclaves pourvu qu'ils soient hébreux.

Mais plutôt que d'imposer  une règle  à Philémon, Paul préfère lui rappeler cette  Bonne Nouvelle qu'il a reçue. "Regarde Philémon, regarde  Onésyme, ton esclave en fuite. Regarde-le, en Jésus-Christ, il est ton frère. Regarde ton frère et je sais que tu feras ce qui est juste."

 

Paul applique ainsi cette parole de Jésus : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.    On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.  Le Royaume de Dieu, ce n'est pas quand Paul, ou l'Eglise ou la loi ordonne "fais ceci ou celà", le Royaume de Dieu, c'est lorsque Philémon reconnaît Onésyme comme son frère.

 

Frères et soeurs, que Christ nous conduise à son Royaume, qu'il ouvre nos yeux et nous donne de reconnaître en chacun, notre frère ou notre soeur, et d'agir en conséquence.

 

 

Tamara Drew, une confession du péché so British

5 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Tamara-drew.jpgArborant fièrement son nouveau nez, Tamara Drew revient à dans son village natal, un coin paumé de la campagne anglaise. S'ensuit toute une série de péripéties impliquant des écrivains, une rockstar, un chien, des vaches, des sales gosses. C'est féroce et c'est drôle.
Les personnages sont égoïstes, menteurs, revanchards, lâches ou tout simplement stupides, pas un  pour rattraper l'autre. Et pourtant, et c'est là, le génie du film, aucun n'est tout à fait haïssable. Stephen Frears (ou peut-être Simmonds, je n'ai pas lu la bande dessinée) s'amuse en nous dépeignant  une humanité médiocre et pourtant attachante.
J'aimerais que nos confessions du péché soient empreintes du même humour et du même amour. En effet, le but n'est pas de battre notre coulpe, de nous morfondre en culpabilité ou en haine de nous-même, mais simplement de reconnaître ce que nous sommes. La confession du péché serait alors vraiment le moment où nous serions libérés de notre soif de paraître et de notre orgueil