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Tenue sacerdotale

5 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Grand-Pretre.jpgPrédication du dimanche 2 janvier

Exode XXVIII

Hébreux VIII, 1 et 2


Tenues de sportifs ou de personnel soignant, robes pastorales ou de magistrat, uniformes militaires, et tant d'autres..., tous ces vêtements si particuliers qui prêtent à sourire quand on y pense, relèvent bien sûr d'une histoire ou d'une tradition, mais ont aussi une fonction pratique et, parfois, une signification.

La tenue du Grand-Prêtre ne fait pas exception. Cependant, puisque le texte que nous avons entendu ce matin nous renvoie à l'origine de cette tenue, nous passerons la dimension traditionnelle pour nous concentrer sur la fonction et le symbolisme du vêtement qui sont tous les deux significatifs pour nous.


Tu feras des grenades et parmi elles, des clochettes d’or tout autour ; le son des clochettes se fera entendre quand il entrera devant le SEIGNEUR dans le sanctuaire et quand il en sortira : ainsi, il ne mourra pas (v.35) Puis tu feras un fleuron d’or pur, tu y graveras comme on grave un sceau : « Consacré au SEIGNEUR« , Il devra être sur le devant du turban. Il sera sur le front d’Aaron afin qu’il puisse porter les fautes commises envers les choses saintes, (v.
38)  Fais–leur des caleçons de lin pour couvrir leur nudité ; ils iront des reins aux cuisses.  Ils les prendront quand ils entreront dans la tente de la rencontre ou quand ils approcheront de l’autel pour officier dans le sanctuaire, afin de ne pas se charger d’une faute et mourir (v. 43). Les clochettes et le sceau sur le bonnet nous font sourire aujourd'hui et ce n’est pas très sérieux de ma part de commencer l’année en prêchant sur les caleçons sacerdotaux. Mais tous ces accessoires prouvent une chose. N’en déplaise aux amateurs des fastes vestimentaires catholiques ou orthodoxe, n’en déplaise même, dans notre Eglise Réformée aux zélateurs de la robe pastorale (qui n’est pas un vêtement sacerdotal), le rôle de la tenue du Grand Prêtre, n’est pas de se faire beau pour Dieu, ni d’en imposer, ni de conférer à une célébration religieuse la solennité due. La tenue du Grand Prêtre, équivaut plus à la combinaison étanche du physicien nucléaire ou au scaphandre du cosmonaute qu’à la tenue d’apparat d’un roi. En effet, il s’agit bien pour le Grand prêtre de se protéger avant d’entrer dans le Saint des Saints, avant de se retrouver en présence de Dieu.

En effet, il ne s’agit pas de se tenir devant un Jupiter qui exigerait une tenue correcte mais devant une puissance qui va au-delà de tout ce que l’homme pourrait en dire. De fait, pour les hébreux, rien de ce que Dieu ne veut pas, ne peut, tout simplement exister devant lui. Et donc le vêtement du Grand Prêtre sert à le protéger contre une destruction inévitable pour quiconque entre dans le Saint des Saints.

Bien sûr, cette image d’un Dieu qui détruit aussi sûrement et aveuglément que le ferait le noyau d’une centrale nucléaire, n’est plus du tout la nôtre. Mais tout cela nous rappelle deux ou trois choses. Tout d’abord, cela permet de relativiser nos propres tenues cultuelles, puisque nous ne voyons plus Dieu comme cette énergie destructrice, la tenue de protection ne s’impose plus, il serait donc tout à fait ridicule de faire d’un code vestimentaire, une obligation absolue.

Ensuite, même si nous ne le voyons plus comme une puissance aveuglément destructrice, cela nous rappelle que Dieu est Tout Autre, qu’il n’est pas le papa gâteau ni même le Zeus souverain que nous projetons encore trop souvent. Il ne s’agit pas de remplacer une image par une autre mais bien de nous rappeler que Dieu est toujours au-delà. Et comment nous comprendrions nous l’importance de la suite, si nous oubliions que Dieu est toujours celui que l’homme devrait craindre de rencontrer face à face.

En effet, avant même de décrire la consécration des prêtres, l’Exode nous parle de leur tenue. En fait, cela va même plus loin, à l’inverse de notre célèbre dicton, l’habit ne fait pas le moine, la tenue sacerdotale, elle, ne sert pas à signaler le prêtre, elle fait, littéralement le grand prêtre. Ayant présenté ses fils, tu les revêtiras de tuniques, tu les ceindras d’une ceinture–Aaron et ses fils–tu les coifferas de tiares et le sacerdoce leur appartiendra en vertu d’une loi immuable Exode XXIX, 8-9 C’est un peu étrange mais quel meilleur moyen d’affirmer  que même le Grand Prêtre doit s’annoncer avant d’entrer en présence de l’Eternel, qu’il ne peut pas se prévaloir d’un caractère particulier que lui donnerait sa consécration mais qu’il a besoin d’un sceau sur son turban. Enfin, les prêtres ont besoin de masquer leur nudité, c'est-à-dire, dans le symbolisme biblique, leur faiblesse, leur indignité. Bref, la justice du Grand Prêtre, ce qui le rend digne de se tenir devant Dieu et de vivre ne vient pas de lui mais d’une armure extérieure.

Peut-être devrions nous en souvenir après nous être fait beaux pour commencer l’année sous notre meilleur jour, après avoir pris nos bonnes résolutions pour que l’année 2011 nous trouve meilleur que l’année 2010. Pour le peuple hébreu, le peuple de la loi, même le Grand Prêtre ne peut pas se prévaloir de ses propres mérites, de ses propres forces, sa justice ne vient pas de lui-même, elle lui est extérieure et elle le recouvre. Et il en va de même pour nous. Nous sommes revêtu d’une justice qui nous vient d’ailleurs. La lettre aux hébreux nous dit clairement d’où nous vient cette justice : Jésus Christ est notre grand prêtre et il est le plus grand des grands prêtres, c'est-à-dire qu’il habite totalement la fonction. On pourrait dire que Jésus est aussi la tenue du grand prêtre.

 

Et là, il nous faut comprendre la dimension symbolique de la tenue du Grand Prêtre, et notamment ces ornements, les pierres du pectoral, le Oumim et le Toumim.

Avant même d’être celui qui offre des sacrifices, le Grand Prêtre est celui qui fait entrer avec lui tout le peuple de Dieu : il porte sur lui les noms des douze tribus d’Israël, il présente donc le peuple à Dieu. Jésus est notre grand prêtre. C'est-à-dire que lorsque Dieu regarde chacun d’entre nous, c’est Jésus qu’il voit. Voilà donc que face à Dieu, c'est-à-dire dans le lieu où je devrais le plus craindre d’être moi-même, le lieu où je suis inexcusable, indéfendable, le lieu où je ne puis répondre au jugement contre moi par un jugement contre celui qui me juge, devient le lieu où je n’ai pas à me faire beau, à rentrer le ventre, un lieu où je n’ai pas à porter de masque, le seul lieu où je puis être moi-même sans peur d’être jugé. Face à Dieu, aussi indigne que je sois, je n’ai pas à avoir peur de ce que je suis parce que, comme il voit le sceau sur le turban du Grand Prêtre, lorsque Dieu me regarde, c’est Jésus Christ qu’il voit !

Mais cela va encore plus loin, c’est en mémorial que le Grand Prêtre porte Israël devant Dieu. C'est-à-dire que ce n’est pas seulement le peuple qui est mis devant Dieu, mais toute la mémoire du peuple, toute son histoire, tout son passé. Lors de la nouvelle année qui commence, nous avons toujours tendance à faire des bilans, à voir quelles résolutions nous n’avons pas tenues, à tenir le compte de ce que nous a apporté l’année qui vient de se terminer. Eh bien, voici que Jésus porte ton passé, c'est-à-dire qu’il t’en décharge. Tu n’es pas un homme, une femme sans racines, sans histoire, mais tes racines ne t’ancrent plus au sol, ton histoire ne pèse plus sur tes épaules. Un autre les porte pour toi.

Et le Grand Prêtre porte également le Oumim et le Toumim. Si on ne sait pas très bien ce que sont ce Oumim et ce Toumim (entre nous, quand les spécialistes conservent les mots hébreux, c’est qu’ils ne savent comment les traduire), on sait en revanche que Dans la Bible, ce sont des objets de divination. C’est donc aussi l’avenir que porte le Grand Prêtre. En ce 2 janvier où nous nous demandons encore ce que l’année 2011 va nous apporter, voilà que la Bible nous affirme que notre avenir est entre les mains de Jésus Christ. C’est aussi une manière d’être des petits enfants ; en effet, le petit enfant, c’est celui qui s’il se demande ce que sera demain, ne s’inquiète pas vraiment de l’avenir, parce que ce sont ses parents qui ont son avenir entre les mains (c’est d’ailleurs ce qui devient plus dur pour les parents). Mais là, nous sommes invités à prendre confiance : l’année nouvelle et tout notre avenir sont entre les mains de Jésus. Paul traduit cela en affirmant « Rien de ce qui nous est arrivé, rien de ce qui nous arrivera ne peuvent nous séparer de l’amour de Dieu révélé en Jésus Christ ».

 

Mon frère, ma sœur, que notre année commence avec cette certitude, 2011 ne nous arrachera pas à l’amour de Dieu. Et que cette certitude nous rende libres vis-à-vis de nos culpabilités et de nos orgueils, qu’elle nous libère des regrets de notre passé et des angoisses de notre avenir.

 

Amen.

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Un nouvel an en Christ

4 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Traditionnellement, nous marquons le début de l'année par une embrassade, des voeux et des résolutions. Si la Saint Sylvestre n'a rien d'une fête chrétienne, à la lumière de notre foi, ces trois rites peuvent prendre une signification particulière.

 

Ne vous conformez pas à ce monde–ci, mais soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréé et parfait 

Romains XII, 12

Nos résolutions suscitent souvent une bonne dose de scepticisme et de méfiance : combien sont réellement tenues ? Et ne sont-elles pas un énième avatar de l'éternelle tentation des oeuvres ? Prendre de bonnes résolutions, c'est vouloir encore et toujours donner nous même une valeur à notre vie, c'est vouloir, encore et toujours, être juste par nos propres forces. Sans doute.
Mais prendre des résolutions, c'est aussi reconnaître que nous ne sommes pas parfaits, que notre vie a besoin de changements. Prendre des résolutions, c'est refuser de nous résigner à nous-même.
Ne renonçons pas trop vite à nos résolutions mais, pour qu'elles soient plus qu'une vaine tentative d'auto-justification, prenons-les à la lumière de nos voeux.

 

 Soyez bénis du SEIGNEUR, qui fait le ciel et la terre !

Psaume 115, 15

"Bonne année, bonne santé" Nos voeux sont le deuxième passage obligé de ce début d'année. A tel point qu’ils résonnent comme une formule un peu creuse. Pourtant, ils disent quelque chose d'essentiel : le bien que nous espérons pour l'année qui commence ne dépend pas de nous. Il serait donc cohérent, pour nous, chrétiens, de présenter nos voeux de Nouvel-an comme une prière de bénédiction pour ceux que nous aimons et que nous présentons à Dieu, pour nous-mêmes qui avons besoin de la bénédiction de Dieu sur nos projet et nos résolutions et même pour ceux que nous ne parvenons pas à aimer afin que la bise du Nouvel-an annonce l'année qui va suivre.

 

Saluez-vous d'un saint baiser. 

Romains XVI, 16

En effet, nous commençons l'année par un geste qui n'a rien d'anodin. Qu'il soit échangé avec notre conjoint ou un inconnu croisé pour la soirée de la Saint Sylvestre, ce baiser est un geste d'amour et de paix. Il dit la rencontre. Il dit que l'autre nous est précieux et que nous nous ouvrons à lui. Ce baiser qui commence notre année est la préfiguration de tous les gestes qui la peupleront. En ferons-nous le baiser de Judas ? A Dieu ne plaise.


A vous tous, mes frères et mes soeurs, une année de grâce et de bénédiction !

 

(Edito de notre bulletin paroissial)

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Pour toi

25 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Georges_de_la_tour_nativite.jpgPrédication du 25 décembre 2010

Exode XXVII

II Corinthiens XII, 2 à 7

Luc II 1 à 21

 

Nous avons beau l’entendre tous les ans, ce récit de Luc me surprendra toujours autant. : voici le signe (le miracle, donc) qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Je sais bien qu’une mangeoire n’est pas tout à fait le lieu où l’on s’attend à trouver un bébé, mais quand même… Si un ange m’apparaissait et si la Gloire de Dieu me recouvrait et si toute l’armée des cieux s’en mêlait à son tour, je ne sais pas si j’aurais encore besoin de signe. Et même si c’était le cas, je ne vois pas ce qu’un bébé emmailloté dans une mangeoire pourrait y ajouter…

Comment un bébé emmailloté, déposé dans une mangeoire, peut-il être un signe plus important qu’une épiphanie au grand complet avec chœur des anges, vision de la gloire de Dieu et tout le tralala ?

Quand le texte biblique nous semble devenir burlesque, il faut le prendre très au sérieux…

Surtout que là, c’est toute la construction du récit qui souligne cette surprise.

Imaginez ça au cinéma. James Cameron à la réalisation (si, comme moi, vous préférez le rétro, vous pouvez mettre de Cecil B de Miles ou Ray Harryhausen), 3D, effets numériques époustouflants. Un ange apparaît au berger, la gloire de Dieu s’échappe du Temple pour les recouvrir), l’armée céleste se manifeste et tout ça n’est qu’un prélude pour indiquer quelque chose de plus important encore. Nous n’en sommes qu’au pré-générique. Les bergers se mettent en route et on s’attend à en prendre plein les yeux. Et « ils trouvèrent Joseph, Marie et le nouveau-né couché dans la mangeoire » Des jeunes parents et leur bébé. C’est certes très mignon mais on attendait d’avantage et on a un peu l’impression d’un feu d’artifice qui aurait commencé par le bouquet final… D’ailleurs regardez la plupart de nos crèches, regardez de nombreuses représentations de la Nativité : ils sont nombreux à avoir rempli l’espace si dépouillé de Luc. On y met des anges, on y met de la lumière et des dorures, toute la gloire de Dieu, en oubliant que justement, la gloire de Dieu n’est pas là, elle n’est pas sur la crèche, elle est quelque part en rase campagne. Sans doute ont-ils été aussi nombreux à s’être un peu senti frustré par ce récit tout en ellipse : on ne sait même pas quel a été l’échange entre Joseph, Marie et les bergers (les contes et les chants de Noël prenant les bergers pour héros sont nombreux (on y met même un petit tambour rum pum pum pum)…

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que Luc nous fait ce coup-là : de l’annonciation à l’arrivée à Bethléem en passant par la visite à Elisabeth, il s’étend très longuement sur la grossesse de Marie, le suspens monte, on attend quelque chose d’extraordinaire, une naissance absolument titanesque et boum, tout est expédié en un verset : « elle accoucha de son fils premier né, l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Difficile de ne pas penser à une baudruche qui se dégonfle pour ne pas parler d’une montagne qui accoucherait d’une souris. Là encore, c’est ce que beaucoup ont ressenti puisqu’on trouve des récits apocryphe de la naissance de Jésus bien plus extraordinaires, des récits dans lesquels on a enfin l’impression qu’il se passe de grandes choses.

Attention, Luc nous dit bien qu’il se passe grandes choses, il y a bien sûr l’Annonciation… Mais ce matin, je voudrais juste m’arrêter sur un autre événement plus rarement commenté : la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière. En principe, la gloire du Seigneur se manifeste dans le Temple, elle ne se ballade pas, la nuit dans les collines. Luc introduit son témoignage sur Jésus Christ en insistant sur la totale liberté de Dieu.

De plus, quand la gloire de Dieu se manifeste, c’est à des futurs prophètes, c’est pour appeler en mission. Et voilà, qu’il n’est rien demandé à nos bergers. Bien sûr, ils témoigneront pour Joseph et Marie (rappelons nous qu’entre l’Annonciation et la Visitation, cette dernière avait déjà reçu pas mal d’indications), mais rien dans le texte ne nous permet de dire ce qui se passera par la suite. Et poser les bergers comme les premiers témoins de Jésus Christ soulèverait beaucoup de questions quant à la suite de son ministère.

On a parfois voulu voir dans ces bergers, des marginaux, qui préfigureraient tous les laissés pour compte, les infréquentables vers lesquels Jésus se tournera. S’il est vrai que les bergers étaient déconsidérés par les rabbins, il ne faut pourtant pas oublier que dans l’Ecriture, que Luc cite abondamment, l’image du berger est une image positive.

Alors s’ils ne sont pas des marginaux, s’ils ne sont pas des prophètes, ni des témoins futurs, quel rôle jouent ces bergers ?

 

Je crois que la réponse tiens dans un petit mot que l’ange leur répète trois fois et ce petit mot vient aussi éclairer le manque total de spectaculaire de la crèche après la débauche de lumière et de surnaturel que Luc nous a raconté. Ce petit mot, c’est « vous ».

Je viens vous annoncer une bonne nouvelle.

Il vous est né un sauveur.

Voici le signe qui vous est donné.

Bien sûr, il y a une ambiguïté dans ce « vous ». S’agit-il des bergers ou du peuple tout entier ? Bien sûr que la Bonne nouvelle annoncée aux bergers ne leur est pas exclusivement réservée, mais je crois que nous devrions d’abord entendre le « vous » adressé aux bergers comme un « vous » défini plutôt que indéfini, à le prendre en un sens précis plutôt que large.

En effet, très souvent, nous avons tendance à nous présenter comme des dommages collatéraux de la grâce de Dieu. Nous nous disons : « Dieu aime tout le monde, donc il m’aime » C’est sans doute vrai, mais ce n’est pas l’Evangile, ce n’est que de la théologie. La Bonne Nouvelle annoncée aux bergers, ce n’est pas « un sauveur est né pour le peuple et vous faite partie du lot », c’est « Un sauveur vous est né ».

 « Un Sauveur est né pour toi », voilà la Bonne Nouvelle de Noël.

 

Et c’est pour cela que Luc est tellement silencieux en ce qui concerne l’enfant, en racontant tous les événements parallèles à la naissance, il peut poser des jalons, nous donner des explications théologiques mais ce qui se passe dans la rencontre avec cet enfant, c’est un bouleversement à la fois trop grand et trop personnel pour plaquer des mots génériques dessus. Chacun peut essayer de parler, avec ses propres mots, ses propres images de sa rencontre avec le Christ, c’est ce que Paul fera « était-ce dans son corps, était-ce hors de son corps » mais nul ne peut raconter la rencontre type avec Jésus le Christ.

Un sauveur est né pour toi.

Mon fils me suggérait de comparer Dieu et l’univers dans une prédication. Et bien voilà le message de Noël, le Dieu plus grand que l’univers est venu dans la fragilité d’un bébé, dans la précarité d’une naissance, il a été emmailloté et posé dans de la paille pour toi.

C’est tellement énorme que nous avons bien du mal à y croire. Mais qu’importe. Nos doutes, nos refus ne nous disqualifient pas. Regardez Marie, un ange l’a visitée, elle s’est retrouvée enceinte tout en étant vierge, sa cousine lui a annoncé qu’elle était la mère du Seigneur et maintenant des bergers viennent lui dire que l’armée céleste toute entière est venue leur annoncer la naissance de son fils. Et elle continue à chercher le sens de tous ces événements. Si nous nous en tenions à la théologie, nous nous dirions « mais elle est stupide ou elle fait exprès ? » Mais si nous recevons Marie comme une première figure de disciple, de croyante, nous y trouvons la stupéfaction émerveillée de la foi, la réception de cette nouvelle qui nous dépassera toujours. Il est né pour toi un Sauveur.

 

Mon frère, ma sœur, quelles que soient tes questions, quels que soient tes doutes, quelles que soient ta rencontre avec l’enfant de la crèche, que cette bonne nouvelle te fasse bondir de joie ce matin. Un Sauveur est né. Pour toi.

 

Amen

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Comme dans un tableau de Bruegel l'ancien

24 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

109797995.Hq0XCSEi.Pbase_MG_8994DXO5ret.jpgAu milieu de la foule de Bethléem, Joseph et Marie passaient sans doute complètement inaperçus.

Comme dans le Dénombrement de Bruegel l’ancien, le sens que les chrétiens donnent à Noël n’occupe qu’une toute petite place au milieu de la frénésie des fêtes hivernales. Mais, comme dans le tableau, Joseph et Marie sont bien là, présents au cour de toute cette agitation et l’enfant à venir l’est aussi, plus masqué encore. Et c’est cette présence au cœur de notre agitation qui donne tout son sens au tableau.

 

A tous, de belles et bonnes fêtes de Noël !

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Menorah

9 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

chandelier-a-7-branche.JPGPrédication du dimanche 05 décembre 2010

Exode XXV, 31 à 40

I Corinthiens III 16-17

Matthieu V 1 à 16

 

Avec la description du mobilier du sanctuaire, notre parcours du livre de l’Exode nous plonge à présent dans ce lieu « mis à part » (c’est la signification de sanctifié) ; le lieu qui, dans la Tente de la rencontre, puis dans le Temple, est coupé du reste, plongé dans une obscurité totale. Et c’est dans cette obscurité que brille, en permanence, le candélabre, en hébreux : la ménorah : « là d’où provient la lumière ».

Et ce symbole du candélabre va nous permettre de comprendre toute la portée de l’affirmation de Paul : vous êtes le temple de Dieu. En effet, en gardant cette phrase en tête, nous comprendrons tout ce que nous dit la Menorah.

 

Vous êtes le temple de Dieu. Paul affirme ainsi que c’est à présent dans l’Eglise que Dieu rencontre le monde. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une Eglise en particulier, ce n’est pas l’Eglise catholique romaine, ce n’est pas non plus notre Eglise réformée de France, ni le protestantisme, ni même le rassemblement de toutes ces Eglises, ni aucune institution humaine. Mais ce n’est pas non plus une Eglise idéalisée et, en fait, inexistante. C’est le rassemblement de tous les hommes et les femmes que Dieu appelle à lui, des hommes et des femmes au nombre duquel nous sommes, imparfaits, pleins de révolte, pleins de doutes, mais pourtant sanctifiés, mis à part, choisis pour être le lieu où Dieu rencontre le monde. Vous êtes le temple de Dieu. Déclaration incroyable pour nous tous et réfléchir sur la Menorah va nous la rendre encore plus folle encore.

 

Une lumière brille en permanence au cœur des ténèbres, c’est un symbole évident. Peut-être trop évident même, un peu galvaudé. « Oui, tout va mal, mais il y a encore un espoir, il y a toujours une lumière qui brille dans les ténèbres. » C’est beau, c’est sans doute souvent vrai, mais c’est tellement facile à dire.

Mais ici, il ne s’agit pas de cela, il ne s’agit pas d’une petite flamme qui brille dans les ténèbres. Le chandelier a 7 branches, sept, c'est-à-dire un cycle complet, sept, c'est-à-dire tout. C’est TOUTE la lumière qui brille au cœur du sanctuaire. C’est à la fois merveilleux, incroyable et  vertigineux.

C’est merveilleux, parce qu’alors même que nous nous sentons perdus, alors même qu’une toute petite lueur nous paraîtrait déjà immense, c’est TOUTE la lumière qui vient à nous.

Mais c’est incroyable parce que, si nous sommes près à admettre que malgré les ténèbres, brille encore une faible lueur d’espoir, qu’il y a des traces de l’action de Dieu dans notre monde, dans notre temps, comment, en revanche, pourrions-nous avaler que c’est TOUTE la lumière qui est présente dans nos ténèbres ? Dans cette Eglise qu’il met à part, qu’il suscite, Dieu se rend tout entier présent au monde et c’est dans notre obscurité, dans notre faiblesse, dans notre révolte même qu’il est présent.

C’est vertigineux car cela signifie que nous n’avons pas d’autres lumières à aller chercher, à espérer que cette bonne nouvelle de Jésus Christ, cette affirmation de la présence de Dieu. C’est d’abord notre fausse modestie qui s’insurge : « comment pourrions nous prétendre que Dieu tout entier réside en nous ? Quelle horreur ! » C’est oublier que cette présence de Dieu en nous ne dépend absolument pas de nous, qu’elle n’est certainement pas due à nos mérites et qu’elle ne nous confère aucune supériorité. 

Et puis, agir vraiment en conséquence, signifierait, pour nos Eglises, arrêter de chercher d’autres lumières, ne pas céder à la tentation constante de nous appuyer sur notre raison, sur notre communication, sur la mode ou sur le refus de notre raison, de la communication et de la mode (car nos refus sont souvent aussi une manière de nous appuyer sur nous-mêmes…). En effet, cela nous paraît tellement impossible d’annoncer que le Dieu Tout Autre prend partie pour nous, tellement impossible d’annoncer face à toute la souffrance, que la vie a déjà triomphé, tellement impossible d’espérer être crus en proclamant un tombeau vide. Et pourtant, c’est la seule arme que Dieu nous donne. Comment n’aurions nous pas le vertige ? Dieu nous invite à ne compter que sur sa présence (juste la présence de Dieu, rien que ça), que nous avons tant de mal à discerner, pour la tâche immense à laquelle il nous convie.

Car cette présence de Dieu dans nos ténèbres est un appel et même plus qu’un appel.

 

         Nous avons évoqué la lumière, parlons maintenant de l’objet en lui-même. La menorah est dessinée comme un arbre et pas n’importe quel arbre : par ses fleurs et ses fruits, c’est un amandiers. Or dans la Bible, l’amandier, à cause de sa précocité, est le symbole du guetteur, du veilleur.

C’est à la veille que la présence de Dieu nous invite. Non pas contre quelque menace externe ou interne. Il ne s’agit pas de nous prendre pour des sentinelles morales, dont le rôle serait de prévenir nos contemporains contre les dangers qui les menacent s’ils ne suivent pas nos lumières. Que ce soit de manière conservatrice (attention à la dissolution des mœurs !) ou révolutionnaire (n’oublions pas d’accueillir le pauvre et l’étranger !), les Eglises ont trop souvent joué ce rôle, oubliant leurs propres ténèbres, et oubliant que le message dont nous sommes porteurs, s’il révèle nos ténèbres est avant tout une bonne nouvelle, un message de salut. 

Nous sommes le veilleur qui annonce à la nuit que le jour vient. Il n’est pas question de nier les ténèbres, ni de les passer sous silence, mais tout en affirmant leur réalité, contre toute apparence, contre toute raison, nous annonçons leur défaite et le triomphe de la lumière.

Mais c’est difficile et l’amandier n’est pas un arbre très malin. En effet, sans doute serait-il plus avisé de sa part d’attendre que le printemps soit bien installé pour ne pas exposer ses tendres pousses aux dernières rigueurs de l’hiver. Mais l’amandier n’est qu’un arbre, il n’a pas le choix. Et il en va de même pour nous, la présence de Dieu en nous nous pousse à annoncer et partager sa lumière, et ce, sans attendre des jours meilleurs, des conjonctures plus favorables, sans études de marché.

Et, tout comme l’amandier, ce témoignage auquel nous sommes appelé n’a rien d’une contrainte, c’est seulement l’expression de notre vie. Dieu est présent en nous. Comment cacherions nous une telle joie ?

 

Frères et sœurs, Jésus nous l’a dit « vous êtes la lumière du monde ». Si la Menorah brille toujours dans les ténèbres, Dieu la veut désormais visible et accessible à tous. Que nos actes, nos paroles disent à la face du monde l’amour de notre Dieu. C’est notre devoir, c’est notre joie, c’est notre vie. C’est le don qui nous est accordé.

 

Amen

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Figures bibliques (11) Abishag et l'amour en poudre

27 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

 Le roi David était vieux, avancé en âge ; on le couvrait de vêtements, mais il ne parvenait pas à se réchauffer. Les gens de sa cour lui dirent : O roi, que l’on cherche pour toi une jeune fille vierge ; qu’elle se tienne devant toi, qu’elle prenne soin de toi et qu’elle couche sur ton sein ; ainsi tu te réchaufferas ! On chercha dans tout le territoire d’Israël une belle jeune fille, et on trouva Abishag, la Shounamite ; on la fit venir auprès du roi. Cette jeune fille était très belle. Elle soigna le roi et resta à son service. Mais le roi n’eut pas de relations avec elle.

I Rois I, 1 à 4

 

L'histoire de David et Abishag pourrait provoquer des sourires égrillards ou inspirer des couplets aux carabins. Ceux qui s'obstinent à faire de la Bible un traité de morale glorifieront la  chasteté crépusculaire de David. Les érudits nous enseigneront que l'impuissance  de David, bien loin d'être ici présentée comme une vertu, est une indication de son déclin et de la fin de son règne. Cette interprétation me paraît bien plus fondée.
Mais une très jolie chanson d'Agnès Bihl me suggére une lecture déconnectée de la considération sexuelle et de l'enjeu de la royauté.


 

Il y a une forme au fond du square
Qui ne bouge pas depuis longtemps
C pas un bac, une balançoire
Ni un manège, un toboggan
Un épouvantail ça se tient droit
Et c'est trop petit pour être un arbre
Les statues ça n'a jamais froid
Et les fontaines jamais de barbe
C'est un jeune homme très agé
Mais l'age dort au fond de lui
Fruit vert traité ou retraité, tout le monde s'y trompe et moi aussi

Ce qu'il attend ce vieux brin d'homme
Choque bien les dames du bancs d'en face
C'est chaque jour une jolie mome
Qui vient le voire après la classe
Cette dame murmure, les bancs bourdonnent
Voir ce vieux coeur qui s'est trompé
Qui ose fleurir en son automne
Croquer la vie à plein dentier
Et tous les jours la cloche sonne
Il sait qu'elle ne va pas tarder
Sous sa casquette sa pipe rayonne
Ils vont pouvoir se partager
Elle lui raconte ses petits bobos
Ses rêves et puis ses mauvaises notes
Lui il devient papa gâteau
Sort des bouts de rire du fond de sa hotte
Car l'age dort au fond de lui
Tout le monde s'y trompe et moi aussi

Mais v'la qu'au détour d'une année
La gosse a grandit tout à coup
Et sans l'savoir ni l'faire exprès
A oublié son rendez-vous
Et le vieil homme aux yeux de bohème
Comprit alors du fond de son banc
Que quand on s'appelle Mathusalem
On a pas l' droit d'avoir 20 ans
Pour tant et tant de temps d'entente
Voila qui ne lui reste rien
Pour tant et tant de temps d'attente
Plus de poupée pour le pantin
Il sait qu'elle ne reviendra pas
Que c est une fausse idée de croire
Que les bourgeons ne s'envolent pas
Que les vraies fleurs sont dans les squares
Mais l'age dort au fond de lui
Tout le monde s'y trompe et moi aussi

Et chaque jour des heures qui passent
Le trouvent penché sur son balcon
Pensant s'balancer comme un piaf
Passer la rampe comme un pigeon
Mais à cet age, il n'est plus d' mise
De refuser les lendemains
Fini le printemps des cerises
Pour l'été de la saint martin
Sa pauvre vie est toute trouée
C'est même plus la peine de la r'coudre
Elle est cassée, voûtée, glacée
Et toute en miette et toute en poudre
Maintenant il a l'air de ce qu'il est
D'un vieux coeur froid aux yeux trop bleus
Voila ce que c que de semer, que de jeter d'la poudre aux vieux

Et l'age dort au bord de lui
Tout le monde s'y trompe et moi aussi
Il y a une forme au fond du square
Qui ne bouge plus depuis longtemps
C'est pas un bac, une balançoire
Ni un manège, un toboggan
Un épouvantail ça se tient droit
Et c'est trop petit pour être un arbre
Les statues ça n'a jamais froid
Et les fontaines jamais de barbe
C'est un vieil homme très âgé
Même l’âge est mal au fond de lui
Chrysanthème ou brin de muguet
Personne s'y trompe, moi si 

Agnès Bihl

 

Elle m'invite à  lire dans l'histoire de David et d'Abishag, une considération bien plus universellement humaine, celle d'une vieillesse qui a besoin de se réchauffer à la jeunesse. Il n'est pas question d'un besoin vampirique, libidineux et destructeur mais simplement du besoin de se sentir encore vivant. Il n'est pas question de nier les réalités de l'âge ou de s'illusionner sur une jeunesse éternelle mais de refuser qu'un mur infranchissable sépare l’hiver du printemps.
Et si, au delà de la chronique d'une royale décrépitude, l'histoire de David et Abishag devenait le symbole d'une rencontre possible entre jeunes et vieux ?
Et si Agnès Bihl ne s’y trompait pas tant que ça ?

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Carton d'invitation

22 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

 

 

Prédication du dimanche 21 novembre 2010

Luc XIV, 15 à 24

 

Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée d'étudier la parabole des invités à la noce avec des enfants et des jeunes. En effet, à votre âge, quand on est invité à une fête, c'est super et on y va. Non ?

Du coup, cette histoire d'adultes qui sont invités à une fête et qui refusent de s' y rendre, ressemble pour vous à de la science fiction. Alors, pour vous convaincre que Jésus parle bien d'un comportement qui existe, je vous propose d'écouter un petit morceau d'une chanson d'aujourd'hui.

 

Extrait de Le dîner de Bénabar

On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi, on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.

 

Dans Le dîner, Benabar évoque une attitude ou au moins une tentation que tous les adultes ici, ont vécu, au moins, une fois.

Eh oui, il arrive, pas si rarement que ça, qu'on ait pas envie d'aller à une invitation.

Et je ne parle pas des invitations officielles ou qui nous sont parfois adressées par des gens qu’on n’a pas plus envie que ça de voir. Non, je parle des invitations qui nous sont adressées par des gens que l’on aime, que l’on serait contents de voir et auxquelles on répond pourtant par la négative.

Bien sûr, comme les invités de la parabole, nous avons toujours d’excellentes raisons : notre travail, notre famille, nos affaires. Mais, en fait, la vraie raison, c’est nous-même. Notre vraie réponse c’est alors « J’aimerais bien mais je n’ai pas envie ». En tout les cas, c’est la réponse que nous donnons à ce Royaume de Dieu qui se présente comme une invitation.

Et c’est par ce refus des invités que nous pouvons le mieux comprendre ce que ça veut dire que présenter le Royaume de Dieu comme une invitation.

 

Une invitation, ça nous oblige à sortir de chez nous, à nous arracher du confort douillet de notre couette, à notre canapé, à notre télévision ou à notre console de jeu. Une invitation, ça nous bouscule dans nos habitudes.

Et le Royaume de Dieu, c’est d’abord cela. Ce n’est pas une promesse pour après la mort, (il faut tout de suite arrêter d’entendre le Royaume de Dieu comme le paradis) mais un appel à vivre différemment, à transformer nos manière de voir et d’agir, à sortir de nous-même pour aller vers l’autre.

         Une invitation, c’est aussi une exigence. On dit souvent « si c’est une invitation, ce n’est pas obligatoire ». C’est vrai qu’une invitation, ce n’est pas un ordre mais ce n’est pas non plus un « venez-si-le-cœur-vous-en-dit ». Une vraie invitation, ça demande une réponse et, de préférence une réponse positive. Si vous invitez quelqu’un, c’est parce que vous avez envie qu’il vienne. Inviter quelqu’un parce qu’on y est forcé, en espérant qu’il ne viendra pas, ou en se moquant de savoir s’il viendra ou non, ce n’est pas une invitation, c’est un faire-part.

Donc en nous disant que le Royaume de Dieu est une invitation, Jésus nous dit que Dieu a envie que l’on vienne, que chacun de nous participe à cette vie nouvelle.

 

Et c’est la deuxième partie de la parabole qui nous dit cela. Si la première partie nous parle du refus des invités, de notre refus de bousculer notre vie pour répondre à l’appel de Dieu, la deuxième partie nous montre un Dieu qui veut que sa salle de fête soit pleine, qui le veut à tel point qu’il va envoyer chercher à tous les coins de rues celles et ceux qu’on invite jamais, celles et ceux que personne ne voudrait voir à une fête.

Généralement, quand on se représente le Royaume de Dieu on le voit très loin, inaccessible, un club très fermé où seule l’élite pourrait entrer et voilà que la parabole nous parle d’une invitation lancée à la ronde. Mieux que ça, elle nous parle d’irrecevables que l’on oblige à venir.

 

         En fait, c’est là, la différence entre ces deux vagues d’invités. Les premiers sont les gens biens, ceux pour qui cette invitation est tout à fait normale, pour les seconds, l’invitation est extraordinaire et pour tout dire inespérée.

J’ai parlé tout à l’heure de ces invitations que nous refusions alors même qu’elles viennent de gens que nous aimons et que nous avons plaisir à voir. Quand nous refusons ces invitations, c’est que nous pensons bien avoir d’autres occasions de rencontrer ceux qui nous invitent et que du coup, nous ne faisons pas de ces temps partagés une priorité.

 

Quels invités sommes-nous ? Nous sommes parfois ces gens biens qui reçoivent un carton d’invitation et qui nous disons « si je n’ai rien de mieux à faire, peut-être que j’irais. Et là, la parabole nous dit cette fête dont nous nous privons nous-mêmes. « Aucun de ceux qui avaient «été invités ne goûtera de mon dîner ».

Mais parfois, nous sommes au bord du chemin, persuadé d’être indésirables, trop petits, trop malades, trop inutiles pour que quiconque veuille de nous et voilà que cette parabole nous relève, voilà qu’elle nous apprend que Dieu veut nous voir à sa table, que pour nous faire venir, il a dépêché ses serviteurs, que c’est pour nous qu’il a tout préparé et qu’il n’est pas question que rien ne se perdent.

 

Frères et sœurs, une invitation incroyable nous est adressée, une fête inoubliable nous est ouverte, une joie immense nous est proposée. Comment pourrions nous lui préferer le petit confort de notre égoïsme et de notre solitude ?

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Le commandement et la parole

17 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

"Aime ton prochain comme toi-même " "Aimez-vous les un les autres" Quel que soit le verset, le verbe aimer passe mal à l'impératif.

Mais la première lettre de Jean ouvre une piste de compréhension intéressante.

Celui qui prétend l'avoir connu alors qu'il ne garde pas ses commandements est un menteur et la vérité n'est pas en lui. Mais l'amour de Dieu est vraiment parfait en celui qui garde sa parole ; à cela nous reconnaissons que nous sommes en lui.

I Jean II, 4 et 5

Ainsi, en l'espace de deux versets, l'amour du prochain passe du statut de commandement à celui de parole. Plus précisément, il est commandement pour celui qui est dans le ténèbres et devient parole pour celui qui est dans la lumière. Or, la parole dans Jean, c'est le logos, qui renvoie au verbe créateur, cette parole de Dieu qui fait ce qu'elle dit rien qu’en le disant.

Tant que je suis livré à moi-même, l'appel à l'amour résonne pour moi comme une loi insupportable. En effet, de tout mon cœur, je voudrais  lui obéir mais de tout mon être, je lui résiste. Mais lorsque je suis en Christ, lorsque je vis de sa lumière, l'amour devient pour moi une évidence, c'est même la seule possibilité  qui me soit donnée. L’amour de Dieu est alors vraiment parfait, c'est-à-dire accompli.

C’est même une merveilleuse promesse : « a cela nous reconnaissons que nous sommes en lui ». A chaque fois que mes actes sont commandés par l’amour, j’ai la certitude que c’est lui qui me conduit, que je lui appartiens. Autrement dit, à chaque fois que j’aime, j’ai la preuve de son amour pour moi.

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Persécution et dialogue interreligieux

13 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

L'attentat  contre une église d'Irak est un choc, mais pas vraiment une surprise. Depuis un certain temps déjà, les annonces se succèdent sur les réseaux chrétiens, nous informant de situations dramatiques. Dans plusieurs pays musulmans, les chrétiens sont persécutés, à force de vexations ou de brimades voire d’arrestation et d’exécution, par les autorités ou par des groupuscules. Il ne s'agit pas de situations nouvelles mais plutôt d'une prise de conscience (Authueil parle de buzz, c’est sans doute vrai mais cela n’empêche pas la réalité des faits)
Je me fais le relais de ces informations et cela me fait mal. D'abord parce que ces situations ne devraient pas exister, parce que nul ne devrait, au XXI° siècle, être inquiété voire tué à cause de sa foi. Ensuite parce que je sais bien que ces informations sont très largement reprises par les fauteurs de haine, nostalgiques des croisades, ou rêveurs d'un choc de civilisations.
Pourtant, si je me refuse à une généralisation excessive, si je sais bien que là encore, la religion est instrumentalisée à des fins politiques, que les facteurs historiques et géopolitiques sont nombreux, je ne suis plus non  plus assez naïf pour ne voir dans ses tragédies que les agissements d'une minorité de fanatiques.

Le problème me semble plus profondément lié à une forte revendication hégémonique, à la négation de la liberté de conscience. Il ne s'agit pas de diaboliser l'Islam, ni d'oublier que ces tentations n'épargnent pas le christianisme (notre histoire le prouve et ces tentations n'appartiennent pas seulement au passé). Il ne s'agit pas de refuser tout dialogue et de ne voir la rencontre possible que dans le fracas des armes.

Mais aucune discussion honnête ne sera jamais possible si nous ne pouvons poser aux  musulmans que nous rencontrons dans nos échanges interreligieux, la question de la situation des non-musulmans en terre d'Islam, la question de la liberté de quitter l'Islam et la question de l'adéquation entre les réponses et les faits.

Je ne crois pas que l'Islam soit, plus que le christianisme, condamné à la violence, mais je crois que, comme le christianisme, il ne pourra se guérir de cette maladie que par l'autocritique.
Je ne me sens pas le droit de décréter que la violence est constitutive de l'Islam mais je crois et je veux avoir le droit de poser la question.

 

PS  : après un échange avec mon ami et collègue Gilles Boucomont, une précision me semble s'imposer, ce billet est rédigé sur un point de vue raisonnable et humaniste, comme une base sur le dialogue entre deux religions, le christianisme et l'Islam.

Au regard de ma foi, je ne peux que pleurer pour mes frères et soeurs victimes, prier pour la fin de cette haine et ces violence et proclamer, à cause de Jésus Christ, mon espérance en l'Esprit de Dieu qui nous libère de ce cycle infernal.

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Under cover

7 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

archedalliance2.jpgPrédication du dimanche 7 novembre 2010

Exode XXV, 10 à 22

Romains III, 21 à 30

 

Notre lecture de l’Exode nous conduit à présent dans la longue description de la tente de la rencontre, cette préfiguration du Temple. Je ne pense pas que nous nous arrêterons sur tous les éléments qui composent et meublent cette tente.

Mais ce matin, nous allons tout de même nous arrêter sur l’arche, ce coffre appelé, nous dit le texte, à contenir les tables de la loi, ou plutôt nous allons s’arrêter sur son couvercle. En effet, même si nous autres, protestants ne sommes pas très à l’aise avec le mobilier sacré, bien comprendre ce qu’est le couvercle de l’arche est indispensable pour bien comprendre une des affirmations centrales de l’Epître aux Romains.

Ce matin, nous allons voir que Paul compare Jésus au propitiatoire et, en nous penchant sur les fonctions de ce propitiatoire, nous allons comprendre ce que Paul nous dit de Jésus.

 

« C’est lui que Dieu a destiné à servir d’expiation » : selon les traductions vous trouverez « expiation », « victime propitiatoire », « victime », « sacrifice ». En fait, le mot qui est utilisé par Paul, c’est « ilasthrion ». Ilasthrion, c’est le mot qui dans la Septante, la version grecque de l’ancien testament, et chez les auteurs juifs de l’antiquité, traduit le mot hébreux kapporeth, qui ne désigne que le couvercle de l’arche d’alliance et dont la racine veut dire « recouvrir » ou « expier ». C’est pour cela que nos traductions appellent souvent ce couvercle le propitiatoire (ou d’absolutoire).

Si je fais tout ce détour linguistique, c’est pour bien faire comprendre que le juif Paul ne dit pas ici « c’est lui que Dieu a destiné à servir de victime par son sang » ni « c’est lui que Dieu a destiné à servir de sacrifice par son sang» mais « c’est lui que Dieu a destiné à servir de couvercle (ou de couverture) par son sang ». Il y a bien une allusion au sacrifice mais elle n’est pas aussi forte, ni aussi immédiate que les traductions le laissent entendre.

Alors, à quoi sert ce couvercle de l’arche ?

 

Tout d’abord, il est effectivement le lieu précis où, une fois dans l’année, le grand prêtre répand le sang d’un bouc pour l’expiation du peuple d’Israël. Juste un mot sur ce sacrifice, contrairement aux sacrifice païens qui consistaient à nourrir la divinité, ici, il s’agit plutôt de se couvrir. Le sang qui couvre le couvercle de l’arche couvre en fait le peuple, le protégeant contre la colère de Dieu. En fait, c’est le bouc qui trinque. Le sang répandu du bouc évoque le sang de l’agneau répandu sur les portes des hébreux lors de la sortie d’Egypte. Mais nous reviendrons sur le sacrifice.

Ensuite, et vous me pardonnerez cette lapalissade, le couvercle de l’arche, sert à couvrir l’arche, à y enfermer les tables de la loi ; en fait, à masquer aux regards, la révélation de Dieu à son peuple, peut-être dans un geste de préservation du sacré (je peux même vous renvoyer à la scènes de l’ouverture de l’arche par les nazis, dans Les aventuriers de l’arche perdue, scène dans la quelle Spielberg me semble assez théologiquement correct), mais aussi pour que ces tables de la loi ne soient pas seulement un code extérieur de conduite mais deviennent un code intérieur. L’intérêt n’est pas de regarder vers les tables de pierres pour voir ce que nous devons faire mais de le savoir au fond de nous. Quoiqu’il en soit, le couvercle sert bien à couvrir, à cacher.

Mais ce couvercle qui sert à cacher est très visible, il est d’or pur, orné de deux chérubins, il sert aussi à montrer, à signaler. Il est, nous dit le texte, le lieu ou Dieu vient rencontrer Moïse puis le grand-prêtre. Mais le couvercle n’est pas pour autant une idole. En effet, Dieu ne parle pas du propitiatoire, ni des kerubim, il parle d’au-dessus du couvercle. Nous ne sommes donc pas du tout face à ces statues païennes que la divinité était censée venir habiter.

 

Eh bien, Paul nous invite à reprendre ces trois fonctions en les appliquant à Jésus, le Christ.

 

Il est le lieu précis où Dieu vient nous rencontrer. Bien sûr que Dieu est partout, et de tout temps, mais en disant cela, nous disons aussi qu’il n’est nulle part, qu’il n’appartient pas à notre existence puisqu’il est en dehors de l’espace et du temps. Eh bien, en Jésus Christ, Dieu entre dans notre espace et dans notre temps. Jésus Christ est ce lieu où Dieu se révèle à tous. En effet, le propitiatoire n’est plus caché dans le saint des saints, accessible au seul grand prêtre, il est accessible à tous, aux juifs comme aux païens précise, Paul.

Toutefois, tout comme Dieu parle au dessus du propitatoire, le Dieu qui se révèle en Jésus Christ, reste le dieu inconnaissable, bien plus grand que Jésus Christ.

 

Mais si Dieu se révèle en Jésus Christ, on peut aussi dire qu’il se cache en Jésus Christ. En effet, il est encore moins facile de reconnaître Dieu dans l’enfant de la crèche, dans le vagabond nazaréen ou dans le blasphémateur crucifié qu’à travers l’or et les kerubim du propitiatoire. Ce ne sont pas nos raisonnements humains qui peuvent nous permettre de reconnaître Dieu en Jésus Christ mais la foi seule. Or, la foi, pour Paul, n’est pas une œuvre humaine mais un don que Dieu nous fait.

Il est important que nous nous en rappelions car, nous ne cessons de nous poser plein de question, de douter, de ne pas savoir. Si la foi était une adhésion de notre intelligence, alors ces doutes, ces questions montreraient sa fragilité. Mais la foi ne vient pas de nous, elle nous est donnée et bien sûr notre intelligence humaine résiste de toutes ses forces à cette foi. Mais à vous tous qui êtes là ce matin, avec vos doutes, vos questions, avec votre non savoir et votre manque de foi, j’ai le regret de vous le dire, si vous êtes là ce matin, c’est que votre foi est plus forte que votre intelligence. Plus sérieusement, ne laissez jamais vos doutes ou vos incertitudes vous convaincre que vous n’avez pas la foi. Nos questionnements ne sont pas du même ordre que ce cadeau magnifique que Dieu nous fait.

 

Et bien sûr, c’est pour notre pardon que Dieu nous rejoint en Jésus Christ. Jésus est notre couverture, notre abri.

Et voilà le moment, où nous ne pouvons esquiver plus longtemps la notion de sacrifice, puisque si Paul compare Jésus au couvercle de l’arche, il nous précise bien que c’est par son sang, que Jésus est propitiatoire. Nous sommes donc bien dans un registre sacrificiel. Et cela n’a rien de surprenant vu la culture juive de Paul.

Or, si je crois que c’est par sa mort que Jésus nous sauve, je ne lis pas cette mort comme un sacrifice offert à Dieu. Mais je crois que nous pouvons garder un aspect de cette dimension sacrificielle, celui de l’offrande.

Dieu nous donne son pardon, mais il ne nous donne pas quelque chose qui ne lui coûte rien. Dieu ne donne pas son pardon comme on se débarrasse de quelque chose qui nous encombre, ou comme on distribue ce dont on n’a que faire. Cette grâce que Dieu nous donne a, pour lui, un prix, et c’est le prix fort.

Quel meilleur moyen de dire l’amour de Dieu, que de te dire, à toi, mon frère, ma sœur, qui m’écoute, que pour toi, pour te rejoindre, pour te délivrer de tes chaînes, pour t’entraîner à la vie, Dieu a payé le prix fort. Pécheur, perdu(e), plein€ de doute et de question, tu es infiniment précieux aux yeux de Dieu. Voilà la grande affirmation de la lettre aux Romains.

 

Frères et sœurs, en Jésus Christ, Dieu vient à notre rencontre. Il ne s’impose pas à nous mais, tout en laissant libre cours à nos questions, à nos réticences, à nos impossibilités raisonnables, il nous donne de le reconnaître. En Jésus Christ, il nous donne son pardon, un pardon qu’il paye à grand prix. Et ce pardon, c’est notre vie.

 

Amen

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