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Dans l'impasse

16 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

mjoncs.jpgPrédication du 14 mars 2010

Exode XIII, 17 à XIV, 31

Jean XI, 16

 

Deux murailles d'eau se dressent de part et d'autres et entre les deux, s'avance le peuple hébreux. L'image est bien connue, elle est évocatrice. C'est l'image de la création, de la naissance d'un peuple. C'est l'image de la délivrance, une image qui nous est transmise encore aujourd'hui par le baptême. Comme le chante le psalmiste : il fend la mer et ouvre un passage, une pâque

Mais puisque nous ne sommes pas encore en ce temps de Pâques, je vous propose de nous concentrer ce main, sur ce qui précède le passage, le temps de l'impasse. Rembobinons un peu le film des 10 commandements et arrêtons nous avant que la mer s'ouvre, ce temps de panique où le peuple hébreu est pris en sandwich entre les flots de la mer et les chars égyptiens. D'un côté, la mort. De l'autre côté, la mort.

Je voudrai ce matin que ce cul de sac nous évoque nos propres impasses, tous ces moments de notre vie, où nous ne voyons plus d'issues. Que ce soit dans des situations tragiques,  des moments pénibles ou simplement des temps de projets contrariés. Pensons à ces impasses et  surtout à nos réactions dans ces culs de sac de notre vie.

Je crois que nous pouvons nous reconnaître dans le peuple hébreu, dans Thomas, ou dans Moïse... Souvent dans les trois à la fois d'ailleurs.

 

Le peuple hébreu, c'est la panique. On est fichu, le monde s'écroule.  On se lamente sur les choix ou sur les circonstances qui nous ont amenée là. On aimerait remonter le temps. Nous étions si bien dans l'esclavage d'Egypte : nous aimions mieux vivre dans l'esclavage en Egypte que mourir dans le désert. C'était forcément mieux avant. Et puis si l'on trouve quelqu'un à blâmer, c'est encore mieux. "N'y avait-il pas des sépulcres en Égypte, sans qu'il fût besoin de nous mener mourir au désert?" reprochera le peuple à Moïse.

 

Bien sûr, il y a une autre attitude que les pleurs, les cris et la recherche d'un bouc émissaire, c'est la résignation courageuse que l'on retrouve chez Thomas lorsque Jésus décide de se rendre auprès de Lazare, à Béthanie, dangereusement proche de Jérusalem, ou l'attendent de puissants ennemis. "Allons aussi, afin de mourir avec lui". "Quand faut y aller, faut y aller. 

Enfin, il y a Moïse... Ah Moïse ! Figure de la foi ou d'un optimisme que certains qualifieraient de béat. Moïse, c'est celui qui, dans l'impasse s'écrie : ne vous inquiétez pas, tout va s'arranger. C'est l'attitude qui paraît la plus folle, la plus ridicule peut-être. Mais si l'on y pense, elle n'est finalement pas moins constructive que les deux autres. Quand la situation est désespérée, il n'est pas plus utile de se lamenter ou de se résigner courageusement que d'espérer en un dénouement miraculeux de la situation.

Finalement : le "arrêtez vous et regardez le spectacle" de Moïse n'est pas plus bête ni plus vain que le "Oh comme c'était mieux avant" des hébreux ou le " allons et mourons" de Thomas.

 

Donc dans nos impasses, soyons aussi confiants que Moïse. Ce pourrait être ma conclusion.

 

Sauf que n'ai pas atteint les trois pages réglementaires.

 

Et surtout, sauf que Dieu donne tort à Moïse.

En effet, nous connaissons tellement bien l'histoire que l'attitude de Moïse nous semble couler de source. Pourquoi s'en faire puisque Dieu va ouvrir la mer et engloutir les égyptiens. Et nous ne repérons même pas que l'ordre de Dieu contredit radicalement celui de Moïse. "Restez en place" ordonne Moïse, "que le peuple se mette en marche" ordonne Dieu.

 

"Que le peuple se mette en marche" Ca résonne un peu comme "aide-toi,  et le ciel t'aidera", non ? On pourrait entendre : "Voilà, Dieu ouvre la mer, mais c'est à toi de la traverser". Finalement, Pâque, c'est la coopération entre Dieu qui ouvre et le peuple qui traverse.

Sauf que le texte est clair, le but de la traversée de la mer des roseaux, c'est de faire éclater la gloire de Dieu. La libération est l’affaire de Dieu seul.

C'est un peu paradoxal : pour faire éclater sa gloire, pour libérer son peuple, Dieu pouvait réduire l'Egypte à néant par la seule force de sa main, mais voilà qu'il choisit un moyen qui réclame une participation du peuple.

Eh bien, je crois que c’est là la gloire de Dieu, il choisit de nous faire participer à notre libération. Je ne crois pas qu’il faille parler de collaboration ou de coopération mais simplement de participation.

Il ne s’agit pas de nous dire « si tu veux sortir d’Egypte, il faut le mériter et te mettre au travail », mais plutôt, « vois, c’est bien toi qui sors, c’est bien toi qui est en marche ».

La gloire de Dieu, c’est de ne pas nous déposséder de nous même, de ne pas être un marionnettiste qui nous place et nous déplace là où ça lui chante. Il pourrait nous montrer ainsi que nous lui appartenons, qu’il est le souverain. Mais il choisit d’être un Père aimant, de nous faire participer. Ainsi, il nous donne la véritable liberté.

 

En effet, nous ne pouvons pas vraiment nous considérer comme libres lorsque il nous suffit de nous asseoir et d’attendre que cela passe. Mais sommes-nous vraiment plus libres lorsque toute notre vie dépend du moindre de nos choix, lorsque tout repose sur nos épaules ? Sommes-nous véritablement libres quand il y a tant d’angoisse ?

Et voilà que Dieu nous ouvre une voie nouvelle : celle qui consiste à agir comme si tout dépendait de nous et tout espérer de Dieu notre Père qui nous aime et nous donne ce dont nous avons besoin.

 

Frères et sœurs, bénissons Dieu notre libérateur qui ouvre une voie dans nos impasses et nous libère de nos servitudes.

Bénissons Dieu notre Père qui nous associe à ses projets et nous donne de nous mettre en marche.

Sans crainte, sans angoisse, sans résignation, mettons nous en marche dans l’espérance.

 

Amen

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Shutter Island

11 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

shutter-island.jpgAttention, cet article est susceptible de contenir des révélations sur le scenario du film. Si vous voulez maintenir la surprise, il serait peut-être mieux de le lire plus tard.


Avec son dernier film, Martin Scorcese nous entraîne dans le monde de l'aliénation. Chic ! En utilisant le langage à la mode dans l’Eglise, on va pouvoir parler du péché. J’ironise un brin sur nos tics de langage, mais le fait est que ça marche.


En arrivant à Shutter Island, un pénitencier psychiatrique, pour enquêter sur la disparition d'une détenue, le marshall Teddy Daniels va se retrouver pris dans un véritable nasse. Si l'île symbolise bien cette captivité, il est rapidement évident que les barreaux de la cage de Daniels sont forgés par sa rancoeur, sa colère et sa culpabilité autant que par le complot des autres contre lui.

En nous présentant ainsi l'aliénation, Shutter Island me semble assez bien parler de ce que l'on nomme le pécher, cette blessure de l'homme qui le fait souffrir et le rend esclave. Tout d'abord, les chaînes du marshall sont multiples, aussi bien intérieures qu'extérieures or, il en va de même pour nous : on a trop souvent tendance à ne voir que l'aspect psychologique de l'aliénation de l'homme mais cette aliénation est aussi due à des facteurs extérieurs. Ensuite, les actes de Teddy Daniels découlent de son aliénation et non l'inverse. Ce ne sont pas mes péchés qui me rendent pécheur, mais c'est parce que je suis pécheur, captif de liens qui me sont imposé ou que je tisse moi-même, que je commet des péchés.

Enfin, le twist final (je sais, je devrais parler de coup de théâtre en bon français, mais en fait c’est tellement prévisible que « coup de théâtre » me semble un peu fort), le twist final disais-je me paraît s’accorder très bien avec l’Evangile : la captivité dans laquelle nous tient le péché est un mensonge, une illusion. Notre vérité n’est plus d’être esclave du péché qui conduit à la mort mais d’être sauvé, libéré, rendu à l’amour et à la vie par Jésus le Christ.


Qui me délivrera du corps de cette mort ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus Christ notre sauveur.

Romains VII, 24-25

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Chandelle

9 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Choses vues au cours d’un cercle de silence. Une vieille dame à l'air sévère rafistole notre affichage un peu défaillant. Un petit garçon en tricycle traverse notre cercle. "Tu n'as pas le droit de déranger les gens !", le gourmande son père. Ne vous inquiétez pas, monsieur, notre cercle ne se veut pas clôture. Crête de 30 cm sur un visage poupin, blazer bardé de badges et d'épaulettes, un collégien vient nous demander ce que nous faisons. Et puis, il y a ce petit groupe de jeunes :

- on leur demande ce qu'ils font ?

- Je crois qu'ils doivent se taire

Je rompt le cercle et le silence pour leur expliquer (le silence est pour l'homme et non l'homme pour le silence). "Je vous encourage, je trouve ça super ce que vous faites" sourit le jeune rasta en faisant mine de s’éloigner "Vous pouvez rester 5 minutes dans le cercle si vous voulez." Il lance à ses copines "je vous rejoins tout à l'heure" et prend place dans le cercle, il restera plus de 20 minutes. Jusqu'à la fin, en fait.

Ces petits épisodes font chaud au coeur parce qu'une des difficultés du cercle de silence, c'est qu'on se sent un peu bête à rester là, planté en silence comme si on jouait au "facteur n'est pas passé". Le facteur, un jeu qu'on appelle aussi chandelle. C'est fragile une chandelle et puis, en plein jour, ça ne sert à rien. Mais notre chandelle est là, rappelant que des hommes, des femmes, des enfants sont enfermés sans avoir commis de crime. Et que pour des hommes et des femmes de tout âge, de toute confession, de toute conviction politique, c'est une blessure.

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Des charbons ardents sur sa tête

7 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

goldorak1.jpgPrédication du 7 mars 2010

Proverbes XXV, 21-22

Luc VI, 27 à 38

Romains XII, 9 à 21

 

Soyez vainqueurs du mal par le bien. La victoire contre le mal par le bien me parle beaucoup. Forcément, mon enfance a été nourrie (entre autre) par Goldorak. Pour les plus jeunes parmi nous, vous demanderez à vos parents de vous raconter. Et dans chaque épisode de Goldorak, on assistait à la victoire contre le mal par le bien. Le mal étai représenté par un robot géant monstrueux et surarmé. Le bien lui était représenté par un robot géant, monstrueux et surarmé. En fait, on savait qu'il représentait le bien parce que 'est lui qui gagnait à la fin. J'ai l'air de plaisanter, mais il n'y pas si longtemps (c'est plus récent que Goldorak, en tout cas), on a eu l'audace de présenter une guerre comme la victoire du bien sur l'axe du mal. Et je crois que la tentation reste forte pour chacun de nous de lire la victoire du bien sur le mal comme le fait de triompher de nos ennemis. Or, Paul ouvre, ou plutôt rappelle, un autre chemin de victoire.

 

Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête.  Chose amusante : je suis sûr qu'aujourd'hui nous sommes plus surpris voire choqué par la conclusion du proverbe "ce sont des charbons ardents sur sa tête" que par l'ordre qui nous est donné. Cette surprise est plutôt une bonne chose puisqu'elle montre à quel point l'idée de faire du bien à nos ennemis est, en tout cas théoriquement entré dans nos esprits.

Alors puisque nous associons étroitement l'idée de faire du bien à notre ennemi à notre foi chrétienne, sans doute est-il inutile de nous étendre longuement dessus. Signalons juste que le proverbe original nous enjoints de donner du pain et de l’eau à notre ennemi. On pourrait s’en sentir soulager : pas question de lui préparer un festin ni de lui ouvrir nos meilleures bouteilles. Mais plus sérieusement cela nous exhorte à essayer de comprendre la faim et la soif, le besoin réel de ceux qui nous font du mal, qui nous haïssent.

Ce commandement, allons et mettons-le en pratique. Ne nous contentons pas de prier pour nos ennemis, de ne pas leur rendre coup pour coup, mais donnons leur l'eau et le pain dont ils ont besoin. Et si nous ne trouvons pas en nous la force de le faire, prions pour la recevoir. Je ne dirai rien d'autre de peur d'obscurcir un commandement qui me paraît très clair.

 

"Ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête" Je vois trois lectures possibles de cette sentence, trois victoires du mal par le bien.

         Commençons par la plus évidente : en faisant du bien à ton ennemi, tu aggraveras le mal qu'il te fait, aussi gare à lui au moment des comptes ! Bien sûr, notre sang de chrétien se fige d'épouvante lorsque nous entendons cela : faire du bien à quelqu'un dans le but de lui nuire ? Quelle horreur !

Pourtant, cela nous arrive peut-être plus souvent que nous le croyons. En effet, il nous arrive de faire du bien à quelqu'un qui nous nuit, juste pour montrer, aux yeux des autres, à ses yeux, à nos propres yeux que nous ne nous abaissons pas à son niveau que nous valons mieux que lui. Alors, le bien que nous faisons à notre ennemi n'est rien d'autre qu'une arme visant à le combattre.

         Pourtant avant de dénigrer cette vision barbare qui nous pousse à faire du bien une arme pour détruire, ou du moins réduire l'autre, imaginons un peu ce que serait un monde où chrétiens et juifs appliqueraient ce précepte, ferait du bien  leurs ennemis. Même si c'était pour de mauvaises raisons, pour nuire à ces ennemis, pour les diminuer, notre monde ne se porterait-il pas mieux ? Le monde ne se porterait-il pas mieux si nous laissions à Dieu la vengeance contre nos ennemis ? Je crois que si.

 

         La deuxième lecture de ce texte est sans doute plus conforme à notre chrétiennement correct, il s’agit de voir les charbons non pas comme l’expression d’un châtiment mais comme une écharde dans la chair, comme le remord. Donne à ton ennemi ce dont il a besoin alors, il reconnaîtra le mal qu’il te fait et il sera rongé par le remord. Le proverbe devient alors bien plus conforme à l’enseignement de Jésus, le Christ et il vient s’inscrire au milieu de toutes les stratégies non violentes, ces stratégies qui visent à transformer l’ennemi pour l’empêcher de nuire sans chercher à le détruire.

         A côté des stratégies de non-violence, cette lecture m’évoque aussi un peu le syndrome de Stockholm qui pousse des otages à prendre parti pour leurs ravisseurs. En effet, ce syndrome est sans doute un réflexe de survie, si je m’attire la sympathie de celui qui me fait du mal, il s’arrêtera de me faire du mal.

         Je ne cite pas le syndrome de Stockholm pour dévaloriser les techniques de non-violence, bien au contraire. Je le cite parce qu’il montre que la stratégie de la sympathie, du bien pour le mal n’est pas une folie, un idéalisme est une stratégie qui peut être efficace pour lutter contre l’hostilité. Du reste, dans notre vie quotidienne, il nous arrive régulièrement de déployer de petites attentions afin d’arrondir les angles, afin d’éviter ou d’apaiser le conflit.

         Transformer l’ennemi en ami, est certainement une magnifique manière de voir le bien triompher du mal. Cependant, nous restons dans la stratégie, dans la tactique et j’avoue avoir du mal à associer l’idée de stratégie à celle d’amour…

 

         Reste la troisième lecture pour laquelle il nous faut entendre le proverbe original   Si ton ennemi a faim, donne–lui à manger du pain ; s’il a soif, donne–lui à boire de l’eau.  Car ce sont des braises que tu amasses sur sa tête, et le SEIGNEUR te le rendra.

Le Seigneur te le rendra. Premier constat : le texte ne nous donne pas comme conséquence « alors ton ennemi deviendra ton ennemi ». La Bible ne nous met pas dans l’univers merveilleux des séries américaines ou tout finit toujours par s’arranger. La stratégie de la non violence n’est pas toujours efficace, ne t’attends pas forcément à ce que ce soit lui qui te rende le bien que tu lui auras fait mais Dieu, lui te le rendra.

Voilà que Dieu s’immisce dans cette relation de haine ou d’hostilité qui s’est tissée entre mon ennemi et moi. Et cette intervention de Dieu nous invite à regarder autrement les charbons ardents dont il est question. Spontanément, nous les associons au brasero des tortionnaires mais c’est oublier que dans la Bible, ces charbons ardents se trouvent surtout dans le temple comme ustensiles religieux. Ce sont ces charbons ardents sur lesquels on brûle les parfums offerts à Dieu. En effet, dans la Bible le feu est moins un instrument de torture que de purification.

Eh bien, si c’était cela, amasser des charbons ardents sur la tête de notre ennemi : s’il s’agissait de le rendre à Dieu. C'est-à-dire de sortir de la relation empoisonnée que nous avons avec celui qui nous hait ou qui nous fait du mal pour amorcer une relation nouvelle, celle que Dieu nous appelle à avoir avec nos frères et nos sœurs.

Et cette relation nouvelle est une libération. Tant que je rends coup pour coup à mon ennemi, tant que je lui résiste, je suis captif de son hostilité. Peut-être, le fait de lui rendre ses coups me défoulera-t-il sur le moment, mais cela me délivrera-t-il, cela me fera-t-il me sentir mieux ? Je ne crois pas.

En revanche, lorsque je ne el vois plus comme celui ou celle qui me hait, qui me fait du mal mais comme le frère ou la sœur que Dieu me donne à aimer, je suis véritablement libéré du mal que j’ai subit. Alors la victoire du bien sur le mal est parfaite.

 

Alors, frères et sœurs, rendons grâce à notre Dieu qui, pour nous, déchire les liens du conflit. Et prions le de nous donner de vivre de cette liberté qu’il nous donne. Prions pour qu’il nous donne de voir même ceux qui nous font du mal comme des frères et des sœurs au secours desquels nous pouvons nous porter. Prions pour qu’il nous donne de comprendre quelle soif ou quelle faim poussent nos ennemis à nous nuire. Prions pour qu’il nous fasse sortir des spirales de violence et de conflits. Prions pour qu’il nous donne l’assurance de la victoire du bien sur le mal, une victoire qui n’anéantit personne mais qui est la vie pour tous.

 

Amen

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Castellion 1 - Calvin 0, la balle au centre ?

6 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Sans doute en (saine) réaction à une certaine calvinolâtrie manifestée lors de l’année Calvin, un colectif Castellion 2015 s’est formé et a constitué son groupe Facebook. L’ironie c’est que j’ai vécu l’année Calvin comme une (saine réaction) à l’anticalvinisme  primaire qui sévit dans le protestantisme français. Parmi les actions du collectif Castellion, un petit article sur Facebook consistant en une série de citations que j’ai trouvées très partialement choisies afin de bien montrer quel monstre était Calvin et je leur ai fait part, après avoir honteusement détourné la citation fétiche de Castellion, de la réflexion que je vous livre ici

« Je crois assez stérile d'essayer d'opposer un réformateur à l'autre. Pour moi l'héritage de la Réforme, c'est justement de sortir de la canonisation ou de la diabolisation, des procès en hérésie pour tirer de la pensée des réformateurs, de leurs différences, de leurs débats, de leurs oppositions même une véritable richesse. Bref, continuer la recherche et la réflexion sans se focaliser autour des personnes... »

Effectivement les réformateurs se sont souvent opposés et parfois violemment. Ces oppositions ne me gênent pas, je les vois comme une richesse du protestantisme, de sa théologie et de son histoire. Une richesse à condition que nous recevions ces débats comme un héritage, sans nous sentir obligés de nous établir comme un magistère tranchant qui a raison, qui a tort. Je ne me sens pas captif des écrits de Calvin (heureusement !), ni de ceux de Luther (encore heureusement !), ni de ceux de Castellion (là je sais pas si c’est heureusement, je les connais moins bien mais je tâcherai d’y remédier) ou d’autres… Avec bien d’autres théologiens modernes ou anciens, catholiques ou protestants, ils m’ouvrent des perspectives, des pistes de réflexions pour mieux comprendre et recevoir la seule parole qui me lie et me libère, la Bonne Nouvelle de Jésus, le Christ, une bonne nouvelle qui s'est, dès le départ, transmise dans une grande diversité d'opinion et donc une grande liberté.

Ceci dit, je suis ravi de voir Facebook comme lieu de débat théologique, ça me donne encore plus hâte de voir arriver l'Eglise Réformée sur le Web. 2

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Cas de conscience

3 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

cas de conscienceSi j’avais siégé pour ces trois affaires au Tribunal Contitucional de Madrid ou au Bundersverfassungsgericht de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande) et non au Conseil constitutionnel français, chacune des décisions prises aurait été publiée au Journal Officielle, accompagnée, comme c’est partout la règle, d’annexes présentant publiquement les « opinions différentes », les opinions minoritaires avec les argumentaires, contre-propositions et solutions alternatives proposée – mais rejetée par la majorité au moment du vote. Appelées votos particolares en Espagne, Sondervotum en Allemagne, dissent à la Cours suprême des Etats-Unis et dans les autres cours anglophones, ou encore « opinions différentes », « divergentes », ou « dissidentes », les expressions publiques d’avis différents, sur des questions juridiques complexes, font partie du droit commun universel et pour commencer européen – comme c’est le cas à la Cours européenne des droits de l’homme.

La publication des opinions différentes en France –où elle n’est pas encore pratiquée, aura pourtant bientôt l’avantage de mettre en perspective l’évolution du droit et d’en éclairer les différents facteurs.

Pierre Joxe

 

Je suis devant un cas de conscience : puis-je vraiment aller à l'encontre de mon corporatisme protestant, de mes sympathies politiques et de ma gentillesse naturelle en disant du mal du livre de Pierre Joxe, juste parce qu'il ne correspond pas à ce que m'attendais à y trouver ?

En effet,  l'expression "cas de conscience" m'évoque une situation dans laquelle un choix doit être fait, une position doit être prise qu'on sait discutable ou critiquable. Devant un cas de conscience, j'agis au mieux, souvent au moins pire. Et je pensais que Cas de conscience allait me faire pénétrer dans les arcanes de la réflexion d'un protestant engagé dans la politique ainsi que dans l'Eglise.  Je pensais que la realpolitik allait rencontrer le realtheologik, que le témoignage de Pierre Joxe montrerait à quel point l’Evangile ne nous montre pas toujours le chemin à suivre mais nous interroge sur nos choix. Malheureusement, le livre de Pierre Joxe évoque surtout des "affaires de conscience", des situations où Joxe a agit selon sa conscience. J'exagère un peu : un conflit entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est tout de même esquissé...

 

A cette déception s'ajoute un agacement : les 100 premières pages au moins du livre (je ne me prononce pas pour le reste, je ne sais pas si ça se calme ou si je m'y suis habitué) sont un chef d'oeuvre d'autosatisfaction. Je suis bien persuadé que Mr Joxe est un travailleur acharné, un modèle de droiture, épris de justice, agissant toujours au nom de ses convictions sans jamais céder au compromis, mais le lire le souligner à longueur de pages, c'est franchement insupportable. Certes on ne peut pas lui reprocher sa fausse modestie mais du coup Cas de conscience est plus de l'ordre du "droit dans mes bottes" que de "la tempête sous un crâne" (et j’avoue préférer les tempêtes sous un crâne)

 

En revanche, j’aime beaucoup l'espoir de voir arriver l'expression d'une opinion divergente. Un espoir animé par la conviction que loin de perdre les esprits simples, l'expression des opinions divergentes permet à chacun de mettre en perspective l’évolution du droit, de comprendre les différents enjeux, bref, de susciter notre conscience à faire des choix politiques.

 

Bien sûr les affaires évoquées par Pierre Joxe ne manquent pas d’intérêt mais pour tout dire, je ne lis habituellement pas les livres des personnalités politiques. L’éditeur * et la présentation de celui-ci (ainsi que la pub’ faite par certains de mes collègues) m’avait donné envie d’essayer. Eh bien, disons que c’est une tentative infructueuse…

 

P. Joxe : Cas de conscience. Labor et Fides

* : je devrais être plus prudent, c'est la deuxième fois en peu de temps que je ne trovue pas ce que je pensais trouver dans un livre de chez Labor et Fides

 

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En route, et souviens-toi

28 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 février 2010

I Corinthiens XI, 23 à 26

Exode XII, 36 à XIII, 16

 

Cette fois, ça y est, l’Egypte est vaincue, Pharaon laisse partir les hébreux,et c’est un peuple tout entier qui se met en marche. Vers où ? Vers un pays ou coule le lait et le miel.

Mais à l’heure du départ, ce pays, cette terre promise n’est qu’à peine évoquée au détour d’un verset. Normal, pour le moment ce qui compte c’est le départ, la mise en route… C’est vrai que cette mise en route occupe plus de place que l’arrivée : trois fois plus, trois versets. Un grand peuple est parti à la hâte avec tous ses troupeaux.

Bref, dans ce texte de la sortie d’Egypte, le départ et l’arrivée occupent à peine 10%. Si je compte en plus le verset consacré au temps passé en Egypte, à l’endroit que l’on quitte, nous voyons bien que 85% de récit du départ d’Egypte sont consacrés à la manière dont il faudra faire mémoire de ce départ une fois qu’on sera arrivé.

Et je rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas le contexte que ce temps de mémoire a déjà été largement développé dans les deux chapitres précédents.

Parce que c’est un texte de mise en route, il nous protège contre la tentation du conservatisme. Parce que c’est un texte de mémoire, il nous protège contre la tentation de la course à la nouveauté.

 

Le modernisme et le conservatisme sont des tentations humaines, que l’on trouve à bien des niveaux. J’en vois l’expression la plus profonde et la plus absurde sur une étiquette : « Nouveau ! Recette à l’ancienne. » La soif de vivre comme autrefois conjointe à la soif de faire du neuf.

Bien sûr, ces tentations traversent aussi notre manière de vivre l’Eglise. Et je ne ferai pas de hiérarchie entre les deux : elles sont pareillement dangereuses.

Commençons par parler du conservatisme. Après tout c’est celle que l’on attribue le plus souvent aux religions et aux Eglises. L’Eglise n’est-elle pas ce lieu où l’on lit de vieux textes, ou l’on reproduit d’anciens rituels. Combien de nos contemporains voient les religions comme les survivances anachroniques d’une antiquité révolue… Et nous leur donnons parfois raison. On peut difficilement nier qu’il y a une tendance assez forte dans les Eglises à regretter le bon vieux temps, quand il y avait plus de jeunes (des experts pensent d’ailleurs que le premier concile de Jérusalem, après avoir traité la question de la circoncision des chrétiens d’origine païenne, s’est interrogé sur l’absence de jeunes dans les églises), que les pasteurs étaient de vrais pasteurs et qu’il y avait plus de monde au culte. Cela nous fait sourire car nous savons, heureusement rire de nos propres travers, mais je me demande à quel point ce regret du temps passé n’est pas derrière beaucoup de refus de la modernité, plus que de vrais arguments théologiques ou philosophiques.

Bien sûr, cette tentation n’est pas propre à l’Eglise. On retrouve ce mythe de l’âge d’or partout. Il est toujours joli le temps passé, ironisait Brassens. A la fin de sa vie, il écrivait : « le passéiste ».

         Eh bien face à cette tentation de nous enfermer là où nous sommes, de refuser que les choses changent, la Bible nous invite au départ. Elle nous ouvre un horizon, une promesse. Elle nous dit que tout commence quand nous nous mettons en route. Et que tout meurt, tout s’arrête lorsque la femme de Loth se retourne, lorsque le peuple hébreu regrette le bon vieux temps où on était en Egypte… Le changement nous fait peur, c’est ce qui nous rend profondément, viscéralement conservateur. Il est plus facile d’enjoliver hier que d’imaginer demain, on risque moins d’être déçu… Mais voilà, notre Dieu nous invite au départ…

 

         Alors, allons de l’avant, mettons-nous en route, du passé faisons table rase, changeons tout. Et voila que se profile l’autre tentation, tout aussi forte, tout aussi dangereuse, celle du modernisme à tout crin, de la course à la nouveauté. Il faut faire du neuf, il faut faire de l’inédit. Si c’est du jamais vu, c’est forcément bien. On trouve ce culte de la nouveauté à tout crin dans nos Eglises également. Tout ce qui compte c’est que ce soit original. Le problème c’est que nous y perdons notre esprit critique puisque toute critique vient forcément d’un esprit rétrograde qui refuse le changement. Nous passons de « On a toujours fait comme ça, donc c’est forcément bien » à « on a jamais fait ça, donc c’est forcément bien ». Est-ce vraiment un progrès ?

Et pire encore, nous sommes tellement à la recherche d’inédit que nous oublions de regarder ce qui a déjà été fait, de vois si de vieilles recettes ne seraient pas transposable aujourd’hui (sans que nous nous sentions obligés de les étiqueter comme « nouvelles »).

A force de toujours chercher la nouveauté, ne risquons-nous pas de perdre ce qui nous relie à cette Parole qui nous est transmise d’âge en âge, de génération en génération ?

 

Notre but est-il de répéter sans cesse une litanie ronronnante et tellement connue qu’elle nous berce comme un vieux refrain ? Notre but est il de trouver des formules qui passent aujourd’hui, le choc des mots ? Ou bien notre but est-il d’être témoins aujourd’hui d’une Parole qui retentit depuis l’aube des temps.

         En ce jour d’assemblée générale, au moment où nous allons évoquer l’année passée, faire des projets pour l’avenir, nous devrions réentendre ce commandement qui nous permet de relier le passé et l’avenir sans être captif d’aucun des deux. « Souviens toi »

 

« Souviens toi » parce que finalement ces deux tentations sont celles de l’amnésie. Le conservatisme s’invente un passé, ce qui revient à oublier celui qui a vraiment été. Souviens toi mais souviens toi de quoi ?

 Souviens toi que c’est ton Dieu qui a main forte t’a fait sortir du pays d’Egypte où tu étais esclave. Souviens toi de la mort et de la résurrection du Christ pour toi. Souviens toi que ton Dieu est ton Père, ton Sauveur et ton libérateur.

         Oui souvenons-nous de cela à lorsque nous élaborerons des projets, lorsque nous évoquerons des souvenirs, lorsque nous discuterons à propos du chauffage, des finances et de nos projets. Souvenons-nous de cela lorsque nous construisons notre vie d’Eglise, souvenons-nous que notre Eglise ne jaillit pas de nos projets, de nos réalisation mais de ce que Dieu fait pour nous. Souvenons nous que notre Eglise n’est pas une charge pour nous mais un cadeau qui nous est offert. C’est Dieu qui fait rassemble ce peuple divers de toute nationalité, de toute catégorie sociale, de tout âge que nous sommes.

Et puis, ne sombrons pas dans l’amnésie dès que nous passerons les portes de ce temple. Mais à chaque moment de notre vie, au milieu de nos joies et de nos peines, dans nos temps de paix et dans nos temps d’affrontement, dans nos colères et dans nos amertumes, souvenons nous de notre Dieu qui nous libère, qui nous garde, qui donne un sens à notre vie.

 

Mon frère, ma sœur, mets toi en route et souviens toi.

 

Amen

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Eclaircie et illumination

27 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

C’est dans la lecture de la bible et dans son étude que je vis ma spiritualité. Plus encore que dans mes temps de prière, c’est là, que je sens et que je vis la présence de Dieu dans ma vie.

Ces jours-ci, je vis des jours de tempête, jours de frustrations et de colère. Rien à voir avec mon ministère pastoral, rien de véritablement grave, un bête souci administratif. Sans doute plus tard, traverserai-je de vraie tempête et percevrai-je que ce n’était rien de plus qu’un petit grain, un peu de houle

Mais cet appel à la raison n’y fait rien, je suis furieux, frustré, triste, rageur. Cela me prend de la disponibilité et de l’énergie, cela empiète sur mon ministère comme sur ma vie familiale. Pour pas grand-chose.

Et puis, hier en plein milieu d’une étude biblique, une éclaircie, un sentiment de paix. Je n’ai rien oublié du problème que nous traversons, je l’ai simplement vu avec des yeux neufs, des yeux de liberté. J’ai vu le positif de la situation, j’ai pu la relativiser et surtout, surtout, alors que la  ne s’agissait plus de vaincre ou de prendre une revanche, il s’agissait d’agir librement, dans l’amour.

Le problème reste posé. On verra le moment venu quelle en sera l’issue (rien d’insurmontable de toute façon). Et pour tout dire, en moi continue la lutte entre la rage et l’approche aimante et confiante, entre le péché et la libération, un combat très concret : continuer à éplucher un dossier, en quête de failles, d’éléments qui m’assurent que la loi est pour nous, ou sortir de cette spirale de colère, cesser de ruminer, avoir des lectures, des échanges, des pensées qui me nourrissent au lieu de me blesser… Le choix devrait être tellement évident et il est si dur,  au dessus de mes forces en tout cas.

Et malgré ce combat, malgré ma faiblesse, malgré ces chaînes de colère qui continuent à peser, je sais déjà que mon étude d’hier ne m’a pas offert une oasis, une brève respiration avant de retourner dans le chaos du réel, encore moins une évasion (quand je veux m’évader, je prend une bédé (et c’est pas spécialement efficace)). Je sais déjà que c’est le contraire, la vérité de ma vie n’est pas dans la tempête que nous traversons, elle est dans la paix qui m’est donnée.

La Bible ne m’a pas fait oublier le problème, elle ne m’a pas donné la solution, elle a simplement changé mon regard. Non, pas au passé. Elle change mon regard.

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Le refuge

24 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

LE-REFUGE.jpg

Je ne suis pas certain que François Ozon soit un affreux réac. Donc, ça doit être moi.

En effet, si Ozon filme Mousse, ex junkie enceinte qui essaye de se reconstruire après la mort par overdose de son petit ami, avec une tendresse certaine, il la filme sans rien édulcorer. Et sans doute mon ressenti (je vais éviter de dire mon jugement) vient-il de moi, et non de lui.

Elle est belle, Mousse, c'est une fille "sympa et polie", une fille cool. Dans les années 80, on aurait dit "une frangine".  Mais aussi belle, aussi attachante soit-elle, avec sa grande soif de tendresse et de liberté,c'est un personnage que je trouve profondément triste, pitoyable même. Justement parce qu'elle est cool, parce que tout semble être égal, le sexe, la drogue, l'enfantement sont des actes aussi neutres que servir un café. Et je trouve ça triste, tout comme je trouve triste ce refus de l'engagement au nom de l'indépendance.

J'ai beaucoup aimé le film. Seulement voilà, je suis un affreux réac. Ozon nous filme un joli portrait de femme, une belle histoire de fragilité et je n'y vois que la profonde tristesse d'une fuite qui ne trouvera nul refuge. Parce que ce n'est pas un refuge qui manque aux Mousse, c'est un point d'ancrage par lequel ils ou elles laisseraient le monde l'atteindre, le sentiment profond qu’ils ont leur place dans ce monde et que cela implique une responsabilité…

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Une marque sur la porte

21 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

ali-baba.jpgPrédication du 21 février 2010

Matthieu XI, 28 à 30

Apocalypse VII, 9 à 17

Exode XI, 1 à XII, 36

 

Durant la Pesah, la Pâques juive, le repas de Seder est un repas extrêmement ritualisé. On voit bien à quel point l'Exode est mis en scène dans ce repas. Tout est fait pour rappeler ce que fut cette nuit fondatrice de la sortie d'Egypte. Chaque élément est représenté, l'amertume de l'esclavage avec les herbes amères, les plaies d’Egypte, la hâte du départ avec les pains azymes, le départ lui-même. Tous les éléments sauf un. La marque de sang tracée sur les linteaux des portes.

En effet, comme le montrent les question des enfants « pourquoi cette nuit est elle différente des autres nuits ? » et le récit qui leur répond, le rituel de Pâques a un but commémoratif, on se rappelle, en la jouant, cette sortie d'Egypte mais cette sortie reste un évènement passé. Elle a eu lieu une fois pour toute : il n'est plus nécessaire de se protéger de l'exterminateur en traçant une marque sur sa porte. Si le rite devait être protecteur, les portes se teinteraient à nouveau de sang. Mais non, en célébrant Pâques aujourd'hui, les juifs ne se protègent plus, ils se rappellent cette nuit au cours de laquelle leurs pères se sont protégés. Le rituel exprime une libération mais il ne libère pas, c’est Dieu qui libère.

 

Et pourtant cette marque sur la porte est l'aspect du récit qui frappe le plus mon imagination enfantine. D'une part parce qu'elle est très visuelle et surtout parce qu'elle est doublement saugrenue.

Saugrenue tout d'abord parce qu'elle est nécessaire. Ainsi donc, le Dieu omniscient et tout puissant n'est pas capable de savoir où habitent les membres de son peuple. Il est aussi dépourvu de sens de l'orientation que le chef des brigands qui fut obligé de faire une marque à la craie sur la maison d'Ali Baba pour la retrouver dans le dédale des rues de Bagdad.

Et le parallèle avec l'histoire d'Ali Baba me permet de souligner l'autre incongruité de cette marque qui va, pour les hébreux, faire la différence entre la vie et la mort. Dans l'histoire d'Ali Baba, quand la servante d'Ali Baba, la rusée et dévouée Morgiane voit la marque sur la maison de son maître, il lui suffit, pour perdre les brigands, de tracer une marque semblable sur toute les portes alentour. Ainsi le signe distinctif se caractérise par sa faiblesse. Pensez donc : juste un peu de sang sur une porte pour faire la différence entre égyptiens et hébreux, entre la mort et la vie. C'est un peu léger, non ?

 

Parce qu'elle est saugrenue, cette marque est significative. Elle l'est pour le peuple hébreux bien sûr, elle l'est aussi pour nous, chrétiens puisque l'Apocalypse nous enseigne que nous sommes au bénéfice d'une marque semblable, le sang de l’agneau qui lave les tuniques des élus ne peut qu’être une référence pascale. Oui, le crucifié de Golgotha, comme la trace de sang sur la porte des maisons des hébreux est pour nous un signe d’appartenance et une protection. Et c’est une marque tout aussi dérisoire : un agneau à l’abattoir, un innocent crucifié, voilà donc notre forteresse.

 

         Il est évident que nous sommes dans le récit mythique : Dieu n’a pas besoin d’une marque qui distinguerait les maisons de ses élus de celle des autres. Cette marque n’est pas pour Dieu, elle est pour nous. Et le fait même de nous rappeler qu’une marque distinctive est nécessaire pour nous différencier  des autres est un enseignement.

         En effet, les chrétiens comme les juifs, ont parfois tendance à lire leur foi comme une preuve de leur supériorité. Je pense à ces grands raisonnements qui visent à prouver l’existence de Dieu et finalement à démontrer la bêtise ou le manque de logique de ceux qui n’y croiraient pas. Je pense à l’argument qui fait découler la morale de la foi. Les athées seraient donc amoraux voire immoraux, alors que nous chrétiens, nous devrions être des gens biens. Mais si nous étions à ce point plus intelligent et meilleur que les autres, alors nous nous distinguerions par nous même, nous n’aurions pas besoin d’une marque distinctive.

         Mais voilà que Dieu nous donne un signe d’appartenance qui n’est pas manifeste dans notre comportement mais sur le montant de nos portes, sur notre tunique, une marque d’identité qui n’est pas inscrit dans nos gènes mais dans le sang d’un autre. Le sang de l’agneau nous rappelle que notre identité la plus importante, celle de fils et de filles de Dieu, ne se trouve pas en nous mais qu’elle nous est donnée, elle vient de l’extérieur et elle est extérieure à nous. Par cette marque, Dieu nous revendique comme siens. Nous n’avons pas à devenir ou à être, nous recevons ce que nous sommes. Nous sommes accueillis par notre Dieu et cela transforme notre vie. Nous sommes accueillis par notre Dieu et cela facilite quand même beaucoup notre appartenance, n’est ce pas ? Nous devrions y songer lorsque nous demandons aux autres de s’intégrer : il est plus facile de s’intégrer, de se sentir appartenir à un groupe lorsque l’on y est accueilli.

 

         J’en viens à la seconde saugrenuité, la fragilité et la faiblesse de cette marque qui est à la fois signe distinctif et protection. Un peu de sang sur une porte, le nom d’un innocent crucifié, voilà comment Dieu identifie et garde ses élus. C’est un peu léger, non ?

Pensez à toute l’énergie que nous déployons pour nous protéger. Pensez à nos systèmes d’alarme, à nos dispositifs anti-vol, pensez à nos assurances diverses, pensez aux principes de précaution que nous mettons en place  dans l'espoir de nous protéger. Je fais partie des gens inquiets, des froussards ou des anxieux pourrait-on dire. Mais comment ne pas éprouver un profond sentiment d’absurdité quand on en vient à interdire les vieilles luges en bois sur certaines pistes. Comment ne pas voir à quel point nos sécurités nous emprisonnent.

Eh bien, bénis soit notre Dieu qui nous protège sans nous enfermer dans une forteresse qui ressemblerait à une prison. Bien sûr, il ne nous garde pas de tout danger, de tout problème, mais il nous assure que toujours il sera à nos côtés, que rien ne nous séparera de lui.

Pensez à la complexité des débats sur l’identité, aux difficultés que certains peuvent rencontrer pour faire reconnaître leur identité. Pensez aux carcans que peuvent devenir parfois notre identité, quand on nous catalogue, comme homme ou femme, vieux ou jeune, intellectuel ou manuel, ce que nous sommes bien sûr mais alors que nous sommes tellement plus.

Et voilà que notre Dieu nous donne une identité véritable, une identité qui nous relève et nous fait vivre, une identité dont la marque est légère, une identité qui nous libère. Il nous appelle son peuple, il nous appelle ses fils et ses filles et pour cela, il ne nous demande ni passeport, ni ascendance ni conditions particulières, il ne contrôle pas nos antécédents. Il ne nous demande pas d’adhérer à des dogmes établis une fois pour toute, il ne nous demande pas de sacrifier à des rituels compliqués Il nous prend simplement pour siens, il nous invite à la vie.

 

Frères et sœurs,

Elle est fragile et folle notre marque d’appartenance : un innocent crucifié. Elle est fragile et folle notre forteresse : l’affirmation que ce crucifié est vivant. Et c’est dans cette folie, dans cette fragilité que commence notre marche d’hommes et de femmes libres.

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