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Castellion 1 - Calvin 0, la balle au centre ?

6 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Sans doute en (saine) réaction à une certaine calvinolâtrie manifestée lors de l’année Calvin, un colectif Castellion 2015 s’est formé et a constitué son groupe Facebook. L’ironie c’est que j’ai vécu l’année Calvin comme une (saine réaction) à l’anticalvinisme  primaire qui sévit dans le protestantisme français. Parmi les actions du collectif Castellion, un petit article sur Facebook consistant en une série de citations que j’ai trouvées très partialement choisies afin de bien montrer quel monstre était Calvin et je leur ai fait part, après avoir honteusement détourné la citation fétiche de Castellion, de la réflexion que je vous livre ici

« Je crois assez stérile d'essayer d'opposer un réformateur à l'autre. Pour moi l'héritage de la Réforme, c'est justement de sortir de la canonisation ou de la diabolisation, des procès en hérésie pour tirer de la pensée des réformateurs, de leurs différences, de leurs débats, de leurs oppositions même une véritable richesse. Bref, continuer la recherche et la réflexion sans se focaliser autour des personnes... »

Effectivement les réformateurs se sont souvent opposés et parfois violemment. Ces oppositions ne me gênent pas, je les vois comme une richesse du protestantisme, de sa théologie et de son histoire. Une richesse à condition que nous recevions ces débats comme un héritage, sans nous sentir obligés de nous établir comme un magistère tranchant qui a raison, qui a tort. Je ne me sens pas captif des écrits de Calvin (heureusement !), ni de ceux de Luther (encore heureusement !), ni de ceux de Castellion (là je sais pas si c’est heureusement, je les connais moins bien mais je tâcherai d’y remédier) ou d’autres… Avec bien d’autres théologiens modernes ou anciens, catholiques ou protestants, ils m’ouvrent des perspectives, des pistes de réflexions pour mieux comprendre et recevoir la seule parole qui me lie et me libère, la Bonne Nouvelle de Jésus, le Christ, une bonne nouvelle qui s'est, dès le départ, transmise dans une grande diversité d'opinion et donc une grande liberté.

Ceci dit, je suis ravi de voir Facebook comme lieu de débat théologique, ça me donne encore plus hâte de voir arriver l'Eglise Réformée sur le Web. 2

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Cas de conscience

3 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

cas de conscienceSi j’avais siégé pour ces trois affaires au Tribunal Contitucional de Madrid ou au Bundersverfassungsgericht de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande) et non au Conseil constitutionnel français, chacune des décisions prises aurait été publiée au Journal Officielle, accompagnée, comme c’est partout la règle, d’annexes présentant publiquement les « opinions différentes », les opinions minoritaires avec les argumentaires, contre-propositions et solutions alternatives proposée – mais rejetée par la majorité au moment du vote. Appelées votos particolares en Espagne, Sondervotum en Allemagne, dissent à la Cours suprême des Etats-Unis et dans les autres cours anglophones, ou encore « opinions différentes », « divergentes », ou « dissidentes », les expressions publiques d’avis différents, sur des questions juridiques complexes, font partie du droit commun universel et pour commencer européen – comme c’est le cas à la Cours européenne des droits de l’homme.

La publication des opinions différentes en France –où elle n’est pas encore pratiquée, aura pourtant bientôt l’avantage de mettre en perspective l’évolution du droit et d’en éclairer les différents facteurs.

Pierre Joxe

 

Je suis devant un cas de conscience : puis-je vraiment aller à l'encontre de mon corporatisme protestant, de mes sympathies politiques et de ma gentillesse naturelle en disant du mal du livre de Pierre Joxe, juste parce qu'il ne correspond pas à ce que m'attendais à y trouver ?

En effet,  l'expression "cas de conscience" m'évoque une situation dans laquelle un choix doit être fait, une position doit être prise qu'on sait discutable ou critiquable. Devant un cas de conscience, j'agis au mieux, souvent au moins pire. Et je pensais que Cas de conscience allait me faire pénétrer dans les arcanes de la réflexion d'un protestant engagé dans la politique ainsi que dans l'Eglise.  Je pensais que la realpolitik allait rencontrer le realtheologik, que le témoignage de Pierre Joxe montrerait à quel point l’Evangile ne nous montre pas toujours le chemin à suivre mais nous interroge sur nos choix. Malheureusement, le livre de Pierre Joxe évoque surtout des "affaires de conscience", des situations où Joxe a agit selon sa conscience. J'exagère un peu : un conflit entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est tout de même esquissé...

 

A cette déception s'ajoute un agacement : les 100 premières pages au moins du livre (je ne me prononce pas pour le reste, je ne sais pas si ça se calme ou si je m'y suis habitué) sont un chef d'oeuvre d'autosatisfaction. Je suis bien persuadé que Mr Joxe est un travailleur acharné, un modèle de droiture, épris de justice, agissant toujours au nom de ses convictions sans jamais céder au compromis, mais le lire le souligner à longueur de pages, c'est franchement insupportable. Certes on ne peut pas lui reprocher sa fausse modestie mais du coup Cas de conscience est plus de l'ordre du "droit dans mes bottes" que de "la tempête sous un crâne" (et j’avoue préférer les tempêtes sous un crâne)

 

En revanche, j’aime beaucoup l'espoir de voir arriver l'expression d'une opinion divergente. Un espoir animé par la conviction que loin de perdre les esprits simples, l'expression des opinions divergentes permet à chacun de mettre en perspective l’évolution du droit, de comprendre les différents enjeux, bref, de susciter notre conscience à faire des choix politiques.

 

Bien sûr les affaires évoquées par Pierre Joxe ne manquent pas d’intérêt mais pour tout dire, je ne lis habituellement pas les livres des personnalités politiques. L’éditeur * et la présentation de celui-ci (ainsi que la pub’ faite par certains de mes collègues) m’avait donné envie d’essayer. Eh bien, disons que c’est une tentative infructueuse…

 

P. Joxe : Cas de conscience. Labor et Fides

* : je devrais être plus prudent, c'est la deuxième fois en peu de temps que je ne trovue pas ce que je pensais trouver dans un livre de chez Labor et Fides

 

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En route, et souviens-toi

28 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 février 2010

I Corinthiens XI, 23 à 26

Exode XII, 36 à XIII, 16

 

Cette fois, ça y est, l’Egypte est vaincue, Pharaon laisse partir les hébreux,et c’est un peuple tout entier qui se met en marche. Vers où ? Vers un pays ou coule le lait et le miel.

Mais à l’heure du départ, ce pays, cette terre promise n’est qu’à peine évoquée au détour d’un verset. Normal, pour le moment ce qui compte c’est le départ, la mise en route… C’est vrai que cette mise en route occupe plus de place que l’arrivée : trois fois plus, trois versets. Un grand peuple est parti à la hâte avec tous ses troupeaux.

Bref, dans ce texte de la sortie d’Egypte, le départ et l’arrivée occupent à peine 10%. Si je compte en plus le verset consacré au temps passé en Egypte, à l’endroit que l’on quitte, nous voyons bien que 85% de récit du départ d’Egypte sont consacrés à la manière dont il faudra faire mémoire de ce départ une fois qu’on sera arrivé.

Et je rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas le contexte que ce temps de mémoire a déjà été largement développé dans les deux chapitres précédents.

Parce que c’est un texte de mise en route, il nous protège contre la tentation du conservatisme. Parce que c’est un texte de mémoire, il nous protège contre la tentation de la course à la nouveauté.

 

Le modernisme et le conservatisme sont des tentations humaines, que l’on trouve à bien des niveaux. J’en vois l’expression la plus profonde et la plus absurde sur une étiquette : « Nouveau ! Recette à l’ancienne. » La soif de vivre comme autrefois conjointe à la soif de faire du neuf.

Bien sûr, ces tentations traversent aussi notre manière de vivre l’Eglise. Et je ne ferai pas de hiérarchie entre les deux : elles sont pareillement dangereuses.

Commençons par parler du conservatisme. Après tout c’est celle que l’on attribue le plus souvent aux religions et aux Eglises. L’Eglise n’est-elle pas ce lieu où l’on lit de vieux textes, ou l’on reproduit d’anciens rituels. Combien de nos contemporains voient les religions comme les survivances anachroniques d’une antiquité révolue… Et nous leur donnons parfois raison. On peut difficilement nier qu’il y a une tendance assez forte dans les Eglises à regretter le bon vieux temps, quand il y avait plus de jeunes (des experts pensent d’ailleurs que le premier concile de Jérusalem, après avoir traité la question de la circoncision des chrétiens d’origine païenne, s’est interrogé sur l’absence de jeunes dans les églises), que les pasteurs étaient de vrais pasteurs et qu’il y avait plus de monde au culte. Cela nous fait sourire car nous savons, heureusement rire de nos propres travers, mais je me demande à quel point ce regret du temps passé n’est pas derrière beaucoup de refus de la modernité, plus que de vrais arguments théologiques ou philosophiques.

Bien sûr, cette tentation n’est pas propre à l’Eglise. On retrouve ce mythe de l’âge d’or partout. Il est toujours joli le temps passé, ironisait Brassens. A la fin de sa vie, il écrivait : « le passéiste ».

         Eh bien face à cette tentation de nous enfermer là où nous sommes, de refuser que les choses changent, la Bible nous invite au départ. Elle nous ouvre un horizon, une promesse. Elle nous dit que tout commence quand nous nous mettons en route. Et que tout meurt, tout s’arrête lorsque la femme de Loth se retourne, lorsque le peuple hébreu regrette le bon vieux temps où on était en Egypte… Le changement nous fait peur, c’est ce qui nous rend profondément, viscéralement conservateur. Il est plus facile d’enjoliver hier que d’imaginer demain, on risque moins d’être déçu… Mais voilà, notre Dieu nous invite au départ…

 

         Alors, allons de l’avant, mettons-nous en route, du passé faisons table rase, changeons tout. Et voila que se profile l’autre tentation, tout aussi forte, tout aussi dangereuse, celle du modernisme à tout crin, de la course à la nouveauté. Il faut faire du neuf, il faut faire de l’inédit. Si c’est du jamais vu, c’est forcément bien. On trouve ce culte de la nouveauté à tout crin dans nos Eglises également. Tout ce qui compte c’est que ce soit original. Le problème c’est que nous y perdons notre esprit critique puisque toute critique vient forcément d’un esprit rétrograde qui refuse le changement. Nous passons de « On a toujours fait comme ça, donc c’est forcément bien » à « on a jamais fait ça, donc c’est forcément bien ». Est-ce vraiment un progrès ?

Et pire encore, nous sommes tellement à la recherche d’inédit que nous oublions de regarder ce qui a déjà été fait, de vois si de vieilles recettes ne seraient pas transposable aujourd’hui (sans que nous nous sentions obligés de les étiqueter comme « nouvelles »).

A force de toujours chercher la nouveauté, ne risquons-nous pas de perdre ce qui nous relie à cette Parole qui nous est transmise d’âge en âge, de génération en génération ?

 

Notre but est-il de répéter sans cesse une litanie ronronnante et tellement connue qu’elle nous berce comme un vieux refrain ? Notre but est il de trouver des formules qui passent aujourd’hui, le choc des mots ? Ou bien notre but est-il d’être témoins aujourd’hui d’une Parole qui retentit depuis l’aube des temps.

         En ce jour d’assemblée générale, au moment où nous allons évoquer l’année passée, faire des projets pour l’avenir, nous devrions réentendre ce commandement qui nous permet de relier le passé et l’avenir sans être captif d’aucun des deux. « Souviens toi »

 

« Souviens toi » parce que finalement ces deux tentations sont celles de l’amnésie. Le conservatisme s’invente un passé, ce qui revient à oublier celui qui a vraiment été. Souviens toi mais souviens toi de quoi ?

 Souviens toi que c’est ton Dieu qui a main forte t’a fait sortir du pays d’Egypte où tu étais esclave. Souviens toi de la mort et de la résurrection du Christ pour toi. Souviens toi que ton Dieu est ton Père, ton Sauveur et ton libérateur.

         Oui souvenons-nous de cela à lorsque nous élaborerons des projets, lorsque nous évoquerons des souvenirs, lorsque nous discuterons à propos du chauffage, des finances et de nos projets. Souvenons-nous de cela lorsque nous construisons notre vie d’Eglise, souvenons-nous que notre Eglise ne jaillit pas de nos projets, de nos réalisation mais de ce que Dieu fait pour nous. Souvenons nous que notre Eglise n’est pas une charge pour nous mais un cadeau qui nous est offert. C’est Dieu qui fait rassemble ce peuple divers de toute nationalité, de toute catégorie sociale, de tout âge que nous sommes.

Et puis, ne sombrons pas dans l’amnésie dès que nous passerons les portes de ce temple. Mais à chaque moment de notre vie, au milieu de nos joies et de nos peines, dans nos temps de paix et dans nos temps d’affrontement, dans nos colères et dans nos amertumes, souvenons nous de notre Dieu qui nous libère, qui nous garde, qui donne un sens à notre vie.

 

Mon frère, ma sœur, mets toi en route et souviens toi.

 

Amen

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Eclaircie et illumination

27 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

C’est dans la lecture de la bible et dans son étude que je vis ma spiritualité. Plus encore que dans mes temps de prière, c’est là, que je sens et que je vis la présence de Dieu dans ma vie.

Ces jours-ci, je vis des jours de tempête, jours de frustrations et de colère. Rien à voir avec mon ministère pastoral, rien de véritablement grave, un bête souci administratif. Sans doute plus tard, traverserai-je de vraie tempête et percevrai-je que ce n’était rien de plus qu’un petit grain, un peu de houle

Mais cet appel à la raison n’y fait rien, je suis furieux, frustré, triste, rageur. Cela me prend de la disponibilité et de l’énergie, cela empiète sur mon ministère comme sur ma vie familiale. Pour pas grand-chose.

Et puis, hier en plein milieu d’une étude biblique, une éclaircie, un sentiment de paix. Je n’ai rien oublié du problème que nous traversons, je l’ai simplement vu avec des yeux neufs, des yeux de liberté. J’ai vu le positif de la situation, j’ai pu la relativiser et surtout, surtout, alors que la  ne s’agissait plus de vaincre ou de prendre une revanche, il s’agissait d’agir librement, dans l’amour.

Le problème reste posé. On verra le moment venu quelle en sera l’issue (rien d’insurmontable de toute façon). Et pour tout dire, en moi continue la lutte entre la rage et l’approche aimante et confiante, entre le péché et la libération, un combat très concret : continuer à éplucher un dossier, en quête de failles, d’éléments qui m’assurent que la loi est pour nous, ou sortir de cette spirale de colère, cesser de ruminer, avoir des lectures, des échanges, des pensées qui me nourrissent au lieu de me blesser… Le choix devrait être tellement évident et il est si dur,  au dessus de mes forces en tout cas.

Et malgré ce combat, malgré ma faiblesse, malgré ces chaînes de colère qui continuent à peser, je sais déjà que mon étude d’hier ne m’a pas offert une oasis, une brève respiration avant de retourner dans le chaos du réel, encore moins une évasion (quand je veux m’évader, je prend une bédé (et c’est pas spécialement efficace)). Je sais déjà que c’est le contraire, la vérité de ma vie n’est pas dans la tempête que nous traversons, elle est dans la paix qui m’est donnée.

La Bible ne m’a pas fait oublier le problème, elle ne m’a pas donné la solution, elle a simplement changé mon regard. Non, pas au passé. Elle change mon regard.

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Le refuge

24 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

LE-REFUGE.jpg

Je ne suis pas certain que François Ozon soit un affreux réac. Donc, ça doit être moi.

En effet, si Ozon filme Mousse, ex junkie enceinte qui essaye de se reconstruire après la mort par overdose de son petit ami, avec une tendresse certaine, il la filme sans rien édulcorer. Et sans doute mon ressenti (je vais éviter de dire mon jugement) vient-il de moi, et non de lui.

Elle est belle, Mousse, c'est une fille "sympa et polie", une fille cool. Dans les années 80, on aurait dit "une frangine".  Mais aussi belle, aussi attachante soit-elle, avec sa grande soif de tendresse et de liberté,c'est un personnage que je trouve profondément triste, pitoyable même. Justement parce qu'elle est cool, parce que tout semble être égal, le sexe, la drogue, l'enfantement sont des actes aussi neutres que servir un café. Et je trouve ça triste, tout comme je trouve triste ce refus de l'engagement au nom de l'indépendance.

J'ai beaucoup aimé le film. Seulement voilà, je suis un affreux réac. Ozon nous filme un joli portrait de femme, une belle histoire de fragilité et je n'y vois que la profonde tristesse d'une fuite qui ne trouvera nul refuge. Parce que ce n'est pas un refuge qui manque aux Mousse, c'est un point d'ancrage par lequel ils ou elles laisseraient le monde l'atteindre, le sentiment profond qu’ils ont leur place dans ce monde et que cela implique une responsabilité…

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Une marque sur la porte

21 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

ali-baba.jpgPrédication du 21 février 2010

Matthieu XI, 28 à 30

Apocalypse VII, 9 à 17

Exode XI, 1 à XII, 36

 

Durant la Pesah, la Pâques juive, le repas de Seder est un repas extrêmement ritualisé. On voit bien à quel point l'Exode est mis en scène dans ce repas. Tout est fait pour rappeler ce que fut cette nuit fondatrice de la sortie d'Egypte. Chaque élément est représenté, l'amertume de l'esclavage avec les herbes amères, les plaies d’Egypte, la hâte du départ avec les pains azymes, le départ lui-même. Tous les éléments sauf un. La marque de sang tracée sur les linteaux des portes.

En effet, comme le montrent les question des enfants « pourquoi cette nuit est elle différente des autres nuits ? » et le récit qui leur répond, le rituel de Pâques a un but commémoratif, on se rappelle, en la jouant, cette sortie d'Egypte mais cette sortie reste un évènement passé. Elle a eu lieu une fois pour toute : il n'est plus nécessaire de se protéger de l'exterminateur en traçant une marque sur sa porte. Si le rite devait être protecteur, les portes se teinteraient à nouveau de sang. Mais non, en célébrant Pâques aujourd'hui, les juifs ne se protègent plus, ils se rappellent cette nuit au cours de laquelle leurs pères se sont protégés. Le rituel exprime une libération mais il ne libère pas, c’est Dieu qui libère.

 

Et pourtant cette marque sur la porte est l'aspect du récit qui frappe le plus mon imagination enfantine. D'une part parce qu'elle est très visuelle et surtout parce qu'elle est doublement saugrenue.

Saugrenue tout d'abord parce qu'elle est nécessaire. Ainsi donc, le Dieu omniscient et tout puissant n'est pas capable de savoir où habitent les membres de son peuple. Il est aussi dépourvu de sens de l'orientation que le chef des brigands qui fut obligé de faire une marque à la craie sur la maison d'Ali Baba pour la retrouver dans le dédale des rues de Bagdad.

Et le parallèle avec l'histoire d'Ali Baba me permet de souligner l'autre incongruité de cette marque qui va, pour les hébreux, faire la différence entre la vie et la mort. Dans l'histoire d'Ali Baba, quand la servante d'Ali Baba, la rusée et dévouée Morgiane voit la marque sur la maison de son maître, il lui suffit, pour perdre les brigands, de tracer une marque semblable sur toute les portes alentour. Ainsi le signe distinctif se caractérise par sa faiblesse. Pensez donc : juste un peu de sang sur une porte pour faire la différence entre égyptiens et hébreux, entre la mort et la vie. C'est un peu léger, non ?

 

Parce qu'elle est saugrenue, cette marque est significative. Elle l'est pour le peuple hébreux bien sûr, elle l'est aussi pour nous, chrétiens puisque l'Apocalypse nous enseigne que nous sommes au bénéfice d'une marque semblable, le sang de l’agneau qui lave les tuniques des élus ne peut qu’être une référence pascale. Oui, le crucifié de Golgotha, comme la trace de sang sur la porte des maisons des hébreux est pour nous un signe d’appartenance et une protection. Et c’est une marque tout aussi dérisoire : un agneau à l’abattoir, un innocent crucifié, voilà donc notre forteresse.

 

         Il est évident que nous sommes dans le récit mythique : Dieu n’a pas besoin d’une marque qui distinguerait les maisons de ses élus de celle des autres. Cette marque n’est pas pour Dieu, elle est pour nous. Et le fait même de nous rappeler qu’une marque distinctive est nécessaire pour nous différencier  des autres est un enseignement.

         En effet, les chrétiens comme les juifs, ont parfois tendance à lire leur foi comme une preuve de leur supériorité. Je pense à ces grands raisonnements qui visent à prouver l’existence de Dieu et finalement à démontrer la bêtise ou le manque de logique de ceux qui n’y croiraient pas. Je pense à l’argument qui fait découler la morale de la foi. Les athées seraient donc amoraux voire immoraux, alors que nous chrétiens, nous devrions être des gens biens. Mais si nous étions à ce point plus intelligent et meilleur que les autres, alors nous nous distinguerions par nous même, nous n’aurions pas besoin d’une marque distinctive.

         Mais voilà que Dieu nous donne un signe d’appartenance qui n’est pas manifeste dans notre comportement mais sur le montant de nos portes, sur notre tunique, une marque d’identité qui n’est pas inscrit dans nos gènes mais dans le sang d’un autre. Le sang de l’agneau nous rappelle que notre identité la plus importante, celle de fils et de filles de Dieu, ne se trouve pas en nous mais qu’elle nous est donnée, elle vient de l’extérieur et elle est extérieure à nous. Par cette marque, Dieu nous revendique comme siens. Nous n’avons pas à devenir ou à être, nous recevons ce que nous sommes. Nous sommes accueillis par notre Dieu et cela transforme notre vie. Nous sommes accueillis par notre Dieu et cela facilite quand même beaucoup notre appartenance, n’est ce pas ? Nous devrions y songer lorsque nous demandons aux autres de s’intégrer : il est plus facile de s’intégrer, de se sentir appartenir à un groupe lorsque l’on y est accueilli.

 

         J’en viens à la seconde saugrenuité, la fragilité et la faiblesse de cette marque qui est à la fois signe distinctif et protection. Un peu de sang sur une porte, le nom d’un innocent crucifié, voilà comment Dieu identifie et garde ses élus. C’est un peu léger, non ?

Pensez à toute l’énergie que nous déployons pour nous protéger. Pensez à nos systèmes d’alarme, à nos dispositifs anti-vol, pensez à nos assurances diverses, pensez aux principes de précaution que nous mettons en place  dans l'espoir de nous protéger. Je fais partie des gens inquiets, des froussards ou des anxieux pourrait-on dire. Mais comment ne pas éprouver un profond sentiment d’absurdité quand on en vient à interdire les vieilles luges en bois sur certaines pistes. Comment ne pas voir à quel point nos sécurités nous emprisonnent.

Eh bien, bénis soit notre Dieu qui nous protège sans nous enfermer dans une forteresse qui ressemblerait à une prison. Bien sûr, il ne nous garde pas de tout danger, de tout problème, mais il nous assure que toujours il sera à nos côtés, que rien ne nous séparera de lui.

Pensez à la complexité des débats sur l’identité, aux difficultés que certains peuvent rencontrer pour faire reconnaître leur identité. Pensez aux carcans que peuvent devenir parfois notre identité, quand on nous catalogue, comme homme ou femme, vieux ou jeune, intellectuel ou manuel, ce que nous sommes bien sûr mais alors que nous sommes tellement plus.

Et voilà que notre Dieu nous donne une identité véritable, une identité qui nous relève et nous fait vivre, une identité dont la marque est légère, une identité qui nous libère. Il nous appelle son peuple, il nous appelle ses fils et ses filles et pour cela, il ne nous demande ni passeport, ni ascendance ni conditions particulières, il ne contrôle pas nos antécédents. Il ne nous demande pas d’adhérer à des dogmes établis une fois pour toute, il ne nous demande pas de sacrifier à des rituels compliqués Il nous prend simplement pour siens, il nous invite à la vie.

 

Frères et sœurs,

Elle est fragile et folle notre marque d’appartenance : un innocent crucifié. Elle est fragile et folle notre forteresse : l’affirmation que ce crucifié est vivant. Et c’est dans cette folie, dans cette fragilité que commence notre marche d’hommes et de femmes libres.

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Gainsbourg, une vie héroïque

18 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

gainsbourg.jpegRassurez-vous, je ne vais pas faire de Serge Gainsbourg une figure christique. J'aime bien le Gainsbourg d'avant Gainsbarre mais faut pas pousser, le dandisme provocateur, fut-il talentueux, n'a rien à voir avec l'Evangile. Je ne ferai pas non plus de relecture théologique des chansons de Gainsbourg, ni de rapprochement avec la pensée juive.
En fait, ce qui me motive à écrire cette note, c'est le procédé narratif utilisé par Sfar pour nous dépeindre son Gainsbourg. Sfar ne nous propose pas une biographie, ni même une biographie romancée du chanteur. Dans son film se mêlent souvenirs, anecdote connues, secrètes ou inventées, extrapolation et invention pure, imaginaire symbolique (la caricature du juif devenant le démon créateur qui finira par dévorer l'artiste, la tête de chou), interprétation de gestes et de paroles. Sfar joue avec la chronologie, il pratique l'ellipse, projette ses propres questions et préoccupations dans la vie de son personnage. En fait, à bien des égards, le film de Sfarr est une application cinématographique du genre littéraire des évangiles.
Un genre littéraire certes bien loin de la biographie, mais on mesure ici à quel point il permet de comprendre qui fut un individu, sans pour autant prétendre savoir tout de lui.
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Relire nos déserts

16 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 desert1-001.jpgL'Éternel entendit le bruit de vos paroles. Il s'irrita, et jura, en disant:   Aucun des hommes de cette génération méchante ne verra le bon pays que j'ai juré de donner à vos pères,

Deutéronome I, 34-35

 Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton coeur et si tu garderais ou non ses commandements. 

Deutéronome VIII, 2

Ton vêtement ne s'est point usé sur toi, et ton pied ne s'est point enflé, pendant ces quarante années.

Deutéronome VIII, 4


Quel sens donner aux quarante années passées dans le désert ? Si les trois réponses données par le Deutéronome ne sont pas forcément en opposition, elles sont tout de même difficilement compatibles entre elles : Dieu a-t-il puni les hébreux en leur imposant d'errer dans le désert ? Les a-t-il éprouvé afin de les rendre meilleurs ? Ou bien les a-t-il gardé pendant cette longue et périlleuse aventure ? Je ne suis pas certain qu'il faille choisir une réponse qui, fatalement, appauvrirait le texte (même si, comme tout le monde, j'ai ma réponse privilégiée). Bien au contraire, que cette multiplicité de réponses, même si certaine nous heurte dans nos convictions actuelles, constitue la richesse du texte biblique. Tout particulièrement si nous nous rappelons que ces trois réponses ont été élaborées bien après les faits. Le même livre présente donc trois relectures du même évènement. La foi ne nous impose pas une réponse toute faite pour expliquer nos traversées du désert, elle nous appelle constamment à les relire, à les comprendre sous un jour toujours nouveau.


Au jour du malheur, réfléchis

Qoeleth VII, 14

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L'appel et la pêche

14 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

peche.jpgPrédication du 14 février 2010

Esaïe VI, 1-8

I corinthiens XV, 1-11

Luc V, 1 à 11

 

Buisson ardent, chemin de Damas, l’appel de Dieu évoque chez nous des images spectaculaires. Pourtant et si l’appel était simple comme une partie de pêche ?

 

Les trois textes que nous avons entendus ce matin sont des récits d’appel. Mais un élément lie étroitement le récit de vocation d’Esaïe à celui des premiers disciples dans l’évangile selon Luc, Simon-Pierre et Esaïe réagissent de la même manière : « Je suis un homme pêcheur » « Je suis un homme aux lèvres impures". Face à la gloire de Dieu, Simon Pierre et Esaïe affirment leur limite, leur petitesse d'homme, ils manifestent cette crainte qui est de l'ordre du respect et de l'humilité plus que de la peur.

Mais ce trait commun nous conduit à souligner l'immense différence entre les deux textes. Le prophète voit Dieu se manifester dans le Temple, dans un contexte éminement religieux. En fait, la vision d'Esaïe est une amplification de ce qui est visible dans le Saint des Saints, une pleine manifestation de la gloire qui est symbolisée par l'Arche d'Alliance et les Séraphim.

En revanche, pour Simon-Pierre et les autres disciples, cette manifestation survient dans le cadre de leur travail, au coeur de leur vie quotidienne. Dieu passe de la sphère religieuse à la sphère profane. Ainsi, l'évangile selon Luc témoigne d'un Dieu qui nous rejoint là où nous sommes et non plus d'un Dieu vers lequel il nous faut nous élever par notre pratique religieuse.

 

C'est donc ainsi que va commencer la mission des apôtres, par un appel qui les saisit au beau milieu de leur vie de tous les jours. Luc nous le signale en nous offrant une scène de pêche très vivante et détaillée. On y voit les pêcheurs travailler ensembles pour encercler les poissons de leurs filets, manoeuvre délicate qui demande plusieurs barques agissant de concert et donc une très bonne coordination.

Mais cette description n'est pas seulement un documentaire sur la pêche sur le lac de Génésareth. En plantant son décors, Luc ne se contente pas d'insister sur le quotidien dans lequel les disciples sont appelés, il va aussi nous présenter, à travers la mission qui leur est confiée.

 

En effet, premier constat, Dieu ne nous appelle pas pour notre épanouissement personnel. Quand il se manifeste à nous, quand il éveille notre foi, il nous confie aussi une mission. C'est bien l'expérience qu'ont faite Esaïe, Simon-Pierre, Paul et tant d'autres témoins bibliques : que l'on soit religieux, simple pêcheur, collecteur de taxes, recevoir la bonne Nouvelle, c'est être appelé à proclamer à son tour. "Tu seras pêcheur d'homme"

 

Deuxième constat : cette pêche aux hommes est à l'image de la pêche miraculeuse : Pierre a pêché toute la nuit, il a déployé tout son savoir-faire à la meilleure heure, quand les conditions étaient les plus favorables mais ça a été en vain. Et alors que le moment est passé, alors que la fatigue amoindrit ses capacités, quand il relance les filets à la demande de Jésus, la pêche est prodigieusement abondante.

Notre pêche aux hommes ne dépendra pas de nos compétences, de notre application, des conditions dans lesquelles nous témoignerons de la Bonne Nouvelle. Le succès de notre pêche ne sera dû qu'au vouloir de notre Dieu.

Et pourtant, tout comme Simon Pierre, nous sommes appelés à participer pleinement à cette pêche. La pêche miraculeuse n'est pas la pluie de cailles de la traversée du désert, l'évangile ne nous dit pas que de "tous les côtés du navire, les poissons vinrent à sauter ohé ohé". Pierre et ses associés vont accomplir leurs gestes de tous les jours, ils vont déployer leurs compétences, s'impliquer pleinement dans cette pêche, bref, ils vont travailler.

De la même manière, si le succès de notre annonce ne dépend pas de nous, nous n'en sommes pas moins appelés à fournir un effort, à engager notre savoir-faire. Jésus ne nous appelle pas à nous tenir sur le rivage pour observer le spectacle mais bien à mettre notre barque à l'eau, à jeter nos filets, à travailler.

 

Et, c'est le troisième constat, à travailler comme Pierre et ses associés : ensembles. En utilisant la pêche comme image de notre mission de chrétiens, Jésus nous rappelle que cette tâche à laquelle nous sommes appelés n'est pas un travail solitaire. Pêcher seul, c'est voir la barque chavirer, les filets se briser, les poissons s'échapper. Pêcher seul c'est tout simplement impossible.

Il en va de même de l’annonce et du témoignage. Il faudrait être un géant de la foi et de la spiritualité pour pouvoir annoncer seul face à nos frères et nos sœurs l’amour de Dieu, la vie à laquelle il nous invite. C’est une mission trop lourde, trop immense pour un individu isolé. C’est ensembles que nous serons porteurs d’une bonne nouvelle, c’est ensembles que nous serons témoins de l’amour de Dieu.

Travailler ensemble, c’est faire équipe. Mieux, c’est faire corps ! Cela demande de la coordination, c'est-à-dire de la compréhension mutuelle, de la confiance et donc de la communication. Tout comme Pierre fit signe à l’autre barque, sachons demander de l’aide à nos frères et sœurs en Christ, sachons répondre aux demandes d’aide. Le travail en équipe fait partie du savoir faire que nous sommes appelés à exercer pour l’annonce de l’Evangile

 

Frères et sœurs, réjouissons-nous, notre Dieu nous rejoint dans notre quotidien.

Réjouissons-nous, il nous appelle à déployer notre savoir-faire, nos compétences. Il nous invite à la joie du travail bien fait.

Réjouissons-nous, il nous donne de n’être pas seul mais de travailler en équipe, en communion, en fraternité.

Réjouissons-nous car il nous promet une pêche innombrable, miraculeuse.

Réjouissons-nous et lançons notre barque à la mer : il fait de nous des pêcheurs d’hommes.

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Ni une, ni deux

13 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

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