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Vacances romaines (3)

4 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-255.jpg26/02

Ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible par des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles.

Romains I, 23

12h57

Place Navona. Zorro, Blanche-Neige, fée, princesse, cow-boy et indiens, au son d’un orchestre, des enfants déguisés jouent au milieu des jongleurs, vendeurs et bulles de savon. Les terrasses des restaurants sont pleines ainsi que les bancs publics, je n’ose pas imaginer la même place par temps un peu plus chaud… Je profite de la pause repas pour rédiger ces lignes.

Ce matin, petit parcours vers le Capitole en passant par la Colonne Trajan et non loin du Forum. Laurence refuse que je lance Madian de la roche tarpéïenne (c’est pénible quand la sensibilité maternelle s’oppose à la curiosité culturelle…). Les enfants réclament un musée (oui, bon, c’est surtout pour se mettre au chaud et faire une pause pipi), nous découvrirons donc une partie du musée du Capitole rénové et réorganisé (une bonne surprise pour papa qui avait un souvenir de musée à l’ancienne). Tellement réorganisé que nous assistons à l’arrivée de statues, c’est un peu genre « cette antiquité là, je ne sais pas, elle était pas là hier… »

Pendant que les filles achètent des légumes pour le pique nique et que papa et les garçons lisent à l’ombre d’un obélisque perché sur un éléphant, je jette un œil à une boutique de mode sacerdotale et à la seule église gothique de Rome (ben elle est aussi chargée que les églises baroques en fait).Gesu--6--La-Religion-triomphant-de-l-Heresie.jpg

Ensuite, nous faisons tous un arrêt à l’église Gesù, archétype des églises de la Contre-Réforme. J’avais écrit, il y a quelques années que les temples khmères faisaient passer la plus baroque des églises pour un modèle d’austérité… J’abjure mon erreur d’alors. Imposante, opulente, vraiment pas belle, j’avoue me demander comment la moindre prière chrétienne peut s’élever d’un tel lieu. Mais c’est vrai que le but n’est pas de prier mais d’en imposer ; Ma réflexion sur la religion romaine se confirme, mais j’attends encore la visite du Vatican (demain !) pour la formuler. Je photographie quand même la Religion écrasant l’Hérésie, ça fera rire mes paroissiens.

Après cela, bref passage au Panthéon qui me paraît très sobre, par comparaison. Jusqu’ici les lieux étaient relativement peu peuplés mais là l’affluence commence.

22h

Après le pique-nique et un coup d'oeil aux quatre fleuves (Amos trouve quand même curieux qu'un bonhomme couché représente un fleuve !), petite promenade dans les rues jusqu’à Château Saint Ange que nous ne visiterons pas. Un bref coup d’œil au Vatican et à son allée d’obélisques. Demain, nous arriverons en métro par l’autre côté paraît-il… Je m’abstiendrais de tout commentaire sur le fait que ce soit la police financière qui soit postée à la frontière… Tiens . Au milieu des calendrier Benoît XVI et des photos de papes, le bouquiniste ambulant vend des coloriages, je trouverai peut-être un coloriage Jean Paul II… Même pas !

Ensuite nous rebroussons chemin pour aller boire un café (pour les adultes) et manger une glace (pour les plus jeunes) (moi qui balance entre deux âges, je finirai la glace de Yaël)) avant d’aller voir encore quelques Caravage à Saint Louis des Français et à Saint Augustin. Très belle vocation de Matthieu (qui me fera sans doute une prédication) et une adoration des petites gens à Saint Augustin. C’est drôle, au milieu de tout ce faste, je me demande si le Caravage n’était pas un peu protestant… Holà, ça y est, je commence à être complètement atteint par cette parpaillomania qui veut que tout ce qui est bien soit nécessairement protestant !!! Bon, disons plutôt que les toiles du Caravage sont une véritable respiration évangélique.

Rome2011-084.jpgAutre respiration, nous sommes arrivés un peu tôt à Saint Louis. Heureusement, dans le coin, ula vitrine d’un joli atelier de sculpture sur bois, un magasin de jeux (pour « mes » jeux « à moi » pas vraiment de différence : même jeux, même prix, juste un peu plus de Lupus in Fabula que de Thiercelieux). Et puis la très sympathique librairie française… Allez, je craque pour Le petit lexique des hérésies (ou il n'y a ni catholicisme, ni papisme, ni mariolâtrie) et pour un Ellul (De la Révolution aux révoltes).

Au retour, nous croiserons aussi un magasin spécial Subuteo, mais cette fois, je résiste à la tentation. Faut dire que mes père et épouse m’expliquent à tour de rôle que si je veux jouer au foot, j’ai qu’à mettre des baskets, prendre un ballon et aller jouer dehors… Ils se sont donné le mot, je parie… Béotiens, va !

Enfin, une heure de repos à l’hôtel en attendant d’aller manger dans un petit restaurant familial à l’italienne…

Demain, c’est Vatican !!!!

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Vacances romaines (2)

3 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Rome2011-192.jpg25/02

Tel croit pouvoir manger de tout. Tel autre qui est faible ne mange que des légumes.

Romains XIV, 2

12h

Lever à 7h15 pour un petit déjeuner copieux à 8h, à 9h, nous sommes partis pour une ballade sur le thème « nous n’avons pas pu aller en Egypte, mais ça nous empêchera pas de voir des obélisques ! » (il y en d’ailleurs tellement à Rome que je me demande s’il en reste en Egypte). Et au passage, bien sûr, plusieurs églises en commençant par saint André du Quirinal et sa coupole ovale. Passage obligatoire à la fontaine Trévise où je tente le destin en ne jetant pas de pièces, Laurence et les enfants eux, sont assurés de revenir à Rome. Après la place d’Espagne, nous montons vers la Trinité du Mont. L’infaillibilité pontificale ne s’applique visiblement pas à l’aménagement urbain : quelle drôle d’idée d’aller boucher un point de vue avec un obélisque. A l’intérieur de l’église, je tombe sur un bel exemple des dangers de la piété mariale : extrait du commentaire sur une Nativité : « L’invention qui fait que la Vierge envoie des rayons de lumière vers l’enfants Jésus qui, à son tour, devient source de lumière est très belle ». Donc ce serait Marie la source de lumière pour Jésus…Ben voyons !!!!

La sobriété de la façade de Sainte Marie du Peuple me séduit assez, de même que l’écriteau « visite interdite pendant les offices ». Mais à l’intérieur, seule la Crucifixion de Pierre et la Conversion de Saul (deux Caravage) attireront mon regard…


Rome2011-210.jpg

15h

Une petite promenade dans le parc de la Villa Borghese. En attenda nt de manger, et pour se changer des monuments, quelques jeux avec un écureuil qui semble prendre beaucoup de plaisir à nous narguer en courant à travers les corneilles mantelées. Même par cette journée de février, le parc est tout à fait sympa et propice au pique nique (acheté à une vendeuse très fière de pouvoir placer quelques mots de français). C’est drôle cette habitude italienne de fourrer les viennoiseries : crème et confiture au petit déjeuner, jambon ou saumon et mozzarella à midi…, c’est pas mauvais. Pas vraiment bon, non plus.

 Après avoir mangé (et rédigé les notes précédentes), visite à la Villa Borghese. Alors ça, c’est de l’organisation : places à réserver à l’avance, à retirer une ½ heure avant la visite programmée à heure fixe. On fait alors entrer un groupe et on lui laisse deux heures dans le musée mais sans appareil photo. Un règlement draconien qui permet une visite tout à fait agréable. Yaël est décidée à s’intéresser, aussi devrai-je réviser ma mythologie en lui racontant le thème de bien des tableaux. Alors bien sûr, le jeune Bacchus et le David du Caravage, bien sûr, Apollon et Daphné, mais surtout, surtout, Proserpine enlevée par Pluton, Proserpine dont le marbre rend, par un miracle de sculpture, la souplesse de la chair…

Et puis aussi, une exposition Kranach, que je retrouve à Rome, comme un ami, et qui me donne très envie d’aller visiter l’exposition parisienne (il faudra que je fasse une comparaison entre le portrait de Luther et celui des papes de son époques, d’ailleurs, et puis aussi une recherche sur Lucina et Norcino surpris par l’ogre (ah ! pour ce dernier, j’ai trouvé, c’est dans le Roland Furieux)

Au bout de 90 minutes, les enfants ont leur compte, j’aurais pu flâner encore une trentaine de minutes, mais je crois avoir tout vu et je commence aussi à saturer.

Petite pause en attendant mon père et rédigeant ces lignes…

21h45

Retour tranquille vers l’hôtel (avec une dernière visite à… argh, j’ai oublié de noter le nom de la voisine de Saint André du QuRome2011-211.jpgirinal. L’après midi se termine tranquillement avec quelque parties (et autant de défaites) à Sole Moi, Dobble et Mow avant d’aller dîner. Dernière considération culinaire de la journée : on n’essaye pas d’aller manger à 7 dans les restaurants recommandés par le Routard sans avoir réservé à l’avance. Après 3 refus, nous finissons par trouver des places juste en face de l’hôtel (et nous profitons pour réserver dans les restaurants complets, histoire de s’assurer d’un peu de variété pendant le séjour). Hier c’était pizza, aujourd’hui ce sera donc pâtes (raviolis aux noix, hmmm).

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Vacances romaines (1)

2 Mars 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

Sainte-Marie-Majeure--arriere-.jpgEt c’est ainsi que nous sommes allés à Rome.

Actes XXVIII, 14

 

24 février 2011

10h50

Charles de Gaulle

La fièvre révolutionnaire qui s’est emparée du Moyen Orient nous a conduit à repousser le voyage paroissial prévu en Egypte au mois d’octobre prochain. Mais s’il n’est pas toujours possible d’arriver au Caire, tous les chemins mènent à Rome et c’est là, qu’en lot de consolation, mes parents nous proposent de passer quelques jours.

Nous voici donc en salle d’embarquement au Terminal 2 de Roissy-Charles de Gaulle. Les enfants vont prendre l’avion pour la première fois et, avec eux, je vais découvrir Rome au rythme du programme que mon papa nous a concocté. Et comme ce serait dommage qu’un voyage ne soit pas l’occasion d’un de ces carnets de route sans aucun intérêt dont j’ai le secret, c’est parti !!!

 

21h40 Rome

Le vol s’est bien passé, à part un atterrissage un peu secoué. Très joli moment au dessus des Apes, Amos veut absolument attirer l’attention de sa petite sœur sur le paysage qui s’étend au dessous de nous. C’est dans ces moments-là qu’on obtient la certitude qu’au-delà des perpétuelles chamailleries, ils forment une vraie fratrie… D’un autre côté, si le même Amos voulait bien s’abstenir de crier « Youpi ! On va tous mourir ! » à chaque trou d’air, ça m’arrangerait.

R.A.S de l’aéroport jusqu’à la gare (ah si ! j’aime bien les séparations transparentes entre les compartiments du Léonardo). Petite marche de la gare vers notre hôtel, un hôtel étrange ou le 3ème étage est inaccessible par l’escalier (enfin, il y en a quand même un de secours, heureusement !) et où l’eau coule bruyamment dans les murs (mais je ne devrais pas me plaindre : Julia Roberts, elle, en Italie, elle n’avait pas l’eau courante (wow, j’aurais peut-être du revoir Dolce Vita ou au moins Vacances romaines avant de partir, parce que Mange, prie, aime pour toute référence cinématographique, ça va pas arranger mon image)

Une fois installés, nous remontons vers Sainte Praxede. Je n’ai lu aucun guide et je me laisse guider, aussi suis-je un peu surpris du choix de mon père : la basilique ne me semble avoir aucun intérêt : il y a bien cette mosaïque qui a l’air ancienne, mais tout est tellement sombre…

Et d’un coup, la phrase sibylline de mon père à propos de monnaie pour la lumière des églises s’éclaire et avec elle,Sainte-Praxele-2.jpg l’apocalypse carolingienne, pour quelques minutes en tout cas. Tiens, le pape présent n’a pas d’auréole mais une sorte de nimbe carré ! C’est parce qu’il était encore en vie à l’époque de la mosaïque. Il ne me reste plus qu’à essayer de trouver plus de renseignements sur la symbolique du carré et du cercle.

Nous paierons aussi pour voir s’illuminer le reliquaire de la colonne de la flagellation. Quel dommage ! Le génie publicitaire qui a eu l’idée de vendre un morceau de colonne en prétendant que le Christ y avait été attaché pendant sa passion ne sera jamais connu…

Mais plus encore que dans la jolie vierge à l’enfant, l’intérêt de la chapelle réside dans ces magnifiques Pierre et Paul débordant d’énergie et de vie qui montrent le trône. A l’extérieur de la chapelle, un autre mystère : deux arches entourent la porte. Jésus et ses apôtres, jusqu’ici c’est normal, mais juste en dessous, Marie, 2 moines et 10 femmes. Qui sont elles ? Pas d’indication dans nos guides. Faudra continuer les recherches…Joli mot de Yaël en sortant : « Regarde papa : Jésus sous forme humaine !

- Euh… sous quelle autre forme le connais-tu ?

- Mais non ! Je voulais dire à taille humaine…

En fait, le crucifix est deux fois plus grand.

 

Ensuite, nous nous dirigeons vers la voisine Sainte Marie Majeure dont nous avions déjà pu admirer l’arrière, plus beau que l’avant coincé entre deux bâtiments plus récents (je ne devrais peut-être pas déjà faire des commentaire sur le derrière de Sainte Marie Majeure, mais bon…) En tout cas, bâtiments plus récents ou pas, l’entrée baroque me laisse de marbre (arf). Mais je pense que la Contre Réforme aura peu de chance de me séduire…

Quant à l’intérieur, que dire ? C’est grand, c’est vide et ça trouve quand même le moyen d’être luxueux. De nouveau l’éclairage est payant. Un euro pour le fond, un euro pour les côtés… Et dans la pénombre, je me fais la réflexion que l’emblême du Vatican ressemble beaucoup à celui de la piraterie…

Pas le temps de vraiment détailler la fresque du chœur, pas envie de m’attarder sur la très macabre statue de Pie IX, pas de commentaire sur les vrais morceaux de la crèche mais nous nous arrêtons plus longtemps (en payant plus cher, mais Yael est ravie de mettre des pièces dans la machine) sur Sainte-Marie-Majeure--Pie-IX-.jpgles mosaïques d’histoire sainte sur les côtés. Les épisodes choisis semblent aller de la Genèse jusqu’au livre de Josué. Un choix assez étrange où la dot de Rebecca côtoie (enfin p as au sens propre, quand même !) l’arrêt de la course du soleil. J’aimerais avoir des jumelles, les mosaïques ont l’air belles mais elles sont trop hautes pour qu’on les voit tout à fait distinctement, et la lumière s’éteint terriblement vite. Cette fois, c’est Laure nce qui fait du mauvais esprit parpaillot : « pas étonnant que les cathos connaissent si mal la Bible, vu le prix de la minute de catéchisme… » Tsss, les protestants sont insupportables à Rome…

Après cette fin d’après midi en prélude prometteur, nous réservons au restaurant en retournant vers l’hôtel. Une pizza (délicieuse, comme il se doit), ces quelques notes et au lit !!!!

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Qui a envie d'être aimé ?

12 Février 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

 

qui-a-envie.jpgJ'aurais aimé aimer Qui a envie d'être aimé ?. D'abord parce que le sujet est gonflé : un film sur un avocat qui devient catholique en suivant une catéchèse d'adulte, fallait le faire ! Ensuite parce que le parcours spirituel d'Antoine est plutôt bien vu et pas (trop) caricatural. Et puis le film n'est pas exempt de subtilité : on ne sait pas si c'est le réalisateur qui pointe la cathophobie, ou si celle-ci existe surtout dans le regard d'un Antoine déboussolé par ce qui lui arrive, et surtout les participants à la formation religieuse sont tellement caricaturaux que si le film n'avait pas été aussi clairement apologétique, les accusations de cathophobie auraient fusé, or quiconque sait rire de lui-même ou de sa communauté aura toujours ma sympathie. Enfin, j'aime bien le titre.
Bref, parce que j'aime passer un bon moment au cinéma et pour toute ces qualités réelles, j'aurais aimé aimer. Mais voilà...
D'abord, je ne sais pas si c'est la réalisation, le montage ou la mise en scène mais, malgré mon intérêt pour le sujet et la brièveté du film, je me suis ennuyé ferme. Avant qu'on incrimine mon goût pour les super héros, je tiens à signaler que je me suis régalé devant Somewhere.
Mais surtout, c'est le contenu de cette catéchèse qui ne passe pas. Après sa première séance de formation, Antoine achète une Bible (je me demande un peu quels point presse ont des piles de Bible de Jérusalem de mariage (blanche et dorée sur tranche) en tête de gondole. Et il commence à la lire (en commençant par le Siracide, livre deutérocanonique, mais bon, ne soyons pas plus protestant que Calvin...). Le malheureux ! Tout le groupe d'instruction religieuse s'esclaffe et le prêtre se gausse : "on n'est pas ici pour faire de la théologie mais pour toucher les coeurs" (s'il avait un minimum de formation théologique, il saurait que le coeur, dans la Bible, ça concerne aussi la tête). En tout cas, le message est clair, la Bible ne reparaîtra plus de tout le film (c'est d'autant plus dommage, qu'il y a un très joli passage sur le fils prodigue et sur le côté scandaleux de la parabole). A tel point que si le realisateur avait ete protestant, je l'aurais taxé d'anticatholicisme primaire. Je ne crois pas que ce soit le cas, aussi me contenterai-je de voir dans ce passage la conjugaison de la mefiance du catholicisme pour la lecture personnelle de la Bible et de la mefiance de beaucoup de mouvement charismatique pour une démarche de foi d'où  ne serait pas exclue toute forme de démarche intellectuelle.  
Toujours est-il que, privée (ou débarassée) de la Bible, la catéchèse qui accompagne Antoine sur le chemin de la conversion, ne repose que sur deux points
- premier point : nous avons tous envie d'être aimé et les plaisirs dont nous nous saoulons ne peuvent étancher cette soif d'amour. C'est vrai mais  n'y a pas besoin de christianisme pour s'en rendre compte : ecoutez par exemple "Foules sentimentales" de Souchon.
- deuxième point : dans une société qui cultive la force, nous devons accepter nos faiblesses. Là encore c'est vrai. Mais cest ce qu'on trouve dans la plupart des manuels d'épanouissement personnel. L'Evangile va bien plus loin en nous plaçant justement devant notre incapacité à accepter nos faiblesses (et que cette incapacité est bien la plus grande de nos faiblesses, une faiblesses qu'en aucun cas nous ne pouvons surmonter par nous-même), en nous montrant qu'à dire vrai, nous voulons pas être aimés de Dieu (en tout cas, pas de la manière gratuite dont il nous aime).
Bref, Antoine ne se convertit pas suite à une rencontre avec Jésus Christ, il voit sa vie modifiée après un séminaire d'épanouissement comme il y en a tant (celui ci est catholique mais, finalement, il aurait pu être boudhiste, musulman ou athée...)

J'ai vu le film avec un oeil de pasteur  conservateur et je pinaille, mais l'important c'est que le message chrétien soit porté sur le grand écran, dirons certains C'est sans doute vrai. Mais dans la salle de cinéma d'Evreux, nous étions 7. Les trois plus jeunes spectateurs ont quitté la salle avant la fin du film (c'est la première fois que je vois des gens quitter la salle à Evreux)
Comme récit d'un cheminement personnel, Qui a envie d'être aimé ? est bien meilleur que "Mange, prie, aime" (mais Mange, prie, aime est un dépliant touristique, alors je ne sais pas si c'est honnête de le comparer à un film), mais comme film chrétien, il est raté. 
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Raiponce, une histoire de libérations

18 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

raiponce-333.jpgAbominable rétrograde, à l'image de synthèse, j'aurais préféré un dessin classique. Enfin, le cinéma d'Evreux m'épargné la 3D, c'est déjà ça !
Bougonnement mis à part, elle est très sympathique cette Raiponce. Et elle vient rejoindre Belle et Arielle parmi les princesse Disney pas insipides.
Le scénariste a bien lu Bettelheim et il a saisi tout le symbolisme de cette jeune femme enfermée qui utilise sa chevelure pour introduire un homme dans l'espace où sa marâtre la confine. Mais il a l'astuce de faire de son libérateur un captif d'un tout autre genre. Du coup Raiponce devient une illustration rafraîchissante du thème de la liberté, ou théologiquement parlant, de la libération des idoles.
La mère Gothel retient Raiponce en lui offrant la sécurité contre un monde hostile. Certes, on pourrait lire dans le discours de  Gothel à  sa  "fille" un écho du pessimisme que de nombreux versets professent face au monde. Et c'est vrai que les Eglises se sont parfois comportées en mère abusive. Mais ces versets n'empêchent absolument pas les textes bibliques de nous envoyer dans le monde. Et les Eglises ne sont pas les seules mères abusives... Argent, situation, communautarismes divers, convictions politiques, autant de murs que nous élevons pour nous protéger du monde extérieur, autant d’idoles qui nous utilisent plus qu'elles ne nous servent...

Mais Raiponce n'est pas la seule à être libérée. Il y a aussi Eugène Flynn qui est un modèle de liberté : pas d’attache, ni de responsabilité. Eugène Flynn est tellement libre qu’il peut même choisir son nom. Le rêve. Tellement libre qu’il est toujours en fuite. Tellement libre que finalement, même son rêve « est nul ». Finalement, la liberté de Flynn Eugène n’est jamais qu’un asservissement à lui-même…

Alors si n’obéir qu’à soi devient un esclavage autant que s’enfermer pour se protéger du monde, c’est quoi la liberté. Le dessin animé répond, c’est l’amour  (désolé de briser le suspens pour ceux qui n'ont pas vu le dessin animé, Eugène et Raiponce se marient à la fin) et le service des autres… C’est vrai que c’est plus facile dans un Disney où presque tout le monde est finalement très gentil que dans notre monde, mais qui a dit que la liberté était facile comme un dessin animé de Disney ?

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Tenue sacerdotale

5 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Grand-Pretre.jpgPrédication du dimanche 2 janvier

Exode XXVIII

Hébreux VIII, 1 et 2


Tenues de sportifs ou de personnel soignant, robes pastorales ou de magistrat, uniformes militaires, et tant d'autres..., tous ces vêtements si particuliers qui prêtent à sourire quand on y pense, relèvent bien sûr d'une histoire ou d'une tradition, mais ont aussi une fonction pratique et, parfois, une signification.

La tenue du Grand-Prêtre ne fait pas exception. Cependant, puisque le texte que nous avons entendu ce matin nous renvoie à l'origine de cette tenue, nous passerons la dimension traditionnelle pour nous concentrer sur la fonction et le symbolisme du vêtement qui sont tous les deux significatifs pour nous.


Tu feras des grenades et parmi elles, des clochettes d’or tout autour ; le son des clochettes se fera entendre quand il entrera devant le SEIGNEUR dans le sanctuaire et quand il en sortira : ainsi, il ne mourra pas (v.35) Puis tu feras un fleuron d’or pur, tu y graveras comme on grave un sceau : « Consacré au SEIGNEUR« , Il devra être sur le devant du turban. Il sera sur le front d’Aaron afin qu’il puisse porter les fautes commises envers les choses saintes, (v.
38)  Fais–leur des caleçons de lin pour couvrir leur nudité ; ils iront des reins aux cuisses.  Ils les prendront quand ils entreront dans la tente de la rencontre ou quand ils approcheront de l’autel pour officier dans le sanctuaire, afin de ne pas se charger d’une faute et mourir (v. 43). Les clochettes et le sceau sur le bonnet nous font sourire aujourd'hui et ce n’est pas très sérieux de ma part de commencer l’année en prêchant sur les caleçons sacerdotaux. Mais tous ces accessoires prouvent une chose. N’en déplaise aux amateurs des fastes vestimentaires catholiques ou orthodoxe, n’en déplaise même, dans notre Eglise Réformée aux zélateurs de la robe pastorale (qui n’est pas un vêtement sacerdotal), le rôle de la tenue du Grand Prêtre, n’est pas de se faire beau pour Dieu, ni d’en imposer, ni de conférer à une célébration religieuse la solennité due. La tenue du Grand Prêtre, équivaut plus à la combinaison étanche du physicien nucléaire ou au scaphandre du cosmonaute qu’à la tenue d’apparat d’un roi. En effet, il s’agit bien pour le Grand prêtre de se protéger avant d’entrer dans le Saint des Saints, avant de se retrouver en présence de Dieu.

En effet, il ne s’agit pas de se tenir devant un Jupiter qui exigerait une tenue correcte mais devant une puissance qui va au-delà de tout ce que l’homme pourrait en dire. De fait, pour les hébreux, rien de ce que Dieu ne veut pas, ne peut, tout simplement exister devant lui. Et donc le vêtement du Grand Prêtre sert à le protéger contre une destruction inévitable pour quiconque entre dans le Saint des Saints.

Bien sûr, cette image d’un Dieu qui détruit aussi sûrement et aveuglément que le ferait le noyau d’une centrale nucléaire, n’est plus du tout la nôtre. Mais tout cela nous rappelle deux ou trois choses. Tout d’abord, cela permet de relativiser nos propres tenues cultuelles, puisque nous ne voyons plus Dieu comme cette énergie destructrice, la tenue de protection ne s’impose plus, il serait donc tout à fait ridicule de faire d’un code vestimentaire, une obligation absolue.

Ensuite, même si nous ne le voyons plus comme une puissance aveuglément destructrice, cela nous rappelle que Dieu est Tout Autre, qu’il n’est pas le papa gâteau ni même le Zeus souverain que nous projetons encore trop souvent. Il ne s’agit pas de remplacer une image par une autre mais bien de nous rappeler que Dieu est toujours au-delà. Et comment nous comprendrions nous l’importance de la suite, si nous oubliions que Dieu est toujours celui que l’homme devrait craindre de rencontrer face à face.

En effet, avant même de décrire la consécration des prêtres, l’Exode nous parle de leur tenue. En fait, cela va même plus loin, à l’inverse de notre célèbre dicton, l’habit ne fait pas le moine, la tenue sacerdotale, elle, ne sert pas à signaler le prêtre, elle fait, littéralement le grand prêtre. Ayant présenté ses fils, tu les revêtiras de tuniques, tu les ceindras d’une ceinture–Aaron et ses fils–tu les coifferas de tiares et le sacerdoce leur appartiendra en vertu d’une loi immuable Exode XXIX, 8-9 C’est un peu étrange mais quel meilleur moyen d’affirmer  que même le Grand Prêtre doit s’annoncer avant d’entrer en présence de l’Eternel, qu’il ne peut pas se prévaloir d’un caractère particulier que lui donnerait sa consécration mais qu’il a besoin d’un sceau sur son turban. Enfin, les prêtres ont besoin de masquer leur nudité, c'est-à-dire, dans le symbolisme biblique, leur faiblesse, leur indignité. Bref, la justice du Grand Prêtre, ce qui le rend digne de se tenir devant Dieu et de vivre ne vient pas de lui mais d’une armure extérieure.

Peut-être devrions nous en souvenir après nous être fait beaux pour commencer l’année sous notre meilleur jour, après avoir pris nos bonnes résolutions pour que l’année 2011 nous trouve meilleur que l’année 2010. Pour le peuple hébreu, le peuple de la loi, même le Grand Prêtre ne peut pas se prévaloir de ses propres mérites, de ses propres forces, sa justice ne vient pas de lui-même, elle lui est extérieure et elle le recouvre. Et il en va de même pour nous. Nous sommes revêtu d’une justice qui nous vient d’ailleurs. La lettre aux hébreux nous dit clairement d’où nous vient cette justice : Jésus Christ est notre grand prêtre et il est le plus grand des grands prêtres, c'est-à-dire qu’il habite totalement la fonction. On pourrait dire que Jésus est aussi la tenue du grand prêtre.

 

Et là, il nous faut comprendre la dimension symbolique de la tenue du Grand Prêtre, et notamment ces ornements, les pierres du pectoral, le Oumim et le Toumim.

Avant même d’être celui qui offre des sacrifices, le Grand Prêtre est celui qui fait entrer avec lui tout le peuple de Dieu : il porte sur lui les noms des douze tribus d’Israël, il présente donc le peuple à Dieu. Jésus est notre grand prêtre. C'est-à-dire que lorsque Dieu regarde chacun d’entre nous, c’est Jésus qu’il voit. Voilà donc que face à Dieu, c'est-à-dire dans le lieu où je devrais le plus craindre d’être moi-même, le lieu où je suis inexcusable, indéfendable, le lieu où je ne puis répondre au jugement contre moi par un jugement contre celui qui me juge, devient le lieu où je n’ai pas à me faire beau, à rentrer le ventre, un lieu où je n’ai pas à porter de masque, le seul lieu où je puis être moi-même sans peur d’être jugé. Face à Dieu, aussi indigne que je sois, je n’ai pas à avoir peur de ce que je suis parce que, comme il voit le sceau sur le turban du Grand Prêtre, lorsque Dieu me regarde, c’est Jésus Christ qu’il voit !

Mais cela va encore plus loin, c’est en mémorial que le Grand Prêtre porte Israël devant Dieu. C'est-à-dire que ce n’est pas seulement le peuple qui est mis devant Dieu, mais toute la mémoire du peuple, toute son histoire, tout son passé. Lors de la nouvelle année qui commence, nous avons toujours tendance à faire des bilans, à voir quelles résolutions nous n’avons pas tenues, à tenir le compte de ce que nous a apporté l’année qui vient de se terminer. Eh bien, voici que Jésus porte ton passé, c'est-à-dire qu’il t’en décharge. Tu n’es pas un homme, une femme sans racines, sans histoire, mais tes racines ne t’ancrent plus au sol, ton histoire ne pèse plus sur tes épaules. Un autre les porte pour toi.

Et le Grand Prêtre porte également le Oumim et le Toumim. Si on ne sait pas très bien ce que sont ce Oumim et ce Toumim (entre nous, quand les spécialistes conservent les mots hébreux, c’est qu’ils ne savent comment les traduire), on sait en revanche que Dans la Bible, ce sont des objets de divination. C’est donc aussi l’avenir que porte le Grand Prêtre. En ce 2 janvier où nous nous demandons encore ce que l’année 2011 va nous apporter, voilà que la Bible nous affirme que notre avenir est entre les mains de Jésus Christ. C’est aussi une manière d’être des petits enfants ; en effet, le petit enfant, c’est celui qui s’il se demande ce que sera demain, ne s’inquiète pas vraiment de l’avenir, parce que ce sont ses parents qui ont son avenir entre les mains (c’est d’ailleurs ce qui devient plus dur pour les parents). Mais là, nous sommes invités à prendre confiance : l’année nouvelle et tout notre avenir sont entre les mains de Jésus. Paul traduit cela en affirmant « Rien de ce qui nous est arrivé, rien de ce qui nous arrivera ne peuvent nous séparer de l’amour de Dieu révélé en Jésus Christ ».

 

Mon frère, ma sœur, que notre année commence avec cette certitude, 2011 ne nous arrachera pas à l’amour de Dieu. Et que cette certitude nous rende libres vis-à-vis de nos culpabilités et de nos orgueils, qu’elle nous libère des regrets de notre passé et des angoisses de notre avenir.

 

Amen.

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Un nouvel an en Christ

4 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Traditionnellement, nous marquons le début de l'année par une embrassade, des voeux et des résolutions. Si la Saint Sylvestre n'a rien d'une fête chrétienne, à la lumière de notre foi, ces trois rites peuvent prendre une signification particulière.

 

Ne vous conformez pas à ce monde–ci, mais soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréé et parfait 

Romains XII, 12

Nos résolutions suscitent souvent une bonne dose de scepticisme et de méfiance : combien sont réellement tenues ? Et ne sont-elles pas un énième avatar de l'éternelle tentation des oeuvres ? Prendre de bonnes résolutions, c'est vouloir encore et toujours donner nous même une valeur à notre vie, c'est vouloir, encore et toujours, être juste par nos propres forces. Sans doute.
Mais prendre des résolutions, c'est aussi reconnaître que nous ne sommes pas parfaits, que notre vie a besoin de changements. Prendre des résolutions, c'est refuser de nous résigner à nous-même.
Ne renonçons pas trop vite à nos résolutions mais, pour qu'elles soient plus qu'une vaine tentative d'auto-justification, prenons-les à la lumière de nos voeux.

 

 Soyez bénis du SEIGNEUR, qui fait le ciel et la terre !

Psaume 115, 15

"Bonne année, bonne santé" Nos voeux sont le deuxième passage obligé de ce début d'année. A tel point qu’ils résonnent comme une formule un peu creuse. Pourtant, ils disent quelque chose d'essentiel : le bien que nous espérons pour l'année qui commence ne dépend pas de nous. Il serait donc cohérent, pour nous, chrétiens, de présenter nos voeux de Nouvel-an comme une prière de bénédiction pour ceux que nous aimons et que nous présentons à Dieu, pour nous-mêmes qui avons besoin de la bénédiction de Dieu sur nos projet et nos résolutions et même pour ceux que nous ne parvenons pas à aimer afin que la bise du Nouvel-an annonce l'année qui va suivre.

 

Saluez-vous d'un saint baiser. 

Romains XVI, 16

En effet, nous commençons l'année par un geste qui n'a rien d'anodin. Qu'il soit échangé avec notre conjoint ou un inconnu croisé pour la soirée de la Saint Sylvestre, ce baiser est un geste d'amour et de paix. Il dit la rencontre. Il dit que l'autre nous est précieux et que nous nous ouvrons à lui. Ce baiser qui commence notre année est la préfiguration de tous les gestes qui la peupleront. En ferons-nous le baiser de Judas ? A Dieu ne plaise.


A vous tous, mes frères et mes soeurs, une année de grâce et de bénédiction !

 

(Edito de notre bulletin paroissial)

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Pour toi

25 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Georges_de_la_tour_nativite.jpgPrédication du 25 décembre 2010

Exode XXVII

II Corinthiens XII, 2 à 7

Luc II 1 à 21

 

Nous avons beau l’entendre tous les ans, ce récit de Luc me surprendra toujours autant. : voici le signe (le miracle, donc) qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Je sais bien qu’une mangeoire n’est pas tout à fait le lieu où l’on s’attend à trouver un bébé, mais quand même… Si un ange m’apparaissait et si la Gloire de Dieu me recouvrait et si toute l’armée des cieux s’en mêlait à son tour, je ne sais pas si j’aurais encore besoin de signe. Et même si c’était le cas, je ne vois pas ce qu’un bébé emmailloté dans une mangeoire pourrait y ajouter…

Comment un bébé emmailloté, déposé dans une mangeoire, peut-il être un signe plus important qu’une épiphanie au grand complet avec chœur des anges, vision de la gloire de Dieu et tout le tralala ?

Quand le texte biblique nous semble devenir burlesque, il faut le prendre très au sérieux…

Surtout que là, c’est toute la construction du récit qui souligne cette surprise.

Imaginez ça au cinéma. James Cameron à la réalisation (si, comme moi, vous préférez le rétro, vous pouvez mettre de Cecil B de Miles ou Ray Harryhausen), 3D, effets numériques époustouflants. Un ange apparaît au berger, la gloire de Dieu s’échappe du Temple pour les recouvrir), l’armée céleste se manifeste et tout ça n’est qu’un prélude pour indiquer quelque chose de plus important encore. Nous n’en sommes qu’au pré-générique. Les bergers se mettent en route et on s’attend à en prendre plein les yeux. Et « ils trouvèrent Joseph, Marie et le nouveau-né couché dans la mangeoire » Des jeunes parents et leur bébé. C’est certes très mignon mais on attendait d’avantage et on a un peu l’impression d’un feu d’artifice qui aurait commencé par le bouquet final… D’ailleurs regardez la plupart de nos crèches, regardez de nombreuses représentations de la Nativité : ils sont nombreux à avoir rempli l’espace si dépouillé de Luc. On y met des anges, on y met de la lumière et des dorures, toute la gloire de Dieu, en oubliant que justement, la gloire de Dieu n’est pas là, elle n’est pas sur la crèche, elle est quelque part en rase campagne. Sans doute ont-ils été aussi nombreux à s’être un peu senti frustré par ce récit tout en ellipse : on ne sait même pas quel a été l’échange entre Joseph, Marie et les bergers (les contes et les chants de Noël prenant les bergers pour héros sont nombreux (on y met même un petit tambour rum pum pum pum)…

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que Luc nous fait ce coup-là : de l’annonciation à l’arrivée à Bethléem en passant par la visite à Elisabeth, il s’étend très longuement sur la grossesse de Marie, le suspens monte, on attend quelque chose d’extraordinaire, une naissance absolument titanesque et boum, tout est expédié en un verset : « elle accoucha de son fils premier né, l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Difficile de ne pas penser à une baudruche qui se dégonfle pour ne pas parler d’une montagne qui accoucherait d’une souris. Là encore, c’est ce que beaucoup ont ressenti puisqu’on trouve des récits apocryphe de la naissance de Jésus bien plus extraordinaires, des récits dans lesquels on a enfin l’impression qu’il se passe de grandes choses.

Attention, Luc nous dit bien qu’il se passe grandes choses, il y a bien sûr l’Annonciation… Mais ce matin, je voudrais juste m’arrêter sur un autre événement plus rarement commenté : la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière. En principe, la gloire du Seigneur se manifeste dans le Temple, elle ne se ballade pas, la nuit dans les collines. Luc introduit son témoignage sur Jésus Christ en insistant sur la totale liberté de Dieu.

De plus, quand la gloire de Dieu se manifeste, c’est à des futurs prophètes, c’est pour appeler en mission. Et voilà, qu’il n’est rien demandé à nos bergers. Bien sûr, ils témoigneront pour Joseph et Marie (rappelons nous qu’entre l’Annonciation et la Visitation, cette dernière avait déjà reçu pas mal d’indications), mais rien dans le texte ne nous permet de dire ce qui se passera par la suite. Et poser les bergers comme les premiers témoins de Jésus Christ soulèverait beaucoup de questions quant à la suite de son ministère.

On a parfois voulu voir dans ces bergers, des marginaux, qui préfigureraient tous les laissés pour compte, les infréquentables vers lesquels Jésus se tournera. S’il est vrai que les bergers étaient déconsidérés par les rabbins, il ne faut pourtant pas oublier que dans l’Ecriture, que Luc cite abondamment, l’image du berger est une image positive.

Alors s’ils ne sont pas des marginaux, s’ils ne sont pas des prophètes, ni des témoins futurs, quel rôle jouent ces bergers ?

 

Je crois que la réponse tiens dans un petit mot que l’ange leur répète trois fois et ce petit mot vient aussi éclairer le manque total de spectaculaire de la crèche après la débauche de lumière et de surnaturel que Luc nous a raconté. Ce petit mot, c’est « vous ».

Je viens vous annoncer une bonne nouvelle.

Il vous est né un sauveur.

Voici le signe qui vous est donné.

Bien sûr, il y a une ambiguïté dans ce « vous ». S’agit-il des bergers ou du peuple tout entier ? Bien sûr que la Bonne nouvelle annoncée aux bergers ne leur est pas exclusivement réservée, mais je crois que nous devrions d’abord entendre le « vous » adressé aux bergers comme un « vous » défini plutôt que indéfini, à le prendre en un sens précis plutôt que large.

En effet, très souvent, nous avons tendance à nous présenter comme des dommages collatéraux de la grâce de Dieu. Nous nous disons : « Dieu aime tout le monde, donc il m’aime » C’est sans doute vrai, mais ce n’est pas l’Evangile, ce n’est que de la théologie. La Bonne Nouvelle annoncée aux bergers, ce n’est pas « un sauveur est né pour le peuple et vous faite partie du lot », c’est « Un sauveur vous est né ».

 « Un Sauveur est né pour toi », voilà la Bonne Nouvelle de Noël.

 

Et c’est pour cela que Luc est tellement silencieux en ce qui concerne l’enfant, en racontant tous les événements parallèles à la naissance, il peut poser des jalons, nous donner des explications théologiques mais ce qui se passe dans la rencontre avec cet enfant, c’est un bouleversement à la fois trop grand et trop personnel pour plaquer des mots génériques dessus. Chacun peut essayer de parler, avec ses propres mots, ses propres images de sa rencontre avec le Christ, c’est ce que Paul fera « était-ce dans son corps, était-ce hors de son corps » mais nul ne peut raconter la rencontre type avec Jésus le Christ.

Un sauveur est né pour toi.

Mon fils me suggérait de comparer Dieu et l’univers dans une prédication. Et bien voilà le message de Noël, le Dieu plus grand que l’univers est venu dans la fragilité d’un bébé, dans la précarité d’une naissance, il a été emmailloté et posé dans de la paille pour toi.

C’est tellement énorme que nous avons bien du mal à y croire. Mais qu’importe. Nos doutes, nos refus ne nous disqualifient pas. Regardez Marie, un ange l’a visitée, elle s’est retrouvée enceinte tout en étant vierge, sa cousine lui a annoncé qu’elle était la mère du Seigneur et maintenant des bergers viennent lui dire que l’armée céleste toute entière est venue leur annoncer la naissance de son fils. Et elle continue à chercher le sens de tous ces événements. Si nous nous en tenions à la théologie, nous nous dirions « mais elle est stupide ou elle fait exprès ? » Mais si nous recevons Marie comme une première figure de disciple, de croyante, nous y trouvons la stupéfaction émerveillée de la foi, la réception de cette nouvelle qui nous dépassera toujours. Il est né pour toi un Sauveur.

 

Mon frère, ma sœur, quelles que soient tes questions, quels que soient tes doutes, quelles que soient ta rencontre avec l’enfant de la crèche, que cette bonne nouvelle te fasse bondir de joie ce matin. Un Sauveur est né. Pour toi.

 

Amen

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Comme dans un tableau de Bruegel l'ancien

24 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

109797995.Hq0XCSEi.Pbase_MG_8994DXO5ret.jpgAu milieu de la foule de Bethléem, Joseph et Marie passaient sans doute complètement inaperçus.

Comme dans le Dénombrement de Bruegel l’ancien, le sens que les chrétiens donnent à Noël n’occupe qu’une toute petite place au milieu de la frénésie des fêtes hivernales. Mais, comme dans le tableau, Joseph et Marie sont bien là, présents au cour de toute cette agitation et l’enfant à venir l’est aussi, plus masqué encore. Et c’est cette présence au cœur de notre agitation qui donne tout son sens au tableau.

 

A tous, de belles et bonnes fêtes de Noël !

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Menorah

9 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

chandelier-a-7-branche.JPGPrédication du dimanche 05 décembre 2010

Exode XXV, 31 à 40

I Corinthiens III 16-17

Matthieu V 1 à 16

 

Avec la description du mobilier du sanctuaire, notre parcours du livre de l’Exode nous plonge à présent dans ce lieu « mis à part » (c’est la signification de sanctifié) ; le lieu qui, dans la Tente de la rencontre, puis dans le Temple, est coupé du reste, plongé dans une obscurité totale. Et c’est dans cette obscurité que brille, en permanence, le candélabre, en hébreux : la ménorah : « là d’où provient la lumière ».

Et ce symbole du candélabre va nous permettre de comprendre toute la portée de l’affirmation de Paul : vous êtes le temple de Dieu. En effet, en gardant cette phrase en tête, nous comprendrons tout ce que nous dit la Menorah.

 

Vous êtes le temple de Dieu. Paul affirme ainsi que c’est à présent dans l’Eglise que Dieu rencontre le monde. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une Eglise en particulier, ce n’est pas l’Eglise catholique romaine, ce n’est pas non plus notre Eglise réformée de France, ni le protestantisme, ni même le rassemblement de toutes ces Eglises, ni aucune institution humaine. Mais ce n’est pas non plus une Eglise idéalisée et, en fait, inexistante. C’est le rassemblement de tous les hommes et les femmes que Dieu appelle à lui, des hommes et des femmes au nombre duquel nous sommes, imparfaits, pleins de révolte, pleins de doutes, mais pourtant sanctifiés, mis à part, choisis pour être le lieu où Dieu rencontre le monde. Vous êtes le temple de Dieu. Déclaration incroyable pour nous tous et réfléchir sur la Menorah va nous la rendre encore plus folle encore.

 

Une lumière brille en permanence au cœur des ténèbres, c’est un symbole évident. Peut-être trop évident même, un peu galvaudé. « Oui, tout va mal, mais il y a encore un espoir, il y a toujours une lumière qui brille dans les ténèbres. » C’est beau, c’est sans doute souvent vrai, mais c’est tellement facile à dire.

Mais ici, il ne s’agit pas de cela, il ne s’agit pas d’une petite flamme qui brille dans les ténèbres. Le chandelier a 7 branches, sept, c'est-à-dire un cycle complet, sept, c'est-à-dire tout. C’est TOUTE la lumière qui brille au cœur du sanctuaire. C’est à la fois merveilleux, incroyable et  vertigineux.

C’est merveilleux, parce qu’alors même que nous nous sentons perdus, alors même qu’une toute petite lueur nous paraîtrait déjà immense, c’est TOUTE la lumière qui vient à nous.

Mais c’est incroyable parce que, si nous sommes près à admettre que malgré les ténèbres, brille encore une faible lueur d’espoir, qu’il y a des traces de l’action de Dieu dans notre monde, dans notre temps, comment, en revanche, pourrions-nous avaler que c’est TOUTE la lumière qui est présente dans nos ténèbres ? Dans cette Eglise qu’il met à part, qu’il suscite, Dieu se rend tout entier présent au monde et c’est dans notre obscurité, dans notre faiblesse, dans notre révolte même qu’il est présent.

C’est vertigineux car cela signifie que nous n’avons pas d’autres lumières à aller chercher, à espérer que cette bonne nouvelle de Jésus Christ, cette affirmation de la présence de Dieu. C’est d’abord notre fausse modestie qui s’insurge : « comment pourrions nous prétendre que Dieu tout entier réside en nous ? Quelle horreur ! » C’est oublier que cette présence de Dieu en nous ne dépend absolument pas de nous, qu’elle n’est certainement pas due à nos mérites et qu’elle ne nous confère aucune supériorité. 

Et puis, agir vraiment en conséquence, signifierait, pour nos Eglises, arrêter de chercher d’autres lumières, ne pas céder à la tentation constante de nous appuyer sur notre raison, sur notre communication, sur la mode ou sur le refus de notre raison, de la communication et de la mode (car nos refus sont souvent aussi une manière de nous appuyer sur nous-mêmes…). En effet, cela nous paraît tellement impossible d’annoncer que le Dieu Tout Autre prend partie pour nous, tellement impossible d’annoncer face à toute la souffrance, que la vie a déjà triomphé, tellement impossible d’espérer être crus en proclamant un tombeau vide. Et pourtant, c’est la seule arme que Dieu nous donne. Comment n’aurions nous pas le vertige ? Dieu nous invite à ne compter que sur sa présence (juste la présence de Dieu, rien que ça), que nous avons tant de mal à discerner, pour la tâche immense à laquelle il nous convie.

Car cette présence de Dieu dans nos ténèbres est un appel et même plus qu’un appel.

 

         Nous avons évoqué la lumière, parlons maintenant de l’objet en lui-même. La menorah est dessinée comme un arbre et pas n’importe quel arbre : par ses fleurs et ses fruits, c’est un amandiers. Or dans la Bible, l’amandier, à cause de sa précocité, est le symbole du guetteur, du veilleur.

C’est à la veille que la présence de Dieu nous invite. Non pas contre quelque menace externe ou interne. Il ne s’agit pas de nous prendre pour des sentinelles morales, dont le rôle serait de prévenir nos contemporains contre les dangers qui les menacent s’ils ne suivent pas nos lumières. Que ce soit de manière conservatrice (attention à la dissolution des mœurs !) ou révolutionnaire (n’oublions pas d’accueillir le pauvre et l’étranger !), les Eglises ont trop souvent joué ce rôle, oubliant leurs propres ténèbres, et oubliant que le message dont nous sommes porteurs, s’il révèle nos ténèbres est avant tout une bonne nouvelle, un message de salut. 

Nous sommes le veilleur qui annonce à la nuit que le jour vient. Il n’est pas question de nier les ténèbres, ni de les passer sous silence, mais tout en affirmant leur réalité, contre toute apparence, contre toute raison, nous annonçons leur défaite et le triomphe de la lumière.

Mais c’est difficile et l’amandier n’est pas un arbre très malin. En effet, sans doute serait-il plus avisé de sa part d’attendre que le printemps soit bien installé pour ne pas exposer ses tendres pousses aux dernières rigueurs de l’hiver. Mais l’amandier n’est qu’un arbre, il n’a pas le choix. Et il en va de même pour nous, la présence de Dieu en nous nous pousse à annoncer et partager sa lumière, et ce, sans attendre des jours meilleurs, des conjonctures plus favorables, sans études de marché.

Et, tout comme l’amandier, ce témoignage auquel nous sommes appelé n’a rien d’une contrainte, c’est seulement l’expression de notre vie. Dieu est présent en nous. Comment cacherions nous une telle joie ?

 

Frères et sœurs, Jésus nous l’a dit « vous êtes la lumière du monde ». Si la Menorah brille toujours dans les ténèbres, Dieu la veut désormais visible et accessible à tous. Que nos actes, nos paroles disent à la face du monde l’amour de notre Dieu. C’est notre devoir, c’est notre joie, c’est notre vie. C’est le don qui nous est accordé.

 

Amen

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