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Les mercredis de Calvin (45) Guerres légitimes ?

11 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.


Attendu qu’il est quelquefois nécessaire aux rois et aux peuples d’entreprendre une guerre pour exercer cette vengeance, nous pouvons de cette raison pareillement estimer que les guerres tendant à cette fin sont légitimes. Car si la puissance leur est donnée pour conserver la tranquillité de leur pays et territoire, pour réprimer les séditions des hommes noiseux et ennemis de la paix, pour secourir ceux qui souffrent violence, pour châtier les méfaits, la pourraient-ils employer à meilleure occasion qu’à rompre et abattre les efforts de ceux par lesquels tant le repos de chacun, que la commune tranquillité sont troublées, et qui séditieusement font émeutes, violences oppressions et autres méfaits ? S’ils doivent être gardes et défenseurs des lois, il appartient qu’ils rompent les efforts de tous ceux par l’injustice desquels la discipline des lois est corrompue. Et même s’ils punissent à bon droit les brigands qui n’auront fait de tort qu’à peu de personnes, doivent-il laisser toute la région être vexée par briganderie, sans y mettre la main ? Peu importe si celui qui se jette sur le territoire d’autrui, auquel il n’a nul droit pour y faire pillage et meurtre, soit roi ou homme de bas état. Toutes ces sortes de gens doivent être réputés comme brigands et punis pour tels. La nature même nous enseigne cela, que le devoir des princes est d’user du glaive non seulement pour corriger les fautes des personnes privées, mais aussi pour la défense des pays à eux commis, si on y fait quelque agression. Pareillement le Saint Esprit nous déclare en l’Ecriture que de telles guerres sont légitimes (…)

Mais les magistrats ont ici à se donner garde de n’obéir tant soit peu à leur cupidité. Plutôt au contraire, soit qu’ils aient à faire quelque punition, ils se doivent abstenir de colère, de haine, de sévérité trop rigoureuse, et, comme dit S. Augustin, pour l’humanité commune ils doivent avoir compassion de celui qu’ils punissent pour ses propres méfaits : soit qu’il faille prendre les armes contre quelques ennemis, c'est-à-dire contre les brigands armés, ils ne doivent pas chercher une occasion légère, et même, quand l’occasion s’offrirait, ils doivent la fuir, s’ils ne sont contraints par grande nécessité. Car s’il nous faut encore beaucoup mieux faire que les païens n’enseignent, desquels quelqu’un dot que si la guerre ne doit tendre à autre fin qu’à chercher la paix, il faut certes essayer tous les moyens avant que d’en venir aux armes.

Institution chrétienne Livre IV, § 20, 11 et 12

 

Bon, on remarquera que pour Calvin, entrer en armes dans un pays, c’est du brigandage et que la seule guerre légitime c’est la défense contre ce brigandage, ce qui exclut toute guerre d’invasion et autre type de croisade, du coup on ne sera pas trop surpris qu’il se contente d’affirmer que le Saint esprit déclare en l’Ecriture que de telles guerres sont légitimes, difficiles de ne voir dans les guerres de Canaan que des guerres légitimes avec une telle restriction…

Mais ma conclusion, c’est qu’on a beau s’appeler Jean Calvin, essayer d’établir une société chrétienne, c’est forcément faire des petits arrangements avec l’Evangile. Je crois qu’en attendant le Royaume, il est plus sage de demander à Dieu de nous aider à vivre en chrétien dans notre société…

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Le silence et le cri

10 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Continuons de nous taire en public

Max Dubois

 

A ma droite, la médiathèque, à ma gauche, l'hôtel de ville déploie ses drapeaux : la Normandie, la France, l'Europe... Un panneau publicitaire me cache l'espace qui devrait logiquement accueillir un drapeau à l'échelle du monde. Autour de moi, un cercle d'une cinquantaine de personnes de tous âges, de diverses confessions, de multiples opinions politiques, un cercle qui s'élargit et se resserre au gré de ceux qui le rejoignent ou le quittent. Beaucoup de symboles de mon identité nationale (quoique certains ricaneraient en m'entendant mettre mon identité dans le silence)...

Au mois d'octobre, nous avions difficilement rassemblé 25 personnes (je m'aperçois que je n'ai jamais terminé la note que j'avais commencé pour l'occasion), cette fois nous sommes monté jusqu'à 60. Sans doute parce que nous avons plus communiqué de peur que le silence soit étouffé. Peut-être aussi parce que nous avons invité plus largement, en précisant que rien n'oblige à rester toute une heure.

Mais si nous sommes rassurés, à la vérité, le sentiment dominant reste l'impuissance : nous n'avons pas de solutions. Or, le sans papier a pris pour moi un visage et plus efficacement que tous les discours, ce visage me crie l'urgence, le tragique et l'inextricable.

Je ne sais pas et je me tais. Mais je sais que je ne peux pas garder ce silence pour moi.

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Un don dans le vide, et pourtant...

9 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 8 novembre 2009

Rassemblement régional de l'ACAT Normandie

I Rois XVII, 10-16

Marc XII, 38-44

 

    Les textes que nous venons d'entendre ne me conduisent pas à vous parler de ceux qui souffrent (ce n'est pas un mal : la plupart d'entre vous en savent plus long sur les suppliciés que moi), ils m'invitent plutôt à vous parler de vous. En effet, ces textes nous parlent d'un don dans le vide, de reconnaissance et d'espérance.

 

    Don dans le vide, l'expression est un peu forte mais c'est bien ce qui réunit la veuve de Sarepta et celle de Jérusalem : le dérisoire de leur geste.

    En effet, quoi de plus dérisoire que de partager en trois ce qui ne suffit pas pour deux, quoi de plus dérisoire que le geste auquel consent la veuve de Sarepta ? Eh bien peut-être celui qu'accomplit la veuve de Jérusalem, une offrande trois fois inutile. Le tronc rassemble les offrandes à l'entretien du temple et au service religieux dans le temple. Or, dès qu'on considère la destination pratique d'un don, ce qui compte c'est la valeur absolue de celui-ci et non pas sa valeur relative. Qu'importe si la proportionnellement à ce qu'elle a, la veuve a donné beaucoup, en fin de compte, son don ne pèsera pas lourd en terme d'utilité.

    Et puis, d'un point de vue religieux, cette offrande pour le service du temple ne sert à rien non plus. En effet, juste après avoir salué son geste, Jésus va annoncer la destruction du temple. Alors décidément ces quelques centimes ne vont servir à rien.

    Enfin, et je ne crois pas être trop protestant pour une célébration œcuménique en disant cela mais d'un point de vue spirituel, cette offrande n'est pas non plus utile : Dieu n'aimera pas plus la veuve pour ce qu'elle a donné, Dieu ne nous aime pas selon nos mérites. D'ailleurs, Jésus ne fait aucune mention d'une récompense qui irait à la veuve, il ne lui promet pas le Royaume, ni le salut, il se contente de montrer à ses disciples qu'en ne donnant presque rien, elle a donné plus que tous les autres.

    Je crois que, souvent dans nos actions pour l'ACAT nous partageons ce sentiment de donner dans le vide. Je sais bien qu'on se répète que par leurs nombres, ces lettres peuvent tout changer, que dire aux gouvernements qui torturent qu'on sait qu'ils torturent, c'est leur mettre un frein, que des prisonniers reçoivent ces lettres et avec elles l'espoir. Mais qui n'a jamais eu un profond sentiment de dérisoire face aux lettres que nous envoyons, aux pétitions que nous signons, aux cercles de silences auxquels nous participons ? Qui ne s'est jamais dit « A quoi bon ? »

    En fait, je crois que c'est une bonne chose que nous nous posions cette question car elle montre que justement ces actions n'ont pas pour but de nous donner bonne conscience, mais qu'au contraire, elles ouvrent notre conscience, elles l'élargissent. C'est une bonne chose certes, mais c'est quand même douloureux alors nous en revenons vite à affirmer l'utilité de nos actions. C'est normal, toute notre culture met la valeur d'une action dans son utilité.

    Eh bien, dans le cadre chrétien qui est celui de l'ACAT, l'offrande la pauvre veuve vient nous parler d'une reconnaissance qui ne tient pas compte de l'utilité. Jésus rassemble ses disciples pour leur montrer le geste de la veuve. Cette veuve anonyme, est encore connue, reconnue, deux mille ans plus tard pour une offrande trois fois inutile.

    La langue française associe reconnaissance et gratitude, c'est dommage parce que je crois qu'il y a deux réalités différentes. La gratitude implique une utilité : pour que j'ai de la gratitude envers quelqu'un, il faut que j'ai le sentiment que son action a été bénéfique pour moi. La reconnaissance en revanche n'implique pas d'utilité pour moi mais plutôt quelle place le geste prend dans celui qui l'accomplit. Il va sans dire que cette distinction entre gratitude et reconnaissance n'implique ni opposition, ni hiérarchie entre les deux. Mais la confusion est regrettable parce qu'elle nous entraîne à toujours chercher la gratitude, à toujours  voir ce que nous faisons sous l'angle de l'utilité. Eh bien, en célébrant l'offrande de rien du tout d'une pauvre veuve, Jésus nous affirme que le moindre de nos geste, même le plus dérisoire, même le plus inutile est reconnu.

 

 Le geste de la veuve de Sarepta, lui, nous parle de ce qu'il y a en amont de nos gestes. En effet, ce qui va permettre à cette veuve étrangère de nourrir Elie, c'est la promesse d'une jarre d'huile qui ne désemplit pas, d'un pot de farine qui ne se vide pas.

J'y vois une très belle image de l'espérance. En effet, comme l'espérance, c'est un don qui rend le don possible, comme l'espérance c'est un don immense qui ne paie pas de mine. Pour Elie, le prophète de l'action d'éclat qui a lancé une sécheresse sur tout le pays, qui ressuscitera un mort, qui fera s'abattre le feu du ciel, le prodige de la cruche d'huile est vraiment sans apparence. Pensez à la  caverne d'Ali Baba, à côté, ce pot de farine, ce n'est vraiment pas grand chose. Et pourtant, il n'est pas besoin d'être très fort en math pour comprendre que la jarre et le pot sont une bien plus grande richesse. Il en va de même pour l'espérance : cela n'a l'air de rien, cela semble une folie et pourtant c'est une force inépuisable parce que c'est un don de Dieu. Si l'espoir s'appuie sur notre raison humaine, l'espérance, elle est un don de Dieu. C'est pour cela que nous pouvons espérer même quand, il n'y a plus d'espoir : pensez à l'espérance de la résurrection alors que le dicton dit vrai, il n'y a de l'espoir que tant qu'il a de la vie. Et l'espérance est un don qui nous permet d'agir. Au-delà de l'espoir que notre action servira à quelques uns, que nos lettres allègeront l'existence d'un prisonnier, que nos pétitions freineront un gouvernement, la source de notre action est dans l'espérance qu'un jour l'humain ne mutilera plus l'humain. Et parce que Dieu est fidèle, cette espérance ne tarira jamais.

 

Frères et sœurs, nourrissez-vous, nourrissons-nous de cette espérance que notre Dieu renouvelle sans cesse et sachons que, par lui, le moindre de nos actes est reconnu.

 

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L'aube du christianisme

6 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le christianisme vit d’une particularité unique dans le monde des religions : le Seigneur dont il se réclame appartenait à une autre religion, le judaïsme, qu’il n’a jamais eu l’intention de quitter. L’action de Jésus visait à réformer la foi d’Israël, entreprise à laquelle les autorités religieuses de l’époque se sont opposées. C’est à l’échec de cette réforme que le christianisme doit sa naissance.

D. Marguerat


Cela m'ennuie un peu d’écrire cette note comme un coup de gueule parce que le livre est intéressant mais il présente quand même deux faiblesses importantes : sa quatrième de couverture et son titre.

Après avoir commencé le bouquin, j'ai relu trois fois la 4ème de couv' pour finalement trouver ce qui m'avait échappé : "ce livre constitue un ensemble de première force pour appréhender une période décisive de notre histoire et de nos traditions." Je suis sûrement très inattentif mais je trouve que c'est un peu peu pour signaler qu'on a affaire à une compilation d'articles. Je n'ai rien contre les compilations (le genre a ses inconvénients et ses avantages (et vu que le livre parle de la diversité du nouveau testament, la forme est plutôt adaptée, en fin de compte) mais j'aime bien savoir ce que j'achète.

Ensuite, je ne suis pas certain que pour le grand public : L'aube du christianisme évoque la rédaction des textes qui composeront par la suite le Nouveau Testament. Or, à part une petite partie sur la recherche du Jésus historique, c'est bien le sujet des études de Marguerat rassemblées ici.

Je sais bien que ces textes du Nouveau Testament sont à peu près les seules données dont nous disposions pour essayer de reconstituer ce que dut être le christianisme primitif, mais avec ce titre, L'aube du christianisme succombe à une tentation que Marguerat dénonce dès son premier article : celle de voir le christianisme comme une invention postérieure à Jésus, créant presque de toutes pièces son personnage fondateur.

Pour être encore plus sûr de vendre, Labor et fides aurait aussi pu titrer Les confessions intimes de Megan Fox (j’exagère un peu mais il me fallait bien placer ce qui a faillit être le titre de cette note) Mais,compilation d'articles parus dans des revues spécialisées et donc  un peu trop technique pour être un ouvrage de vulgarisation, L'aube du christianisme n'a pas vocation à être un best-seller, alors pourquoi ne pas le vendre pour ce qu'il est : une étude accessible à toute personne déjà  sensibilisée à ce qu'est le Nouveau Testament : le rassemblement de témoignages de foi de diverses communautés confessant Jésus le Christ.

Après un survol de la recherche sur Jésus (présentée dans un ordre qui m’étonne un peu personnellement j’aurais placé l’article qui récapitule les trois recherches du Jésus historiques, avant celui qui se concentre sur la troisième recherche), Marguerat nous fait découvrir un Paul mystique, des évangélistes qui construisent un récit théologien, un Luc historien, il explicite l'opposition naissante au judaïsme, bref, il nous révèle la richesse théologique et littéraire  de cette polyphonie qu'est le Nouveau Testament.

 

Daniel MARGUERAT. L’aube du christianisme. Labor et Fides

 

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Les mercredis de Calvin (44) Voir plus loin que le sacrement

4 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Si le signe extérieur ne tire goût et saveur de la promesse, il n’y a ni sel ni sauce, comme on dit. Car que gagnons-nous qu’un homme mortel et terrestre nous jette de l’eau sur la tête en nous baptisant, si Jésus Christ ne prononçait du ciel que c’est lui qui nous purge et nettoie par son sang, qui nous renouvelle par son Esprit ? Que nous servirait-il de manger un petit morceau de pain et boire trois gouttes de vin, si cette voix ne résonnait d’en haut : que la chair de Jésus Christ est la vraie viande de nos âmes, son sang est vraiment le breuvage spirituel ? Ainsi c’est à bon droit que nous concluons que nous ne sommes point faits participants de Jésus Christ et de ses dons spirituels par le pain, le vin et l’eau, mais que nous sommes conduits à lui par la promesse à ce qu’il se donne à nous et qu’habitant en nous par foi, il accomplisse ce qui nous est promis et offert par les signes. Je ne vois point que c’est qu’on puisse trouver à redire à cette doctrine, sinon qu’on croie bien honorer les sacrements, s’arrêtant à ce qu’on y voie, sans entendre ce que Dieu y propose, ce qui ne serait qu’une singerie frivole.

C’est pourquoi nous avons derechef exhorté les fidèles en notre Accord de s’adresser à Jésus-Christ, afin de ne chercher ailleurs rien de tout ce qui leur est proposé aux sacrements, comme aussi les sacrements, étant gages ou arrhes de ce qui se trouve e Jésus-Christ renvoient seulement à lui (…) De fait, Jésus Christ, en ordonnant les sacrements, ne nous a point voulu enclore ou rendre captifs en des empêchements qui nous retinssent au monde, mais plutôt nous a dressé des échelles par lesquelles nous puissions monter en haut pour venir à Christ, lequel ne se trouvera point ailleurs. Or est-il ainsi que nous ne devons avoir contentement qu’en lui seul, autrement, je vous prie, que serait-ce ? Car il n’est pas mort et ressuscité pour nous envoyer à des éléments insensibles, afin d’y chercher notre salut, comme s’il n’en était plus la matière et la cause ; mais plutôt, voulant demeurer en son entier, nous a donné des aides pour nous amener à soi.

Accord sur les sacrements

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Le ruban blanc

31 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

J’aurais pu faire du Ruban blanc, un ènième film emblématique de mon anthropologie pessimiste, portrait glaçant d’une humanité trop veule pour être vraiment haïssable, où même l’amour, pourtant présenté comme une bouffée d’air et d’innocence, ne sert en fait qu’à aveugler l’instituteur qui était le mieux placé pour découvrir les drames se jouant dans ce village d’Allemagne.

Seulement voilà, entre cantiques et citations bibliques, la religion occupe une place importante dans ce film et pour une fois (ce n’est pas si fréquent) c’est un pasteur luthérien qui tient le rôle du grand méchant loup (ce qui fera des vacances à nos frères catholiques). Et là, il y a pas mal à dire.

Tout d’abord, on n’est pas dans le pamphlet athéiste ou la religion serait la source de tous les maux, le docteur, que je vois, je ne sais pas pourquoi, comme une figure de libre pensée, ne vaut pas mieux.

Ensuite, le ruban blanc ne souffre pas du syndrome Magdalene’s Sisters. La foi ne manque pas. Le pasteur n’est pas un affreux tartuffe animé par la luxure et l’appât du gain, son terrifiant rigorisme lui vient d’une foi certainement profonde et sincère et de la conviction de bien faire. Ce qui le rend encore plus inquiétant.

Enfin, ce n’est pas non plus l’amour qui manque à cette religion, c’est par amour, parce qu’il veut leur salut, que le pasteur bat ses enfants, par amour qu’il attache son fils dans son lit « pour lui éviter de céder aux tentations de sa jeune chair »… Il aime ses enfants au point de refuser de voir l’évidence. Ce qui manque à cette religion, c’est un peu de légèreté, c’est l’humour qui permet de voir l’être humain tel qu’il est, sans perdre de vue qu’aussi faible, aussi faillible qu’il soit, il est aimé de Dieu et que de ce constat monte une grande joie, et une vraie liberté.

Sans cet humour qui, seul, permet à l’homme de renoncer à porter le poids du monde, la foi n’est plus que religion, aussi humiliante, culpabilisante et vaine contre le mal qu’un ruban blanc rappelant une pureté inaccessible.

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Gauvain et le sacré Graal

29 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Et voici que les demoiselles passent encore une fois devant la table : messire Gauvain croit en voir trois cette fois-ci ; il lève les yeux, et il lui semble que le Graal est suspendu dans les airs. Et il lui semble voir au-dessus un homme cloué sur une croix, une lance fichée au côté : messire Gauvain le contemple et éprouve une profonde compassion pour lui ; il ne pense qu'à une seule chose, aux souffrances qu'endure le Roi. Le plus noble des chevaliers l'exhorte de nouveau à parler et lui que s'il tarde davantage, il n'en aura plus jamais l'occasion. Mais messire Gauvain se tait : il n'entend même pas le chevalier, et regarde vers le haut.

Perlesvaus, le haut livre du Graal in La légende arthurienne

J'ai toujours aimé les histoires de chevalerie, Excalibur fait partie de mes films de référence, ceci explique sans doute pourquoi Les légendes arthuriennes sont depuis 20 ans dans ma bibliothèque. En revanche, la symbolique médiévale m'ennuie, ce qui explique pourquoi je ne lis que maintenant ces légendes, découvrant pourquoi le Graal échappe successivement à Perceval et Gauvain : les deux le voient mais omettent de demander qui il sert.

Perceval ne pose pas la question parce qu'il est presque aussi mal dégrossi que son homologue kaamelotesque (c'est pas faux : s'il ne joue pas au "cul de chouette", ce n'est pas loin), et que sa maman lui a recommandé de ne pas poser de question.

Le manqué de Gauvain est plus intéressant : c'est parce qu'il est perdu dans son adoration du Graal qu'il ne pose pas la question. Son échec, c'est d'avoir, dans son extase mystique, perdu de vue la dimension humaine. C'est de s'être tourné vers le Christ en oubliant ceux pour qui celui-ci est venu. Une très belle illustration médiévale et chevaleresque de l'impossibilité de séparer l'amour de Dieu et du prochain.

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Les mercredis de Calvin (43) Un pardon, pas d'excuses

28 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

J’entends bien ce que la plupart me diront : Hélas, il est bien vrai que nous devrions préférer Dieu à tout, mais nous n’avons pas cette force et constance. Ou : nous avons père et mère qui nous retiennent ici ; ou : nous sommes chargé de ménage. Ainsi que pouvons-nous faire ? A cela je dis : puisque leur infirmité les empêche de suivre le conseil qu’ils reconnaissent être le plus sûr et le plus salutaire, que en tant que pour la crainte des hommes ils fléchissent du droit chemin, il doivent confesseur leur péché devant Dieu et avec larmes et gémissements en avoir déplaisir, s’accusant eux-mêmes au lieu de se justifier. Après je les admoneste de ne point s’endormir par accoutumance en leur mal, mais de jour en jour se solliciter à se déplaire et en avoir tristesse pour obtenir miséricorde envers Dieu, puis après de prier ce bon Père, en tant que son office est de racheter les prisonniers, qu’il les veuille quelquefois retirer de cet abîme ou bien dresser une droite forme d’Eglise par tout le monde, afin qu’ils puissent lui rendre l’honneur qui lui appartient ; finalement de chercher par tous moyens de sortir de cette fange et de ce pauvre état et malheureux où ils sont et prendre ceux qui leur seront offerts pour montrer que ce n’a pas été par hypocrisie qu’ils ont requis à Dieu délivrance.

Traité du fidèle parmi les papistes

 

Pour Calvin, les choses sont claires, confrontés à l'obligation de suivre les rituels papistes, les évangéliques doivent choisir entre le martyr et l'exil. Ceux qui ne parviennent à se résoudre à aucune de ces extrémités ne peuvent en aucun cas invoquer des excuses ni se justifier : sacrifier aux superstitions papistes, même du bout des lèvres comme ils le font, est un horrible péché que Dieu seul peut pardonner.

Bien sûr, nous ne sommes plus au XVIe siècle et l'Eglise catholique romaine a renoncé à imposer ses idolâtries blasphématoires (merci de ne pas prendre cette phrase trop au sérieux), pourtant la position de Calvin donne un éclairage important sur les notions de péché et de grâce divine.

Tout d'abord, évoquer l'universalité du péché et le situer au niveau de l'être plutôt que du faire, ce n'est pas le poser comme excuse préalable et définitive. "Tous sont pécheurs" ne signifie pas "les pauvres, ils sont nés comme ça". Dieu ne se satisfait pas de notre péché, nous ne pouvons donc pas nous en satisfaire.

Face à ce péché, Dieu nous pardonne mais on voit bien que pour Calvin, la conviction de ce pardon n'est pas une invitation au laisser-aller. Vivre le pardon de Dieu, ce n'est pas accepter notre péché, c'est être libéré de lui.

On pourrait dire paradoxalement que nous sommes acceptés tels que nous sommes pour pouvoir changer.

 

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Triste anniversaire

27 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Je ne connais pas bien la pensée de Servet, mais le peu que j'en connais : l'idée de l'homme qui accède à Dieu et le refus d'un Dieu qui s'abaisse, me paraît à l'opposé de ma théologie. Mais même si théologiquement je penche résolument plus du côté de Calvin que du côté deServet, ce 27 octobre de l'année Calvin, il 'aurait paru injuste d'oublier ce bûcher vieux de 456 ans

 

Petit rappel : ulcéré qu’un de ses cousins lui reproche la licence des mœurs à Genève, Guillaume de Tries demande à Calvin de lui donner les écrits de Servet pour répondre à son cousin sur le mode « ben à Genève, en tout cas, on abrite pas des mecs qui font de la Trinité un chien à trois tête ». C’est avec ces écrits donné par Calvin que Servet sera dénoncé à l’inquisition qu’il parviendra à fuir pour être arrêté ensuite lors de son passage à Genève (pour prendre la place de Calvin ? dépêché par une Eglise catholique qui l’aurait laissé fuir pour mettre une écharde dans le pied du réformateur ? Qu’importe les théories, il n’y a pas d’excuses : Brûler un homme ce n'est pas défendre une idée, c'est brûler un homme.

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La contagion, retour sur un café biblique

26 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Après une introduction médicale, historique et culturelle sur la contagion par le docteur Lecomte,  le public fait un petit tour d'horizon sur l'idée de contagion élargie au-delà de la sphère médicale.

Finalement le h1n1 sera très peu évoqué dans cette première partie par rapport  l'overdose médiatique qui nous a inspiré ce thème.

Quand il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le quatrième animal s’écrier : Viens !

Et je vis : c’était un cheval blême. Celui qui le montait, on le nomme « la mort », et l’Hadès le suivait. Pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour tuer par l’épée, la famine, la mort et les fauves de la terre.

Apocalypse VI, 7 à 8

Je lance la partie biblique avec une question que l'on m'a posé avant la soirée "Avec toutes ces épidémies, ne voit-on pas se réaliser ce que l'Apocalypse annonce ?" En fait, sauf à vouloir trouver des symboles partout, l'Apocalypse n'annonce pas beaucoup d'épidémies. Et puis, pour déclarer c'était prévu par l'Apocalypse, il ne suffit pas de dire : le texte correspond  à notre époque, il faudrait qu'il ne corresponde qu'à notre époque. Mais je crois surtout qu'une lecture pertinente de l'Apocalypse serait de la laisser nous rappeler que lorsque le mal déferle, il est toujours limité par Dieu et que c'est bien à Dieu que revient la victoire.

Le SEIGNEUR dit à Moïse et à Aaron : Lorsque quelqu’un a sur la peau une tumeur, une dartre ou une tache luisante qui devient un cas de « lèpre », on l’amènera à Aaron, le prêtre, ou à l’un de ses fils. Le prêtre examinera la lésion qui est sur la peau. Si le poil y est devenu blanc, et que la lésion paraisse plus profonde que la peau, c’est un cas de « lèpre » : le prêtre l’examinera et le déclarera impur. S’il y a sur la peau une tache luisante blanche qui ne paraît pas plus profonde que la peau, et que le poil ne soit pas devenu blanc, le prêtre isolera le mal pendant sept jours. Le prêtre l’examinera le septième jour. Si la lésion lui paraît s’être stabilisée et ne pas s’être étendue sur la peau, le prêtre l’isolera une seconde fois pendant sept jours. Le prêtre l’examinera une seconde fois le septième jour. Si la lésion est devenue pâle et ne s’est pas étendue sur la peau, le prêtre le déclarera pur : c’est une dartre ; il lavera ses vêtements, et il sera pur. Mais si la dartre s’étend sur la peau après qu’il s’est montré au prêtre pour être déclaré pur, il se montrera une seconde fois au prêtre. Le prêtre l’examinera : si la dartre s’est étendue sur la peau, le prêtre le déclarera impur ; c’est la « lèpre ». Lorsque quelqu’un présente un cas de « lèpre », on l’amènera au prêtre. Le prêtre l’examinera : s’il y a sur la peau une tumeur blanche, si cette tumeur a fait blanchir le poil, et qu’il y ait un bourgeonnement de chair vive dans la tumeur, c’est une « lèpre » invétérée dans sa peau ; le prêtre le déclarera impur ; il ne l’isolera pas : il est impur.

Si la « lèpre » fait une éruption sur la peau et que le mal couvre toute la peau, depuis la tête jusqu’aux pieds, partout où le prêtre regarde, le prêtre l’examinera : si la « lèpre » couvre tout le corps, il déclarera pur le mal : comme il est devenu entièrement blanc, il est pur. Mais le jour où l’on apercevra en lui de la chair vive, il sera impur ; quand le prêtre aura vu la chair vive, il le déclarera impur : la chair vive est impure, c’est la « lèpre ». Si la chair vive change et redevient blanche, il ira vers le prêtre. Le prêtre l’examinera ; si la lésion est redevenue blanche, le prêtre déclarera pur le mal : il est pur.

(…)

Lorsqu’un homme ou une femme a une lésion à la tête ou au menton, le prêtre examinera la lésion. Si elle paraît plus profonde que la peau, et qu’il y ait du poil jaunâtre et mince, le prêtre le déclarera impur : c’est la teigne, c’est la « lèpre » de la tête ou du menton. Si le prêtre voit que la lésion de la teigne ne paraît pas plus profonde que la peau, et qu’il n’y a pas de poil noir, le prêtre isolera le cas de teigne pendant sept jours. Le prêtre examinera la lésion le septième jour. Si la teigne ne s’est pas étendue, s’il n’y a pas de poil jaunâtre, et si elle ne paraît pas plus profonde que la peau, il se rasera, mais il ne rasera pas l’endroit où est la teigne ; le prêtre l’isolera une seconde fois pendant sept jours. Le prêtre examinera la teigne le septième jour. Si la teigne ne s’est pas étendue sur la peau, et si elle ne paraît pas plus profonde que la peau, le prêtre le déclarera pur ; il lavera ses vêtements, et il sera pur. Mais si la teigne s’étend sur la peau après qu’il a été déclaré pur, le prêtre l’examinera ; si la teigne s’est étendue sur la peau, le prêtre n’aura pas à rechercher s’il y a du poil jaunâtre : il est impur. Si la teigne lui paraît stabilisée, et qu’il y ait poussé du poil noir, la teigne est guérie : il est pur, le prêtre le déclarera pur.

 Lorsqu’un homme ou une femme a sur la peau des taches luisantes, des taches blanches, le prêtre l’examinera : s’il y a sur la peau des taches luisantes d’un blanc pâle, ce sont des boutons qui ont fait éruption sur la peau : il est pur.

Lorsqu’un homme perd ses cheveux, c’est un chauve : il est pur.  S’il perd ses cheveux sur le devant, c’est un chauve du front : il est pur. Mais s’il y a dans la partie chauve de derrière ou de devant une lésion d’un blanc rougeâtre, c’est la « lèpre » qui a fait éruption dans la partie chauve de derrière ou de devant. Le prêtre l’examinera : si le mal est une tumeur d’un blanc rougeâtre dans la partie chauve de derrière ou de devant, du même aspect que la « lèpre » de la peau, c’est un « lépreux », il est impur : le prêtre le déclarera impur ; c’est un cas de « lèpre » à la tête. Le « lépreux » atteint par le mal aura les vêtements déchirés et les cheveux défaits ; il se couvrira la moustache et criera : Impur ! Impur !  Aussi longtemps que le mal sera sur lui, il sera impur. Etant impur, il habitera seul ; son lieu d’habitation sera hors du camp.

Lévitique XIII, 1 à 46

Ensuite un petit tour du côté du Lévitique qui nous parle du caractère contagieux de l'impureté et des mesures de précautions à prendre. L'occasion de rappeler que e qui est impur, c'est ce qui est indéterminé, ce qui vient défaire une création qui consiste à mettre de l'ordre. Séparer le pur et l’impur c’est établir des frontières. Une occasion aussi de souligner qu'avant de mettre l'impur au ban de la société un longue période d'observation est prescrite et que le prêtre seul décide. De plus, de nombreux cas d'exception sont prévus. Bref, s'il est nécessaire de se préserver d'une impureté contagieuse, pas question de céder à la panique et le principe de précaution bénéficie plutôt au malade.

 

 

Ensuite Il appela encore la foule et se mit à dire : Ecoutez–moi tous et comprenez. Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. Lorsqu’il fut rentré à la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : Etes–vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez–vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l’être humain ne peut le souiller ?  Car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, avant de s’en aller aux latrines. Ainsi il purifiait tous les aliments. Et il disait : C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille.  Car c’est du dedans, du cœur des gens, que sortent les raisonnements mauvais : inconduites sexuelles, vols, meurtres, adultères, avidités, méchancetés, ruse, débauche, regard mauvais, calomnie, orgueil, déraison. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et souillent l’être humain.

Marc VII, 14 à 23

Après quoi, Jésus nous met en garde contre cette sensation humaine d'être une forteresse assiégée, de croire toujours que le mal vient du dehors et de croire qu'il nous suffit de dresser une bulle qui nous isolerait du monde extérieur. Pour Jésus l'enjeu n'est pas de nous protéger du mal mais de nous en délivrer.  En tout cas, Jésus nous fait passer de la question, religieuse, d'une impureté contagieuse à celle, éthique, d'un mal inhérent à l'humain. En plus de nous rappeler qu'aucune maladie ne coupe notre relation à Dieu.

 

Paul et Barnabé leur dirent alors avec assurance : Il était nécessaire que la parole de Dieu vous soit dite, à vous d’abord ; mais puisque vous la repoussez et que vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, nous nous tournons vers les non–Juifs. Car le Seigneur nous a donné cet ordre : J’ai fait de toi la lumière des nations, pour porter le salut jusqu’aux extrémités de la terre. En entendant cela, les non–Juifs se réjouissaient ; ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants.  La parole du Seigneur se répandait dans le pays tout entier.

Actes XIII , 46 à 49

Si le mal n'est pas contagieux, selon le livre des Actes des apôtres, la Bonne Nouvelle l'est assurément, elle qui se propage et se répand. Nous retrouvons ici un des constats de la première partie : la contagion n'est pas qu'une question de santé et nous pouvons noter que même la contagion des bonnes choses nous fait un peu peur. Quand je me laisse emporter par l'enthousiasme collectif, suis-je encore au commande ? La contagion me rappelle que je suis membre d'un ensemble qui me dépasse, solidaire de cet ensemble. En le sortant de son contexte ecclésial, on peut rappeler le constat de Paul : Et si une partie du corps souffre, toutes les autres souffrent avec elle ; si une partie du corps est glorifiée, toutes les autres se réjouissent avec elle.

I Corinthiens XII 26

Et peut-être ne pas opposer le Lévitique à Jésus mais les tenir ensembles pour nous rappeler deux aspects de ce que nous sommes : s'il est vain de dresser un mur pour me protéger de ce qui m'entoure, je n'en suis pas moins un individu et, en tant que tel, il est normal que je pose des frontières entre les autres et moi. Le tout est que ces frontières ne deviennent pas des murs.

 

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