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Miettes de théologie

Articles récents

Black stories

15 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

A vrai dire, c'est pour moi plus un jeu de voiture qu'un jeu de caté (notre formule ébroîcienne nous laisse malheureusement trop peu de temps pour jouer), mais je suis sûr que Black stories pourrait agrémenter un repas avec des jeunes. Black Stories reprend le vieux principe des énigmes, et propose 50 de ces énigmes. Le narrateur raconte une situation et les autres joueurs doivent découvrir ce qui s'est passé en lui posant des questions auxquelles il ne peut répondre que par oui ou par non.

Bien sûr, les histoires sont assez tordues ou se présentent de façon assez alambiquées pour qu'il soit nécessaire de penser différemment. Bien sûr, rien n'interdit d'imaginer des énigmes bibliques (il y en a d’ailleurs au moins une dans le jeu vendu).

Mais plus j'y joue avec mes enfants, plus je m'aperçois que la vraie difficulté est de poser des questions avant de tirer des conclusions. Et cette difficulté d'interroger pour en découvrir plus, plutôt que pour confirmer nos théories, nous interpelle sur notre façon d'entrer en dialogue avec l'autre. Finalement, est ce que je n’ai pas toujours tendance à d’abord dresser le portrait de l’autre avant d’essayer de le découvrir ?

 

Allez, une petite pour vous montrer :

Un prêtre prononce un discours d'adieu. A la fin du discours, le maire prend la parole pour le remercier mais est tué d'un coup de feu avant d'avoir terminé son allocution.

A vos questions...

Les mercredis de Calvin (41) Les reliques, ridicules et dangereuses

14 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

Quant à la vierge Marie, pour ce qu’ils tiennent que son corps n’est plus en terre, le moyen leur est ôté de se vanter d’en avoir les os. Autrement, je pense qu’ils eussent fait croire qu’elle avait un corps pour remplir un grand charnier. Au reste, ils se sont vengés sur ses cheveux et sur son lait, pour avoir quelque chose de son corps (…) Du lait, [il est impossible de dénombrer les lieux où il y en a]. Car il n’y a si petite villette, ni si méchant couvent soit de moines, soit de nonnains, où l’on n’en montre, les uns plus, les autres moins. Non pas qu’ils aient été honteux de se vanter d’en avoir à pleines potées, mais pour ce qu’il leur semblait avis que leur mensonge serait plus couvert s’ils n’en avaient que ce qui pourrait tenir dedans quelque montre de verre ou de cristallin, afin qu’on n’en fît pas d’examen plus près. Tant y en a que si la Sainte Vierge eût été une vache et qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand’peine en eût-elle pu rendre telle quantité. D’autre part, je demanderais volontiers comment ce lait qu’on montre aujourd’hui partout, s’est recueilli pour le réserver en notre temps. Car nous ne lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit que les pasteurs ont adoré Jésus-Christ, que les sages lui ont offert leurs présents, mais il n’est point dit qu’ils aient rapporté du lait pour récompense. Saint Luc récite bien ce que Siméon prédit à la Vierge, mais il ne dit pas qu’il lui demandât de son lait. Quand on ne regardera que ce point, il ne faut pas arguer davantage pour montrer combien cette folie est contre toute raison et sans couverture aucune. C’est merveille, puisqu’ils ne pouvaient avoir autre chose du corps qu’ils ne se soient pas avisés de rogner de ses ongles et choses semblables. Mais il faut dire que tout ne leur est pas venu en mémoire.

Le traité des reliques

 

Bon, Le traité des reliques est férocement drôle, j’ai d’ailleurs déjà dû le citer ici. Mais, il n’est pas que drôle et le lire attentivement permet de défaire une image fausse de Calvin qui affecte encore le protestantisme.

 

Chacun confesse que ce qui a ému notre Seigneur à cacher le corps de Moïse a été de peur que le peuple d’Israël n’en abusât en l’adorant. Or il convient étendre ce qui a été fait un un saint à tous les autres, vu que c’est une même raison. (…) Il n’est jà métier de faire longue dispute sur ce point à savoir s’il est bon ou mauvais d’avoir des reliques pour les garder seulement comme choses précieuses, sans les adorer. Car ainsi que nous avons dit, l’expérience montre que l’un n’est presque jamais sans l’autre. Il est bien vrai que Saint Ambroise, parlant d’Hélène, mère de Constantin empereur, laquelle avec grand’peine et gros dépens chercha la croix de notre Seigneur, dit qu’elle n’adora que le Seigneur qui y avait été pendu et non pas le bois ; mais c’est chose bien rare d’avoir le cœur adonné à quelque relique que ce soit, qu’on ne se contamine et pollue quant et quant de quelque superstition. Je confesse qu’on ne vient pas du premier coup à idolâtrie manifeste, mais petit à petit on vient d’un abus à l’autre, jusqu’à ce qu’on trébuche en l’extrémité. Tant y a que le peuple qui se dit chrétien en est venu jusque là, qu’il a pleinement idolâtré en cet endroit, autant que firent jamais païens. Car on s’est prosterné et agenouillé devant les reliques, tout ainsi que devant Dieu. On leur a allumé torches et chandelles en signe d’hommage. On y a mis sa fiance. On a eu là son recours, comme si la vertu et la grâce de Dieu y eût été enclose. Si l’idolâtrie n’est rien d’autre que transférer l’honneur de Dieu ailleurs, nierons nous que cela soit idolâtrie ?

Le traité des reliques

 

Le refus des reliques est souvent vu, à commencer par les protestants eux-mêmes, comme une méfiance par rapport à la piété populaire soupçonnée (à mon avis à juste titre) de superstition. Mais Calvin n’use pas de cet argument. En fait c’est la prévenance qui le fait se dresser contre les reliques : il voit combien il est difficile d’adorer Celui à qui renvoie la relique sans tomber dans l’adoration de la relique elle-même. Donc, au lieu d’être une aide, la relique devient un risque supplémentaire pour le fidèle et c’est bien cet écueil de plus placé devant les plus faibles et non pas le mépris qui motive son rejet. D'où le grand profit qui reviendrait à la chrétienté si l'on faisait inventaire de tous les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France, Allemagne, Espagne et autres royaumes et pays...

L'Eglise, les Eglises et l'Esprit Saint

13 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Parce que même s'il  tenait plus du pugilat que du débat, je n'aime pas l'idée qu'un long échange reste stérile, une petit récapitulatif sur la manière dont je comprend l'Eglise, les Eglises et l'Esprit Saint.

A travers le monde, Jésus Christ appelle des hommes et des femmes à être ses témoins, ce sont ces hommes et ces femmes qui composent l'Eglise, un corps dont Christ est la tête, un corps appelé à agir.

En vue de cette action, ces hommes et ces femmes, selon leur culture, selon leur temps, forment des groupes organisés et identifiables. Parce qu'elles sont utiles et même nécessaires, ces institutions sont bonnes. Cette multiplicité est voulue par Dieu, elle était présente dès le commencement : Christ n'a pas voulu écrire une doctrine figée, il a suscité des témoins d'origine très diverses qui ont donc compris et transmis très diversement son message. Cette diversité est non seulement une richesse mais elle nous protège de notre tentation de faire de Dieu une image taillée. Malheureusement ces institutions restent humaines et donc faillibles, ce qui explique pourquoi elles se déchirent au lieu de regarder à leur unité. Leur plus grande tentation est peut-être de vouloir chacune être l'Eglise entière de Jésus Christ à elle seule et d'oublier ainsi qu'elles ne sont pas la tête et qu'il ne leur appartient pas de délimiter le corps. Ou peut-être est-ce de finir par croire n'être qu'une opinion parmi d'autre, en oubliant qu'elles sont appelées à témoigner de la vérité, Jésus Christ.

L'Esprit est la présence agissante de Dieu dans le monde. Il est Dieu en mouvement, c'est pourquoi, même s'il conduit indéniablement l'Eglise, je ne puis me résoudre à l'enfermer dans celle-ci. Si tous les humains ne sont pas encore appelés à reconnaître Jésus Christ comme le Seigneur, tous sont sous la souveraineté de Dieu et donc Son Esprit peut conduire n'importe lequel d'entre eux.

Winnie et le contexte

12 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Vous avez regardé la vidéo, vous l’aviez peut-être déjà vue sur facebook ou assimilé, peut-être avez-vous souris en la découvrant ici ou vous êtes vous scandalisé de trouver des potacheries pareilles sur un blog pastoral, quoiqu’il en soit, vous avez tout de suite perçu le double-sens de cette chanson. Après tout, si cette vidéo circule ainsi sur Internet, c’est qu’il y a une raison…

Maintenant, posez-vous la question, ce double-sens vous serait-il apparu avec une telle évidence si vous aviez vu la  chanson au cours de l’épisode entier. Sans doute un peu moins…

Et si vous aviez eu entre 4 et 6 ans (je crois que c’est l’âge auquel s’adresse Winnie l’ourson, c’est encore moins probable.

Enfin, la chanson en VO doit se prêter encore moins à une telle interprétation.

 

Bref, au-delà de la plaisanterie potache, c’est l’occasion de voir à quel point un contexte influence notre manière de recevoir un texte…

 

A partir de cela, soit on essaye de fixer une seule interprétation (ou l’on s’en remet à une instance pour le faire), soit on accepte la polysémie comme un enrichissement et comme ayant elle-même un sens (ah si j’avais une queue peut-il à la fois distraire les petit et faire rire, bêtement, les grands ?)

Face à face

11 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 4 octobre

Exode IV, à VI

Jean XVIII, 33 à 38 et XIX, 9 à 11

Actes XXVI, 19 à 32

 

On peut voir dans face à face entre Moïse et le Pharaon mais aussi entre Jésus et  Pilate, ou Paul et Agrippa une image intéressante de la relation entre le croyant, le témoin de Dieu et le pouvoir civil.

         En préambule, je voudrais faire trois remarques sur cette image. En effet, il ne s'agit pas bien sûr de justifier bibliquement la laïcité : tout d'abord, ici les choses ne sont vues que du point de vue du croyant : c'est pour lui que la Bible a autorité. Deuxièmement, ici il n'est pas question de religion et à fortiori encore moins d'Eglise en tant que groupe organisé, mais bien du croyant en tant que témoin individuel de Dieu. Enfin, je pense qu'on peut vraiment voir ici l'autorité civile non pas seulement dans son rôle de commandement mais aussi dans son rôle de représentation. Le pharaon, ... et Pilate sont bien plus que ceux qui ont le pouvoir, ils représentent en fait le monde face auquel le croyant témoigne de son Dieu.

 

         Ce qui me permet de faire cette dernière remarque c’est que lorsque la Bible nous montre des témoins de Dieu face aux autorités, ce n’est pas pour avoir des subventions pour refaire le chauffage du temple, ni pour que la loi soit toilettée afin de rendre leur vie associative moins confuse, ni pour avoir une meilleure visibilité du café biblique.

         En fait quand Moïse se trouve devant Pharaon, c’est pour lui dire de la part de Dieu : « laisse partir mon peuple. » J’insiste sur le « de la part de Dieu » car la délivrance du peuple d’Israël commence par un acte de propriété. Dieu dit à Pharaon, c’est mon peuple et donc il ne t’appartient pas. Ce n’est donc pas pour un arrangement que Moïse vient trouver le pharaon, ce n’est pas comme défenseur d’une communauté, mais bien comme prophète : pour lui donner un message de la part de Dieu.

         Quant à Jésus ou Paul s’ils comparaissent devant les autorités, ce n’est pas de leur fait mais bien parce que leur message a semé le trouble. Bref, nous ne sommes pas ici dans le cadre de citoyens croyants qui font valoir leur droits face aux représentants de l’état (ce qui nous ferait entrer dans le cadre de la laïcité mais nous fait sortir du cadre du témoignage de foi), mais bien dans le cadre de croyants qui témoignent de leur foi face au monde. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une revendication mais d’un message.

 

         Mais alors la demande faite au pharaon est un peu étrange « Laisse aller mon peuple, pour qu'il célèbre au désert une fête en mon honneur. » En effet, on est bien face à une revendication. Et puis, allons encore un peu plus loin, on n’est plus du tout dans le cadre d’une glorieuse sortie d’Egypte contre un pharaon vaincu, écrasé par la puissance de Dieu. On est face à une ruse qui permet à d’esclaves qui réclament une permission de sortie pour en profiter pour se faire la belle.

         On peut ici penser qu’il y a eu mélange entre différentes traditions concernant la sortie d’Egypte. C’est d’ailleurs très vraisemblable. Mais je préfère me concentrer sur ce que nous dit le texte tel qu’il est parvenu jusqu’à nous. Pourquoi Moïse demande-t-il au pharaon de laisser aller le peuple pour célébrer une fête dans le désert ? Parce que de toute façon c’est la seule chose que pharaon puisse entendre. En fait, tout comme la comparution de Jésus devant Pilate, ce récit nous dit que dans ce dialogue entre le croyant et les autorités, il y a toujours un malentendu.

         A chaque fois, que je parle de la foi avec des non-croyants, qu’ils soient hostiles ou bienveillants, arrive toujours le moment où j’ai l’impression que nous ne parlons pas de la même chose, que nous ne parvenons pas réellement à communiquer, où quels que soient les mots que j’utilise, ils vont être vidés de leur sens et retraduits dans des concepts plus acceptables. Selon les cas, il est de bon ton d’incriminer la mauvaise image du christianisme qu’ont trop souvent donnée les Eglises ou bien le patois de Canaan dont nous avons tant de mal à nous défaire. Et sans doute ces problèmes sont-ils réels mais je crois que le cœur de la difficulté est bien plus profond : le message dont nous sommes porteurs qu’on pourrait exprimer ainsi : «l’homme ne s’appartient pas à lui-même, il appartient à Dieu » est tout simplement inacceptable pour quiconque ne croit pas encore. Et face à un message inacceptable, l’humain va soit le dénoncer, comme le fait pharaon : « je ne connais pas « Je suis » », soit s’il est bienveillant envers le messager essayer de le rendre acceptable, ou au moins inoffensif « Qu’est ce que la vérité ? ».

 

         Et à cause de ce malentendu, à cause de ce refus que l’homme oppose toujours à Dieu, l’annonce du message se passe bien souvent mal. Bien sûr, il y a aussi des cas où tout se passe bien, ou l’auditoire, par la grâce de Dieu, reçoit et crois à cette parole. Mais si je m’attarde sur les cas où les choses se passent mal c’est que quand tout se passe bien, hormis rendre grâce à Dieu, il n’y a pas grand-chose à dire. En revanche, quand les choses se passent mal, quand notre annonce n’aboutit à rien, voire à une aggravation de la situation, c’est notre rôle de témoin et bien souvent notre foi même qui se trouvent mis en question. Puisque ceux qui sont face à moi sont incapables d’entendre cette bonne nouvelle qui a changé ma vie, est ce que cela ne signifie pas que je suis incapable d’en témoigner ou que je me suis simplement fourvoyé quant à cette nouvelle… Les deux attitudes reviennent au même pour nous chrétiens puisqu’un chrétien qui prétendrait garder la bonne nouvelle pour lui seul a déjà renoncé à Jésus Christ.

Eh bien voilà que les exemples bibliques nous disent qu’il est tout à fait normal que cela se passe mal, que ce qui est étonnant, ce qui est vraiment significatif c’est lorsque cela se passe bien. Nous regardons trop aux échecs de la parole  comme si nous ne nous habituions toujours pas à ce que les ténèbres refusent la lumière et nous ne voyons pas assez les victoires.

 

Et je voudrai terminer par une évidence, c'est que le croyant, le témoin de Dieu est toujours face à l'autorité, c'est toujours un vis-à-vis. Cela vous parait sans doute une évidence. Mais ça ne l'est pas tant que ça. Parce que les chrétiens, comme les représentants de toutes les religions, rêvent bien souvent (et ont malheureusement parfois réalisé ce rêve) de se confondre avec l'autorité ou d'être le pouvoir au-dessus de cette autorité (ce qui revient strictement au même). Une autre tentation, plus insidieuse et plus répandue à notre époque et sous nos latitudes, c'est d'être à part de l'autorité civile, du monde profane. Surtout ne nous mêlons pas de politique, surtout n'affichons pas notre foi, c'est intime ces choses-là. Chacun pour soi, chacun de son côté et les moutons seront bien gardés. Mais non, les textes nous rappellent que nous devons être face à l'autorité, face au monde : en vis-à-vis, en dialogue, en confrontation.

Forcément, me direz-vous, pharaon, Pilate et ne sont pas des croyants. Eh bien prenons Jérémie face à Sédecias, roi d'Israël. C'est un mauvais roi ? Alors regardons à Nathan face à David (2 Sam XII). Vous voyez, quelle que soit l'autorité, le croyant est toujours face à elle.

Je voudrais ici ouvrir une parenthèse sur un verset qui n'apparaît pas dans le passage que nous venons d'entendre mais qui est un thème récurrent et très gênant de la confrontation entre Moïse et pharaon : "Dieu endurcit le coeur de Pharaon." Je ne m'étendrais pas ce matin sur ce verset, mais il me semble quand même susceptible de lever un malentendu. Le ministère du croyant face à l'autorité, face au monde ne se confond pas avec l'action de Dieu dans le monde. Qu'elle soit représentée par David, par Pilate ou par Pharaon, l'autorité est déjà dans les mains de Dieu. Mais alors si l'autorité est déjà dans les mains de Dieu, pourquoi nous envoyer face à elle ? En fait, je crois qu'en nous plaçant ainsi vis à vis de l'autorité, en nous faisant ses témoins face au monde, en nous donnant de participer ainsi à son oeuvre, Dieu nous manifeste que déjà nous ne sommes plus captifs de ce monde.

 

Oui frères et sœurs, si Dieu nous invite ainsi à être ses témoins, s’il nous place en vis-à-vis du monde, c’est pour nous. Il nous manifeste ainsi que nous sommes pleinement libre vis-à-vis de ce monde, que nous ne lui appartenons plus parce que dès maintenant nous appartenons au règne de Dieu.

 

Quand termine l'adoration ?

11 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Nobel au Him

9 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Barak Obama reçoit le prix Nobel de la paix. Je pourrais prendre le contrepoint de Authueil et célébrer cet avatar de la grâce : on récompense en vue de l’action et non pas en fonction des mérites.

Le(s) problème(s) c’est que

Premièrement, la grâce n’est pas une récompense, un prix, c’est un don.

Deuxièmement,  les œuvres qui découle de la grâce de Dieu ne sont pas le but de cette grâce, Dieu ne nous fait pas grâce pour nous faire agir, il nous fait grâce, entre autre en changeant notre cœur et en nous faisant agir. On ne peut donc évoquer une quelconque stratégie qui viserait à armer Obama pour qu’il entreprenne une action pacificatrice

Troisièmement, la Fondation Nobel n’est pas Dieu. Lui, il peut changer les cœurs…

 

Du coup, je ne peux voir là dedans qu’un exemple supplémentaire de cette obamania qui devient obamalâtrie, une atteinte de plus au prestige du prix Nobel (ce qui n’est pas très grave), mais peut-être aussi une atteinte à ce qu’est l’idée de la paix et du concept d’artisan de paix (un artisan de paix c’est quelqu’un qui parle bien de la paix à la télé), et ça c’est beaucoup plus grave…

En fait, peut-être que c’est tout le problème de la notion de prix et de récompense, c’est qu’à force de vouloir mettre les gens sous les projecteurs, on finit par chercher d’abord ceux qui passent bien à la lumière et oublier ceux qui ne travaillent pour la paix qu’en vue de la paix.

Les mercredis de Calvin (40) : Christocentrisme

7 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Or, puisque vous avez entendu que l’Evangile vous présente Jésus-Christ, en lequel toutes les promesses et grâces de Dieu sont accomplies, et vous déclare qu’il a été envoyé du Père, est descendu en terre, a conversé avec les hommes, a parfait tout ce qui était de notre salut, comme il avait été prédit en la loi et les prophètes, il vous doit être très certain et manifeste que les trésors de paradis vous y sont ouverts et les richesses de Dieu déployées et la vie éternelle révélée. Car telle est la vie éternelle : connaître un seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus Christ, en lequel il a constitué le commencement, le moyen et la fin de notre salut. Cestui est Isaac, le fils bien-aimé du Père, qui a été offert en sacrifice et toutefois n’a point succombé à la puissance de la mort. C’est le vigilant pasteur Jacob, ayant si grand soin des brebis qu’il a en garde. C’est le bon et pitoyable frère Joseph qui, en sa gloire, n’a point eu honte de reconnaître ses frères, quelques humbles et abjects qu’ils fussent. C’est le grand sacrificateur et évêque Melchisédech ayant fait sacrifice éternel une fois pour toutes. C’est le souverain législateur Moïse écrivant sa loi sur les tables de nos cœurs par son Esprit. C’est le fidèle capitaine et guide Josué pour nous conduire en la terre promise. C’est le noble et victorieux roi David assujettissant à sa main toute puissance rebelle. C’est le magnifique et triomphant roi Salomon, gouvernant son règne en paix et prospérité. C’est le fort et vertueux Samson qui par sa mort a accablé tous ses ennemis.

Et même tout ce qui se pourrait penser ou désirer de bien est trouvé en ce seul Jésus Chris. Car il s’est humilié pour nous exalter, il s’est asservi pour nous affranchir, il s’est appauvri pour nous enrichir, il a été vendu pour nous racheter, captif pour nous délivrer, condamné pour nous absoudre, il a été fait malédiction pour notre bénédiction, oblation de péché pour notre justice, il a été défiguré pour nous figurer, il est mort pour notre vie, tellement que par lui, rudesse est adoucie, courroux apaisé, ténèbres éclaircies, injustice justifiée, faiblesse vertueuse, déconfort consolé, péché empêché, mépris méprisé, crainte assurée, dette quittée, labeur allégé, tristesse réjouie, malheur bienheuré, difficulté facile, désordre ordonné, division unie, ignominie anoblie, rébellion assujettie, menace menacée, embûches débuchées, assauts assaillies, effort efforcé, combat combattu, guerre guerroyée, vengeance vengée, tourment tourmenté, damnation damnée, abîme abîmé, enfer enferré, mort morte, mortalité immortelle. Bref, miséricorde a englouti toute misère et bonté toute malheureté.

 

Préface au Nouveau Testament

 

J’aime énormément cette verve de Calvin, ce goût pour les mots « malheur bienheuré » et les jeux de mots « enfer enferré ». Ceci dit, je conçois que l’on puisse être gêné par cette récapitulation des figures du Premier Testament en Jésus Christ. A trop dire que la Première Alliance annonçait Jésus Christ, on en finit vite par dire que les juifs sont des idiots qui n’ont rien compris et par oublier que le Nouveau Testament a été écrit en fonction du premier et pas l’inverse. Néanmoins, je crois possible et important de nous rappeler que nous chrétiens, lisons le Premier Testament à la lumière de Jésus Christ (quand les juifs le lisent à la lumière de la Loi) et plus important encore de lire ce Premier Testament pour y trouver un enseignement sur Jésus Christ. Après tout, les premiers témoins de celui-ci, ainsi que ceux à qui nous devons les livres du NT étaient gorgés de cette culture. Aussi, ce n’est pas comme un kidnapping que je vois cette récapitulation, mais plutôt comme une invitation à ne plus dédaigner le Premier Testament.

 

Et puis quand même « damnation damnée »… Quelle merveille !

Invitation au Talmud

6 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le Talmud nous enseigne qu’un texte est indéfini, ouvert à des interprétations toujours nouvelles, qui ne sont garanties par aucune encyclopédie. Les interprétations les plus diverses, philosophiques, sociologiques, politiques, linguistiques, historiques etc., n’épuisent chacune qu’une partie des possibilités du texte. Celui-ci demeure inépuisable et infiniment ouvert. La question essentielle n’est plus : qu’est ce que l’interprétation ?, mais pourquoi y a-t-il interprétation ? « Il y a interprétation pour montrer que contrairement aux prétentions de l’idéologie, le sens se construit patiemment, qu’il ne s’identifie pas à une vérité toute faite qu’il suffirait de s’approprier une fois pour toute pour l’imposer aux autres. » Il y a interprétation pour rappeler qu’aucune parole ne peut devenir imposition, dogme ou vérité. Il y a interprétation pour que le texte – quels qu’en soient l’origine, le lieu théologique – ne se transforme pas en idole. Il y a interprétation, enfin, pour dénoncer les immenses dangers de l’idée de vérité.

L’interprétation n’est pas seulement commentaire, le fait de dire autre chose et de le dire mieux. Plus essentiellement, elle met en jeu le mouvement même de penser, qui consiste précisément en l’ébranlement des institutions préfabriquées du sens, dans lesquelles toute chose à son lieu et tout moment son heure. Le commentaire talmudique est un long voyage qui invite à renoncer au besoin, souvent passionné, de tirer des conclusions, de se forger une opinion ou un jugement définitif. L’interprétation, c’est la patience du sens : pour renoncer, selon l’expression de Flaubert, à la « rage de conclure ».

M-A Ouaknin

 

C'est en nous faisant entrer dans le brouhaha d'une, une salle d'étude que Marc-Alain Ouaknin nous fait découvrir la tradition talmudique. Je m'empresserai d'oublier ce que sont la Guemetria , le Guezara Chava et le Mahloquet ,  je passe un peu vite sur les anecdotes dont le texte fourmille, pour ne retenir que ce qui fait l'essentiel et la richesse de cette tradition, une étude qui se fait dans le dialogue, dans la confrontation continuelle, jamais tranchée. Une étude qui n’éprouve pas le besoin d’en arriver à une conclusion parce que ce qui compte, c’est le mouvement. C’est l’étude qui fait tenir le monde.

C’est sans doute ce brouhaha,  cette « guerre du sens » qui rapproche le plus le protestantisme du judaïsme (même si le protestantisme est sans doute bien plus profondément marqué par la pensée occidentale)

En effet, en découvrant cette tradition du Talmud, je redécouvre ce qui m’attache, malgré une théologie en fin de compte assez classique, au libéralisme protestant : le refus d’un dogme qui viendrait anéantir d’autres idées, d’autres interprétations et réduire le dialogue à néant.

La conclusion du livre vient cependant rappeler l’enjeu de cette étude : recevoir la Révélation, être en lien avec le Dieu qui se révèle. Et si cette conclusion nous rapproche encore un peu, pour nous aussi la question de Dieu ne peut qu’être celle de la Révélation de Dieu, elle nous distingue aussi : pour les juifs c’est dans la Torah que Dieu se révèle, pour nous c’est en Jésus Christ.

Mais au-delà de cette différence essentielle, Marc Alain Ouaknin vient nous rappeler la grande leçon que nous donne le Talmud : oser l’interprétation toujours renouvelée, c’est maintenir la Révélation vivante et active au lieu de la figer dans une idéologie.

Juste après avoir terminé ce livre, j’entendais une citation de François Vouga. Les chrétiens, ce sont ceux qui reconnaissent le Dieu révélé en Jésus Christ et qui discutent pour savoir ce que ça veut dire… Un talmudisme chrétien ?

 

Marc Alain Ouaknin. Invitation au Talmud. Flamarion.

Dieu offensif et intervention féminine

4 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 27 septembre 2009

Exode IV, 20 à 26

Colossiens II, 8 à 23

 

Dieu l'attaqua et voulu le faire mourir. Que la cible de Dieu soit Moïse ou son fils, cette image d'un Dieu offensif, meurtrier même est franchement déplaisante, tout comme est déplaisante l'image d'un Dieu qui endurcit le coeur de Pharaon, qui venge le fils sur le fils. Alors, il et facile de comprendre que ce passage soit un grand oublié du livre de l'Exode. On ferait mieux d'arracher la page et de passer à autre chose.

Pourtant, le passage est bien là et à mois de prétendre redéfinir le Canon, il faut bien s'y frotter, s'interroger sur le Dieu offensif, sur la circoncision, et sur l'interruption féminine.

 

L'image d'un Dieu qui attaque, un Dieu offensif ne nous semble pas coller avec notre image du bon Dieu, le gentil papa gâteau qui nous aime et nous pardonne. En fait, le père fouettard que nous croyons voir dans le Premier Testament, et le Dieu tout sucre et miel que nous croyons voir dans le Nouveau Testament, ne sont jamais que deux images de Dieu. Or, nous le savons, nous n'avons pas le droit de nous prosterner devant les images, de les adorer et de les estimer intouchables. Bien sûr, qu'au nom de Jésus Christ, nous pouvons rejeter l'image d'un Dieu bandit de grand chemin qui se rue sur le voyageur en criant "le prépuce ou la vie !". Comment pourrait ion placer sa foi, sa confiance en un tel Dieu ? Mais l'image du bon Dieu qui ne ferait pas de mal à une mouche ne vaut pas  mieux, à mon sens, elle est même encore pire.

En effet, l'image du Dieu offensif tient au moins compte de la réalité du mal, de la souffrance, de la mort. Mais le gentil bon Dieu dans les nuages nous catapulte  dans le pays joyeux, des enfants heureux, des monstres gentils... Oui c'est un paradis mais cela n'a rien à voir avec la réalité dans laquelle nous vivons. Et du coup l'image du Dieu inoffensif devient une image inoffensive de Dieu, une image bien gentillette d'un Dieu qui finalement n'a pas sa place dans notre monde.

On peut aussi évoquer le Dieu inoffensif qui  laisse l'homme la liberté de faire le mal ou du Dieu inoffensif qui ne peut pas empêcher tout le mal. Mais finalement, comment faire confiance à un Dieu qui ne veut pas ou qui ne peut pas vaincre le mal.

Le mal et la souffrance restent une question brûlante et incompréhensible et on ne la résoudra pas en rendant Dieu inoffensif. Revenons donc au Dieu offensif de ce passage.

 

Le nom de Moïse n’est jamais cité dans les deux versets qui racontent cette attaque. Aussi on peut se demander si la cible de Dieu est Moïse ou son fils. Il est en effet, fort probable que nous ayons ici affaire à une tradition particulière racontant la circoncision du fils de Cipora et que la victime de l’attaque de Dieu soit le fils de Moïse (ce qui d’ailleurs rend le récit bien plus logique). Quoiqu’il en soit, il est indéniable que  cette agression tourne autour d’une question de circoncision. Et il est quasiment certain que la circoncision est ici vécue comme un signe d’appartenance. En effet, le lien est clairement fait avec la mort du fils de Pharaon, pour venger Israël, fils de Dieu de même que le lien avec le sang de l’agneau qui marquera les portes des hébreux lors de la nuit de la sortie d’Egypte. Et puis la circoncision comme marque dans la chair de l’appartenance à Dieu est un thème récurrent du Premier Testament. Donc on peut dire ici que Dieu s’attaque à ce qui n’est pas à lui (c’est bien sûr plus évident si l’on admet que la cible de l’attaque est le fils de Moïse mais si c’est Moïse parce qu’il n’a pas circoncis son fils, les choses restent les mêmes.) Dieu s’attaque à ce qui n’est pas à lui.

Et je crois que cette idée n’est finalement pas si étrangère au Nouveau Testament. En effet, en relisant ce texte à la lumière du Nouveau Testament, nous n’avons pas besoin de le rejeter, nous pouvons simplement nous rappeler que la circoncision est celle du cœur et surtout que c’est sur la croix que Dieu est offensif, qu’il s’attaque à ce qui n’est pas à lui. Ce qui n’est pas à lui, c'est-à-dire ce que Paul appelle le vieil homme, tout ce qui nous conduit encore et toujours à rejeter Dieu et à chercher à être Dieu nous même. Sur la croix, c'est-à-dire qu’il devient lui-même, pour nous, la cible de son attaque. Oui, sur la croix Dieu concentre, contre lui-même, toute la colère que suscite notre rébellion. Ce n’est pas en niant le mal, en disant « ce n’est pas si grave » que Dieu nous épargne, c’est en prenant sur lui les conséquences de ce mal. C’est une théologie très traditionnelle, j’en conviens. Mais elle me paraît finalement bien plus percutante, bien plus radicale dans l’affirmation de l’amour de Dieu que l’inoffensive théologie du Dieu gentil.

 

Mais je m’en voudrai de ne sortir de ce texte qu’un discours théologique, alors même qu’il résonne si fortement dans notre actualité. Je me suis jusqu’ici concentré sur l’offensive de Dieu sans parler de l’intervention de Tsipora

 Alors que la circoncision est une affaire masculine : ce sont les hommes qui circoncisent, voilà que Tsipora qui est étrangère se mêle de circoncire son fils. Et par ce geste, qui se moque de toute bienséance, de tout rituel, de toute règle, elle met un terme au cycle de violence, de mort, d’agression. Par cette irruption au cœur d’un système finalement très masculin, elle ouvre une brèche, une possibilité nouvelle.

Cette irruption féminine évoque forcément ces irlandaise, ces israéliennes et palestiniennes, ces Mères de la place de mai, de toutes ces femmes qui à travers le monde luttent pour la paix et la justice, souvent dans des sociétés complètement dominées par les hommes. Le texte ne nous fait pas un panégyrique des vertus féminines, et c’est heureux parce que ces éloges tournent toujours à la caricature.

Non, ce texte nous dit simplement que faisant fi des loi des hommes, Tsipora, une femme étrangère a agit et ainsi sauvé une vie. Qu’elle soit bénie pour ce geste et que mémoire lui soit faite.

 

Sœurs, que le geste de Tsipora soit le vôtre, un geste qui sait rompre les règles figées pour ouvrir un chemin de vie, un geste qui place l’homme face à ses responsabilités.

Frères, que le geste de Tsipora nous rappelle, qu’une moitié de l’humanité ne pense ni ne réagit tout à fait comme nous et que cette différence fait parfois la différence entre vie et mort. Que ce geste nous rappelle que nous pouvons nous aussi, à notre manière poser des gestes de vie et d’ouverture.

Frères et sœurs, que la croix nous rappelle qu’un geste de vie a été posé pour nous tous et que si notre Dieu est offensif, c’est contre le mal et pour la vie qu’il mène son offensive.

 

Amen