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Témoins de quoi ?

23 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

entonnoir.jpgPrédication de la semaine de l’unité 2010

Luc XXIV, 44 à 53

 

« C’est vous qui en êtes les témoins » Témoins de quoi ? De la bonne manière de célébrer ? De la bonne manière dont doivent se vivre nos institutions ? Ce n’est pas ce dont parle Jésus. Le texte est sans ambiguïté : « C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour ». Nous sommes appelés à être témoins d’un renversement et d’une folie. Et notre témoignage repose sur une base

 

Cette base, ce sont les écritures, dont Jésus précise à quel point elle sont unes et multiples puisqu’il s’agit bien de la Loi de Moïse, des psaumes et des prophètes, c'est-à-dire cet ancien testament que les juifs appellent le Tanakh : la Torah (la loi de moïse, les Neviim (les prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits dont les psaumes). A ces écritures, bien sûr, en tant que chrétiens, nous ajouterons le Nouveau Testament.

 

Pour nous chrétiens, ces Ecritures témoignent d’un renversement, la passion et la croix de Notre Seigneur Jésus Christ, le Fils de Dieu. Oui c’est un renversement puisque le Très haut se fait Très bas, puisque le très juste se met au rang du criminel, notre Dieu prend sur lui la malédiction.

C’est un renversement qui nous permet de dire à nos sœurs et nos frères haïtiens, à tous les suppliciés, à tous les souffrants que Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Que leur malheur ne signifie pas qu’ils sont punis ou abandonnés.

C’est un renversement qui nous permet de nous convertir, d’abandonner cet orgueil insensé de toujours vouloir être les plus forts, les meilleurs, de toujours essayer de nous convaincre que nous valons mieux que les autres. Oui, ce renversement nous libère de cet orgueil qui nous tue.

 

Mais ce renversement resterait stérile sans la folie qui suit, cette folie tellement démente que les apôtres n’ont pu y croire, alors même que Jésus ressuscité était parmi eux. Cette folie tient en deux affirmations : il était mort, il est vivant.

Et cette folie nous dit que c’est pour nous relever que Dieu nous rejoint lorsque nous sommes à terre. Que toutes nos faiblesses, nos fragilités, nos blessures peuvent être guéries. Que nos péchés peuvent être pardonnés.

Et cette folie nous dit aussi notre unité, justement parce que c’est une folie. En effet, si vous entrez dans un asile de fous et que vous interrogez les pensionnaires, quelles sont les chances pour qu’ils vous disent la même chose ? Il n’y en a aucune. Et pourtant, avec toutes nos différences, avec tous nos contentieux, nous affirmons la même folie : il était mort, il est vivant. Et c’est cette affirmation qui est au cœur de notre foi, de notre vie de catholiques romains ou de protestants.

 

« Il était mort, il est vivant » Voici frères et sœurs, ce qui nous rassemble. C’est en affirmant, ensembles ou séparément, le Christ ressuscité que nous vivrons et affirmerons notre unité.

 

Amen

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Dans la tempête, personne ne nous entendra crier ?

19 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

tempete-372668.jpgPrédication du dimanche 17 janvier 2010

Psaume 74

Marc IV, 35-41


Si j’ai déguisé le temple en bateau ce matin, c’est que voir la vie comme un voyage en bateau est une image classique. On dit bien, mener sa barque, être dans la galère, arriver à bon port. Le cinéma nous a aussi appris que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il arrive qu’il y ait des remous, des tourbillons voire des tempêtes.

Il y a des moments où le bateau de notre vie est malmené, menacé même. Nous avons tous nos tempêtes, plus ou moins graves, plus ou moins personnelles. Je ne peux pas parler aujourd’hui de tempêtes, sans penser à ce qui s’est passé cette semaine à Haïti, ce tremblement de terre qui a tué au moins 50 000 personnes et en a jeté 1 million et demi à la rue. Tempête terrible à côté de laquelle, nos propres tempêtes semblent bien inoffensive. 

Eh bien je crois que le texte que nous venons d’entendre, cette tempête dans laquelle sont pris les disciples peut nous parler de toutes ces tempêtes.

 

Dans la tempête que font les disciples ? Il y a deux réponses. La première n’est pas explicite dans le texte mais elle est tellement évidente que si les disciples ne l’avaient pas fait, le texte aurait dit qu’ils ne le faisaient pas. Les disciples font ce que font les marins dans la tempête ; ils s’activent, ils se battent, ils font en sorte que leur bateau ne sombre pas.

Et puis, ils appellent Jésus. Il prie. Mais avant de nous étendre sur cette prière, il y a une chose que les disciples ne font pas dans cette tempête.

Ils n’en cherchent pas la cause, ils ne cherchent pas un responsable à accuser, que ce soit Dieu, un des leurs ou eux-mêmes. Ils ne font pas une table ronde pour trouver une réponse théologiquement valable à cette question qui revient toujours : « Pourquoi le mal ? ».

Non, ils luttent contre la tempête et ils prient.

Et leur prière n’est pas une pieuse demande, c’est un cri de souffrance, de peur et de révolte aussi : « Cela ne te fait rien que nous périssions ? »

Je ne sais pas pourquoi le tremblement de terre d’Haïti, je ne sais pas pourquoi les maladies et les tempêtes de ma vie, mais parce que je suis chrétien, je sais que je suis appelé à combattre ce qui détruit et fait souffrir. Parce que je suis chrétien, ce cri est le mien « cela ne te fait rien que nous périssions ? » Et parce que je le retrouve dans la bouche du psalmiste, dans la bouche des disciples, je sais que ce cri est légitime.

Parce que je suis chrétien, je refuse que Dieu soit absent ou qu’il dorme au fond de ma barque, je refuse son silence et son inaction et je crie vers lui.

 

Peut-être un jour me reprochera-t-il mon manque de confiance, sans doute me montrera-t-il que bien sûr qu’il ne nous laisse pas mourir, peut-être que la tempête apaisée, je saurai le louer pour son œuvre. Mais à l’heure de la tempête, frères et sœurs, nous pouvons nous tourner vers lui et crier notre angoisse. Parce que dans ce cri, retentit déjà notre foi, il n’est pas possible que Dieu qui est notre père se détourne de nous à l’heure ou nous allons sombrer. 

 

Amen

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Bonne conscience

14 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Un mec qu'aurait pas de misère à lui et qu'irait s'occuper de celle des autres, ce serait vraiment un con. Ca s'appellerait utiliser son intelligence à ses dépends
Coluche

"C'est une manière de se donner bonne conscience..." Outre une pathétique tentative de justifier son inaction en dévalorisant celle des autres, l'inventeur de cette tirade et tous ceux qui l'emploient commettent une terrible erreur de jugement . Agir pour l'autre, contre la misère, contre l'exclusion, ce n'est jamais se donner bonne conscience. Au contraire, agir, même au plus petit niveau, c'est prendre conscience, prendre conscience des misères qui nous entourent, du dérisoire de nos actions, prendre conscience des limites que nous posons nous même à nos actions.
La meilleure façon de tranquilliser sa conscience, c'est sans doute de l'assoupir dans une inaction et une cécité confortables. Mais cette cécité, cet assoupissement ne sont jamais qu'une forme de mort.
Agir ne tranquillise pas ma conscience, mais en agissant, du moins, je m'aperçois que je suis vivant.
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Les petites bêtes et la mauvaise tête

11 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

taonPrédication du dimanche 10 janvier 2010

Exode VIII, 12 à 28

Jérémie XXXI, 31 à 37

Actes IX, 1 à 22

 

         Des taons, des moustiques, un pharaon bêtement obstiné. Décidément il n’est pas facile de recevoir aujourd’hui le récit des plaies d’Egypte

Pourtant à travers les deux plaies que nous venons d’entendre, en allant des petites bêtes à la mauvaise tête, j’entends une affirmation théologique et une affirmation anthropologique.

 

         Les plaies d’Egypte sont une théophanie assez particulière : alors que les prophètes nous parlent d’habitude des montagnes qui se renversent, des océans qui se dessèchent, à part une, les plaies d’Egypte ne sont pas des grands bouleversements géologique et la moitié d’entre elles nous parlent de petites bêtes (les grenouilles, les moustiques, les taons, les sauterelles), la vermine quoi, si j’ajoute les maladies, cela fait tout un monde que traditionnellement on associe au monde des ténèbres, aux démons plutôt qu’à Dieu. Pensez donc à Balzéboul, le seigneur des mouches.

C’est d’ailleurs assez normal, tant qu’on n’entre pas dans le monde étrange de l’entomologie, les insectes, c’est petit, c’est moche et c’est souvent nuisible, tout contribue donc à les associer aux puissances infernales.

Et bien, à travers ce récit des plaies d’Egypte, c’est bien Dieu qui est le seigneur des mouches, des taons et des moustiques. J’y vois le même rappel que celui qui résonne à travers l’Apocalypse : rien n’échappe à la majesté de Dieu. Le Dieu des armées d’étoiles est aussi le Dieu des moustiques et des taons, le Dieu des splendeurs de l’univers est aussi celui de la vermine. C’est une invitation à nous intéresser au monde entier qui nous entoure, à ne pas nous limiter au beau, au majestueux mais aussi au petit et au laid.

Et puisque les insectes sont pris dans leur dimension de nuisible, je crois qu’aujourd’hui encore, nous pouvons y entendre une affirmation sur le mal. Pas question bien sûr de dire que le mal vient de Dieu, ni qu’il est une punition ou un avertissement. Toute tentative d’explication du mal vise en fait à amoindrir celui-ci. Le mal est le mal justement parce qu’il ne devrait pas être, parce qu’il n’a pas d’explication logique. Mais en revanche, en nous racontant ainsi les mouches et les moustiques soumis à Dieu, le récit des dix plaies d’Egypte nous parle d’un mal qui n’échappe pas à la majesté de Dieu, c’est une façon de dire déjà la victoire de Dieu sur le mal.

 

Venons en à l’affirmation anthropologique : que les plaies de l’Egypte nous laissent dubitatifs ou qu’au contraire nous essayions de les expliquer « scientifiquement », ce qui provoque notre totale incompréhension, c’est l’obstination du Pharaon et ce, bien avant que le récit des plaies ne nous donne cette terrible précision : « Dieu endurcit le cœur de Pharaon ». Comment, au vu de toutes les catastrophes qui frappent son pays, Pharaon put-il refuser d’obéir à la requête de Moïse. Plus encore que les moustiques, la vermine, l’eau changée en sang ou les grenouilles, cela nous paraît être l’aspect le plus étrange du texte.

Jusqu’ici, le refus de Pharaon s’expliquait simplement : il n’avait pas de raison de croire Moïse puisque ses magiciens pouvaient faire la même chose. Il s’agissait d’une simple lutte entre le dieu des esclaves et les dieux de l’Egypte. Mais voilà qu’à présent, ses magiciens eux-mêmes s’inclinent et lui donne leur verdict : « c’est le doigt de Dieu ». C’est donc bien dans son propre contexte culturel, de la part de ceux en qui il a confiance, dont il reconnaît l’autorité que Pharaon reçoit cet avertissement qu’il refuse d’écouter. Inconcevable ?

Eh bien, je crois que cette obstination du Pharaon est l’aspect le plus réaliste de ce récit. Je ne vois absolument pas l’intérêt d’aller chercher à expliquer scientifiquement les plaies d’Egypte mais dans le refus de Pharaon je vois un portrait profondément vrai de ce qu’est l’homme.

Après tout, combien d’avertissements recevons-nous de la part de personne dont nous reconnaissons l’autorité, sans les écouter ? Combien de fois notre médecin nous encourage-t-il à consommer moins de cigarettes/ de sucreries/ d’alcool/ de matières grasses (barrer les mentions inutiles) sans que nous obtempérions ? Combien de résolutions avons-nous prises cette année que nous ne tiendrons pas, alors même que nous les reconnaissons bonnes ? Et de manière plus générale, ne nous obstinons-nous pas, en tant que population, dans des comportements que nous savons néfastes ? Pensez réchauffement climatique, pensez crise économique, pensez endettement, pensez ce que vous voulez après tout, les exemples ne manquent pas…

Bien sûr, tout comme Pharaon, nous tergiversons parfois, nous cherchons une échappatoire, un répit, nous promettons que nous ne le ferons plus, nous réclamons un sursis, mais très souvent, ce ne sont que manœuvres dilatoires.

Une fois que l’on pense à tout cela, la réaction de Pharaon nous paraît moins inconcevable. Mais elle n’est pas pour autant compréhensible. Alors, qu’est ce qui pousse Pharaon a endurcir son cœur de la sorte ? Qu’est ce qui nous pousse à nous obstiner ainsi ? Notre soif de liberté ? Je n’y crois pas une seconde. Où est-elle ma liberté dans la dépendance par rapport au tabac, à l’alcool, au chocolat ? Où est-elle ma liberté dans ce qui me conduit à la mort ? Nous nous mentons lorsque nous prétendons que c’est au nom de notre liberté que nous courrons ainsi à la mort. En fait, cette obstination, cet endurcissement qui sont les nôtres sont bien plus les preuves de notre esclavage. Nous sommes esclaves de notre orgueil, de notre refus de reconnaître nos torts, de nous incliner. Nous sommes, comme le dit le Deutéronome, un peuple à la nuque raide. Et cette rigidité n’est pas une fierté, une liberté, elle est un carcan.

L’obstination de Pharaon est un constat de cette rigidité-carcan. Mais elle n’en donne pas le remède : quiconque connaît l’histoire doit reconnaître que les dix plaies d’Egypte n’ont pas permis de guérir Pharaon de son orgueil. Pharaon a été brisé mais pas converti.

Or, d’autres textes nous disent que Dieu choisi de nous guérir de cet orgueil plutôt que de nous briser. C’est par sa propre douceur, par sa propre humilité, par la renonciation à sa puissance que Dieu transforme notre cœur. « Je suis celui que tu persécutes » dit-il à Paul, pas le Tout Puissant, même pas le ressuscité, mais celui qui est persécuté.

Attention, même si elle se fait par la douceur, cette transformation n’est pas forcément confortable. Mais c’est bien notre guérison que veut notre Dieu et non pas notre perte.

 

Frères et sœurs, que le Dieu des petites bêtes nous guérisse de notre mauvaise tête ! Oui, qu’il nous délivre de cet orgueil qui nous fait nous dresser sans cesse contre lui, contre nos frères, contre nous-mêmes.

 

Amen

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Tetro

8 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Tetro.jpgNe regarde pas la lumière dit Tetro à Bennie, à la fin de Tetro. Et c'est  vrai qu'elle est destructrice, la lumière, dans le dernier film de Coppola. Lumière des phares, feu des projecteurs, crépitement des flashes, mais surtout révélation de vérités auxquelles il est impossible d'échapper et qui font tellement mal que l'on voudrait les fuir.

Pourtant, si tous les ingrédients de la tragédie grecque sont présents dans Tetro, la fin est étonnamment optimiste. La vérité est certes destructrice mais  elle permet d'établir de nouveaux liens, elle permet la réconciliation et une relation qui n’est plus basée sur le mensonge et le silence.. En fait, Tetro est optimiste comme une confession du péché : me voir tel que je suis, ça fait mal, bien sûr, mais cela me libère de ma course aux mérite et cela me permet de  aussi reconnaître à quel point je suis aimé.

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Les mercredis de Calvin (52) : Calvin et l' "épître de paille"

6 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

calvin40.jpgAu cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

Oui, je sais, l’année Calvin est finie mais pour cause de vacances, j’avais raté le dernier mercredi (je devrais en être à 53, j’ai dû me tromper dans la numérotation, je ne pense pas en avoir manqué d’autres)

Abraham notre Père n’a-t-il point été justifié par les œuvres, quand il offrit son fils Isaac sur l’autel ?

Les sophistes empoignent  ce mot justifier ; et sur cela, comme s’ils avaient gagné la bataille, ils crient qu’une partie de la justice des hommes consiste ès œuvres. Mais il fallait tirer de la circonstance du passage la vraie interprétation. Or nous avons dit que saint Jacques ne traite point ici d’où ou comment les hommes obtiennent justice (comme il est manifeste à un chacun) mais que son intention est seulement de montrer que les bonnes œuvres sont toujours conjointes avec la foi. Parquoi quand il dit qu’Abraham a été justifié par la foi, il parle de l’approbation de justice. Quand donc les sophistes opposent saint Jacques à saint Paul, ils s’abusent en l’ambiguïté de la signification du mot. Car quand saint Paul enseigne que nous sommes justifiés par foi, il ne signifie pas autre chose, sinon que nous obtenons ceci que nous sommes réputé justes devant Dieu. Mais saint Jacques regarde bien à un autre but, à savoir que celui qui se dit être fidèle démontre par ses œuvres que sa foi est vraie. Il est certain que saint Jacques n’a point voulu enseigne où doit reposer la confiance de salut, qui est le seul point sur lequel saint Paul insiste. Afin donc que nous ne méprenions pas en ce qui a abusé les sophistes, il faut noter cette ambiguïté ou diversité de significations, à savoir que ce mot justification en saint Paul signifie une imputation gratuite de justice devant le siège judicial de Dieu ; et en saint Jacques, c’est une déclaration ou approbation de justice par les œuvres ou effets, et ce devant les hommes, comme on peut le recueillir de ces paroles précédentes « Montre-moi ta foi, etc. ». En ce sens, nous confessons sans contredit que l’homme est justifié par œuvres. Comme qui dirait d’un homme lequel aura acheté un héritage de grand prix et de bon revenu qu’il est devenu riche ;  d’autant que ses richesses, qui, étant enclose en son coffre, étaient inconnues, ont été mises en évidence.

Commentaire sur l’Epître de saint Jacques, 2

 

Si Luther avait repoussé les objections tirées de l’épître de Jacques en la qualifiant d’épître de paille. Calvin, quant à lui, préfère réfuter l’interprétation qui oppose le salut par les œuvres de Jacques au salut par la foi de Paul. Pour lui, Jacques rappelle simplement une vérité essentielle, une foi qui ne produit pas d’œuvre, est une foi morte, bref, n’est pas la foi.

Et j’aime la rigueur de la méthode d’étude de Calvin : il ne fait pas appel aux allégories ou au métaphore, il prend le texte dans son ensemble, interprétant un verset à travers son contexte : de quoi parle Jacques, il parle de ceux qui prétendent avoir la foi, la foi sans œuvre qu’il dénonce n’est donc pas la foi. Jacques ne peut donc pas être cité pour opposer salut par les œuvres et salut par la foi. Tout simplement.

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Des serpents, du sang et des grenouilles

3 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

serpentPrédication du dimanche 3 janvier 2010

Exode VII, 8 à VIII, 15

Matthieu II, 1 à 23

 

Le calendrier me conduit donc à reprendre ma lectio continua de l’Exode et à aborder les plaies d’Egypte le jour de l’Epiphanie. Après tout, ce n’est pas complètement absurde puisque les plaies d’Egypte sont, en quelque sorte une épiphanie. En effet, l’enjeu en est moins de convaincre Pharaon dont Dieu dit dès le début qu’il ne se laissera pas convaincre que de manifester la puissance de Dieu.

 

Le récit des plaies d’Egypte tel qu’il nous est parvenu est sans aucun doute une compilation de traditions diverses dont aucune ne fait mention des dix plaies (dans le passage entendu ce matin, on peut voir des traces de cette diversité des sources dans le bâton qui est tantôt un serpent, tantôt un dragon ou dans la surenchère des eaux changées en sang : au départ ce ne sont que les eaux du Nil puis voilà que ce sont toutes les eaux d’Egypte). Je crois donc qu'il serait plus intelligent de faire un peu d'archéologie du texte au lieu de faire de nombreuses hypothèses géologico-scientifico-historiques pour expliquer ces plaies.

Même si le Nil peut prendre une apparence rougeâtre à certaine période de l’année, même si les invasions de grenouilles ou de sauterelles sont des phénomènes connus (encore que dans le cas des sauterelles, le phénomène soit plus rare en Egypte qu’au Moyen Orient), je ne crois pas non plus qu’il faille voir dans les plaies d’Egypte un inventaire des catastrophes naturelles : trop seraient absentes (tremblement de terre, inondation, incendie).

La vérité du récit des 10 plaies d’Egypte n’est certainement pas dans les faits : pour faire sortir son peuple, Dieu aurait frappé tout un peuple à cause de l’obstination de son roi. Mais faut-il pour autant reléguer le récit des 10 plaies aux histoires spectaculaires et barbares de la Bible ? A un épisode tout juste bon à faire bien dans le péplum de Cecil B. De Mile ? Ou bien laisser exégètes et égyptologues disputer sur l’origine de ce texte ? Après tout, sans doute comprend-on d’autant mieux les plaies d’Egypte que l’on connaît la culture égyptienne et hébraïque. Par exemple l’invasion des grenouilles se lie beaucoup plus facilement au bâton changé en serpent quand on sait que le serpent et la grenouille sont, dans les mythes Egyptiens, des animaux liés au chaos originel, en quelque sorte des animaux d’avant la création. Les plaies d’Egypte commencent donc par une sorte de dé-création (le Nil est d’ailleurs le Fleuve fondateur de l’Egypte, le défaire ou le changer en sang, c’est défaire l’Egypte).

Mais alors, le récit des 10 plaies d’Egypte ne serait-il que cela : une légende spectaculaire et pleine d’intérêt pour l’étude de cultures anciennes ? Ne pouvons-nous pas en tirer un message pour aujourd’hui ?

 

L’actualité la plus évidente de ce texte réside bien sûr dans l’attitude de Pharaon qui rentre chez lui, sans rien prendre au sérieux alors que son peuple est contraint de creuser la terre pour boire. Bien sûr cette attitude du puissant face à une catastrophe écologique n’est pas sans évoquer le récent échec de Copenhague… Mais il est toujours facile de dénoncer le Pharaon chez les autres et peut-être devrions-nous nous regarder nous même. Après tout, nous sentons-nous vraiment concernés par les catastrophes avant qu’elles ne nous atteignent ? Cette obstination du Pharaon qui nous paraît tellement insensée, n’est-elle pas un peu la nôtre ?

Peut-être est-ce une première clé pour entrer dans le récit des plaies d’Egypte : nous reconnaître dans la folie de Pharaon, dans cet entêtement orgueilleux qui mène à la perte. Oui, je crois qu’il est parfois utile de se reconnaître dans le méchant de l’histoire : cela peut nous conduire à revoir notre position.

 

Mais si ce texte nous parle, c’est aussi en nous dérangeant. En effet, je ne suis pas très à l’aise avec ce Dieu qui frappe tout un peuple en sachant que le pharaon ne changera pas d’avis. Les plaies d’Egypte me semblent un bras de fer complètement vain et quelque peu ridicule. Et je ne crois pas être sacrilège ou blasphémateur en disant cela puisque si l’on y regarde bien, c’est exactement ce que dit le texte.

         Tout d’abord, seule la 10ème plaie convaincra Pharaon de laisser le peuple quitter l’Egypte et encore, se ravisera-t-il très vite… Si bien que le peuple hébreu doit sa délivrance à l’ouverture de la Mer Rouge bien plus qu’aux dix plaies. Autant dire que dans cette histoire, les prodiges accomplis par Dieu ont un taux d’efficacité de moins de 10 pour cent.

         Et si l’on s’en tient aux trois prodiges qui nous intéressent ce matin (le bâton changé en serpent et les deux premières plaies du Nil en sang et des grenouilles)  alors on est stupéfait de découvrir la raison pour laquelle Pharaon n’est pas convaincu : ses magiciens peuvent en faire autant. Oui, Dieu est le plus fort, son serpent mange ceux des magiciens mais ce n’est que par sa force qu’il se distingue des mages de Pharaon. Le dieu du bâton changé en serpent, de l’eau changée en sang et de l’invasion des grenouilles n’a rien du Dieu tout autre. Il ne fait que se livrer à un duel de magiciens  comme celui qui oppose Merlin à Mme Mimm dans Merlin l’enchanteur ou Gandalf à Saroumane dans le Seigneur des Anneaux. Et puis, au bout du compte, le dieu qui s’oppose ainsi à Pharaon ressemble plus à Hérode qu’au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, au Dieu de Jésus Christ

         Aujourd’hui le récit des 10 plaies d’Egypte nous place devant le dieu que nous nous inventons trop souvent. Le dieu à qui nous demandons monts et merveilles pour convaincre les incroyants, pour nous convaincre et disperser nos ennemis. Et ainsi, ce récit nous montre que loin de glorifier Dieu en lui demandant merveilles et prodiges, nous le rabaissons. Nous le mettons sur le même plan que les faux dieux dont les anciens parsemaient le ciel, sur le même plan que les éléments naturels, sur le même plan que notre technologie. Nous en faisons un dieu aisément compréhensible, appréhendable, utilitaire. Mais un dieu qui ne convaincra personne. En effet, à travers le Premier et le Nouveau Testament, la Bible nous le répète sans cesse : les prodiges ne convainquent que ceux qui sont déjà convaincus.

        

La véritable épiphanie n’est pas dans le bâton changé en dragon, ni dans le Nil changé en sang. Ce n’est pas dans les cataclysmes et les catastrophes que notre Dieu se fait connaître du monde entier, qu’il transforme les cœurs, c’est dans son alliance, dans sa délivrance, dans l’enfant sur la paille, dans l’homme de la croix, dans l’indicible de la résurrection. 

         Et cela devrait influencer nos témoignages. Notre foi ne se partage pas par la force des armes non plus, ni par notre force de persuasion, à coup d’arguments irréfutables. Tout cela, les mages du Pharaon peuvent en faire autant. C’est par la surprise, la gratuité et la liberté de notre amour que nous témoignerons de l’amour de notre Dieu.

 

         Frères et sœurs, qu’aujourd’hui soit un jour d’épiphanie pour chacun d’entre nous. Un jour où, par le plus simple de nos gestes, nous serons pour nos frères et nos sœurs les témoins d’un amour que rien ne peut égaler.

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Un bébé pour dire l'humanité

25 Décembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

PrédicatN.jpgion du 25 décembre 2009

Esaïe IX, 1-6

Luc II, 1 à 20

Ce sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau–né emmailloté et couché dans une mangeoire.

Ce sera pour vous un signe… C’est un peu étrange. L’ange aurait pu se contenter de dire : ce sera ce bébé.

Mais non, ce sera pour vous un signe. Un des mots que nos bibles traduisent parfois par miracle. Ce sera pour vous un miracle ? J’ai des doutes : après tout les bergers ont déjà vu un ange leur apparaître, juste après c’est toute l’armée des cieux qu’ils peuvent contempler… Alors, ont-il encore besoin de miracles ? Et même s’ils en avaient besoin, un bébé dans une mangeoire, ça n’a rien de prodigieux, ni, hélas, extraordinaire, il y en a eu d’autre des bébés nés sur la paille, il y en a d’autres, il y en aura d’autres. Ce n’est donc pas un prodige auquel vont assister les bergers mais bien recevoir un signe, quelque chose qui va faire sens pour eux et pour nous. Mais quel signe ? Que signifie l’enfant dans la mangeoire ?

 

La première réponse est tellement évidente, on l’a tellement redite dans les prédications, au catéchisme, que je ne vais pas m’étendre ce matin. Dieu nous rejoint dans la simplicité d’une naissance, il nous rejoint jusque dans nos faiblesses, dans nos fragilités. On l’a tellement redit que cela ne semble pas nouveau mais c’est tellement merveilleux, tellement immense que je ne suis pas sûr que nous ne parvenions jamais à l’appréhender vraiment.

La preuve, c’est que de nombreuses peintures et sculptures représentent l’enfant Jésus en majesté, assis, le port altier, la main levée en signe de bénédiction. On sent bien que les artistes et sans doute avant eux les théologiens, les dignitaires de l’Eglise ont été bien embêté avec ce bébé, comme ils ont été bien embêtés avec le crucifié. Sans doute parce qu’il est inconvenant d’imaginer Dieu comme un bébé, aussi inconvenant que de l’imaginer comme un crucifié.

Se représenter Jésus comme un bébé, c’est inconvenant quant à sa dimension divine, mais en fait c’est sans doute inconvenant aussi quant à sa dimension humaine.

 

Quand on pose la question « qu’est ce que c’est qu’un être humain ? », je crois que nous avons tous un archétype, un modèle d’être humain qui nous vient en tête. Physiquement, ce modèle est un adulte aux traits harmonieux. C’est comme cela que se le représentaient les anciens grecs puis les artistes de la renaissance, c’est encore comme ça que nous le vendent la publicité et le cinéma. Quand les sondes spatiales Pioneer 10 et 11 furent lancées pour quitter le système solaire, elle emportèrent avec elle, comme une bouteille à la mer, un dessin pour représenter notre espèce : la représentation d’un homme et une femme. Ils sont nus, ils sont adultes, leurs traits sont harmonieux.

         Et bien sûr, quitte à se représenter un modèle d’humanité, on mettra aussi en valeur son intelligence, son sens artistique. On n’a jamais vu de grands singes composer les cantates de Bach ou résoudre des équations au 5e degré. C’est donc bien ça qui nous distingue en tant qu’être humain.

Or, un bébé, c’est un être humain qui n’a aucun contrôle sur son corps, qui ne peut ni se tenir assis, ni se retourner, qui ne peut ni parler ni être propre, qui a entièrement besoin de soins. Et pourtant, nous dit Luc, c’est bien comme un bébé, emmailloté, posé là que Jésus est venu dans le monde. Oui, Jésus a souillé ses langes, il a bavé, fait son rot, il est tombé en apprenant à marcher, il a pleuré pour qu’on vienne le prendre, plus tard il a du apprendre à parler. Un biberon, un hochet, un paquet de couche : voici les nouveaux ustensiles du culte.

 

         Notre humanité, nous la pensons libre, maîtresse de ses décisions et de son destin. L’homme vrai, c’est l’homme libre.

Et voilà que le bébé est emmailloté. Je ne sais pas si vous avez déjà vu des bébés engoncés dans leurs tenues d’hivers mais ce n’est pas tout à fait un symbole de liberté.

         Notre humanité, nous la pensons fière d’occuper sa place. Au cours des âges, on l’a vue au centre de l’univers, au sommet de l’évolution et on a souffert à chaque fois qu’elle était déplacée. Aujourd’hui encore, certains la voudraient maîtresse de la nature ou bien en harmonie avec elle. Mais c’est toujours une humanité à sa place.

Et voilà que le bébé est dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour lui à l’hôtel.

 

Ce matin, l’affirmation du bébé emmailloté dans une mangeoire doit être pour nous un signe. Signe de ce que c’est qu’un être humain. Le bébé de la mangeoire, l’homme de la croix est un être humain, complètement. Il n’est pas un dieu du stade, un athlète, un surdoué, il n’est pas en pleine possession de ses moyens, indépendant, autonome. Il n’est pas cet archétype d’humanité que nous rêvons et par lequel nous jugeons nos frères et nos sœurs, par lequel nous nous jugeons nous même, bien souvent.

Mais ce bébé est un homme, rien de moins. De ce bébé, nous affirmons même dans certaines de nos confessions de foi qu’il est plus humain qu’aucun humain ne saurait l’être par lui-même.

Dieu rejoint l’humanité dans un bébé emmailloté dans une mangeoire. Ainsi, il n’y a pas d’archétype d’humanité, il n’y a pas d’humanité en marge, il n’y a pas de plus humain ou de moins humain. Il n’y a qu’une humanité entière avec ses bien portants et avec ses souffrants, avec ses facilités et ses difficultés, avec ses libertés et avec ses chaînes, avec ses capacités et avec ses besoins. Il y a une humanité entière et c’est cette humanité toute entière que Dieu rejoint.

 

Mon frère, ma sœur, toi qui fait partie de cette humanité par le simple fait de ta naissance, ce premier cadeau qui t’a été fait, c’est toi que Dieu a rejoint dans cette naissance que nous fêtons aujourd’hui. C’est pour toi qu’il est venu, pour toi qu’il est mort, pour toi qu’il est vivant. C’est toi que Dieu aime et fait vivre. C’est toi qu’il appelle à l’amour de tes frères et de tes sœurs qui partagent la même humanité, le même cadeau, les mêmes besoins.

 

Amen.

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Autour de la veille de Noël

24 Décembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Prières

C’est une naissance qui a lieu à la périphérie du monde

Loin des palais et des villes importantes

Loin des grandes puissances où tout se décide

Et pourtant c’est une naissance

qui rassemble une foule immense

Des anges et des humains

Des hommes et des femmes

Des juifs et des païens

Des savants et des bergers

Un charpentier et un vieux prêtre

Une vierge et une femme stérile

Un vieillard et une prophétesse

C’est une naissance par laquelle

Dieu rejoint l’humanité toute entière.

 

Et puisque ce soir nous célébrons cette naissance

Nous te remercions Seigneur

Pour chacun de ceux qui sont là

Pour chacun de ceux qui nous ont rejoints

Pour chacun de ceux qui nous offrent ce temps avec nous

Parce que sans ces visages familiers ou inconnus

Notre humanité ne serait pas entière

Notre fête ne serait pas complète

Mon frère, ma sœur

Sois en persuadé

Si tu n’avais pas été là

Tu nous aurais manqué.

 

Et puisque ce soir nous célébrons cette naissance

Nous te remercions, Seigneur,

Pour toute cette humanité qui s’associe à notre fête

Merci pour ce temps des Noël de la solidarité

Par lequel s’invitent à notre veillée

Dans notre communauté

Prisonniers, handicapés, pauvres, immigrés

Exclus de tout genre

Tous ceux que trop souvent nous rejetons aux marges

Et sans lesquels notre humanité ne serait pas complète.

 

Puisque ce soir nous célébrons ta naissance

Nous te prions Seigneur

Pour tous ceux qui restent dehors

Pour tous ceux qui restent en marge

Que nous ne parvenons pas à accueillir

Nous entendons

Cette clameur qui monte de Rama

Et de toute l’humanité souffrante

Et dans notre prière

Nous te présentons cette souffrance

Qui devient la nôtre

Nous te prions aussi

Pour tous ceux qui ne te connaissent pas

Et qui ne savent pas ce qu’ils fêtent

Ce qui leur manque ce soir

 

Ne laisse pas notre joie

Devenir égoïsme

Notre plaisir

Devenir avidité

Nos musiques

Nous rendre sourds

Donne-nous de trouver

Dans nos réveillons

Dans nos cadeaux et à nos fêtes

Dans notre joie de ce soir

Un ressourcement

Un lieu où célébrer

Tout ce que Tu nous donnes

Une oasis où prendre des forces

Pour reprendre notre marche

A la rencontre de cette humanité

Vers laquelle tu nous envoies

 

En ce temps de Noël

Transforme nos cœurs

Pour que chacun de nos jours

Devienne un temps de nouvelle naissance

Un temps de don et d’espérance.

Amen

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Une lumière pour commencer

24 Décembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

bougie1.jpgPrédication du 20 décembre 2009

Genèse I, 1 à 5

Jean I

 

Les camions sont pleins de lait

Les balayeurs sont pleins d'balais

Le café est dans les tasses

Les cafés nettoient leurs glaces

Il est 5 heure

Evreux s’éveille

J’aime l’aube. J’aime me lever tôt. Pas spécialement à cause des levers de soleil, mais parce que j’aime cette heure de la journée. L'aube est toujours un temps de commencement, de renouveau. En effet, plus encore que la fin de la nuit, l'aube est le commencement d'un jour nouveau. C'est cette nouveauté qui donne  l'aurore son caractère exaltant : la vie se met en branle, tout est possible. C'est sans doute pour cela que le récit de création commence avec l'apparition de lumière.

         C'est ce que nous raconte Luc avec le contraste entre les couples Elizabeth/Zacharie et Marie/Joseph, la femme stérile et le vieux prêtre d'un côté et de l'autre la vierge et son fiancé, la mémoire d'Abraham et Sara et de l'ancienne alliance et l'ouverture d'une page neuve.

 

         Mais si Noël se vit comme une aube, si la venue de Jésus annonce un jour nouveau, pourquoi les ténèbres règnent-elles toujours sur notre monde ? Pourquoi le massacre des innocents sans cesse recommencé ? Pourquoi les décisions des princes qui déplacent des populations, sans considération des individus ? Pourquoi les enfants nés sur la paille ? Pourquoi le mal, la souffrance et la mort ? Malgré cette naissance, la nuit demeure, qu'aucune lumière de Noël ne pourra nous faire oublier. D'ailleurs, les récits bibliques n'essayent pas : Hérode dans Matthieu, l'étable dans Luc montrent bien la tragédie de cette naissance. Et Jean fait ce constat : " La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas reçue" 

         Bref, si nous célébrons Noël comme la Bible nous y convie, nous ne fermerons pas les yeux sur les ténèbres du monde. D'ailleurs, fermer les yeux, occulter les ténèbres n'a jamais été un moyen très efficace de les combattre. C’est en cela que notre foi est douloureuse : elle nous interdit le confort de la résignation, nous ne pouvons pas dire les choses sont ainsi et nous n’y pouvons rien, parc que croire c’est savoir que les choses ne sont pas ce qu’elles devraient, c’est savoir qu’il y a un autre possible. Nous ne pouvons pas dire à Dieu notre Père "que ton règne vienne" et accepter cette emprise du mal. Nous ne pouvons pas accepter que l'aube soit la promesse d'un jour qui n'en finit plus de venir.

 

         La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas vaincue, je crois qu’il faut tenir ensemble ces deux sens de xatalambanw : recevoir, accueillir mais aussi vaincre, dominer. Et traduit ainsi, le triste constat de Jean devient une affirmation joyeuse. Renforcée encore par le présent : si tout le prologue de Jean est au passé, c’est bien au présent que la lumière brille.

La lumière, qui est la vie, brille, les ténèbres ne l’ont pas étouffée, elles n’ont pas su être siennes, être lumineuses c’est vrai, pas encore en tout cas, mais elles ne l’ont pas faite leur, elles ne l’ont pas rendue ténébreuse. Et ce n’est pas un espoir pour demain mais pour aujourd’hui parce que la lumière est ce qui me permet de commencer.

 

Je voudrai souligner cette succession que nous connaissons bien et dont nous ne nous apercevons plus à quel point elle nous est étrangère. Il y eut un soir, il y eut un matin.

Puisque l’aube est le moment où nous pouvons reprendre notre activité quotidienne, il est logique d’en faire le début de notre cycle de 24h. Dans mon dictionnaire, j’apprends que le jour est la période de 24h pendant laquelle la terre fait un tour sur elle-même et que le matin est le début du jour. Très logiquement le jour commence comme on se lève.

Il y eut un soir, il y eut un matin. Premier jour. Et les juifs tiennent compte de ce refrain en faisant commencer leur journée le soir. Le jour commence à la tombée de la nuit.

         C’est très beau quand on y pense, parce que du coup le chemin va de la nuit vers le jour, des ténèbres vers la lumière. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait vrai puisque c’est un cycle, mais il est évident qu’une vision du temps qui va de la ténèbres vers la lumière ne dit pas exactement la même chose qu’une vision qui va de la lumière vers les ténèbres.

         Je vois dans cette succession le même constat et la même espérance que dans l’ambiguïté du verbe xatalambanw, saisir, de l’évangéliste Jean, en y ajoutant une exhortation que Jean n’aurait certainement pas contestée.

Le constat, c’est que les ténèbres sont bien là, angoissantes, oppressantes, douloureuses et que c’est de ces ténèbres que nous partons. L’espérance, c’est que la lumière vient sur ces ténèbres. J’ai déjà développé tout ça

Mais puisque dans nos ténèbres vient l’aurore, puisque dans nos ténèbres la lumière brille maintenant, puisque le jour (au sens lumineux du terme) commence, alors l’heure n’est plus à nous blottir sur notre couche, l’heure n’est plus à nous tapir dans notre chambre. Il est temps de nous réveiller et de nous mettre à l’œuvre, il est temps de nous lever et de nous mettre en marche. Il est temps de vivre dans cette lumière.

Le réveil, le relèvement, la vie, ce sont les trois mots bibliques de la résurrection.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Frères et sœurs, la lumière de la vie brille sur les ténèbres de notre mort. Il est temps de nous laisser éclairer par elle, il est temps de la laisser nous montrer le chemin vers nos frères et nos sœurs.

Frères et sœurs, nous ne sommes pas au matin du grand soir à venir, le grand matin commence maintenant.

 

Il est 5 heure

Christ m’éveille

J’ai plus sommeil

 

Amen

 

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