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L'appel et la pêche

14 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

peche.jpgPrédication du 14 février 2010

Esaïe VI, 1-8

I corinthiens XV, 1-11

Luc V, 1 à 11

 

Buisson ardent, chemin de Damas, l’appel de Dieu évoque chez nous des images spectaculaires. Pourtant et si l’appel était simple comme une partie de pêche ?

 

Les trois textes que nous avons entendus ce matin sont des récits d’appel. Mais un élément lie étroitement le récit de vocation d’Esaïe à celui des premiers disciples dans l’évangile selon Luc, Simon-Pierre et Esaïe réagissent de la même manière : « Je suis un homme pêcheur » « Je suis un homme aux lèvres impures". Face à la gloire de Dieu, Simon Pierre et Esaïe affirment leur limite, leur petitesse d'homme, ils manifestent cette crainte qui est de l'ordre du respect et de l'humilité plus que de la peur.

Mais ce trait commun nous conduit à souligner l'immense différence entre les deux textes. Le prophète voit Dieu se manifester dans le Temple, dans un contexte éminement religieux. En fait, la vision d'Esaïe est une amplification de ce qui est visible dans le Saint des Saints, une pleine manifestation de la gloire qui est symbolisée par l'Arche d'Alliance et les Séraphim.

En revanche, pour Simon-Pierre et les autres disciples, cette manifestation survient dans le cadre de leur travail, au coeur de leur vie quotidienne. Dieu passe de la sphère religieuse à la sphère profane. Ainsi, l'évangile selon Luc témoigne d'un Dieu qui nous rejoint là où nous sommes et non plus d'un Dieu vers lequel il nous faut nous élever par notre pratique religieuse.

 

C'est donc ainsi que va commencer la mission des apôtres, par un appel qui les saisit au beau milieu de leur vie de tous les jours. Luc nous le signale en nous offrant une scène de pêche très vivante et détaillée. On y voit les pêcheurs travailler ensembles pour encercler les poissons de leurs filets, manoeuvre délicate qui demande plusieurs barques agissant de concert et donc une très bonne coordination.

Mais cette description n'est pas seulement un documentaire sur la pêche sur le lac de Génésareth. En plantant son décors, Luc ne se contente pas d'insister sur le quotidien dans lequel les disciples sont appelés, il va aussi nous présenter, à travers la mission qui leur est confiée.

 

En effet, premier constat, Dieu ne nous appelle pas pour notre épanouissement personnel. Quand il se manifeste à nous, quand il éveille notre foi, il nous confie aussi une mission. C'est bien l'expérience qu'ont faite Esaïe, Simon-Pierre, Paul et tant d'autres témoins bibliques : que l'on soit religieux, simple pêcheur, collecteur de taxes, recevoir la bonne Nouvelle, c'est être appelé à proclamer à son tour. "Tu seras pêcheur d'homme"

 

Deuxième constat : cette pêche aux hommes est à l'image de la pêche miraculeuse : Pierre a pêché toute la nuit, il a déployé tout son savoir-faire à la meilleure heure, quand les conditions étaient les plus favorables mais ça a été en vain. Et alors que le moment est passé, alors que la fatigue amoindrit ses capacités, quand il relance les filets à la demande de Jésus, la pêche est prodigieusement abondante.

Notre pêche aux hommes ne dépendra pas de nos compétences, de notre application, des conditions dans lesquelles nous témoignerons de la Bonne Nouvelle. Le succès de notre pêche ne sera dû qu'au vouloir de notre Dieu.

Et pourtant, tout comme Simon Pierre, nous sommes appelés à participer pleinement à cette pêche. La pêche miraculeuse n'est pas la pluie de cailles de la traversée du désert, l'évangile ne nous dit pas que de "tous les côtés du navire, les poissons vinrent à sauter ohé ohé". Pierre et ses associés vont accomplir leurs gestes de tous les jours, ils vont déployer leurs compétences, s'impliquer pleinement dans cette pêche, bref, ils vont travailler.

De la même manière, si le succès de notre annonce ne dépend pas de nous, nous n'en sommes pas moins appelés à fournir un effort, à engager notre savoir-faire. Jésus ne nous appelle pas à nous tenir sur le rivage pour observer le spectacle mais bien à mettre notre barque à l'eau, à jeter nos filets, à travailler.

 

Et, c'est le troisième constat, à travailler comme Pierre et ses associés : ensembles. En utilisant la pêche comme image de notre mission de chrétiens, Jésus nous rappelle que cette tâche à laquelle nous sommes appelés n'est pas un travail solitaire. Pêcher seul, c'est voir la barque chavirer, les filets se briser, les poissons s'échapper. Pêcher seul c'est tout simplement impossible.

Il en va de même de l’annonce et du témoignage. Il faudrait être un géant de la foi et de la spiritualité pour pouvoir annoncer seul face à nos frères et nos sœurs l’amour de Dieu, la vie à laquelle il nous invite. C’est une mission trop lourde, trop immense pour un individu isolé. C’est ensembles que nous serons porteurs d’une bonne nouvelle, c’est ensembles que nous serons témoins de l’amour de Dieu.

Travailler ensemble, c’est faire équipe. Mieux, c’est faire corps ! Cela demande de la coordination, c'est-à-dire de la compréhension mutuelle, de la confiance et donc de la communication. Tout comme Pierre fit signe à l’autre barque, sachons demander de l’aide à nos frères et sœurs en Christ, sachons répondre aux demandes d’aide. Le travail en équipe fait partie du savoir faire que nous sommes appelés à exercer pour l’annonce de l’Evangile

 

Frères et sœurs, réjouissons-nous, notre Dieu nous rejoint dans notre quotidien.

Réjouissons-nous, il nous appelle à déployer notre savoir-faire, nos compétences. Il nous invite à la joie du travail bien fait.

Réjouissons-nous, il nous donne de n’être pas seul mais de travailler en équipe, en communion, en fraternité.

Réjouissons-nous car il nous promet une pêche innombrable, miraculeuse.

Réjouissons-nous et lançons notre barque à la mer : il fait de nous des pêcheurs d’hommes.

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Ni une, ni deux

13 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Affiche_Ni1ni2.jpg
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Dixit, du mot inconnu à l'image

10 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

dixitUn des souvenirs que je garde précieusement de mon oncle Olivier, outre son amour pour Brassens, c'est que c'est lui qui m'a appris le jeu dictionnaire (l'amour des mots est sans doute un dénominateur commun entre ces deux choses). Le jeu du dictionnaire consiste à prendre un dictionnaire,  trouver un mot inconnu de tous (le dictionnaire des mots rares et précieux peut s'avérer utile) et à laisser chacun inventer une définition : seront récompensés ceux qui auront trouvé la bonne définition et ceux dont la définition fictive aura attiré des suffrages. Un grand jeu, malheureusement fuit par ceux qui, à tort ou à raisons, doutent de leurs capacités rédactionnelles.

Dixit reprend le principe du jeu du dictionnaire en palliant sa principale difficulté. Ici, il n'est plus question de dictionnaire ni de définition mais de 84 cartes, magnifiquement illustrées. L'émetteur  choisi une carte de sa main, la pose face cachée et lui donne un titre. Chaque joueur va jouer face cachée une de ses cartes qui lui semble pouvoir correspondre au titre. On découvre les cartes rassemblées (après les avoir mélangées, bien sûr), et chacun vote pour celle qu'il pense être la carte de l'émetteur. On sera récompensé aussi bien pour avoir trouvé la bonne carte que pour avoir attiré des suffrages. Tout aussi ludique que le jeu du dictionnaire, plus accessible et les cartes sont merveilleuses de beauté et de poésie. Un petit bijou ludique pour rappeler que l'imagination est à la portée de tous.

(les facebookiens trouverons des exemples d’énigmes ici)

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Un douloureux endurcissement

7 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 7 février 2010

Exode X, 1 à XI, 10pharaon.jpg

Apocalypse IX, 1 à 11

 

Jusqu’ici dans notre parcours des plaies d’Egypte, nous avons esquivé ce verset pourtant déjà deux fois : « L’Eternel endurcit le cœur du pharaon ». Puisque il est répété systématiquement pour les trois dernières plaies, le temps est venu de nous y confronter, pour comprendre la révolte qu’il provoque en nous, pour voir ce qu’il nous dit de l’homme et de Dieu.

 

« L’Eternel endurcit le cœur du pharaon », alors même que le texte nous présente un pharaon repentant : « J’ai péché contre le SEIGNEUR, votre Dieu, et contre vous » (Ex. X, 16). Notre tendance naturelle serait sans doute de couvrir Dieu en faisant un procès d’intention au pharaon, en l’accusant d’un faux repentir. Ce serait quand même plus théologiquement correct. Seulement, ce serait aller contre le texte qui annonce bien le projet de Dieu « moi, j’endurcirai son coeur et il ne laissera pas partir le peuple. » (Ex. IV, 21) et en explique la raison « afin que mes prodiges se multiplient dans le pays d’Egypte. » (Ex. XI, 9).

Comme on sait bien que la Bible ne prétend pas nous raconter l’histoire de l’Egypte, que ces textes ne sont pas le récit historique d’événements ayant eu lieu, mais un discours théologique, une affirmation sur Dieu et sa place dans l’histoire d’Israël, nous voici devant un problème. Il serait trop facile d’invoquer la prétendue barbarie de l’Ancien Testament rendant Dieu coupable d’un refus que devait sûrement venir du diable ou de la folle obstination de pharaon. Alors que faire avec ce portrait biblique d’un Dieu qui endurcit le cœur du pécheur afin de mieux le frapper ?

Tout d’abord, le refuser. En effet, je refuse de croire au Dieu qui endurcit le cœur du pharaon pour se faire de la pub.

Mais il convient de bien motiver ce refus. Les premières objections qui nous viennent à l’esprit sont « C’est trop injuste » ou pire « Ce n’est pas gentil ». Et voilà que nous nous faisons juge de Dieu ! Voila que nous plaçons, au-dessus de lui, des valeurs absolues auxquelles il devrait se soumettre. Mais, s’il y a au-dessus de Dieu, un absolu auquel Dieu devrait rendre des comptes, alors Dieu n’est plus Dieu…

Si nous prenons au sérieux la totale souveraineté de Dieu, nous devons renoncer à le juger selon nos critères. Et pourtant, je l’affirme une fois encore : « Je refuse l’idée que Dieu endurcisse le cœur de Pharaon » et j’affirme de plus que nous pouvons, et devons même, refuser cette idée. Pas au nom d’un justiçomètre ou d’un bontéomètre avec lesquels nous pourrions mesurer Dieu mais en nous appuyant sur les modèles de foi que nous donne la Première Alliance : Abraham, Moïse ou même le psalmiste.

Pensez à Abraham intercédant pour Sodome et Gomorrhe : Jamais tu ne ferais une chose pareille (Gen. XVIII, 25), de Moïse intervenant pour le peuple lors de l’épisode du veau d’or : Seigneur DIEU, ne détruis pas ton peuple, ton patrimoine, que tu as libéré dans ta grandeur, que tu as fait sortir d’Egypte d’une main forte ! Souviens–toi d’Abraham, Isaac et Jacob, tes serviteurs. Ne regarde pas l’obstination de ce peuple, sa méchanceté et son péché, (Deut. IX, 26-27). Chacun ose s’opposer à la colère de Dieu non pas en évoquant des valeurs supérieures auxquelles Dieu devrait rendre des comptes, mais plutôt en en appelant à Dieu lui-même. Abraham, Moïse ou le psalmiste ne disent pas à Dieu « Tu ne dois pas faire cela », ils lui disent « Par notre foi, notre confiance en toi, nous savons que tu ne veux pas faire cela, que tu ne le feras pas. »

Il en va de même pour nous. Parce que notre Dieu s’est révélé à nous comme celui qui ne veut pas la mort du méchant mais plutôt sa conversion et sa vie (Ezechiel XVIII, 23), comme celui qui a donné sa vie pour sauver notre vie alors même que nous étions pécheurs (Rom V, 8), nous ne pouvons pas croire qu’il soit le Dieu qui endurcit le cœur du pharaon, qui fait renoncer le méchant à sa conversion. Nous ne prétendons pas juger Dieu mais nous avons la foi, nous avons confiance en son amour, en sa volonté de salut pour nous.

Alors pourquoi le livre de l’Exode nous dit-il que l’Eternel endurcit le cœur du pharaon ? C’est une affirmation anthropologique et théologique.

 

Commençons par le plus évident : ce que ce texte nous dit de l’homme. Pharaon a beau être le méchant de l’histoire, il a beau être le prince de toute l’Egypte, il n’en est pas moins le personnage le plus proche de nous. Si j’en crois les 10 commandements, ou le prince d’Egypte, je ne suis pas le seul dans ce cas : dans l’épisode des  plaies d’Egypte, c’est à lui que nous nous identifions, plus qu’à Moïse. Pourquoi avons-nous une certaine empathie, une certaine compassion pour le pharaon ? Pourquoi cette affinité que nous ressentons pour lui, malgré son entêtement insensé ? Eh bien, sans doute à cause de cet entêtement insensé.

L’endurcissement du cœur du pharaon nous rappelle un élément que Freud prétend avoir découvert (Freud évoquait l’invention de la psychanalyse comme la suite directe de l’héliocentrisme, de l’âge de la terre, de l’évolution des espèces, une découverte qui retirait l’homme du centre du monde), un élément qui est bien présent dans ces pages vieilles de plus de 20 siècles (je préfère ne pas trop me mouiller sur la datation des textes) : nous ne sommes pas aussi maîtres de notre volonté que nous voudrions le croire, nous sommes parfois le jouet de pulsions que nous ne contrôlons pas. Bien sûr, il n’est pas question de dire que nous ne sommes que des marionnettes, pharaon endurcit son cœur, lui aussi, à plusieurs reprises, nous avons un pouvoir de décision. Mais il n’est pas aussi vaste que nous le pensons.

Non seulement il est faux d’affirmer que quand nous voulons, nous pouvons mais il nous faut bien reconnaître que parfois, nous ne pouvons même pas vouloir. Pensez tabagisme ou alcoolisme, bien sûr, mais pour ne pas rester que dans l’addiction pensez à notre course à la consommation, pensez à la pollution, pensez paresse ou peur de l’autre : l’obstination destructrice du pharaon ne nous est pas si étrangère.

C’est peut-être la première leçon de cet endurcissement du cœur de pharaon : même prince d’Egypte, aussi puissant puis-je être, je ne contrôle pas tant ma vie, ni même ma propre volonté que cela.

 

Mais quand même, pourquoi faire de Dieu celui qui manipule Pharaon, pourquoi ne pas attribuer cet endurcissement au diable ou à quelque puissance démoniaque ?

Eh bien, un des aspects positifs du texte, à mon sens, est qu’il nous interdit des questions trop facile à la terrible question du mal, ici, on voit bien que libre-arbitre de l’homme ne peut pas être incriminé puisque précisément, Pharaon ne fait pas preuve de libre-arbitre. Et le diable n’est pas mentionné. L’origine du mal, la question de l’endurcissement de notre cœur, n’est pas une question à laquelle on puisse répondre simplement, et peut-être même pas du tout.

Et puis, ce récit des plaies d’Egypte n’est pas seulement un drame humain, il ne fait pas que nous parler de l’homme, il a une dimension théologique.

L’Exode est très clair : Dieu endurcit le cœur de pharaon afin que l’on voit avec quelle puissance il libère son peuple. Or, on sait l’importance du récit de la sortie d’Egypte pour Israël. L’exode n’est pas à classer avec les autres épisodes de l’histoire d’Israël, c’est el récit de la naissance, je devrais même dire de la création du peuple. Pour bien comprendre ce que ce récit nous dit de Dieu, il faut le prendre dans sa dimension cosmique et le lire comme un récit de création. Le livre de l’Apocalypse ne s’y trompe pas en citant les 8e et 9e plaies : la nuit et les sauterelle renvoient à l’abîme, au néant, à l’incréé.

Et si nous lisons ce récit à l’échelle cosmique : le pharaon représente l’Egypte et donc les forces du néant. Il ne peut pas être victime des forces du néant, il est le néant. Or dans ce récit de création, il n’est pas question de montrer les forces du néant coopérer, aussi légèrement soit-il, à l’acte créateur de Dieu. Il n’est pas question de laisser entendre que l’Egypte aurait laissé sortir les hébreux, que le néant puisse accoucher naturellement de la création. C’est Dieu qui, de haute lutte, fait naître son peuple. C’est Dieu qui arrache la création au néant.

Et cette idée est magnifique par tout ce qu’elle implique. Tout d’abord, loin d’être le grand horloger indifférent, Dieu se bat pour son peuple. Il se bat pour sa création. Il nous veut tellement qu’il se bat pour nous. Et puis, si nous revenons à ce que l’obstination de pharaon nous dit de notre propre obstination, alors ce texte est pour nous une annonce de libération. Quand nous sommes esclaves de pulsions qui nous détruisent, quand notre propre volonté nous trahit, qu’en nous-mêmes nous ne trouvons aucun moyen d’échapper à ce qui nous fait souffrir et mourir, nous savons que le salut nous vient de Dieu seul, même si nous sommes incapables d’y participer.

 

Frères et sœurs, ne craignons pas que Dieu endurcisse nos cœurs comme celui de pharaon. Bien au contraire, lorsque comme le roi d’Egypte, nous nous sommes pétrifiés, plaçons toute notre confiance en Dieu qui combat pour nous, qui ôtera de notre poitrine et nous donnera un cœur de chair. (Ez. 36. 26)

 

Amen

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A serious man

6 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

a-serious-man-poster.jpgUn homme sérieux, c'est quelqu'un qui domine sa vie ou plutôt qui sait quel sens  il doit donner à ce qui lui arrive. En effet, les sujets sérieux, la religion, la politique, la science, sont les sujets porteurs de sens... A serious man, c'est aussi l'histoire juive que nous racontent les frères Cohen, une histoire pleine de cet humour si typiquement désespéré, qui n'est ni farce, ni moquerie, mais simplement le refus de prendre trop au sérieux l’absurdité de ce monde ;  l'histoire de Larry Gopnick qui rêve de devenir un homme sérieux, et à qui rabbins et mathématiques apporteront la même réponse quant au sens de ce qui nous arrive.

A cause de la réponse qu'il apporte, beaucoup de gens sérieux détesteront, en tout cas, ceux qui aiment avoir des réponses mais pour moi, c'est un grand film.

Un film pour rire, pour réfléchir, pour élargir son regard... Un film pour se rappeler des racines juives du christianisme (et puis quand je vois le bureau des rabbins, j'ai beaucoup moins de complexes)...

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Joindre les mains, tendre la main

4 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

mains.jpgDemandez et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira.

Matthieu VII, 7

 

Que ce soit à Dieu ou aux hommes, nous n'aimons pas beaucoup demander. C'est tellement mieux quand les choses sont faites sans qu'on ait demandé.

Demander, c'est se mettre à la merci d'un refus. C'est surtout admettre que nous avons besoin des autres. C'est abandonner notre vieux rêve d'autonomie. C'est reconnaître notre faiblesse.

C'est sans doute là qu'il faut rechercher la raison la plus profonde à notre malaise vis-à-vis de la prière de demande ; plus que dans le pieux "je n'ose pas déranger le Très Haut avec mes petits problèmes", bien plus que dans le révolté "de toute façon, il ne répond jamais", c'est parce qu'elle est l'aveu de notre précarité que la prière nous est difficile. Prière-précaire, si l'étymologie est douteuse, le lien théologique est évident.

Le carême s'approche, temps associé au jeûne et donc à la faim, temps rêvé pour redécouvrir notre fragilité, notre précarité et donc la prière.

 

Que ce temps de carême soit pour chacun de nous un temps de prière, prières spontanées, jaillissant de l'élan de notre coeur, prière coutumière du lever, du coucher ou du repas, prière en solitaire, en famille, ou en communauté.

Et si nous ne savons pas ou plus comment prier : pas d'inquiétude : l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables.

Romains VIII, 26

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Des Jésus

3 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

1000-images-d-Evangile-147.jpgIl y a d'abord le Jésus réel, celui qu'ont côtoyé Pierre, Jacques, et les autres. Celui-là, à moins de voyager dans le temps, nous ne le connaîtrons pas. N'en éprouvons pas trop de regrets, la plupart de ceux qui l'ont côtoyé ne l'ont pas reconnu.

Il y a le Jésus de la Bible. En fait, il y a le Jésus du Nouveau Testament. En fait, il y a les Jésus des écrits du Nouveau Testament, dont différents auteurs essayent, chacun à sa manière de dresser un portrait. Ils sont suivis par les Jésus de la théologie, esquisses de réponses ou de structuration ou vaines tentatives de concordance et d'enfermement.

De ceux-là,  vient le Jésus de ma foi, celui auquel je crois, celui dont j'esquisse l'image au gré des témoignages que j'ai reçus, des expériences qui sont les miennes, de  la culture dans laquelle je m'inscris.

Il y a le Jésus de l'histoire, celui qu'essayent vainement de décrire les historiens, qui sera toujours à des lieues du Jésus réel,  mais qui me rappelle toujours ce que le Jésus de ma foi doit à mes projections.

Et tous ces Jésus sont autant de reflets du Jésus vrai qui m'appelle et me parle, présence de Dieu au coeur de mon humanité, parole de Dieu qui me rejoint tout en restant insaisissable pour me mettre en chemin.

Plein de Jésus à mon bénéfice ; plein de Jésus dont aucun n'est faux, mais dont un seul est vrai.

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Communion régionale

31 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Commencée vendredi soir, la réunion du conseil régional a été dense. Découverte des dossiers pour les nouveaux membres, pour tous, découverte d'une nouvelle manière de travailler : l'équipe a été renouvelée a plus de la moitié, partage des peines et des difficultés qui traversent les paroisses de notre région, des espérances et des projets aussi, heureusement.
Mais ce dimanche, en fin de matinée, je sature, informations et  idées se mélangent dans ma tête, perspectives locales et régionales, et j'avoue avoir bien du mal à me concentrer sur les lectures et la prédication d'Olivier, mon collègue et nouveau président du conseil régional. Puis vient le temps de la cène, cette cène qu'Olivier a souhaité que, cette fois, nous ne partagions qu'entre nous. Le pain et le vin (blanc, c'était un "risque" à courir en demandant à la responsable d'un lieu d'accueil catholique du pain et du vin pour la cène) se partagent entre nous, frères et soeurs qui avons travaillé, échangé, ri, soupiré, grincé des dents et prié ensembles.
Et au delà des mots, que je suis en cette heure incapable de vraiment recevoir, ce pain et ce vin me disent notre communauté, notre fraternité et la présence de Celui qui la fonde. Ce pain et ce vin me nourrissent, me rendent les forces dont j'ai besoin au service de notre Eglise. Si cette Cène vient clore cette session de travail du conseil régional, c'est au sens de rassemblement qu'il faut prendre l'idée de cloture. La rencontre est terminée, mais tout reste ouvert.
Grâce à Dieu.
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Qu'est ce qu'on mange ?

28 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

nourriture-copie-1Les textes bibliques qui guiderons nos échanges de ce soir


Le SEIGNEUR lui apparut aux térébinthes de Mamré, alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. Il leva les yeux et vit trois hommes debout devant lui. Quand il les vit, il courut à leur rencontre, depuis l’entrée de sa tente, se prosterna jusqu’à terre et dit : Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, sans t’arrêter chez moi, ton serviteur ! Laissez–moi apporter un peu d’eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez–vous sous l’arbre !  Je vais chercher quelque chose à manger pour que vous vous restauriez ; après quoi vous passerez votre chemin, car c’est pour cela que vous êtes passés chez moi, votre serviteur. Ils répondirent : D’accord, fais comme tu as dit. Abraham se précipita dans la tente pour dire à Sara : Dépêche–toi, pétris trois séas de fleur de farine et fais–en des galettes.  Abraham courut vers le bétail, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur, qui se dépêcha de le préparer. Il prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu’on avait préparé, et il les mit devant eux. Il resta debout à leurs côtés, sous l’arbre, tandis qu’ils mangeaient.

Genèse XVIII, 1 à 8

 

Voici à quoi ils sont semblables : des enfants assis sur la place publique, qui s’appellent les uns les autres pour dire : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des complaintes, et vous n’avez pas pleuré. Car Jean le Baptiseur est venu, il ne mangeait pas de pain et ne buvait pas de vin, et vous dites : « Il a un démon ! » Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : « C’est un glouton et un buveur, un ami des collecteurs des taxes, des pécheurs ! »  Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants.

Luc VII, 32 à 35

 

Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu. Vous ne vous ferez pas d’incisions et vous ne vous ferez pas de tonsure sur le front pour un mort. Car tu es un peuple saint pour le SEIGNEUR, ton Dieu ; c’est toi que le SEIGNEUR, ton Dieu, a choisi pour que tu sois son bien propre parmi tous les peuples de la terre. Tu ne mangeras aucune abomination. Voici les bêtes que vous pourrez manger : le bœuf, le mouton et la chèvre ; le cerf, la gazelle et le chevreuil ; le bouquetin, le chamois, le mouflon et l’antilope. Vous pourrez manger toute bête qui a les sabots fendus, les pieds fourchus avec deux sabots, et qui rumine. Mais voici ceux que vous ne mangerez pas parmi ceux qui ruminent et qui ont les sabots fendus et fourchus : le chameau, le lièvre et le daman, qui ruminent, mais qui n’ont pas les sabots fendus –– ils sont impurs pour vous ; le porc, qui a les sabots fendus, mais qui ne rumine pas –– il est impur pour vous ; vous ne mangerez pas de leur chair et vous ne toucherez pas leurs cadavres. De tout ce qui est dans l’eau, voici ce que vous pourrez manger : vous pourrez manger de tout ce qui a des nageoires et des écailles. Mais vous ne mangerez aucun de ceux qui n’ont ni nageoires ni écailles –– ceux–là sont impurs pour vous. Vous pourrez manger tout oiseau pur. Mais voici ceux dont vous ne mangerez pas : le vautour, l’orfraie et l’aigle de mer ; la buse, le faucon, le milan selon ses espèces ; le corbeau selon toutes ses espèces ; l’autruche, le hibou, la mouette, l’épervier selon ses espèces ;  le chat–huant, la chouette et le cygne ; le pélican, le cormoran et le plongeon ; la cigogne, le héron selon ses espèces, la huppe et la chauve–souris.  Toute petite bête ailée sera impure pour vous : on n’en mangera pas. Mais vous pourrez manger tout oiseau pur.  Vous ne mangerez aucune bête crevée ; tu donneras cela à l’immigré qui est dans tes villes, afin qu’il la mange, ou tu le vendras à un étranger ; car tu es un peuple saint pour le SEIGNEUR, ton Dieu. Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère.

Deutéronome XIV, 1 à 21

 

Je le sais bien, j’en suis persuadé, dans le Seigneur Jésus, rien n’est souillé en soi ; mais si quelqu’un estime qu’une chose est souillée, alors elle est souillée pour lui. Si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l’amour. Ne va pas, par ton aliment, causer la perte de celui pour qui le Christ est mort. Que personne, donc, ne puisse calomnier ce qui pour vous est bon. En effet, le règne de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par l’Esprit saint. Car celui qui, en tout cela, sert le Christ comme un esclave est agréé de Dieu et apprécié des humains. Ainsi donc, poursuivons ce qui contribue à la paix et ce qui est constructif pour autrui. Ne va pas détruire l’œuvre de Dieu pour un aliment. Certes, tout est pur ; mais il est mauvais de faire de sa nourriture une pierre d’achoppement.  Il est beau de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, de s’abstenir de tout ce qui est pour ton frère une cause d’achoppement.

Romains XIV, 14-21

 

Le tentateur vint lui dire : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Il répondit : Il est écrit : L’être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Matthieu IV, 3 et 4

 

Jésus leur répondit : Amen, amen, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Œuvrez, non pas en vue de la nourriture qui se perd, mais en vue de la nourriture qui demeure pour la vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père –– Dieu –– a marqué de son sceau. Ils lui dirent : Que devons–nous faire pour accomplir les œuvres de Dieu ? Jésus leur répondit : L’œuvre de Dieu, c’est que vous mettiez votre foi en celui qu’il a lui–même envoyé. Ils lui dirent alors : Quel signe produis–tu donc, toi, pour que nous voyions et que nous te croyions ? Quelle œuvre fais–tu ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna à manger du pain venu du ciel. Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, c’est mon Père qui vous donne le vrai pain du ciel ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel pour donner la vie au monde. Ils lui dirent : Seigneur, donne–nous toujours ce pain–là. Jésus leur dit : C’est moi qui suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui met sa foi en moi n’aura jamais soif. Mais je vous l’ai dit : Vous m’avez vu, et vous ne croyez pas.  Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le chasserai jamais dehors ; car je suis descendu du ciel pour faire, non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le relève au dernier jour. La volonté de mon Père, en effet, c’est que quiconque voit le Fils et met sa foi en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le relèverai au dernier jour. Les Juifs maugréaient à son sujet, parce qu’il avait dit : C’est moi qui suis le pain descendu du ciel. Ils disaient : N’est–ce pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous, nous connaissons le père et la mère ? Comment peut–il dire maintenant : « Je suis descendu du ciel ! » Jésus leur répondit : Ne maugréez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le relèverai au dernier jour. Il est écrit dans les Prophètes : Ils seront tous instruits de Dieu. Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Non pas que quelqu’un ait vu le Père, sinon celui qui est issu de Dieu ; lui a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle. C’est moi qui suis le pain de la vie.  Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Le pain que voici, c’est celui qui descend du ciel, pour que celui qui en mange ne meure pas. 51  C’est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. Les Juifs se querellaient entre eux ; ils disaient : Comment celui–ci peut–il nous donner sa chair à manger ?  Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas de vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang est vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. Comme le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et comme moi, je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. Voici le pain descendu du ciel. Il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra pour toujours. Voilà ce qu’il dit alors qu’il enseignait dans la synagogue, à Capharnaüm.

Jean VI, 26 à 50

 

Le tentateur vint lui dire : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Il répondit : Il est écrit : L’être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Matthieu IV, 3 et 4

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Le malheur des uns ne fait pas le bonheur des autres

24 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

plaie.jpgPrédication du dimanche 24 janvier 2010

Exode IX, 1 à 35

Matthieu V, 43-48

 

Nous avons commencé l’année avec les dix plaies d’Egypte et j’imagine déjà que certains espèrent que nous ne nous y attarderons pas trop. En fait, je crois que notre gêne vis-à-vis de certains textes bibliques est une des manière dont ces textes nous parlent.

 

« L’Eternel traitera de manière différente les troupeaux d’Israël et ceux des Egyptiens », « Ce fut seulement dans la région de Gossen, là où se trouvaient les israélites, qu’il n’y eut pas de grêle » Et même la 6eme plaie, les ulcères peut se comprendre ainsi « (les magiciens de Pharaon] étaient couvert d’ulcères comme tous les égyptiens » (on peut raisonnablement supposer que pour les rédacteurs du texte, les hébreux étaient épargnés)

Cette distinction entre les Egyptiens et les hébreux revient régulièrement dans le récit des plaies d’Egypte. Cela paraît évident : il serait un peu étrange qu’en frappant les Egyptiens pour libérer les hébreux, Dieu frappe les hébreux aussi. Le moins qu’on puisse attendre du juste courroux de Dieu, c’est qu’il évite les dommages collatéraux.

Pourtant, ce n’est pas aussi évident que cela. En effet, lors de la dixième plaie, Dieu donne aux hébreux un moyen de se protéger, un signe distinctif. Ce n’est pas à l’ange exterminateur de faire le tri entre les maisons des hébreux et celles des Egyptiens, mais bien plutôt aux hébreux de se distinguer des Egyptiens pas le sang de l’agneau dont ils marquent leurs linteaux.

Je ne crois donc pas que cette distinction soulignée par le récit des plaies d’Egypte aie pour but de louer les talents de Dieu pour la frappe chirurgicale.

En fait, je vois plutôt dans ce récit la description d’un vieux rêve humain, ce même rêve qui nous fait habiller les héros de blanc alors que les méchants sont en noir : le rêve de toujours pouvoir distinguer entre les bons et les méchants.

Et puis, si ce qui distinguait les méchants pouvait être que tous les maux du monde s’abattent sur eux en épargnant les bons, ce serait parfait. Entre parenthèse, rêver ainsi de voir les bons récompensés et les méchants punis présuppose qu’à nos yeux en tout cas, nous faisons partie des bons.

Ce vieux rêve humain nous pousse vers deux attitudes : soit juger les bons et les méchants d’après leur réussite : puisque tout sourit à X c’est qu’il fait partie des bons, des élus. Puisque tout s’acharne contre Y, c’est sûrement qu’il l’a mérité. Cette attitude est souvent difficile à défendre aussi nous reportons-nous vers la deuxième attitude, nous reportons cette récompense des bons et ce châtiment des méchants à un futur. Aujourd’hui tout sourit à ceux à ceux que nous condamnons, mais ils ne perdent rien pour attendre.

Eh bien, les dix plaies d’Egypte nous racontent ce rêve réalisé : les hébreux sont épargnés au milieu de toutes les misères qui frappent les Egyptiens. Les oppresseurs sont frappés ! Seulement, si nous imaginons l’Egypte des dix plaies, si nous la visualisons, ce n’est pas un rêve que nous voyons mais bien des images de cauchemars. Alors même que nous savons que les Egyptiens sont les méchants de l’histoire.

Imaginez-vous, hébreux, voyant vos voisins terrassés par les ulcères et la grêle, recouverts de vermines et de sauterelles… Même si ces voisins sont vos oppresseurs, je ne suis pas certain que ce soit un spectacle plaisant. Je suis même certain du contraire.

         Nous n’aimons pas voir le malheur frapper nos semblables. Même s’ils nous sont indifférents et même si nous ne les aimons pas ? C’est une chose de souhaiter le malheur de ceux qui nous ont fait du mal mais c’en est une autre que de les voir effectivement souffrir.

         Pourquoi ?

Parce que pour l’immense majorité de l’humanité (à part quelques malades mentaux) nous sommes doués de compassion.

Rassurez-vous, je reste fidèle à mon pessimisme anthropologique, cette compassion est un don.

Et c’est un don dont nous nous passerions bien. A votre avis, pourquoi les sociétés essayent-elles si souvent de regrouper leurs laissés pour compte à l’abris des regards, de les cacher le mieux possible ? Ce n’est pas seulement parce que nous avons peur d’eux que nous construisons des murs (réels ou plus symboliques) entrez quartiers riches et quartiers pauvres mais bien parce que nous avons mal de les voir.

Un exemple récent : Haïti souffre depuis des décennies dans l’indifférence générale et aujourd’hui le sort de cette population nous bouleverse tous. Le tremblement de terre a-t-il empiré les choses à ce point. Peut-être, mais surtout il a braqué nos projecteurs vers Haïti, aujourd’hui nous voyons les haïtiens et donc nous souffrons de leur souffrance.

C’est vrai que ce don de compassion entraîne malheureusement plus souvent des stratégies d’oubli, de dissimulation, de déni qu’à des actes de justice, de solidarité, de générosité.

Mais cela n’empêche que Jules Renard se trompait en écrivant « il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas ». Pour être pleinement heureux, il nous faut ignorer, ou oublier, que les autres sont malheureux. Cela est vrai même si ces autres nous sont en fait indifférents. Cela est vrai même si les autres sont nos ennemis. Peut-être des haines extrêmes parviennent-elles à étouffer le sentiment de compassion mais je crois que c’est rare : la stratégie des grands génocides repose plus sur le déni de l’humanité de ceux que l’on supprime, que sur la haine qu’on leur porte.

C’est à cause de cette compassion que nous avons pour ceux que nous reconnaissons comme nos semblables humains que l’Egypte des 10 plaies qui semble tellement répondre à nos souhaits, est en fait un monde de cauchemar.

        

         Mais à ce monde de cauchemar s’oppose le monde dans lequel nous vivons : un monde dans lequel Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, un monde dans lequel Dieu ne prend pas plaisir à la mot de l’injuste.

Un monde dans lequel Dieu est le premier à avoir compassion. Dieu nous reconnaît à son image, il nous reconnaît comme siens et donc il s’émeut pour nous, il souffre avec nous.

Et il nous apprend comment vivre cette compassion. Non pas en échafaudant toute sortes de stratégie pour éviter de souffrir, nous masquant les yeux à la souffrance de l’autre, ou niant l’humanité de cet autre, mais en allant jusqu’au bout de cette rencontre avec l’autre, en aimant cet autre quel qu’il soit (ce qui signifie bien sûr pas seulement en paroles mais aussi en actes), en priant pour lui, bref en nous associant pleinement à lui, en assumant parfaitement notre solidarité avec lui.

 

Frères et sœurs, Dieu nous donne cette compassion qui nous permet de vivre son amour. Que cette compassion ne soit pas un prétexte pour nous protéger de la souffrance des autres, mais qu’au contraire, elle nous déchire le cœur, qu’elle nous torde les entrailles et nous poussent ainsi à la rencontre des frères et des sœurs qui ont besoin de nous.

 

Amen

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