Miettes de théologie

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Ces merveilleux fous tâtonnants dans leurs drôles de machines

4 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

"Maman, les hélicos qui sont en l'air ont-ils des ailes ?"

Au musée du Bourget, un panneau de la salle des hélicoptères attire mon attention. Pendant longtemps, on a cru que ce qui permettait aux avions et aux hélicoptères de voler, c'était que leurs ailes et leurs pales étaient bombées. Du coup l'air passant au dessus va plus vite que l'air passant en dessous (il parcourt plus de chemin en moins de temps) et donc il exerçait moins de pression que celui passant en dessous. Une explication tirée du théorème de Bernouilli. Logique... Sauf que non, on sait aujourd'hui que c'est parce que leurs ailes et leurs pales sont inclinées vers le bas que volent avions et hélicos.

J'aime bien ce genre d'anecdotes parce qu'elles viennent casser l'image idéalisée et si répandue du tandem "science et technique" selon laquelle l'homme observe la nature, puis la comprend et enfin la reproduit. En fait, l'homme observe la nature, en tâtonnant, au prix d'un certains nombres de crash, finit par arriver à la copier. Enfin, parfois, il parvient à comprendre pourquoi ça marche comme ça. (L'aspect tâtonnement est d'ailleurs très bien rendue dans la salle des premières machines volantes)

Bien sûr, pendant ce temps, volent les avions et tournent les hélicos, mais ce genre d'accroc devrait nous conduire à garder un peu d'esprit critique sur deux idoles des temps modernes.

 

(P.S) En recherchant le nom du théorème, je m'aperçois que la discussion entre partisans de Bernouilli et partisans de Newton reste ouverte, cela ne change rien à l'essentiel de cette note, bien au contraire...

Buffy (et Ezechiel) contre les vampires

3 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Afin d'ouvrir la Bouche de l'Enfer, une force ancienne et maléfique a poussé Andrew, un geek quelque peu déjanté à assassiner son ami pour que son sang brise le sceau de Danzalthar.
Ca fait peur, hein ?
Bon, comme souvent dans Buffy, le mode de narration est plus intéressant que la narration elle-même (Hergé, Whedon, même combat)
Mais en fait, ce qui vaut à cet épisode une relecture théologique, c'est que pour refermer le sceau de Danzalthar (pour l'ambiance de cette note, merci de bien vouloir lire les 4 derniers mots d'une voix sépulcrale), c'est qu'il ne faut pas le sang du meurtrier mais seulement ses larmes. Bref, notre tueuse de vampires a bien compris le message d'Ezechiel : "Ce que je désire, est-ce que le méchant meure? dit le Seigneur, l'Éternel. N'est-ce pas qu'il se convertisse et qu'il vive?" Ezechiel 18,  23
Et puis, on peut pousser un peu plus loin : pour obtenir ces larmes d'Andrew, il faut que celui prenne pleinement conscience de ce qu'il a fait, qu'il sorte de l'univers qu'il s'invente sans cesse pour se voiler la face. Or, cette prise de conscience ne peut venir que par l'intervention d'un tiers. C'est ici une notion importante sur le repentir : il n'est pas une condition à la grâce mais il en fait partie.

Les mercredis de Calvin (35) Six raisons de prier

2 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

C’est pourquoi, bien que Dieu veille et fasse le guet pour nous conserver, même quand nous sommes si étourdis que nous ne sentons point les maux qui sont à l’entour de nous ; bien aussi qu’il nous secoure quelquefois avant d’être invoqué : néanmoins il nous est très nécessaire de l’implorer assidûment.

Premièrement, afin que notre cœur soit enflammé d’un véhément et ardent désir de le toujours chercher, aimer et honorer, en ce que nous nous accoutumions d’avoir en lui notre refuge en toutes nécessités, comme au port unique de salut.

Ensuite, afin que notre cœur ne soit ému d’aucun désir, dont nous ne l’osions faire incontinent témoin, comme nous le faisons en exposant devant ses yeux toute notre affection et, par manière de dire, déployant tout notre cœur devant lui.

Davantage, afin que nous soyons préparés à recevoir ses bienfaits avec une vraie reconnaissance et avec action de grâces, car par la prière nous sommes avertis qu’ils nous viennent de sa main.

En outre, afin qu’ayant obtenu ce que nous demandions, nous réputions qu’il a exaucé nos désirs, et que par là nous soyons plus ardemment incités à méditer sa bénignité.

Et encore que nous prenions plus grand plaisir à la jouissance des biens qu’il nous fait, entendant que nous les avons obtenus par nos prières.

Finalement, afin que sa providence soit confirmée et approuvées en nos cœurs, par ce que nous expérimentons de fait selon notre petite capacité, en tant que nous voyons que non seulement il nous promet de ne jamais nous abandonner, et qu’il nous donne entrée à le chercher et implorer en la nécessité, amis aussi qu’il a la main toujours étendue pour aider les siens, et qu’il ne les allaite point de vaines paroles, mais les maintient comme il en est besoin.

 

Pour toutes ces raisons, le Père plein de clémence, bien que jamais il ne dorme et ne demeure inactif, toutefois montre souvent signe de dormir afin que par cela nous soyons incités à le prier et requérir, comme il est expédient à notre paresse et oubliance.

Institution Chrétienne Livre III, §20. 3

 

La conclusion me rappelle un propos d’Ellul affirmant que le croyant n’est pas celui qui nie le silence de Dieu mais plutôt celui qui constate et refuse ce silence, bref celui qui crie vers Dieu (c'est-à-dire prie) afin qu’il parle (c'est-à-dire qu’il agisse). Calvin opine par avance tout en rappelant que c’est bien là la volonté du Dieu silencieux.

Et puis il y a la deuxième raison invoquée, nous apprendre à nous présenter à Dieu tel que nous sommes. Quelle confiance en un Dieu qui est un père aimant et non pas un juge inquisiteur !

 

Morceaux d'été (3) Le parapente

1 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Mon petit frère est fou. En soi, c'est pas très grave : j'ai eu  30 ans pour m'y habituer. Ce qui m'inquiète un peu plus, c'est que ces derniers temps, j'ai pas mal tendance à le suivre dans ces drôles d'idées. Le périple en Mauritanie, c'était lui. L'idée de cette année, c'est donc un vol en parapente (avec moniteur, hein, je laisse à Matthieu le soin de voler de ses propres ailes)

Le parapente, c'est très, très chouette et puis c'est pas très dur à relire théologiquement. Forcément, c'est une  histoire de vent.

Tout d'abord, il y a  l'incroyable capacité de portance de cet air impalpable. Au sol, la voile n'est qu'un grand morceau de toile très souple complètement chiffonné. Et voila que le vent la soulève emportant 160 kilos d'Erics (je rappelle qu'on était deux). Et voilà qu'en vol, elle paraît plus rigide qu'une plaque de tôle. Plus solide et stable que la voile d'un bateau, que l'aile d'un avion. C'est drôle, plus l'intermédiaire entre l'air et nous est fragile, simple, mieux on sent cette force du vent. Et pourtant malgré cette solidité, ce n’est pas vraiment rassurant d’être ainsi suspendu dans les airs, on retrouve ce mélange étrange entre sérénité et inquiétude dans la foi : ce qui me tiens est solide mais je ne tiens qu’à cela…

Et puis, une fois en l'air, la perception du monde change. Pas parce qu'on voit le monde d'en haut, mais parce qu'on perd toute notion d'altitude et de vitesse. Je suis incapable de dire si on accélère, si on monte ou on descend, je vois juste qu'on est plus haut (ou plus bas) que deux minutes plus tôt. Bien sûr, cela ne signifie pas qu'on perde tout repère. Moi, je ne suis que passager. Eric, mon pilote tient les commandes, il teste le vent, il a ses propres repères. Quand j'étais petit on m'avait surnommé planeur. En fait c'est injuste pour ceux qui volent, tout comme il est injuste de penser que croire est un déni de lucidité. En effet, c'est justement là que je vois l'analogie avec la foi, le fait d'être porté par l'Esprit : on n'est pas déconnecté du monde, on est connecté autrement, on change de perspective et de perception et du coup, on change notre manière de conduire.

 

Je pourrais faire de mon incapacité à décrire l'expérience, un troisième parallèle : il est difficile d'exprimer une expérience de foi. Mais je vais m'arrêter là et me contenter de remercier Matthieu et Eric pour le vol.

Déracinements

30 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 30 août 2009
Exode II, 11 à 22
Luc IX, 57 à 58
Hébreux XIII, 8 à 16

Le 8 août dernier, Clotilde Reiss s’est adressée au tribunal révolutionnaire iranien en persan.
Le 26 juin 1963, le président Kennedy déclarait lors de sa visite à Berlin ouest « Ich bin ein berliner »
Je vois un point commun dans ces deux évènements, la volonté de dire aux étrangers face auxquels on se trouve, « je suis des vôtres », que ce soit pour les amadouer dans le cas de Clotilde Reiss ou pour les soutenir dans le cas du président Kennedy.
Au-delà de ces deux exemples très extrêmes, je pense qu’on retrouve cette volonté de s’intégrer, ou au moins de marquer qu’il n’est pas si différent, chez quiconque se retrouve isolé en terre étrangère, ou simplement face à un public étranger. Sans doute parce que nous sommes grégaires et que si nous ne pouvons pas nous retrouver « entre nous » avec des gens qui sont vraiment « les nôtres », nous avons besoin de créer de nouveaux liens, de nouvelles connivences. Déracinés, nous avons toujours besoin de nous « enraciner ».
Et voilà que Moïse, au pays de Madian, appelle son fils Guerchom, l’ « Emigré ». Un nom qui résonne comme un refus ou plutôt comme un renoncement à cet enracinement.
Il faut dire aussi que le déracinement est bien ce qui caractérise Moïse. Le prince d’Egypte ou les Dix commandements, deux films dont il est le héros ont bien compris cette dimension et insistent beaucoup sur la double appartenance culturelle de Moïse, déchiré entre l’Egypte et le peuple hébreux.
La Bible comme toujours est plus sobre mais le passage que nous venons d’entendre et qui montre Moïse, rejeté par son peuple naturel, fuyant son peuple adoptif vers une terre étrangère, pose bien cet aspect de Moïse.
Ce n’est d’ailleurs pas anodin que Moïse, la figure emblématique du peuple d’Israël, le personnage le plus étroitement lié à l’idée de Terre promise soit d’abord aussi le personnage le plus irrémédiablement coupé de ses racines : non seulement il est nomade mais en plus il est coupé du peuple de ses parents, de sa tribu.

On pourrait voir dans ce déracinement, la cause même de cette soif d’appartenance, d’identité que l’on rencontre dans le peuple d’Israël. Le peuple hébreu, peuple nomade se retrouve dans cette figure déracinée de Moïse et, tout au long de son histoire, s’attache à ce qui fonde son identité, la promesse d’une terre, le don d’une Loi.
Cette soif d’identité n’est pas propre au peuple hébreu : dans une chanson intitulée Deuxième génération, et faisant références aux beurs, à ces enfants d’immigrés, Renaud chante
Des fois j' me dis qu'à trois milles borne
De ma cité y a un pays
Que j' connaîtrai sûrement jamais
Que p' t-être c'est mieux qu' p't-être c'est tant pis
Qu' là-bas aussi j' serai étranger
Qu' là-bas non plus je serai personne
Alors pour m' sentir appartenir
A un peuple à une patrie
J' porte autour d' mon cou, sur mon cuir
le keffieh noir et blanc et gris
J' me suis inventé des frangins
Des amis qui crèvent aussi


Et nos Eglises, nos communautés elles-mêmes essayent bien souvent de répondre à cette soif d’identité, de racine, d’appartenance, elles-mêmes nous donnent des amis, des frangins et frangines qui prient aussi ou qui cherchent aussi.
Et voilà que Dieu rappelle à son peuple installé « ton père était un araméen nomade » et que le psalmiste se souvient : « je suis un étranger sur la terre ». Et voilà que la loi même, par son plus grand commandement, rappelle à l’homme combien il est loin de lui obéir « tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ». Qui peut prétendre être en règle avec ce commandement ?
Et voilà que Jésus lui-même nous prévient « le Fils de l’homme n’a pas ou reposer sa tête ».
Quelque soient nos efforts pour nous sentir appartenir à un peuple, à une patrie, parce que nous croyons, nous serons toujours des déracinés.
« Oh là, le pasteur, il exagère. Moi j’habite ici depuis 50 ans, je suis parpaillot, descendant de parpaillot, je ne suis absolument pas déraciné. »
Vous croyez ? Mais qui ne s’est jamais senti mal à l’aise, tiraillé entre ce que nous savons être l’appel ou l’exigence de Jésus Christ et la réalité de ce monde ? Qui n’a jamais éprouvé le besoin de se justifié en se disant « mais dans ce monde c’est comme ça que ça marche ».
Eh bien, ce malaise, ce tiraillement sont bien la preuve que nous sommes déracinés. Si nous appartenions vraiment à ce monde dans lequel nous vivons, nous n’aurions aucun problème à suivre ses règles. Karl Barth a un très joli mot pour parler des saints, c'est-à-dire de ceux qui sont appelés, mis à part par Dieu, c'est-à-dire de nous : il dit « ce sont des pécheurs troublés ». Ils ne sont pas moins pécheurs que les autres, ni moins captifs de leur péchés, mais leur péché les dérange, les trouble. Et c’est bien la preuve que déjà, ils ne lui appartiennent plus.
Nous croyons souvent que les exigences de Jésus Christ nous gênent parce qu’elles sont inapplicables dans notre monde, avec notre nature. Mais c’est notre monde, notre nature même qui nous gêne parce qu’il n’est pas conforme aux exigences de Jésus Christ qui représentent notre véritable identité. Nous haïssons alors que nous savons que nous sommes faits pour aimer. Nous nous fermons alors que nous savons que nous sommes faits pour nous ouvrir. Nous nous méfions alors que nous savons que nous sommes faits pour croire. Et cette prise de conscience nous déchire. Mais cette déchirure est le signe que nous n’appartenons déjà plus à ce monde de haine, de fermeture, de refus et de défiance.
Nous sommes déracinés, mais c’est ce qui nous permet, enfin, d’avancer. Nous n’avons pas besoin d’essayer de nous évader de ce monde, nous en sommes déjà libre et c’est cette liberté qui nous fait si mal et qui pourtant est une grâce. Oui nous sommes Guerchom : Emigré. C'est-à-dire que le premier pas, le plus dur, déjà a été fait pour nous.

Alors frères et sœurs, ce déracinement, cette prise de conscience, cette repentance, ne les vivons pas comme une culpabilité mais bien comme le premier pas de notre liberté, cette liberté d’être vraiment ce que nous sommes : des enfants de Dieu, des créatures d’amour et de don.

Amen

Les mercredis de Calvin (34) Pourquoi prier un Dieu omniscient ?

26 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Toutefois quelqu’un pourrait demander si Dieu ne connaît point assez sans avertissement, et en quel endroit nous sommes pressés, et ce qui nous est expédient. D’où il semblerait que ce fût chose superflue de le solliciter par des prières, vu que nous avons accoutumé de solliciter ceux qui ne pensent point à notre affaire et qui sont endormis.
Mais ceux qui arguent en cette matière, ne voient point à quelle fin notre Seigneur a instruit les siens à prier : car il n’a pas ordonné cela à cause de soi, mais au regard de nous. Il veut bien que son droit lui soit rendu, comme aussi il est équitable, quand les hommes reconnaissent que tout ce qui leur est profitable et qu’ils peuvent désirer vient de lui, et qu’ils l’attestent par des prières : mais l’utilité de ce sacrifice par lequel Dieu est honoré, nous revient à nous-mêmes. C’est pourquoi les saints Pères, d’autant plus qu’ils se tenaient assurés des bienfaits de Dieu tant envers eux qu’envers les autres, ont été plus vivement incités à la prier. J’amènerai seulement l’exemple d’Elie qui étant certain du conseil de Dieu, promet hardiment la pluie au roi Achab, et toutefois ne laisse pas de prier soigneusement et en grande détresse, et d’envoyer par sept fois son serviteur pour contempler si la pluie venait (I Rois XVIII ; 41-43) : non pas qu’il doute de la promesse dont il avait été messager, mais parce qu’il sait que son devoir est de recourir en toute humilité à Dieu, afin que sa foi ne s’endorme point en paresse.
Institution Chrétienne Livre III §20. 3


Trop souvent on voit la prière comme un acte magique, un abracadabra qui obligerait la divinité à faire ce que nous voulons. Ou bien, légère variante, on la voit comme un devoir imposé par une divinité qui aime à se faire supplier, à nous voir lui consacrer du temps.
Calvin nous rappelle ici (même si je en partage pas tout à fait son interprétation de I rois XVIII) que la prière nous est donnée comme rappel et comme promesse. Dieu n'a pas besoin que je le prie, et il ne reçoit pas ma prière comme une offrande, simplement, en priant, je redécouvre que je peux m'abandonner à Dieu.

Ce que l'Esprit dit aux Eglises (7) L'ardeur et la lucidité

24 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 12 juillet 2009
Apocalypse III, 14 à 22
Matthieu V, 21 à 32 et VII, 1 à 5

Laodicée et Hiérapolis sont, nous dit Paul, deux Eglises sœurs. Dès lors, il est impossible de ne pas penser aux sources thermales de Hiérapolis, aujourd'hui Pamukkale en lisant cette lettre à la tiède communauté de Laodicée, impossible de ne pas voir une allusion aux richesses de cette ville qui était déjà, et à juste titre, un haut lieu touristique, impossible de ne pas entendre l'ironie de cette accusation de cécité conte ce lieu de soin dont les collyres et onguents étaient réputés.
Pourtant, que celui qui a des oreilles entende ce que l'esprit dit aux Eglises, il serait dommage de réserver ce message à la Laodicée du II° siècle et de ne pas entendre ce que ce texte nous dit sur l'engagement.

Parce que tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche ». Voilà la source d'une phrase incantatoire de tous les zélotes, des intégristes de tout poil : « Dieu vomit les tièdes ».
Certes, mais après avoir évité le danger d'une lecture trop réductrice, ne tombons pas dans l'excès de la généralisation. La lettre à l'Eglise de Laodicée s'adresse à une communauté chrétienne et, à travers elle, à toutes les communautés chrétiennes et à tous les chrétiens. C'est déjà pas mal mais cela ne suffit pas à l'appliquer à toutes les causes, à tous les militantismes. Les seuls tièdes que Dieu vomit ou, plus précisément, qu'il reprend et châtie, ce sont les chrétiens tièdes. La seule cause pour laquelle il nous demande d'être bouillant, radicaux, c'est le christianisme ou plutôt l'Evangile.
En effet, Christ s'adresse à Laodicée comme le témoin fidèle et véritable, l'amen c'est-à-dire la vérité sur laquelle se fonde toute chose. On ne peut donc pas biaiser avec cette vérité, ni la morceler, ni l'édulcorer. Il faut prendre le message évangélique en entier, radicalement, sans chercher à l'adapter ni à le rendre plus acceptable.
Quel est-il ce message : on peut le trouver très résumé dans la lettre à Laodicée tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille de m'acheter de l'or purifié par le feu, afin que tu deviennes riche, des vêtements blancs, afin que tu sois habillé et que la honte de ta nudité ne devienne pas manifeste, et un collyre pour t'en oindre les yeux, afin que tu voies.
Tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu. C'est sans doute ce diagnostic qui fait partie de ce que nous aimerions le plus édulcorer dans la Bonne Nouvelle, les histoires de résurrection, de Dieu fait homme et de miracles sont finalement bien moins gênantes que cette image très négative de l'humain. En effet, c'est bien cette image négative de l'humain que le christianisme a au fil des siècles cherchés à gommer, oubliant que bibliquement c'est l'homme d'avant la chute qui est à l'image de Dieu. Et aujourd'hui on voit réapparaître cette tendance à l'humanisme même dans le protestantisme. Rien de très surprenant à cela, ce qui fait que l'homme est pauvre, aveugle et nu, c'est précisément qu'il refuse de se voir tel qu'il est, qu'il veut toujours compter sur ses propres forces, sur sa propre justice. La première faiblesse de l'homme, aussi scrupuleusement religieux soit-il, c'est d'être un hypocrite, au sens biblique du terme, c'est-à-dire d'être dupe du masque qu'il porte. si je m'occupe tant de la paille dans l'oeil de mon voisin, c'est bien que je suis incapable de voir la poutre qui est dans le mien, incapable de reconnaître que le péché n'est pas seulement dans mon faire mais bien au plus profond de mon être. C'est pourtant ce que le sermon sur la montagne nous dit : quiconque se met en colère a déjà commis un meurtre, quiconque regarde une femme avec désir a déjà commis l'adultère, le péché est déjà dans notre cœur bien avant que nous commettions l'acte et donc nul ne peut se prévaloir de sa justice aux yeux de Dieu. Bien sûr qu'au regard de l'homme, la pensée est moins grave que le faire, mais il n'en va pas de même pour Dieu qui sonde les cœurs. Or c'est Dieu et non pas l'homme qui est véridique.

Pourtant, ce diagnostic « tu es pauvres aveugle et nu » n'est pas un nihilisme, il ne met pas fin à toute espérance
En Dieu, se trouve les remèdes dont nous avons besoin : le collyre qui nous guérit de notre cécité. Nous venons de nous attarder longuement dessus : c'est pour notre bien que l'Evangile vient nous ouvrir les yeux sur nous mêmes, c'est pour que nous cessions de nous croire revêtu de ces pauvres feuilles de figuier que sont nos capacité et qu'enfin, nous nous tournions vers Dieu qui, seul, nous recouvre d'un vrai vêtement. Quant à l'or éprouvé par le feu, c'est la seule véritable richesse que nous puissions avoir. En effet, la Bible ne cesse de nous avertir de ne pas placer notre richesse dans ce qui est périssable, dans ce qui peut disparaître à tut moment. Alors quelle est cette valeur sûre, cet or qui a déjà été éprouvé ? C'est l'amour de Dieu pour nous, et cet amour a été mis à l'épreuve : nous l'avons refusé, nous l'avons rejeté, nous l'avons trahis. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que Dieu ne nous aime plus, et pourtant, il nous a maintenu son amour. Dès lors, nous sommes assurés que cette valeur là ne s'effondrera pas.
Mais comment acheter ce collyre, ce vêtement et cet or ? Comment pourions nous acheter l'amour de Dieu ? En fait, je crois que le terme "acheter" nous indique qu'il y a un prix. Le prix, c'est le collyre qui nous le fait payer : vivre de l'amour de Dieu c'est abdiquer notre orgueil, c'est reconnaître que nous sommee pauvres, aveugles et nus et cela nous coûte en effet.

L'engagement chrétien est donc de placer toute notre espérance, toute notre confiance dans le salut qui nous est offert en Jésus Christ, de savoir que nous ne pouvons compter que sur cela. Dès lors,que reste-il de nos autres engagements ? Pas grand chose sinon une liberté immense pourvu que chacun de nos engagements soit assujeti à cette confiance absolue en l'amour de Dieu..
En effet, il est tout à fait légitime que les chrétiens s'impliquent dans des causes, qu'ils soient militants et nombreuses sont les causes dans lesquelles nous sommes appelés à nous impliquer au nom de notre foi.
Seulement nous devons nous garder de faire de ces causes des idoles, nous devons garder là peut-être une certaine tiédeur. Par tiédeur, je ne veux pas dire une désinvolture, ou un désengagement mais plutôt que quelle que soit la cause, nous devons nous rappeler que là n'est pas notre salut, que tout ne dépend pas de nous.
Et nous devons nous rappeler que nous sommes pauvres, aveugles et nus, que nous ne détenons pas la vérité ultime et que donc aucun de nos choix, aucun de nos engagements ne seront jamais impeccables, irréprochables. Il y a toujours du pour et du contre, les choses sont toujours complexes. Mais cela ne signifie pas que nous devions nous contenter d'être des abstentionnistes sarcastiques, un ricanement voltairien toujours au lèvre. Non. Nous devons nous engager sérieusement, c'est-à-dire avec lucidité. Confiants en l'amour de Dieu nous pouvons nous engager à fond, justement parce que, contrairement à la plupart des militants, nous pouvons nous accorder le luxe de la franchise sur notre cause et sur nous même "non, ma cause n'est pas sans soulever de question, non, je ne suis pas un pur de dur, serviteur irréprochable mais parce que le salut du monde est dans les mains du Témoin fidèle et véritable, je peux aller là où il m'appelle"

Frères et soeurs, quels que soient nos engagements et nos combats, que nos yeux soient ouverts et que nous découvrions sans cesse que tout tient d'abord à l'amour dont nous sommes aimés

Les mercredis de Calvin (33) Libres vis-à-vis de notre liberté

19 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

La seconde faute aussi dont nous avons parlé est grande en plusieurs : comme si leur liberté ne leur était point sauve ni entière, si elle n’avait les hommes pour témoins, ceux-ci en usent imprudemment et sans discernement ; et par cet usage inconsidéré, souvent ils offensent leurs frères faibles.
On en peut voir aujourd’hui certains qui ne pensent pas bien garder leur liberté, s’ils n’en sont entrés en possession en mangeant de la viande le vendredi. Je ne les reprends point de ce qu’ils mangent de la viande : mais il faut rejeter de nos esprits cette fausse opinion, qu’on ait point de liberté si on ne la montre à tout propos. Car il faut estimer que par notre liberté nous n’acquérons rien devant les hommes, mais envers Dieu, et qu’elle est autant située en abstinence qu’en usage. Si quelqu’un a cette vraie intelligence, que ce lui soit tout un envers Dieu de manger de la viande ou des œufs, d’être vêtu de rouge ou de noir, cela lui est assez. Déjà la conscience est délivrée, à laquelle était dû le fruit de cette liberté. Bien donc qu’il s’abstînt de manger de la viande tout le reste de sa vie, et que jamais il n’usât que d’une couleur en ses vêtements, il n’en est de rien moins libre. Et même en cela il est libre, que d’une conscience libre il s’en abstient. Or telle manière de gens que nous avons dit, faillent très dangereusement en ce qu’ils ne tiennent compte de la faiblesse de leur frère, qui doit être si bien soulagée de nous, que nous ne fassions rien légèrement dont elle soit scandalisée.
Mais quelqu’un dira qu’il est quelquefois convenable de montrer notre liberté devant les hommes. Je confesse aussi ce point : mais il faut avec une grande diligence y tenir juste mesure, de sorte que nous ne négligions point d’avoir soin des faibles, que notre Seigneur nous a singulièrement recommandé
Institution chrétienne Livre III §19. 10


La deuxième erreur concernant la liberté d’après Calvin et une question très intelligente : est-ce vraiment être libre que de faire systématiquement ce qui est interdit ? Ne peut-on pas finir par être prisonnier de sa liberté ? Peut-être l’explication calvinienne du fait que le protestant « est un anarchiste qui traverse dans les clous » et c’est certainement une très bonne lecture du « Si quelqu’un te réquisitionne pour 1000 pas, fais en 2000 avec lui ».

Ce que l'Esprit dit aux Eglises (6) La porte ouverte

15 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 5 juillet
Matthieu XVIII, 15 à 18 et XXIII, 1 à 5
Apocalypse III, 7 à 13

La lettre à Philadelphie est la deuxième lettre de l'Apocalypse qui ne fait aucun reproche à l'Eglise à laquelle elle s'adresse. Pourtant, comme Smyrne, Philadelphie n'est pas une Eglise florissante, c'est même une Eglise sans puissance. Pourtant à cette Eglise sans puissance une promesse est faite : promesse de porte ouverte, de synagogue de Satan vaincue, promesse de victoire dans la persévérance et de fidélité.

    Je suis assez content d'aborder cette question de porte ouverte en cette période de fin d'année scolaire, en effet lorsque l'on parle de porte ouverte, généralement je pense au chat.
Vous le savez, le chat, c'est celui qui ne supporte pas une porte fermée. Si vous ouvrez une porte pour un chat qui miaule devant et que vous la refermez derrière lui, il y a de fortes chances pour que vous l'entendiez miauler à nouveau de l'autre côté. En effet, nous le savons bien si un chat veut qu'une porte soit ouverte, ce n'est pas forcément parce qu'il veut la franchir, c'est parce qu'il veut se sentir libre de le faire. Or, la porte que Dieu ouvre pour Philadelphie n'est pas celle qui permettrait à l'Eglise féline de se sentir libre d'aller et venir à sa guise.
C'est d'ailleurs rendu évident par une autre image : « je ferai du vainqueur une colonne de mon temple ». Sans avoir de grandes notions d'architecture, la capacité d'aller et venue d'une colonne me semble assez limitée. Bref, je ne suis pas sûr qu'il faille voir dans la porte ouverte une image de liberté.
En fait plutôt que la porte ouverte sur les vacances, je crois qu'il faut voir une autre porte ouverte que les étudiants connaissent bien : la porte ouverte sur une école, sur une fac, sur un travail. Une porte ouverte, aujourd'hui encore cela veut moins dire un choix, qu'un débouché, un avenir. Je parlais de la fin d'année scolaire mais j'aurai pu évoquer la crise durant laquelle tant de nos frères et sœurs, directs ou plus lointains voient se fermer des portes devant eux.
Sans force, sans puissance, sans doute l'Eglise qui est à Philadelphie n'est elle pas libre de faire ce qu'elle veut, mais, peut-être paradoxalement, dans cette faiblesse Dieu lui assure une porte ouverte, un débouché qu'aucune puissance au monde ne pourra fermer. Il y a là une promesse pour chacun de nous : quelles que soient les portes qui s'ouvrent et qui se ferment dans ton univers professionnel ou familial, c'est Dieu, ton père qui t'aime qui ouvre le débouché principal, le seul qui compte vraiment. C'est important car lorsque une porte se ferme devant nous, nous avons vite fait de ne voir plus que celle là, et de rester abattu devant la porte close alors que d'autres sont ouvertes sur notre avenir et notre espérance.

    Parler de portes que Dieu ouvre et ferme pour nous, c'est forcément évoquer le pouvoir des clefs. Et je crois que la lettre à Philadelphie nous donne une indication précieuse sur la manière dont ce pouvoir est donné au disciple. « J'ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer ». Le pouvoir des clefs appartient à Dieu seul, Il ne le délègue pas, Il ne le confie pas à d'autre. Aucune Eglise, aucun chrétien ne peut prétendre ouvrir et fermer les portes de son propre chef. Le pouvoir des clefs qui nous est remis n'est qu'un pouvoir de témoignage. Nous sommes les témoins de Dieu et non pas ses lieutenants, nous ne pouvons pas prétendre agir par nous même en son nom (ce qui impliquerait qu'il soit absent). En d'autres termes, Dieu n'est pas lié par nos jugements, mais nous, nous en sommes responsables. Surtout quand nous prétendons que nos jugements sont ceux de Dieu. Il convient de se rappeler que le passage sur l'admonestation fraternelle que nous venons d'entendre et suivi presque immédiatement par  l'appel à pardonner 70 fois 7 fois et par la parabole du débiteur impitoyable. C'est aussi ce que nous rappelle l'accusation contre la synagogue de Satan

La synagogue de Satan. Voila un terme qui nous met mal à l'aise tant il semble respirer l'antisémitisme. Et c'est vrai que l'Apocalypse est écrite à une époque de rupture douloureuse entre judaïsme et christianisme et la violence du terme s'inscrit bien dans cette époque. Nous savons bien que la Bible n'est pas un livre parfait mais qu'elle est toute chargée des émotions et des haines humaines.
Pourtant, l'auteur même qui nous dit que nous ne pouvons pas assimiler la synagogue de Satan aux juifs puisque ceux de la synagogue ne sont pas juifs. D'ailleurs si nous reprenons les autres allusions au judaîsme du passage : la clef de David, le temple, la Jérusalem céleste, elles sont toutes très positives.
Qui sont donc les membres de cette synagogue de Satan ? Ce sont ceux qui nient que la communauté de Philadelphie soit aimée de Dieu. En cela, ils représentent bien le satan, (c'est à dire en hébreux l'accusateur), celui que Jésus qualifiait de prince du mensonge. Je crois qu'il en va de même pour nous, lorsque nous nous réclamons d'un quelconque pouvoir des clefs pour accuser, pour rejeter nos frères et nos soeurs au lieu de leur annoncer une Bonne Nouvelle, nous sommes Eglise du Satan et non du Christ.

Or la bonne nouvelle c'est la parole à laquelle la fragile communauté de Philadelphie se cramponne. Cette parole symbolisée ici par la clef de David et par le Temple, c'est forcément l'Alliance et la fidélité de Dieu à son alliance. Dieu a fait alliance avec l'humanité et notre propre infidélité n'empêche pas sa fidélité. Voici la Bonne Nouvelle réalisée en Jésus Christ.
Et c'est à cette bonne nouvelle que se cramponne la communauté de Philadelphie comme à une planche de salut.
En effet, la persévérance peut être une manifestation de force et d'endurance, elle peut-être aussi l'expression d'un dernier espoir. Or Philadelphie est une Eglise sans force, sa seule chance de survie, c'est la fidélité de Dieu. C'est donc à cette fidélité qu'elle s'accroche et elle fait bien car Dieu est fidèle.

Il en va de même pour nous frères et soeurs, quand tous se détournent de nous et nous accusent, quand nos forces mêmes nous font défaut, quand notre coeur même nous condamne, quand nous nous trahissons et nous perdons nous-même, Dieu  reste fidèle à son amour à son alliance. C'est la planche de salut qu'il nous reste, ça tombe bien : c'est la seule véritable.
Amen

Les mercredis de Calvin (32) Le bling-bling des chaînes de l'esclave

12 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

La liberté chrétienne en toutes ses parties est une chose spirituelle, dont toute la force gît à pacifier envers Dieu les consciences timides, soit qu’elles soient tourmentées en doutant de la rémission de leurs péchés, soit qu’elles soient en sollicitude et crainte, à savoir si leurs œuvres imparfaites et souillées des macules de leur chair sont agréables à Dieu, soit qu’elles se sentent perplexes touchant l’usage des choses indifférentes. Par suite, elle est mal prise de ceux ou qui en veulent colorer leurs cupidités charnelles pour abuser des dons de Dieu pour leur volupté, ou qui pensent n’avoir point cette liberté, s’ils ne l’usurpent devant les hommes, et qui par là, dans l’usage qu’ils en font, n’ont nul égard à la faiblesse de leurs frères.

En la première matière, il se commet aujourd’hui de grandes fautes : car il y a peu de gens qui aient de quoi être somptueux, qui ne délectent en banquets, en habillements, et en édifices de grand appareil et de pompe désordonnée, qui ne soient bien aises, quant à ces choses, d’être vus entre tous les autres, et qui ne se plaisent à merveille en leur magnificence. Et tout cela se soutient et excuse sous couleur de la liberté chrétienne ! Ils disent que ce sont choses indifférentes, ce que je confesse, pour qui en userait indifféremment ; mais quand elles sont déployées avec pompe et orgueil, quand elles sont désordonnément abandonnées, elles sont maculées par de tels vices.
Ce mot de S. Paul discerne très bien les choses indifférentes : c’est que toutes choses sont pures à ceux qui sont purs, mais qu’aux souillés et infidèles il n’y a rien de pur puisque leurs consciences et pensées sont souillées (Tite 1 ; 15). Car pourquoi sont il maudits ceux qui sont riches, qui ont maintenant leur consolation, qui conjoignent possession avec possession, dont les banquets ont harpes, luths, tambourins et vin (Luc VI ; 24-25 Amos VI ; 1-6 et Es V ; 8) ? Certes, et l’ivoire, et l’or, et les richesses sont bonnes créations de Dieu, permises et même destinées à l’usage des hommes : il n’est en aucun lieu défendu ou de rire, ou de se rassasier, ou d’acquérir de nouvelles possessions, ou de se délecter avec des instruments de musique, ou de boire du vin. Cela est bien vrai : mais quand quelqu’un est en abondance de biens, s’il s’ensevelit en délices, s’il enivre son âme et son cœur aux voluptés présentes, et en cherche toujours de nouvelles, il se recule bien loin de l’usage saint et légitime des dons de Dieu.
QSu’ils ôtent donc leur mauvaise cupidité, leur superfluité outrageuse, leur vaine pompe et arrogance, pour user des dons de Dieu avec une conscience pure. Quand ils auront réduit leur cœur à cette sobriété, ils auront la règle du bon usage. Que cette tempérance défaille, les délices même vulgaires et de petit prix passeront mesure !
Institution Chrétienne Livre III §19. 9

Je comptais passer directement au deuxième mauvais usage de la liberté chrétienne tnat il me semble que l'appel de Calvin à la modération est connu. Et puis, je n'ai pas résisté à pouvoir placer ce titre. Quand le goût du luxe et de l'apparât révèle un esclavage profond...
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