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Quand termine l'adoration ?

11 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

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Nobel au Him

9 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Barak Obama reçoit le prix Nobel de la paix. Je pourrais prendre le contrepoint de Authueil et célébrer cet avatar de la grâce : on récompense en vue de l’action et non pas en fonction des mérites.

Le(s) problème(s) c’est que

Premièrement, la grâce n’est pas une récompense, un prix, c’est un don.

Deuxièmement,  les œuvres qui découle de la grâce de Dieu ne sont pas le but de cette grâce, Dieu ne nous fait pas grâce pour nous faire agir, il nous fait grâce, entre autre en changeant notre cœur et en nous faisant agir. On ne peut donc évoquer une quelconque stratégie qui viserait à armer Obama pour qu’il entreprenne une action pacificatrice

Troisièmement, la Fondation Nobel n’est pas Dieu. Lui, il peut changer les cœurs…

 

Du coup, je ne peux voir là dedans qu’un exemple supplémentaire de cette obamania qui devient obamalâtrie, une atteinte de plus au prestige du prix Nobel (ce qui n’est pas très grave), mais peut-être aussi une atteinte à ce qu’est l’idée de la paix et du concept d’artisan de paix (un artisan de paix c’est quelqu’un qui parle bien de la paix à la télé), et ça c’est beaucoup plus grave…

En fait, peut-être que c’est tout le problème de la notion de prix et de récompense, c’est qu’à force de vouloir mettre les gens sous les projecteurs, on finit par chercher d’abord ceux qui passent bien à la lumière et oublier ceux qui ne travaillent pour la paix qu’en vue de la paix.

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Les mercredis de Calvin (40) : Christocentrisme

7 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Or, puisque vous avez entendu que l’Evangile vous présente Jésus-Christ, en lequel toutes les promesses et grâces de Dieu sont accomplies, et vous déclare qu’il a été envoyé du Père, est descendu en terre, a conversé avec les hommes, a parfait tout ce qui était de notre salut, comme il avait été prédit en la loi et les prophètes, il vous doit être très certain et manifeste que les trésors de paradis vous y sont ouverts et les richesses de Dieu déployées et la vie éternelle révélée. Car telle est la vie éternelle : connaître un seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus Christ, en lequel il a constitué le commencement, le moyen et la fin de notre salut. Cestui est Isaac, le fils bien-aimé du Père, qui a été offert en sacrifice et toutefois n’a point succombé à la puissance de la mort. C’est le vigilant pasteur Jacob, ayant si grand soin des brebis qu’il a en garde. C’est le bon et pitoyable frère Joseph qui, en sa gloire, n’a point eu honte de reconnaître ses frères, quelques humbles et abjects qu’ils fussent. C’est le grand sacrificateur et évêque Melchisédech ayant fait sacrifice éternel une fois pour toutes. C’est le souverain législateur Moïse écrivant sa loi sur les tables de nos cœurs par son Esprit. C’est le fidèle capitaine et guide Josué pour nous conduire en la terre promise. C’est le noble et victorieux roi David assujettissant à sa main toute puissance rebelle. C’est le magnifique et triomphant roi Salomon, gouvernant son règne en paix et prospérité. C’est le fort et vertueux Samson qui par sa mort a accablé tous ses ennemis.

Et même tout ce qui se pourrait penser ou désirer de bien est trouvé en ce seul Jésus Chris. Car il s’est humilié pour nous exalter, il s’est asservi pour nous affranchir, il s’est appauvri pour nous enrichir, il a été vendu pour nous racheter, captif pour nous délivrer, condamné pour nous absoudre, il a été fait malédiction pour notre bénédiction, oblation de péché pour notre justice, il a été défiguré pour nous figurer, il est mort pour notre vie, tellement que par lui, rudesse est adoucie, courroux apaisé, ténèbres éclaircies, injustice justifiée, faiblesse vertueuse, déconfort consolé, péché empêché, mépris méprisé, crainte assurée, dette quittée, labeur allégé, tristesse réjouie, malheur bienheuré, difficulté facile, désordre ordonné, division unie, ignominie anoblie, rébellion assujettie, menace menacée, embûches débuchées, assauts assaillies, effort efforcé, combat combattu, guerre guerroyée, vengeance vengée, tourment tourmenté, damnation damnée, abîme abîmé, enfer enferré, mort morte, mortalité immortelle. Bref, miséricorde a englouti toute misère et bonté toute malheureté.

 

Préface au Nouveau Testament

 

J’aime énormément cette verve de Calvin, ce goût pour les mots « malheur bienheuré » et les jeux de mots « enfer enferré ». Ceci dit, je conçois que l’on puisse être gêné par cette récapitulation des figures du Premier Testament en Jésus Christ. A trop dire que la Première Alliance annonçait Jésus Christ, on en finit vite par dire que les juifs sont des idiots qui n’ont rien compris et par oublier que le Nouveau Testament a été écrit en fonction du premier et pas l’inverse. Néanmoins, je crois possible et important de nous rappeler que nous chrétiens, lisons le Premier Testament à la lumière de Jésus Christ (quand les juifs le lisent à la lumière de la Loi) et plus important encore de lire ce Premier Testament pour y trouver un enseignement sur Jésus Christ. Après tout, les premiers témoins de celui-ci, ainsi que ceux à qui nous devons les livres du NT étaient gorgés de cette culture. Aussi, ce n’est pas comme un kidnapping que je vois cette récapitulation, mais plutôt comme une invitation à ne plus dédaigner le Premier Testament.

 

Et puis quand même « damnation damnée »… Quelle merveille !

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Invitation au Talmud

6 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le Talmud nous enseigne qu’un texte est indéfini, ouvert à des interprétations toujours nouvelles, qui ne sont garanties par aucune encyclopédie. Les interprétations les plus diverses, philosophiques, sociologiques, politiques, linguistiques, historiques etc., n’épuisent chacune qu’une partie des possibilités du texte. Celui-ci demeure inépuisable et infiniment ouvert. La question essentielle n’est plus : qu’est ce que l’interprétation ?, mais pourquoi y a-t-il interprétation ? « Il y a interprétation pour montrer que contrairement aux prétentions de l’idéologie, le sens se construit patiemment, qu’il ne s’identifie pas à une vérité toute faite qu’il suffirait de s’approprier une fois pour toute pour l’imposer aux autres. » Il y a interprétation pour rappeler qu’aucune parole ne peut devenir imposition, dogme ou vérité. Il y a interprétation pour que le texte – quels qu’en soient l’origine, le lieu théologique – ne se transforme pas en idole. Il y a interprétation, enfin, pour dénoncer les immenses dangers de l’idée de vérité.

L’interprétation n’est pas seulement commentaire, le fait de dire autre chose et de le dire mieux. Plus essentiellement, elle met en jeu le mouvement même de penser, qui consiste précisément en l’ébranlement des institutions préfabriquées du sens, dans lesquelles toute chose à son lieu et tout moment son heure. Le commentaire talmudique est un long voyage qui invite à renoncer au besoin, souvent passionné, de tirer des conclusions, de se forger une opinion ou un jugement définitif. L’interprétation, c’est la patience du sens : pour renoncer, selon l’expression de Flaubert, à la « rage de conclure ».

M-A Ouaknin

 

C'est en nous faisant entrer dans le brouhaha d'une, une salle d'étude que Marc-Alain Ouaknin nous fait découvrir la tradition talmudique. Je m'empresserai d'oublier ce que sont la Guemetria , le Guezara Chava et le Mahloquet ,  je passe un peu vite sur les anecdotes dont le texte fourmille, pour ne retenir que ce qui fait l'essentiel et la richesse de cette tradition, une étude qui se fait dans le dialogue, dans la confrontation continuelle, jamais tranchée. Une étude qui n’éprouve pas le besoin d’en arriver à une conclusion parce que ce qui compte, c’est le mouvement. C’est l’étude qui fait tenir le monde.

C’est sans doute ce brouhaha,  cette « guerre du sens » qui rapproche le plus le protestantisme du judaïsme (même si le protestantisme est sans doute bien plus profondément marqué par la pensée occidentale)

En effet, en découvrant cette tradition du Talmud, je redécouvre ce qui m’attache, malgré une théologie en fin de compte assez classique, au libéralisme protestant : le refus d’un dogme qui viendrait anéantir d’autres idées, d’autres interprétations et réduire le dialogue à néant.

La conclusion du livre vient cependant rappeler l’enjeu de cette étude : recevoir la Révélation, être en lien avec le Dieu qui se révèle. Et si cette conclusion nous rapproche encore un peu, pour nous aussi la question de Dieu ne peut qu’être celle de la Révélation de Dieu, elle nous distingue aussi : pour les juifs c’est dans la Torah que Dieu se révèle, pour nous c’est en Jésus Christ.

Mais au-delà de cette différence essentielle, Marc Alain Ouaknin vient nous rappeler la grande leçon que nous donne le Talmud : oser l’interprétation toujours renouvelée, c’est maintenir la Révélation vivante et active au lieu de la figer dans une idéologie.

Juste après avoir terminé ce livre, j’entendais une citation de François Vouga. Les chrétiens, ce sont ceux qui reconnaissent le Dieu révélé en Jésus Christ et qui discutent pour savoir ce que ça veut dire… Un talmudisme chrétien ?

 

Marc Alain Ouaknin. Invitation au Talmud. Flamarion.

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Dieu offensif et intervention féminine

4 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 27 septembre 2009

Exode IV, 20 à 26

Colossiens II, 8 à 23

 

Dieu l'attaqua et voulu le faire mourir. Que la cible de Dieu soit Moïse ou son fils, cette image d'un Dieu offensif, meurtrier même est franchement déplaisante, tout comme est déplaisante l'image d'un Dieu qui endurcit le coeur de Pharaon, qui venge le fils sur le fils. Alors, il et facile de comprendre que ce passage soit un grand oublié du livre de l'Exode. On ferait mieux d'arracher la page et de passer à autre chose.

Pourtant, le passage est bien là et à mois de prétendre redéfinir le Canon, il faut bien s'y frotter, s'interroger sur le Dieu offensif, sur la circoncision, et sur l'interruption féminine.

 

L'image d'un Dieu qui attaque, un Dieu offensif ne nous semble pas coller avec notre image du bon Dieu, le gentil papa gâteau qui nous aime et nous pardonne. En fait, le père fouettard que nous croyons voir dans le Premier Testament, et le Dieu tout sucre et miel que nous croyons voir dans le Nouveau Testament, ne sont jamais que deux images de Dieu. Or, nous le savons, nous n'avons pas le droit de nous prosterner devant les images, de les adorer et de les estimer intouchables. Bien sûr, qu'au nom de Jésus Christ, nous pouvons rejeter l'image d'un Dieu bandit de grand chemin qui se rue sur le voyageur en criant "le prépuce ou la vie !". Comment pourrait ion placer sa foi, sa confiance en un tel Dieu ? Mais l'image du bon Dieu qui ne ferait pas de mal à une mouche ne vaut pas  mieux, à mon sens, elle est même encore pire.

En effet, l'image du Dieu offensif tient au moins compte de la réalité du mal, de la souffrance, de la mort. Mais le gentil bon Dieu dans les nuages nous catapulte  dans le pays joyeux, des enfants heureux, des monstres gentils... Oui c'est un paradis mais cela n'a rien à voir avec la réalité dans laquelle nous vivons. Et du coup l'image du Dieu inoffensif devient une image inoffensive de Dieu, une image bien gentillette d'un Dieu qui finalement n'a pas sa place dans notre monde.

On peut aussi évoquer le Dieu inoffensif qui  laisse l'homme la liberté de faire le mal ou du Dieu inoffensif qui ne peut pas empêcher tout le mal. Mais finalement, comment faire confiance à un Dieu qui ne veut pas ou qui ne peut pas vaincre le mal.

Le mal et la souffrance restent une question brûlante et incompréhensible et on ne la résoudra pas en rendant Dieu inoffensif. Revenons donc au Dieu offensif de ce passage.

 

Le nom de Moïse n’est jamais cité dans les deux versets qui racontent cette attaque. Aussi on peut se demander si la cible de Dieu est Moïse ou son fils. Il est en effet, fort probable que nous ayons ici affaire à une tradition particulière racontant la circoncision du fils de Cipora et que la victime de l’attaque de Dieu soit le fils de Moïse (ce qui d’ailleurs rend le récit bien plus logique). Quoiqu’il en soit, il est indéniable que  cette agression tourne autour d’une question de circoncision. Et il est quasiment certain que la circoncision est ici vécue comme un signe d’appartenance. En effet, le lien est clairement fait avec la mort du fils de Pharaon, pour venger Israël, fils de Dieu de même que le lien avec le sang de l’agneau qui marquera les portes des hébreux lors de la nuit de la sortie d’Egypte. Et puis la circoncision comme marque dans la chair de l’appartenance à Dieu est un thème récurrent du Premier Testament. Donc on peut dire ici que Dieu s’attaque à ce qui n’est pas à lui (c’est bien sûr plus évident si l’on admet que la cible de l’attaque est le fils de Moïse mais si c’est Moïse parce qu’il n’a pas circoncis son fils, les choses restent les mêmes.) Dieu s’attaque à ce qui n’est pas à lui.

Et je crois que cette idée n’est finalement pas si étrangère au Nouveau Testament. En effet, en relisant ce texte à la lumière du Nouveau Testament, nous n’avons pas besoin de le rejeter, nous pouvons simplement nous rappeler que la circoncision est celle du cœur et surtout que c’est sur la croix que Dieu est offensif, qu’il s’attaque à ce qui n’est pas à lui. Ce qui n’est pas à lui, c'est-à-dire ce que Paul appelle le vieil homme, tout ce qui nous conduit encore et toujours à rejeter Dieu et à chercher à être Dieu nous même. Sur la croix, c'est-à-dire qu’il devient lui-même, pour nous, la cible de son attaque. Oui, sur la croix Dieu concentre, contre lui-même, toute la colère que suscite notre rébellion. Ce n’est pas en niant le mal, en disant « ce n’est pas si grave » que Dieu nous épargne, c’est en prenant sur lui les conséquences de ce mal. C’est une théologie très traditionnelle, j’en conviens. Mais elle me paraît finalement bien plus percutante, bien plus radicale dans l’affirmation de l’amour de Dieu que l’inoffensive théologie du Dieu gentil.

 

Mais je m’en voudrai de ne sortir de ce texte qu’un discours théologique, alors même qu’il résonne si fortement dans notre actualité. Je me suis jusqu’ici concentré sur l’offensive de Dieu sans parler de l’intervention de Tsipora

 Alors que la circoncision est une affaire masculine : ce sont les hommes qui circoncisent, voilà que Tsipora qui est étrangère se mêle de circoncire son fils. Et par ce geste, qui se moque de toute bienséance, de tout rituel, de toute règle, elle met un terme au cycle de violence, de mort, d’agression. Par cette irruption au cœur d’un système finalement très masculin, elle ouvre une brèche, une possibilité nouvelle.

Cette irruption féminine évoque forcément ces irlandaise, ces israéliennes et palestiniennes, ces Mères de la place de mai, de toutes ces femmes qui à travers le monde luttent pour la paix et la justice, souvent dans des sociétés complètement dominées par les hommes. Le texte ne nous fait pas un panégyrique des vertus féminines, et c’est heureux parce que ces éloges tournent toujours à la caricature.

Non, ce texte nous dit simplement que faisant fi des loi des hommes, Tsipora, une femme étrangère a agit et ainsi sauvé une vie. Qu’elle soit bénie pour ce geste et que mémoire lui soit faite.

 

Sœurs, que le geste de Tsipora soit le vôtre, un geste qui sait rompre les règles figées pour ouvrir un chemin de vie, un geste qui place l’homme face à ses responsabilités.

Frères, que le geste de Tsipora nous rappelle, qu’une moitié de l’humanité ne pense ni ne réagit tout à fait comme nous et que cette différence fait parfois la différence entre vie et mort. Que ce geste nous rappelle que nous pouvons nous aussi, à notre manière poser des gestes de vie et d’ouverture.

Frères et sœurs, que la croix nous rappelle qu’un geste de vie a été posé pour nous tous et que si notre Dieu est offensif, c’est contre le mal et pour la vie qu’il mène son offensive.

 

Amen

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Je suis, tu dois, tu peux

2 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 20 septembre 2009

Exode III 11 à IV, 18

Matthieu X, 1 à 20

Galates II, 16 à 21

 

Et voici Moïse face à sa mission. Et voici que face à cette mission, ce vaillant Moïse que l'on se représente toujours sous les traits du colosse de Michel-Ange ou, au moins, sous les traits de Charlton Heston, selon que l'on fréquente plus les livres d'art ou les salles obscures, se comporte comme un enfant à qui l'on demanderait un service : « je sais pas, je peux pas, je veux pas »

Bien sûr, je suis sévère avec ce malheureux Moïse dont la tâche est effectivement écrasante et effrayante. J'exagère d'autant plus que les objections de Moïse sont bien les nôtres face à l'appel qui nous est adressé, un appel sans doute bien moins lourd que celui qui opposera Moïse à Pharaon.

 

Je laisse de côté, pour le moment, la première objection qui constitue le nœud de tout ce débat, et je m'attaque à la deuxième : « ils ne me croiront pas. »

Ah ! Si seulement nous avions des preuves, des démonstrations percutantes pour appuyer cette bonne nouvelle que nous annonçons, pour prouver ce Dieu libérateur. Comme nous serions plus efficaces !

Et revient comme toujours la question des miracles, des signes, des prodiges, que nous aimerions voir mais plus encore pouvoir accomplir pour prouver le bien-fondé de nos dires. Pourtant, si vous allez voir la suite des aventures de Moïse, ces prodiges qui lui sont donnés d'accomplir ne prouveront rien face au peuple puisque le peuple qui verra les signes puis les plaies d'Egypte continuera à douter. Il en va de même pour Pharaon : devant tous ces prodiges, Pharaon ne croira pas. Déjà, l'Exode nous rappelle cette leçon sur le miracle, le prodige : il ne suscite pas la foi, en fait, il n'est signe, c'est-à-dire il n'a de sens que pour celui qui croit déjà.

En fait, ce qui est flagrant, c'est que les signes qui sont donnés à Moïse ne lui serviront à rien devant le peuple (qui doutera àla première aniccroche) ni devant Pharaon (qui n'y croira pas). Ils ne servent pas non plus à augmenter la foi de Moïse en ce Dieu qui lui parle (le buisson ardent est largement suffisant). En fait, ces prodiges donnés à Moïse me rappellent un classique dont j'ai vu le dernier avatar dans Harry Potter : on donne à un personnage une potion ou un talisman qui lui permettra de réussir tout ce qu'il entreprendra. Une fois que le succès est au rendez-vous, il apparaît que la potion n'était que de l'eau, que le talisman n'était qu'un bibelot, rien qu'une mise en scène pour donner du courage. Eh bien voilà, le rôle du miracle ici, il n'accomplit rien, il ne prouve rien sinon que Dieu entend les craintes de Moïse et accepte d'en tenir compte. Tout comme Jésus acceptera, plus tard de tenir compte des craintes de Thomas.

 

         La réponse à la troisième objection "je ne sais pas parler" est un véritable gag à la Mel Brook. "Qui a fait la bouche de l'homme? Et qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle? N'est-ce pas moi, l'Éternel?". Et on imagine volontiers le grondement du tonnerre dans la voix de Dieu. Et tout ça pour aboutir à "Ton frère Aaron parlera pour toi". C'est vraiment la montagne qui accouche d'une souris : cette solution, moi qui n'ai pas donné à l'homme sa bouche, j'aurais pu la proposer aussi... Mais le décalage n'est pas seulement drôle, il est aussi significatif : bien plus que par des prodiges, Dieu nous soutient par des moyens humains. Moïse n'est envoyé seul, pas plus que les apôtres, pas plus que nous ne le sommes. Dieu nous donne des frères et des soeurs pour nous aider, nous assister. Cette assistance nous est souvent précieuse, parfois pénible aussi parce qu’elle nous empêche de nous camper seul contre tous en évoquant le Saint Esprit comme prétexte à notre volonté, mais elle nous est toujours nécessaire.

 

Par le prodige qui rassure, par le support humain qui assiste, Dieu répond aux objections pratiques de Moïse. Mais l'objection fondamentale, essentielle de Moïse, c'est son premier cri : "qui suis-je pour parler à Pharaon". Et cette objection première est bien toujours la notre : "qui suis-je ?" "Qui suis-je pour annoncer la bonne nouvelle ?" "Qui suis-je pour témoigner de Jésus Christ ?" "Qui suis-je pour aimer mon prochain ?" "Moi, je ne suis pas assez croyant" "Moi, je ne suis pas assez malin" "Moi, je ne suis pas assez bon" C'est curieux comme notre humilité pourtant réelle et sincère, s'exprime en "moi je"...

Eh oui ! Ce que nous opposons à l'appel de Dieu, c'est notre indignité, notre incapacité, mais en fait, c'est nous-même.

Et à ce "qui suis-je?" de Moïse, Dieu oppose son nom : "Je suis". Là où nous demandons "Qui suis-je ?", Dieu répond "C'est moi qui suis".  Alors que nous ne sommes pas, que nous ne voulons pas être, que nous ne parvenons pas à être, Dieu est. C'est ce que Moïse découvre au buisson ardent, c'est ce que Paul s'écriera bien plus tard : "ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi!".

 

Frères et soeurs, Dieu nous appelle à participer à son oeuvre, une oeuvre de vie et de libération. Il est normal que nos faiblesses nous effrayent et nous fassent reculer, mais ces obstacles, ce qui nous empêche d’être, ne comptent plus parce que Dieu est, pour nous.

 

Amen

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Les mercredis de Calvin (39) Sans l'Evangile...

30 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Nous ne savons ce que Dieu nous a commandé ou défendu, nous ne pouvons discerner le bien d’avec le mal, la clarté des ténèbres, les commandements de Dieu des constitutions des hommes, sans l’Evangile, tous nous sommes inutiles et vains, sans l’Evangile, nous ne sommes pas chrétiens, sans l’Evangile, toute richesse est pauvreté, sagesse est folie devant Dieu, force est faiblesse, toute justice humaine est damnée de Dieu. Mais par la connaissance de l’Evangile, nous sommes faits enfants de Dieu, frères de Jésus-Christ, combourgeois des saints, citoyens du royaume des cieux, héritiers de Dieu avec Jésus Christ, par lequel les pauvres sont faits riches, les faibles puissants, les fous sages, les désolés consolés, les douteux certains, les serfs affranchis. L’Evangile est parle de vie et de vérité. C’est la puissance de Dieu pour le salut de tous les croyants et la clef de la science de Dieu qui ouvre la porte du royaume des cieux aux fidèles, les déliant des péchés, et la ferme aux infidèles, les liant en leurs péchés. Bien heureux sont ceux qui l’oyent et la gardent. Car par cela ils montrent qu’ils sont enfants de Dieu. Malheureux sont ceux qui ne la veulent ni ouïr ni ensuivre, car ils sont enfants du diable.

 

Epître aux fidèles montrant comment Christ est la fin de la Loi. (préface au Nouveau Testament)

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Ce que femme veut...

25 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

"Oui, mais si l'homme ne veut pas de cet amour ?" La question ressurgit toujours quand on annonce la grâce. Et je corrige intérieurement "pas si : quand, l'homme refuse toujours". Et je souris en pensant à un léopard nommé "bébé". Ou plutôt à une rousse volcanique

Dans L'impossible Mr. Bébé (Briging up baby, pour les puristes), David Huxley refuse l'amour de Susan : il a ses propres projets, sa vie, sa carrière, sa fiancée, sa clavicule intercostale, son brontosaure...

Mais peu importe, Susan, tête pas si folle que ça, est amoureuse et elle entraînera le malheureux professeur dans un tourbillon de catastrophes, de quiproquo, et de non-sens. Si l'on y regarde bien, la comédie de Howard Hawks nous raconte l'histoire  terrible d'une femme qui ruine la carrière et les fiançailles d'un homme afin de l'avoir pour elle. Pourtant, il est impossible de lui en vouloir, et ce n'est pas seulement à cause de son charme (ah Katherine Hepburn !  *soupir*) mais bien parce qu'il est évident qu'elle libère David.

J’aime bien cette image de la grâce, une avalanche de folie qui saisit l'homme contre son gré et, en le dépouillant de ses attachements, l'entraîne pour une liberté véritable.

Filmé par Howard Hawks, Dieu est rousse et la Bonne Nouvelle pétille d'humour.

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Les mercredis de Calvin (38) La démocratie est le pire des systèmes...

23 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

On compte trois espèces du régime civil : à savoir la monarchie, qui est la domination d’un seul, qu’on le nomme roi, ou duc, ou autrement ; l’aristocratie, qui est une domination gouvernée par les principaux et gens d’apparence ; et la démocratie, qui est une domination populaire, en laquelle chacun du peuple a puissance.

Il est bien vrai qu’un roi ou autre à qui appartient la domination, aisément incline à être tyran. Mais cela est aussi facile, quand les gens d’apparence ont la supériorité, qu’ils conspirent à élever une domination inique ; et c’est encore beaucoup plus facile, là où le populaire a l’autorité qu’il émeuve sédition. Il est vrai que si on fait comparaison des trois espèces de gouvernements que j’ai récitées, que la prééminence de ceux qui gouverneront en tenant le peuple en liberté, sera plus à priser, non pas de soi, mais parce qu’il n’advient pas souvent et est quasi miracle que les rois se modèrent si bien que leur volonté ne s’écarte jamais de l’équité et de la droiture. D’autre part, c’est chose fort rare qu’ils soient munis de telle sagesse et vivacité d’esprit, que chacun voie ce qui est bon et utile. C’est pourquoi le vice, ou le défaut des hommes, est cause que l’espèce de supériorité la plus passable et la plus sûre, est que plusieurs gouvernent, s’aidant les uns les autres, et s’avertissant de leur office ; et si quelqu’un s’élève trop haut, que les autres lui soient comme censeurs et maîtres.

L’institution chrétienne Livre IV §20

 

C’est beau comme du Churchill, non ? La démocratie est le pire des systèmes… à l’exclusion de tous les autres…

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Un silence gênant

22 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

 


Cette dernière vidéo de la série "pasteur, pourquoi pas toi ?" me gène terriblement. Non pas à cause de ce qui y est dit mais à cause de ce qui y est passé sous silence. Le pasteur est un homme ou une femme de la rencontre, c'est un interprète de l'Ecriture, un catéchète, une figure publique. Soit.

Mais comment se fait-il que dans ce portrait le pasteur paraisse aussi seul face à la communauté ? Où donc est passé son interlocutaire et partenaire régulier : le conseil presbytéral ?

Pour les non initiés aux structures de notre Eglise Réformée de France, le conseil presbytéral c'est cette équipe élue par la paroisse et dont le rôle est, d'après la discipline "de gouverner l'Eglise locale" et d'après notre liturgie de "porter la spirituelle et matérielle de la communauté", bref d'être le partenaire privilégié du pasteur dans son ministère

Le CP n'est peut-être pas le quotidien du pasteur mais c'est sûrement son « hebdomadaire », et de toute façon son mensuel.

Le fait qu'il soit omis dans ce clip fait désagréablement écho avec  ce que j'ai ressenti, a posteriori, comme une lacune de ma formation : l'absence de préparation au travail avec le C.P. sur un autre mode que "faire valoir les droits du ministre". J'espérai qu'en 15 ans, les choses auraient changé (c’était une époque de transition,  de transformation du ministère pastoral, je crois), mais cette vidéo m'inquiète. D'autant qu'elle s'adresse à des jeunes qui pour la plupart ne connaissent pas les rouages de notre Eglise. C'est dommage de parler du quotidien du ministre sans évoquer ce partenariat, ce travail d’équipe parfois frustrant ou éprouvant mais si souvent enrichissant et stimulant.

Ma situation de privilégié (j’ai travaillé avec trois conseils et j’ai aimé travaillé, parfois me battre, avec les trois) ne me fait pas tomber dans l’angélisme, je sais bien qu’il y a des conseils presbytéraux difficiles, voire pénibles. Mais bon, c’est vrai aussi des pasteurs me suis-je laissé dire. De l’inconvénient d’une Eglise faite de pâte humaine…

Et puis perdre de vue le conseil, c’est, fatalement, perdre de vue un aspect important du rôle du pasteur : le ministère de l’union. Plus encore que la formation théologique, c’est sa situation de représentant de l’Eglise nationale, qui distingue le pasteur du reste du conseil presbytéral (je ne l’ai pas dit ? le pasteur est membre de droit du CP) Rappeler que l’Eglise est plus vaste que la communauté locale, et parfois aussi, rappeler à l’Eglise nationale, l’existence de la communauté locale, sa spécificité, c’est aussi, me semble-t-il le ministère du pasteur.

Or je ne crois pas qu’un ministère pastoral puisse être un ministère heureux s’il se vit sans, voire contre, le conseil presbytéral ou sans, voire contre, l’Eglise. Etre pasteur, ce n'est pas être seul à la rencontre des autres.

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