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Ce que l'Esprit dit aux Eglises (3) La doctrine et la Parole

31 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 7 juin
Apocalypse II, 12 à 17

Un trône de Satan, une épée à double tranchant, un témoin mis à mort, nous n'avons pas vu Pergame mais je n'en suis pas mécontent. Dans mon imagination, Pergame peut rester une contrée angoissante et magique, un décors pour le Seigneur des Anneaux, pour Eragon ou le Trône de Fer.
Je sais bien qu'aujourd'hui le trône de Satan, gigantesque bloc de pierre est exposé en Allemagne. Je sais bien que les chrétiens de Pergame ont vécu en réalité des moments aussi terrifiants que ceux que Tolkien a imaginé pour ses héros : le trône de Satan représente aussi le pouvoir romain opposés aux Eglises et la mort d'Antipas montre que la persécution a été violente. Les chrétiens de Pergame ont su résister à ses dangers nous dit la lettre mais elle avertit qu'il existe un danger plus grand, plus menaçant que le trône de Satan, plus mortel que les persécutions. Ce danger est un danger intérieur.

Le texte ne nous dit pas qui sont les nicolaïtes. Sans doute était-ce inutile pour  les lecteurs de l'époque mais aujourd'hui, les spécialistes ont bien du mal à se mettre d'accord. En fait, je crois que c'est très bien ainsi. Parce que du coup, la lettre à Pergame s'adresse à nous. Pas pour nous mettre en garde contre ces énigmatiques nicolaïtes mais pour nous rappeler que face à toute doctrine, ce qui compte, c'est la Parole. En effet, cette épée à double tranchant qui revient à deux fois dans le texte, c'est le symbole de la Parole de Dieu. La parole de Dieu, c'est à dire Jésus Christ. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'Eric George ou les Nicolaïtes ou même Jean de Patmos dit sur Jésus Christ mais bien Jésus Christ lui-même Et c'est là la grande force de la lettre à Pergame, elle ne dit pas : « les nicolaïtes disent cela et c'est mal alors que moi je dis ceci et c'est bien », elle n'oppose pas une doctrine à une autre comme le font toujours les théologiens. Elle se contente de renvoyer à Jésus, le Christ, parole de Dieu et donc bien au-delà de ce que l'homme saurait en dire, parole vivante et donc impossible à figer en une doctrine.
Une fois qu'on a posé que Jésus est plus important que tout ce qu'on peut dire de lui, on peut discuter pour savoir si Fils de Dieu signifie Dieu lui-même ou non, et ces discussions sont importantes et riches. Mais elles ne doivent jamais nous faire oublier que la vérité est Jésus Christ et non pas telle ou telle option théologique aussi profonde et argumentée soit-elle.  
Et ce Jésus Christ, ce n'est pas par notre réflexion, par nos déductions que nous le trouverons : il nous est donné comme la manne, comme la pierre blanche. C'est ce que nous rappelle l'Apocalypse qui ne nous propose pas une doctrine mais plante Jésus Christ comme une épée au milieu de nos discussions.

Frères et soeurs , il est normal que Jésus nous intrigue, il est bon que nous cherchions, que nous interrogions. Mais qu'aucune de nos doctrine ne nous conduise jamais à rejeter et à exclure, qu'aucune de nos doctrines  ne vienne jamais à le remplacer, lui qui est la Vérité.
Amen

Les mercredis de Calvin (30) Sans la connaissance de la liberté...

29 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Sitôt que quelque mention de la liberté chrétienne est mise en avant, incontinent les uns lâchent la bride à leur concupiscences, les autres émeuvent grands tumultes, si on ne met aussitôt ordre à restreindre de tels légers esprits, qui corrompent les meilleures choses qu’on leur saurait présenter. Car les uns, sous couleur de cette liberté, rejettent toute obéissance à Dieu et n’abandonnent toute licence à leur chair ; les autres contredisent et ne veulent ouïr parler de cette liberté par laquelle ils pensent que tout ordre, toute modestie et discernement des choses soient renversés. Que ferons nous ici, étant enclos en un tel détroit ? Vaudrait-il pas mieux laisser derrière la liberté chrétienne, pour obvier à de tels dangers ? Mais comme il a été dit, sans la connaissance de cette liberté, ni Jésus Christ, ni la vérité de l’Evangile, ni le repos intérieur des âmes ne sont plus droitement connus. Au contraire, il faut donc plutôt mettre peine que cette doctrine si nécessaire ne soit pas omise ni ensevelie, et cependant néanmoins que les objections absurdes, qui se peuvent ici émouvoir, soient réprimées.
Institution chrétienne Livre III §19. 1


Comme avant lui, Paul puis Luther, Calvin connaît les dangers qu'il y a à parler de la liberté chrétienne. Rien de vraiment nouveau depuis "péchons pour que la grâce abonde" (Romains VI, 1). Mais ce que j'aime dans cette introduction à la liberté chrétienne c'est la phrase soulignée...

Les mercredis de Calvin (29) Les mérites mènent à l'ingratitude

22 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Quelle ingratitude est-ce, si n’étant point contents d’une telle largesse de Dieu, laquelle rémunère les œuvres d’un loyer non dû et sans aucun mérite de leur part, nous passons outre par une maudite ambition, prétendant que ce qui est de la pure bonté de Dieu, soit rendu au mérite des œuvres ?!?
J’appelle ici en témoignage le sens commun de chacun. Si celui auquel l’usufruit d’un champ est donné,  veut usurper le titre de propriété, ne mérite-t-il pas par une telle ingratitude de perdre même la possession qu’il avait ? Pareillement, si un esclave libéré par son maître ne veut point connaître sa condition, mais s’attribue d’être né libre, ne mérite-t-il pas d’être ramené en servitude ? Car voici la droite et légitime façon d’user des faveurs qu’on nous a faites : c’est de ne point entreprendre plus que ce qui nous est donné, et ne frauder point notre bienfaiteur de sa louange, mais plutôt de nous comporter de telle sorte que ce qu’il nous a transferé semble en quelque manière résider en lui. Si nous devons cette modestie envers les hommes, que chacun regarde combien plus on en doit à Dieu.
Institution Chrétienne Livre III §15, 3

Quand le juriste vient au secour du théologien pour expliquer tout le danger qu'il y a à concevoir nos oeuvres comme méritoires...

Les mercredis de Calvin (28) Les chrétiens ne sont pas parfaits

15 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Nous confessons bien, quand Dieu nous réconcilie avec soi par le moyen de la justice de Jésus Christ, et nous ayant fait la rémission gratuite de nos péchés nous répute pour justes, qu’avec cette miséricorde est conjoint un autre bienfait : c’est que pas son Esprit Saint il habite en nous, par la vertu duquel les concupiscences de notre chair sont de jour en jour plus mortifiées ; et ainsi sommes-nous sanctifiés, c'est-à-dire consacrés en Dieu en vraie pureté de vie, en tant que nos cœurs sont formés en l’obéissance de la Loi, afin que notre principale volonté soit de servir sa volonté, et avancer sa gloire en toutes sortes. Néanmoins, cependant même que par la conduite du Saint-Esprit nous cheminons en la voie de Seigneur, afin de ne nous oublier, il demeure des reliques d’imperfections en nous, qui nous donnent l’occasion de nous humilier. Il n’y a nul juste, dit l’Ecriture, qui fasse le bien et ne pèche point (I Rois 8 ; 46)
Institution Chrétienne Livre III §14, 9

Ici, Calvin rejoint le "à la foi pécheur et justifié" de Luther. Bien sûr qu ela grâce produit la sanctification, néanmoins cette sanctification ne nous rend pas parfait. Toutefois, le sanctifié fera de ses imperfections, une occasion de plus de glorifier Dieu.

Travailleur du dimanche (matin)

12 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Dans ces quelques lignes, je ne défendrai pas un modèle chrétien, je ne montrerai pas les dangers de cette loi, je ne ferai pas de prospectives. D'autres le font déjà bien mieux que moi. Mais je voudrai simplement, sans pleurer sur mon sort (je ne suis pas un pasteur malheureux) évoquer ce que signifie travailler le dimanche.
Tout d'abord ça veut dire ne plus partir en week-end. Ce n'est pas grand chose sur le papier et j'ai la chance d'avoir des amis qui ne se font pas trop prier pour venir (deux avantages : je ne travaille souvent que le dimanche matin et Paris n'est pas loin), mais depuis que nous avons acheté notre maison, nous entendons souvent "c'est bien, elle n'est pas loin, vous pourrez y aller le week-end". Non, on ne pourra pas, je travaille le dimanche.
Ensuite, ça veut dire être moins partant pour les invitations du samedi soir. Pas que je sois vraiment sujet à la fièvre du samedi soir, mais même une soirée entre amis se termine rarement avant minuit, donc certainement pas toute les semaines et puis on dira ce qu'on voudra mais on a quand même l'esprit plus libre quand il ne faut pas se lever le lendemain. Bien sûr, ça pourrait être un autre soir de la semaine... Mais les invitations sont rares le dimanche soir et avec les enfants, le samedi c'est ce qu'il y a de plus facile.
Généralement mes après midi sont libre, je profite donc du repas familial du dimanche midi, je pourrai profiter de la sortie dominicale (même s'il est vrai que la fatigue du dimanche matin vient souvent renforcer une certaine paresse naturelle)
Je ne raconte pas tout cela pour me plaindre, mon travail me passionne, mon employeur (l'Eglise, pas Dieu)est prévenant, et je regrette rarement cette vocation mais je voulais simplement dire que même si j'étais certain que les employés puissent avoir le choix (et je suis loin d'être aussi naïf), je ne serai pas vraiment un partisan du travail du dimanche.
Peut-être, que dans la société de demain chacun choisira à sa guise son jour de congé hebdomadaire. peut-être que nous prendrons ce gain d'individualisme pour un gain de liberté mais je fais régulièrement l'expérience de ce que nous perdrons en terme de relations sociales et cela m'attriste.

Les mercredis de Calvin (27) La nécessité et la délectation

8 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

L’Ecriture nous instruit aussi bien du droit usage des biens terrestres : chose qui n’est pas à négliger, quand il est question de bien ordonner notre vie. Car si nous avons à vivre, il nous faut aussi user des aides nécessaires à la vie. Et même nous ne nous pouvons abstenir des choses qui semblent plus servir à plaisir qu’à nécessité. Il faut donc tenir quelque mesure, pour que nous en usions en pure et saine conscience, tant pour notre nécessité que pour notre délectation (…)
Laissons donc là cette philosophie inhumaine qui ne concédant à l’homme nul usage des créatures de Dieu, sinon pour sa nécessité, non seulement nous prive sans raison du fruit licite de la bonté divine : mais aussi ne peut avoir lieu, sinon qu’ayant dépouillé l’homme de tout sentiment, elle le rende semblable à un tronc de bois.
Mais aussi, de l’autre côté, il ne faut pas moins diligemment aller au-devant de la concupiscence de notre chair, qui se déborde sans mesure si elle n’est tenue sous bride, car il y en a certains (comme j’ai dit) qui, sous couverture de liberté, lui concèdent toutes choses.
Institution Chrétienne. Livre III §10. 1 et 3


Une citation de plus pour casser l’image de l’austère Calvin s’opposant à toute forme de plaisir. Pour Calvin le plaisir est non seulement une aide nécessaire à la vie mais bien un des fruits de la bonté de Dieu dont il serait blasphématoire de se priver.

Les mercredis de Calvin (26) Libres comme des enfants

1 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

En somme, ceux qui sont captifs sous les liens de la Loi sont semblables aux serfs, auxquels les maîtres ordonnent certaine tâche d'ouvrage pour chaque jour, et qui pensent n'avoir rien fait, et ne s'oseraient présenter devant leurs maîtres, s'ils n'avaient achevé parfaitement tout ce qui leur a été enjoint. Mais les enfants, qui sont plus libéralement et doucement traités de leurs pères, ne craignent point de leur présenter leurs ouvrages rudes  et à demi faits, et même ayant quelque vice, ayant confiance que leur obéissance et bon vouloir sera agréable au père, encore qu'ils n'aient fait ce qu'ils voulaient. Il nous faut donc être semblables aux enfants, ne doutant point que notre Père très bon et si débonnaire n'ait nos services pour agréables, bien qu'ils soient imparfaits et vicieux : comme même il le confirme par le Prophète : Je leur pardonnerai, dit-il, comme le père aux enfants qui le servent (Mal. 3: 17); où le mot de pardonner est pris pour bénignement supporter, dissimulant les vices, d'autant qu'il fait aussi mention du service.
Institution Chrétienne Livre III §19. 4

J’aime beaucoup cette image. Calvin vient de montrer notre incapacité à obéir au commandement de Dieu en citant le premier commandement : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. On ne peut pas obéir partiellement à un tel commandement puisqu’il requiert la plénitude. Du coup, si j’attends un salaire de mes œuvres, la radicalité du commandement m’oblige à voir que vu ma désobéissance, à ce commandement qui est le plus grand,  je n’ai pas grand-chose à attendre. En revanche si je m’en remets à l’amour de Dieu comme à l’amour d’un père, ce n’est pas sur ce que j’ai fait que je m’appuie mais sur l’assurance de sa bienveillance. La liberté du chrétien est bien celle du fils (ou de la fille) face à son père.

Histoire d'eaux

27 Juin 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

C'est un geste tout simple. Je tourne le robinet et l'eau coule. Pour remplir un verre, prendre une douche, faire une lessive ou une vaisselle.
C'est un geste machinal et pourtant, lorsque je tourne ce robinet, je suis Moïse frappant le rocher à Mériba. Parce que cette eau qui me désaltère, me lave ou simplement me rafraîchit, cette eau qui est ma vie est un don de Dieu.
Un cadeau ne se traite pas à la légère. On garde précieusement ce qui nous est offert, signe tangible de l'amour de celui qui nous l'a donné. Pourquoi en irait-il autrement de l'eau, cadeau précieux entre tous, aussi vitale que l'air que nous respirons et tellement plus rare ?
Lorsque je tourne un robinet, je suis comme Moïse frappant le rocher de Mériba. Or, le livre des Nombres nous dit que Moïse se vit refuser l'entrée en terre promise parce qu'il avait désobéi à Mériba, la traidtion juive voit cette désobéissance dans les deux coups que frappent Moïse.
On lit souvent dans cette répétition, le signe d'un manque de confiance. J'y vois également une attitude très humaine : l'attitude qui consiste à vouloir plus que ce que Dieu nous donne. A Mériba, pour un coup, Dieu donnait de quoi désaltérer hommes et bétail. Mais Moïse frappe deux fois...
L'eau de notre terre devrait suffire pour abreuver bêtes, plantes et hommes, mais nous la gaspillons. Lorsque je tourne un robinet, je suis Moïse frappant le rocher de Mériba. Et si, je me contentais de prendre avec reconnaissance ce dont j'ai besoin, et si un coup suffisait ?

Voir http://www.ete-autrement.org/

Les mercredis de Calvin (25) La sanctification (c) Soi-même et les autres

24 Juin 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Quand l’Ecriture nous commande de nous comporter envers les hommes de telle sorte que nous les préférions à nous en honneur, et que nous tâchions fidèlement d’avancer leur profit, elle baille des commandements, dont notre cœur n’est point capable, s’il n’est premièrement vide de son sentiment naturel. Car nous sommes tous si aveuglés et transportés en l’amour de nous-même, qu’il n’y a personne qui ne pense avoir bonne cause de s’élever par-dessus tous autres, et de mépriser tout le monde au prix de soi.
Si Dieu nous a donné quelque grâce qui soit à estimer, incontinent sous l’ombre de cela notre cœur s’élève ; et non seulement nous nous enflons, mais quasi crevons d’orgueil ! Les vices dont nous sommes pleins, nous les cachons soigneusement envers les autres, et nous faisons accroire qu’ils sont petits et légers ; ou même parfois nous les prisons pour vertus. Quant aux grâces, nous les estimons tant en nous, jusqu’à les avoir en admiration. Si elles apparaissent en d’autres, voire même plus grandes, pour que nous ne soyons contraints de leur céder, nous les obscurcissons ou déprisons le plus qu’il nous est possible. Au contraire, quelques vices qu’il y ait en nos prochains, nous ne nous contentons point des les observer avec sévérité, mais les amplifions odieusement.
De là vient cette insolence que chacun de nous comme étant exempté de la condition commune recherche prééminence par-dessus tous les autres, et sans en excepter un, les méprise tous comme ses inférieurs. Les pauvres cèdent bien aux riches, les vilains aux nobles, les serviteurs à leurs maîtres, les ignorants au savants : mais il n’y a nul qui n’ait en son cœur quelque fantaisie qu’il est digne d’être excellent par-dessus tous les autres. Ainsi, chacun en son endroit, en se flattant, nourrit un royaume en son cœur. Car s’attribuant les choses dont il se plaît, il censure les esprits et es mœurs des autres. Si on vient à dispute, alors le venin sort et se montre. Il y en bien plusieurs qui ont quelque apparence de mansuétude et modestie, cependant qu’ils ne voient rien qui ne leur vienne à gré : mais combien y en a-t-il peu qui gardent douceur et modestie quand on les pique et les irrite ?
Et de fait, cela ne se peut autrement faire, sinon que cette peste mortelle de s’aimer et exalter soi-même, soit arrachée du profond du coeur, comme aussi l’Ecriture l’en arrache. Car si nous écoutons sa doctrine, il nous faut souvenir que toutes les grâces que Dieu nous a faits, ne sont pas nos biens propres , mais dons gratuits de sa largesse ; si donc quelqu’un s’en enorgueillit, il démontre en cela son ingratitude. Qui est-ce qui te magnifie ? dit Paul. Et si tu as reçu toutes choses, pourquoi t’en glorifies-tu, comme si elles ne t’étaient pas données ? (I Co IV, 7). D’autre part, reconnaissant assidûment nos vices, nous avons à nous réduire à l’humilité. Ainsi, il ne restera rien en nous qui nous puisse enfler, mais plutôt il y aura grande matière de nous démettre et abattre.
En outre, il nous est commandé que tous les dons de Dieu, que nous voyons en nos prochains soient en tel honneur et révérence qu’à cause d’eux nous honorions les personnes auxquelles ils résident. Car ce serait trop grande audace et impudence de vouloir dépouiller un homme de l’honneur que Dieu lui a fait.
Il nous est aussi commandé de ne point regarder les vices, mais de les couvrir : non pas pour les entretenir par flatterie, mais pour que nous n’insultions point à celui qui a commis quelque faute, vu que nous lui devons porter amour et honneur. De là, il adviendra qu’envers quiconque que ce soit, à qui nous ayons affaire, non seulement nous nous porterons modestement et modérément, mais aussi en douceur et amitié ; de même, on ne parviendra jamais par autre voie à la vraie mansuétude, qu’en ayant le cœur disposé à s’abaisser et à honorer les autres.

Institution Chrétienne Livre III §7, 4

Ce que l'Esprit dit aux Eglises (2) La richesse du persécuté

21 Juin 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 10 mai 2009
Apocalypse II, 8 à 11

Les lettres aux Eglises qui ouvrent l’Apocalypse ancrent ce texte de visions théologiques dans une réalité concrète. Pourtant, elles ne l’enferment pas dans cette réalité : chaque lettre se termine par « Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux Eglises » Bref, chaque message adressé à une communauté dans sa vie concrète s’adresse, au-delà d’elle à toute communauté, à tout chrétien.

On le sait bien, la séparation entre juifs et chrétiens a pris du temps et elle s’est faite dans la douleur et le déchirement. On en voit de nombreuses traces dans les textes bibliques, que ce soit les évangiles ou les lettres de Paul. La synagogue de Satan dont il est question dans la lettre à l’Eglise à Smyrne est une de ces traces. Que faire avec de tels textes. A une époque, ils ont été radicalisés, servant de fondation à l’affirmation que les juifs n’étaient plus le peuple élu et que l’Eglise était désormais le Nouvel Israël. (Affirmation scandaleuse, blasphématoire et destructrice ! Israël reste le peuple élu !) Aujourd’hui la tentation est inverse, et on ira plutôt dire qu’ici l’apocalypse ne parle pas de juif mais plutôt d’autres communautés, d’hérésie au sein de la communauté chrétienne… Je préfère une autre interprétation. A Smyrne, l’Eglise naissante a été persécutée par les juifs et c’est bien à cette réalité que fait référence la lettre de l’Apocalypse. Mais en aucun cas, Jean de Patmos ne fait de cette lettre une généralité, en aucun cas, il ne retire l’élection à Israël, il se contente de rappeler une affirmation forte de la pensée juive : Dieu prend toujours le parti du persécuté. Si un juste persécute un juste, Dieu se range du côté du persécuté. Si un méchant persécute un juste, Dieu se range du côté du persécuté. Si un méchant persécute un méchant, Dieu se range du côté du persécuté. Et même si un juste persécute un méchant, Dieu Se range encore du côté du persécuté. Les juifs de Smyrne qui persécutèrent les chrétiens ne le firent pas au nom de leur judaïsme mais au nom du satan, de l’accusateur. Et cela est vrai pour les chrétiens. Il n’y a pas de persécutions chrétiennes. Quand l’Eglise persécute qui que ce soit, elle n’agit plus au nom du Christ mais contre lui. Elle cesse donc d’être Eglise du Christ mais bien Eglise du satan.

Face à cette persécution, qu’est ce que la petite Eglise qui est à Smyrne ? En fait, le texte ne nous en dit pas grand-chose, la lettre à Smyrne est la plus courte des lettres aux sept Eglises. Et pour tout dire, si nous sommes bien restés deux jours  à Izmir au cours de notre périple en Turquie nous n’en avons pas appris beaucoup plus sur Smyrne, l’Eglise St Polycarpe n’a certainement pas grand-chose à voir (à part son nom) avec les premières communautés vivant à Smyrne, nous n’avons même pas pu y rencontrer l’évêque. Quant aux ruines de l’agora de Smyrne, nous ne les avons vues qu’à travers les grilles mais je doute que ces quelques colonnes couchées nous ait beaucoup renseignées. Bref, de l’Eglise à Smyrne, nous ne savons que deux choses, elle est persécutée et elle est pauvre – et pourtant riche.
Pauvre de quoi ? C’est assez facile à deviner : on se doute bien qu’une Eglise persécutée ne roule pas sur l’or et ne dispose pas d’une quantité de moyens humains. Mais alors, si cette Eglise est pauvre, misérable, de quoi est–elle riche ? Si elle était particulièrement tenace, résistante, courageuse face à la persécution, la lettre le dirait. En effet, toutes les lettres aux Eglises soulignent les qualités des communautés auxquelles elles s’adressent avant de dénoncer aussi leurs défauts. Pourtant si la lettre à Smyrne est une des deux lettres aux Eglises les plus positives, aucune qualité ne lui ait attribuée. Aussi, plutôt que de spéculer sur telle ou telle qualité qui aurait été qualifiée de richesse de Smyrne, je préfère m’en tenir au texte : si l’Eglise à Smyrne est riche, c’est de sa persécution et de sa pauvreté, c’est de sa faiblesse et de sa fragilité. Elle est riche parce qu’elle ne peut en rien compter sur elle-même. Elle est riche parce que sans force, elle ne peut se reposer que sur celui qui est le premier et le dernier. En effet, celui que Jean voit dans sa vision a de nombreux attributs tous symbolique, et lorsqu’il s’adresse aux Eglises, il mentionne pour chacune d’elle un de ses attributs, or celui sous lequel il s’adresse à Smyrne est celui qui le définit le mieux : le commencement et la fin, celui qui était mort et qui est revenu à la vie.

Le ressuscité, voici la seule richesse de Smyrne dans sa persécution. Et avec une telle richesse, de quoi d’autre pourrait-elle avoir besoin ? Attention ! Cette présence du ressuscité ne garantit pas à l’Eglise qui est à Smyrne la sérénité, la tranquillité : l’épreuve ne lui sera pas épargnée pour autant « vous aurez une tribulation de 10 jours ». (Il ne faut bien sûr pas comprendre ces dix jours dans un sens chronologique mais il y a là une constante de l’Apocalypse : le mal frappe c’est vrai, mais il est limité, il ne submergera pas tout, il n’aura pas la victoire finale). A quoi sert la présence du ressuscité, si la tribulation doit tout de même avoir lieu ? Eh bien justement, c’est l’assurance que le mal ne l’emporte pas. Mais rappeler que tout ne va pas être rose, que les choses vont mal se passer, c’est bien montrer que le discours n’est pas mensonger. Si je vous dit Christ est avec vous donc rien de mal ne peut vous arriver, au premier pépin, vous saurez que Christ n’est pas avec vous. Soit j’ai menti, soit il s’est détourné de vous. Et mon message n’aura jamais été que l’opium du peuple au mieux et au pire une culpabilisation terrible : puisque vous souffrez, c’est que Dieu s’est détourné de vous, ce qui implique que vous l’avez bien mérité.
Mais le message à la fragile communauté de Smyrne est tout autre : vos persécutions, la souffrance que vous endurez ne signifient pas que vous êtes abandonnés de Dieu. Christ est avec vous et rien de ce qui vous afflige ne pourra vous abattre. Aussi misérable, faible soyez vous, aussi dépourvu d’espoir puissiez vous être, vous ne connaîtrez pas la deuxième mort, vous ne connaîtrez pas cet abandon total. Le Dieu vivant reste à vos côtés, non pas comme un talisman chimérique mais comme une présence vivante.

Frères et sœurs, notre vie n’est jamais facile et notre foi ne la facilite jamais et pourtant nous sommes riches. Pas riches de nos possessions ni de nos vertus, pas riches de notre courage ni de nos forces, même pas riche de notre espérance mais riche simplement de cette promesse : je te donnerai la couronne de vie.  Riche de la présence de celui qui est mort et qui est revenu à la vie.