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Articles récents

Quatre ans de miettes

19 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Quatre ans… Miettes de théologie à quatre ans aujourd’hui.

L’usage ce serait de donner des chiffres, genre 666 articles (mais celui-ci est le 667eme, ouf ! (euh c’est pour rire, hein, je ne fais pas vraiment une fixette sur les nombres)), j’ai la flemme de compter les commentaires et je ne sais pas combien de visiteurs puisque overblog a changé sa façon de compter à mi-parcours (en ce moment, c’est une cinquantaine par jour, un peu plus quand je cède à mon goût pour la discutaille).

Je pourrais faire une rétrospective aussi. Avouer que j’ignorais tout des Miettes théologiques de Kierkegaard quand j’ai choisi mon titre (sinon je n’aurais pas osé, même si je l’aime bien ce titre) Reconnaître que j’ai un peu levé le pied cette année, un peu succomber à la tentation du sérieux entre citations calviniennes et prédications.

Mais bon, aujourd’hui c’est plutôt du plaisir que j’ai envie de parler, le plaisir de me retrouver en relisant ce blog, un peu foutraque, un peu intello, un peu capillotracté, le plaisir de découvrir des gens nouveaux, ou de me découvrir lu par de vieilles connaissances (amis, familles, paroissiens (heureusement les collègues n’y passent pas trop de temps, je suis très timide face à mes collègues)), le plaisir aussi de parler de Dieu, d’essayer de dire cette nouvelle d’un amour inconditionnel, de partager cette passion pour cette bible qui change notre regard sur le monde.

Miettes de théo a quatre ans, ma pensée n’est toujours pas très structurée, et il y aura des passages à vide, des relectures sans doute un peu trop forcée, des échanges stériles, Dieu voulant, il y aura de nouvelles rencontres, d’autres échanges plus riches… Mais tant qu’il y aura le plaisir et parfois des idées, Miettes de théo continue…

L’usage serait bien sûr de vous remerciez vous qui me lisez. Mais quand je me met à remercier, je sors toujours de l’usage pour passer au sentimentalisme, alors à vous tous, lecteurs réguliers ou occasionnels, lecteurs muets ou commentateurs (ci, sur facebook ou irl (pour mes lecteurs pas encore geeks, irl = in real life, dans la vraie vie quoi), juste merci parce que comme je le disais, vous faites partie du plaisir.

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Descends vite

18 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Romains XII, 1 à 3

Ezechiel XI, 17 à 20

 

Soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence… Des fois, il parle bizarrement Paul. Vous comprenez ce que ça veut dire vous ?

Moi non plus en fait. Ici, à Jéricho, on ne dit jamais des choses du genre «  Soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence. »

Pourtant ça me rappelle l’histoire de quelqu’un de par chez nous. Zachée. Oui, oui, le chef des collecteurs d’impôts.

Depuis tout petit, Zachée était tout petit. Et même quand on est un enfant, c’est pas facile d’être tout petit. Les plus grands le bousculaient, les autres se moquaient de lui : « T’es tout petit, t’es tout petit, tu sais, Zachée, il faut manger de la soupe, de la soupe en Zachée » Enfin, toutes les plaisanteries idiotes qu’on peut faire quand on se moque de la taille de quelqu’un.

C’est à cette époque, pour qu’on arrête de se moquer de lui, que Zachée a décidé de devenir le plus grand. Oh pas en taille, mais en puissance. Pour devenir le plus grand et le plus puissant, le plus facile, c’est de travailler pour ceux qui ont le pouvoir : les romains. Et Zachée s’est mis à travailler pour les romains. Il a commencé tout au bas de l’échelle et puis, progressivement, il s’est élevé. Simple grouillot au début, puis assistant du collecteur d’impôt, puis collecteur d’impôt et enfin, chef des collecteurs d’impôt. Et là, Zachée, même s’il était tout petit, pouvait regarder tout le monde de haut.

Sauf que… Sauf que quand on travaille pour les romains, quand on collecte les impôts, on ne se fait pas que des amis. D’ailleurs, disons les choses franchement, on n’a plus d’ami du tout. Sauf ceux que l’on paye. Et puis, quand on travaille pour les romains, c’est comme si on avait renoncé à son judaïsme. On a plus le droit d’entrer dans la synagogue, ni dans le temple. Bref, Zachée était tout en haut de l’échelle mais personne ne l’aimait et il savait qu’il était très loin de Dieu.

Et on a beau être tout petit, on a beau être très riche, on a beau être collecteur d’impôt, on a beau travailler pour les romains, on a besoin d’être aimé, on a besoin de Dieu. Bref Zachée était arrivé très haut, il était très riche et très puissant, mais il se sentait encore très petit, il était encore très malheureux.

Et puis un jour, Zachée a entendu dire, qu’un grand prophète, un grand guérisseur, un véritable homme de Dieu venait à Jéricho. Et il a eu très envie de voir cet homme. Seulement, il y avait une grande foule dans les rues pour acclamer ce Jésus de Nazareth, et je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais Zachée était tout petit.

Et quand on est tout petit, pour voir quelqu’un, il faut être devant. Mais voilà, Zachée n’osait pas se frayer un chemin dans la foule, quand tout le monde vous déteste, un mauvais coup c’est si vite arrivé. Alors Zachée a cherché un moyen pour voir Jésus et il a trouvé. Pas très loin, il y avait un sycomore. Un sycomore c’est un de ces arbres auxquels il est facile de grimper.

Alors Zachée a posé le pied sur la première branche, puis sur la deuxième, puis sur la troisième et en grimpant ainsi pour voir l’homme de Dieu, il avait l’impression de monter encore plus haut qu’il n’était jamais monté, il avait l’impression de s’élever vers Dieu. Et alors qu’il était tout en haut de son sycomore, il vit Jésus, Jésus qui se dirigeait tout droit vers son arbre, Jésus qui s’arrêtait au pied de son arbre.

Et vous savez ce que Jésus a dit à Zachée ? A ce Zachée qui toute sa vie avait chercher à s’élever, s’élever vers le pouvoir, vers l’argent, s’élever vers Dieu ? Il lui a dit « descend ». « Descend parce que c’est chez toi qu’il faut que j’aille manger ».

Oh nous, nous n’étions pas très contents. Alors c’est chez le pire de tous les habitants de Jéricho qu’il fallait que Jésus s’arrête ? C’était quand même un peu fort. Eh pourtant, j’ai bien l’impression que même si Zachée n’était pas monté dans son arbre, c’est chez lui que Jésus se serait arrêté. « Il faut que je mange chez toi ».

Bien sûr Zachée est descendu, il a couru chez lui pour recevoir Jésus. Je ne sais pas ce que se sont dit Zachée et Jésus. On ne sait jamais très bien ce qui se passe au cours d’une rencontre…

Mais après ce repas, Zachée n’était plus le même. Oh, il était toujours tout petit. Il était toujours chef des collecteurs d’impôts. Il continuait à travailler pour les romains. Mais voilà qu’il s’est mis à donner aux pauvres, à rendre l’argent qu’il avait pris en trop.

Et vous savez, aujourd’hui quand on parle de lui à Jéricho, on dit. Zachée le collecteur d’impôt ? Il est tout petit, mais il a un cœur gros comme ça.

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Et pourtant, c'est bien moi

17 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 11 octobre 2009

Exode VI, 10 à VII, 7

Actes I, 1 à 8

Jacques I, 13 à 25

 

         Changez votre cœur, Dieu parle par ma bouche, ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Autant de formules qui finissent par nous pousser à nous demander s’il y a encore quelque chose de nous dans la foi. La généalogie de Moïse vient peut-être répondre à cette question.

 

D’ordinaire, quand on tombe sur une généalogie dans la Bible, on a tendance à passer rapidement untel engendra untel qui engendra untel et ainsi de suite jusqu’à la fin du chapitre. Pourtant, cette généalogie de Moïse et d’Aaron est assez intéressante, surtout si on considère la place qu’elle occupe dans le récit. Lorsque les parents de Moïse font leur apparition au deuxième chapitre de l’Exode, ils sont presque complètement anonymes. Tout au plus sait-on qu’ils sont de la famille de Levi. Et voilà que tout à coup, en plein milieu du conflit entre Moïse, le peuple et le Pharaon, non seulement les noms des parents de Moïse et d’Aaron nous tombent dessus mais toute leur généalogie.

Bien sûr, les spécialistes verront là un entremêlement de tradition (d’ailleurs la forme même que prend cette généalogie le montre bien puisqu’elle se présente comme un copié collé de la généalogie de Genèse 46 qui s’arrêterait à Levi dont on continuerait ensuite la descendance). Mais, cela ne résout pas la question : pourquoi le rédacteur final n’a-t-il pas placé sa généalogie au moment où il évoquait les parents de Moïse ?

Je trouve un élément de réponse dans l’incroyable appel de Dieu à Moïse « Je te fais Dieu pour Pharaon ». Bien sûr que cela ne signifie pas que Moïse devient Dieu mais simplement que Dieu parle par sa bouche ou plutôt, au bout du compte par la bouche d’Aaron. Mais lorsque c’est Dieu qui parle par la bouche du prophète, cela signifie-t-il que le prophète s’efface ? Pour laisser parler Dieu, faut-il que l’homme disparaisse ?

Dieu parle par la bouche de Moïse mais cela ne rend pas Moïse capable de s’exprimer correctement. Sa faiblesse reste bien présente. Cela devrait être un indice pour répondre à cette question. Et, je crois que cette généalogie en est un autre.

Ce ne sont pas des hommes sans passé, surgis on ne sait d’où que Dieu envoie vers Pharaon, ils sont les hommes d’une tribu, d’un héritage, d’une histoire. Et une fois envoyé, ils restent les hommes de cet héritage, de cette histoire. C’est bien ce que vient nous rappeler cette généalogie placée à ce moment précis.

 

Cela s’applique bien sûr à la prophétie. Le prophète est celui qui parle au nom de Dieu mais les prophètes sont tous différents et cette différence ne vient pas seulement de la différence des époques à laquelle ils parlent, ils ont tous leur personnalité, leur façon d’être et de voir et si c’est Dieu qui s’exprime à travers eux, c’est bien leur voix à eux qu’on entend. Les paroles de Dieu au travers d’une voix humaine. Et c’est important, une voix, dans un message.

 C’est encore plus évident lorsque nous passons de la prophétie au témoignage. Oui, ce sont des témoins que Jésus Christ a envoyé vers les nations. Or un témoin ce n’est pas une caméra de surveillance qui ressort les faits exactement tel qu’il les a vu (on pourrait d’ailleurs se demander si se contenter de ressortir des faits tels qu’on les a vu c’est forcément être dans le vrai…). Un témoin parle toujours à la première personne, à partir de ce qu’il a compris, de ce qui l’a touché, à partir donc de ce qu’il est. Et on n’a pas attendu Queneau pour le savoir.

Qui plus est, Jésus envoie des témoins et on le sait bien si une multitude de témoignages concordants valident un fait, ces témoignages ne sont jamais concordants à 100%. En fait c’est à travers leurs diversités, leurs désaccords et même leurs contradictions que l’on peut se faire une idée de ce dont ils témoignent. Ici même, il y a une semaine, Patrice Rolin nous rappelait que le Nouveau Testament c’est une multitude de témoignages. Eh bien de cette diversité nous pouvons rendre grâce à l’Esprit qui a conduit nos pères dans la foi. C’est vrai qu’elle n’est pas toujours facile à vivre, c’est vrai que nous préférerions souvent avoir une Parole monolithique, mais alors elle serait figée, pétrifiée, morte. Or Jésus Christ est la Parole vivante de Dieu.

 

Je crois, enfin que c’est vrai au sujet des œuvres. On reproche souvent à la théologie de la grâce d’être désincarnée parce qu’elle nie que l’homme participe. Mais, c’est un contresens ! Nous affirmons que gratuitement Dieu nous renouvelle, qu’il change notre cœur ou plutôt qu’il le libère du péché qui l’asservit. Il ne s’agit donc pas de dire Dieu fait de moi un autre que moi-même, mais bien Dieu me rend à moi-même Dieu me permet d’être moi-même

Ce que Jacques appelle « notre convoitise », ce n’est pas nous-même, c’est justement notre refus d’être nous-même. Je veux être mon voisin qui a une plus belle maison, une plus belle femme, une plus belle voiture, je veux contrôler ma vie, je veux être un type bien digne de l’amour de Dieu, finalement, je veux être comme Dieu maître du bien et du mal.

Et la Parole est pour nous un miroir qui nous rappelle ce que nous sommes. Nous sommes des pécheurs, un peuple à la nuque raide, des créatures qui refusent d’être créatures mais également des enfants aimés de Dieu, leur Père, des prisonniers délivrés par lui, des malades guéris par lui, des hommes et des femmes à qui Dieu donne un cœur nouveau. La parole est comme un miroir, nous dit Jacques. C'est-à-dire qu’elle nous montre ce que nous sommes. J’oublie que je suis un homme libre à chaque fois que je retombe dans mes égoïsmes, dans mes peurs et mes haines. J’oublie que je suis un homme libéré à chaque fois que j’oublie que Dieu seul me libère de mes chaînes.

Mais c’est bien moi qui suis libre quand Dieu me libère, c’est bien moi qui aime, quand Dieu ouvre mon cœur, c’est bien moi qui avance quand Dieu me porte, c’est bien moi qui vis lorsque Christ vit en moi.

Et si je ne me reconnais plus, si j’ai l’impression que ce n’est plus moi, si mon reflet me paraît transfiguré, rajeuni c’est que je suis guéri, réparé, ressuscité. C’est qu’enfin, je suis enfin moi-même, création de Dieu, enfant bien-aimé et non plus esclave de mon refus d’être ce que je suis. En nous libérant de ce que nous croyons être, Dieu nous donne d’être ce que nous sommes.

 

Mon frère, ma sœur, c’est toi que Dieu appelle comme porte-parole, comme témoin, comme artisan. C’est toi qu’il appelle et en t’appelant, il te permet enfin d’être pleinement toi-même au-delà de tout ce qui t’asservit. Vis dès aujourd’hui de cette liberté nouvelle et enrichis le peuple de Dieu de ce que tu es.

 

Amen

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Le rabbin et le cardinal

16 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

La particularité du lien de fraternité, c'est qu'il n'est pas suspendu à la bonne volonté des frères.

G. Bernheim

C'est un rabbin et un cardinal qui discutent. Le livre commence comme une histoire drôle, et ça tombe bien, c'est l'humour qui permet la rencontre précise-t-il d'emblée.

Bon, je peux tout de suite jouer les esprits chagrin :  Bernheim comme Barbarin ont tous les deux fortement tendance à oublier que le courant qu'ils représentent ne constitue pas à lui seul leur religion. C'est flagrant chez Barbarin qui passe  de "chrétien" à "catholique" comme si les deux termes étaient interchangeables (une déformation de langage malheureusement classique chez nos frères romains). Mais Bernheim n'est pas en reste quand il parle du judaïsme de l'époque de Jésus comme si celui-ci était monolithiquement rabbinique, en oubliant les autres courants qui ont certes disparu au fil de l'histoire mais qui étaient bien trop présents lors de la naissance du christianisme pour que l'on n'en tienne pas compte.

Bon, une fois cette protestation hélas habituelle posée, l'entretien est agréable, intéressant, porte sur les sujets attendus du dialogue judéo chrétien : la foi, Jésus, la Shoah, la société, l'Islam, Israël (ah non, tiens, pas Israël. Y aurait-il un tabou ?)

Mais l'un des intérêts de cet entretien, c'est qu'alors que Bernheim cherche visiblement la confrontation, Barbarin, de son côté cherche toujours le consensus. On pourrait bien sûr dénoncer un esprit identitaire guerrier chez l'un ou une volonté hégémonique chez l'autre. Mais je crois que c'est la manifestation d'une différence bien plus profonde entre deux cultures du dialogue. Pour le judaïsme rabbinique, le désaccord est un enrichissement, une ouverture plus grande de la pensée, pour le catholicisme romain, il est une blessure. Et ce qui est merveilleux, c'est que grâce à l'humour et à l'amour, grâce à leur foi les deux hommes parviennent à dépasser cette différence pour une véritable rencontre, une rencontre qui rendra bien mieux compte de la richesse du dialogue judéo-catholique que n'importe quelle déclaration officielle.

 

G. Bernheim et P. Barbarin. Le rabbin et le cardinal. Edition Stock.

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Black stories

15 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

A vrai dire, c'est pour moi plus un jeu de voiture qu'un jeu de caté (notre formule ébroîcienne nous laisse malheureusement trop peu de temps pour jouer), mais je suis sûr que Black stories pourrait agrémenter un repas avec des jeunes. Black Stories reprend le vieux principe des énigmes, et propose 50 de ces énigmes. Le narrateur raconte une situation et les autres joueurs doivent découvrir ce qui s'est passé en lui posant des questions auxquelles il ne peut répondre que par oui ou par non.

Bien sûr, les histoires sont assez tordues ou se présentent de façon assez alambiquées pour qu'il soit nécessaire de penser différemment. Bien sûr, rien n'interdit d'imaginer des énigmes bibliques (il y en a d’ailleurs au moins une dans le jeu vendu).

Mais plus j'y joue avec mes enfants, plus je m'aperçois que la vraie difficulté est de poser des questions avant de tirer des conclusions. Et cette difficulté d'interroger pour en découvrir plus, plutôt que pour confirmer nos théories, nous interpelle sur notre façon d'entrer en dialogue avec l'autre. Finalement, est ce que je n’ai pas toujours tendance à d’abord dresser le portrait de l’autre avant d’essayer de le découvrir ?

 

Allez, une petite pour vous montrer :

Un prêtre prononce un discours d'adieu. A la fin du discours, le maire prend la parole pour le remercier mais est tué d'un coup de feu avant d'avoir terminé son allocution.

A vos questions...

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Les mercredis de Calvin (41) Les reliques, ridicules et dangereuses

14 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

Quant à la vierge Marie, pour ce qu’ils tiennent que son corps n’est plus en terre, le moyen leur est ôté de se vanter d’en avoir les os. Autrement, je pense qu’ils eussent fait croire qu’elle avait un corps pour remplir un grand charnier. Au reste, ils se sont vengés sur ses cheveux et sur son lait, pour avoir quelque chose de son corps (…) Du lait, [il est impossible de dénombrer les lieux où il y en a]. Car il n’y a si petite villette, ni si méchant couvent soit de moines, soit de nonnains, où l’on n’en montre, les uns plus, les autres moins. Non pas qu’ils aient été honteux de se vanter d’en avoir à pleines potées, mais pour ce qu’il leur semblait avis que leur mensonge serait plus couvert s’ils n’en avaient que ce qui pourrait tenir dedans quelque montre de verre ou de cristallin, afin qu’on n’en fît pas d’examen plus près. Tant y en a que si la Sainte Vierge eût été une vache et qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand’peine en eût-elle pu rendre telle quantité. D’autre part, je demanderais volontiers comment ce lait qu’on montre aujourd’hui partout, s’est recueilli pour le réserver en notre temps. Car nous ne lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit que les pasteurs ont adoré Jésus-Christ, que les sages lui ont offert leurs présents, mais il n’est point dit qu’ils aient rapporté du lait pour récompense. Saint Luc récite bien ce que Siméon prédit à la Vierge, mais il ne dit pas qu’il lui demandât de son lait. Quand on ne regardera que ce point, il ne faut pas arguer davantage pour montrer combien cette folie est contre toute raison et sans couverture aucune. C’est merveille, puisqu’ils ne pouvaient avoir autre chose du corps qu’ils ne se soient pas avisés de rogner de ses ongles et choses semblables. Mais il faut dire que tout ne leur est pas venu en mémoire.

Le traité des reliques

 

Bon, Le traité des reliques est férocement drôle, j’ai d’ailleurs déjà dû le citer ici. Mais, il n’est pas que drôle et le lire attentivement permet de défaire une image fausse de Calvin qui affecte encore le protestantisme.

 

Chacun confesse que ce qui a ému notre Seigneur à cacher le corps de Moïse a été de peur que le peuple d’Israël n’en abusât en l’adorant. Or il convient étendre ce qui a été fait un un saint à tous les autres, vu que c’est une même raison. (…) Il n’est jà métier de faire longue dispute sur ce point à savoir s’il est bon ou mauvais d’avoir des reliques pour les garder seulement comme choses précieuses, sans les adorer. Car ainsi que nous avons dit, l’expérience montre que l’un n’est presque jamais sans l’autre. Il est bien vrai que Saint Ambroise, parlant d’Hélène, mère de Constantin empereur, laquelle avec grand’peine et gros dépens chercha la croix de notre Seigneur, dit qu’elle n’adora que le Seigneur qui y avait été pendu et non pas le bois ; mais c’est chose bien rare d’avoir le cœur adonné à quelque relique que ce soit, qu’on ne se contamine et pollue quant et quant de quelque superstition. Je confesse qu’on ne vient pas du premier coup à idolâtrie manifeste, mais petit à petit on vient d’un abus à l’autre, jusqu’à ce qu’on trébuche en l’extrémité. Tant y a que le peuple qui se dit chrétien en est venu jusque là, qu’il a pleinement idolâtré en cet endroit, autant que firent jamais païens. Car on s’est prosterné et agenouillé devant les reliques, tout ainsi que devant Dieu. On leur a allumé torches et chandelles en signe d’hommage. On y a mis sa fiance. On a eu là son recours, comme si la vertu et la grâce de Dieu y eût été enclose. Si l’idolâtrie n’est rien d’autre que transférer l’honneur de Dieu ailleurs, nierons nous que cela soit idolâtrie ?

Le traité des reliques

 

Le refus des reliques est souvent vu, à commencer par les protestants eux-mêmes, comme une méfiance par rapport à la piété populaire soupçonnée (à mon avis à juste titre) de superstition. Mais Calvin n’use pas de cet argument. En fait c’est la prévenance qui le fait se dresser contre les reliques : il voit combien il est difficile d’adorer Celui à qui renvoie la relique sans tomber dans l’adoration de la relique elle-même. Donc, au lieu d’être une aide, la relique devient un risque supplémentaire pour le fidèle et c’est bien cet écueil de plus placé devant les plus faibles et non pas le mépris qui motive son rejet. D'où le grand profit qui reviendrait à la chrétienté si l'on faisait inventaire de tous les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France, Allemagne, Espagne et autres royaumes et pays...

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L'Eglise, les Eglises et l'Esprit Saint

13 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Parce que même s'il  tenait plus du pugilat que du débat, je n'aime pas l'idée qu'un long échange reste stérile, une petit récapitulatif sur la manière dont je comprend l'Eglise, les Eglises et l'Esprit Saint.

A travers le monde, Jésus Christ appelle des hommes et des femmes à être ses témoins, ce sont ces hommes et ces femmes qui composent l'Eglise, un corps dont Christ est la tête, un corps appelé à agir.

En vue de cette action, ces hommes et ces femmes, selon leur culture, selon leur temps, forment des groupes organisés et identifiables. Parce qu'elles sont utiles et même nécessaires, ces institutions sont bonnes. Cette multiplicité est voulue par Dieu, elle était présente dès le commencement : Christ n'a pas voulu écrire une doctrine figée, il a suscité des témoins d'origine très diverses qui ont donc compris et transmis très diversement son message. Cette diversité est non seulement une richesse mais elle nous protège de notre tentation de faire de Dieu une image taillée. Malheureusement ces institutions restent humaines et donc faillibles, ce qui explique pourquoi elles se déchirent au lieu de regarder à leur unité. Leur plus grande tentation est peut-être de vouloir chacune être l'Eglise entière de Jésus Christ à elle seule et d'oublier ainsi qu'elles ne sont pas la tête et qu'il ne leur appartient pas de délimiter le corps. Ou peut-être est-ce de finir par croire n'être qu'une opinion parmi d'autre, en oubliant qu'elles sont appelées à témoigner de la vérité, Jésus Christ.

L'Esprit est la présence agissante de Dieu dans le monde. Il est Dieu en mouvement, c'est pourquoi, même s'il conduit indéniablement l'Eglise, je ne puis me résoudre à l'enfermer dans celle-ci. Si tous les humains ne sont pas encore appelés à reconnaître Jésus Christ comme le Seigneur, tous sont sous la souveraineté de Dieu et donc Son Esprit peut conduire n'importe lequel d'entre eux.

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Winnie et le contexte

12 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Vous avez regardé la vidéo, vous l’aviez peut-être déjà vue sur facebook ou assimilé, peut-être avez-vous souris en la découvrant ici ou vous êtes vous scandalisé de trouver des potacheries pareilles sur un blog pastoral, quoiqu’il en soit, vous avez tout de suite perçu le double-sens de cette chanson. Après tout, si cette vidéo circule ainsi sur Internet, c’est qu’il y a une raison…

Maintenant, posez-vous la question, ce double-sens vous serait-il apparu avec une telle évidence si vous aviez vu la  chanson au cours de l’épisode entier. Sans doute un peu moins…

Et si vous aviez eu entre 4 et 6 ans (je crois que c’est l’âge auquel s’adresse Winnie l’ourson, c’est encore moins probable.

Enfin, la chanson en VO doit se prêter encore moins à une telle interprétation.

 

Bref, au-delà de la plaisanterie potache, c’est l’occasion de voir à quel point un contexte influence notre manière de recevoir un texte…

 

A partir de cela, soit on essaye de fixer une seule interprétation (ou l’on s’en remet à une instance pour le faire), soit on accepte la polysémie comme un enrichissement et comme ayant elle-même un sens (ah si j’avais une queue peut-il à la fois distraire les petit et faire rire, bêtement, les grands ?)

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Face à face

11 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 4 octobre

Exode IV, à VI

Jean XVIII, 33 à 38 et XIX, 9 à 11

Actes XXVI, 19 à 32

 

On peut voir dans face à face entre Moïse et le Pharaon mais aussi entre Jésus et  Pilate, ou Paul et Agrippa une image intéressante de la relation entre le croyant, le témoin de Dieu et le pouvoir civil.

         En préambule, je voudrais faire trois remarques sur cette image. En effet, il ne s'agit pas bien sûr de justifier bibliquement la laïcité : tout d'abord, ici les choses ne sont vues que du point de vue du croyant : c'est pour lui que la Bible a autorité. Deuxièmement, ici il n'est pas question de religion et à fortiori encore moins d'Eglise en tant que groupe organisé, mais bien du croyant en tant que témoin individuel de Dieu. Enfin, je pense qu'on peut vraiment voir ici l'autorité civile non pas seulement dans son rôle de commandement mais aussi dans son rôle de représentation. Le pharaon, ... et Pilate sont bien plus que ceux qui ont le pouvoir, ils représentent en fait le monde face auquel le croyant témoigne de son Dieu.

 

         Ce qui me permet de faire cette dernière remarque c’est que lorsque la Bible nous montre des témoins de Dieu face aux autorités, ce n’est pas pour avoir des subventions pour refaire le chauffage du temple, ni pour que la loi soit toilettée afin de rendre leur vie associative moins confuse, ni pour avoir une meilleure visibilité du café biblique.

         En fait quand Moïse se trouve devant Pharaon, c’est pour lui dire de la part de Dieu : « laisse partir mon peuple. » J’insiste sur le « de la part de Dieu » car la délivrance du peuple d’Israël commence par un acte de propriété. Dieu dit à Pharaon, c’est mon peuple et donc il ne t’appartient pas. Ce n’est donc pas pour un arrangement que Moïse vient trouver le pharaon, ce n’est pas comme défenseur d’une communauté, mais bien comme prophète : pour lui donner un message de la part de Dieu.

         Quant à Jésus ou Paul s’ils comparaissent devant les autorités, ce n’est pas de leur fait mais bien parce que leur message a semé le trouble. Bref, nous ne sommes pas ici dans le cadre de citoyens croyants qui font valoir leur droits face aux représentants de l’état (ce qui nous ferait entrer dans le cadre de la laïcité mais nous fait sortir du cadre du témoignage de foi), mais bien dans le cadre de croyants qui témoignent de leur foi face au monde. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une revendication mais d’un message.

 

         Mais alors la demande faite au pharaon est un peu étrange « Laisse aller mon peuple, pour qu'il célèbre au désert une fête en mon honneur. » En effet, on est bien face à une revendication. Et puis, allons encore un peu plus loin, on n’est plus du tout dans le cadre d’une glorieuse sortie d’Egypte contre un pharaon vaincu, écrasé par la puissance de Dieu. On est face à une ruse qui permet à d’esclaves qui réclament une permission de sortie pour en profiter pour se faire la belle.

         On peut ici penser qu’il y a eu mélange entre différentes traditions concernant la sortie d’Egypte. C’est d’ailleurs très vraisemblable. Mais je préfère me concentrer sur ce que nous dit le texte tel qu’il est parvenu jusqu’à nous. Pourquoi Moïse demande-t-il au pharaon de laisser aller le peuple pour célébrer une fête dans le désert ? Parce que de toute façon c’est la seule chose que pharaon puisse entendre. En fait, tout comme la comparution de Jésus devant Pilate, ce récit nous dit que dans ce dialogue entre le croyant et les autorités, il y a toujours un malentendu.

         A chaque fois, que je parle de la foi avec des non-croyants, qu’ils soient hostiles ou bienveillants, arrive toujours le moment où j’ai l’impression que nous ne parlons pas de la même chose, que nous ne parvenons pas réellement à communiquer, où quels que soient les mots que j’utilise, ils vont être vidés de leur sens et retraduits dans des concepts plus acceptables. Selon les cas, il est de bon ton d’incriminer la mauvaise image du christianisme qu’ont trop souvent donnée les Eglises ou bien le patois de Canaan dont nous avons tant de mal à nous défaire. Et sans doute ces problèmes sont-ils réels mais je crois que le cœur de la difficulté est bien plus profond : le message dont nous sommes porteurs qu’on pourrait exprimer ainsi : «l’homme ne s’appartient pas à lui-même, il appartient à Dieu » est tout simplement inacceptable pour quiconque ne croit pas encore. Et face à un message inacceptable, l’humain va soit le dénoncer, comme le fait pharaon : « je ne connais pas « Je suis » », soit s’il est bienveillant envers le messager essayer de le rendre acceptable, ou au moins inoffensif « Qu’est ce que la vérité ? ».

 

         Et à cause de ce malentendu, à cause de ce refus que l’homme oppose toujours à Dieu, l’annonce du message se passe bien souvent mal. Bien sûr, il y a aussi des cas où tout se passe bien, ou l’auditoire, par la grâce de Dieu, reçoit et crois à cette parole. Mais si je m’attarde sur les cas où les choses se passent mal c’est que quand tout se passe bien, hormis rendre grâce à Dieu, il n’y a pas grand-chose à dire. En revanche, quand les choses se passent mal, quand notre annonce n’aboutit à rien, voire à une aggravation de la situation, c’est notre rôle de témoin et bien souvent notre foi même qui se trouvent mis en question. Puisque ceux qui sont face à moi sont incapables d’entendre cette bonne nouvelle qui a changé ma vie, est ce que cela ne signifie pas que je suis incapable d’en témoigner ou que je me suis simplement fourvoyé quant à cette nouvelle… Les deux attitudes reviennent au même pour nous chrétiens puisqu’un chrétien qui prétendrait garder la bonne nouvelle pour lui seul a déjà renoncé à Jésus Christ.

Eh bien voilà que les exemples bibliques nous disent qu’il est tout à fait normal que cela se passe mal, que ce qui est étonnant, ce qui est vraiment significatif c’est lorsque cela se passe bien. Nous regardons trop aux échecs de la parole  comme si nous ne nous habituions toujours pas à ce que les ténèbres refusent la lumière et nous ne voyons pas assez les victoires.

 

Et je voudrai terminer par une évidence, c'est que le croyant, le témoin de Dieu est toujours face à l'autorité, c'est toujours un vis-à-vis. Cela vous parait sans doute une évidence. Mais ça ne l'est pas tant que ça. Parce que les chrétiens, comme les représentants de toutes les religions, rêvent bien souvent (et ont malheureusement parfois réalisé ce rêve) de se confondre avec l'autorité ou d'être le pouvoir au-dessus de cette autorité (ce qui revient strictement au même). Une autre tentation, plus insidieuse et plus répandue à notre époque et sous nos latitudes, c'est d'être à part de l'autorité civile, du monde profane. Surtout ne nous mêlons pas de politique, surtout n'affichons pas notre foi, c'est intime ces choses-là. Chacun pour soi, chacun de son côté et les moutons seront bien gardés. Mais non, les textes nous rappellent que nous devons être face à l'autorité, face au monde : en vis-à-vis, en dialogue, en confrontation.

Forcément, me direz-vous, pharaon, Pilate et ne sont pas des croyants. Eh bien prenons Jérémie face à Sédecias, roi d'Israël. C'est un mauvais roi ? Alors regardons à Nathan face à David (2 Sam XII). Vous voyez, quelle que soit l'autorité, le croyant est toujours face à elle.

Je voudrais ici ouvrir une parenthèse sur un verset qui n'apparaît pas dans le passage que nous venons d'entendre mais qui est un thème récurrent et très gênant de la confrontation entre Moïse et pharaon : "Dieu endurcit le coeur de Pharaon." Je ne m'étendrais pas ce matin sur ce verset, mais il me semble quand même susceptible de lever un malentendu. Le ministère du croyant face à l'autorité, face au monde ne se confond pas avec l'action de Dieu dans le monde. Qu'elle soit représentée par David, par Pilate ou par Pharaon, l'autorité est déjà dans les mains de Dieu. Mais alors si l'autorité est déjà dans les mains de Dieu, pourquoi nous envoyer face à elle ? En fait, je crois qu'en nous plaçant ainsi vis à vis de l'autorité, en nous faisant ses témoins face au monde, en nous donnant de participer ainsi à son oeuvre, Dieu nous manifeste que déjà nous ne sommes plus captifs de ce monde.

 

Oui frères et sœurs, si Dieu nous invite ainsi à être ses témoins, s’il nous place en vis-à-vis du monde, c’est pour nous. Il nous manifeste ainsi que nous sommes pleinement libre vis-à-vis de ce monde, que nous ne lui appartenons plus parce que dès maintenant nous appartenons au règne de Dieu.

 

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Quand termine l'adoration ?

11 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

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