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Les mercredis de Calvin (32) Le bling-bling des chaînes de l'esclave

12 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

La liberté chrétienne en toutes ses parties est une chose spirituelle, dont toute la force gît à pacifier envers Dieu les consciences timides, soit qu’elles soient tourmentées en doutant de la rémission de leurs péchés, soit qu’elles soient en sollicitude et crainte, à savoir si leurs œuvres imparfaites et souillées des macules de leur chair sont agréables à Dieu, soit qu’elles se sentent perplexes touchant l’usage des choses indifférentes. Par suite, elle est mal prise de ceux ou qui en veulent colorer leurs cupidités charnelles pour abuser des dons de Dieu pour leur volupté, ou qui pensent n’avoir point cette liberté, s’ils ne l’usurpent devant les hommes, et qui par là, dans l’usage qu’ils en font, n’ont nul égard à la faiblesse de leurs frères.

En la première matière, il se commet aujourd’hui de grandes fautes : car il y a peu de gens qui aient de quoi être somptueux, qui ne délectent en banquets, en habillements, et en édifices de grand appareil et de pompe désordonnée, qui ne soient bien aises, quant à ces choses, d’être vus entre tous les autres, et qui ne se plaisent à merveille en leur magnificence. Et tout cela se soutient et excuse sous couleur de la liberté chrétienne ! Ils disent que ce sont choses indifférentes, ce que je confesse, pour qui en userait indifféremment ; mais quand elles sont déployées avec pompe et orgueil, quand elles sont désordonnément abandonnées, elles sont maculées par de tels vices.
Ce mot de S. Paul discerne très bien les choses indifférentes : c’est que toutes choses sont pures à ceux qui sont purs, mais qu’aux souillés et infidèles il n’y a rien de pur puisque leurs consciences et pensées sont souillées (Tite 1 ; 15). Car pourquoi sont il maudits ceux qui sont riches, qui ont maintenant leur consolation, qui conjoignent possession avec possession, dont les banquets ont harpes, luths, tambourins et vin (Luc VI ; 24-25 Amos VI ; 1-6 et Es V ; 8) ? Certes, et l’ivoire, et l’or, et les richesses sont bonnes créations de Dieu, permises et même destinées à l’usage des hommes : il n’est en aucun lieu défendu ou de rire, ou de se rassasier, ou d’acquérir de nouvelles possessions, ou de se délecter avec des instruments de musique, ou de boire du vin. Cela est bien vrai : mais quand quelqu’un est en abondance de biens, s’il s’ensevelit en délices, s’il enivre son âme et son cœur aux voluptés présentes, et en cherche toujours de nouvelles, il se recule bien loin de l’usage saint et légitime des dons de Dieu.
QSu’ils ôtent donc leur mauvaise cupidité, leur superfluité outrageuse, leur vaine pompe et arrogance, pour user des dons de Dieu avec une conscience pure. Quand ils auront réduit leur cœur à cette sobriété, ils auront la règle du bon usage. Que cette tempérance défaille, les délices même vulgaires et de petit prix passeront mesure !
Institution Chrétienne Livre III §19. 9

Je comptais passer directement au deuxième mauvais usage de la liberté chrétienne tnat il me semble que l'appel de Calvin à la modération est connu. Et puis, je n'ai pas résisté à pouvoir placer ce titre. Quand le goût du luxe et de l'apparât révèle un esclavage profond...
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La crainte face à la peur

9 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 9 août
Exode I, 1 à 22
Luc I, 46 et 55

    "Ces étrangers sont trop nombreux "' c'est une histoire connue, l'histoire d'une peur qui ferme les portes. C'est une histoire sans Dieu et pourtant l'histoire d'une crainte qui ouvre un avenir.

    Ces étrangers sont trop nombreux. La première chose qui frappe dans ce prologue de l'Exode, c'est son actualité. On trouve dans les angoisses du roi d'Egypte par rapport à ces hébreux qui pullulent toutes les angoisses que suscitent nos propres étrangers à commencer par l'oubli du passé. "Un nouveau roi parvint au pouvoir qui n'avait pas connu Joseph"
    Pharaon a vite fait d'oublier ce ministre hébreu de son prédécesseur qui avait su sauver son pays de la famine. De même, la peur de l'immigré conduit souvent à oubli l'histoire de l'immigration. En effet, je ne crois pas que soit l'oubli qui engendre la peur, je crois que la peur provoque l'oubli. Il est plus facile de regarder l'étranger de haut quand on oublie l'histoire commune de nos pays, quand on oublie que c'est nous qui sommes allés chercher leurs pères, quand on oublie que nous leur sommes redevables. Il est plus facile de prendre l'étranger de haut quand on le réduit au rang de quémandeur attiré par notre El Dorado.
    Nonobstant cette ingratitude du Pharaon vis à vis des hébreux, il faut bien reconnaître que sa peur est frappée au coin du bon sens. Qui pourrait nier qu'il est dangereux pour une nation de nourrir en son sein un peuple potentiellement plus puissant qu'elle-même ? Eh oui, à la source des haines les plus irrationnelles, on trouve une inquiétude apparemment tout à fait sensée. Ces hébreux sont trop nombreux, ils pourraient se retourner contre nous ! Ces musulmans sont trop nombreux, ils pourraient nous imposer la loi coranique ! Ces chinois sont trop nombreux, ils pourraient dominer notre économie !
Que peut-on répondre à cela ?
    On peut certes rappeler, pour ceux qui ne connaissent pas l'Exode, que Pharaon est le méchant de l'histoire et que ce qu'il a fait, ce n’est vraiment pas bien. Mais je doute que cette lecture de l'Exode comme un conte édifiant soit vraiment utile. Je préfère souligner ce verset que je trouve porteur d'un constat générale :(v. 12). Les mesures prises par Pharaon pour stopper cette croissance des hébreux n'ont abouti à rien qu'à une escalade de mesure de plus en plus draconienne jusqu'à passer de la politique à la cruauté, de la prévention à la haine. Eh bien, je crois que ce constat est resté valable sur les 2500 ans qui nous séparent de ce récit. Je ne crois pas qu'il existe dans l'histoire de l'humanité, un épisode où une politique animée par la peur de l'autre n'ait pas abouti à la confrontation entre les peuples et à une blessure profonde de l'humanité. Ce passage de l'Exode est un bon reflet de l'histoire de l'humanité où même les méthodes radicales jusqu'à l'horreur se sont montrées inefficaces à garantir la sécurité d'un peuple contre un autre.

    Dans cette horreur banale de la haine et de la peur qui opposent les peuples, qui conduisent au génocide, Dieu semble bien absent. Le créateur omniprésent du premier livre de la bible semble bien s’être retiré de l’histoire humaine dans ce prologue du second livre.
    Nous pouvons tirer une leçon de cette absence apparente. Tout d’abord, la servitude en Egypte n’est pas une punition pour le peuple hébreu.  Dès l’Exode, il devient impossible de considérer toute souffrance humaine comme l’expression d’un châtiment divin et le « c’est sans doute qu’ils l’ont mérité » devient une affirmation inacceptable dans la bouche du croyant : aucun peuple ne mérite de devenir esclave d’un autre, aucun peuple ne mérite d’être éradiqué au nom de la sécurité d’un autre.
De plus, l’absence de Dieu est un jugement sur notre histoire, Dieu se détourne de cette haine de l’homme contre l’homme, il se détourne de cette peur qui fait de l’homme un monstre.
    Mais cela ne signifie pas non plus que Dieu laisse faire et encore moins qu’il abandonne son peuple. J’ai bien dit que cette absence de Dieu était une absence apparente. En fait il y a bien action de Dieu par l’intermédiaire de ces deux sages-femmes : Chifra et Poua.
    En effet, face à la peur qui pousse le pharaon à supprimer les hébreux, Chifra et Poua, elles, sont mues par la crainte de Dieu. La crainte de Dieu, c’est une expression que l’on aime pas beaucoup aujourd’hui « comment pourrait-on avoir peur du bon Dieu du gentil Jésus ? »
    C’est vrai mais il ne faut pas voir la crainte de Dieu comme la peur de se faire saquer par un chef auquel on désobéirait. Craindre Dieu, c’est en fait le prendre au sérieux, reconnaître que c’est Lui qui est source de toute vie, de tout bien, reconnaître qu’on ne négocie pas avec lui , qu’on en tergiverse pas, qu’on ne peut pas brandir d’excuse. Agir par crainte de Dieu ce n’est pas agir par peur de la punition mais agir parce qu’on sait que c’est là, dans sa volonté qu’est la vie. Chifra et Poua n’ont pas estimé qu’il était encore plus risqué de s’en prendre au peuple de Dieu que de désobéir au pharaon, la crainte de Dieu n’a rien à voir avec les calculs de pharaon, en cela, la crainte de Dieu n’a rien à voir avec le reste de nos peurs. Il n’y a pas de place pour le calcul, pour le risque mesuré : nous sommes entièrement entre les mains de Dieu, entièrement dépendant de son amour et si nous le reconnaissons, nous ne pouvons qu’agir pour cet amour.
    Ainsi, là où la peur de pharaon, comme toutes les peurs humaines, le conduit à donner la mort, la crainte de Chifra et Poua les conduisent à poser un geste de vie.
Voici l’action de Dieu au sein de ce génocide !

    Eh bien, disons-le tout de suite, à première vue, cela ne change pas grand-chose. Au lieu d’être supprimé à la naissance, les nouveaux-nés mâles seront jetés au Nil, la résistance de Chifra et Poua est dérisoire, vaine, inutile, comme les sont la plupart des gestes d’amour et de vie face à un torrent de haine et de destruction.
    Et pourtant, cela change tout à un niveau personnel, pour Poua et Chifra d’abord. Alors que le roi d’Egypte reste anonyme, voici que ces deux femmes sont nommées, elles deviennent au-delà des archétypes, des personnes. Leur crainte de Dieu qui les a poussées à une désobéissance salutaire, les a mises à part dans ce cercle vicieux de la peur de l’autre.
    Et puis, si nous nous rappelons la suite de l’histoire, la naissance d’un certain Moïse, tiré des eaux, nous devons bien reconnaître que sans la résistance de Poua et Chifra, Moïse aurait été supprimé à la naissance et l’histoire aurait été changée.

Frères et sœurs, dans la folie du monde qui nous entoure, dans les flots de la haine et de la peur qui nous submergent, Dieu n’est pas absent. Aux cœurs d’hommes et de femmes, dans nos propres cœurs, il insuffle la crainte et l’amour de son nom. Cette crainte et cet amour suscitent des gestes dérisoires, invisibles, absurdes et pourtant des gestes qui changent nos vies et l’histoire de l’humanité.

Amen
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Ce que l'Esprit dit aux Eglise (5) Pas de Pactole pour Sardes

8 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 juin 2009
Matthieu V, 17 à 20
Galates II, 16 à 20
Apocalypse IIII, 1 à 6

« Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur». La menace touche certainement la riche Sardes là où ça fait mal. En effet, Sardes, c’est la vallée du Pactole, ce fleuve à la réputation d’être aurifère et dont Crésus avait tiré sa richesse. Implantée dans une ville riche, apparemment pas en bute au persécution (la lettre n’en fait aucune mention, en tout cas), sans hérésie apparente (toujours selon la lettre, il n’y a ni Nicolaïtes, ni Jézabel, ni faux juifs à Sardes), l’Eglise qui est à Sardes a tout pour elle, et c’est sans doute de là qu’elle tient sa réputation d’être vivante.
Hier comme aujourd’hui, une  communauté riche, versant une généreuse contribution locale, sans problème particulier, qui ne fait pas de vagues, c’est bien une communauté vivante, renommée. C’est même à cela qu’on les reconnaît : demandez à un président de conseil régional.
    Et pourtant, le message est clair : tu es mort.

Pourquoi Sardes, cette paroisse apparemment comme on en rêverait est-elle morte ? Pourquoi ses œuvres, si renommées ne sont-elles pas trouvées parfaites aux yeux de Dieu ? Est-ce là une condamnation des richesses du Pactole ? Non, le texte n’offre que peu d’allusion à la richesse de Sardes. Le problème est ailleurs. On peut identifier le problème grâce à ceux qui y résistent et grâce à l’adresse de cette lettre à l’Eglise qui est à Sardes, ceux qui portent le vêtement blanc. Le vêtement blanc dans l’Apocalypse, c’est le vêtement qui a été lavé dans le sang de l’agneau, c’est le vêtement de ceux qui sont en Christ. Et celui qui s’adresse à l’Eglise est présenté comme celui qui a les sept esprits et les sept étoiles. Sept, c'est-à-dire la plénitude, la plénitude de l’Esprit, la plénitude de la lumière, n’est ce pas la marque du Christ.
La mort de l’Eglise à Sardes c’est qu’elle ne vit pas de la présence de Jésus Christ.
Et du coup, elle peut-être aussi vivante qu’elle veut aux yeux des hommes, elle peut faire toutes les belles œuvres qu’elle veut, cela ne vaut rien. En effet, une œuvre peut être accomplie pour le Christ, en son nom, cela ne suffit pas. Christ seul est l’humain accompli, l’humain parfait, seules ses œuvres sont accomplies, parfaites (Jn IV, 34 et XVII, 4). Or, devant Dieu, soit une œuvre est parfaite, soit elle est nulle. Quand on veut accomplir la loi, si tout n’est pas fait, rien n’est fait.
Message trop dur ? Exigence désespérante ? Peut être, si nous n’avions pas le Christ qui vient pour nous, à notre place, et en notre faveur, accomplir ce qui doit être fait. Mais Christ est venu.

Et il vit bien en certains à Sardes. On retrouve ici, une notion chère à la Bible, Première et Nouvelle Alliance, une théologie du reste. Même quand tout semble perdu, il y a un reste, et c’est de ce reste que tout va repartir, c’est dans ce reste que va se manifester la fidélité de Dieu même là où l’homme est infidèle. Toutefois, la lettre à Sardes donne une précision sur ce reste. En effet, le reste est sur le point de mourir aussi. La communauté de Sardes les entraînera dans sa chute. Mais ce n’est certainement pas un appel à ces quelques uns à se désolidariser de la communauté : comment le pourraient-ils puisque c’est Christ qui vit en eux et que Christ accomplit son humanité en se faisant solidaire de l’humain jusque dans la chute et dans la mort ?
Le chrétien ne peut pas se désolidariser de la communauté, on n’est jamais chrétien tout seul. Il est parfois nécessaire de faire renaître la communauté, de la refonder ailleurs, mais jamais le chrétien ne peut prétendre vivre en Christ loin de ses frères et sœurs. Ceux qui à Sardes, vivent en Christ, n’ont pas d’autre choix, parce qu’ils vivent en Christ que de porter la communauté, de la sortir de la mort réelle dans laquelle elle a sombré.

Pour cela 4 ordres : veille ! souviens-toi ! conserve ! et repens toi !
Je commence par le dernier, le plus important peut-être et certainement le plus classique. Repens-toi. C’est un ordre un peu surprenant pour la communauté de Sardes qui semble bien n’avoir rien fait de mal. Il est facile à comprendre qu’une communauté doive se repentir de ses crimes ou des idolâtries. Mais aucun crime, aucune idolâtrie n’est reprochée à Sardes. Rappelez-vous, c’est la paroisse idéale. Mais si l’on se souvient que se repentir, c’est se convertir, et que se convertir c’est se retourner, alors les choses deviennent plus claires, la communauté de Sardes est appelée à se détourner d’elle-même pour se tourner vers son seul Seigneur Jésus Christ. Elle continuera sans doute à faire les mêmes œuvres, mais ce n’est plus dans ces œuvres, dans sa richesse qu’elle verra sa victoire et sa vie mais dans le seul Jésus Christ.
Ce Jésus Christ qu’elle a reçu et dont elle doit se souvenir. Souviens toi de ce que tu as reçu. Dans la Bible le souvenir n’est pas seulement un regard vers le passé, c’est un regard sur le présent. Souviens toi qu’il y a un Dieu, souviens toi qu’il te rejoint en Jésus Christ. C’est si facile de l’oublier, de le perdre de vue. Dans les moments où tout va bien, dans les moments de richesses, quand tu as décroché le Pactole, souviens toi que tout t’es donné, que tu n’as rien gagné par toi-même, et rends lui grâce. Souviens-toi aussi que puisque Christ vit en toi tu es solidaire de toute l’humanité. Dans ta richesse, souviens-toi et ouvre la main. Dans les moments où tout va mal, quand tu es à sec, à bout de forces, et à cours d’espoir. Souviens-toi que tu n’es pas seul, que Dieu en se détourne pas de toi.
Souviens-toi de ce que tu as reçu et conserve-le
Conserve c'est-à-dire ne va pas toujours à la recherche de nouveauté, ne te lance pas toujours vers d’autres sauveurs. Conserve c'est-à-dire ne cherche pas toujours le neuf pour le neuf, regarde ce que tu as. Peut-être devrions nous vous rappeler plus souvent que la Réforme, c’est avant tout un retour au source, se réformer pour un mouvement religieux, c’est revenir à l’origine. Nous sommes assoiffés de modernité et de changement mais tout ce que nous avons est dans ce témoignage vieux de 2000 ans, dans cette parole plus âgée que le temps, et que pourrions nous recevoir de plus ?
Veille ! C'est-à-dire ne t’assoupis pas sur tes richesses ou ne succombe pas à tes faiblesses. Veille ! Reste à l’écoute de la Parole de Dieu qui t’est adressée. Veille, reste actif et debout. Et de cette veille, Jésus nous a indiqué le moyen « Veillez et priez ». Veille non pas jusqu’au bout de tes forces, mais avec la force que Dieu te donne.

Frères et sœurs, c’est en Christ que nous vivons, c’est Christ qui vit en nous. Au cœur de notre monde : veillons et prions ; souvenons-nous de ce qui nous est donné pour ne pas nous désespérer et pour ne pas nous confier en nous-même ; conservons ce que nous avons reçu et pour le conserver, partageons-le. Convertissons-nous, détournons-nous de nous-même pour nous tourner vers celui qui seul est notre vie.

Amen
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Les mercredis de Calvin (31) La liberté du chrétien

5 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

La liberté chrétienne, selon mon jugement, est située en trois parties.
La première, que les consciences des fidèles, quand il est question de chercher l’assurance de leur justification, s’élèvent et dressent par-dessus la Loi et oublient toute la justice de celle-ci. Car puisque la Loi ne laisse nul juste, ou il nous faut être exclus de l’espérance d’être justifiés, ou il nous faut en être délivrés – et délivrés de telle sorte que nous n’ayons égard à nos œuvres. Car quiconque penserait qu’il dût apporter quelque peu d’œuvres pour obtenir justice, il ne pourrait déterminer leur fin ni leur mesure, mais se constituerait débiteur de toute la Loi. Quand il est question de notre justification, il nous faut donc démettre de toute cogitation de la Loi et de nos œuvres, pour embrasser la seule miséricorde de Dieu et détourner notre regard de nous-même pour le fixer sur un seul, Jésus Christ. Car il n’est pas ici question de savoir si nous sommes justes, mais comment, étant injustes et indignes, nous pourrons être réputés pour justes.
(…)
L’autre partie de la liberté chrétienne, qui dépend de la précédente est celle-ci : c’est qu’elle fait que les consciences ne servent point à la Loi comme contraintes par la nécessité de la Loi, mais qu’étant délivrées du joug de la Loi, elles obéissent librement à la volonté de Dieu. Car d’autant qu’elles sont perpétuellement en crainte et en terreur, tant qu’elles sont sujettes à la Loi, jamais elles ne seront bien délibérées d’obéir volontairement et d’un franc cœur à la volonté de Dieu sinon que premièrement elles aient obtenu cette délivrance.
(…)
La troisième partie de la liberté chrétienne nous instruit de ne faire conscience devant Dieu des choses externes, qui par soi sont indifférentes, et nous enseigne que nous les pouvons ou faire, ou laisser indifféremment. Et la connaissance de cette liberté nous est aussi très nécessaire. Car si elle nous défaut, nos consciences jamais n’auront repos, et sans fin seront en superstition. Il paraît aujourd’hui à beaucoup de gens que nous sommes mal avisés d’émouvoir une discussion qu’il soit libre de manger de la viande, que l’observation des jours et l’usage des vêtements soit libre, et de tels fatras comme il leur semble. Mais il y a plus d’importance en ces choses qu’on ne l’estime communément. Car, dès qu’une fois les consciences se sont bridées et mises aux liens, elles entrent en un labyrinthe infini et en un profond abîme, dont il ne leur est pas après facile de sortir. Si quelqu’un a commencé à douter s’il lui est licite d’user de lin en draps, chemises, mouchoirs, serviettes, il ne sera pas non plus assuré s’il lui est licite d’user de chanvre ; à la fin il commencera à vaciller s’il peut même user d’étoupes. Car il réputera en soi-même s’il ne pourrait pas bien manger sans serviette, s’il ne pourrait point se passer de mouchoirs. Si quelqu’un vient à penser qu’un mets qui est un peu plus délicat que les autres, ne soit pas permis, à la fin il n’osera, en assurance de conscience devant Dieu manger ni pain ni mets vulgaires, d’autant qu’il lui viendra toujours en l’esprit s’il ne pourrait pas entretenir sa vie d’aliments plus vils. S’il fait scrupule de boire de bon vin, il n’osera après en paix de conscience en boire de poussé ou éventé, ni finalement de l’eau meilleure ou plus claire que les autres : bref, il sera mené jusque –là qu’il fera un grand péché de marcher sur un fétu de travers. Car il ne se commence pas ici un léger combat en la conscience : mais elle doute s’il plaît à Dieu que nous usions de ces choses, ou que nous n’en usions pas, à Dieu dont la volonté doit précéder tous nos conseils et tous nos faits. Dès cet instant, il est nécessaire que les uns  soient par désespoir jetés en un gouffre qui les abîme ; les autres, après avoir rejeté et chassé toute crainte de Dieu, visent par-dessus tous empêchements, puisqu’ils ne voient point la voie. Car tous ceux qui sont enveloppés en de tels doutes, quelque part qu’ils se tournent, ont toujours devant eux un scandale de conscience.
(…)
Nous voyons en sommes à quelle fin tend cette liberté : à ce que nous puissions sans scrupule de conscience ou trouble d’esprit appliquer les dons de Dieu à l’usage pour lequel ils nous ont été ordonnés, et que, par cette confiance, nos âmes puissent avoir paix et repos avec Dieu, et reconnaître ses largesses envers nous. Et en ceci sont comprises toutes les cérémonies dont l’observation est libre, pour que les consciences ne soient point astreintes à les observer par nécessité, mais qu’elles sachent que l’usage en est soumis à leur discernement, selon qu’il serait expédient pour édifier.
Institution Chrétienne Livre III §19. 2 à 8


Outre l'humour de la description de la maladie du scrupule,ce que j'aime dans cette description de la liberté chrétienne c'est qu'on y voit bien quelle est l'intention première de la doctrine de la prédestination : rendre au fidèle la tranquillité de l'âme en le délivrant de la question perpétuelle : "en fais-je assez pour être sauvé ?" A cette question Calvin répond "Non, mais quelqu'un d'autre l'a fait pour toi".
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Le pain de vie

2 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 16 août 2009
Genèse IX, 1 à 7
Galates II, 16 à 21
Jean VI, 51 à 58

    Entre la diététique et le bio, entre les régimes d’été et la nourriture saine, l’anorexie et la boulimie, la nourriture redevient une préoccupation majeure de notre société pourtant bien alimentée. Alors que pour d’autres populations la question fondamentale et « aurons-nous de quoi manger ? », notre question est « que mangerons-nous ? » ou « que mangeons-nous ? »
    Mais en fait, cette question n’est pas neuve. Au-delà du besoin de manger, la nourriture a toujours exercé une grande fascination pour l’homme comme en témoignent les règles alimentaires que l’on trouve dans toutes les religions.
C’est bien à cette fascination que Jésus s’adresse quand il utilise cette image qui choque bien au-delà du judaïsme « celui qui mange ma chair et boit mon sang »
    Ce matin, nous ne parlerons pas de la Cène. En effet, en dissociant l’enseignement sur le pain de vie du repas pascal, Jean nous montre que la question n’est pas de savoir si et comment le pain et le vin deviennent corps et sang de Jésus Christ. nous ne parlerons pas de consubstantiation ni de transbustantiation, ces questions n'ont rien à voir avec l'Evangile. La question n’est pas non plus de savoir comment nous mangeons Jésus mais bien de comprendre que Jésus est notre nourriture. Et pour cela, nous nous pencherons sur 3 aspects de la nourriture : se nourrir, c’est recevoir, c’est détruire, c’est assimiler.

    Se nourrir, c’est d’abord absorber quelque chose qui vient de l’extérieur. C’est un fait : nul ne se nourrit de lui-même. Nous ne fonctionnons pas comme une dynamo, alimentés par l’énergie que nous produisons nous-même. Notre besoin de nourriture, au sens large, c’est peut-être la première chose qui nous fait renoncer à l’autarcie. Parce que je dois manger, boire, respirer, je suis obligé de sortir de moi-même, je dois renoncer à me recroqueviller autour de mon nombril. L’extérieur non seulement m’est utile mais il m’est nécessaire.
    Pour que Jésus soit bien notre nourriture, il faut qu’il vienne de l’extérieur, qu’il ne soit pas issu de nous-même. Or, justement dans cet enseignement sur le pain de vie, Jésus insiste lourdement sur son origine : « Je suis le pain vivant descendu du ciel », l’origine céleste du pain déjà affirmée quelques versets plus haut est répétée par deux fois. Et Jésus insiste encore « le Père m’a envoyé ». Jésus est bien notre nourriture parce qu’il n’émane pas de nous même mais qu’il nous est donné. Ce n’est pas en nous que nous avons à chercher notre vie mais de lui que nous la recevons.
    C’est peut-être le premier scandale : nous ne sommes pas autonomes, nous ne puisons pas notre vie en nous-même, dans nos mérites, dans nos forces mais nous la recevons d’un autre.

    Deuxième réalité de la nourriture : nous détruisons ce que nous mangeons. Même si nous nous contentions du régime des cavaliers tartares en chevauchée qui, dit-on, se contentaient de blesser légèrement leur cheval à l’encolure pour boire un peu de son sang, cela ne changerait rien : ce que nous mangeons, ce que nous absorbons est détruit. Nous savons bien que nous devons tuer pour vivre. Une des règles alimentaires du judaïsme trouve d’ailleurs son origine dans cela. « Tu ne mangeras pas un animal avec son sang, c’est à dire avec sa vie ». Cette règle vient rappeler que malgré cette nécessité de tuer pour manger, nous ne sommes pas propriétaires des vies desquelles nous nous nourrissons. En s’abstenant du sang, les juifs refusent de réduire l’animal qu’ils mangent au steak qui est dans leur assiette.
    Or, Jésus ne se contente pas d’affirmer qu’il est le pain de vie, l’image serait relativement douce : il est question de manger - et même de mâcher, suivant son propre terme - sa chair et de boire son sang. Bien sûr, sauf à vouloir tourner le christianisme en dérision personne n’irait prendre cela comme un appel à l’anthropophagie et les disciples ne se sont pas jetés sur Jésus pour le dévorer. Mais l’image n’en est pas moins radicale. Le don de Jésus est un don complet. Pour que Jésus soit vraiment notre nourriture, il faut qu’il soit détruit. Et c’est sur la croix qu’il s’offre à nous, et qu’il se donne totalement ! Ici, pas question de s’abstenir du sang pour se rappeler que nous ne sommes pas possesseurs de cette vie. Si, cette vie nous est donnée. Il convient de bien rappeler que Jean souligne suffisamment largement l’identité du Père et du Fils pour que nous comprenions qu’il ne réclame pas une victime innocente mais nous invite à nous nourrir de sa propre vie.
C’est la le deuxième scandale : en Jésus Christ, notre Dieu nous nourrit de lui-même, au prix de sa vie.

    Troisième réalité de la nourriture : nous assimilons ce que nous mangeons. Mais cette assimilation se fait dans les deux sens, nous devenons ce que nous mangeons. Bien sûr le végétarien ne devient pas végétal et à part dans Charlie et la chocolaterie, nul n’a encore jamais rencontré de gourmand fait de confiseries. Mais nous savons bien que ce que nous absorbons a des effets considérables sur notre organisme. Et on n’a pas attendu la médecine moderne pour s’en apercevoir, c’est ce qu’affirmait déjà, à sa manière, la loi de Moïse dans ses prescriptions alimentaires : manger un animal impur, c’est se rendre impur.
    Eh bien Jésus tourne ce risque en promesse : manger le pain vivant qui vit par le Père, lui-même étant LE vivant, c’est vivre à son tour. Pour que Jésus soit vraiment notre nourriture, il faut qu’il nous transforme. Or, nourrit de lui, nous sortons de notre mort, c'est-à-dire de notre rébellion contre Dieu, de notre volonté d’être Dieu et nous entrons dans sa vie qui est obéissance. « Ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi écrit l’apôtre Paul. Et c’est là la vie éternelle que nous recevons du Christ. Non pas seulement la promesse d’une résurrection à l’heure dernière mais, dès à présent, une victoire contre toutes les formes de la mort. Christ vit en nous et c’est par lui que nous vivons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous croyons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous espérons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous aimons.
Ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. C’est bien la le troisième scandale : nourri de Jésus Christ, je perds ma précieuse indépendance, j’accepte qu’un autre soit mon maître, mon Seigneur.

Frères et sœurs, ces trois scandales forment une promesse : nous ne sommes pas livrés à nous même, dépendants de nos pauvres forces : nous vivons de l’amour de Dieu, un amour si grand qu’il a tout donnée pour nous, qu’il s’est donné lui-même, un amour si fort qu’il nous transforme à son image. Frères et sœur, ce pain qui nous nourrit, c’est Jésus, le Christ : c’est par lui que dès à présent nous vivons. Alors ne vivons pas de notre mort, de notre néant, de nos refus, mais vivons pleinement de son « oui ».

Amen et bon appetit
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Ce que l'Esprit dit aux Eglises (4) Nous, on a le Saint Esprit

1 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 14 juin 2009
I Rois XVIII, 21-40
Apocalypse II, 18 à 29

Qui est Jézabel de Thyatire ? Jean de Pathmos fait il référence à une femme qui, par son enseignement détourne les chrétiens ? C’est possible : nous ne devons pas oublier que dans l’Eglise primitive, des femmes peuvent sans doute tout à fait occuper des places de responsabilités, d’autorités et d’enseignement. Et qu’il n’y a rien de scandaleux à penser que parmi ces femmes, certaines ont été tout aussi incapables, néfastes même que certains de leurs homologues masculin. Il est donc possible que cette Jézabel soit une femme qui avait une grande influence sur la communauté à Thyatire.
Il est possible également que Jean de Pathmos ne vise pas une personne particulière mais que la référence à Jézabel concerne en fait toute une tendance de l’Eglise qui est à Thyatire. Jézabel est une « méchante » suffisamment marquante du Premier Testament pour que son nom ait été évoqué de façon symbolique. Jezabel, épouse du roi Achab, ennemie jurée du prophète Elie est la reine qui fait entrer le culte des Baals en Israël, au mépris du culte de YHVH. Jezabel, c’est l’idolâtrie, l’adoration de faux dieux. Et cela est encore souligné par la référence aux viandes sacrifiées aux idoles et à la prostitution (dans la Bible, la prostitution fait presque toujours référence à l’idolâtrie).
Mais de quelle idolâtrie l’Eglise qui est à Thyatire se rend-elle coupable ? La question se pose puisque Jean de Pathmos nous dépeint une Eglise à tout point de vue idéale : irréprochable dans sa foi, dans son amour, dans son service. Difficile, dès lors, d’imaginer qu’une telle Eglise puisse se tourner où même laisser certains de ses membres se tourner vers des dieux païens. L’idolâtrie est forcément plus insidieuse, moins évidente. Elle ne concerne pas non plus une question de doctrine : la foi de cette Eglise est connue et approuvée. Il faut donc se tourner vers une pratique courante dans le christianisme et reconnue comme chrétienne. Une pratique pourtant idolâtre. L’histoire du christianisme, la référence à Jézabel et quelques indices du texte lui-même peuvent nous y aider.
Ceux qui ne se sont pas prostitués sont ceux qui n’ont pas connu les « profondeurs »  de Satan, le verbe c’est ginwsxo, qui a donné la gnose. On sait bien qu’à ses débuts et à travers les époques, le christianisme a été le théâtre de bien des dérives mystiques, d’une tentation de vouloir, sans cesse, par l’extase connaître les mystères de Dieu. Il est tout à fait possible que la référence à Jézabel soit un rappel de l’extase des prophètes de Baal.  L’idolâtrie de Thyatire, qu’elle soit conduite par une femme ou qu’elle soit simplement une tendance de l’Eglise, me semble être dans cette prétention à posséder l’Esprit, à vouloir tout connaître des mystères de Dieu. Si l’Eglise de Pergame représente ce risque d’un point de vue intellectuel, l’Eglise de Thyatire, elle, représente le danger d’un point de vue mystique.
Et c’est pour cela que le messager vient à elle avec des yeux comme une flamme ardente, flamme toujours en lien avec l’Esprit : Dieu seul est celui qui sait qui est conduit par l’Esprit, il est le seul à sonder les reins et les cœurs. Ce n’est pas par toute sorte de test, de charismes que nous pouvons prétendre détenir l’Esprit Saint. Il n’y a pas de chiboleth, de mot de passe par lesquels nous pourrions faire la différence entre ceux qui sont inspirés et ceux qui ne le sont pas. Ou plutôt il y en a un seul : « Ce que vous avez, tenez-le ferme ». Ce qu’ont les fidèles à Thyatire, ce n’est pas leur appartenance à une Eglise vivante et forte, ce n’est pas leurs visions qui prouveraient qu’ils sont en lien avec l’Esprit, ce qu’ils ont, c’est l’assurance de la victoire de Jésus le Christ. Et cela leur suffit.

Mais, il n’y a pas seulement la dénonciation du risque et la prescription du remède dans la lettre à Thyatire, il y a aussi l’expression de la colère. Et dans cette expression de colère, il y a une double promesse : celle de la patience et celle du châtiment.
Il faut tout d’abord bien noter la patience dont Dieu fait preuve à l’égard de Jezabel : je lui ai laissé du temps pour se repentir. Dieu est celui qui laisse du temps : lent à la colère, prompt à la bienveillance dit l’Ecriture.
Et même lorsque sa patience est à bout, il maintient une bride à sa fureur, quant ç ses compagnons d’adultère, à moins qu’il ne se repente… Même quand la patience de Dieu a atteint ses limites, même quand sa colère a explosé, il reste une porte de sortie. Ce n’est pas la mort du méchant qu’il veut mais qu’il se repente et qu’il vive. Et ce, jusqu’au dernier moment.
    Mais ce temps de la patience a des limites. Il y a, nous dit ce texte un moment où Dieu frappe. Et bien aussi effrayante soit cette affirmation, j’y vosi encore une promesse. Affirmer que la patience de Dieu a ses limites, c’est dire que le mal aura une fin, que la capacité de nuisance verra son terme. Jézabel sera jetée sur un lit, c'est-à-dire qu’elle sera affaiblie, privée de son pouvoir de perdre les serviteurs du Christ. Ses enfants seront mis à morts, c'est-à-dire qu’elle aura aboutît à une impasse, qu’il n’y aura pas de résurgence de son idolâtrie. C’est bien une promesse pour ceux de Thyatire qui sont restés fidèles mais aussi pour ceux qui se sont perdus avec elle, puisque la repentance leur est toujours permise. C’est là un des messages essentiels de l’Apocalypse : le mal se voit poser une limite, il est vaincu, dompté, limité, bridé : que ce soit le mal extérieur, la grande puissance de César et de l’empire romain ou le mal intérieur aux Eglises, l’esprit d’idolâtrie et de division. Le mal est vaincu et déjà l’étoile du matin brille pour ceux qui croient, pour ceux qui ont les yeux ouverts, elle brille annonciatrice de l’aube d’un jour nouveau.

Frères et sœurs, aucune vision, aucune extase, aucun charisme, aucun succès de nos communautés locales ne nous assure que nous détenons l’Esprit. Tout ce que nous avons c’est une promesse : en Christ est la victoire. Cette promesse, tenons-là ferme.
Amen
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Comment devenir pasteur ?

1 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Quand notre Eglise se met à faire des clips de recrutement...
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Ce que l'Esprit dit aux Eglises (3) La doctrine et la Parole

31 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 7 juin
Apocalypse II, 12 à 17

Un trône de Satan, une épée à double tranchant, un témoin mis à mort, nous n'avons pas vu Pergame mais je n'en suis pas mécontent. Dans mon imagination, Pergame peut rester une contrée angoissante et magique, un décors pour le Seigneur des Anneaux, pour Eragon ou le Trône de Fer.
Je sais bien qu'aujourd'hui le trône de Satan, gigantesque bloc de pierre est exposé en Allemagne. Je sais bien que les chrétiens de Pergame ont vécu en réalité des moments aussi terrifiants que ceux que Tolkien a imaginé pour ses héros : le trône de Satan représente aussi le pouvoir romain opposés aux Eglises et la mort d'Antipas montre que la persécution a été violente. Les chrétiens de Pergame ont su résister à ses dangers nous dit la lettre mais elle avertit qu'il existe un danger plus grand, plus menaçant que le trône de Satan, plus mortel que les persécutions. Ce danger est un danger intérieur.

Le texte ne nous dit pas qui sont les nicolaïtes. Sans doute était-ce inutile pour  les lecteurs de l'époque mais aujourd'hui, les spécialistes ont bien du mal à se mettre d'accord. En fait, je crois que c'est très bien ainsi. Parce que du coup, la lettre à Pergame s'adresse à nous. Pas pour nous mettre en garde contre ces énigmatiques nicolaïtes mais pour nous rappeler que face à toute doctrine, ce qui compte, c'est la Parole. En effet, cette épée à double tranchant qui revient à deux fois dans le texte, c'est le symbole de la Parole de Dieu. La parole de Dieu, c'est à dire Jésus Christ. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'Eric George ou les Nicolaïtes ou même Jean de Patmos dit sur Jésus Christ mais bien Jésus Christ lui-même Et c'est là la grande force de la lettre à Pergame, elle ne dit pas : « les nicolaïtes disent cela et c'est mal alors que moi je dis ceci et c'est bien », elle n'oppose pas une doctrine à une autre comme le font toujours les théologiens. Elle se contente de renvoyer à Jésus, le Christ, parole de Dieu et donc bien au-delà de ce que l'homme saurait en dire, parole vivante et donc impossible à figer en une doctrine.
Une fois qu'on a posé que Jésus est plus important que tout ce qu'on peut dire de lui, on peut discuter pour savoir si Fils de Dieu signifie Dieu lui-même ou non, et ces discussions sont importantes et riches. Mais elles ne doivent jamais nous faire oublier que la vérité est Jésus Christ et non pas telle ou telle option théologique aussi profonde et argumentée soit-elle.  
Et ce Jésus Christ, ce n'est pas par notre réflexion, par nos déductions que nous le trouverons : il nous est donné comme la manne, comme la pierre blanche. C'est ce que nous rappelle l'Apocalypse qui ne nous propose pas une doctrine mais plante Jésus Christ comme une épée au milieu de nos discussions.

Frères et soeurs , il est normal que Jésus nous intrigue, il est bon que nous cherchions, que nous interrogions. Mais qu'aucune de nos doctrine ne nous conduise jamais à rejeter et à exclure, qu'aucune de nos doctrines  ne vienne jamais à le remplacer, lui qui est la Vérité.
Amen
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Les mercredis de Calvin (30) Sans la connaissance de la liberté...

29 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Sitôt que quelque mention de la liberté chrétienne est mise en avant, incontinent les uns lâchent la bride à leur concupiscences, les autres émeuvent grands tumultes, si on ne met aussitôt ordre à restreindre de tels légers esprits, qui corrompent les meilleures choses qu’on leur saurait présenter. Car les uns, sous couleur de cette liberté, rejettent toute obéissance à Dieu et n’abandonnent toute licence à leur chair ; les autres contredisent et ne veulent ouïr parler de cette liberté par laquelle ils pensent que tout ordre, toute modestie et discernement des choses soient renversés. Que ferons nous ici, étant enclos en un tel détroit ? Vaudrait-il pas mieux laisser derrière la liberté chrétienne, pour obvier à de tels dangers ? Mais comme il a été dit, sans la connaissance de cette liberté, ni Jésus Christ, ni la vérité de l’Evangile, ni le repos intérieur des âmes ne sont plus droitement connus. Au contraire, il faut donc plutôt mettre peine que cette doctrine si nécessaire ne soit pas omise ni ensevelie, et cependant néanmoins que les objections absurdes, qui se peuvent ici émouvoir, soient réprimées.
Institution chrétienne Livre III §19. 1


Comme avant lui, Paul puis Luther, Calvin connaît les dangers qu'il y a à parler de la liberté chrétienne. Rien de vraiment nouveau depuis "péchons pour que la grâce abonde" (Romains VI, 1). Mais ce que j'aime dans cette introduction à la liberté chrétienne c'est la phrase soulignée...
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Les mercredis de Calvin (29) Les mérites mènent à l'ingratitude

22 Juillet 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Quelle ingratitude est-ce, si n’étant point contents d’une telle largesse de Dieu, laquelle rémunère les œuvres d’un loyer non dû et sans aucun mérite de leur part, nous passons outre par une maudite ambition, prétendant que ce qui est de la pure bonté de Dieu, soit rendu au mérite des œuvres ?!?
J’appelle ici en témoignage le sens commun de chacun. Si celui auquel l’usufruit d’un champ est donné,  veut usurper le titre de propriété, ne mérite-t-il pas par une telle ingratitude de perdre même la possession qu’il avait ? Pareillement, si un esclave libéré par son maître ne veut point connaître sa condition, mais s’attribue d’être né libre, ne mérite-t-il pas d’être ramené en servitude ? Car voici la droite et légitime façon d’user des faveurs qu’on nous a faites : c’est de ne point entreprendre plus que ce qui nous est donné, et ne frauder point notre bienfaiteur de sa louange, mais plutôt de nous comporter de telle sorte que ce qu’il nous a transferé semble en quelque manière résider en lui. Si nous devons cette modestie envers les hommes, que chacun regarde combien plus on en doit à Dieu.
Institution Chrétienne Livre III §15, 3

Quand le juriste vient au secour du théologien pour expliquer tout le danger qu'il y a à concevoir nos oeuvres comme méritoires...
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