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Les mercredis de Calvin (7) la providence comme soli Deo gloria

18 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

 


Et de fait, le Seigneur s’attribue toute puissance, et veut que nous la reconnaissions être en lui : non pas telle que les sophistes l’imaginent, vaine, oisive, et quasi assoupie, mais toujours veillante, pleine d’efficace et d’action et aussi qu’il ne soit pas en général et comme en confus le principe du mouvement des créatures (comme si quelqu’un ayant une fois fait un canal et dirigé la voie d’une eau à passer dedans, la laissait ensuite couler d’elle-même), mais qu’il gouverne même et conduise sans cesse tous les mouvements particuliers. Car ce que Dieu est reconnu comme  tout-puissant, n’est pas pour qu’il puisse faire toute chose, et néanmoins se repose, ou que par une inspiration générale il continue l’ordre de nature tel qu’il l’a disposé au commencement : mais d’autant que gouvernant le ciel et la terre par sa providence, il dirige tellement toutes choses que rien n’advient sinon ainsi qu’il l’a déterminé en son conseil (Ps. 115 ; 3). Car quand il est dit en ce psaume, qu’il fait tout ce qu’il veut, cela s’entend d’une volonté certaine et propos délibéré. Et, de fait, ce serait une maigre fantaisie d’exposer les mots du prophète selon la doctrine des philosophes, à savoir que Dieu est le premier motif, parce qu’il est le principe et la cause de tout mouvement : au lieu que plutôt c’est une vraie consolation, de laquelle les fidèles adoucissent leur douleur en adversités, à savoir qu’ils ne souffrent rien que ce ne soit par l’ordonnance et le commandement de Dieu, d’autant qu’ils sont sous sa main. Que si le gouvernement  de Dieu s’étend ainsi à toutes ses œuvres, c’est une cavillation puérile de le vouloir enclore et limiter dedans l’influence et le cours de nature.

Et certes, tous ceux qui restreignent en si étroites limites la providence de Dieu, comme s’il laissait toutes créatures aller librement selon le cours ordinaire de nature, dérobent à Dieu sa gloire et se privent d’une doctrine qui leur serait fort utile : vu qu’il n’y aurait rien de plus misérable que l’homme, si les mouvements naturels du ciel, de l’air, de la terre et des eaux eussent leur cours libre contre lui. Joint qu’en tenant telle opinion, c’est amoindrir trop vilainement la singulière bonté de Dieu envers chacun. David s’écrie que les petits enfants qui sont encore à la mamelle de la mère, on assez d’éloquence pour prêcher la gloire de Dieu (ps. 8. 3) : c’est à savoir que sitôt qu’ils sont sortis du ventre, et venus au monde, ils trouvent leur nourriture qui leur est apprêtée par une providence d’en haut. Je confesse bien que cela est naturel et général : mais il faut cependant que nous contemplions et considérions ce que l’expérience montre tout évidemment, qu’entre les mères les unes ont les mamelles pleines et bien fournies de lait, les autres seront quasi sèches, selon qu’il plaira à Dieu de nourrir un enfant abondamment, et l’autre plus petitement.

Or, ceux qui attribuent droitement à Dieu la louange de Tout Puissant, recueillent de cela double fruit. Premièrement, d’autant qu’il a asse ample faculté de bien faire, vu que le ciel et la terre sont sous sa possession et seigneurie, et que toutes créatures dépendant de son plaisir pour s’assujettir à lui en obéissance. Secondement, parce qu’on se peut assurément reposer en sa protection, vu que toutes choses qui pourraient nuire de quelque part que ce soit, sont sujettes à sa volonté, vu que Satan avec toute sa rage et son tout appareil est réprimé par sa volonté comme d’une bride, et vu que ce qui peut contrevenir à notre salut est soumis à son commandement. Et il ne faut pas penser qu’il y ait autrement moyen de corriger ou apaiser les épouvantements ou craintes excessives et superstitieuses que nous concevons aisément quand les dangers se présentent, ou que nous les appréhendons. Je dis que nous sommes craintifs de façon superstitieuses, si quand les créatures nous menacent ou présentent quelque épouvantement, nous les redoutons comme si elles avaient quelque pouvoir de nuire d’elles-mêmes, ou qu’il nous en vînt quelque dommage par cas fortuit, ou que Dieu ne fût point suffisant pour nous aider à leur encontre. Comme, par exemple, le prophète défend aux enfants de Dieu de craindre les étoiles et signes du ciel, comme font les incrédules (Jer. X, 2). Certes il ne condamne point toute crainte : mais d’autant que les infidèles transfèrent le gouvernement du monde de Dieu aux étoiles, ils imaginent que tout leur bonheur ou malheur dépend d’elles, et non pas de la volonté de Dieu. Ainsi au lieu de craindre Dieu, ils craignent les étoiles, planètes et comètes. Ainsi, qui voudra éviter cette infidélité, qu’il se souvienne toujours que la puissance, action ou mouvement qu’ont les créatures, n’est point une chose qui se promène et voltige à leur plaisir : mais que Dieu par son conseil secret y gouverne tellement tout, que rien n’advient qu’il n’ait lui-même déterminé de son su et vouloir.

Institution Chrétienne Livre I §16. 3

 

Une fois de plus, tout en étant en désaccord avec la vision de la providence de Calvin. Je vois bien plus la souveraineté de dieu dans sa capacité de changer le mal en bien, je trouve absolument remarquable son affirmation de la gloire revenant à Dieu seul. La gloire, c’est ce qui a du poids dans notre vie. Et ici, Calvin ne dit pas : que la plus grande part de ce poids revienne à Dieu mais reconnaît que la seule chose qui ait du poids sur ta vie, c’est dieu qui gouverne complètement le monde.

 

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Le malheur de Job

13 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Enfouissement sous quelques extraits du Livre de Job pour voix, jongle, musique, SMS et nuée de sacs en plastique

Grimé en clown tragique, Dgiz récite dans un flot de paroles confinant parfois au délire une actualisation de la complainte de Job. Tout en étant très éloignée du texte, l'actualisation reste fidèle au plan général.
J'ai aimé cette adaptation.
J'ai aimé que l'introduction soit présentée comme un sketch, dans un ton qui tranche radicalement avec le reste du récit, ce qui est très conforme au texte biblique.
J'ai aimé que les amis de Job ne soient que les interlocuteurs muets (et absents) auxquels Job réplique dans son long monologue (même si je n'ai pas très bien compris et pas suivie l'idée qui consistait à proposer au public de jouer par SMS le rôle des amis de Job)
J'ai aimé ce monologue violent et rythmé qui nous met souvent mal à l'aise, nous invective parfois : spectacle de souffrance et de révolte, spectacle forcément inconfortable.
Et surtout, j'ai aimé que le spectacle ne se risque pas à évoquer la réponse de Dieu. En effet, cela saute aux yeux cours de la pièce : la réponse de Dieu à Job (qui es-tu pour entrer en procès avec Dieu ?) n'est acceptable que pour qui a déjà la foi. Pour l'incroyant, elle reste incompréhensible et insupportable.
Un spectacle à voir pour redécouvrir un des livres bibliques les plus iconoclastes, celui qui exprime le mieux le scandale de la souffrance.

Le malheur de Job
Un spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Dgiz, Jérôme Thomas, Martin Schwietzke
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Les mercredis de Calvin (6) La providence : indépendance 0

11 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Jusqu’ici, j’ai plutôt cité du Calvin assez consensuel (en tout cas pour des protestants). Aujourd’hui et puis pendant encore au moins deux mercredi, je vais évoquer une notion important de la théologie de Calvin avec laquelle je m’offre le luxe de ne pas être d’accord. Non il ne s’agit pas de la prédestination (qu’on exagère à mon avis toujours beaucoup chez Calvin) mais bien plutôt de la providence.

Or, faire un Dieu créateur temporel et de petite durée, qui eût seulement d’un coup accompli son ouvrage, ce serait une chose froide et maigre ; il faut qu’en ceci principalement nous différions d’avec les païens et toutes gens profanes : que la vertu de Dieu nous reluise, comme présente, tant en l’état perpétuel du monde, qu’en sa première origine. Car bien que les pensées des incrédules soient contraintes par le regard du ciel et de la terre de s’élever au Créateur, néanmoins la foi en son regard spécial pour assigner à Dieu la louange entière d’avoir tout créé. A quoi tend ce que nous avons allégué de l’Apôtre, que c’est par la foi que nous comprenons le monde avoir été si bien bâti par la Parole de Dieu. Car si nous ne passons jusqu’à sa providence, par laquelle il continue à maintenir tout, nous n’entendrons pas droitement ce que veut cet article : que Dieu soit créateur, bien qu’il semble que nous l’ayons imprimé en notre esprit, et que nous le confessions de bouche. Le sens humain s’étant proposé la vertu de Dieu pour une fois en la création s’arrête là : et plus loin qu’il puisse s’avancer, n’est que de considérer et marquer la sagesse, puissance et bonté de l’ouvrier qui se présente à l’œil en ce grand et si noble bâtiment, même à qui ne veulent le regarder ; puis après il conçoit quelque opération générale de Dieu pour conserver et conduire le tout, de laquelle toute vigueur et mouvement dépend. Bref, il estime que ce que Dieu a au commencement épandu de vigueur partout suffit à garder les choses en leur état.
Or la foi doit bien passer plus outre, c’est de reconnaître pour gouverneur et gardien perpétuel, celui qu’elle a connu être créateur ; et non pas seulement en ce qu’il conduit la machine du monde, et toutes ses parties, d’un mouvement universel : mais en soutenant et soignant chaque créature jusqu’aux petits oiselets. C’est pourquoi David, après avoir dit en bref que le monde a été créé de Dieu descend tantôt après à cet ordre continuel de gouverner : Les cieux, dit-il ont été établis par la parole de Dieu, et toute leur vertu par l’esprit de sa bouche. Puis il ajoute, que Dieu regarde sur tous ceux qui habitent sur la terre, il dissipe le conseil des peuples (Ps 33 : 6, 10, 13), et ce qui est dit là à ce même propos. Car bien que tout n’arguent point si adroitement qu’il serait requis, toutefois parce qu’il ne serait point croyable que Dieu se mêlât des affaires humaines, sinon que le monde fût son œuvre, et aussi que nul ne croit à bon escient que le monde soit bâti de Dieu, qu’il ne soit en même temps persuadé qu’il a soin de ses œuvres : David procède par bon ordre, en nous menant de l’un  à l’autre. Bien est vrai, que les philosophes aussi enseignent en général que toutes les parties du monde tirent et prennent vigueur d’une inspiration secrète de Dieu, et notre sens le conçoit ainsi : mais cependant nul ne parvient en si haut degré que monte David, et y attire tous fidèles, en disant : Toutes choses attendent après toit Seigneur à ce que tu leur donnes viande en leur temps ; quand tu la leur donnes, elles la recueillent, quand tu ouvres ta main elles sont rassasiées de biens. Sitôt que tu détournes ta face, elles sont étonnées ; quand tu retires ton esprit, elles défaillent, et s’en revont en poudre ; quand tu envoies ton esprit, elles reviennent, et tu renouvelles la face de la terre (Ps 104 : 27-30). Même, bien que les philosophes s’accordent à cette sentence de Saint Paul, que nous avons notre être et mouvement et vie en Dieu (Actes XVII, 28) toutefois, ils sont bien loin d’être touchés au vif du sentiment de sa grâce, telle que Saint Paul la prêche : c’est qu’il a un soin spécial de nous, auquel se déclare sa faveur paternelle et que le sens charnel ne goûte point
Pour mieux éclairer cette diversité, il est à noter que a providence de Dieu, telle que l’Ecriture la propose, s’oppose à fortune et à tout cas fortuits. Et d’autant que cette opinion a été quasi reçue en tous âges, encore aujourd’hui est en vogue et tient tous les esprits préoccupés, à savoir que toutes choses adviennent de cas fortuit : ce qui devrait être bien persuadé de la providence de Dieu, non seulement est obscurci, mais quasi complètement enseveli. Si quelqu’un tombe en la main de brigands, ou rencontre des bêtes sauvages ; s’il est jeté en la mer par tempête ; s’il est accablé de quelque ruine de maison ou d’arbre ; si un autre errant par les déserts trouve de quoi remédier à sa famine ; si par les vagues de mer il est jeté au port, ayant évadé miraculeusement la mort par la distance d’un seul doigt, la raison charnelle attribuera à fortune toutes ces rencontres tant bonnes que mauvaises. Mais tous ceux qui auront été enseignés par la bouche de Christ, que les cheveux de notre tête sont comptés (Mat. X, 30), chercheront la cause plus loin, et se tiendront tous assurés que les événements, quels qu’ils soient sont gouvernés par le conseil secret de Dieu.
Quant aux choses qui n’ont point d’âme, il nous faut tenir ce point pour résolu que, bien que Dieu leur eût assigné à chacune sa propriété, toutefois elles ne peuvent mettre leur effet en avant, sinon d’autant qu’elles sont dirigées par la main de Dieu. Ainsi elles ne sont qu’instruments, auxquels Dieu fait découler sans fin et sans cesse tant d’efficace que bon lui semble, et les applique selon son plaisir, et les tournes à tels actes qu’il veut.
Institution Livre I §16. 1 et 2


Je l’ai dit plus haut, je ne suis pas d’accord avec Calvin quand à la providence à l’idée que tout ce qui arrive, n’arrive que par décret de Dieu. Néanmoins, je ne puis qu’être admiratif devant cette expression de la souveraineté absolue de Dieu et surtout devant son refus catégorique de laisser au monde le moindre soupçon d’indépendance par rapport à Dieu. En tout, pour tout, nous avons besoin de Dieu nous dit le réformateur de Genève. Et si je continue à affirmer que non tout n’arrive pas ni par le décret ni même la permission de Dieu, je ne puis qu’être d’accord avec lui sur ce dernier point.
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Le mérite des indulgences

7 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Une scène intéressante dans le film Luther : une mendiante est très fière de montrer au frère Martin l'indulgence qu'elle a acheté pour sa fille. Et celui-ci lui de répondre "Mais ça ne sert à rien." Regard furieux et surtout effrayé de la mendiante.
La scène est brève, elle souffre d'un dénouement à l'américaine, mais elle est là et elle suffit à sortir le débat des indulgences de la perpétuelle question financière.
Le mérite des indulgences c'est de répondre à deux désirs humains : agir et voir son action reconnue. Quand je me paye une indulgence, j'accomplis une bonne action et l'autorité ecclésiale me certifie que j'ai fait ce qu'il fallait. Me voici donc doublement rassuré. L'annonce de la grâce seule, en revanche, m'oblige à m'en remettre complètement à un autre que moi. Et celui qui me l'enseigne n'a d'autre autorité que sa foi. Un véritable saut dans l'inconnu...
Bref, indépendamment du problème des abus, les indulgences sont un bon choix politique : outre leur intérêt financier, elles offrent un réel réconfort au fidèle.
Seulement, la fidélité à l'Evangile est rarement un bon choix politique...

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Les mercredis de Calvin (5) Les images

4 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Je sais bien que cela est tenu comme un commun proverbe : Que les images sont les livres des idiot. Saint Grégoire l’a aussi dit, mais l’Esprit de Dieu en a bien prononcé autrement, en l’école duquel si St Grégoire eût été pleinement enseigné, il n’eût jamais parlé tel langage. Et quand Jérémie dit que c’est une doctrine de vanité (Jer X, 3) et Habacuc, que l’image de fonte est un docteur de mensonge (Hab. II, 18), nous avons à recueillir de là une doctrine générale : tout ce que les hommes apprennent de Dieu par les images et frivole et même abusif. Si quelqu’un réplique que les prophètes reprennent ceux qui abusaient des simulacres à superstition mauvaise, je le confesse ; mais je dis d’autre part ce qui est patent et notoire à chacun, qu’ils condamnent cependant ce que les papistes tiennent pour maxime infaillible : à savoir que les images servent de livres. Car ils mettent tous simulacres à l’opposite de Dieu, comme choses contraire, et qui ne se peuvent nullement accorder. De fait, aux passage que j’ai allégué, ce point est couché comme résolu : comme ainsi soit qu’il n’y ait qu’un seul vrai Dieu que les juifs adoraient, que toutes figures qu’on fait pour représenter Dieu, sont fausses et perverses, et que tous ceux qui pensent connaître Dieu par ce moyen sont malheureusement déçus. Bref, s’il n’était ainsi que la connaissance qu’on pense avoir de Dieu par les images fût menteuse et bâtarde, les prophètes ne les condamneraient pas ainsi sans exception. Pour le moins, j’ai ceci gagné, qu’en disant que ce n’est que mensonge et vanité de vouloir figurer Dieu par images visibles, nous ne faisons que réciter mot à mot ce que les prophètes ont enseigné.
Institution  Livre I §11. 5

Je ne suis pas tant scrupuleux de juger qu’on ne doive endurer ni souffrir nulles images ; mais d’autant que l’art de peindre et tailler sont don de Dieu, je requiers que l’usage en soit gardé pur et légitime, afin que ce que Dieu a donné aux hommes pour sa gloire et pour leur bien, ne soit perverti et pollué par abus désordonné ; et non seulement cela, mais aussi tourné en notre ruine. Je n’estime pas qu’il soit licite de représenter Dieu sous forme visible parce qu’il a défendu de le faire, et aussi parce que sa gloire est d’autant défigurée et sa vérité falsifiée (…) Quant à ce qu’il est licite de graver ou peindre, il y a les histoires pour en avoir mémorial ; ou bien figures, ou médailles de bêtes, ou villes ou pays. Les histoires peuvent profiter de quelque avertissement ou souvenance qu’on en prend ; touchant le reste, je ne vois  point à quoi il servirait sinon à plaisir.
Institution Livre I §11. 12


Deux extraits qui résument pas mal la relation de Calvin avec les images. des images d'accord mais à condition qu'elles ne soient pas adorées et qu'on ne prétende pas qu'elles puisse être porteuses d'un enseignement sur Dieu.

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Mariage et fin des temps

31 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 janvier 2009
Matthieu XIX, 1 à 12
I Corinthiens 1 à 16 et 25 à 35

Chères frères, chères soeurs la fin des temps aura lieu demain 26 janvier à 17h47... Cela vous fait rire. J'en vois qui se disent "Mais qu'est-ce qu'il a encore inventé ?" Alors je le répète, très sérieusement " la fin des temps aura lieu demain 26 janvier à 17h47". Je sens que vous n'êtes toujours pas convaincus, la nouvelle vous semble peut-être trop étrange. Alors imaginez plus bizarre encore, plus incongru, imaginez que cette nouvelle de fin des temps, j'aille l'annoncer à des couples qui préparent leur mariage. "Bonjour Mr le pasteur, je suis M. Y voici Mlle X, on voudrait se marier" D'accord, la fin des temps aura lieu demain à 17h47" Ce serait un peu choquant non? À la limite de la faute professionnelle. Eh bien, c'est pourtant ce que fait Paul dans sa lettre à la communauté de Corinthe. Voici qu'en plein milieu d'un long développement sur le mariage, Paul nous lâche "le temps est court (...) la figure de ce monde passe." Et il ne faut pas y voir une digression. Dans cette annonce, il y a la clé de tout l'enseignement de Paul sur le mariage et le célibat. Un enseignement qui va finalement bien plus loin qu'une question de conjugalité.

L'enseignement de Paul sur la question du mariage est assez étrange. Tout d'abord pare qu'il n'est pas chrétien ni biblique. Ensuite, parce qu'il présente une sorte d'incohérence interne.
je pense qu'il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.  L'enseignement de Paul sur le mariage n'est pas chrétien. Paul semble voir le mariage comme une sorte d'espace de tolérance, une sorte de soupape de sécurité où l'homme pourrait assouvir sans se souiller la pulsion sexuelle qui le ronge. Eh bien si cette vision correspond sans doute à celle de l'époque de Paul. Les anthropologues le souligne, de tout temps l'homme a été fasciné et effrayé par la pulsion sexuelle, une pulsion qui fait perdre le contrôle et qui donne la vie, une pulsion qu'il s'agissait donc de canaliser. Le discours de Paul s'inscrit tout à fait dans cette logique, mais il n’a rien à voir avec le discours de l'Ecriture, ni avec celui de Jésus Christ. En effet, pour l'Ecriture, de la Genèse au Cantique des cantiques, l'union de l'homme et de la femme est célébrée, décrite comme étant la volonté de Dieu. Croissez et multipliez ! Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Et c'est bien ainsi que l'entend Jésus qui, questionné sur la question matrimoniale se contente de renvoyer à la volonté première de Dieu. N'avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l'homme et la femme    et qu'il dit: C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair?  Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Matthieu XIX, 4-6. Bref, on est très loin de ce mariage "moindre mal" dont parle Paul. Mais si différentes que soient ces deux visions, elles ne sont pas forcément incompatibles et il est possible de faire une gymnastique mentale pour les faire tenir ensembles...
Sauf que je ne suis pas adepte de la gymnastique même mentale quand elle n'est pas nécessaire. En effet, pourquoi essayer de réconcilier la vision strictement culturelle que Paul a du mariage et de la sexualité avec la vision biblique alors que Paul lui-même va très rapidement déplacer la question ?
 En effet, pour Paul le mariage est nécessaire pour canaliser la sexualité et il affirme préférer le célibat et la virginité au mariage. On s’attend donc à ce que Paul célèbre l’état de célibat ou la virginité comme un état particulier de pureté. Mais non ! Pour l’apôtre mariage comme célibat sont deux dons de Dieu. La réticence de Paul face au mariage s’exprime de cette manière Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, il se demande comment plaire au Seigneur.  Celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, il se demande comment plaire à sa femme
A première vue, on pourrait penser que Paul voit le mariage comme une sorte d’idolâtrie, qu’il reproche aux mariés de faire passer le conjoint avant Dieu. Mais là encore ce n’est pas le cas. Paul ordonne aux gens mariés de se consacrer à leur conjoint, difficile dès lors de penser que c’est pour ensuite le leur reprocher…
Mais alors, s’il n’est pas question de voir la sexualité comme une souillure ou un péché, ni de reprocher aux mariés de passer l’un avec l’autre le temps qu’ils devraient consacrer à Dieu, pourquoi Paul adopte-t-il cette position absolument neuve d’opposition au mariage ?

En fait, le souci de Paul n’est pas ici une question de pureté mais une question de tranquillité d’esprit.   Je voudrais que vous soyez sans inquiétude répète l’apôtre et c’est bien ce souci qui éclaire ce constat. Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, il se demande comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, il se demande comment plaire à sa femme. Il est bon, selon Paul que le mari cherche à plaire à sa femme et que la femme cherche à plaire à son mari. Eh oui, si Dieu nous accepte tel que nous sommes, s’il nous aime alors même que nous sommes pêcheurs, s’il est facile d’être ses enfants, il est bien plus difficile d’être un bon époux ou une bonne épouse et cela ne se limite pas au mariage, il est aussi difficile et bien souvent source d’inquiétude voire d’angoisse et de souffrance d’être un bon père, une bonne mère, un bon fils une bonne fille, un employé, un paroissien ou un pasteur modèle !
Heureusement la fin du monde aura lieu demain lundi 26 janvier à 17h47 !

En effet, c’est bien comme un « heureusement » qu’il faut lire cette affirmation de Paul « Le temps est court », littéralement le temps a cargué les voiles, le navire est déjà au port. L’apôtre ne met pas les corinthiens en garde en leur disant « Attention la fin des temps est là, le châtiment est sur vous, mettez vous en règle » Si c’était sa son discours, il ne direz pas « Soyez comme si », il dirait clairement « n’achetez pas, ne profitez pas du monde ! ». Et là, nous pourrions disqualifier ce texte en disant que Paul s’est trompé et que la fin des temps, l’avènement du Christ glorieux est pour demain et ne pas nous en occuper davantage. Mais Paul dit « Soyez comme si ». Et tout son texte demeure.
Aujourd’hui nous nous définissons par la place que nous occupons parmi ceux qui nous entourent. Nous sommes mariés ou célibataire, parents ou enfants, et ce rôle est parfois pesant, écrasant. Et aussi libérale que paraisse notre société c’est toujours aussi écrasant, peut-être même plus. Dur pour les gens mariés d’être de bons époux, dur pour les célibataire de ne pas être mariés (le mariage, ou en tout cas la vie de couple, reste une nécessité sociale très forte dans notre monde, l’appel de Paul au célibat reste toujours aussi surprenant), dur pour les parents qui se voient responsables de l’équilibre même de leurs enfants, dur pour les enfants. Oui, nous essayons de bien tenir notre place et cela est souvent source d’une angoisse terrible. C’est face à cette angoisse que Paul se fait porteur d’une bonne nouvelle, celle de Jésus Christ, qui prend sur lui tout ce qui nous écrase. Paul ne nous dit pas « envoyez tout promener », nous n’y parviendrions pas de toute façon. Il nous dit « soyez comme si ».

Et dans ce « soyez comme si », frères et sœurs, j’entends un « soyez légers et engagés ». Soyez engagés, tenez du mieux que vous pouvez cette place qui est la votre parmi vos proches et vos plus lointains, soyez bon époux, bon parent, bon fils ou bonne fille, soyez un bon célibataire, soyez un bon être humain. Vivez du mieux que vous pouvez votre vie d’homme et de femme avec vos frères et vos sœurs. Mais soyez légers, sachez que votre valeur ne réside pas dans votre statut, ni dans la manière dont vous l’occupez. Votre valeur, c’est l’amour que votre Dieu vous porte, c’est ce qu’il a fait pour vous.
La fin du monde, l’avènement final de notre Dieu aura lieu demain, lundi 26 janvier à 17h47 et même si ce n’était pas le cas, faites comme si : soyez légers et engagés.

Amen
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Quand Luther fait salle comble...

30 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Le 17 décembre dernier, le film Luther sortait, enfin,  sur les écrans français. Enfin, pas tous... On peut même dire que la diffusion a été confidentielle : une petite dizaine de copies... Sans doute pas à cause d'une cabale anti-protestante mais plutôt parce que la critique était assez unanimement négative et puis, qui ça peut intéresser en France cette histoire de moine allemand ? Après tout aujourd'hui, le Martin Luther connu, c'est le King...
Mais le Ciné Zénith d'Evreux a eu la gentillesse de bien vouloir projeter ce film et de nous laisser un temps d'échange ensuite. Une ouverture dont je les remercie et qui les honore. Après tout, il y avait un petit risque financier pour eux, j'imagine. Mais bon, la salle de 150 places était pleine, donc tout le monde est content.
Sur le film lui-même, je trouve la critique sévère : c'est vrai que les ficelles cinématographiques sont souvent assez lourdes et qu'on est clairement dans l'hagiographie (un comble) mais franchement, je m'attendais à pire. Les enjeux politiques de l'Allemagne et de la Rome de l'époque sont bien rendus, on retrouvera de grandes citations de Luther et l'origine de la Réforme est bien montrée.
Bien sûr, j'ai des réserves, à commencer par le caractère manichéen du film, un manichéisme d'autant plus maladroit que si j'ai bien compris, le film est produit par une association luthérienne. Le côté angoissé du personnage est manifeste ainsi que son obsession du diable, en revanche, sa responsabilité lors de la guerre des paysans est franchement édulcorée, la violence de son antisémitisme est tue (c'est logique puisque le film s'arrête en 1530 mais c'est assez commode pour camper un Luther lumineux). Mais ce qui est franchement pénible, c'est la diabolisation extrême des adversaires de Luther dans le film. Tetzel est un bouffon, Cajetan un fantoche, Carlstadt un dangereux révolutionnaire, Léon X un comploteur, Charles un despote arrogant  et même Frederick le Sage ne cesse d'être un vieillard puéril que lorsqu'il protège Luther.
Oui, l'Eglise catholique de l'époque était corrompue, mais elle n'était pas que cela et ce n'est par diplomatie oecuménique que cet aspect du film m'a gêné mais plutôt parce que vis à vis même du protestantisme, c'est une attitude dangereuse. Luther est tellement lumineux que la Bible passe en retrait. On trouve dans le film toutes les images de la légendes dorées luthériennes, l'orage, l'affichage des 95 thèses, la diète de Worms, l'incinération de la bulle d'excommunication, on en ajoute quelques unes : l'enterrement d'un suicidé mais une absence est symptomatique : la découverte du salut par grâce seule dans Romains. Hey ! Ce n'est par génie théologique ni par humanisme que Luther s'élève contre les indulgences mais par soumission au texte biblique. Et l'opposition avec l'Eglise catholique n'est pas simplement un refus des abus. Même face à une Eglise catholique non corrompue, même face à une Eglise catholique qui serait telle que la rêvait Vatican II, le protestantisme aurait sa raison d'être en tant que proclamation de l'Évangile qui pose une limite à toute institution humaine.
Malgré ces réserves, je maintiens que Luther est un film plaisant et utile à voir. Ceux à qui le terme Réformation ne dit rien découvriront la naissance du protestantisme. Et les protestants y retrouveront une histoire qu'ils croient connaître par coeur, ils s'amuseront à repérer quelques aspects du ministère de Luther qui ne sont évoqués que brièvement, par touches : la musique, la catéchèse...
Bref, j'espère que ceux qui sont venus dimanche dernier au cinézénith ont passé un bon moment. C’est le cas pour moi et maintenant j’attends le dvd.

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L'étranger est mon frère

29 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Un Cercle de Silence à Evreux
(suite du premier cercle de silence du 13 décembre 2008)


Pourquoi ?

Parce que Les Centres de Rétention Administrative
sont des lieux où la dignité humaine est bafouée.
Parce que l’enfermement de familles, d’enfants
est inacceptable au pays des Droits de l’Homme.
Parce que les étrangers sont nos frères, avant tout nos frères.

Samedi 31 janvier 2009
Place du général de Gaulle (devant le théâtre)
Nous resterons silencieux de 16 heures à 17 heures
pour aider tous ceux qui le désirent
à prendre conscience de la réalité de l’enfermement.
Ce cercle est ouvert à tous, croyants ou non,
à condition de respecter la règle du silence.

Silence, parce que nous ne prétendons pas avoir de solution.
Silence que chacun est appelé à habiter par sa prière, sa
méditation ou sa réflexion.

A l’initiative de membres du groupe oecuménique d’Evreux.
Principaux partenaires
Eglise Réformée de France, Pastorale des migrants de l’Eure,
Mission ouvrière de l’Eure, Pax Christi Eure, Communauté
Mission de France d’Evreux, ACAT, CEFED
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Les mercredis de Calvin (4) Les pères de l'Eglise

28 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Mais comme plusieurs choses ont été écrites sagement et excellemment par ces anciens Pères, et, d’autre part, qu’il leur est advenu en quelques endroits ce qui advient à tous hommes, c’est de faillir et errer : ces bons et obéissants fils, selon la droiture qu’ils ont, et d’esprit et de jugement et de volonté, adorent seulement leurs erreurs et fautes ; au contraire, les choses qui ont été bien écrite par eux, ou ils ne les aperçoivent point, ou il les dissimulent, ou ils les pervertissent, tellement qu’il semble qu’ils n’aient autre soin sinon de recueillir de la fiente parmi de l’or. Et après ils nous poursuivent par grande clameur, comme contempteurs et ennemis des Pères, mais tant s’en faut que nous les méprisions, que si c’était notre présent propos, il me serait facile d’approuver par leur témoignages la plus grand-part de ce que nous disons aujourd’hui. Mais nous lisons leurs écrits avec tel jugement que nous avons toujours devant les yeux ce que dit saint Paul : c’est que toutes choses sont pour nous servir, non pour dominer sur nous ; et que nous sommes tous à un seul Christ, auquel il faut sans exception obéir entièrement (I Corinthiens III, 21-22). Ceux qui n’observent point cet ordre, ne peuvent rien avoir de certain en la foi, vu que ces saints personnages desquels il est question ont ignoré beaucoup de choses, sont souvent divers entre eux et même certaines fois se contredisent.
Epître au roi

Un petit rappel que reconnaître la Bible comme seule autorité pour parler de Dieu n'a jamais exclu la lecture des Pères de l'Eglise aux yeux des Réformateurs...
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Les mercredi de Calvin (3) Les plaisirs de la vie

21 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Or, si nous cherchons dans quels buts Dieu a créé les viandes, nous trouverons qu'il n'a pas seulement voulu pourvoir à notre nécessité mais aussi à notre plaisir et récréation. Quant aux herbes, arbres et fruits, il a voulu réjouir la vue par leur beauté et nous donner encore un autre plaisir en leur odeur. Car si cela n'était vrai, le prophète ne raconterait point, entre les bienfaits de Dieu, que le vin réjouit le coeur de l'homme et l'huile fait reluire sa face (Ps. 104, 15). L'Ecriture ne ferait pas mention, ça et là, pour recommander la bonté de Dieu, qu'il a fait tous ces biens à l'homme. Et même les bonnes qualités naturelles de toute choses nous montrent comment nous devons en jouir et à quelle fin et jusqu'à quel point. Pensons-nous que notre Seigneur eut donné une telle beauté aux fleurs, laquelle se représentât à l'oeil, s'il n'était licite d'être touché de quelque plaisir ? Pensons-nous qu'il eût donné si bonne odeur, s'il ne voulût bien que l'homme se délecta à flairer ? Davantage, n'a-t-il pas tellement distingué les couleurs, que les unes ont plus de grâce que les autres ?

Les chocolats Calvin dont parlait J-F dans un de ses commentaires sur les mercredi de Calvin me donnent envie de donner cette citation-là, une citation un peu légère qui montrait la réticence de Calvin vis-à-vis de l'ascètisme et qui humanise un peu celui qui incarne pour beaucoup l'austérité protestante.
Profiter des plaisirs qui nous sont donnés, ne pas en devenir esclave et rendre grâce...
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