Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Miettes de théologie

Articles récents

Luthérien ?

7 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Qu'il y ait un Dieu, qu'il doive aimer le monde et répandre sur lui ses biens, voila qui dépasse absolument nos sens, notre intelligence et notre raison. Je ne pourrais que vouer le monde à l'enfer si, étant Dieu, je connaissais le monde tel qu'il est. Mais que fait Dieu ? Au lieu de le frapper de sa juste colère, il le submerge de la surabondance incompréhensible de son amour : il donne son Fils à ses pires ennemis. Les mots me font défaut pour décrire ce prodigieux artificium, ces magnificas figuras ! Dieu aime le monde et son engeance maudite. Il aime cet omnium odibilissum et maxime inamabile objectum, cette caricature odieuse et lamentable. Il aime le monde tel qu'il est : ce mauvais lieu plein de gens infâmes, qui blasphèment leur Créateur et abusent sans vergogne de tous ses biens. Il aime ces gens infâmes. Un pareil amour surpasse tout ce que nous rangeons d'habitude sous ce concept. Quel Dieu que le nôtre ! Son amour est un feu dévorant, plus grand que le buisson ardent contemplé par Moïse, plus fort et plus brûlant, infiniment, que toutes les flammes de l'enfer. Et tu ne serais pas content, et tu perdrais courage ? Pour ma part, je ne puis que t'annoncer ce qui est en fait et en vérité, sans rien y ajouter.

Luther, Predication sur Jean 3, 16-21, 1532

C'était amusant de tomber sur cette citation juste après avoir terminé ma dernière prédication...

Raistlin Majere, ecce homo !

6 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

L'histoire de chaque individu est aussi l'histoire de sa tentative énorme et illusoire de ne compter que sur lui-même.

K. Barth. La Dogmatique

Ils ont réédités les chroniques de Dragonlance ! Quand j’étais adolescent, bien avant que l’heroïc fantasy ne submerge la science-fiction et le fantastique pour le disputer aux polars sur les présentoirs des librairies, Lancedragon c’était LE bouquin d’Heroïc Fantasy pour ados. Pas trop mal écrit, pas mal pompé sur Le seigneur des anneaux, un peu décousu et un peu prisonnier du cadre : le roman devait respecter les règles du jeu Donjons et dragons. Mais ça m’a laissé de bons souvenirs de personnages bien sûr très archétypaux mais plutôt sympas. Et parmi ces personnages : Raistlin Majere.

Raistlin est un magicien mais rien à voir avec les robustes Gandalf ou Merlin, souffreteux, chétif, secoué d’une toux incessante, Raistlin évoque la faiblesse bien plus que la puissance. Et pourtant, c’est un personnage inquiétant avec ses yeux en sabliers par lesquels il ne voit que le temps qui passe et la mort. On le voit haïr son frère jumeau, le robuste Caramon qui pourtant n’aspire qu’à le soutenir et le protéger. Mais cette protection, renvoie bien trop Raisltin à sa faiblesse, lui qui est tellement avide de pouvoir qu’il se laissera corrompre par un esprit maléfique.

En fait, si l’heroïc fantasy se prête souvent assez mal à la symbolique chrétienne, Raistlin Majere est quand même une assez bonne image de cet humanité qui n’a de cesse de s’opposer à Dieu : Avide de puissance, refusant toute assistance, ne voyant que la mort, il est bien ce que Paul appelle notre « vieil homme ».

Vignerons assassins, bâtisseurs aveugles

5 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 5 octobre

Esaïe V, 1 à 7

Romains XI, 25 à 32

Matthieu XXI, 33 à 46

 

« Ils respecteront mon fils », « Il fera mourir misérablement ces misérables » et « la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue pierre angulaire ». C’est avec ces trois versets que nous entrerons dans la parabole des vignerons assassins

 

« Ils respecteront mon fils ». Tout au long de cette parabole d’une violence inouïe, marquée par une surenchère de meurtres et de tueries, s’écrit une histoire d’amour. D’abord, pour planter le décors, Jésus cite une autre parabole, qu’il emprunte à Esaïe : la parabole du bien aimé et de la vigne (Esaïe V, 1 à 7). Et comme Esaïe, il dit de quels soins, le propriétaire a entouré sa vigne, de quel amour il l’a plantée et cultivée. Esaïe et Jésus s’accordent pour dire que jamais jardinier ne s’occupât plus méticuleusement, plus amoureusement de son jardin.

A cet amour pour la vigne, Jésus ajoute une incroyable patience, et même plus, du maître pour ses vignerons. Un premier refus, puis un deuxième, puis un troisième, puis d’innombrable. Et le maître continue à demander son bien, sans se lasser, sans faire appel à la force pour faire valoir son droit. Jamais créancier ne se montrât plus patient pour recouvrer une dette ; Et, à la patience de ce propriétaire, les vignerons ne répondent que par une surenchère de violence. La bonté qui leur est témoignée semble exciter leur méchanceté. Et, au moment où toute patience humaine serait épuisé, où n’importe qui aurait cessé d’espérer une résolution à l’amiable de ce conflit, le propriétaire a cette phrase incroyable : « Ils respecteront mon fils ».

« Ils respecteront mon fils… » Les vignerons n’ont-ils pas déjà prouvé leur résolution à la révolte et au refus ? N’ont-ils pas assez démontré leur hostilité envers leur maître ? Le propriétaire se sent-il à ce point intouchable ? S’il était ici  question du sentiment de supériorité d’un grand seigneur, le fils en question viendrait à la tête d’une armée pour réclamer son dû ! Mais le fils vient seul et j’y vois surtout la marque d’une incroyable confiance. Le propriétaire garde sa confiance à des vignerons qui ont prouvé 20 fois qu’ils n’en étaient pas dignes !

Là où le viticulteur d’Esaïe désespérait de sa vigne qui ne donnait qu’un fruit infect, celui de Jésus maintient sa confiance dans des vignerons dont il ne récolte que révolte et meurtre. Une confiance au-delà de toute raison, une confiance que notre intelligence humaine qualifierait de stupidité « Si tu me trompes une fois, honte sur toi. Si tu me trompes deux fois, honte sur moi » dit l’adage. Et 20 fois ? Et 100 fois ? ….

Et le propriétaire envoie son fils, c'est-à-dire qu’il vient lui-même. Il est en effet inutile de préciser que cette parabole renvoie à la venue de Jésus et à sa mort toute proche…

A ce sujet ouvrons une parenthèse : par cette parabole, Jésus rend possible une lecture de la croix comme un évènement inattendu, imprévisible pour le propriétaire lui-même. « Ils respecteront mon fils ». Dans cette optique, Jésus (l’Emmanuel, Dieu avec nous), ne vient pas pour être crucifié mais précisément parce qu’il est celui qui sera épargné, parce que si l’homme peut récuser les prophètes et les témoins de Dieu, il ne peut pas refuser Dieu lui-même… Hélas ! L’opposition de l’homme à Dieu dépasse les frontières du possible ! Toutefois, je ne suis pas certain que l’on puisse légitimement construire toute une lecture de la croix sur cette parabole : ce serait oublier les annonces de la mort de Jésus « Il faut que le Fils de l‘homme soit livré aux pécheurs, qu’il soit crucifié et qu’il se relève le troisième jour. » (Luc XXIV, 7). En revanche, l’histoire des vignerons meurtriers vient ouvrir une brèche dans notre compréhension de la croix comme un événement planifié à l’avance. Ce serait falsifié les textes que d’essayer de faire coïncider ces deux lectures de la croix entre elles. Mais elles sont toutes les deux bien présente et j’y vois un rappel : la croix doit rester un scandale, une folie et toute tentative pour l’enfermer dans un discours trop cadré reviendrait à amoindrir ce scandale, à atténuer cette folie. Fin de la parenthèse.

 

Le fils est mis à mort par les vignerons, Dieu est crucifié par la soif de l’homme à être seul maître à bord. Que va faire alors le propriétaire ?

« Il fera périr misérablement ces misérables » Et nous franchissons une étape de plus dans cette spirale de mort, la surenchère de la violence monte d’un cran. De modèle de confiance et de patience, le patron devient justicier sanguinaire…

Mais ce n’est pas Jésus qui donne cette fin à la parabole, ce n’est pas lui qui répond ainsi à la question. L’auditoire de Jésus donne cette réponse parce que c’est comme ça que l’homme fonctionne : la violence appelle la violence. Il faut que les méchants soient punis. Il faut que les ennemis périssent. Ainsi le veut notre logique humaine. Et cette logique est bien sûr très présente dans les textes bibliques qui restent bien des témoignages humains. Mais à côté de cette logique de rétribution et de violence, on trouve aussi, à travers toute l’Ecriture, une autre logique : celle de l’espérance « Il y a un reste en Israël » : tous n’ont pas trahis le Seigneur, celle de la conversion « je changerai leur cœur de pierre en cœur de chair », celle du pardon « ton péché, je ne m’en souviens plus ».

Eh bien, si les chrétiens ont, hélas, essayé d’appliquer la logique humaine, s’ils ont à plusieurs reprises prétendu venger Dieu, l’Histoire nous montre que Dieu a choisi une autre voie, qu’il ne s’est pas détourné d’Israël. Si notre pratique humaine nous a fait plonger dans la spirale de la violence et de la mort, Dieu a emprunté une autre voie, annoncée par Paul : « Tout Israël sera sauvé » (Romains XI, 26)

 

Mais pouvons-nous en rester là ? « La pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue pierre angulaire.» Pouvons-nous réellement nous contenter de voir dans ces bâtisseurs, les scribes et pharisiens de l’époque de Jésus ? Si nous agissons ainsi, alors nous sommes encore plus aveugles qu’eux !

Pour s’adresser aux scribes et aux pharisiens, Jésus ancre solidement sa parabole dans l’Ecriture : elle commence par une citation d’Esaïe et se termine avec le psaume 118. Ainsi leur montre-t-il que cette Ecriture dont ils se réclament, s’adresse à eux et ils finissent bien par se reconnaître dans les vignerons assassins que dépeint Jésus…

Et nous ? Comment recevons-nous l’Ecriture ? Allons-nous brandir la Bible comme si elle nous justifiait ? Allons nous crier « Que l’on fasse mourir misérablement ces misérables » en pointant du doigt les pharisiens d’aujourd’hui qui sont, forcément, ceux qui ne pensent pas comme nous ? Ou bien allons-nous nous laisser interpeller par l’Ecriture ?

Car après tout, comment passe-t-on des vignerons aux bâtisseurs ? C’est simple, ce sont ceux qui travaillent. En travaillant à la vigne, les vignerons ont fini par s’en croire propriétaires. En comptant sur leur propre habileté, sur leur capacité de discernement, les bâtisseurs ont rejeté la pierre même qui tiendrait tout l’édifice… Vignerons et bâtisseurs, c’est bien ce que nous proclamons être, nous qui portons le poids du monde, qui mettons sans cesse en avant notre travail, notre action, nos avancées, nos progrès, en tant qu’individus ou en tant qu’humanité… Ainsi, nous en remettons-nous à chaque fois à nos propres forces pour construire le Royaume de Dieu, notre salut, notre vie. Et, à chaque fois, nous nous approprions ce qui ne nous appartient pas. A chaque fois, nous rejetons Dieu pour ne compter que sur nous même. Et bien sûr, à chaque fois, nous échouons, nous nous brisons sur cette pierre que nous avions dédaignée ou bien elle nous écrase : en effet, à chaque fois, que nous prétendons faire par nous-même, Jésus Christ nous rappelle que nous ne pouvons pas aller jusqu’où il a été.

 

Frères et sœurs, l’Ecriture n’est pas là pour nous conforter contre les autres, bien au contraire, c’est chacun de nous qu’elle met à nu, c’est notre propre refus de Dieu qu’elle dévoile. Mais, ce n’est pas pour nous anéantir ou nous condamner qu’elle le fait. Si l’Ecriture nous conduit à désespérer de nous-même qui sommes faibles, c’est pour nous conduire à espérer en Dieu qui est fort et infiniment patient.

Quelle merveille ! Alors que, piètres bâtisseurs, nous avions rejeté la pierre qui, seule, pouvait soutenir tout l’édifice, elle est devenue pierre d’angle, temple vivant que nos mains n’ont pas construit mais qui est pour nous présence de Dieu. Quelle merveille ! Alors que sans cesse, nous le rejetons, voici que Christ nous accueille ! Quelle merveille, alors que tous nous étions enfermés dans la désobéissance, Dieu nous fait miséricorde !

 

Amen

Barthien ?

4 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Je m'en aperçois grâce aux très gentils mails d'encouragement que je reçois ces temps-ci (je n'y réponds pas toujours mais, vous qu'y m'écrivez, soyez persuadés que vos messages me sont précieux), je n'écris pas beaucoup ces temps-ci. Plusieurs facteurs expliquent cela. L'un de ces facteurs, c'est ma plongée dans La Dogmatique de Karl Barth qui ralentit considérablement ma lecture d'autres oeuvres de théologie et, par voie de conséquence de notes de lecture. Et ça risque de durer un bout de temps : j'en suis au 4eme tome d'une oeuvre qui en compte 25... J'hésite un peu à vous inonder d'extraits, Miettes de théo n'a pas vocation à devenir un lieu si sérieux. Mais bon, vous y aurez sans doute droit de temps à autre.

En effet, quand je suis entré dans le ministère, un de mes collègues à la retraite me disait : "Tu es libéral ? Bah, c'est un passage obligatoire vers le barthisme..." Eh bien, je dois bien reconnaître qu'il avait raison... Restons méfiant vis à vis des étiquettes théologique, je garde une hostilité profonde à l'égard de la notion de dogme, je reste attaché à une lecture libre et critique de la Bible et donc assez proche d'un certain libéralisme. Mais je me retrouve profondément dans la pensée de Karl Barth et notamment dans ce qui me paraît être son opposition la plus essentielle à ce qu'il appelle le néo-protestantisme : le refus et la condamnation de toute concession à l'humanisme...

Certains ricaneront sans doute en me rappelant que quand je lis Ellul, je me sens "ellulien". Ce n'est pas faux mais je soupçonne Ellul d'être barthien...

Mais qu'importe ces adjectifs, ce qui compte, c'est que je lis quelque chose qui me passionne.

Et puis je compte bien continuer à sévir ici en réduisant des concepts complexes à leur forme la plus élémentaire (ça, c'est pas Barth, c'est une citation de Buffy contre les vampires (le titre auquel vous avez échapper : BB : de Barth à Buffy))…

Balayer devant sa porte

29 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Des intellectuels protestants français réagissent au discours du pape titre Réforme. Chic ! Je vais savoir ce qu'il me faut dire sans même me donner la peine de lire les discours du pontife. Bon, sur les 3 pages annoncées, Olivier Abel et Jean-Paul Willaime  n'en occupent guère qu'une et demie alors que l'article de présentation générale résonne de manière un peu trop people à mon goût. Etait-il bien utile de préciser qu'alors que les autres ministres arrivent en couple Rachida Dati est venue seule avec son ventre rebondi ?
Premier bon point, nos intellectuels ne laissent pas le pape leur faire oublier le théologien. C'est bien sur son discours plus que sur ce que représente Benoît XVI que se porte l'essentiel de leur attention. Mais comme il est serait assez vain de ma part de commenter les commentaires d'un discours que je n'ai pas encore lu, c'est bien sur les propos sur ce que représente le pape d'Abel et de Willaime que je m'arrêterai. "Au cours de son voyage, Benoît XVI a mis en garde contre la séduction des idolâtries. Pourtant, tout ce cérémonial autour du pape est quand même de l'idolâtrie ! Il y a un culte de la personnalité absolument incroyable !" déclare Olivier Abel. Je suis évidemment d'accord et dans le cadre d'un débat oecuménique, d'une disputatio avec droit de réponse, j'applaudirais des 2 mains. Mais dans la tribune d'un hebdomadaire protestant, sans évoquer du tout nos propres idolâtries comme, par exemple, le rapport assez ambigu du protestantisme français à son histoire, cette sortie me gêne un peu. Non pas dans un souci de diplomatie oecuménique, mais plutôt à cause d'une histoire de paille et de poutre... J'ai donc une préférence marquée pour l'attitude d'un Willaime sur un autre aspect : "Après les Bernardins, il y eut Lourdes, Bernadette, la Vierge et les espoirs de guérison de millions de pèlerins renforcés par la présence du pape. Autre facette du catholicisme bien sûr ! Mais permettez au sociologue que je suis de rappeler que le religieux a aussi des dimensions plus expérientielles, sentimentales, populaires, voire magiques. Le protestantisme dans la diversité de ses expressions n’échappe pas à la règle. Au sein du catholicisme comme au sein du protestantisme cela suscite des tensions et représente bien des défis. L’œcuménisme catholico-protestant, c’est aussi un œcuménisme de la complexité où chacun peut renvoyer l’autre à ce qui peut lui apparaître comme des contradictions."

Valse avec Bashir

24 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Tout commence comme dans un rêve. Des morceaux de souvenirs passés à la moulinette de l'imaginaire. C'est étrange la mémoire... Et Ari part à la recherche de ses souvenirs du Liban, interviewant ses compagnons de l'époque ainsi que d'autre témoins. Le dessin, les voix contribuent à nous faire vivre cette ambiance de guerre dans une torpeur étrange, presque onirique. Mais au lieu de créer de la distance, cette atmosphère, nous rapproche étrangement de Ari qui, bien que présent lors de ses évènements, ne les a vécu que comme à travers les yeux d'un autre.

C'est étrange la mémoire. Des noms, des évènements reviennent à travers le dessin animé qui ont été en arrière plan de mon enfance, des noms qu'on lisait dans les journaux, qu'on entendait à la radio, nous parlant d'une guerre pas si lointaine à laquelle je ne comprenais rien. Avec Valse avec Bashir, je vois ces morceaux épars du puzzle se rassembler pour former l'image insoutenable d'un massacre dont je dois bien, à ma grande honte, reconnaître que je ne savais pas grand chose ; un massacre, qui amenuise encore tout espoir de paix au Moyen Orient, si cette paix dépend de l'homme seul.

Jour de paye, jour d'embauche

21 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 septembre
Esaïe LV, 6 à 9
Philipiens I, 20 à 27
Matthieu XX, 1 à 16

« Si tu respectes ma loi, je te mènerais vers un pays où coulent le lait et le miel. » « Si tu te conduis bien, tu iras au paradis ». Et, d’un autre côté : « si la sécheresse s'arrête, je t'offrirais mes plus belles têtes de bétail ». « Si je reçois cette promotion, j'irais au culte tous les dimanches pendant, allez, 6 mois ». La religion se traduit toujours dans une logique d'échange entre l'homme et la divinité.
Il n'a donc rien de surprenant à ce que Jésus nous parle du Royaume de Dieu à travers des comparaisons empruntées au monde professionnel. La relation professionnelle est, après tout, une relation d'échange (un travail contre un salaire) dans laquelle on introduit, en plus,  une dimension hiérarchique. Ce qui convient très bien à la religion. S'il y a échange, la divinité n'en est pas moins le supérieur hiérarchique ultime. Rien de surprenant, à cette parabole des ouvriers.

Le Royaume des cieux est donc semblable au pire des patrons. Au pire des patrons sur un plan économique, sur un plan relationnel et, enfin sur un plan éthique.
Le pire des patrons sur un plan économique, cela saute aux yeux à la lecture de la parabole : payer une heure de travail au même prix qu'une journée, c'est quand même du grand n'importe quoi. Ça relève autant de l'incitation à la paresse (pourquoi donc me fatiguerai-je puisque le résultat sera le même) que du mépris du travailleur (ainsi, ni mon zèle, ni ma peine ne seront reconnus).
Le pire des patrons sur un plan relationnel parce qu'il pousse le vice jusqu'à afficher son injustice aux yeux de tous. Il aurait été si simple de payer d'abord les ouvriers de la première heure. Ainsi, tout le monde aurait été content. Mais non, notre patron se plaît à faire du scandale...
Pire que tout cela, il y a cette petite phrase qui devrait réunir le communiste le plus militant et le capitaliste le plus convaincu dans le même sursaut d'horreur : Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Mais quand un travail est fait, le salaire est un dû. On peut considérer qu'il n'appartient plus à celui qui le verse. Et voilà que notre patron affirme faire acte de charité en donnant leur salaire à ses ouvriers.
On peut, bien sûr s’arrêter là et affirmer qu’a la justice de Dieu, le patron donne aux ouvriers de la première heure ce qui est juste, s’ajoute sa bonté et il donne aux ouvriers de la onzième heure ce qui est charitable. C’est une lecture tout à fait valable et justifiée. A condition toutefois qu’elle nous pousse à regarder au fond de notre cœur et à nous poser à nous même cette question : « ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » Autrement dit « N’ai-je pas tendance à regarder d’un sale œil la bonté de dieu quand d’autres que moi en bénéficient ? ».

Mais, on peut également discerner dans cette parabole, une brèche bien plus profonde. Et si, ce «Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? » s’appliquait à toute la parabole ? Et si, de la logique religieuse de l’échange, du salaire, la parabole des ouvriers nous faisait passer d’un discours de don ?
Ah mais tout de même il est bien question de travail et de salaire dans cette parabole ! Sans doute, mais, ce travail n’est-il pas déjà de l’ordre du don ? Le fait même d’envoyer ses ouvriers à la vigne n’est-il pas de la part du patron de la parabole une grâce ?
J’en vois deux signes. Tout d’abord le patron sort « à répétition », par 5 fois, pour aller embaucher des ouvriers. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas trouvé suffisamment d’ouvriers la première fois : sa question aux ouvriers de la dernière heure est claire « Pourquoi restez vous ici tout le jour sans rien faire » S’ils sont restés tout le jour, c’est bien qu’ils étaient là dès le matin. Et ce n’est pas non plus parce qu’il a besoin de toujours plus d’ouvriers : à quoi peuvent bien servir les ouvrier de la dernière heure ? Si le patron embauche les ouvriers de la dernière heure, c’est pour eux, parce que personne n’a voulu d’eux. Ainsi, l’embauche elle-même est bien une grâce.
Mais surtout, le signe le plus flagrant que tout est don dans cette parabole, c’est son introduction : Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui sortit de grand matin embaucher des ouvriers pour la vigne. Nous sommes tellement conditionné à voir le Royaume des Cieux comme une récompense post-mortem quand nous nous focalisons immédiatement sur l’heure de la paye. Mais la parabole ne nous dit pas « Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui rassemblât ces ouvriers après une journée de travail. » C’est bien dès le point du jour que commence le Royaume et l’embauche elle-même est bien une grâce.

Mais ce Royaume des cieux qui commence avec l’embauche, cet appel à aller travailler à la vigne qui est une grâce, devrait déjà susciter en nous une certaine indignation… « Quoi ? C’est ça le Royaume des cieux ? » Mais où sont les félicités éternelles ? Où sont la douceur et le repos ? Où est la protection de Dieu ? »
Mais où diable sommes nous allés chercher tout ça ? Où somes nous allés chercher que le Royaume des cieux étaient un jardin de délices que nous rejoindrions après notre mort ? Pas dans les évangiles en tout cas ! Et même pas dans le Nouveau Testament ! A aucun endroit, le Royaume de Dieu n’y est présenté comme une douce récompense pour après la mort. Le règne de Dieu c’est de prendre sa croix et de suivre Jésus le Christ, le règne de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer (…) En effet, le règne de Dieu est au milieu de vous.

Mais alors, en quoi y a-t-il matière à rendre grâce ? Pourquoi devrions nous louer Dieu ? Pourquoi aspirer à ce Royaume s’il s’agit d’aller travailler à la vigne ?
Eh bien écoutons notre soif d’être reconnu, accepté, écoutons notre faim de nous sentir utile. Et entendons-le qui nous appelle. C'est-à-dire qu’il veut se servir de nous, lui qui n’a besoin de rien. C'est-à-dire qu’il nous reconnaît et qu’il nous donne notre raison d’être, cette utilité réelle et profonde.
Toi, le surhomme de la foi, le pilier de l’Eglise, toi que dieu a pourvu de nombreux dons. Rends lui grâce pour la force qui t’est donnée.
Et toi, toi qui te poses tant de questions ; toi dont la pratique est hasardeuse, irrégulière ; toi qui ne sait pas en quoi tu peux servir ta communauté parce que tu n’as ni force ni compétence particulière. Rends-lui grâce parce que toi aussi tu es appelé et donc aussi indispensable, aussi précieux que le sont les autres.

Et tous, frères et sœurs, rendons lui grâce car il ne nous reconnaît pas à la mesure de nos compétences, de notre persévérance, de la durée de notre travail : il nous reconnaît à la mesure de son amour. Un amour qu’il nous donne sans compter. Rendons lui grâce parce qu’il est le maître, parce qu’il fait ce qu’il veut de ses biens et qu’il nous les donne. Rendons-lui grâce parce qu’il est bon.


Le chapeau d'Indiana Jones

19 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Certains ont vu dans l'apparition du fils d'Indiana Jones, un désir de rajeunir la franchise. Peut-être la logique commerciale prendra-t-elle le dessus mais l'image finale est claire : Harrisson Ford reprend son chapeau à Shia Labeouf avant que celui-ci ne le mette : Indy ne passera pas le relais à son rejeton. Cette transmission du vêtement comme passation du relais est une constante dans la Bible et c'est une belle image de la relation entre l'individu et la fonction. Tout d'abord, comme le vêtement, la fonction identifie celui qui la porte : comme un vêtement, bien plus qu'un vêtement, ma fonction modifie l'image que l'autre a de moi. Le roi David n'est plus tout à fait le même que le berger de Bethléem, même s'il demeure David. Bien sûr, cette influence de la fonction sur celui qui l'occupe est une influence réciproque. Tout comme un vêtement est porté différemment selon les personnes, tous n'habitent pas la même fonction : Esaïe ne prophétise pas comme Ezéchiel même si tout deux sont porteurs de la parole de Dieu. Enfin, tout comme la le vêtement, la fonction est amovible : elle n'est pas peinte sur notre peau comme les uniformes des soldats de plomb, elle peut s'enlever ou plutôt, dans le cas de la fonction biblique, elle peut nous être retirée. En effet, une image n'est jamais parfaite et la plus grande différence entre le vêtement et la fonction biblique, c'est que généralement on choisit soi-même ce que l'on porte et on s'habille. Il en va autrement de la fonction biblique. Tout comme ce n'est pas l'homme qui s'en revêt, mais Dieu qui l'en revêt, l'homme ne choisit pas de se démettre de sa fonction mais il en est démis, pas de lui-même, pas non plus par décision de ses pairs ou d'un collège autorisé mais par Dieu seul. L'exemple de la fin de la royauté de Saül est éloquent (I Samuel XVI) Saül ne sait pas qu'il n'est plus roi, le peuple d'Israël l'ignore également. Et pourtant, dans le secret le plus total, Dieu s'est choisi un nouveau roi. Le règne de David commence dès son onction, bien avant qu'il s’asseye sur le trône. Et si ses descendants règnent après lui, c'est moins en vertu d'une loi humaine que de la fidélité de Dieu. En va-t-il de même dans notre Eglise ? Avons-nous l'humilité de reconnaître qu'aucun ministère n'est à vie ? Et, si la reconnaissance de notre ministère par nos frères et soeurs est indispensable (David, choisi par Dieu, est oint par Samuel), nous souvenons-nous que ce n'est pas cette reconnaissance qui fonde le ministère ? Savons nous éviter de nous cramponner à notre service comme Saül à son trône ou Indiana Jones à son chapeau ?

Visite pontificale

16 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Le pape est en France. Famille et amis me titillent gentiment pour voir ce que je vais en dire. Peut-être que certains de mes lecteurs ("mes lecteurs", faudra que je creuse un jour cette expression si douce à l'ego) m'attendent peut-être sur la question. Mon sentiment tient en dix lettres : "Je m'en fiche".
L'effervescence des catholiques français m'indiffère. Je la comprends, qu'elle s'exprime en terme de joie ou d'agacement. Mais, en tant que protestant, je n'ai aucune raison de faire miens cette joie ou cet agacement. Benoît XVI est sans doute mon frère en Jésus Christ mais il n'est ni mon berger, ni mon chef, et encore moins mon père. Sa conception de l'Eglise n'est pas la mienne. Sa théologie n'est pas la mienne. Son anthropologie n'est pas la mienne. Il m'arrive de souligner ces différences, mais mon protestantisme est aujourd'hui bien plus qu'une réaction au catholicisme romain. C'est une affirmation de l'Evangile, de l'amour inconditionnel de Dieu. C'est une protestation contre l'orgueil de l'homme et contre la mal-mesure de l'homme. Parfois, l'Eglise catholique me rejoint dans cette affirmation et me soutient dans ma protestation. Parfois, elle est la cible de ma protestation. Parfois aussi, elle est protestation contre mes propres contre-témoignages et me rappelle à l'Évangile. Mais nous ne sommes liés ni pour le meilleur, ni pour le pire, ses positions ne m’engagent en rien et moins encore celles de son pape.
Sans doute lirai-je les discours de Benoît XVI. Peut-être y réagirai-je. Mais que ces discours soient prononcés en France, au Vatican, à Ratisbonne ou à Tombouctou ne change pas grand chose à mes yeux. Je souhaite à Benoît XVI un agréable séjour, je me réjouis pour ceux qui vivent sa présence comme un encouragement pour leur foi, j'encourage mes frères et soeurs catholiques à militer au sein de leur Eglise pour qu'elle vive toujours plus de la bonne nouvelle de Jésus Christ. Mais, franchement, en fait, je m'en fiche...

Merveilles de l'acquis

6 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

C'est la rentrée. Les élèves ont retrouvé le chemin de l'école. La montagne et la plage sont loin derrières.

C'est la rentrée. A certains, le mot évoque une odeur de craie et les carreaux d'un cahier. Pour d'autres, c'est la reprise de la routine, des enfants à réveiller, des devoirs à surveiller et des réunions parents - professeurs par dizaine.

C’est la rentrée. Et nos paroisses elle-même reprennent ce rythme scolaire, synonyme à la fois de routine, d’activité et de nouveauté.

C'est la rentrée. Le moment pour évoquer l'apprentissage, sans ressasser les grèves, la guerre des programmes, le malaise des enseignant mais juste en prenant le temps de nous émerveiller de cette capacité de l'être humain à s'enrichir de savoir tout au long de sa vie.

Parce que nous n'arrêtons jamais d'apprendre : entre les murs d'une salle de classe comme dans un champs d'été ; dans les pages d'un livre comme dans une émission de télé ; dans le travail, dans la discussion ou dans le jeu ; dans le domaine manuel comme intellectuel ; l'indispensable comme le parfaitement inutile. Apprendre, c'est rencontrer la nouveauté, la laisser venir à nous et nous transformer. Apprendre, c'est recevoir.

Aussi, que nos paroisses soient, pour tous des lieux d'apprentissage et des lieux d’enseignements. Des lieux où les savoirs se transmettent sans autre but que l’échange et l’enrichissement.