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Des concombres, des oignons et des cailles : deux folies

12 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #cailles, #Nombre, #exode, #moïse, #consommation

Des concombres, des oignons et des cailles : deux folies

Dans la Bible, des hommes et des femmes oublient, ou abandonnent volontairement, des objets derrière eux. Nous avons ramassés quelques un de ces objets et cette année d’école biblique et de catéchisme, nous vous invitons dans cette salle des objets trouvés de la Bible

Ce dimanche, des objets qui nous viennent d'Egypte, concombres et oignons et un peu de levain...

Prédication du dimanche 11 octobre 2015

Nombres 11, 4 à 23 et 31-35

Après avoir fait sortir le peuple hébreu d’Egypte, Dieu l’a conduit dans le désert, il l’a nourri avec la manne et même, alors que le peuple pleurait pour de la viande, il lui a donné une pluie de cailles. Sauf que l’épisode des cailles que nous avons entendu, c’est en fait l’histoire de deux folies..

La première folie dont je vais parler, ce sont plutôt les adultes qui en souffrent, je crois que vous, les enfants, vous êtes moins atteints… C’est peut-être pour ça que Jésus nous appelle à être comme des enfants…

Parce que les adultes, parce que vos parents sont fous. Vous le saviez ?

Je vais essayer de vous dire en quoi ils sont fous. Imaginez, vous êtes en classe, le prof parle, parle, parle et c’est long et c’est pénible. Mais hier, hier c’était encore pire, vous étiez en classe, votre meilleur copain ou copine n’était pas là, il y avait dictée, vous vous êtes fait interroger alors que, pour une fois, vous n’aviez pas eu le temps de revoir votre leçon et en plus vous aviez oublié votre trousse. Aujourd’hui, c’est juste que le prof parle, parle, parle et c’est looooong Vous imaginez ? Eh bien, un adulte à votre place, il serait là : « Oh comme c’était bien hier, comme je regrette de ne plus y être…»

Rigolez pas, les adultes, derrière, c’est ce que nous faisons quand nous évoquons le bon vieux temps… Nous pleurons un temps qui n’a jamais existé. C’est ce que faisait le peuple hébreux quand il regrettait la belle époque où il mangeait des concombre, des oignons des poireaux et du poisson en Egypte, en oubliant que son temps en Egypte, c’était plutôt ça « Les Égyptiens les traitèrent durement, comme des esclaves ; ils leur rendirent la vie insupportable par un travail pénible : préparer l’argile, faire des briques, exécuter tous les travaux des champs. Bref, ils leur imposèrent sans pitié toutes sortes de corvées. » Exode 1, 13-14

Seigneur, garde nous de nous enfermer dans un passé que nous inventons. Donne-nous la force de traverser le présent même quand il est difficile.

La deuxième folie, elle est peut-être un peu mieux partagée, vécue par les enfants comme par les adultes… Vous est-il déjà arrivé de manger des bonbons jusqu’à en être malades ? De regarder la télé ou de jouer sur une console jusqu’à en avoir mal à la tête ? Si oui, vous connaissez peut-être ce moment où on se rend compte qu’on abuse, que ça commence à tourner mal mais où on est tellement lancé qu’on ne peut pas s’arrêter.

Eh bien, c’est ce qui arrive au peuple hébreux avec les cailles… « Super, se disent les hébreux » Dieu envoie encore plus de ravitaillement, il répond à nos réclamations et nous pouvons arrêter de travailler la manne au quotidien, nous pouvons faire des réserves et nous gaver de viande. Seulement, ce qu’on oublie souvent quand on évoque l’épisode des cailles dans le désert, c’est que c’est finalement une abondance mortelle, c’est un moment où Dieu frappe son peuple.

Alors, je ne crois pas que Dieu frappe son peuple. En revanche, je crois que nous prenons parfois des malédictions pour des bénédictions. Et je crois que nous traversons un épisode de caille et que nous commençons à nous en rendre compte. Notre société mange, mange, mange, consomme, consomme, consomme. Nous accumulons les richesses et longtemps nous avons cru que c’était une bénédiction de Dieu ou plutôt des dieux Economie et Technique. Nous commençons à nous rendre compte que ces cailles vont nous rester sur l’estomac. Et pourtant, nous continuons à nous gaver…

Seigneur garde nous de croire qu’avoir toujours plus est une bénédiction et un but. Garde nous de toujours vouloir entasser et accumuler. Donne-nous de vivre de ce qui est donné.

Frères et sœurs, nous pouvons laisser derrière nous le levain d’Egypte, le levain de nos esclavages. Nous pouvons laisser derrière nous nos rêves d’un bon vieux temps et d’un âge d’or pour entrer dans le présent. Nous pouvons laisser derrière nous nos soifs de richesse pour entrer dans la manne, le don de Dieu et la tâche simple qu’il nous donne d’accomplir.

Amen

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Beth Kangourou

10 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Kangourou, #Famille, #Maison

Beth Kangourou

Un petit mot à ma famille, lors des obsèques de ma grand-mère

Veuille maintenant bénir la maison de ton serviteur, pour qu’elle soit à jamais en ta présence. Car c’est toi, Seigneur DIEU, qui as parlé, et par ta bénédiction la maison de ton serviteur sera bénie à jamais.

2 Samuel 7, 29

Kangourou était fatiguée. Et régulièrement, ça donnait "Dis, le pasteur quand est ce que tu dis au bon Dieu de me rappeler". Et toujours ça m'embêtait et ça m’énervait un peu. Ca m’embêtait parce qu'égoïstement je n’étais pas spécialement pressé. Et ça m’énervait surtout parce que je ne crois pas en un Dieu qui rappelle à lui. Moi, je crois en un Dieu qui donne.

Et à travers Kangourou, à travers d’autres aussi, Dieu m'a donné une maison. Je ne parle pas d’un appartement à Sèvres, ni d’une maison dans les Alpes, je veux dire, une maison au sens biblique. Et dans la Bible, une maison ce n'est pas seulement un bâtiment, c'est une famille. Une famille au sens le plus large, une famille pas seulement établie par les liens du sang mais celui des alliances et des amitiés.

A travers Kangourou, avec Kangourou, Dieu nous a donné d'habiter une maison.

Une maison de fous, peut-être, un peu biscornue, un peu hétéroclite, un peu turbulente et bruyante. Une maison toujours ouverte même si pas toujours très égalitaire. Une maison pleine d'humour. Une maison assez pleine d'amour pour qu'on n’ait pas besoin de l'idéaliser, pour qu'on puisse dire qu’il n’est pas toujours facile d’y habiter, qu'elle est un peu englobante, un peu étouffante parfois, un peu cancanière, qu'on y entend des paroles injustes, des mots blessants. Et Kangourou, comme nous tous, participait à ces défauts… Elle les subissait et en souffrait aussi....

Mais voilà, c'est notre maison. Et aujourd’hui, il nous semble qu’elle vacille sur ses fondations, mais elle est solide. Parce qu'elle en a traversé des tempêtes, on en a vu des tremblements de terre (je pense à papa Fanfan, Marie Claire, Olivier et aujourd'hui Kangourou.) Mais la maison reste debout.

Et aujourd'hui quand je vous regarde, maman et papa, vous mes oncles et tantes, vous mes grands oncles et grands tantes, vous ma fratrie, vous mes cousins et cousines (comme les générations se croisent, comme je vous ai tous vu arriver, et comme je n’échappe pas aux tares familiales, j’englobe les conjoints et les enfants), toi Laurence et toi, Madian, quand je pense à ceux qui ne sont pas là, qui pensent à nous et qui nous manquent aujourd’hui, oui, quand je vois tous ceux qui sont rassemblés sous la bannière du Kangourou, je sais où j'habite.

Et, pour cette maison, parce que Kangourou y a habité avec nous, même si c’est dur aujourd’hui, je n'ai pas fini de rendre grâce à Dieu et, à vous tous, de dire merci et d’ajouter ces petits mots qu’on ne dit pas souvent dans la famille : je vous aime.

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C'est mon droit !

4 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Marc, #Divorce, #Répudiation, #Loi

C'est mon droit !

Prédication du 4 octobre 2015

Genèse 2

Deutéronome 24 1 à 4

Marc 10, 2 à 16

Comme on aimerait l’esquiver ce texte… Comme on aimerait expliquer que le divorce et la répudiation, ce n’est pas tout à fait la même chose, que l’époque de Jésus n’est pas la nôtre… Mais soyons franc, cela n’est qu’esquive et dérobade, surtout que dans notre société, bon nombre de séparations sont de fait des répudiations et non des divorces (pensez au PACS, au couples libres…) Mais quand même, qu’est qu’on aimerait l’éviter ce texte qui nous semble tellement piégé…

D’ailleurs, nous avons raison, cette question est effectivement un piège. Les pharisiens veulent-ils mettre les connaissances de Jésus à l'épreuve ? Espèrent-t-il qu'il s'emmêlera dans cette question difficile ? Le texte n'est pas très clair sur la nature de ce piège mais C'est un piège. C'est d'ailleurs le même verbe que pour parler de la tentation de Jésus au désert.

Du coup, nous devrions nous interroger sur notre propre tendance à utiliser la Bible pour mettre l'autre à l'épreuve, pour voir comment il se dépatouillera de tel ou tel dilemme éthique. (peut-être même qu’ici, en entendant la lecture certains se sont demandé comment j’allais m’en sortir) Bien sûr, c'est sans doute un danger qui concerne plus les pasteurs qui paraissent adorer ce genre de joute à coup de citations bibliques, mais il est bon que chacun ici s'interroge, quand je cite la Bible est ce comme une lampe sur ma route, un éclairage pour ma vie ou bien, Est ce comme le projecteur que je braque dans les yeux de l'autre pour l'obliger à se révéler, pour le mettre à l'épreuve. ?

La question est un piège mais Jésus accepte d'entrer dans l'épreuve, dans le piège tendu par les pharisiens. Il ne s'en tire ni par un refus, ni par une pirouette. Comme lors de la Tentation, Jésus répond à l'Ecriture par l'Ecriture, à la loi citée par les pharisiens, il répond par un autre passage de la loi. En effet, la loi sur la répudiation et la création du monde appartiennent au même ensemble du corpus biblique, nous l'appelons le Pentateuque, les juifs l'appellent la Torah, la loi. Et à l'époque de Jésus, cette Torah était réputée avoir été écrite toute entière par Moïse. Bref, contrairement à ce qu'une lecture un peu rapide pourrait laisser croire, Jésus n'oppose pas la parole de Dieu à celle de Moïse, il met en tension deux passages de la révélation faite à Moïse.

Or, Jésus n’annule pas un passage par un autre, il n’explique pas que la prescription de Moïse est caduque, il ne supprime pas le droit de répudiation. Simplement, il explique ce droit, cette permission …

« Au commencement de la création, il n’en était pas ainsi… » Jésus rappelle le projet de Dieu. Ce projet, ce n’est pas un idéal à atteindre, c’est la vérité de l’humain, de l’homme, de la femme et du couple. La vérité de l’humain c’est d’être créé pour la vie, pour la fidélité, pour s’épanouir dans le couple, pour aimer les autres, pour servir Dieu. Voilà ce qu’est l’humain.

Hélas, inexplicablement cet humain est abimé, il ne fonctionne pas comme il devrait. Pas la peine de le ramener au magasin, c’est toute la série qui est défectueuse. Il y a un mot pour cela qu’on a malheureusement limité à la seule dimension morale, qu’on entend comme synonyme de faute morale: le péché. Je ne lance pas le débat ce matin de savoir s’il faut changer le mot ou l’expliciter d’avantage. J’indique juste qu’il faudrait déjà étendre la signification de faute, qui est à la fois le crime et l’erreur, et que ce registre de la faute est de toute manière insuffisante à définir le péché. En bref, le péché, c’est tout (faiblesse morale, intellectuelle, physique,..) tout ce qui fait que l’humain n’est pas ce qu’il devrait être.

En nous renvoyant au projet initial, Jésus nous explique la loi.

Tout d’abord, la loi n’est pas seulement ce qui juge et condamne, ce qui dénonce notre péché. La loi est aussi parfois ce qui permet, ce qui aménage un espace où nous pouvons être avec notre blessure, notre faiblesse, notre défaut, notre péché devant Dieu : « parce que vous êtes mauvais et endurcis de cœur, Moïse vous a permis de répudier vos femmes », parce que vous êtes enclins à la violence dès votre jeunesse, Noé vous a permis de consommer de la viande.

Cependant, habiter cet espace ne signifie certainement pas que nous n’ayons plus rien à nous reprocher, être en règle ne signifie pas être juste et bon. Et c’est bien là, la leçon que Jésus donne aux pharisiens. Il ne remet pas en question la loi de Moïse, il ne leur interdit pas de répudier leurs femmes, il leur interdit de se croire justes quand ils le font.

Et puis, Jésus va mettre les points sur les « i », il va, encore, radicaliser ses propos : Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l’adultère envers la première, et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’adultère.

Mais ses propos tellement durs, il ne va pas les tenir face à la foule ni face aux pharisiens, il les tient uniquement pour ses disciples… Pourquoi ?

  • Est-ce-que les disciples ont plus besoin que les pharisiens que Jésus leur explicite la portée de ce qu’il vient de dire. Cela pourrait s’envisager si le dialogue avec les pharisiens n’était pas public mais les foules sont là…
  • Pour entendre des paroles aussi fortes, il faut être pur entre les purs et seuls les disciples de Jésus, les vrais, peuvent le supporter. Jésus serait celui qui ajoute de la loi à la loi, de l’exigence à l’exigence et ses disciples seraient en fait de super-pharisiens.
  • Ou bien, au contraire, face aux pharisiens, obsédés de pureté, face aux foules, persuadées qu’il faut être juste pour se tenir devant Dieu, Jésus préfère ne pas aller jusqu’au bout. Mais devant ses disciples qui commencent peut être à comprendre que le pécheur peut trouver son pardon auprès de Dieu, Jésus peut dire la réalité de leur péché. Face à celui, à celle qui comprend l’amour de Dieu, qui sait quelle valeur a la brebis perdue à ses yeux, il est possible de nommer le péché.

Oui, si le terme d’adultère est mortel pour le ceux qui sont prisonniers de la loi celui ou celle qui connaît l’amour de Jésus peut s’entendre nommer sa faute, sa blessure et savoir qu’il a le droit de ressusciter, de reconstruire une vie…

Ce matin, je ne voudrais pas que nous nous focalisions sur le mariage, de divorce, de répudiation, ou en tout cas, pas que. Parce qu’il me semble que cette confrontation ne devrait laisser aucun d’entre nous indemne. En effet, comme les pharisiens, nous avons facilement tendance à confondre ce qui est permis et ce qui est juste. Nous avons facilement tendance à revendiquer un droit comme une force pour ne pas faire l’aveu d’une faiblesse. Parce que, comme les pharisiens, nous préférons nous croire justes que nous reconnaître faibles, mauvais et endurcis de cœur…

Je pense à la récente campagne sur l’IVG Je suis persuadé du bienfondé de la loi Veil, justement comme espace aménagé pour tenir compte des accidents une vie. Mais le slogan « mon corps, mon choix, mon droit » me paraît finalement aussi insupportable que les accusations d’IVG de confort… Je ne sais pas si l’IVG est un choix, un droit, je crois simplement que la société doit pouvoir accompagner au mieux des situations de souffrances.

Je pense aux différentes aides financières, aujourd’hui revendiquées, y compris par les plus riches, comme des droits. La société doit, simplement accompagner des situations de fragilités. Peut-être que si nous osions dire que ces aides ne sont pas un droit, mais une aide pour compenser une faiblesse, la manière de les réclamer changerait un peu…

On me dira que ces lois concernent la société et pas Dieu. A l'époque de Jésus, cette distinction n’existe pas entre le religieux et la société, mais d’accord, parlons du droit de chacun à ne pas s’engager, à ne pas lire la Bible, à ne pas prier, à ne pas aller au culte… Ce sont des droit s que je défens. Le problème c’est que nous les revendiquons comme des preuve de notre liberté. Mais ne pas prier, ce n’est pas l’expression de notre liberté, c’est l’expression même de notre esclavage. C’est parce que nous sommes mauvais et endurcis de cœur que l’Eglise nous a permis de ne pas aller au culte, que Dieu nous accorde cet espace où nous prétendons vivre sans lui.

Alors ces espaces aménagés pour notre faiblesse, occupons-les avec reconnaissance et humilité. Et surtout, surtout, occupons les sans poser de jugement sur ceux qui occupent d’autres espaces que Dieu, dans son amour, a aménagé pour eux.

Amen

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Marguerite, la vérité qui guérit

29 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Vérité, #Marguerite, #Croix

Marguerite, la vérité qui guérit

"Il n'y a que la vérité qui blesse". Nous avons tous déjà entendu et prononcé cette petite phrase mortelle qui ajoute encore du dédain à l'insulte, qui coupe court à toute possibilité de défense. Contre ces vérités qui blessent (elles vont généralement par quatre) le film Marguerite nous parle de la vérité qui guérit.

En effet, ce qui va guérir Marguerite de l'illusion dans laquelle elle s'est barricadée, c'est une vérité dite sur ses capacités de cantatrice dite avec une absolue sollicitude, un véritable amour.

C'est bien ainsi qu'il nous faut entendre le jugement prononcé sur l'humanité lors de la crucifixion de Jésus. On pourrait sortir de l'idée juridique, de l'image d'un tribunal où Dieu juge et gracie et entrer dans un hôpital où Dieu dit à l'humain sa vérité : "Voici l'humain, victime et bourreau, voici l'humain écartelé de se prendre pour Dieu et pour le roi". Il serait peut être plus facile de comprendre que le but du diagnostic, c'est la guérison (et que la guérison passe par le diagnostic). La croix, c'est le lieu où Dieu dit à l'homme sa vérité et où cette vérité déchire celui qui la dit plus encore que celui qui la reçoit.

Marguerite nous fait également réfléchir sur les vérités que nous croyons devoir asséner aux autres. Ai-je pour but de gagner mon frère (Matthieu 18, 15) ou ma sœur ? Ou bien ai-je pour but de l'emporter sur lui ou sur elle ?

Suis - je porteur d'une vérité qui me brûle les lèvres et que seules les conventions, les bonnes manières me retiennent de dire ? Alors je suis porteur d'un jugement dont le but est de poser ma supériorité ou d'une de ces quatre vérités qui blessent l'autre pour me soulager moi - même. ..

Suis-je porteur d'une vérité que je ne parviens pas à dire parce qu'il m'est trop difficile de blesser celui qui la recevra, parce que je ne sais pas comment l'accompagner de tout l'amour qui permettra de la recevoir ? Alors je suis porteur de la vérité qui guérira, quand mon cœur aura trouvé le moyen de guider mes lèvres.

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Habacuc et les guetteurs

27 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Habacuc

Habacuc et les guetteurs

Prédication du dimanche 27 septembre

Habacuc 1,1 – 2, 6

Le prophète c'est celui qui parle de la part de Dieu et donc celui à qui Dieu parle. C'est donc assez logique de le trouver sur une hauteur... Mais la hauteur dont parle Habacuc,, c'est un rempart. Le prophète n'est pas un astronome ou un poète, qui contemplerait le ciel en oubliant le monde d'ici-bas. C'est un guetteur qui scrute l'horizon, qui bien loin d'oublier le monde, essaye de l'embrasser d'un seul regard...En tant qu''Eglise, c'est bien ainsi que nous devrions viser les hauteurs, tendre vers le ciel : non pas pour échapper au monde mais au contraire pour regarder ce monde, pour le voir dans ses moindres détails. Pour l'Église, prendre de la hauteur ne devrait pas signifier s'isoler mais tout voir... L'Église devrait être un guetteur qui prend son tour de garde...

Mais il existe plusieurs types de guetteurs. Il y a d'abord Yvain et Gauvain dans Kaamelott., ensuite la vigie des pirates d'Astérix, enfin la sœur Anne dans Barbe Bleue.

Je vais commencer par les pires : Yvain et Gauvain.

J'imagine que tout le monde ne connaît pas Kaamelott, série parodique sur la table ronde et la quête du Graal. Dans la série, Yvain et Gauvain sont les adolescents, c'est à dire une caricature des adolescents dans tout ce qu'ils ont de plus agaçant pour les vieux que nous sommes. Yvain est le perpétuel blasé : toujours négatif, jamais partant pour rien. Sa phrase type : «j'suis trop gavé, là». Gauvain, au contraire, c'est plutôt l'enthousiaste, celui qui est plein de bonne volonté et qui cherche tellement à faire plaisir à tout le monde qu''il n'a plus aucune personnalité.

Alors quand Yvain et Gauvain montent la garde, déjà ils se lèvent à une heure de l'après-midi (rappelez-vous : ce sont des caricatures d'ado) et pire, ils ne prêtent aucune attention à ce qui les entoure, voire ils abandonnent carrément leur poste

L'Église a parfois un peu tendance à disparaître. Quelque fois en se la jouant façon Yvain et en s’isolant dans sa tour de guet : « Alors d'accord, si c'est pour annoncer la Bonne Nouvelle à des gens qui n'y croient même pas et qui vont nous prendre pour des fous, c'est même pas la peine. J'suis trop gavé, là...»

Parfois, au contraire, comme Gauvain, elle veut tellement faire plaisir à tout le monde qu''elle perd toute singularité, tout discours particulier. Bien sûr, on ne peut pas lui reprocher de s'être enfermé dans sa tour : en fait elle n'y est plus du tout. Elle a complètement disparu.

Autre type de guetteur, la vigie du bateau des pirates dans Astérix. Vous savez : les gau, les gaugau, les gaugau...! Sous des aspects comiques, cette vigie est en fait un personnage tragique…

Lui, il tient son poste, il surveille l’horizon et il reste en lien avec les marins. Son problème en revanche, c’est que soit, il n’arrive pas à se faire comprendre « les gau, les gaugau, les gaugau… », ou bien il arrive à se faire comprendre trop tard, soit son annonce provoque une telle panique que les pirates préfèrent saborder leur bateau…
L’Eglise pourrait parfois être ce guetteur incapable de communiquer ce qu’il voit : peut-être parce que son langage (ses mots, ses rites, ses musiques) est devenu trop hermétique, incompréhensible au monde qui l’entoure. Attention cependant, nous confondons vite entre ceux qui ne comprennent pas et ceux qui refusent, et du coup en cherchant à rendre le message « plus clair », nous cherchons surtout à le rendre plus « acceptable »… Ce n’est pas la même chose, chercher à rendre la Bonne Nouvelle plus claire, plus accessible devrait être une obligation pour l’Eglise, le rendre plus acceptable devrait lui être interdit.

Et puis, en entendant le jugement de Dieu, en portant un regard lucide sur l’humain, sur ses faiblesses, sur sa violence, sur ses compromissions, sur son idolâtrie, sur sa capacité à amasser des trésors là où la vermine ronge, l’Eglise pourrait être aussi parfois ce guetteur dont l’annonce est tellement désespérante que finalement, il n’y a plus qu’à lâcher la barre et foncer sur les récifs voire à saborder le navire…

Dernier modèle de guetteur, de guetteuse plutôt, c’est la sœur Anne du conte de Barbe Bleue. Je ne vous rappellerai pas toute l’histoire, mais quand l’épouse de Barbe Bleue demande à son meurtrier de mari de lui laisser 15 minutes de répits pour prier et pendant ses 15 minutes, elle demande à sa sœur Anne qui surveille l’horizon du haut de la tour « Sœur Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ». Et la sœur Anne lui répond avec une lucidité implacable « Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie » pour devenir finalement porteuse d’une bonne nouvelle « Ce sont nos deux frères qui arrivent »

Sœur Anne, c’est peut-être le modèle de guetteur pour l’Eglise.

D’abord parce qu’on ne sait pas ce qu’elle fait là… A chaque fois que j’ai entendu l’histoire, je me suis demandé ce que la sœur Anne faisait sur la tour… Personnellement, si je décidais d’assassiner mon épouse, je m’arrangerai pour que sa famille soit absente. Et en fait, si on y réfléchit, la présence de l’Eglise dans le monde est tout aussi étonnante, tout aussi inattendue.

Et puis, comme la sœur Anne, l’Eglise est impuissante, le salut ne vient pas d’elle. Elle, elle scrute l’horizon et elle dit avec une vérité implacable ce qu’elle voit. Le vide qu’elle annonce, le soleil qui poudroie, l’herbe qui verdoie est aussi terrifiant que le peuple chaldéen que décrit Habacuc. Tout comme sœur Anne, tout comme Habacuc, l’Eglise devrait dire, sans panique, sans désespérance mais sans mensonge le mal qu’elle voit à l’œuvre Dire le mal, mais comme sœur Anne, garder les yeux obstinément rivé sur l’horizon dans l’espoir d’un sauveur qui doit venir, comme Habacuc affirmer « Il viendra, même s’il paraît tarder, attends-le car il viendra ». Etre lucide face au mal et proclamer une folle espérance, voilà le rôle de l’Eglise qui veille.

Alors, sœur Anne est-elle le modèle de guetteur ?

En fait non, il lui manque quelque chose. Comme Habacuc, elle voit le mal et dit le mal qu’elle voit. Comme Habacuc, elle annonce le bien à venir. Mais il lui manque deux choses.

Habacuc ne se contente pas de voir le mal, et de dire le mal qu’il voit, Il le dénonce également et invite les peuples à le dénoncer, à se moquer du hautain. L’Eglise devrait dénoncer bien sûr contre la barbarie de Daesh et la spirale de haine qu’elle déclenche, dénoncer le réchauffement climatique et notre soif de richesse et de confort, dénoncer la folie des puissants tellement rivés sur leurs intérêts à courts termes qu’ils en deviennent aveugles et la résignation des peuples. Dénoncer et inviter les peuples à dénoncer à lancer contre ces fléaux des formules d’une ironie mordante ? Ainsi la Bible nous invite à utiliser parfois l’ironie, la maoquerie comme arme. Et en effet, la moquerie n’est-elle pas une arme, une arme non létale mais une arme d’une incroyable confiance. On reproche aux humoristes, leur arrogance. Mais l’assurance de celui qui a le Seigneur pour abri devrait êlui permettre de rire du méchant, c’est-à-dire du puissant…
De plus, Habacuc ne se contente pas de veiller et de croire, il interpelle Dieu, SEIGNEUR, Tu n’écoutes pas. Je te crie à la violence, tu ne sauves pas. Pourquoi me fais-tu voir la malfaisance ? acceptes-tu le spectacle de l’oppression ?

Appeler Dieu au secours, refuser son silence et son inaction, oser l’interpeler, voici aussi le rôle du guetteur. Cette prière suffit-elle ? Ne vaudrait-il pas mieux agir ? Je crois qu’ici nous retombons dans la logique des hommes, dans le manque de foi et la volonté de nous sauver nous-même. La prière vraie change le cœur de l’homme et elle devient action. Et l’action même de l’Eglise, tout comme sa prédication, tout comme son annonce, tout comme ses chants et ses prières ne devrait pas être autre chose qu’une prière : un appel lancé à Dieu qui seul peut sauver.

Frères et sœurs, c’est aujourd’hui notre tour de garde. Ne soyons ni Yvain, ni Gauvain, ni la vigie du bateau pirate… Sans peur disons ce que nous voyons. Sans peur, affirmons ce que nous croyons. Sans peur, crions vers Dieu pour qu’il vienne

Amen

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Objets trouvés (1) La jarre

20 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Samaritaine

Objets trouvés (1) La jarre

Prédication du dimanche 20 septembre 2015

Jean 4, 1 à 30

Dans la Bible, des hommes et des femmes oublient, ou abandonnent volontairement, des objets derrière eux. Nous avons ramassés quelques un de ces objets et cette année d’école biblique et de catéchisme, nous vous invitons dans cette salle des objets trouvés de la Bible

La femme laissa là sa cruche d’eau et retourna à la ville, où elle dit aux gens : « Venez voir… »

L’histoire de la samaritaine, finalement, c’est l’histoire d’une femme qui est venue chercher de l’eau et qui a fait une rencontre qui l’a tellement bouleversée qu’elle en a oublié sa cruche d’eau.

Mais est ce que la samaritaine n’a laissé que sa cruche au bord de ce puit ?

(De la jarre, on tire trois rouleaux)

« Tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? »

« Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne »

« Je n’ai pas de mari. »

« Tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? »

Avant sa rencontre avec Jésus, la Samaritaine sait qui peut parler à qui. Elle sait bien que les juifs et les samaritains ne veulent pas avoir de relation. Elle sait bien à quel point les juifs méprisent les samaritains et les considèrent comme des moins que rien. Alors, rencontrer un juif qui lui parle et même qui s’abaisse à lui demander un service…

Et moi, de qui crois-je être le samaritain ? Selon moi, qui me méprise ? Selon moi, qui me déteste ? Selon moi, qui ne s’abaisserait jamais à m’adresser la parole ? Selon moi, qui ne pourrai jamais avoir recevoir quelque chose de moi ? Qui ai-je enfermé dans cette prison d’arrogance ?

Et puis, qui sont mes samaritains ? Qui sont ceux avec qui je ne veux surtout pas avoir de relation ? Qui sont ceux qui à mes yeux sont des moins que rien ? Qui sont ceux à qui je ne m’abaisserai même pas à demander à boire. De toute façon méchants comme ils sont, ils me la refuseraient ou bien ce serait pour m’empoisonner…

Parce que Jésus lui a parlé, la Samaritaine a laissé derrière elle cette frontière, ce mur entre les samaritains et les juifs, entre nous et les autres. Elle s’est rendu compte que tous, les samaritains et les juifs, les humbles et les arrogants, les anciens et les modernes, les sportifs et les intellos, nous et eux étaient unis finalement par la même soif, par le même besoin d’eau vive et qu’il y avait pour tous, un seul sauveur.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-t-il encore pour que tombent nos barrières ?

« Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne »

Avant sa rencontre avec Jésus, la samaritaine savait qu’il fallait adorer Dieu dans un lieu précis, d’une certaine manière et que ceux qui le priaient autrement étaient des gens bizarres, qui n’avaient pas très bien compris.

Où peut-être était-elle un peu perdue. Qui fallait-il écouter ? Où était Dieu ? Comment fallait-il le prier

Et moi, dans quelle case ai-je rangé Dieu, dans quelle boîte l’ai-je enfermé. Quel Dieu ai-je fabriqué avec mes mots, mes rituels ?

Ou bien, est ce que je ne suis pas un peu perdu au milieu de toutes ces religions, toutes ces Eglises, toutes ces tendances et tous ces mouvements ?

Parce que Jésus lui a parlé, la Samaritaine a laissé derrière elle, ces questions de lieux et de méthode pour monter vers Dieu. Elle a compris que l’important dans l’adoration, dans la prière, c’était d’être en esprit et en vérité et non pas dans un espace géographique bien défini, avec des rites bien précis. Elle a surtout découvert un Dieu vivant, un Dieu qui se fait proche des humains.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-t-il encore pour que nous laissions derrière nous nos labyrinthes religieux et que nous vivions, en esprit et en vérité, la venue de Dieu vers nous ?

« Je n’ai pas de mari. »

Avant sa rencontre avec Jésus, la samaritaine vivait dans la honte. Elle avait eu 5 maris… étaient-ils morts, avait-elle été répudiée ? On ne le sait pas mais c’était déjà assez pour la faire regarder bizarrement… Et puis, chose scandaleuse pour son époque, elle vivait finalement avec un homme qui n’était pas son mari. Et cela faisait d’elle quelqu’un de non fréquentable. Quelqu’un qui vient seule au puit alors que c’est généralement le lieu où les amies vont ensemble pour discuter, pour rire…

Et, quand au puits, un inconnu lui parle de son mari, elle n’ose pas mentir, elle répond évasivement « je n’ai pas de mari »

Et moi, quel passé m’enchaîne ? De quoi ai-je honte ? Qu’est-ce que j’essaye de cacher à ceux qui m’entourent, à ceux que je rencontre ? Qu’est ce qui me tient à l’écart des autres ?

Parce que Jésus lui a parlé, parce qu’il a évoqué tout son passé, déroulé tout son carnet de famille sans un mot de jugement, sans un mot de condamnation, avec comme seul commentaire : « tu dis bien », la samaritaine a pu sortir de sa honte. Elle était venue seule, à l’heure où elle était sûre de n’affronter aucun regard, elle peut à présent courir vers les autres et partager cette extraordinaire rencontre.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-il encore pour que libérés de notre passé, de nos erreurs et de nos échecs, nous osions courir vers les autres et partager avec eux cette incroyable nouvelle : nous avons trouvé le messie, Dieu nous aime !

Frères et sœurs, comme la samaritaine nous pouvons laisser notre cruche derrière nous. Nous pouvons abandonner les eaux usées des préjugés, des rigidités et de la honte. Ces eaux-là ne désaltèrent pas. Nous pouvons puiser à présent dans l’eau vive : la foi dans le Dieu qu’on adore en esprit et en vérité, dans l’espérance que Dieu ne cessera jamais de nous aimer, dans l’amour qui nous pousse à annoncer à tous une bonne nouvelle !

Amen

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Le crime de Sodome

6 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #bible, #réfugiés, #Loth, #Sodome

Voici quel a été le crime de Sodome. Elle avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et dans une insouciante sécurité, elle et ses filles, et elle ne soutenait pas la main du malheureux et de l’indigent.

Ezechiel 16, 49

Le crime de Sodome

Prédication du dimanche 6 septembre 2015

Genèse 19, 1 à 28

Ezéchiel 16, 48 à 50

Matthieu 25, 31 à 46

Ces jours ci, le récit du sort de Sodome et Gomorrhe ne cesse de me trotter dans la tête. Non, ce matin nous ne parlerons pas d’homosexualité, de bénédictions de couple ni de décision synodale. Ce matin nous parlerons du véritable crime de Sodome, de la véritable justice de Loth, ce matin nous parlerons d’accueil, de murs et de migrants.

Contrairement à ce qu’implique la tradition et notre vocabulaire, le crime de Sodome, ce qui entraînera sa destruction, ne réside pas dans des pratiques sexuelles, c’est la Bible elle-même qui le dit, par la bouche de Loth tout d’abord : « ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus sous mon toit. » « PUISQU’ILS SONT VENUS SOUS MON TOIT » pas « Puisqu’ils sont du même sexe que vous » Ce que Loth défend ici c’est bien le caractère sacré de l’hôte. Ezechiel, lui, définit ainsi la faute de Sodome : « elle avait du pain à satiété, une insouciante tranquillité et elle ne faisait rien pour redonner courage au pauvre et au déshérité. Elle est devenue hautaine… ».

Voici donc la faute, le crime de Sodome : refuser de troubler sa richesse et son confort pour porter secours au déshérité et devenir hautaine, orgueilleuse au point même de faire violence à ce petit. Ces jours-ci, avec une telle description, je me demande si la bannière de Sodome n’était pas bleue étoilée…Je me demande si nous comprendrons un jour que nous ne pourrons pas établir une forteresse de tranquillité et de bonheur tant que le monde souffrira autour de nous… Nous n’y arriverons ni à l’échelle d’une ville, ni à l’échelle d’un pays, ni à l’échelle d’un continent.

Aujourd’hui, la guerre, la tyrannie mais aussi la misère et le désespoir poussent des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants à fuir leur pays, malgré tous les dangers encourus. Parmi eux, certains espèrent trouver refuge en Europe… Quelle sera notre attitude ? Dresserons-nous des murs ? Protègerons-nous notre tranquillité en les repoussant ? Chercherons-nous notre profit en les exploitant ? ou bien prendrons-nous tout simplement le risque de l’accueil ?

C’est le moment où, dans le monde, commence la valse des chiffres, des arguments politiques et des éléments de langage, le choc des mots, le poids des photos. Tout en exprimant ma reconnaissance pour celles et ceux qui font ce travail de contrer point par point chiffre par chiffre les délires de la peur et de la haine, de la xénophobie et du populisme, je pense que nous, ici, ce matin, nous chrétiens, nous n’avons pas besoin d’entrer dans ce jeu des arguments parce qu’au-delà de toutes nos opinions politiques, au-delà de toutes nos peurs, au-delà de nos humanismes ; nous avons reçu une parole d’autorité qui nous pousse à l’accueil.

Ce matin nous pouvons rester focalisés sur la figure de Loth, le seul juste de Sodome. Loth qui voit des étrangers, qui les pressent en danger et les accueille sous son toit. Un accueil à la hâte, un accueil un peu bricolé comme en témoignent les pains sans levain, signe de la hâte. Mais ces pains sans levain rappellent forcément au lecteur biblique les pains sans levain de la sortie d’Egypte, de la délivrance, et si l’accueil était une délivrance, une sortie de nos peurs et de nous-même ?

Un accueil qui va aller très loin quand on verra Loth prêt à livrer ses propres filles : ce qui nous interdit définitivement dans faire un défenseur d’un certain modèle familial ni même un modèle de morale. Encore une fois, ce n’est certainement pas sous l’angle de la sexualité qu’il nous faut envisager la justice de Loth. Mais, dans le modèle de cette époque, en proposant de livrer ses filles, Loth met en jeu plus que ce qu’il possède, il met en jeu son avenir. La Bible n’est pas le monde des bisounours ou des idéalistes. On y est conscient que l’accueil n’est pas facile, qu’il comporte sa part de risques, pas forcément les risques de l’invasion, du submergement ou du grand remplacement mais des risques sur nos habitudes, sur nos conforts. Et Loth est celui qui fait passer l’hospitalité avant son bien-être, avant le bien être de son clan, de sa tribu.
Dans ce récit, Loth, est bien l’anti-nationaliste par excellence, celui qui se sent membre de l’humanité bien plus que d’un cercle étroit. Dans un même élan, il appelle « frères « les habitants de Sodome, sa ville d’accueil et il protège l’étranger venu sous son toit. Voilà quel est celui qui survivra à l’anéantissement de Sodome, la hautaine.

Toutefois, on pourrait objecter que les hôtes de Loth sont ses invités, qu’ils n’ont pas débarqués de force sous son toit. Que c’est lui qui les a fait venir.

En effet, mais le devoir d’hospitalité dicté par le commandement d’amour s’étend-il seulement au caractère sacré de nos hôtes, à la protection et au bienêtre de ceux que nous avons invités. Si nous limitons notre attitude envers l’étranger à cela, que ferions-nous de plus que les païens (le caractère sacré de l’hôte se retrouve dans toute les cultures) ? J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli, voilà l’accusation portée par le roi envers ceux qu’il rejette.

Mais est-il nécessaire de faire appel au Nouveau Testament, le récit de Sodome ne nous montre-t-il pas que Loth n’a pas attendu que des étrangers le supplient de lui donner refuge mais que c’est lui qui les voyant, et les voyants en danger, car il y avait manifestement danger de passer la nuit sur la place dans cette ville de violence, les a supplié de venir chez lui.

Dans ce récit de la destruction, nous entendons un appel fort à accueillir l’étranger, à lui donner asile. Mais nous entendons également une promesse : celle de Coar. En effet, Loth qui a accueilli chez lui l’étranger se trouve à son tour en situation de réfugié. Et il trouvera refuge dans une petite ville, une ville condamnée à la même destruction que Sodome et Gomorrhe, une ville qui échappera pourtant à l’anéantissement, non pas parce qu’elle est moins coupable que Sodome et Gomorrhe mais tout simplement parce qu’un réfugié s’y est arrêté.
Alors que nous craignons que l’accueil des réfugiés ne cause notre perte, la bible nous raconte comment un réfugié a sauvé Coar de l’anéantissement. Une promesse que nous devrions recevoir dans la foi.

Frères et sœurs, face à l’étranger, il nous reste donc le choix entre deux attitudes, deux paroles

  • nous sommes et voulons rester maître chez nous et n’accueillir que qui nous voulons pour en faire ce que bon nous semble.

(ainsi parlent et agissent les gens de Sodome)

  • soyez les bienvenus et que nul ne vous fasse de mal puisque vous êtes sous notre toit

(ainsi parle et agit Loth)

Face aux réfugiés, face aux migrants, face à nos frères et sœurs étrangers, nous comporterons-nous comme des sodomites ou nous comporterons-nous comme des justes ?

Amen

(musique)

Nous prions

Seigneur, donne nous la force

De nous affranchir de nos crispations identitaires

De nous libérer de notre soif de confort

De dépasser les barrières de nos peurs

De tendre la main à nos frères et sœurs dans la détresse

Pour des actions concrètes

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Exauce-nous

28 Août 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #paroles, #bd, #Makyo, #Bihel

Exauce-nous

Autour de Léonard s’affairent des braves types, des paumés, des salauds, des amoureux, des solitaires, des gagnants et des perdants, bref des gens ordinaires. Léonard, lui est extraordinaire. D’abord parce que c’est un « ravi ». Mais surtout parce qu’à l’insu de tous, en commençant par lui-même, il possède un pouvoir extraordinaire, celui d’exaucer les souhaits de ceux qui l’entourent.

Contrairement à ce que son titre pourrait indiquer « Exauce-nous » n’est pas une b.d. chrétienne, et elle ne parle pas de prière ni de foi (au contraire, la condition pour bénéficier du pouvoir de Léonard, c’est plutôt l’ignorance). Mais, « Exauce-nous » permet de réfléchir sur le pouvoir des mots. A travers une histoire toute simple portée par la très belle galerie de portrait de Frédéric Bihel, Makyo parle de cette puissance quotidienne qui volontairement ou non peut-être porteuse de vie comme de mort : l’innocent et doux Léonard peut tuer aussi sûrement que la rumeur au grès des désirs exprimés devant lui. Un rappel subtil que les mots lancés au hasard peuvent être porteurs d’autant de force que nos mots choisis, loin de tout moralisme, je veux y entendre un appel aussi à ne choisir que les mots qui font vivre…

P. Makyo et F. Bihel : Exauce-nous. Ed. Futuropolis

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Le pain de vie

18 Août 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #pain, #cène, #croix

Le pain de vie

Prédication du dimanche 16 août 2015

Ephésiens 5, 15-20

Jean VI, 47 à 66

Comment Jésus est-il présent dans la Cène ? Comment le pain et le vin peuvent-ils être corps et sang de Jésus Christ ? La question a fait couler beaucoup d’encre et de sang, elle a provoqué de nombreux anathèmes et finalement, elle nous détourne du sens de la Cène.

C’est ce sens que Jean nous invite à retrouver. Quand Jésus dit : « Je suis le pain vivant », dans son Evangile, c’est indépendant de toute célébration liturgique, ce n’est même pas lors du dernier repas. Et pourtant, nous sommes bien face à l’affirmation centrale de la Cène : Ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson.

Bref, nous ne devrions nous demander un peu moins comment le pain et le vin peuvent devenir le corps et le sang de Jésus et un peu plus comment Jésus est notre pain.

Et là, les vraies difficultés commenceraient, bien plus profondes que toutes les histoires de con/transsubstantiation. En effet, c’est bien cette affirmation que Jésus est le pain vivant qui a poussé beaucoup de ses disciples à se détourner de lui.

Je ne crois pas du tout que les disciples soient partis sur un malentendu, je ne crois pas qu’ils aient compris la phrase de Jésus comme un appel à l’anthropophagie ni qu’ils se soient demandés si Jésus pensait être un bonhomme pain d’épice. Si les juifs ont violemment discuté entre eux face à l’affirmation de Jésus, c’est qu’ils pressentaient bien ce que cette affirmation avait de scandaleux et s’ils sont partis, c’est que Jésus leur a confirmé qu’ils avaient bien compris.

« Elle est dure cette parole ! Qui peut l’écouter ? » « Je suis le pain de vie » contient bien les scandales

Premier scandale : la comparaison avec la manne. Vos pères ont mangé la manne et ils sont morts. La manne, c’est la sortie d’Egypte, c’est Moïse, c’est la Loi. La manne venait de Dieu et elle était bonne. La Loi venait de Dieu et elle était bonne. Mais elles n’empêchaient pas la mort, elles n’ouvraient pas à la vie éternelle. Moi, dit Jésus, je fais mieux, j’offre mieux. Aujourd’hui encore, nous devons l’entendre : ce n’est pas l’obéissance à Dieu, l’observance de sa Loi qui procure la vie éternelle, ce n’est pas notre force, par notre obéissance, par notre observance que nous vivons. Ce n’est pas parce que nous sommes des gens biens que Dieu tourne un regard favorable vers nous.

Je ne dis pas qu’il ne faille pas le faire, je dis simplement qu’il ne faut rien en attendre, que ce n’est pas cela qui nous fait vivre. Après 2000 ans de christianisme dont 500 ans de Réforme, de retour au fondement de l’Evangile, à la Grâce seule, nous avons toujours un peu de mal à l’avaler alors ne soyons pas trop sévères avec ceux qui l’entendaient pour la première fois…

Deuxième scandale : Jésus est le pain vivant et le pain de vie. Le pain c’est-à-dire, à l’époque, la base de l’alimentation. Le pain, autant dire la nourriture. D’ailleurs Jésus franchira le cap « ma chair est vraie nourriture »

Jésus est-il pour nous vraie nourriture ? Quelle nourriture Jésus est-il pour nous ?

J’ai tendance à penser que Jésus est pour nous, parfois le biscuit apéro qui descend du ciel, parfois le dessert qui descend du ciel, parfois le sel qui descend du ciel…

Quelque fois, Jésus est le biscuit apéro qui descend du ciel. Jésus, l’Evangile, l’Eglise c’est quand on a le temps ou bien dans les rencontres, quand on peut se payer ce petit luxe de faire une pause dans la course de notre vie, ça fait du bien, c’est une oasis. C’est capital dans un temps de convivialité et de retrouvaille. Mais bon ! c’est quand même pas ça qui nous fait vivre, ce n’est pas un vrai repas et ça ne peut pas être tous les jours ! L’Eglise n’occupe-t-elle pas quelque fois cette place du biscuit apéritif dans nos vies ? Ce n’est pas une condamnation ou un reproche : il est bon que l’Eglise soit ce lieu de convivialité, de légèreté de pause. Il est même bon de la vivre comme un luxe, comme un superflu de joie… Mais Jésus est-il alors vraie nourriture ?

Quelque fois, Jésus est le dessert qui descend du ciel. Jésus, est alors la saveur sucrée qui vient clore et adoucir le repas. Il est ce dont il serait une punition d’être privé. Cela peut se comprendre de façon quotidienne, ou hebdomadaire ou à l’échelle d’une vie. Jésus c’est celui auprès duquel je viens me reposer le soir, ou le dimanche ou à la fin de ma vie. Il est ma consolation, le lait et le miel… Là encore, ce n’est pas mauvais ni faux de recevoir Jésus ou l’Evangile ainsi. On aimerait même que plus de gens considère l’Eglise comme la cerise sur le gâteau. On aimerait que « privé d’Eglise » soit une punition aussi redoutable que « privé de dessert » et que nous soyons encore plus gourmands de Jésus que nous le sommes. Mais Jésus est-il alors vraie nourriture ?

Quelque fois, Jésus est le sel qui descend du ciel. Dans ces moments, Jésus, c’est à tout moment de notre vie, celui qui vient relever la saveur de chacun de nos plats, celui que nous ne voyons pas, dont nous ne sentons même pas toujours la présence mais dont le manque serait immédiatement repéré. Nous plaignons alors ceux qui sont astreints à un régime sans sel, sans se savoir aimés : quelle saveur en moins dans leur vie.

Mais même quand Jésus est le sel de nos vies, est-il vraiment notre nourriture ?

Mais pouvons-nous vraiment affirmer que la chair de jésus est notre vraie nourriture, pas seulement une valeur ajoutée mais ce dont nous avons besoin pour vivre ? Le vivons-nous vraiment ? Elle est dure cette parole, et qui peut l’entendre…

Le troisième scandale, c’est la croix. Car c’est bien de la croix dont il est question quand il s’agit de manger la chair et de boire le sang de Jésus. Jésus ne nous dit pas que ses paroles sont notre pain, que son enseignement est nourrissant, il nous parle bien de son corps, de son être, de sa vie. Or manger, c’est tuer.

Généralement quand nous nous scandalisons de la croix, c’est sur le mode « Quel Dieu sanguinaire pourrait-il avoir besoin de la mort d’un innocent pour épancher sa soif de sang et de vengeance ? » Cette image de Dieu, cette lecture de la croix, je les rejette aussi. Mais par le discours du pain de vie, nous sommes mis devant un scandale bien plus grand, un scandale que nous ne pourrons pas écarter en rejetant une image de Dieu dans les limbes de la barbarie. La croix ne nous raconte pas la soif de sang de Dieu, elle nous met devant notre besoin de sang. Elle nous place devant le scandale même de notre existence : nous devons tuer pour vivre, nous détruisons ce que nous mangeons. Mais, cela va même plus loin, et les chrétiens ne sont pas les seuls à s’en être aperçus : nous tuons, nous détruisons ce que nous aimons.

Rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force,

ni sa faiblesse ni son cœur et quand il croit

Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix

Et quand il veut serrer son bonheur il le broie

Ecrivait Aragon

Plus récemment Renaud comparait l’amour et la pêche à la ligne. Je ne sais pas comment sa femme a pris le fait d’être comparée à un poisson mais l’idée est bien là et la conclusion en miroir est pour la truite :

C’est parce que tu es belle

Parce que je t'aime qu'un jour je te tuerai..

Et pour l’épouse :

C’est parce que tu es belle,
Parce que je t'aime que je t'aime enchainé
e..

Et cela a été la trame de bien des romans, des poèmes : nous détruisons, nous abimons ce que nous aimons, nous avons besoin de tuer pour vivre.

La croix, ce n’est pas Dieu qui abat sa vengeance sur son fils innocent, la croix, c’est Dieu qui se livre à notre besoin de destruction.

Et la croix continue chaque jour : Dieu se révèle, Dieu parle à l’humanité et de sa Parole de vie, de Grâce, d’ordre, de libération l’humanité fait une parole de mort, de jugement, de chaos et d’esclavage.

Mais Dieu ne cesse de parler, Dieu refuse d’interdire à l’homme de parler de lui. Dieu refuse de rompre tout contact avec l’homme, il ne cesse de se révéler et de pousser l’homme à parler de lui, alors même que cette parole que nous prononcerons seront forcément défigurantes. Pourquoi ?

Parce que dans ce scandale de la croix, naît une promesse : nous tuons ce que nous mangeons mais ce que nous mangeons vient en nous, nous fait vivre et nous transforme.

Frères et sœurs, Dieu accepte de se laisser tuer, dévorer et défigurer mais c’est par ce qu’il sait que c’est là le prix à payer pour que nous vivions, pour que nous le recevions et pour que nous soit rendu notre véritable visage d’enfants de Dieu.

Seigneur Jésus

Tu nous as laissé te dévorer

Donne nous maintenant de vivre de cette nourriture

Qu’à présent ta vie vive en nous

Pour que nous soyons vivants

Pour que nous soyons enfants de vie et non plus de la mort

Amen

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Gil Jourdan et le prétexte Mamon

16 Juillet 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Mammon, #idolâtrie

Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

Matthieu 6,24

Gil Jourdan et le prétexte Mamon

Lorsque Jo la Seringue s'évade, Gil Jourdan va immédiatement proposer ses services de détective à maître Loucq, que le détenu avait menacé lors de sa condamnation.

Cette démarche peut surprendre : d'ordinaire le privé attend plutôt que ses clients viennent à lui. Mais comme Gil Jourdan l'explique à Libellule : les finances sont au plus bas... Alors Gil Jourdan est-il un mauvais gestionnaire (il vient de résoudre l'affaire de la voiture engloutie et Il profite encore pleinement de la publicité pour l'arrestation de ) doublé d'un individu cynique près à se faire de l'argent sur le malheur des autres ?

Une autre hypothèse me paraît plus crédible au regard du caractère du personnage et de la suite des événements : Gil Jourdan adore résoudre des mystères et ses honoraires de détective ne sont finalement que le prétexte qui légitime son passe-temps.

Un reporter qui n'écrit jamais d'article ou un groom qui se mêle de combattre le crime sont des hurluberlus peu réalistes. Gil Jourdan, lui, est un personnage sérieux qui agit sous des prétextes honorables.

Honorable ? Bien sûr que le profit est devenu une motivation honorable. Quand on vous demande ce que vous faites, indiquez-vous vos passe-temps, vos passions ou votre métier ? Cela n'induit-il pas que seul ce qui fait bouillir la marmite vaut le coup d'être évoqué ?L'argent est aujourd'hui ce qui fait de nous de gens sérieux, le moteur de nos actions. Pour être valable, une œuvre doit être rentable.

A une époque, on oeuvrait pour la plus grande gloire de Dieu (ou du moins était-ce le prétexte que l'on se donnait), aujourd'hui nous avons ouvertement changé de divinité. Maurice Tilleux était prophétique : son héros maquille ses penchants altruistes sous un respecable appât du gain : Mamon, le nom sous lequel Jésus dénonce le règne de l'argent sur nos vies) est devenu un prétexte raisonnable.

(Et en plus Les cargos du crépuscule, c'est quand même pas la meilleure enquête de Gil Jourdan)

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