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Une question de poids

24 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Marc, #gloire, #serviteur, #disciples, #douze

Une question de poids

Prédication du dimanche 18 octobre 2015

Marc 10, 32 à 45

La demande de Jacques et Jean à Jésus et la leçon que celui-ci en profite pour donner aux Douze m’évoquent trois points : une question gênante, un problème de poids et travailler plus pour gagner rien…

Mais d’abord une petite remarque préalable…

Dans la cuisine des 12

Peut-être est-ce à cause de ma participation à différentes instances de notre Eglise, mais ce qui m’a le plus frappé dans ce texte, ce n’est pas qu’il y ait eu des conflits de pouvoir au sein des Douze, c’est que Marc nous les montre avec autant de franchise. Il y a des chamailleries, des disputes, des discussions animées dans tous les lieux de l’Eglise que j’ai pu fréquenter, on assiste même parfois à des luttes de pouvoir et d’influence… Mais ces disputes ne sont que rarement présentes dans les comptes rendus et absolument jamais dans les échos publics. On ne va tout de même pas montrer ce visage-là de l’Eglise et puis les autres n’ont pas envie de voir ça. Ce qui est d’ailleurs vrai : on n’a pas envie de voir ça, et si l’envie existe, elle n’a certainement rien à voir avec Jésus Christ…

Mais Marc lui, nous fait assister en toute clarté aux pires moments des 12… Pas pour le plaisir des ragots mais plutôt parce que les 12, finalement c’est nous, et que la leçon que Jésus leur donne s’adresse à nous

Une question gênante

Et tout commence par une question de deux des douze…. Enfin quand je dis une question, tout commence par les circonvolutions de Jacques et Jean, fils de Zébédée… « Nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander » Certains y voient de l’aplomb… Moi ça me rappelle surtout l’époque où ma fille commençait ses demandes par « Je voudrais te demander quelque chose mais je sais que tu vas pas vouloir »… Et c’est vrai que généralement les précautions dont nous entourons une question sont inversement proportionnelles à la certitude que nous avons de la réponse… Du coup, j’imagine un peu Jacques et Jean en train de se pousser du coude « Vas-y, demande lui – non, vas-y toi –allez »

Vu ma patience proverbiale, je crois qu’à la place de Jésus j’aurais fini par leur dire « bon allez-y, crachez le morceau » Mais non, Jésus va reprendre leur formulation. « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »

Cela peut paraître redondant. Mais lorsque nous entendons Jacques et Jean demander « nous voudrions que tu fasses quelque chose pour nous », nous nous demandons ce qu’ils veulent. Mais quand nous entendons Jésus leur demander « que voulez-vous que je fasse pour vous », nous sommes poussés à nous demander « Et moi ? Moi, qu’est-ce que je veux que Jésus fasse pour moi ? » Ce n’est pas si simple comme question. Ça nous oblige à nous examiner nous-même, et finalement, nous comprenons mieux les circonvolutions des fils de Zébédée…

Vouloir avoir du poids

Alors que demandent Jacques et Jean : « Permets que nous soyons l’un a ta droite, l’autre à ta gauche, quand tu seras assis dans ta gloire ». Jésus vient d’annoncer son arrestation, sa souffrance et sa mort, on peut comprendre que face à ce tourbillon, Jacques et Jean souhaitent ne pas être emportés. On peut comprendre qu’ils veuillent participer à la gloire, c’est-à-dire, dans la pensée sémitique, avoir du poids.

D’ailleurs, on peut s’interroger sur ce qui ne va pas dans la demande de Jacques et Jean. D’abord ils ne demandent pas le pouvoir, ils ne demandent pas de régner… Et c’est vrai que tous ne rêvent pas de pouvoir ou de puissance dans l’Eglise mais qu’en revanche, tous nous voudrions avoir un peu de poids, un peu de reconnaissance. Alors, la demande de Jacques et Jean nous la comprenons bien, et elle nous semble assez bénigne : l’Eglise de Jésus Christ, l’Eglise du message de la grâce et de l’amour de Dieu ne devrait-elle pas être justement ce lieu où je peux avoir un peu de gloire, un peu de poids, un peu de reconnaissance ? En plus, Jacques et Jean savent que la gloire appartient à Jésus, ils ne la réclament même pas pour eux même ; ils veulent juste se tenir au plus près…

Alors qu’est ce qui ne va pas ? Pourquoi cette colère des dix autres ? pourquoi cette leçon donnée par Jésus

La colère des 10 autres ce n’est pas l’indignation des vertueux contre les deux pécheurs qui n’ont rien compris au message. Non la colère des dix autres c’est plutôt la fureur face à ces deux impudents qui osent revendiquer à voix haute un poste que je rêve d’avoir…

Et si j’en crois la réponse de Jésus, c’est bien là le cœur du problème : Jacques et Jean demandent du poids, de la reconnaissance pour eux et ne se soucient absolument pas du poids, de la reconnaissance, de la place accordée aux autres… Or finalement, la place que nous voulons occuper, la reconnaissance que nous réclamons, la gloire que nous demandons, nous finissons par les faire peser sur les autres… Les deux verbes que Jésus attribue aux prétendus pouvoirs de ce monde commencent avec le préfixe kata, qui indique un mouvement de haut en bas et ici clairement avec l’idée de peser sur… Et avec ces verbes, Jésus va montrer à Jacques et à Jean, aux dix autres et à nous-même que cette petite part de gloire que nous revendiquons, ce besoin de peser, relève en fait du même désir de domination que celui qui anime les grands de ce monde. Lorsque je veux peser plus, je veux peser sur…

Travailler plus pour gagner rien

Et Jésus va indiquer une voie nouvelle, une voie radicalement opposée à notre logique humaine. Faites-vous le serviteur de tous. Et pour que nous ne pensions pas à l’irremplaçable majordome, sans qui toute la maison s’effondre, ni à l’indispensable secrétaire sans qui personne ne peut rien faire, à toutes ces formes de services par lesquelles nous nous grandissons, nous nous rendons indispensables, Jésus va aller plus loin : « faites-vous l’esclave de tous ». Or l’esclave, c’est bien celui qui élève l’autre, qui donne du poids à l’autre sans considération pour sa propre élévation, pour sa propre gloire…

Et Jésus lui-même va se faire ce serviteur, cet esclave, lui qui va laver les pieds de ses disciples, lui qui va aller jusqu’à la croix pour des pécheurs. C’est sur ce chemin qu’il nous invite à le suivre.

Non pas pour gagner notre place. D’abord il prévient Jacques et Jean, « vous croyez pouvoir souffrir avec moi et en effet, cela va vous arriver mais les places ne vous seront pas garanties pour autant ». Et puis, puisque Dieu, en Jésus Christ, nous a tout donné, puisque par son amour, il nous a montré qu’à ses yeux, nous avons assez de poids pour qu’il se donne lui-même pour nous, que pourrait-il nous donner de plus ? Quel salaire pourrions-nous exiger d’un Dieu qui déjà nous a tout donné ?

Non, frères et sœurs, Jésus ici ne nous indique pas une loi à laquelle nous devons obéir, il nous montre ce qu’est concrètement cet amour dont nous sommes aimé, et auquel nous sommes appelés.

Nous prions

Seigneur

Nous voulons la gloire, nous voulons le poids

Et nous oublions le prix que nous avons à tes yeux

Le prix que tu as payé pour nous

Pardonne-nous.

Aide nous à renoncer

A la folle sagesse du monde

Donne-nous

D’être serviteur à ta suite

De donner du poids à nos frères et à nos sœurs

De leur montrer l’importance qu’ils ont

A tes yeux comme aux nôtres

Amen

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A quand le Cardline "Théologiens" ?

23 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Théo en culture, #Jeux, #Cardline

A quand le Cardline "Théologiens" ?

C’était l’objet de grands débats de cours de récréation : Spiderman est-il plus malin que Zorro ? Tarzan battrait il Batman ? L’Atlantis est-il plus puissant que Goldorak ? ou pour les plus sérieux, est qu’un lion c’est plus fort qu’un gorille ?… Aujourd’hui, les Cardline, un (relativement) nouveau type de jeu permettent de relancer ces débats. Le but est d’aligner des cartes dans le bon ordre en fonction d’un critère donné. Les thèmes sont variés, animaux pour les enfants (un lion est-il plus lourd qu’un cochon ?), dinosaures pour les jurassimaniaques (le Stégosaure est il plus long que l’Iguanodon ?), superhéros pour les geeks (Captain America est il plus intelligent que Dardevil ?) ou les pays pour les gens sérieux et instruits (la superficie de l’Algérie dépasse-t-elle celle de la Suède ?).

Le jeu est assez renouvelable puisqu’avant chaque partie, les joueurs choisissent un critère de classement parmi les trois ou quatre proposés…

J’ai d’ailleurs une suggestion pour les maisons d’édition chrétiennes. Pourquoi ne pas faire un Cardline « Théologiens ». On pourrait envisager de classer les théologiens et exégètes selon les critères suivants : Intelligence, Fidélité à la Bible, Foi. Cela ferait un tabac chez les pasteurs si j’en crois les nouveaux débats dans notre Eglise… (Mis à part la dimension sarcastique de ce paragraphe, jouer à Cardline, c’est toujours assez drôle)

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Les Douze (scène coupée)

22 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George

Les Douze (scène coupée)

Le plus gros du travail d'une prédication est d'abandonner des pistes, et parfois ces abandons viennent tard, alors que les passages ont déjà été écrit, mais que la prédication est trop longue, ou qu'elle s'est trop dispersée, alors la scène coupée peut soit rester dans les oubliettes, soit parfois devenir un article de blog...

(...) C’est cette Eglise que Jésus appelle, c’est cette Eglise que Jésus envoie (...)

Et il l’envoie deux par deux. Et là, une question me vient à l’esprit. Est-ce que Jésus laissait les Douze choisir leur binôme, ou bien est-ce qu’il faisait les équipes ?

(Avant que certains ne se disent que Marion et Manu ont trouvé la bonne manière de s’assurer d’être dans une équipe qui leur plait, je précise que dans le « deux par deux » institué par Jésus, j’entends un appel à travailler ensemble à un peu plus de deux. )

Dans les évangiles, on voit que certains des Douze marchaient par paires, familiale, comme Jacques et Jean, ou par affinité comme André et Philippe. Mais quand on les voit ainsi, c’est toujours de leur propre initiative.

Alors ces tandems correspondaient-ils à ceux que Jésus envoyait ou en formait-il d’autre ? Est-ce qu’il devait affronter les « Oh non, pas avec Barthélémy, moi je voulais être avec Judas, il est trop sympa ! »

Nous n’avons pas moyen de le savoir, mais en regardant l’Eglise, je pense que c’est un peu des deux.

Nous devons bien reconnaître que, parfois, nous choisissons ceux avec qui nous travaillons, ceux à côté desquels, nous les choisissons par affinités, parfois par sympathie et parfois par discernement et il nous arrive de nous tromper dans nos choix, d’ailleurs. (Marion est peut-être en train de se dire « Mais qu’est ce qui m’a pris de lui demander à lui de prêcher… », et Olivier de se dire « Je l’avais prévenue, pourtant… »).

Mais notre choix à une place dans notre Eglise, tout comme Jacques et Jean ou Philippe et André pouvaient traîner ensemble... Et que grâce soit rendue à Dieu pour cette possibilité qui nous est donnée…

Mais parfois, nous nous retrouvons à travailler, à vivre cette annonce de l’Evangile avec des gens dont nous n’avons pas choisi de nous entourer et même parfois avec des gens dont nous n’aurions jamais choisi de nous entourer. Parfois, ça tombe bien (ni la paroisse d’Evreux, ni son pasteur ne savaient qui était cette stagiaire qui allait débarquer chez nous il y a trois ans et on me permettra de dire avec un euphémisme très lorrain, « ça c’est pas trop mal passé »).

Parfois, c’est plus difficile. Mais voilà, c’est avec ce frère, cette sœur que Jésus nous a envoyé… Et notre fraternité, notre envoi ne dépend pas de nos affinités mais bien de celui qui nous envoie… Vivre l’Eglise, ce n’est pas forcément renoncer aux amitiés et aux affinités, mais ce n’est pas non plus vivre uniquement selon celles-ci…

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Les Douze

18 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Douze, #Apôtres, #prédication, #Eglise

Les Douze

Prédication du 18 octobre

Ordination de Marion

I Corinthiens 12, 27 à 31

Avant de lire le deuxième texte, je voudrais vous proposer un petit défi, pouvez-vous retrouver le nom des Douze ?

Luc 6, 12 à 16

J'ai eu la chance de travailler avec Marion sur l'appel et puisque tu as refusé de me proposer un texte mais que tu m'as donné l'autorisation de prendre une de ces listes de noms dont je suis friand, évoquer les Douze etait un peu l'occasion de poursuivre cette réflexion avec la question «Mais qui est appelé ?»

Tout d'abord, je voudrais que nous distinguions deux termes : les Douze et les apôtres. En fait, ces deux termes ne sont associés que trois fois dans la Bible, sinon le Nouveau Testament nous parle des Douzes et des apôtres comme de deux groupes distincts. Luc et Paul reconnaissent d’ailleurs des apôtres qui ne font pas partie des Douze. Pour faire simple, disons qu'apôtre désigne un service, une fonction, en Eglise, on dit un ministère alors que les Douze sont un groupe symbolique, si j’étais iconoclaste, je dirai un échantillon représentatif… En évoquant les Douze, ce n'est pas aux ministères que je pense, c'est à l'Église. D’une part parce que les évangélistes nous font régulièrement entrer dans ce cercle privé des Douze, ils nous en montrent l’arrière cuisine et les discours que Jésus leur adresse nous sont adressés…

D’autre part parce que leur nombre indique une volonté d'universalité, les contemporains de Jésus ne pouvaient pas rater le lien entre ces Douze et les douze tribus d'Israël. De notre côté, nous pouvons noter que les évangelistes n'essaient pas de placer un représentant de chaque tribu parmi les Douze (C'est dommage d'ailleurs, ca aurait fait 12 généalogies de plus...), au contraire, ils nous proposent un autre type d’universalité…

Enfin, quand je dis universalité… Commençons par ce qui fâche, parce que dans cette belle universalité, il y a quand même un gros manque : 12 bonshommes, que des gars… (On croirait la pastorale consistoriale avant que tu arrives, Marion)

C’est un des effets de l’incarnation, Jésus est venu à une époque précise, dans une culture donnée et s’il a bousculé des conventions, il en a aussi respecté d’autres… De toute façon, très rapidement, d’autres seront appelés disciples, d'autres seront appelés apôtre et parmi eux, des femmes… Bref, si en ces temps archaïques, le masculin l'emportait sur le féminin, mes soeurs voudront bien accepter de se reconnaître aussi dans ces Douze.

A part cette absence féminine, quelle diversité dans cette liste de noms. On y trouve des galiléens, reconnaissables à leur accent, et des judéens de l’intérieur (au moins un). A côté de noms bien israélites, on entend des noms grecs, Philippe, André (ceux-là serviront d’ailleurs d’intermédiaire avec les pèlerins grecs). Parmi ces Douze, que Jésus a appelé, des gens de culture grecque et même un péager, un collabo, côtoient un zélote, peut-être pas un révolutionnaire armé mais un pur et dur du tota et sola Israël. Parmi ces douze, on trouve des fratries, des fils de bonne famille (Alphée, vieille famille huguenote) et des gens sortis on ne sait pas d’où…

Restaurer Israël, annoncer le Royaume avec un groupe aussi hétéroclite, avec un tel ramassis, on pourrait se dire que c’était pas gagné d’avance… Et on aurait raison.

Dans une belle histoire édifiante ou dans un film hollywoodien, malgré toutes ces différences, les Douze auraient fini par faire une équipe soudée, luttant ensemble contre vents et marées. Dans un film hollywoodien…

Dans les évangiles, en revanche, ça ne se passe pas comme ça.

On connaît la fin, on connaît la tragédie de la crucifixion, Judas, l’un des douze trahit, Simon-Pierre renie, tous fuient…

Et, lorsque nous regardons le reste de l’histoire, ce n’est pas beaucoup plus reluisant…

Au fil des évangiles, nous voyons les disciples, et parmi eux les Douze, le plus souvent les Douze d’ailleurs, constamment ne rien comprendre, avoir sans cesse besoin d'explication, être toujours à côté de la plaque... Une vraie bande de bras cassés... On croirait la pastorale régionale ! (il faut vraiment que j'arrête de faire de mon cas une généralité)

Et encore s'il n'y avait que l'incompétence et l'incompréhension, mais nous allons voir les douze violents (« veux-tu que nous appelions le feu du ciel ? »), voire prompts à tirer l'épée. Nous allons les voir plein d'ambitions personnelles «permets que nous soyons l'un à ta droite et l'autre à ta gauche», nous allons les voir se chamailler dans des luttes de pouvoirs et d'influence «Qui est le plus grand ?» On croirait... Tiens, on croirait qui, au fait ?

Je ne vais pas finir ma phrase … Je crois qu'il nous appartient d'examiner les moments où nous faisons de l'Église le terrain de notre soif de pouvoir, de notre besoin de reconnaissance... On croirait nous, on croirait moi…

Finalement, bien loin d'un modèle, les Douze nous présentent un visage pas très reluisant de l'Église. Et le pire, c'est que c'est un visage dans lequel nous sommes bien obligés de nous reconnaître : en nous dépeignant les Douze, les évangiles nous tendent un miroir.

Cette présentation de l’Eglise paraîtra sans doute un peu déprimante, et pourtant, ce sont ces Douze là que Jésus appelle, ce sont ceux-là qu’il va envoyer… C’est cette Eglise que Jésus appelle, c’est cette Eglise que Jésus envoie.

Et ce n’est pas le plus incroyable : non seulement c’est cette équipe de bras cassés que Jésus appelle mais en plus, ils vont véritablement être le socle l’instrument de l’annonce de cette incroyable nouvelle de la résurrection.

Et ça va marcher.

Aujourd’hui, des Douze, de ces Douze qui voulaient tellement être les plus grands, nous ne savons presque rien, des noms et des surnoms, nous connaissons leurs fragilités, leurs errances mieux que leurs forces. Certains se dégagent un peu du lot, peut-être ceux qui parlent le plus fort ou le plus facilement, mais ce ne sont pas forcément leurs paroles les plus intelligentes qui sont parvenues jusqu'à nous, ce sont même souvent leurs bêtises (tiens, je devrais me noter ça quelque part, moi...)
Finalement, ces Douze avec toutes leurs ambitions et leurs dissensions n'ont pas éclipsé l'Evangile. C’est par eux et à travers eux que la Bonne Nouvelle nous est parvenue.

Voila peut être le plus grand prodige, c'est malgré l'Église et à travers l'Église que Dieu fait retentir l'Évangile. Et ce n’est pas grâce à la stabilité et au discernement d’une institution, ce n’est pas grâce au zèle de quelques valeureux résistants contre d'horribles hérétiques apostats, pas grâce à l’ouverture d’esprit de brillants intellectuels contre d'horribles fondamentalistes conservateurs. Non, ce qui fait que l’Eglise est le lieu de l’annonce de l’Evangile, c'est qu’à travers des hommes et des femmes, dans leurs faiblesses, dans leurs limites, dans leurs difficultés à s’entendre, Dieu a choisi de s'adresser à l'humanité.

Alors, toi, mon frère, ma sœur, non-chrétien qui t’étonne de cette Eglise si faillible, si humaine, regarde à ces Douze et dis toi que c’est là que tout a commencé, qu’avec eux, jamais l’Eglise n’a été autorisée à se croire supérieure au reste du monde

Et vous mes frères et sœurs en Christ quand nous désespérons de nous même, quand nous nous sentons trop petits, trop faibles, pas assez capables pour l'Église, regardons à ces Douze, pas plus grands que nous et qui ont été appelés comme nous avons été appelés.

Et quand, au contraire, nous désespérons de cette Église, tellement imparfaite, tellement mesquine parfois, tellement désespérément humaine, regardons à ces Douze, encore pires que nos pasteurs, que nos paroissiens, que nos collègues, les frères et les sœurs au côté desquel(le)s nous sommes appelés à travailler. Et reconnaissons que c’est là, l’Eglise que Dieu a suscité, et reconnaissons que sa faiblesse nous est une chance puisqu’ainsi nous y avons notre place…

Nous prions

Loué sois-tu Seigneur notre Dieu

Parce que c’est dans nos fragilités humaines

que tu fais retentir ta Parole

Garde nous de nos soifs de gloires

De nos volontés de puissance

Donne nous de reconnaître dans nos frères et sœurs

Cette Eglise que tu nous donnes.

Amen

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Des concombres, des oignons et des cailles : deux folies

12 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #cailles, #Nombre, #exode, #moïse, #consommation

Des concombres, des oignons et des cailles : deux folies

Dans la Bible, des hommes et des femmes oublient, ou abandonnent volontairement, des objets derrière eux. Nous avons ramassés quelques un de ces objets et cette année d’école biblique et de catéchisme, nous vous invitons dans cette salle des objets trouvés de la Bible

Ce dimanche, des objets qui nous viennent d'Egypte, concombres et oignons et un peu de levain...

Prédication du dimanche 11 octobre 2015

Nombres 11, 4 à 23 et 31-35

Après avoir fait sortir le peuple hébreu d’Egypte, Dieu l’a conduit dans le désert, il l’a nourri avec la manne et même, alors que le peuple pleurait pour de la viande, il lui a donné une pluie de cailles. Sauf que l’épisode des cailles que nous avons entendu, c’est en fait l’histoire de deux folies..

La première folie dont je vais parler, ce sont plutôt les adultes qui en souffrent, je crois que vous, les enfants, vous êtes moins atteints… C’est peut-être pour ça que Jésus nous appelle à être comme des enfants…

Parce que les adultes, parce que vos parents sont fous. Vous le saviez ?

Je vais essayer de vous dire en quoi ils sont fous. Imaginez, vous êtes en classe, le prof parle, parle, parle et c’est long et c’est pénible. Mais hier, hier c’était encore pire, vous étiez en classe, votre meilleur copain ou copine n’était pas là, il y avait dictée, vous vous êtes fait interroger alors que, pour une fois, vous n’aviez pas eu le temps de revoir votre leçon et en plus vous aviez oublié votre trousse. Aujourd’hui, c’est juste que le prof parle, parle, parle et c’est looooong Vous imaginez ? Eh bien, un adulte à votre place, il serait là : « Oh comme c’était bien hier, comme je regrette de ne plus y être…»

Rigolez pas, les adultes, derrière, c’est ce que nous faisons quand nous évoquons le bon vieux temps… Nous pleurons un temps qui n’a jamais existé. C’est ce que faisait le peuple hébreux quand il regrettait la belle époque où il mangeait des concombre, des oignons des poireaux et du poisson en Egypte, en oubliant que son temps en Egypte, c’était plutôt ça « Les Égyptiens les traitèrent durement, comme des esclaves ; ils leur rendirent la vie insupportable par un travail pénible : préparer l’argile, faire des briques, exécuter tous les travaux des champs. Bref, ils leur imposèrent sans pitié toutes sortes de corvées. » Exode 1, 13-14

Seigneur, garde nous de nous enfermer dans un passé que nous inventons. Donne-nous la force de traverser le présent même quand il est difficile.

La deuxième folie, elle est peut-être un peu mieux partagée, vécue par les enfants comme par les adultes… Vous est-il déjà arrivé de manger des bonbons jusqu’à en être malades ? De regarder la télé ou de jouer sur une console jusqu’à en avoir mal à la tête ? Si oui, vous connaissez peut-être ce moment où on se rend compte qu’on abuse, que ça commence à tourner mal mais où on est tellement lancé qu’on ne peut pas s’arrêter.

Eh bien, c’est ce qui arrive au peuple hébreux avec les cailles… « Super, se disent les hébreux » Dieu envoie encore plus de ravitaillement, il répond à nos réclamations et nous pouvons arrêter de travailler la manne au quotidien, nous pouvons faire des réserves et nous gaver de viande. Seulement, ce qu’on oublie souvent quand on évoque l’épisode des cailles dans le désert, c’est que c’est finalement une abondance mortelle, c’est un moment où Dieu frappe son peuple.

Alors, je ne crois pas que Dieu frappe son peuple. En revanche, je crois que nous prenons parfois des malédictions pour des bénédictions. Et je crois que nous traversons un épisode de caille et que nous commençons à nous en rendre compte. Notre société mange, mange, mange, consomme, consomme, consomme. Nous accumulons les richesses et longtemps nous avons cru que c’était une bénédiction de Dieu ou plutôt des dieux Economie et Technique. Nous commençons à nous rendre compte que ces cailles vont nous rester sur l’estomac. Et pourtant, nous continuons à nous gaver…

Seigneur garde nous de croire qu’avoir toujours plus est une bénédiction et un but. Garde nous de toujours vouloir entasser et accumuler. Donne-nous de vivre de ce qui est donné.

Frères et sœurs, nous pouvons laisser derrière nous le levain d’Egypte, le levain de nos esclavages. Nous pouvons laisser derrière nous nos rêves d’un bon vieux temps et d’un âge d’or pour entrer dans le présent. Nous pouvons laisser derrière nous nos soifs de richesse pour entrer dans la manne, le don de Dieu et la tâche simple qu’il nous donne d’accomplir.

Amen

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Beth Kangourou

10 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Kangourou, #Famille, #Maison

Beth Kangourou

Un petit mot à ma famille, lors des obsèques de ma grand-mère

Veuille maintenant bénir la maison de ton serviteur, pour qu’elle soit à jamais en ta présence. Car c’est toi, Seigneur DIEU, qui as parlé, et par ta bénédiction la maison de ton serviteur sera bénie à jamais.

2 Samuel 7, 29

Kangourou était fatiguée. Et régulièrement, ça donnait "Dis, le pasteur quand est ce que tu dis au bon Dieu de me rappeler". Et toujours ça m'embêtait et ça m’énervait un peu. Ca m’embêtait parce qu'égoïstement je n’étais pas spécialement pressé. Et ça m’énervait surtout parce que je ne crois pas en un Dieu qui rappelle à lui. Moi, je crois en un Dieu qui donne.

Et à travers Kangourou, à travers d’autres aussi, Dieu m'a donné une maison. Je ne parle pas d’un appartement à Sèvres, ni d’une maison dans les Alpes, je veux dire, une maison au sens biblique. Et dans la Bible, une maison ce n'est pas seulement un bâtiment, c'est une famille. Une famille au sens le plus large, une famille pas seulement établie par les liens du sang mais celui des alliances et des amitiés.

A travers Kangourou, avec Kangourou, Dieu nous a donné d'habiter une maison.

Une maison de fous, peut-être, un peu biscornue, un peu hétéroclite, un peu turbulente et bruyante. Une maison toujours ouverte même si pas toujours très égalitaire. Une maison pleine d'humour. Une maison assez pleine d'amour pour qu'on n’ait pas besoin de l'idéaliser, pour qu'on puisse dire qu’il n’est pas toujours facile d’y habiter, qu'elle est un peu englobante, un peu étouffante parfois, un peu cancanière, qu'on y entend des paroles injustes, des mots blessants. Et Kangourou, comme nous tous, participait à ces défauts… Elle les subissait et en souffrait aussi....

Mais voilà, c'est notre maison. Et aujourd’hui, il nous semble qu’elle vacille sur ses fondations, mais elle est solide. Parce qu'elle en a traversé des tempêtes, on en a vu des tremblements de terre (je pense à papa Fanfan, Marie Claire, Olivier et aujourd'hui Kangourou.) Mais la maison reste debout.

Et aujourd'hui quand je vous regarde, maman et papa, vous mes oncles et tantes, vous mes grands oncles et grands tantes, vous ma fratrie, vous mes cousins et cousines (comme les générations se croisent, comme je vous ai tous vu arriver, et comme je n’échappe pas aux tares familiales, j’englobe les conjoints et les enfants), toi Laurence et toi, Madian, quand je pense à ceux qui ne sont pas là, qui pensent à nous et qui nous manquent aujourd’hui, oui, quand je vois tous ceux qui sont rassemblés sous la bannière du Kangourou, je sais où j'habite.

Et, pour cette maison, parce que Kangourou y a habité avec nous, même si c’est dur aujourd’hui, je n'ai pas fini de rendre grâce à Dieu et, à vous tous, de dire merci et d’ajouter ces petits mots qu’on ne dit pas souvent dans la famille : je vous aime.

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C'est mon droit !

4 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Marc, #Divorce, #Répudiation, #Loi

C'est mon droit !

Prédication du 4 octobre 2015

Genèse 2

Deutéronome 24 1 à 4

Marc 10, 2 à 16

Comme on aimerait l’esquiver ce texte… Comme on aimerait expliquer que le divorce et la répudiation, ce n’est pas tout à fait la même chose, que l’époque de Jésus n’est pas la nôtre… Mais soyons franc, cela n’est qu’esquive et dérobade, surtout que dans notre société, bon nombre de séparations sont de fait des répudiations et non des divorces (pensez au PACS, au couples libres…) Mais quand même, qu’est qu’on aimerait l’éviter ce texte qui nous semble tellement piégé…

D’ailleurs, nous avons raison, cette question est effectivement un piège. Les pharisiens veulent-ils mettre les connaissances de Jésus à l'épreuve ? Espèrent-t-il qu'il s'emmêlera dans cette question difficile ? Le texte n'est pas très clair sur la nature de ce piège mais C'est un piège. C'est d'ailleurs le même verbe que pour parler de la tentation de Jésus au désert.

Du coup, nous devrions nous interroger sur notre propre tendance à utiliser la Bible pour mettre l'autre à l'épreuve, pour voir comment il se dépatouillera de tel ou tel dilemme éthique. (peut-être même qu’ici, en entendant la lecture certains se sont demandé comment j’allais m’en sortir) Bien sûr, c'est sans doute un danger qui concerne plus les pasteurs qui paraissent adorer ce genre de joute à coup de citations bibliques, mais il est bon que chacun ici s'interroge, quand je cite la Bible est ce comme une lampe sur ma route, un éclairage pour ma vie ou bien, Est ce comme le projecteur que je braque dans les yeux de l'autre pour l'obliger à se révéler, pour le mettre à l'épreuve. ?

La question est un piège mais Jésus accepte d'entrer dans l'épreuve, dans le piège tendu par les pharisiens. Il ne s'en tire ni par un refus, ni par une pirouette. Comme lors de la Tentation, Jésus répond à l'Ecriture par l'Ecriture, à la loi citée par les pharisiens, il répond par un autre passage de la loi. En effet, la loi sur la répudiation et la création du monde appartiennent au même ensemble du corpus biblique, nous l'appelons le Pentateuque, les juifs l'appellent la Torah, la loi. Et à l'époque de Jésus, cette Torah était réputée avoir été écrite toute entière par Moïse. Bref, contrairement à ce qu'une lecture un peu rapide pourrait laisser croire, Jésus n'oppose pas la parole de Dieu à celle de Moïse, il met en tension deux passages de la révélation faite à Moïse.

Or, Jésus n’annule pas un passage par un autre, il n’explique pas que la prescription de Moïse est caduque, il ne supprime pas le droit de répudiation. Simplement, il explique ce droit, cette permission …

« Au commencement de la création, il n’en était pas ainsi… » Jésus rappelle le projet de Dieu. Ce projet, ce n’est pas un idéal à atteindre, c’est la vérité de l’humain, de l’homme, de la femme et du couple. La vérité de l’humain c’est d’être créé pour la vie, pour la fidélité, pour s’épanouir dans le couple, pour aimer les autres, pour servir Dieu. Voilà ce qu’est l’humain.

Hélas, inexplicablement cet humain est abimé, il ne fonctionne pas comme il devrait. Pas la peine de le ramener au magasin, c’est toute la série qui est défectueuse. Il y a un mot pour cela qu’on a malheureusement limité à la seule dimension morale, qu’on entend comme synonyme de faute morale: le péché. Je ne lance pas le débat ce matin de savoir s’il faut changer le mot ou l’expliciter d’avantage. J’indique juste qu’il faudrait déjà étendre la signification de faute, qui est à la fois le crime et l’erreur, et que ce registre de la faute est de toute manière insuffisante à définir le péché. En bref, le péché, c’est tout (faiblesse morale, intellectuelle, physique,..) tout ce qui fait que l’humain n’est pas ce qu’il devrait être.

En nous renvoyant au projet initial, Jésus nous explique la loi.

Tout d’abord, la loi n’est pas seulement ce qui juge et condamne, ce qui dénonce notre péché. La loi est aussi parfois ce qui permet, ce qui aménage un espace où nous pouvons être avec notre blessure, notre faiblesse, notre défaut, notre péché devant Dieu : « parce que vous êtes mauvais et endurcis de cœur, Moïse vous a permis de répudier vos femmes », parce que vous êtes enclins à la violence dès votre jeunesse, Noé vous a permis de consommer de la viande.

Cependant, habiter cet espace ne signifie certainement pas que nous n’ayons plus rien à nous reprocher, être en règle ne signifie pas être juste et bon. Et c’est bien là, la leçon que Jésus donne aux pharisiens. Il ne remet pas en question la loi de Moïse, il ne leur interdit pas de répudier leurs femmes, il leur interdit de se croire justes quand ils le font.

Et puis, Jésus va mettre les points sur les « i », il va, encore, radicaliser ses propos : Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l’adultère envers la première, et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’adultère.

Mais ses propos tellement durs, il ne va pas les tenir face à la foule ni face aux pharisiens, il les tient uniquement pour ses disciples… Pourquoi ?

  • Est-ce-que les disciples ont plus besoin que les pharisiens que Jésus leur explicite la portée de ce qu’il vient de dire. Cela pourrait s’envisager si le dialogue avec les pharisiens n’était pas public mais les foules sont là…
  • Pour entendre des paroles aussi fortes, il faut être pur entre les purs et seuls les disciples de Jésus, les vrais, peuvent le supporter. Jésus serait celui qui ajoute de la loi à la loi, de l’exigence à l’exigence et ses disciples seraient en fait de super-pharisiens.
  • Ou bien, au contraire, face aux pharisiens, obsédés de pureté, face aux foules, persuadées qu’il faut être juste pour se tenir devant Dieu, Jésus préfère ne pas aller jusqu’au bout. Mais devant ses disciples qui commencent peut être à comprendre que le pécheur peut trouver son pardon auprès de Dieu, Jésus peut dire la réalité de leur péché. Face à celui, à celle qui comprend l’amour de Dieu, qui sait quelle valeur a la brebis perdue à ses yeux, il est possible de nommer le péché.

Oui, si le terme d’adultère est mortel pour le ceux qui sont prisonniers de la loi celui ou celle qui connaît l’amour de Jésus peut s’entendre nommer sa faute, sa blessure et savoir qu’il a le droit de ressusciter, de reconstruire une vie…

Ce matin, je ne voudrais pas que nous nous focalisions sur le mariage, de divorce, de répudiation, ou en tout cas, pas que. Parce qu’il me semble que cette confrontation ne devrait laisser aucun d’entre nous indemne. En effet, comme les pharisiens, nous avons facilement tendance à confondre ce qui est permis et ce qui est juste. Nous avons facilement tendance à revendiquer un droit comme une force pour ne pas faire l’aveu d’une faiblesse. Parce que, comme les pharisiens, nous préférons nous croire justes que nous reconnaître faibles, mauvais et endurcis de cœur…

Je pense à la récente campagne sur l’IVG Je suis persuadé du bienfondé de la loi Veil, justement comme espace aménagé pour tenir compte des accidents une vie. Mais le slogan « mon corps, mon choix, mon droit » me paraît finalement aussi insupportable que les accusations d’IVG de confort… Je ne sais pas si l’IVG est un choix, un droit, je crois simplement que la société doit pouvoir accompagner au mieux des situations de souffrances.

Je pense aux différentes aides financières, aujourd’hui revendiquées, y compris par les plus riches, comme des droits. La société doit, simplement accompagner des situations de fragilités. Peut-être que si nous osions dire que ces aides ne sont pas un droit, mais une aide pour compenser une faiblesse, la manière de les réclamer changerait un peu…

On me dira que ces lois concernent la société et pas Dieu. A l'époque de Jésus, cette distinction n’existe pas entre le religieux et la société, mais d’accord, parlons du droit de chacun à ne pas s’engager, à ne pas lire la Bible, à ne pas prier, à ne pas aller au culte… Ce sont des droit s que je défens. Le problème c’est que nous les revendiquons comme des preuve de notre liberté. Mais ne pas prier, ce n’est pas l’expression de notre liberté, c’est l’expression même de notre esclavage. C’est parce que nous sommes mauvais et endurcis de cœur que l’Eglise nous a permis de ne pas aller au culte, que Dieu nous accorde cet espace où nous prétendons vivre sans lui.

Alors ces espaces aménagés pour notre faiblesse, occupons-les avec reconnaissance et humilité. Et surtout, surtout, occupons les sans poser de jugement sur ceux qui occupent d’autres espaces que Dieu, dans son amour, a aménagé pour eux.

Amen

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Marguerite, la vérité qui guérit

29 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Vérité, #Marguerite, #Croix

Marguerite, la vérité qui guérit

"Il n'y a que la vérité qui blesse". Nous avons tous déjà entendu et prononcé cette petite phrase mortelle qui ajoute encore du dédain à l'insulte, qui coupe court à toute possibilité de défense. Contre ces vérités qui blessent (elles vont généralement par quatre) le film Marguerite nous parle de la vérité qui guérit.

En effet, ce qui va guérir Marguerite de l'illusion dans laquelle elle s'est barricadée, c'est une vérité dite sur ses capacités de cantatrice dite avec une absolue sollicitude, un véritable amour.

C'est bien ainsi qu'il nous faut entendre le jugement prononcé sur l'humanité lors de la crucifixion de Jésus. On pourrait sortir de l'idée juridique, de l'image d'un tribunal où Dieu juge et gracie et entrer dans un hôpital où Dieu dit à l'humain sa vérité : "Voici l'humain, victime et bourreau, voici l'humain écartelé de se prendre pour Dieu et pour le roi". Il serait peut être plus facile de comprendre que le but du diagnostic, c'est la guérison (et que la guérison passe par le diagnostic). La croix, c'est le lieu où Dieu dit à l'homme sa vérité et où cette vérité déchire celui qui la dit plus encore que celui qui la reçoit.

Marguerite nous fait également réfléchir sur les vérités que nous croyons devoir asséner aux autres. Ai-je pour but de gagner mon frère (Matthieu 18, 15) ou ma sœur ? Ou bien ai-je pour but de l'emporter sur lui ou sur elle ?

Suis - je porteur d'une vérité qui me brûle les lèvres et que seules les conventions, les bonnes manières me retiennent de dire ? Alors je suis porteur d'un jugement dont le but est de poser ma supériorité ou d'une de ces quatre vérités qui blessent l'autre pour me soulager moi - même. ..

Suis-je porteur d'une vérité que je ne parviens pas à dire parce qu'il m'est trop difficile de blesser celui qui la recevra, parce que je ne sais pas comment l'accompagner de tout l'amour qui permettra de la recevoir ? Alors je suis porteur de la vérité qui guérira, quand mon cœur aura trouvé le moyen de guider mes lèvres.

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Habacuc et les guetteurs

27 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Habacuc

Habacuc et les guetteurs

Prédication du dimanche 27 septembre

Habacuc 1,1 – 2, 6

Le prophète c'est celui qui parle de la part de Dieu et donc celui à qui Dieu parle. C'est donc assez logique de le trouver sur une hauteur... Mais la hauteur dont parle Habacuc,, c'est un rempart. Le prophète n'est pas un astronome ou un poète, qui contemplerait le ciel en oubliant le monde d'ici-bas. C'est un guetteur qui scrute l'horizon, qui bien loin d'oublier le monde, essaye de l'embrasser d'un seul regard...En tant qu''Eglise, c'est bien ainsi que nous devrions viser les hauteurs, tendre vers le ciel : non pas pour échapper au monde mais au contraire pour regarder ce monde, pour le voir dans ses moindres détails. Pour l'Église, prendre de la hauteur ne devrait pas signifier s'isoler mais tout voir... L'Église devrait être un guetteur qui prend son tour de garde...

Mais il existe plusieurs types de guetteurs. Il y a d'abord Yvain et Gauvain dans Kaamelott., ensuite la vigie des pirates d'Astérix, enfin la sœur Anne dans Barbe Bleue.

Je vais commencer par les pires : Yvain et Gauvain.

J'imagine que tout le monde ne connaît pas Kaamelott, série parodique sur la table ronde et la quête du Graal. Dans la série, Yvain et Gauvain sont les adolescents, c'est à dire une caricature des adolescents dans tout ce qu'ils ont de plus agaçant pour les vieux que nous sommes. Yvain est le perpétuel blasé : toujours négatif, jamais partant pour rien. Sa phrase type : «j'suis trop gavé, là». Gauvain, au contraire, c'est plutôt l'enthousiaste, celui qui est plein de bonne volonté et qui cherche tellement à faire plaisir à tout le monde qu''il n'a plus aucune personnalité.

Alors quand Yvain et Gauvain montent la garde, déjà ils se lèvent à une heure de l'après-midi (rappelez-vous : ce sont des caricatures d'ado) et pire, ils ne prêtent aucune attention à ce qui les entoure, voire ils abandonnent carrément leur poste

L'Église a parfois un peu tendance à disparaître. Quelque fois en se la jouant façon Yvain et en s’isolant dans sa tour de guet : « Alors d'accord, si c'est pour annoncer la Bonne Nouvelle à des gens qui n'y croient même pas et qui vont nous prendre pour des fous, c'est même pas la peine. J'suis trop gavé, là...»

Parfois, au contraire, comme Gauvain, elle veut tellement faire plaisir à tout le monde qu''elle perd toute singularité, tout discours particulier. Bien sûr, on ne peut pas lui reprocher de s'être enfermé dans sa tour : en fait elle n'y est plus du tout. Elle a complètement disparu.

Autre type de guetteur, la vigie du bateau des pirates dans Astérix. Vous savez : les gau, les gaugau, les gaugau...! Sous des aspects comiques, cette vigie est en fait un personnage tragique…

Lui, il tient son poste, il surveille l’horizon et il reste en lien avec les marins. Son problème en revanche, c’est que soit, il n’arrive pas à se faire comprendre « les gau, les gaugau, les gaugau… », ou bien il arrive à se faire comprendre trop tard, soit son annonce provoque une telle panique que les pirates préfèrent saborder leur bateau…
L’Eglise pourrait parfois être ce guetteur incapable de communiquer ce qu’il voit : peut-être parce que son langage (ses mots, ses rites, ses musiques) est devenu trop hermétique, incompréhensible au monde qui l’entoure. Attention cependant, nous confondons vite entre ceux qui ne comprennent pas et ceux qui refusent, et du coup en cherchant à rendre le message « plus clair », nous cherchons surtout à le rendre plus « acceptable »… Ce n’est pas la même chose, chercher à rendre la Bonne Nouvelle plus claire, plus accessible devrait être une obligation pour l’Eglise, le rendre plus acceptable devrait lui être interdit.

Et puis, en entendant le jugement de Dieu, en portant un regard lucide sur l’humain, sur ses faiblesses, sur sa violence, sur ses compromissions, sur son idolâtrie, sur sa capacité à amasser des trésors là où la vermine ronge, l’Eglise pourrait être aussi parfois ce guetteur dont l’annonce est tellement désespérante que finalement, il n’y a plus qu’à lâcher la barre et foncer sur les récifs voire à saborder le navire…

Dernier modèle de guetteur, de guetteuse plutôt, c’est la sœur Anne du conte de Barbe Bleue. Je ne vous rappellerai pas toute l’histoire, mais quand l’épouse de Barbe Bleue demande à son meurtrier de mari de lui laisser 15 minutes de répits pour prier et pendant ses 15 minutes, elle demande à sa sœur Anne qui surveille l’horizon du haut de la tour « Sœur Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ». Et la sœur Anne lui répond avec une lucidité implacable « Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie » pour devenir finalement porteuse d’une bonne nouvelle « Ce sont nos deux frères qui arrivent »

Sœur Anne, c’est peut-être le modèle de guetteur pour l’Eglise.

D’abord parce qu’on ne sait pas ce qu’elle fait là… A chaque fois que j’ai entendu l’histoire, je me suis demandé ce que la sœur Anne faisait sur la tour… Personnellement, si je décidais d’assassiner mon épouse, je m’arrangerai pour que sa famille soit absente. Et en fait, si on y réfléchit, la présence de l’Eglise dans le monde est tout aussi étonnante, tout aussi inattendue.

Et puis, comme la sœur Anne, l’Eglise est impuissante, le salut ne vient pas d’elle. Elle, elle scrute l’horizon et elle dit avec une vérité implacable ce qu’elle voit. Le vide qu’elle annonce, le soleil qui poudroie, l’herbe qui verdoie est aussi terrifiant que le peuple chaldéen que décrit Habacuc. Tout comme sœur Anne, tout comme Habacuc, l’Eglise devrait dire, sans panique, sans désespérance mais sans mensonge le mal qu’elle voit à l’œuvre Dire le mal, mais comme sœur Anne, garder les yeux obstinément rivé sur l’horizon dans l’espoir d’un sauveur qui doit venir, comme Habacuc affirmer « Il viendra, même s’il paraît tarder, attends-le car il viendra ». Etre lucide face au mal et proclamer une folle espérance, voilà le rôle de l’Eglise qui veille.

Alors, sœur Anne est-elle le modèle de guetteur ?

En fait non, il lui manque quelque chose. Comme Habacuc, elle voit le mal et dit le mal qu’elle voit. Comme Habacuc, elle annonce le bien à venir. Mais il lui manque deux choses.

Habacuc ne se contente pas de voir le mal, et de dire le mal qu’il voit, Il le dénonce également et invite les peuples à le dénoncer, à se moquer du hautain. L’Eglise devrait dénoncer bien sûr contre la barbarie de Daesh et la spirale de haine qu’elle déclenche, dénoncer le réchauffement climatique et notre soif de richesse et de confort, dénoncer la folie des puissants tellement rivés sur leurs intérêts à courts termes qu’ils en deviennent aveugles et la résignation des peuples. Dénoncer et inviter les peuples à dénoncer à lancer contre ces fléaux des formules d’une ironie mordante ? Ainsi la Bible nous invite à utiliser parfois l’ironie, la maoquerie comme arme. Et en effet, la moquerie n’est-elle pas une arme, une arme non létale mais une arme d’une incroyable confiance. On reproche aux humoristes, leur arrogance. Mais l’assurance de celui qui a le Seigneur pour abri devrait êlui permettre de rire du méchant, c’est-à-dire du puissant…
De plus, Habacuc ne se contente pas de veiller et de croire, il interpelle Dieu, SEIGNEUR, Tu n’écoutes pas. Je te crie à la violence, tu ne sauves pas. Pourquoi me fais-tu voir la malfaisance ? acceptes-tu le spectacle de l’oppression ?

Appeler Dieu au secours, refuser son silence et son inaction, oser l’interpeler, voici aussi le rôle du guetteur. Cette prière suffit-elle ? Ne vaudrait-il pas mieux agir ? Je crois qu’ici nous retombons dans la logique des hommes, dans le manque de foi et la volonté de nous sauver nous-même. La prière vraie change le cœur de l’homme et elle devient action. Et l’action même de l’Eglise, tout comme sa prédication, tout comme son annonce, tout comme ses chants et ses prières ne devrait pas être autre chose qu’une prière : un appel lancé à Dieu qui seul peut sauver.

Frères et sœurs, c’est aujourd’hui notre tour de garde. Ne soyons ni Yvain, ni Gauvain, ni la vigie du bateau pirate… Sans peur disons ce que nous voyons. Sans peur, affirmons ce que nous croyons. Sans peur, crions vers Dieu pour qu’il vienne

Amen

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Objets trouvés (1) La jarre

20 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Samaritaine

Objets trouvés (1) La jarre

Prédication du dimanche 20 septembre 2015

Jean 4, 1 à 30

Dans la Bible, des hommes et des femmes oublient, ou abandonnent volontairement, des objets derrière eux. Nous avons ramassés quelques un de ces objets et cette année d’école biblique et de catéchisme, nous vous invitons dans cette salle des objets trouvés de la Bible

La femme laissa là sa cruche d’eau et retourna à la ville, où elle dit aux gens : « Venez voir… »

L’histoire de la samaritaine, finalement, c’est l’histoire d’une femme qui est venue chercher de l’eau et qui a fait une rencontre qui l’a tellement bouleversée qu’elle en a oublié sa cruche d’eau.

Mais est ce que la samaritaine n’a laissé que sa cruche au bord de ce puit ?

(De la jarre, on tire trois rouleaux)

« Tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? »

« Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne »

« Je n’ai pas de mari. »

« Tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? »

Avant sa rencontre avec Jésus, la Samaritaine sait qui peut parler à qui. Elle sait bien que les juifs et les samaritains ne veulent pas avoir de relation. Elle sait bien à quel point les juifs méprisent les samaritains et les considèrent comme des moins que rien. Alors, rencontrer un juif qui lui parle et même qui s’abaisse à lui demander un service…

Et moi, de qui crois-je être le samaritain ? Selon moi, qui me méprise ? Selon moi, qui me déteste ? Selon moi, qui ne s’abaisserait jamais à m’adresser la parole ? Selon moi, qui ne pourrai jamais avoir recevoir quelque chose de moi ? Qui ai-je enfermé dans cette prison d’arrogance ?

Et puis, qui sont mes samaritains ? Qui sont ceux avec qui je ne veux surtout pas avoir de relation ? Qui sont ceux qui à mes yeux sont des moins que rien ? Qui sont ceux à qui je ne m’abaisserai même pas à demander à boire. De toute façon méchants comme ils sont, ils me la refuseraient ou bien ce serait pour m’empoisonner…

Parce que Jésus lui a parlé, la Samaritaine a laissé derrière elle cette frontière, ce mur entre les samaritains et les juifs, entre nous et les autres. Elle s’est rendu compte que tous, les samaritains et les juifs, les humbles et les arrogants, les anciens et les modernes, les sportifs et les intellos, nous et eux étaient unis finalement par la même soif, par le même besoin d’eau vive et qu’il y avait pour tous, un seul sauveur.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-t-il encore pour que tombent nos barrières ?

« Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne »

Avant sa rencontre avec Jésus, la samaritaine savait qu’il fallait adorer Dieu dans un lieu précis, d’une certaine manière et que ceux qui le priaient autrement étaient des gens bizarres, qui n’avaient pas très bien compris.

Où peut-être était-elle un peu perdue. Qui fallait-il écouter ? Où était Dieu ? Comment fallait-il le prier

Et moi, dans quelle case ai-je rangé Dieu, dans quelle boîte l’ai-je enfermé. Quel Dieu ai-je fabriqué avec mes mots, mes rituels ?

Ou bien, est ce que je ne suis pas un peu perdu au milieu de toutes ces religions, toutes ces Eglises, toutes ces tendances et tous ces mouvements ?

Parce que Jésus lui a parlé, la Samaritaine a laissé derrière elle, ces questions de lieux et de méthode pour monter vers Dieu. Elle a compris que l’important dans l’adoration, dans la prière, c’était d’être en esprit et en vérité et non pas dans un espace géographique bien défini, avec des rites bien précis. Elle a surtout découvert un Dieu vivant, un Dieu qui se fait proche des humains.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-t-il encore pour que nous laissions derrière nous nos labyrinthes religieux et que nous vivions, en esprit et en vérité, la venue de Dieu vers nous ?

« Je n’ai pas de mari. »

Avant sa rencontre avec Jésus, la samaritaine vivait dans la honte. Elle avait eu 5 maris… étaient-ils morts, avait-elle été répudiée ? On ne le sait pas mais c’était déjà assez pour la faire regarder bizarrement… Et puis, chose scandaleuse pour son époque, elle vivait finalement avec un homme qui n’était pas son mari. Et cela faisait d’elle quelqu’un de non fréquentable. Quelqu’un qui vient seule au puit alors que c’est généralement le lieu où les amies vont ensemble pour discuter, pour rire…

Et, quand au puits, un inconnu lui parle de son mari, elle n’ose pas mentir, elle répond évasivement « je n’ai pas de mari »

Et moi, quel passé m’enchaîne ? De quoi ai-je honte ? Qu’est-ce que j’essaye de cacher à ceux qui m’entourent, à ceux que je rencontre ? Qu’est ce qui me tient à l’écart des autres ?

Parce que Jésus lui a parlé, parce qu’il a évoqué tout son passé, déroulé tout son carnet de famille sans un mot de jugement, sans un mot de condamnation, avec comme seul commentaire : « tu dis bien », la samaritaine a pu sortir de sa honte. Elle était venue seule, à l’heure où elle était sûre de n’affronter aucun regard, elle peut à présent courir vers les autres et partager cette extraordinaire rencontre.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-il encore pour que libérés de notre passé, de nos erreurs et de nos échecs, nous osions courir vers les autres et partager avec eux cette incroyable nouvelle : nous avons trouvé le messie, Dieu nous aime !

Frères et sœurs, comme la samaritaine nous pouvons laisser notre cruche derrière nous. Nous pouvons abandonner les eaux usées des préjugés, des rigidités et de la honte. Ces eaux-là ne désaltèrent pas. Nous pouvons puiser à présent dans l’eau vive : la foi dans le Dieu qu’on adore en esprit et en vérité, dans l’espérance que Dieu ne cessera jamais de nous aimer, dans l’amour qui nous pousse à annoncer à tous une bonne nouvelle !

Amen

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