Miettes de théologie

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Mambré, à l'heure du café et de la sieste

23 Juillet 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Abraham, #Sarah, #Mambré, #Parole, #Torpeur

Mambré, à l'heure du café et de la sieste

Prédication du dimanche 21 juillet 2013

Colossiens I, 24 à 28

Luc X 38-42

Genèse XVIII, 1 à 15

Le SEIGNEUR apparut à Abraham aux chênes de Mambré alors qu’il était assis à l’entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour

Où et comment le Dieu de la Bible apparaît-il ?

Sur la montagne recouverte de nuée, dans le fracas du tonnerre et des éclairs, ou bien dans le temple ou dans le sanctuaire par des visions célestes. Et cela nous renvoie à nos moments d’exaltation et d’enthousiasme, à nos moments de piété fervente et de grande spiritualité.

Dans la nuit, par des songes ou dans la lutte avec un inconnu… Dans le désert alors que le prophète va mourir de soif et qu’il lui redonne la force de partir. Et nous pensons aux ténèbres et à nos tempêtes de désespoir.

C’est ainsi, n’est ce pas ? Qu’on envisage une théophanie, une apparition divine…

Et voilà que Dieu s’invite à l’heure du café et de la sieste

Alors que représente pour nous, cette heure du café et de la sieste ?

Pour certains, c’est tout simplement le milieu de la journée. Le travail n’est pas terminé, mais on inscrit une pause nécessaire dans le déroulement de la journée.

Parfois, cette chaleur du jour peut évoquer des souvenirs plus doux, un temps paisible entre amis ou en famille dans la fraicheur de l’ombre par une belle journée d’été.

Mais parfois aussi ce temps de la chaleur est notre amertume, notre lassitude. Le soleil est trop chaud, notre vie est trop lourde et l’on n’a envie de rien faire. Alors peut-être n’est-ce pas la douceur d’une sieste d’été à laquelle il nous faut penser mais plutôt à l’hébètement de celui qui mesure l’absurdité de sa vie…

Il y a de toute façon un point commun entre toutes ces manières d’entendre la chaleur du jour. Que cette heure de la chaleur du jour, cette heure du café et de la sieste soit le temps du ralentissement dans une journée de travail, qu’elle soit le temps de la douce quiétude, qu’elle soit le temps de la lassitude et de l’absurde, elle est un temps de torpeur, d’arrêt.

Ce n’est pas le lever du jour avec ses promesses, son anxiété et son enthousiasme, ce n’est pas la journée dans toute son activité, dans toute sa fébrilité, ce n’est pas le soir qui vient avec ses ténèbres, ses peurs, ses regrets ou sa satisfaction de la journée accomplie. Ce n’est pas le moment où je vais de l’avant, ni le moment où je me recroqueville sur moi-même, c’est le moment où je me pose, je m’abandonne. Je m’installe dans la routine de mes journées, je m’installe dans la sérénité de mon bonheur, je m’installe dans ma fatigue et dans mon amertume. Le temps de la chaleur du jour, c’est le moment où je me pose, où je laisse les choses aller.

Et dans cette torpeur, voilà que Dieu se tient auprès d’Abraham. Alors, dans cette chaleur de la journée, dans ce temps du café et de la sieste, survient un peu de mouvement. On prépare, on s’agite, on s’affaire. Mais tout reste finalement très ordinaire. L’hospitalité est une règle, une loi et dans des contrées difficiles, pour des peuples nomades, c’est une règle de survie. Rien dans cette rencontre ne sort de l’ordinaire, trois voyageurs (un seul aurait été plus surprenant, on ne voyage pas seul) s’arrêtent à un campement et le chef de la tribu leur offre l’hospitalité.

Et il en va de même, finalement, de la présence de Dieu dans nos vies. Nous savons qu’il est là dans la routine de notre quotidien, dans nos bonheurs sereins, dans nos temps de lassitude. Oui, nous savons cette présence mais qu’est-ce que cela change ? Quelle réaction cette présence provoque-t-elle ?

Dieu est là, il se tient à nos côté, nous l’accueillons mais finalement rien ne sort de l’ordinaire…


Jusqu’à ce qu’Il parle et c’est de cette parole que surgit l’extraordinaire : « Voici que Sara, ta femme, aura un fils ». « Ta vie est et sera féconde ».

Et avec cette parole, il se passe quelque chose d’extraordinaire. Jusque-là, le texte ne nous décrivait en effet que l’extérieur, que ce que les yeux peuvent voir. Et d’un seul coup, avec la parole du Seigneur, nous entrons dans le cœur de Sarah, nous voyons son rire intérieur, nous entendons sa lamentation « Tout usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et mon maître est si vieux ! », nous connaissons même sa peur.

Ce n’est donc pas tant la présence de Dieu qui provoque le bouleversement intérieur que sa parole. Cette parole là nous a fait entrer dans le cœur de Sara, cette parole-là a bouleversé profondément Sara. Un bouleversement qui n’est pas forcément l’adhésion, la foi. Souvent, on voudrait que les personnages qui dans la Bible sont touchés par la parole de Dieu entre immédiatement dans la foi. M ais non. Ce que nous voyons en Sara, c’est le rire (un rire amer sans doute), c’est les larmes, c’est la peur. C’est bien son cœur, ce n’est plus l’apparence, ce ne sont pas les pensées superficielles, ce n’est même plus la réflexion, c’est ce qui remue au plus profond que nous voyons.

Et c’est cela que dans cette torpeur, dans cette chaleur du jour, c’est cela que la Parole de Dieu, beaucoup plus que sa présence, met en action. Oui c’est la parole de Dieu qui nous sort de la chaleur de notre journée. C’est la parole de Dieu qui nous sort de notre sieste. C’est la Parole de Dieu qui nous sort de notre torpeur.
Et cette Parole c’est « Ta vie est, et sera, féconde »

Tu crois être au soir de ta vie, tu crois que tes meilleures années sont derrière toi. Ta vie et, et sera, féconde

Tu es perdu dans le quotidien de tes occupations et de tes inactions, tes journée s’enchaînent avec ou sans plaisir. Ta vie est, et sera, féconde.

Tu es bien, avec ta famille, avec tes amis. C’est le repos, c’est les vacances. Peut-être trouves tu ton bonheur un peu égoïste. Ta vie est, et sera, féconde.

Tu n’en peux plus. Le soleil est trop lourd, la vie est trop lourde. Tu crois que ta vie n’a pas de sens. Ta vie est, et sera, féconde

Mon frère, ma sœur, ta vie est, et sera, féconde, que cette parole t’atteigne et te bouleverse, qu’elle te tire des larmes ou le rire de l’amertume, qu’elle t’exalte ou qu’elle t’effraie, qu’elle te sorte de ta torpeur.

Amen

Jésus et la méduse

20 Juillet 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Croix, #Jésus, #Méduse, #Culpabilité, #Délivrance

Jésus et la méduse

Parce qu'elle a été violée par Poséidon dans le temple d'Athena, une jeune femme s'est vue transformée en une créature monstrueuse et serpentine qui transforme en pierre quiconque croise son regard.
Avec cette version de l'origine de la Méduse, le visage qui pétrifie d'horreur quiconque le fixe, est celui d'une victime. Et c'est vrai que nous n'aimons pas voir les victimes, et encore moins lorsque nous sommes responsable de leur état, que cette responsabilité soit directe ou indirecte.
C'est bien ce sentiment d'horreur qui s'exprime dans l'évangile lorsque les spectateurs de la crucifixion rentrent chez eux en se frappant la poitrine. C'est peut être à ce même sentiment que renvoie l'évangéliste Jean en citant Zacharie : "Ils verront celui qu'ils ont transpercés." (Jean XIX, 37)
Pourtant, la croix n'est pas l'égide qui pétrifie d'horreur, la victime, le crucifié ne nous paralyse pas de culpabilité. Bien au contraire, dans ce même évangile selon Jean, il est présenté comme le serpent d'airain que Moïse avait dressé, ce serpent qui guérit celui qui le regarde (Jean III, 14)
Comme la Méduse, le crucifié nous montre l'horreur de la victime, il révèle notre culpabilité, mais, contrairement à la méduse, il ne nous fige pas dans cette culpabilité, il ne nous pétrifie pas. Par l'annonce du pardon, il nous libère, il nous donne un cœur vivant.

L'homme est un loup pour l'homme

30 Juin 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Radio, #Psaume

L'homme est un loup pour l'homme

Prédication du 9 juin pour le service protestant sur France Culture

Psaume 10

Eric :

Quand nous avons lu, Marion et moi, les textes bibliques proposés pour aujourd’hui, c’est ce psaume 10 qui nous a retenus, sans doute parce qu’il colle si bien, ou plutôt si tragiquement, à l’actualité. En discutant sur ce psaume, sur les images déployées, une chanson de Juliette Nourredine m’est revenue à l’esprit. Dans cette chanson, la chanteuse évoque Circé, la magicienne de l’Odyssée qui transforma les compagnons d’Ulysse en cochons. Circé se rappelle avec un brin de nostalgie cette époque où elle transformait les hommes en pourceaux pour finir par déplorer qu’aujourd’hui les hommes se transforment en des animaux beaucoup moins sympathiques. Nous vous proposons d'écouter ce dernier couplet du sort de Circé, de Juliette Nourredine

Les voici désormais

Enivrés par le fric, le pouvoir, les combines

Changés en charognards, en vautours, en vermine

Le méchant se tient en embuscade près des villages, Il assassine l’innocent dans des lieux écartés ; Ses yeux épient le malheureux. Il est aux aguets dans sa retraite, comme le lion dans sa tanière, Il est aux aguets pour surprendre le malheureux ; Il le surprend et l’attire dans son filet. Il se courbe, il se baisse, Et les misérables tombent dans ses griffes.

On l’entend bien, la chanson est finalement la même, elle dresse le même constat : «l'homme est un loup pour l'homme». A des millénaires d'intervalle, la chanteuse et le psalmiste nous dépeignent à quel point l'appât du gain transforme l'humain en un prédateur qui rôde avant de s'abattre sur le plus faible...

Et dans cette période de crise, où l’on sait bien que les plus riches continuent à s’enrichir, cette image se fait plus aigüe, plus douloureuse. Devant les différents scandales financiers, nous avons tendance à nous exclamer « Mais quelle époque vit on ? » et voilà que le psaume nous montre que plusieurs siècles avant Jésus Christ, la situation était la même. Les comportements ne changent pas…

On pourrait se dire que c’est dans l’ordre des choses, que c’est la nature humaine et hausser les épaules d’un air blasé…

On pourrait aussi succomber au désespoir devant ce tableau qui reste le même à travers les siècles.

Mais pour le croyant, il y a d’abord une réaction de colère, un cri : « Où est Dieu dans tout ça ? »

Marion

En effet, Dieu semble silencieux, absent, inactif surtout. Comment l’homme mauvais peut-il toujours réussir ce qu’il fait, pourquoi ses pièges ne sont-ils jamais détournés, pourquoi n’est-il jamais puni de ses méfaits et pourquoi personne ne vient lui demander des comptes ? Dieu semble lui laisser carte blanche, voire même l’encourager dans sa méchanceté… C’est en tout cas ainsi que l’homme mauvais interprète le silence et l’absence de réaction de Dieu : « Qui ne dit mot consent ». Et il va encore un pas plus loin dans son interprétation : si Dieu le laisse faire, c’est sans doute parce qu’il n’a pas le pouvoir de l’arrêter, ni de le punir. Peut-être même qu’il n’existe pas.

Le faible qui, quant à lui, subit la méchanceté des ces prédateurs en tout genre s’interroge lui aussi sur le silence de Dieu. Un Dieu qui ne vient pas le secourir dans sa détresse, qui ne le protège pas des pièges qui lui sont tendus. Si Dieu existe vraiment, pourquoi me laisse-t-il dans mon malheur, pourquoi ne me débarrasse-t-il pas de tous ces hommes mauvais qui sont sur mon chemin, de tous ces détenteurs de pouvoir qui rôdent autour de moi ?

Je crois qu’il nous arrive souvent de tenir de tels raisonnements.

Eric

C’est vrai que c’est une prière classique : «Que Dieu vienne punir le méchant, qu'Il vienne frapper mes ennemis». Et bien sûr qu'on aimerait un peu plus de justice. Bien sûr qu’on aimerait ne plus voir ceux qui exploitent, escroquent et oppriment s’en tirer impunément.

Pourtant, cette prière est dangereuse : d’abord si Dieu venait tuer les méchants, il ne resterait plus grand monde sur terre, ensuite moi-même qui appelle ce châtiment de dieu sur les coupables, suis-je bien sûr d’être assez irréprochable pour ne pas être frappé par la justice de Dieu ?

Nous sommes souvent dans la contradiction : d’un côté, nous sommes heureux que Dieu se montre miséricordieux pour nous, qu’il supporte nos errements et nous le remercions pour sa bonté mais de l’autre nous nous plaignons que Dieu ne punisse pas le méchant. Pourtant, ce silence face au méchant n'est-il pas justement l'expression de la miséricorde de Dieu, la preuve de sa patience ?

Marion :

Mais quelle justice reste-t-il alors pour les plus faibles… Si Dieu ne leur vient pas en aide, s’il ne renverse pas le cours des choses, ils sont obligés de se débrouiller seuls pour ne plus se faire prendre aux pièges des autres. Et ils n’ont alors que deux solutions possibles.

Soit le faible reste faible à jamais, toujours victime des plus forts, des plus puissants, des plus malins. Toujours renversé, écrasé comme le dit le psalmiste. Un pigeon dirait-on aujourd’hui, qui se fait sans cesse avoir, incapable de se défendre. Il vit alors inévitablement dans la méfiance constante des autres, dans la suspicion permanente, toujours aux aguets et rarement prêt à se laisser aller à la confiance. Aujourd’hui, une telle réaction n’est pas rare… Qu’il s’agisse de faire un achat quelconque ou de s’engager dans une relation, la méfiance est souvent de mise, de peur d’être trompé.

Mais le plus faible, las de sa faiblesse, peut aussi devenir à son tour le prédateur de quelqu’un, car on peut toujours trouver plus faible que soi. Et c’est la loi de la jungle qui s’établit peu à peu… C’est effectivement un tableau bien sombre qui se dresse, si on s’enferme dans une telle logique… N’y a-t-il donc aucun chemin possible pour en sortir ?

Eric

Tu as raison de soulever le problème. Face à tant de souffrance et de violence, il devient impossible de se contenter d’évoquer l’infinie patience de Dieu : la miséricorde deviendrait criminelle, l’amour deviendrait démission et finalement, la parole de Dieu ne serait plus qu’un sirop destiné à nous faire oublier l’amertume du monde. La Bible se contenterait de nous faire miroiter une récompense dans l’au-delà et elle n’aurait plus rien à voir avec notre réalité, le message biblique deviendrait pour le coup l’opium du peuple…

Mais le psaume 10 refuse cette réponse trop rapide de la clémence de Dieu pour le méchant et il ouvre une autre voie que celle de la peur ou de la loi de la jungle. Le psalmiste refuse de se terrer dans l’effroi en attendant d’être dévoré. Il refuse également de devenir bête fauve contre les bêtes fauves, d’en finir par lui-même avec les méchants.

Il ose un cri. Un cri de dénonciation de cette injustice : « cette jungle dans laquelle nous vivons n’est pas le monde des hommes, cette humanité n’est plus l’humanité », un cri de refus « Je ne veux pas me plier à cette loi du plus fort, je ne veux pas que mon choix se limite à être un pigeon ou un vautour. » Un cri d’appel aussi : « Par nous-même, nous ne pouvons sortir de ce rapport de force, mais un autre peut intervenir et il faut qu’il le fasse, il faut que Dieu se lève ! »

Marion

Pourtant, l’appel adressé à Dieu n’est pas un appel au meurtre, ce n’est pas même un appel à la destruction des méchants ou à leur renversement. Non, le psalmiste crie vers Dieu pour lui demander de briser non pas l’homme mauvais lui-même, dans la totalité de sa personne, mais son bras, symbole de son pouvoir et outil de sa méchanceté. C’est là un beau message de confiance qui traverse le sombre tableau que nous avions d’abord dressé : confiance en la disparition possible, non pas des méchants, mais de leur méchanceté : « Détruis le pouvoir de l’homme mauvais, du méchant ! Alors tu pourras chercher le mal qu’il a fait, tu ne trouveras plus rien ».

Ce cri du psalmiste s’accompagne d’une confession de foi. Pour lui, c’est une certitude que Dieu a déjà entendu le désir des faibles, et que jour après jour il affermit leur cœur et continue à leur prêter une oreille attentive. Pour lui, la justice de Dieu existe, peut-être pas dans la punition infligée aux méchants, mais dans l’attention portée aux plus faibles, dans la possibilité qui leur est donnée de continuer à pousser leur cri vers Dieu et dans la certitude d’être entendus.

Samuel, Samuel...

15 Juin 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Vocation de SamuelI Samuel II, 12 à 17

I Samuel III 1 à IV 1a

 

Marion  : Nous voici arrivés au terme de notre cycle de prédications sur le thème de la vocation, même si nous pourrions encore nous arrêter sur bien d’autres récits bibliques pour continuer à en parler. Ces derniers mois, nous avons souvent souligné à quel point l’appel de Dieu nous met en mouvement, nous transforme et nous pousse à servir Dieu. Or Samuel ne semble pas avoir attendu un quelconque appel pour Le servir. Depuis tout petit, il vit dans ce sanctuaire de Silo, avec le prêtre Héli, au service du Seigneur. Pourtant, il ne Le connait pas encore, la Parole du Seigneur ne s’était pas encore révélée à lui nous dit le texte que nous venons d’entendre. Tu ne trouves pas cela surprenant, de servir Dieu alors même qu’on ne le connait pas ?

 

Eric : C'est vrai qu'à première vue, c'est un peu étrange, même si le texte nous précise que la Parole de Dieu était rare en ce temps là. Et pourtant, l'époque n'est pas si lointaine où les gens se rendaient nombreux à l'église chaque dimanche, peut être moins par conviction que par convention, parce que ca se faisait... Combien étaient alors comme Samuel, servant Dieu sans le connaître ? Mais bon,  c'est vrai que les Eglises ont perdu de leur emprise dans notre société et qu'aujourd'hui, celles et ceux que nous rencontrons viennent au nom de leur foi et, on pourrait presque dire, contre les conventions sociales. Tiens ! Tu feras peut être partie de la première génération de pasteur qui ne rencontrera plus de pratiquants non croyants.

 

Marion : Je n’en suis pas si convaincue… Je pense plutôt que les traces de cette pratique avant tout sociologique que tu décris subsistent encore, y compris dans une société a priori de plus en plus coupée du christianisme, voire hostile au religieux. Regarde les demandes de bénédiction de mariage ou de baptême par exemple ! Elles ne s’inscrivent pas toujours dans une démarche de foi, ou en tout cas elles ne sont pas toujours formulées, exprimées comme telles. Il s’agit bien souvent d’une demande de rite, d’une inscription dans une certaine tradition, familiale ou plus largement sociale. Parce que ça se fait, comme tu dis ! Et je me demande même si de telles pratiques n’existent pas aussi au sein même de notre Église, dans notre propre façon de vivre notre foi, même si nous nous revendiquons comme étant une Église de militants !

 

Eric : Une Église de témoins, tu veux dire. Mais tu as raison, même dans notre vie de croyants, de confessants, il y a des gestes qui relèvent plus de l'automatisme que du témoignage, des paroles que nous prononçons sans vraiment penser à ce qu'elles signifient. On pourrait se demander, par exemple, si nous habitons toujours  les temps de prière qui nous sont proposés, si pendant le culte, nous vivons vraiment au rythme du déroulement de la liturgie... Mais finalement, un service chrétien qui se vivrait toujours dans la connaissance au sens biblique du terme c'est à dire dans la relation étroite avec Dieu, est ce vraiment possible ? Je me demande parfois si dans notre revendication légitime de plus de conviction et de moins de rituel, nous ne finissons pas par répondre à un excès par un autre excès... Après tout, l'histoire de Samuel nous présente deux cas d'ignorance de Dieu. D'un côté, les fils d'Héli qui ne connaissent pas Dieu et qui se contentent d'utiliser le rituel dans leur intérêt, de se servir, de l'autre côté, Samuel qui ne connaît pas Dieu et qui le sert. Deux visages de la religiosité donc, l'un négatif et l'autre positif.

 

Marion : Et c’est quand même dans ce contexte de religiosité ambiante, en quelque sorte, que Dieu va appeler Samuel et se révéler à lui. Une véritable relation avec Dieu peut donc naître, peut-être pas de cette religiosité, mais en tout cas dans cette religiosité. C’est bien dans le sanctuaire de Silo, précisément là où Samuel sert Dieu sans le connaître, là où il pratique sans croire, que Dieu s’adresse à lui et se donne à connaître. Cela devrait nous apprendre à ne pas dénigrer trop vite ces formes de religiosité qu’on montre souvent du doigt : ce qu’y peut s’y produire et s’y vivre ne nous appartient pas.

 

Eric : Il faut aussi remarquer le rôle d'Héli dans cette histoire. Après tout, en tant que grand prêtre de Silo, Héli incarne toute la religiosité, tout le ritualisme de cette époque où la Parole de Dieu était rare. Or Héli va être celui qui va permettre à Samuel de comprendre ce qu'est cet appel. Ce n'est pas Héli qui appelle, mais sans Heli, Samuel en serait encore à courir après cette voix qui l'appelle. Le prêtre Heli est celui qui explique d'où vient l'appel.

 

Marion : Oui, c’est bien lui qui finit par comprendre… Mais il en a mis du temps ! Ce n’est qu’au bout de la troisième visite de Samuel qu’Héli réalise que c’est Dieu qui l’appelle, que c’est bien Sa voix que Samuel entend. Heureusement que Dieu est patient et persévérant…

 

Eric : Eh oui ! Si la religiosité n'empêche pas la Parole de Dieu de retentir, elle ne garantit pas non plus que cette Parole sera identifiée du premier coup. Remarque, quelque fois il vaudrait mieux que les religieux mettent autant de temps qu'Heli à reconnaître la manifestation de Dieu, plutôt que de croire le voir  dans le premier cauchemar venu... Je disais qu'Heli explique à Samuel d'où vient son appel, mais cela ne s'arrête pas là, il va également être celui qui oblige Samuel à oser accomplir sa mission. Alors que Samuel n'ose rien dire de ce qui lui a été demandé de dire, c'est bien Heli qui va le contraindre à parler.

 

Marion : A parler, et à lui répéter des choses pas très agréables à répéter… La première mission de Samuel est loin d’être facile. Et une fois de plus on se rend compte que Samuel est contraint par un autre, qu’il ne choisit pas par lui-même de prendre la parole. D’ailleurs depuis le début de son histoire il ne choisit rien. Il se retrouve dans le sanctuaire de Silo parce que sa mère, Anne, a fait la promesse de le consacrer au service du Seigneur s’Il lui accordait une descendance. Et d’après ce que nous venons de voir, il se contentait finalement de servir, sans connaître Dieu et sans même chercher à le connaître. Lorsqu’Héli finit par comprendre que c’est Dieu qui appelle Samuel, il l’invite à retourner se coucher à sa place habituelle, et c’est ce qu’il fait. Il ne se met pas dans une posture de prière ou d’adoration, il ne fait rien pour essayer de provoquer un nouvel appel de Dieu. Il retourne simplement à sa place.

 

Eric : C'est surprenant dans notre perspective religieuse, mais en fait c'est assez logique. Tu l'as bien souligné : Samuel n'a rien choisi. En revanche, il a été choisi. C'est donc normal que ce soit Dieu qui vienne à lui plutôt que lui qui aille à Dieu. Samuel a été choisi et, comme souvent, il est difficile de savoir pourquoi. En tout cas, pas à cause de sa piété, ni de sa quête de Dieu, Je ne crois même pas que ce soit parce qu''il avait été consacré à Dieu par sa mère : après tout, les fils d'Héli eux aussi étaient consacrés à Dieu par leur naissance... On se heurte toujours à ce mystère : pourquoi  Dieu a-t-il choisi celui-ci ? Mais qu'importe le pourquoi ? Ce qui compte, c'est que parce qu'il a été choisi, Dieu se tient à ses côtés. Je pense que c'est comme cela qu'il faut comprendre cette présence qui vient accompagner le dernier appel. Dieu est là, non pas là dans le sanctuaire (sinon sa présence aurait été précisée dès le premier appel) mais là, auprès de Samuel qui a désormais été informé de la conduite à tenir.

 

Marion : Dieu vient à ses côtés, et il ne se laisse pas arrêter par l’ignorance de Samuel ou par son incapacité à comprendre tout de suite qui lui parle. Non, Dieu continue à l’appeler, patiemment, jusqu’à ce que Samuel puisse entendre pour lui la parole qui lui est adressée. Par ailleurs, Dieu n’appelle pas seulement ceux qui le connaissent déjà. Comment d’ailleurs connaître Dieu si ce n’est pas lui-même qui se donne à connaître ? Il n’appelle pas seulement ceux qui le cherchent, ceux qui espèrent être appelés, ceux qui attendent d’être appelés. Et peut-être qu’il se révèle justement là où l’attend le moins, là où on le cherche le moins… Simplement dans notre quotidien, à notre place habituelle.  Nul besoin de nous déplacer pour aller chercher Dieu quelque part, c’est Dieu lui-même qui se déplace pour venir nous rencontrer.

 

Eric : Euh tu peux attendre d'être au Havre pour dissuader les gens de venir au culte ou aux études bibliques ?

 

Marion : Je ne suis pas sûre que mon futur collègue soit d’accord… Enfin, nous verrons le moment venu. En attendant, revenons-en à Samuel. Même quand il comprend, avec l’aide d’Héli, que c’est le Seigneur qui l’appelle, Samuel n’est pas encore prêt à le reconnaître comme tel, en tout cas il n’est pas encore prêt à l’appeler « Seigneur ». Tandis qu’Héli l’invite à retourner se coucher, et à répondre en disant « Parle, Seigneur ; moi, ton serviteur, j’écoute », Samuel répond seulement « Parle ; moi, ton serviteur, j’écoute ». Sa confession de foi n’est pas immédiate, mais encore une fois, cela n’arrête pas Dieu, qui continue à lui parler.

 

Eric : À lui parler et surtout à l'appeler. Et quel appel !!! Samuel qui servait Dieu sans le connaître, à une époque où la Parole de Dieu était rare est appelé, et il n'est pas appelé à continuer dans son service auprès de l'Arche d'Alliance ! Au contraire, sa mission est de proclamer la fin de ce service, la chute de la famille d'Héli qui préfigure la chute du sanctuaire de Silo. Samuel est appelé là où il se tient, c'est vrai mais cet appel ne le laisse pas à sa place. Le texte a commencé dans le secret du sanctuaire, avec un petit cercle de privilégiés : comme une histoire entre Dieu, Heli et Samuel, mais à la fin, Samuel est porteur de la Parole à tout le peuple. Une fois de plus, le texte biblique nous conduit à dépasser notre compréhension classique de la vocation. Lorsque nous parlons de vocation, nous pensons toujours à l'appel à un ministère (c'est à dire un service) particulier (catéchète, pasteur, conseiller presbytéral) et toujours à l'intérieur de l'Église. Mais ici, comme dans d'autres textes, l'appel est un appel à porter la Parole de Dieu vers l'extérieur.

 

Marion : Samuel est donc appelé à quitter le lieu du service, alors même que c’est dans ce lieu que son appel a été reçu et expliqué. L’appel de Dieu est toujours premier, que ce soit un appel à la vie chrétienne, ou un appel à un ministère plus particulier. Mais nous avons besoin de ces Héli qui nous encouragent à nous mettre à l’écoute de cet appel, qui montrent du doigt sa provenance. Nous avons besoin de tous ces témoins qui nous ont précédés dans la foi depuis les apôtres eux-mêmes. Nous avons besoin de l’Église pour discerner l’appel qui nous est adressé.

 

Eric : Oui, et c’est sans doute là une des missions importantes de l’Eglise : être ce lieu où chacun peut comprendre l’appel qui lui est adressé par Dieu, un appel à être témoin d’une bonne nouvelle pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore reçu. Mais pour cela, il faut que notre Eglise résiste à la tentation de se servir d’abord. La tentation d’appeler nous même les gens et de les appeler à nous rejoindre, à entrer dans le cercle au lieu de leur donner la force et le courage nécessaire pour sortir du sanctuaire, pour faire entendre à tous la Parole que nous avons reçue, le message du Dieu de vie.

 

Marion : Vous qui êtes appelés, comme Héli soyez attentifs à ceux qui ne savent pas qu’ils sont, eux aussi, appelés par Dieu. Laissez-les venir à vous, laissez-les vous déranger dans votre tranquillité, soyez à l’écoute. Et peut-être que vous pourrez leur dire, comme Héli à Samuel, que c’est le Seigneur qui les appelle. Vous qui êtes appelés, comme Samuel, osez la Parole. Osez sortir de nos temples et aller dans le monde, pour y être les messagers de Dieu, les témoins de la Bonne Nouvelle.

 

Récits d'appel

8 Mai 2013 , Rédigé par Marion Heyl et Eric George Publié dans #Bible

Marion : II Corinthiens XII, 2 à 4

 

Eric : 14 ans après, Paul  raconte sa vocation. Peut- être est ce plus facile à comprendre pour nous, pasteurs, tu verras en effet dans ton ministère que la question de la vocation reste une question souvent posée.

 

Marion : Oui je sais bien, et c’est déjà le cas… Aussi bien la commission des ministères que des amis, ou des inconnus, m’ont demandé cette année de leur raconter ma vocation.

 

Éric : Alors, tu as déjà commencé à construire et à roder ton propre récit de vocation ?

 

Marion : Pas vraiment non… J’ai l’impression de raconter autre chose, ou en tout cas d’insister sur d’autres éléments à chaque fois. En fonction de qui me demande, en fonction aussi de ma propre réflexion au moment où on me pose la question… Mais en général j’ai l’impression que les autres s’intéressent plutôt à ma vocation au ministère pastoral qu’à ma vocation plus générale à la foi chrétienne. Et toi alors, tu as un récit plus construit de ta vocation ?

 

Eric : Plus construit, peut-être, à force de le répéter. Et c’est vrai que, vu mon propre parcours vocation pastorale et vocation à la foi, sont, dans mon histoire très liées… Mais même si j’ai peu à peu construit mon récit, je m’aperçois en y réfléchissant que je n’insiste pas toujours sur les même points…

Un peu comme Paul n'a pas toujours raconté sa vocation de chrétien et d'apôtre comme aux Corinthiens.

 

Eric Actes XXVI 1 et 9 à 23 


 

Marion
Quand Paul raconte sa vocation au roi Agrippa et à toutes les autres personnes présentes à ce moment là, elle apparaît comme une évidence, comme ne laissant aucun doute quant au pourquoi de cet appel : Paul a une vocation spécifique, il a reçu un appel particulier à une mission particulière.

 

En effet, il est appelé par Jésus lui-même à quelque chose de bien précis, son cahier des charges est tout à fait explicite : Paul doit être serviteur et témoin de ce qu’il a vu. Il est donc appelé, et envoyé en même temps, envoyé vers les autres, vers les non-Juifs plus précisément, pour leur annoncer le Christ.

 

Et Paul raconte cet appel pour justifier son autorité à s’exprimer devant les foules de Damas, de Jérusalem ou d’ailleurs : ce n’est pas en son nom propre qu’il parle, mais parce qu’il n’a pas été réfractaire à la vision céleste, parce qu’il a entendu cet appel et qu’il le met en œuvre.

 

Être appelé par Dieu, c’est donc se voir confier une mission bien particulière, celle d’annoncer l’Évangile au monde. Et c’est en effet la mission confiée à chacun de nous, sous des modalités différentes.

 

Eric
Tu as raison, on pourrait presque dire que ce n'est pas tant sa vocation que Paul raconte à Agrippa que sa mission. C'est sans doute pour cela que son récit de vocation est très partiel. Saul le persécuteur tombe à terre avec ses compagnons et c'est Paul l'apôtre des nations qui se relève, seul.

Et après tout, c'est vrai que face à cette mission d'annoncer l'Évangile au monde, nous sommes, je suis, d'abord, seul. En effet, je n'ai pas pour mission de réciter le catéchisme d'une Église, de débiter les slogans d'un parti, mais d'annoncer une Bonne Nouvelle qui me touche personnellement. Cela explique que face à Agrippa, Paul semble laisser ses compagnons à terre.

Mais avant de reprocher à Paul de tirer la couverture à lui, nous devrions entendre un autre récit de sa vocation.

 

Eric Actes XXII 1 à 21

 

Marion
Tu disais que dans le premier texte que nous avons lu, Paul laisse ses compagnons à terre. Dans cette version, ils sont pourtant présents auprès de Paul après sa vision, c’est même eux qui le prennent par la main et le conduisent jusqu’à Damas. D’ailleurs il semblerait qu’ils aient pris part à une partie de cet appel adressé à Paul : ils ont vu la lumière qui brillait autour d’eux, mais ils n’ont pas entendu la voix s’adressant à Paul.

 

Eric 

En effet, Paul ne raconte pas  toujours sa vocation de la même manière, ici, il donne un rôle à ses compagnons

 

Marion

Exactement, parce qu’ils ne sont pas laissés indemnes par la vocation de Paul, mais ils n’en partagent pas la totalité non plus. Notre vocation ne laisse pas indifférents ceux qui nous entourent, ceux qui partagent notre route, parce qu’elle vient bousculer notre vie, notre manière d’être au monde et donc d’être avec les autres. Qu’ils comprennent et partagent, ou non, ce qui nous anime,  ils peuvent parfois nous guider sur ce chemin qui s’ouvre à nous, comme l’ont fait les compagnons de Paul sur la route de Damas. Et nous avons besoin de ces guides, parce que l’appel de Dieu n’est pas toujours évident à saisir : il peut nous éblouir, nous rendre aveugles pour un temps.

Notre vocation a donc forcément une dimension publique, partagée. Mais elle a aussi cette part de mystère qui ne se partage pas toujours, y compris avec nos plus proches compagnons de route. D’ailleurs, le texte nous parle d’un autre personnage encore, Ananias, lui aussi concerné par la vocation de Paul.


Éric
Eh oui. Face à Agrippa, Paul rappelait que notre vocation de chrétiens nous met à part, face à la foule, il nous rappelle que notre vocation touche aussi d'autres, ceux que tu appelles «nos compagnons de route», mais aussi ceux que notre vocation nous conduit à rejoindre.

En effet, être appelé, ce n'est pas seulement être appelé à témoigner face au monde de la Bonne Nouvelle que nous avons reçu, c'est aussi être appelé à entrer dans une Église, une assemblée, un corps. Avant de rencontrer les païens, Paul va rencontrer le chrétien Ananias, il va entendre un autre témoignage que le sien, il va comprendre que l'Évangile qu'il a reçu est partagé par d'autres dans leur propre histoire. Ils sont importants ces Ananias qui nous empêchent de croire que tout doit être compris comme nous, nous l'avons compris.

Marion
Les autres, ceux qui nous entourent et ceux que notre vocation nous invite à rejoindre, ne sont donc pas extérieurs ni indifférents à cette vocation. Mais qu’en pensent-ils ? Quelle image de nous ont-ils lorsqu’on leur parle de l’appel de Dieu ?

Dans le livre des Actes, un troisième récit de la vocation de Paul nous est donné. Et cette fois-ci, ce n’est plus lui qui parle, qui raconte, mais c’est Luc, l’auteur de ce livre, qui nous livre ce qui s’est passé sur le chemin de Damas.

 

Marion Actes IX 1-22

 

Marion

Voilà encore une version différente ! Ici les compagnons de Paul entendent la voix, mais ne voient personne. Et Ananias, qui comme tu le disais va être témoin de la Bonne Nouvelle pour Paul, ne paraît pas si enthousiaste à cette idée.

 

Éric
Oui, tu as raison, Luc nous fait entrer dans le cœur  d’Ananias, et on voit bien qu’Ananias n'est pas forcément ravi de voir arriver dans SON Église, ce persécuteur, ce bouffeur de chrétiens. En fait pour qu'Ananias accepte la vocation de Paul, il lui faut sa propre vocation.

 

Marion

C’est vrai qu’il y a une certaine méfiance de la part d’Ananias…

 

Eric

C'est le moins qu'on puisse dire. Mais nous pouvons nous retrouver un peu dans cette méfiance d'Ananias. Bien sûr, nous sommes enchantés de voir notre Église s'agrandir de nouveau membre, mais quand même, «comprendra-t-il assez bien l'histoire et la culture protestante ?» «ne va-t-elle pas appeler "autel" notre table de communion ?» «est-ce une conversion sérieuse ou avons-nous affaire à un illuminé ?» «son mode de vie ne va-il pas faire tache dans notre Église ?»

Sans aucun doute, comme Ananias, nous sommes appelés aussi à accepter l'appel des autres.

 


 

Marion

C’est vrai que ce n’est pas toujours facile, d’autant plus quand le parcours de l’autre est totalement différent du notre, ou quand sa manière de dire sa vocation ne correspond pas à la culture en vigueur dans notre Eglise.

 

Je crois que ce troisième récit souligne aussi autre chose : c’est que la vocation a une dimension bien plus large que celle dont nous avons parlé tout à l’heure.

Être appelé, ce n’est finalement pas forcément être appelé à une mission précise, comme Paul le laisse entendre devant Agrippa.

 

Ici Luc nous rapporte que sur le chemin de Damas, Jésus dit simplement « lèvre-toi, entre dans la ville, et on te dira ce qu’il faut que tu fasses ». D’abord, lève-toi ! Notre vocation est avant tout celle de chrétien, d’appelés à faire nôtre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, dans nos vies, d’appelés à nous lever, à nous relever grâce à cette Bonne Nouvelle, d’appelés, aussi, à raconter, à notre manière et en toute liberté, cette vocation qui est la nôtre.

 

Éric

Amen

Prière pour les oiseaux

17 Mars 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Prières

Dieu notre père

Nous voulons te prier pour tous les oiseaux du monde

Et surtout pour tous ceux à qui nous donnons des noms d’oiseaux

 

Nous te prions bien sûr pour ceux que nous appelons

Mon poussin, mon canard, ma poulette

Tous ceux, qu’avec ou sans surnom, nous aimons

 

Nous te prions également pour ceux que nous appelons vautour

Et pour les faucons de guerre

Ceux-là qui croient pouvoir puiser leur force et leur vie

dans la faiblesse et la mort et des autres

Donne-nous d’être face à eux des témoins vigilants

Donne-nous ton esprit de prophétie qui dénonce l’oppression

Et annonce la justice.

 

Nous te prions pour ceux que l’on appelle pigeons

Donne nous d’accepter de faire, aux yeux de ce monde, partie de ceux-là

Donne-nous de réaliser ta parole « Heureux les doux, heureux les simples »

 

Nous te prions pour les triples buses, les bécasses et les têtes de linottes

Donne-nous d’accueillir avec amour et patience les limites de nos frères et de nos sœurs

Donne-nous la lucidité et l’humour nécessaires pour reconnaître et assumer nos propres limites

 

Nous te prions pour ceux que nous voyons

Majestueux comme des aigles

Libère nous de l’aigreur et de l’idolâtrie

Et permets-nous de prendre notre place aux services des autres

 

Fais sortir leur tête du sable aux autruches

Fais atterrir un peu les albatros

Donne aux coqs l’humilité

Et rend aux moineaux la dignité

 

Nous te remercions pour les colombes

Annonciatrices de paix et d’espoir

Pour les alouettes, porteuses d’espérance

Et pour les pinsons qui nous communiquent leur joie

 

Seigneur,

Que ton Royaume germe sur la terre

Et qu’il rassemble dans son feuillage

Tous ces oiseaux que nous sommes

 

 

 

 

 

Thomas Römer, David et Jonathan

24 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

insolite_111118.jpgIl y a quelques semaines, m'agaçant contre nos tendances à instrumentaliser la Bible au service de nos anthropologies, j'écrivais que la relation de David et Jonathan n'était pas une relation homosexuelle.

Depuis, je découvre un article (de 2003) de Thomas Römer (De Sodome et Gomorrhe à David et Jonathan, quelques considérations sur l'homosexualité dans la Bible hébraïque) qui affirme le contraire (et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet article avant d'aller plus loin dans ma prose) Le point de vue est solidement argumenté et Thomas Römer est certainement un bibliste bien plus compétent que moi, alors s'il affirme qu'on peut lire la relation entre David et Jonathan comme un amour homosexuel, je ferais sans doute mieux de reconnaître mon erreur et de faire profil bas. Surtout qu'au bout du compte, ça m'arrange plutôt bien dans mon anthropologie et dans ma position favorable au mariage pour tous...

Seulement voilà, aussi solidement argumentée soit-elle, la lecture de Thomas Römer ne me convainc pas. Ce que je lui reproche, c'est de passer sous silence ce que je crois être une problématique importante.

Thomas Römer nous apprend que les condamnations des pratiques homosexuelles par le Lévitique sont postérieures à la geste de David. Mais si vraiment un lecteur hébreux pouvait voir une relation empreinte d’érotisme entre David et Jonathan, comment se fait-il qu'à un moment de condamnation forte de l'homosexualité, cette relation n'ait pas été relue, réinterprétée ? (Comme, par exemple, ont été réinterprétées les épouses étrangères de Salomon (d'abord signe de sa richesse et de sa splendeur puis considérées à des époques plus isolationnistes comme la cause du schisme d'Israël)) C'est à cause de cette non-censure, à cause de cette non réinterprétation pour édulcorer ou pour condamner ces moeurs de David, que j'ai peine à croire que les lecteurs hébreux à travers les siècles aient vu la charge érotique que Thomas Römer décèle dans ce texte.

Bref, je continue à penser que si nous voulons tirer de la Bible un discours général sur l'homosexualité, il ne nous reste que les 4 ou 5 versets qui la condamnent. Heureusement, la plupart des opposants chrétiens au mariage pour tous ont bien perçu qu'utiliser ces versets les discréditeraient, non pas tant au regard de la société qu'au regard de la Bible elle-même. Comment pourrait-on revendiquer des prescriptions du Lévitique, alors que nous ne tenons pas compte de 99% d'entre elles. Comment pourrait-on revendiquer les anathèmes de Paul en oubliant l'essentiel de son message  O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.

 Je crois très bon que nous appuyions nos convictions politiques, anthropologiques et philosophiques sur nos lectures de la Bible mais nous devrions toujours garder beaucoup d'humilité en nous souvenant que si nos convictions s'appuient sur notre lecture, notre lecture s'appuie aussi sur nos convictions et qu'il nous est impossible de discerner ce qui soutient quoi. La Bible dresse-t-elle un modèle de famille et de relation ou remet-elle en question nos modèles familiaux et relationnels ? J’ai tendance à opter pour la deuxième lecture.  Mais après tout, c'est toujours du "choisis ton verset, camarade"

La jeunesse de Jésus

6 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

la-jeunesse-de-picsou-1-glenat.jpgPrédication du 30 décembre 2012

I Jean III, 1-24

I Samuel I, 20-28

Cantique 374

Luc II 40 à 52

 

Je suis un grand amateur de jeunesses de personnages célèbres, qu’ils soient fictifs ou réels. Je ne parle pas de biographie mais bien de jeunesses inventées… Mes premiers souvenirs en la matière remontent à Pauvre petit garçon où Dino Buzzati invente l’enfance d’Adolphe Hitler et à Spielberg, décrivant la jeunesse de Sherlock Holmes dans Le secret de la pyramide, ma dernière acquisition, c’est La jeunesse de Picsou… Vous voyez, je reste très friand de ce genre de littérature, de cinéma ou de bande dessinée : quel plaisir, quel jeu de découvrir la source de tel talent, de telle manie de telle obsession, de relever les clins d’œil au personnage de référence.  Heureusement, dans la littérature, dans la bande dessinée, dans le cinéma, les exemples ne manquent pas. Bien sûr, il y a des règles à suivre pour écrire une telle jeunesse : il faut bien connaître le personnage, il faut que la jeunesse ne soit pas trop connue, et surtout il faut inclure dans cette jeunesse le plus de clins d’œil possible au personnage tel qu’il est connu aujourd’hui, sinon le travail s’avère décevant : que m’importe la jeunesse de Cyrano de Bergerac si celui-ci m’y est décrit comme un véritable Don Juan ?

En fait, ce passage de Jésus au Temple est une bonne « Jeunesse de Jésus ». On y trouve bien le caractère de Jésus tel que les évangiles nous le dépeignent : on y retrouve l’intelligence et la perspicacité ainsi que le côté contestataire, l’opposition au carcan familial et puis bien sûr l’allusion à la résurrection avec cette recherche qui dure trois jours…

Oui, je suis persuadé que ce texte est plus de l’ordre de « la jeunesse de Jésus » que de l’anecdote croustillante sur l’adolescence de Jésus. Tout d’abord, quand on raconte ce genre d’histoire, on ménage le suspens, on laisse le lecteur chercher avec les parents, on ne commence pas par dire « Jésus était retourné à Jérusalem ». Et Luc sait ménager un suspens : quand il raconte le matin de Pâques, il ne nous dit pas « le premier jour de la semaine, alors que Jésus était ressuscité, les femmes vinrent au tombeau ». Ensuite, le lire comme le récit journalistique d’un fait divers de l’enfance de Jésus nous conduirait à nous poser des questions insolubles. La première serait « dans quelle famille d’irresponsables «Dieu a-t-il placé son Fils ? » et la deuxième et non la moindre serait : « Comment Marie pouvait-elle ne pas comprendre ce que Jésus disait ? Avait-elle oublié ce qui s’était passé 12 ans plus tôt ? Elle est blonde ou quoi ?». Enfin, à quoi bon servirait cette histoire ? A montrer Jésus comme un petit prodige ? A rassurer des parents inquiets quand leur progéniture fait les quatre cent coups en leur disant « Oh mais vous savez, Jésus, lui-même, au même âge… » ? Vu ce que Jésus a, par la suite, fait voir à ses parents, je doute que cela soit très rassurant. Non décidément, je crois que le souvenir d’enfance est une mauvaise piste pour lire ce texte.

 

Mais Luc se contente-t-il de nous raconter cette histoire pour nous présenter son personnage ? Certainement pas ! Il nous donne un véritable enseignement ou plutôt deux. Le premier concerne Jésus, le second concerne ses parents et sans doute nous-même.

A propos de Jésus, au-delà de l’intelligence de ses réponses, au-delà de sa réponse à ses parents, j’attire votre attention sur les deux commentaires qui encadrent ce récit : Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui et Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes et surtout, sur cette petite remarque : il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. Jésus vient d’expliquer à Joseph et Marie que sa place est chez son Père ou au domaine de son Père  et voilà pourtant qu’il quitte le Temple et Luc précise bien pour descendre à Nazareth. De la mangeoire de Bethléem à la croix du Golgotha, Jésus est celui qui accepte de ne pas être à sa place, et il l’accepte par soumission aux hommes, par soumissions à ses parents, à César Auguste, pour la naissance (souvenez-vous du recensement) à Caïphe, Anne et Pilate pour la crucifixion...

Et c’est bien sur cette relation de Jésus aux hommes que Luc attire notre attention en précisant bien que Jésus (qui n’est plus l’enfant jésus ni le jeune Jésus mais qui est ici,  nommé simplement Jésus pour la première fois) gagnait en grâce auprès des hommes. Par amour pour les hommes, jésus est celui qui accepte de ne pas prendre la place qui est la sienne.

 

Les hommes, ici, ce sont Joseph et Marie, surtout Marie d’ailleurs, qui est celle qui parle et dont Luc précise bien qu’elle gardait ses choses au fond de son cœur, c’est-à-dire dans son intelligence et sa mémoire. Marie est donc bien ici figure du disciple. Alors que dire de ses hommes, de ses disciples face à ce Jésus qui n’est pas à sa place ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que eux aussi se déplacent beaucoup. De Nazareth au Temple, puis retour, puis retour vers le Temple, puis re-retour à Nazareth… En fait, dans ce récit, il y a trois manière d’aller au Temple et elles correspondent bien aux trois manières, au trois raison d’aller aujourd’hui à l’église, au culte…

Tout d’abord, nous dit Luc, Joseph et Marie vont au Temple, selon la coutume de la fête. On va à l’église par obligation, par habitude. On vient au culte parce qu’il faut, parce qu’on est protestant (remarquez, certains ne viennent pas au culte parce qu’ils sont protestants, c’est la même obligation, la même servitude dans leur esprit)…

Ensuite, Joseph et Marie reviennent au Temple en cherchant Jésus, ils ne savent pas s’ils vont l’y trouver, ils sont pleins d’   anxiété. Et parfois, on vient à l’église en recherche, on ne sait pas si on va y trouver ce qu’on cherche, parfois on ne sait même pas ce qu’on cherche ; on sait juste qu’il nous manque quelque chose, qu’on a mal et qu’on a cherché partout mais pas encore ici…

La troisième manière d’aller au Temple, c’est celle de Jésus, s’il accompagne ses parents dans la tradition, il revient ensuite dans la liberté. Lui, il sait ce qu’il cherche et il sait qu’il va le trouver dans le temple, dans la discussion et l’échange sur l’Ecriture, dans l’enseignement… Oui, on peut venir à l’église, au culte pour recevoir un éclairage sur l’Ecriture, mieux encore, pour recevoir l’éclairage de l’Ecriture, entendre la Parole dont nous avons besoin pour nos vies.

Dans ce texte, il y a trois manière de venir au Temple, et dans le premier jet de ma prédication, j’allais rajouter, il n’y en a qu’une seule qui soit mauvaise… Les pasteurs se sentent toujours obligés de rajouter de la loi, de la morale. En fait, aucune de ces manières n’est dite mauvaise dans le texte…

 

Alors mon frère, ma sœur, quelles que soient les raisons qui t’ont conduit ( e ) ici ce matin, que dans la prière, dans le chant, dans la bible lue et partagée, le Dieu qui se déplace vienne à ta rencontre.

 

Amen

 

Le mariage (un sujet imposé) pour tous

14 Novembre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Je ne sais pas combien de couples homosexuels se marieront (et encore moins combien demanderaient une bénédiction sur leur couple (mais là, je suis hors sujet)). Je ne sais pas combien de couples homosexuels adopteront combien d'enfants. Mais je suis sûr que le nombre sera infiniment moins grand que celui des esprits qui s'enflamment sur la question.

J'ai longtemps appelé de mes vœux une vraie réflexion sur la question dans mon Église et j'avoue que le débat tel qu'il a lieu actuellement me déçoit profondément. D'abord parce qu'il se résume au pire aspect de la démocratie : il prend la tournure de ce chant/concours de colonies de vacance "C'est à bâbord qu'on gueule le plus fort" (merci de ne pas voir d’interprétation politique dans le choix du couplet)
Ensuite parce que l'instrumentalisation des arguments n'a jamais été aussi patente. Ce n'est pas tel et tel arguments me conduisent à telle conclusion mais ma conclusion me pousse à brandir tel ou tel argument (je ne prétend absolument pas échapper à cette tentation mais j'avoue que les agnostiques du mariage gay me manquent)
Bon l'avantage de cette discussion au raz des pâquerettes, c'est que du coup ça me permet d'écrire sans trop de scrupule mon petit grain de sel.

Comme je ne suis pas plus objectif que les autres, commençons par mon point de vue. Je pense qu'un couple, c'est un projet à deux qui s'inscrit dans la durée et la stabilité. Et je pense que le couple a besoin d'un cadre extérieur, d'une reconnaissance civile et juridique pour exister. 

Je sais que des hommes aiment un autre homme, que des femmes aiment une autre femme et éprouvent le désir de construire avec cet autre un projet
Je pense qu'en règle générale, il vaut mieux pour un enfant de grandir dans une famille que d'aller de famille d'accueil en centres.

Je pense qu'il existe encore une homophobie réelle dans notre société, qui conduit facilement à l'insulte ou à l'ostracisme voire à l'agression et je pense qu'un geste fort de reconnaissance civil permet de faire diminuer les haines de ce type.
Pour ces raisons, je suis favorable au mariage pour tous et même à l'adoption tout en gardant certaines réserves et en reconnaissant que ce sera un vaste chamboulement. (Personnellement, j'aurai préféré que soit conservé une différentiation (pas hiérarchique) entre un projet de couple hétérosexuel et un projet de couple homosexuel (peut être même entre couple féminins et masculins)).
Pour le moment, je m'abstiens de me prononcer sur la question de la bénédiction des couples gay.

 

Ceci dit, j’écris surtout cet article pour me soulager : quelques arguments pro et anti que je lis ou entend régulièrement m’agacent. La suite sera donc tout à fait partiale, sarcastique et défoulatoire Mais vu le niveau actuel du débat, je ne vois pas pourquoi je me gênerais

 

Exemples de couples homosexuels maltraitant leurs enfants 

Exemples de couples hétérosexuels maltraitants leurs enfants

 

L'exemple outrancier élevé au rang de vérité générale, en dessous du niveau zéro du débat

 

Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont moins équilibrés que les autres. 

1) Quelles études ?

2) La phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples homosexuels dans une société qui considère l'homosexualité comme une anomalie sont moins équilibrés que les autres.

3) voir l'argument suivant

 

Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont aussi équilibrés que les autres

1) quelles études ?

2) la phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples qui se savaient sous observation constante avec nécessité de faire leur preuve sont aussi équilibrés que les autres

3) voir l'argument précédent (et faudrait savoir)

 

Les études favorables au mariage et à l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies gays

Voir argument suivant

Les études défavorables au mariage et l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies antigay

Voir argument précédent

 

L'important est de protéger les enfants

Et c'est sûr que répéter à longueur de médias aux enfants actuellement  élevés par des couples homosexuels qu'ils sont en danger grave de déséquilibre, c'est une bonne manière de les protéger.

 

Il faut vivre avec son temps

Heureusement que l'Église confessante qui s'est opposée au nazisme a refusé de vivre avec son temps. NB. Je ne fais aucune comparaison entre l'homosexualité et le nazisme, il s'agit simplement d'affirmer que l'Église n'a absolument aucun devoir de vivre avec son temps, elle doit se réformer sans cesse, elle doit être assez humble pour accepter que parfois l'évolution des moeurs lui permet de mieux vivre l'Évangile, mais vivre avec son temps... Elle l'a malheureusement trop souvent fait en massacrant de l'infidèle et en brûlant de l'hérétique.


La nature nous montre que pour avoir des enfants, il faut un mâle et une femelle.

Oui et la nature nous montre aussi que pour que le troupeau survive, il faut laisser les vieux et les faibles se faire bouffer.

 

Demain on réclamera le mariage à trois ou avec son frère ou avec son  orang-outang.
Alors, allons plus loin que le refus du mariage pour tous et remontons à la source du problème. A partir du moment où l'on a cessé d'enfermer les homos, c'était sûr qu'ils allaient se mettre à vivre en couple et même à élever des enfants. Donc criminalisons l'homosexualité.

 

C'est une remise en cause des bases de notre société. 

Peut-être. L'abolition de l'esclavage en était certainement une.

 

Si tout le monde était homosexuel ce serait la fin de l’humanité

Oui, à court terme. En même temps, le mariage pour tous ne me donne aucun regret d’avoir épousé une femme. A vous, si ?

 

C'est une question d'égalité

Je ne crois pas que l'égalité se vive en établissant les même cadres pour tous.

 

En remplaçant les termes de père et de mère par celui de parent, on anéantit les notions de paternité et de maternité.

En fait, c'est faux. Le texte prévoit de remplacer l'ensemble "père et mère" par "parents", pas de supprimer les notions de père et de mère.

 

Les opposants aux mariages gay sont homophobes

Là, je n'ai pas d'argument pour expliquer pourquoi ça me sort par les yeux.

 

Les religions n'ont pas à se mêler des questions de société

Ben si. Même que ça s'appelle la laïcité.

 

La Bible condamne l'homosexualité

Et aussi le mariage avec une étrangère. En revanche, elle accepte l'esclavage et elle affirme que toute autorité vient de Dieu et qu'il convient de s'y soumettre, donc même aux autorités qui autorisent le mariage pour tous, non ?

 

La Bible pose la différence sexuelle comme essentielle à l'altérité

Avec un récit de la création qui célèbre la similitude entre l’homme et la femme sans s’attarder sur leurs différences ? Avec un Dieu lu comme principalement masculin qui épouse le peuple qu’il appelle son fils (mais travesti pour le mariage, il est vrai) ? Ou bien avec un Dieu dont la capacité à la relation est dite à travers l'image de la trinité (ou de la filiation) mais pas du tout dans la différentiation sexuelle ? Est-c qu’on aurait pas un peu tendance à surinterpréter les images, là ?

 

David et Jonathan était un couple homosexuel

N'importe quoi. Quand David dit de Jonathan que son amour vaut mieux que celui des femmes, il se contente d'énoncer un lieu commun qui a prévalu pendant des siècles : l'amitié masculine est plus noble que la relation entre homme et femme. Aujourd'hui, on se dirait simplement que c'est plus sympa de boire une bière entre mecs que de s'encombrer d'histoires de bonnes femmes.

Tant qu’on y est, le disciple que Jésus aimait n’était pas non plus le giton de Jésus.

 

Jésus a dit : "aimez vous les uns les autres" donc il faut laisser les homos faire comme ils veulent.

 

Ben oui mais je peux, je dois, même, aimer l'assassin sans le laisser assassiner. Ah zut, on va encore m'accuser d'assimiler l'homosexualité à un crime. Bon, je peux aimer celui qui s'oppose au mariage pour tous sans pour autant le laisser empêcher la loi.

 

Dans les quatre derniers arguments, merci d'entendre au-delà de tout sarcasme facile, une réelle inquiétude sur la manière dont nous instrumentalisons les textes bibliques.

 

 

Identité visuelle et ronchonnage

7 Novembre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

egliseunie_logo_10cm.pngL’Eglise protestante unie s’est donc donné son identité visuelle. Bien. Mais j’ai quand même envie de ronchonner un peu, sinon, ça ne vaudrait même pas un article.

D’un tweet rageur, j’ai eu un peu envie de faire remarquer qu’après son identité juridique et son identité visuelle, il ne lui reste plus qu’à trouver son identité confessante. Mais je préfère être positif et reconnaître que  parce que la parole que nous porterons est bien plus importante que le logo sur nos papiers à lettre et nos affiches, il vaut mieux que nous passions plus de temps à construire notre déclaration de foi qu’à trouver notre identité visuelle (« identité visuelle »… là, je vais pas me gêner pour persifler que ça fait horriblement branchouille et pompeux)

L’impression de fractionnement que j’ai eu à la première vision s’estompe au fur et à mesure que je m’habitue et de toute façon ce nouveau logo est bien moins laid que l’ancien… Je crains juste qu’il soit un peu trop à la mode et donc condamné à être dépassé d’ici une dizaine d’année.

Par charité chrétienne, je ne dirai rien du clip de présentation (en même temps, c’est sûr qu’une « identité visuelle », ça méritait un clip de présentation) et je vais attendre de voir la ligne budgétaire pour râler…

Foin de persiflage, il est pas mal ce nouveau logo… Mais ce qui me gêne vraiment, c’est l’explication qu’on nous colle avec. Alors quoi ? On va être privé du plaisir d’interpréter, de lire et de dé-lire ce logo comme on ne s’est jamais privé de le faire pour la croix huguenote ? (Tiens, une idée comme ça, je devrais faire une recherche et collectionner les interprétations de la croix huguenote). Alors quoi ? C’est ça, la nouvelle identité protestante : l’interprétation qui est livrée avec le texte ?

Bien sûr, ce n’est pas très grave mais quel dommage de n’avoir pas laissé un peu de place à notre imagination pour nous approprier ce logo, pour ne pas en faire seulement le travail d’un graphiste, mais vraiment notre logo, celui par lequel nous disons ce que nous sommes plutôt que celui qui nous dit ce que nous sommes…

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