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Mambré, à l'heure du café et de la sieste

23 Juillet 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Abraham, #Sarah, #Mambré, #Parole, #Torpeur

Mambré, à l'heure du café et de la sieste

Prédication du dimanche 21 juillet 2013

Colossiens I, 24 à 28

Luc X 38-42

Genèse XVIII, 1 à 15

Le SEIGNEUR apparut à Abraham aux chênes de Mambré alors qu’il était assis à l’entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour

Où et comment le Dieu de la Bible apparaît-il ?

Sur la montagne recouverte de nuée, dans le fracas du tonnerre et des éclairs, ou bien dans le temple ou dans le sanctuaire par des visions célestes. Et cela nous renvoie à nos moments d’exaltation et d’enthousiasme, à nos moments de piété fervente et de grande spiritualité.

Dans la nuit, par des songes ou dans la lutte avec un inconnu… Dans le désert alors que le prophète va mourir de soif et qu’il lui redonne la force de partir. Et nous pensons aux ténèbres et à nos tempêtes de désespoir.

C’est ainsi, n’est ce pas ? Qu’on envisage une théophanie, une apparition divine…

Et voilà que Dieu s’invite à l’heure du café et de la sieste

Alors que représente pour nous, cette heure du café et de la sieste ?

Pour certains, c’est tout simplement le milieu de la journée. Le travail n’est pas terminé, mais on inscrit une pause nécessaire dans le déroulement de la journée.

Parfois, cette chaleur du jour peut évoquer des souvenirs plus doux, un temps paisible entre amis ou en famille dans la fraicheur de l’ombre par une belle journée d’été.

Mais parfois aussi ce temps de la chaleur est notre amertume, notre lassitude. Le soleil est trop chaud, notre vie est trop lourde et l’on n’a envie de rien faire. Alors peut-être n’est-ce pas la douceur d’une sieste d’été à laquelle il nous faut penser mais plutôt à l’hébètement de celui qui mesure l’absurdité de sa vie…

Il y a de toute façon un point commun entre toutes ces manières d’entendre la chaleur du jour. Que cette heure de la chaleur du jour, cette heure du café et de la sieste soit le temps du ralentissement dans une journée de travail, qu’elle soit le temps de la douce quiétude, qu’elle soit le temps de la lassitude et de l’absurde, elle est un temps de torpeur, d’arrêt.

Ce n’est pas le lever du jour avec ses promesses, son anxiété et son enthousiasme, ce n’est pas la journée dans toute son activité, dans toute sa fébrilité, ce n’est pas le soir qui vient avec ses ténèbres, ses peurs, ses regrets ou sa satisfaction de la journée accomplie. Ce n’est pas le moment où je vais de l’avant, ni le moment où je me recroqueville sur moi-même, c’est le moment où je me pose, je m’abandonne. Je m’installe dans la routine de mes journées, je m’installe dans la sérénité de mon bonheur, je m’installe dans ma fatigue et dans mon amertume. Le temps de la chaleur du jour, c’est le moment où je me pose, où je laisse les choses aller.

Et dans cette torpeur, voilà que Dieu se tient auprès d’Abraham. Alors, dans cette chaleur de la journée, dans ce temps du café et de la sieste, survient un peu de mouvement. On prépare, on s’agite, on s’affaire. Mais tout reste finalement très ordinaire. L’hospitalité est une règle, une loi et dans des contrées difficiles, pour des peuples nomades, c’est une règle de survie. Rien dans cette rencontre ne sort de l’ordinaire, trois voyageurs (un seul aurait été plus surprenant, on ne voyage pas seul) s’arrêtent à un campement et le chef de la tribu leur offre l’hospitalité.

Et il en va de même, finalement, de la présence de Dieu dans nos vies. Nous savons qu’il est là dans la routine de notre quotidien, dans nos bonheurs sereins, dans nos temps de lassitude. Oui, nous savons cette présence mais qu’est-ce que cela change ? Quelle réaction cette présence provoque-t-elle ?

Dieu est là, il se tient à nos côté, nous l’accueillons mais finalement rien ne sort de l’ordinaire…


Jusqu’à ce qu’Il parle et c’est de cette parole que surgit l’extraordinaire : « Voici que Sara, ta femme, aura un fils ». « Ta vie est et sera féconde ».

Et avec cette parole, il se passe quelque chose d’extraordinaire. Jusque-là, le texte ne nous décrivait en effet que l’extérieur, que ce que les yeux peuvent voir. Et d’un seul coup, avec la parole du Seigneur, nous entrons dans le cœur de Sarah, nous voyons son rire intérieur, nous entendons sa lamentation « Tout usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et mon maître est si vieux ! », nous connaissons même sa peur.

Ce n’est donc pas tant la présence de Dieu qui provoque le bouleversement intérieur que sa parole. Cette parole là nous a fait entrer dans le cœur de Sara, cette parole-là a bouleversé profondément Sara. Un bouleversement qui n’est pas forcément l’adhésion, la foi. Souvent, on voudrait que les personnages qui dans la Bible sont touchés par la parole de Dieu entre immédiatement dans la foi. M ais non. Ce que nous voyons en Sara, c’est le rire (un rire amer sans doute), c’est les larmes, c’est la peur. C’est bien son cœur, ce n’est plus l’apparence, ce ne sont pas les pensées superficielles, ce n’est même plus la réflexion, c’est ce qui remue au plus profond que nous voyons.

Et c’est cela que dans cette torpeur, dans cette chaleur du jour, c’est cela que la Parole de Dieu, beaucoup plus que sa présence, met en action. Oui c’est la parole de Dieu qui nous sort de la chaleur de notre journée. C’est la parole de Dieu qui nous sort de notre sieste. C’est la Parole de Dieu qui nous sort de notre torpeur.
Et cette Parole c’est « Ta vie est, et sera, féconde »

Tu crois être au soir de ta vie, tu crois que tes meilleures années sont derrière toi. Ta vie et, et sera, féconde

Tu es perdu dans le quotidien de tes occupations et de tes inactions, tes journée s’enchaînent avec ou sans plaisir. Ta vie est, et sera, féconde.

Tu es bien, avec ta famille, avec tes amis. C’est le repos, c’est les vacances. Peut-être trouves tu ton bonheur un peu égoïste. Ta vie est, et sera, féconde.

Tu n’en peux plus. Le soleil est trop lourd, la vie est trop lourde. Tu crois que ta vie n’a pas de sens. Ta vie est, et sera, féconde

Mon frère, ma sœur, ta vie est, et sera, féconde, que cette parole t’atteigne et te bouleverse, qu’elle te tire des larmes ou le rire de l’amertume, qu’elle t’exalte ou qu’elle t’effraie, qu’elle te sorte de ta torpeur.

Amen

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