Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #actes tag

Au coeur de la tempête

14 Octobre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Actes, #Salut, #prédication, #solidarité

Au coeur de la tempête

Prédication du 13 octobre 2013

Actes 27

Vous avez reconnus que nous sommes dans un bateau. Vous avez vu que les vagues sont hautes et que l’on ne voit pas le soleil ni les étoiles et que notre bateau est chahuté. Oui, nous sommes en plein cœur de la tempête…

Qui parmi vous a déjà traversé une tempête en mer ?

Ah quelques un quand même. Mais je suis sûr que si je demandais maintenant qui a traversé des tempêtes dans sa vie, des moments où l’on est brinqueballé, charrié au gré des vague et du vent, des moments où l’on fait ce que l’on peut mais où on sait que ça ne suffira pas, que l’issue ne dépend pas de nous, les doigts levés seraient beaucoup plus nombreux.

Et si on ne pense pas seulement aux plus grands drames, mais aussi aux tempêtes plus quotidiennes, moins dangereuses, par exemple les parents qui crient quand les devoirs ne sont pas faits, là, c’est tous les doigts qui seront levés.

Et dans nos tempêtes, grandes et petites, il arrive parfois, pas toujours, mais peut-être plus souvent que juste parfois, qu’une voix vienne nous dire que cette tempête, on aurait pu l’éviter… Et cette voix, ce n’est pas toujours la petite voix de notre conscience, c’est parfois une voix extérieur, celle d’un ami, d’un parent, d’un conjoint qui vient nous dire « tu aurais pu éviter ça », « je te l’avais pourtant bien dit », « tu l’as quand même cherché »… Eh bien sur ce bateau, cette voix, c’est celle de Paul qui effectivement est bien humain et ne peut s’empêcher de commencer par « Je vous l’avais bien dit »…

Mais la suite du discours est surprenante. Parce que, généralement, après le « Je te l’avais bien dit », « tu l’as cherché », vient le temps du « débrouille-toi maintenant », le temps du « c’est de ta faute si on en est là », le temps du « tu as tout foutu en l’air ». Eh bien Paul ne dit rien de cela, il ne se désolidarise pas des marins, des soldats et des autres passagers, il ne les enfonce pas dans leur culpabilité. Ces paroles ne sont finalement pas une accusation mais bien un réconfort « n’ayez pas peur, même si le bateau est perdu, personne ne mourra »… Un encouragement qui n’est aps seulement dans les mots d’ailleurs, puisque Paul va pousser ceux qui sont pris avec lui dans la tempête à manger, il va leur rappeler leurs besoins…

D’ailleurs, je parle, je parle, mais j’oublie que nous sommes toujours dans notre tempête. Bon nous ne sommes pas encore affamés mais notre besoin le plus urgent, c’est sans doute de nous accrocher. Alors accrochez-vous ! Oui, accrochez-vous, vous avez des cordes, tenez bon ! Mais ne tirez pas la corde à vous, au contraire, veillez à ce que tout le monde puisse la tenir.

C’est bon tout le monde tient la corde. Vous n’avez oublié personne ? Pas même l’organiste ? pas même le pasteur ?

Alors penchons-nous sur un autre épisode de cette tempête. Des marins essayent de s’enfuir, comme ça arrive souvent pendant les tempêtes : quand le danger devient trop pressant, il est tentant d’essayer de se sauver tout seul, d’oublier les autres, voire de les piétiner dans la panique… Et voilà que Paul crie aux soldats « Si ces hommes ne restent pas à bord, vous ne pourrez pas être sauvés ».

Il est évident que si des marins quittent le navire, si tout le monde ne reste pas à son poste, le bateau est fichu… Mais peut-être pouvons-nous entendre cet avertissement aussi d’une autre manière. Paul vient d’affirmer à tout l’équipage, à tous les passagers « Aucun n’y laissera la vie ». Il vient d’affirmer que sa présence sur le bateau, sa mission garantissait la survie de tous. Mais que va-t-il se passer si certains quittent le navire ?


Un des grands débats du christianisme tourne autour de qui va être sauvé ? Est-ce que c’est tout le monde ? Ou bien seulement quelques-uns ? Et si c’est seulement quelques-uns, lesquels et pourquoi eux ? Eh bien dans ce débat, nous nous trompons de question. Parce que la vraie question, ce n’est pas est ce que je suis sauvé et ce que l’autre, celui que j’aime ou celui que je n’aime pas l’est aussi ? La vraie question, c’est comment pourrai-je me dire sauvé si mon frère, ma sœur est en train de mourir ?
Ce bateau pris dans la tempête, nous avons commencé par le voir comme notre vie, nous avons commencé à évoquer nos tempêtes personnelles. Mais peut-être que ce bateau, c’est aussi ma famille, comment puis-je dire que ma famille vogue tranquillement si un de ses membres souffre ? Peut-être que ce bateau c’est notre paroisse, comment pourrions-nous aller à notre vitesse de croisière quand des membres sont passés par-dessus bord ? Peut-être que ce bateau, c’est notre Église, comment pourrions-nous aller bien quand d’autres communautés traversent des tempêtes ? Peut-être que ce bateau, c’est notre humanité ? Comment pourrions-nous naviguer sereinement, si des frères et des sœurs risquent leur vie sur des coques de noix et meurent pour fuir l’oppression et la misère qui règnent dans leur pays ?

La question du salut que nous pose l’Évangile, n’est pas une question de répartition, de sélection ou de mérites, c’est une question de confiance et de soucis de l’autre… Je peux être sauvé malgré la perte de mon navire, je ne peux pas être sauvé sans mon frère ou ma sœur.

Et puis le texte, se termine par un miracle. Et ce n’est pas le fait que le bateau ait atteint un rivage avant de s’échouer, ce n’est pas que la tempête se soit apaisée, ce n’est même pas qu’il n’y ait eu aucune victime. Bien sûr que Paul y voit la main de Dieu, la réalisation de sa promesse, et bien sûr que nous sommes invités à le recevoir ainsi. Mais ça, c’est le regard de la foi.

D’ailleurs, à aucun moment, l’auteur du récit ne nous dit des choses du genre « Et Dieu protégea le navire ou ses occupants » ou « Et Dieu ordonna à la tempête de se calmer », il se contente de nous répéter les paroles de Paul.

Donc le croyant, verra dans ce récit l’intervention de Dieu mais le non croyant n’y verra peut-être qu’un heureux hasard.

Mais croyant ou incroyant, nous sommes tous confrontés à une réelle surprise :

Les soldats veulent tuer les prisonniers, pour que personne ne s’échappe en nageant. Mais l’officier romain veut sauver Paul et il empêche les soldats de faire ce qu’ils ont décidé.

Une parole de confiance et d’espérance s’est élevée au cœur de la tempête, le soucis de tous et de chacun a été posé comme condition de survie et voilà que le chef des gardes accepte de déroger à son devoir, de courir le risque de voir des prisonniers s’échapper pour reconnaître en ces hommes des frères avant de voir des prisonniers, voilà que les relations humaines ont été transformée.

Frères et sœurs, au cœur de nos tempêtes, que nos empressements, nos paniques et nos devoirs ne nous rendent pas sourd à la confiance, qu’ils ne nous rendent pas aveugles à nos frères et à nos sœurs. Au contraire, au cœur même de nos tempêtes, laissons-nous rejoindre par l’espérance.

Amen

Voir les commentaires