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Articles avec #charlie-hebdo tag

Charlie, Dieu, Aylan, Daniel et la distance

22 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #Arrêt sur Image

Dans mes cercles d’amis, le dessin de Charlie sur Aylan choque beaucoup plus que la une sur Dieu. Je suis très fier de mon cercle d’amis : je pense que Dieu est moins facile à blesser que les réfugiés… Pourtant, quand on commence à m’expliquer qu’il faut bien comprendre que le dessin sur « Aylan, tripoteur de fesses en Allemagne », ce n’est pas l’opinion du dessinateur mais qu’il se moque du « gros beauf raciste immonde » qui penserait cela, je ne parviens pas toujours à faire taire en moi la petite voix sarcastique qui se demande si la couv’ sur l’assassin court toujours représente l’opinion du dessinateur ou s’il se moque du gros beauf athée débile qui met tous les croyants dans le même sac…

Et puis je tombe sur cette lettre à Riss de Daniel Schneidermann (lettre que vous ne pourrez pas lire si vous n’êtes pas abonnés à Arrêt sur Image, mais aussi qu’attendez-vous ? (publicité absolument gratuite). Daniel Schneiderman y rappelle que, somme toute, ce dessin n’est pas différent de ceux qu’on trouvait dans le Charlie de l’époque Cavanna-Reiser-Choron (je confirme qu’effectivement c’était bien ce que je lisais dans ceux que je piquais en douce à mon père) et puis il se pose la question de la distance entre le dessinateur et le narrateur.

Et en le lisant, je me dis que c’est peut-être bien là la vraie marque de l’esprit Charlie, toutes époques confondues, l’absence ou plutôt le refus de la distance (et pas seulement entre dessinateur et narrateur), de la distanciation et donc de l’auto-censure : « j’écris et je dessine ce que je veux, et je me fous des réactions et des récupérations que l’on en fera ». En effet, si j’essaye de rester conscient de la distance entre ce que je pense et ce que j’exprime, c’est bien par rapport à l’autre, par peur que mes propos soient mal compris ou instrumentalisés… Et c’est précisément cette distance que Charlie refuse, laissant au lecteur la totale responsabilité de ce qu’il lit et comprend…

Or, cette absence de distance était sans doute salutaire dans les années 70, très policées et politisées. Mais aujourd’hui ? L’absence de distance, n’est-ce pas aussi la marque de Cyril Hanouna (là je devrais faire attention, je ne le connais que par Didier Porte), des réseaux sociaux ? L’absence de distance est-elle encore une oasis de liberté et de subversion ? Bref, Charlie est-il encore un trublion ou bien juste une expression parmi d’autres de notre culture de l’immédiateté ?

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Danaïdes contre Daesh ?

18 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #joie de vivre, #13 novembre, #Charlie-Hebdo

Danaïdes contre Daesh ?

Pour changer un peu de la polémique sur la manière dont les uns et les autres expriment leur deuil, pour prendre ma respiration avant de déplorer l’attitude lamentable de nos politiciens, je regarde un peu la couverture de Charlie Hebdo…

Je n’achèterai pas le Charlie Hebdo de cette semaine mais j’aime vraiment beaucoup leur dessin de « une ». Il ne m’a pas fait rire, ni même sourire, ce dessin, mais je l’aime beaucoup comme j’avais aimé « Tout est pardonné» (alors même que le contenu de ce numéro m’avait re-convaincu que lire Charlie était pour moi une perte de temps)

En fait, je n’ai pas le même sens de l’humour que Charlie Hebdo et je préfère les dessins qui font réfléchir aux dessins qui condamnent et cette « une » entre bien dans catégorie « qui fait rélféchir ».

On peut bien sûr la lire au premier degré « Ils ont les balles on a les bulles ». Ils ne toucheront pas à notre « french touch », vive la bière et les jambes des footballeurs et des filles ! Et c’est vrai qu’il y a une nécessité à ne pas nous laisser imposer un esprit de terreur et de mort.

Mais si je laisse de côté la légende, si j’oublie un peu les attentats que nous venons de subir, si je regarde seulement l’image, elle m’interroge : est – ce bien cela que je veux défendre ? Est-ce bien cela l’esprit français ? Est-ce bien cela la joie de vivre ? Est-ce que ce que nous opposons aux amoureux de la mort, c’est ce tonneau des Danaïdes ? Est-ce que c’est ça, vivre ?

Je n’aime pas le foot et encore moins les stades, mais j’aime les cafés, j’aime boire une bière avec des amis (pas en terrasse parce que c’est le lieu des fumeurs et que, de toute façon, je n’aime pas trop boire ou manger dans la rue), j'aime refaire le monde et débattre entre bien-pensants, j’aime la légèreté joyeuse de certaines soirées parisiennes.

J’aime cette légèreté française et je suis prêt à la défendre (en continuant de la vivre), mais je n’oublie pas les revers de cette médaille, je n’oublie pas ses aspects sombres qui s’appellent alcoolisme et toxicomanie, machisme et harcèlement, consumérisme et artifice, égoïsme et arrogance.

J’aime cette légèreté française et je suis prêt à la défendre, mais certainement pas si elle devient une fin en soi. Je l’aime parce qu’elle nous a donné Verlaine, Prévert et Brassens. Je l’aime quand elle est une manière de vivre la fraternité et la liberté (je n’oublie pas l’égalité, c’est juste que précisément, je ne suis pas sûr que la vie nocturne parisienne soit le meilleur vecteur d’égalité).

Oui, j’aime la légèreté quand elle me donne l’humour nécessaire pour me décentrer, quand elle me donne la liberté requise pour m’ouvrir à l’autre, quand elle me fait aimer toute vie et pas seulement la mienne. J’aime la légèreté française quand je peux y inscrire la joie vraie de cette bonne nouvelle : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé »

J’ai besoin de rire et de vivre, j’ai besoin de continuer à réfléchir aussi. Et, pour cette réflexion, je remercie Coco.

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Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

15 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #laïcité, #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #dialogue

Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

Ensemble, nous avons été traumatisés par les massacres du 7 et du 8 janvier, ensemble nous avons marché, protesté, affirmé notre désir de vivre ensemble. Et Je me disais qu'enfin on allait voir la nécessité du dialogue et de l'échange.

Et déjà, je vous vois relayer des articles appelant à une laïcité plus stricte, les déclarations d'Aurélie Filippetti demandant qu'on arrête de discuter avec les rabbins, les curés et les imams. Arrêter de discuter ? Maintenant ?

Dimanche dernier, je disais à mes paroissiens à quel point il me semblait que le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux. Aujourd'hui j'espère que vous me permettrez de m'adresser à vous, sans me prendre pour un maître à penser, simplement comme un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant.

Comprenons - nous bien, je ne vous conteste certainement pas le droit de ne pas croire ni même de bouffer du curé, du pasteur, de l'imam et du rabbin. Bon appétit même et reprenez un peu de pasteur... Mais pourquoi devrions-nous être tenus à l'écart du débat républicain ? Pourquoi ne serions-nous pas appelés nous aussi, religieux, représentants religieux ou simple croyants, à y participer ? Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la république à la volonté de Dieu mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la république et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés.

De même, loin de moi l'idée de vous empêcher de contester le Concordat (sur ce point, on serait même assez d'accord, je plaiderai juste pour un délai d'adaptation pour les cultes concernés) ni de discuter les aides et subventions accordées à certains cultes. Mais franchement, vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ??? Vous croyez vraiment que c'est là qu'il faut chercher la cause de l'horreur ??? Vous n'avez pas un peu l'impression d'instrumentaliser un drame au service d'un autre débat ?
Mais en fait pas tant que ça, parce que c'est marrant, moi, je me dis au contraire que c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la république comme une ennemie, dont la laïcité (au même titre que l'éducation ou la police) est une des formes d'oppression, de négation de leur identité.

Cette étanchéité totale au religieux que vous revendiquez, j'y vois justement le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles les massacres de la semaine dernière. Et puis, pour tout vous dire, j'y vois la vraie dénaturation de la loi de 1905 qui ne s' est pas opposée me semble-t-il à la déclaration universelle des droits de l'homme "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. "

Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ?

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Je suis Charlie

7 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #Caricature, #Blasphème

Je suis Charlie

Moquez-vous
Plongez mon Christ dans la pisse, détournez mes prières.
Caricaturez ce que je raconte. Dévoilez mes incohérences. Tournez mes croyances en dérision.
Moquez-vous.
Mélangez tout. Mettez-moi en rage. Foutez-vous de moi lorsque j'essaye d'expliquer.
Moquez vous

Et laissez-moi vivre dans un monde où la caricature et le blasphème sont possibles.

Les Cabu, Wolinski et Reiser de mon adolescence sont restés à Nancy. Je leur dois une bonne partie de ma théologie, je pense... Je n'ai pas toujours suivi Charlie Hebdo (loin de là) mais aujourd'hui je suis frappé avec eux. Aujourd'hui je suis, nous sommes Charlie.

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