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Articles avec #esaie tag

Comme la pluie et la neige

16 Juillet 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Esaïe, #Parole

C'est par la Parole que Dieu agit et Sa parole, nous dit Esaïe est comme la pluie et la neige

 

Prédication du 16 juillet 2017

Matthieu 13, 1 à 23
Esaïe 55, 6 à 11

Je vous invite à rester debout

Malgré tout le respect que je dois à nos listes de lecture, je ne sais pas si c’est une bonne idée de mettre ce passage d’Esaïe en juillet. La parole de Dieu comme la neige et la pluie, je ne suis pas sûr que ça donne envie d’assister au culte pendant l’été… Ou alors, peut-être dans des régions plus caniculaires que la nôtre…

Mais c’est bien sur cette image de la neige et de la pluie que je voudrais que nous nous arrêtions ce matin, sur ce que cette image nous dit de la Parole de Dieu…

En effet, depuis le récit de la création du ciel et de la terre jusqu’à Jésus, parole faite chair en passant par la Loi de Moïse (les dix paroles), par les prophètes, la Bible nous enseigne que notre Dieu est un Dieu qui parle, qui nous parle et non seulement qui parle mais qui agit par sa parole.
Vous pouvez vous asseoir. 
J’espère que vous me pardonnerez ce petit jeu d’autorité, mais je voulais que nous ayons à l’esprit la différence entre agir par la parole et agir par la main. Si je vous avais fait relever ou asseoir physiquement, cela aurait été bien plus intrusif  voire plus violent.
Notre Dieu agit par la parole, c’est-à-dire qu’Il ne nous fait pas violence, Il nous laisse un espace à nous. Dieu nous parle, c’est-à-dire qu’Il nous reconnaît, et même fait de nous, des êtres sensibles et c’est à notre sensibilité, à notre intelligence qu’Il s’adresse.

Dieu nous parle et, Esaïe nous le rappelle, cette parole est efficace. Mais l’efficacité est souterraine. En fait, il ne s’agit pas tant d’opposer un Dieu visible et un Dieu caché que de distinguer une action manifeste, il pleut, il neige, Dieu nous parle (par l’Esprit, à travers la Bible, par ses témoins) et l’efficacité invisible de cette action.

Autre caractéristique, la fluidité : la Parole de Dieu, telle qu’Esaïe nous la décrit, n’est pas un marteau qui fracasse, ni un mur qui enferme, elle ne force pas le passage, elle s’insinue, elle s’infiltre. Je ne sais pas si vous vous souvenez d’avoir fait, enfants, pour occuper des trajets en voiture ou tout simplement des journées de vacances pluvieuses, des courses de gouttes : la moindre poussière, la moindre aspérité invisible de la vitre pousse la goutte à changer son parcours. Pour se frayer un chemin, la Parole change de forme, passe par des détours. Comme la neige, comme la pluie, la Parole de Dieu est insaisissable, elle est surtout inarrêtable. 
Mais pour que la pluie abreuve la terre, il ne faut pas que des trombes d’eau s’abattent brutalement sur le sol, sinon elle emporte tout et ne nourrit rien. J’imagine que vous n’arrosez pas vos plantes au karcher. Pour que la pluie soit nourricière, il vaut mieux qu’elle soit douce et régulière…
Cela nous permet peut-être de comprendre pourquoi Jésus parle en parabole. Là, où les disciples, dans leur impatience, voudraient une révélation immédiate aux foules, Jésus préfère laisser ces histoires étranges que sont les paraboles faire leur chemin, s’infiltrer dans ces yeux et ces oreilles fermées, éroder ces certitudes et ces refus, instiller une nouvelle image du monde. Bien sûr, cela prend plus de temps…

Mais, de fait, avec cette image de la pluie et de la neige, Esaïe nous entraîne dans le temps long : « sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange ». De la germination à l’assiette, il y a quand même un certain temps, surtout quand on parle d’un arbre fruitier, entre le moment ou le figuier sort de terre et celui où vous pourrez en manger les fruits.

C’est une grâce que notre Dieu nous parle ainsi avec douceur, avec bienveillance, qu’il laisse un espace à notre sensibilité, à notre intelligence, qu’il nous donne le temps de recevoir et d’être. C’est une grâce et une source de reconnaissance.

C’est un exemple bien sûr pour notre parole d’Eglise, pour notre parole de chrétiens, pour notre parole d’humains.

Mais attention, certains ont bien compris l’efficacité d’une parole douce, fluide, souple et mettent cette connaissance au service d’une parole manipulatrice.
Nous, il nous faut bien entendre et laisser s’insinuer en nous cette autre parole de Dieu « vos pensées ne sont pas mes pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins ». Le but de la parole de Dieu c’est que le méchant retourne vers le SEIGNEUR, qui lui manifestera sa tendresse, vers notre Dieu, qui pardonne abondamment. Ailleurs il est même précisé « que le méchant se détourne de son chemin et qu’il vive (Ezéchiel 18, 23) »
Frères et sœurs, laissons donc cette parole faire son chemin en nous, s’infiltrer dans nos cœurs et nos cerveaux. Demandons-nous sans cesse si le but de nos paroles est bien la vie de celui à qui nous parlons.

Amen

 

 

 

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Un coach pour les pasteurs ?

28 Juin 2017 , Rédigé par Marion Heyl et Eric George Publié dans #Bible, #Esaïe, #pastorale

Photo by Nathalie Leon on Unsplash

Une petite introspection pastorale à deux voix : le peuple d'Israël, témoin de la glorie de Dieu pour les nations, doute que Dieu se préoccupe de lui. Et nous, pasteur.e.s, faisons-nous mieux ?

Prédication dialoguée sur Esaïe 40, 27-31

ERIC

Si nous avons opté pour une lecture antiphonée, ce n’est pas seulement parce que ma collègue luthérienne m'y a obligé, c’était également pour souligner le côté répétitif…

On a l’habitude des répétitions dans la Bible, c’est à la fois une esthétique et un bon aide-mémoire, mais là, c’est quand même particulièrement gratiné. Alors peut-être que les répétitions d’Esaïe viennent répondre aux plaintes ressassées d’Israël. Dieu nous a abandonné, il ne nous écoute pas, il ne nous voit même plus...

MARION

J’ai un peu l’impression de nous entendre ! Il y a tellement de choses qu’on ressasse en Eglise, et peut-être plus encore dans notre ministère : nos déceptions, nos rancœurs, nos colères ! Et le conseil presbytéral qui n’avance pas assez vite ou qui ne prend pas les bonnes décisions, et le conseil régional qui ne répond pas à nos attentes, et le conseil national qui n’y comprend rien aux réalités paroissiales !

Il y a aussi tous ces éléments de langage de notre Eglise, qu’on entend sans arrêt : le seuil, le témoignage, les « fresh expressions », la vocation, le discernement…

Mais derrière ces mots que nous répétons sans cesse, est-ce que nous savons encore de quoi nous parlons vraiment ?

ERIC

C’est amusant que tu cites le seuil et les fresh expressions comme éléments de langage, parce que je me demandais si le verset 30 « même les adolescents et les jeunes gens » indiquait que déjà à l’époque d’Esaïe, le jeunisme sévissait en Israël. Mais en fait, il s’agit peut-être d’une fascination universelle pour ce qui est fort, conquérant (grignoter sur le seuil), ce qui nous paraît promesse de renouveau.
Dans les moments de colères et de déceptions, tout comme Israël, nous nous tournons vers ce qui nous semble propre à nous faire sortir d’une situation bouchée ou tout simplement d’un quotidien pas assez exaltant, nous tournons nos regards vers de nouveaux territoires à occuper. Dans les temps de lassitude, tout comme Israël, nous regardons avec intérêt ou peut-être avec envie vers celles et ceux qui lancent toutes sortes de choses nouvelles.

C’est peut-être là que sont nos jeunes gens et nos adolescents. Mais alors, nous devons entendre l’avertissement d’Esaïe : les adolescents s’épuisent et même le jeune homme finit par trébucher.

MARION

Alors nous voilà rassurés ! Finalement, nous sommes tous sur le même bateau… S’il peut nous arriver de ressentir un peu de jalousie à l’encontre de celles et ceux à qui tout semble réussir, il faut reconnaître qu’on peut aussi éprouver une sorte de soulagement quand on réalise que ce n’est pas le cas : voir tomber les meilleurs, voir se fatiguer ceux qui débordent d’énergie, voir se tromper ceux qu’on admire, c’est aussi regagner un peu de confiance en soi et en ses propres capacités !  Et j’irai même plus loin : parfois, c’est même de la réjouissance qu’on peut éprouver à la chute des autres, de ceux avec qui on n’est pas d’accord, de ceux à qui on peut ensuite dire « je t’avais prévenu que ça ne marcherait pas ».

Peu importe la manière dont on vit les choses, peu importe les sentiments qu’elles peuvent provoquer en nous, ce qui est surprenant, c’est qu’on est toujours en train de compter sur nos propres forces.

ERIC

D’ailleurs si Esaïe nous rappelle la chute des adolescents, ce n’est pas pour nous rassurer en nous disant que les petits jeunes avec leurs idées nouvelles peuvent tomber aussi (enfin, ça c’est pour moi), ou que les succès qui nous agacent ne dureront pas toujours.

Il nous appelle surtout à mettre notre espérance ailleurs, à ne plus compter sur nos propres forces justement.

Ce qui me touche particulièrement, en tant que pasteur, dans ce passage, c’est qu’Israël dont Esaïe fait le témoin de Dieu pour les nations, Israël ne sait même pas où est sa place, quelle est sa force en Dieu. J’avoue que je m’y retrouve un peu. En tant que pasteur, je dis souvent aux autres de lâcher un peu prise, de se tourner vers Dieu, de mettre leur espérance en lui. Mais quand je me débats avec les difficultés de ma paroisse, c’est sur mes propres forces, sur mon intelligence, sur mes initiatives que je compte. Quand je suis confronté à mes propres fragilités et limites, mon premier réflexe c’est l’auto-justification.

MARION

Je crois que nous sommes tous dans ce cas… Je crois même que nous sommes pires qu’Israël ! Israël est en mesure d’adresser ses plaintes à Dieu, de Lui dire « tu ne vois même pas ce qui m’arrive ». En ce qui me concerne, j’ai plutôt l’impression que devant les difficultés rencontrées dans mon ministère je ne suis parfois même plus en mesure de crier à Dieu « merde, c’est pour toi que je travaille, qu’est-ce que tu fous ? ». Je me tourne plus facilement vers ma famille, vers mes collègues (tu sais de quoi je parle !), vers les instances de notre Eglise, et quand je ne me crois plus capable d’apporter de réponse moi-même, j’attends que les autres m’y aident. Israël est dans un acte de foi bien plus grand en criant vers Dieu. Se plaindre à Dieu, c’est lui reconnaître la possibilité de venir nous porter secours, de venir nous rejoindre dans nos difficultés, d’y être présent avec nous, à nos côtés. C’est avoir confiance dans le fait que nous ne sommes pas seuls dans ce que nous traversons. C’est déjà être tourné vers lui, et pas seulement vers nous-mêmes.

ERIC

Pire qu’Israël… Tu es encore plus calviniste que moi, là… Donc tu as sûrement raison. Mais, sauf à considérer que nous avons perdu la foi, que ce que nous proclamons et enseignons n’est qu’élément de langage, ou pure hypocrisie – et je n’y crois tout simplement pas -  ce serait quand même intéressant de réfléchir un peu à ce qui nous empêche, souvent, de crier notre colère vers Dieu, de nous tourner vers lui quand de bêtes questions de gestion de pratiques paroissiales viennent pourrir notre annonce de l’Evangile.

 

MARION

C’est peut-être justement parce que ces questions nous paraissent « bêtes », pas à la hauteur de Dieu. Comme si c’était difficile d’accepter que Dieu se soucie de nous jusque dans nos plus « petits » problèmes. Finalement, c’est plus facile de croire qu’Il s’occupe du vaste monde que de croire qu’il s’occupe de chacune et chacun de nous, personnellement. Je suis toujours frappée de voir à quel point les gens ont besoin de venir au culte après un attentat. Ils cherchent alors un lieu de ressourcement. Mais j’ai rarement entendu quelqu’un me dire qu’il est là pour prendre des forces afin d’affronter ses soucis du quotidien. Peut-être aussi que nous nous tournons plus volontiers vers Dieu quand nous nous retrouvons face à des difficultés sur lesquelles nous n’avons de toute façon pas prise, qui nous semblent complètement hors de notre portée : les catastrophes naturelles, les tensions géopolitiques, mais aussi la maladie d’un proche ou la mort d’un être aimé. Il nous faut faire l’expérience de notre impuissance, accepter, comme tu le disais tout à l’heure, de lâcher prise, de perdre le contrôle.

 

ERIC

 Je reviens un peu sur notre situation de pasteur qui ne vivons pas de cette espérance que nous prêchons . Je crois que les paroles de consolation dont nous sommes parfois porteurs sont sincères tout comme nous sommes sincères quand nous enseignons ou prêchons que l’on peut confier à Dieu ses détresses et sa colère.

Seulement, peut-être qu’à force de le proclamer, nous avons désamorcé, neutralisé ce message pour nous-même. Après tout, si nul n’est prophète en son pays, comment pourrions- nous espérer être prophète pour nous-même ? Et même entre collègues, ne sommes-nous pas encore en notre pays ?

 

MARION

A force de le proclamer, mais peut-être aussi à force de l’entendre. La répétition ne concerne pas que la plainte, elle concerne aussi la Bonne Nouvelle, ou plutôt la manière dont elle est proclamée :  avec des mots, des expressions, des images (même si notre président – celui de la République, pas celui du Conseil Régional – nous en a piqué quelques-unes), des liturgies, des manières d’habiter la prédication. Pour que cette Bonne Nouvelle nous rejoigne vraiment, nous rejoigne encore, il faut peut-être que nous refassions l’expérience de son extériorité, que nous puissions à nouveau être rejoints et bousculés par elle, que nous trouvions comment nous rendre disponibles à sa nouveauté.

 

ERIC

Dans les versets qui suivent notre passage, Dieu convoque tous les peuples, Israël y compris, à comparaître devant lui. Finalement, c’est une manière assez radicale de remettre de l’extériorité…

Mais nous ne sommes peut-être pas obligé d’attendre la fin des temps pour être à nouveau disponibles à la nouveauté de la Parole de Dieu.

Comme tu le soulignais, la manière dont la Parole de Dieu nous est proclamée va avoir son importance. L’anecdote de la manière dont nous avons choisi ce texte pourrait être un exemple.

 

MARION

Oui, ZeBible avait mis comme titre « Dieu peut être ton coach personnel ». Je t’avais envoyé ça pour plaisanter ! Je n’imaginais pas une seconde que tu me proposerais sérieusement de partir de ce texte pour la pastorale !

 

ERIC

Pourtant tu sais bien  que je n'ai aucun sens de l'humour.

Plus sérieusement,  je me suis demandé à  quel point tu etais sérieuse. Et puis, j'ai trouvé le passage beau. Et en y pensant sous l’angle « pastorale », il m’a vraiment interpelé sur cette ressemblance entre Israël et nous, pasteurs.

Bref, il a suffit d’un malentendu sur une plaisanterie (et de cette conviction qui nous anime que la Bible a quelque chose à nous dire)  pour qu'un verset devienne cette parole extérieure qui nous prend par surprise, pour que nous retrouvions cette nécessité de remettre à Dieu même les plus triviaux de nos soucis d’Eglise.

Et là, pas de bol, au lieu de promettre que Dieu va régler tous les problèmes d’Israël (ce qui nous permettrait d’espérer qu’il va aussi régler tous ceux du Havre ou d’Evreux, ou ceux éventuels de vos propres lieux), Esaïe affirme juste que Dieu est celui qui renouvelle nos forces. En d’autre terme, il ne fera pas à notre place…

 

MARION

Non, mais c’est bien lui qui nous donne la force de continuer, ou de recommencer ! C’est lui qui rétablit nos forces, c’est en lui qu’on peut trouver le réconfort. C’est peut-être à chacun de nous de trouver les lieux et les temps, ou simplement de savoir les accueillir, où il peut être véritablement renouvelé par Dieu, où il peut non seulement annoncer la Bonne Nouvelle aux autres mais aussi la recevoir pour lui : une rencontre inattendue, une parole reçue au cours d’un partage biblique ou d’une visite, un verset qui nous porte au fil des pages de la Bible que nous tournons, un repas partagé autour duquel nous nous retrouvons et dans lequel nous recevons tout l’amour de Dieu pour nous. Ces lieux et ces moments où nous réalisons que quand bien même nous nous croyons à bout de force, Dieu est là et nous permet de venir puiser en lui la force qui nous manque.

D’ailleurs, c’est intéressant de voir que ce qui relève de Dieu : le fait qu’il ne s’épuise pas, qu’il ne se fatigue jamais, devient d’un coup accessible à celles et ceux qui espèrent le Seigneur. Ils peuvent alors, eux aussi, courir sans se fatiguer, marcher sans s’épuiser…

 

ERIC

Dieu nous permet de venir puiser en lui la force qui nous manque. Alors, je ne suis plus obligé de faire mes preuves tout seul. Je ne suis pas obligé non plus d’appliquer les recettes que l’on me donne, les solutions que l’on m’impose. Et, en ne faisant pas à ma place, Dieu ne m’impose même pas son propre rythme. Comme tu le soulignes, Esaïe propose plusieurs allures : courir, marcher, prendre son essor… D’ailleurs finalement, je n’ai pas très envie de savoir si pour prendre son essor l’aigle doit prendre un maximum de vitesse ou si, au contraire il doit se laisser tomber. Je préfère garder à l’image sa polyvalence, parfois j’ai besoin que Dieu me donne l’énergie du sprint, parfois j’ai plutôt besoin du courage de me laisser choir…

Finalement dans nos lassitudes et dans nos rêves de maîtrise, tout comme Israël, la Parole que Dieu nous adresse, c’est une parole de liberté. Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte, c’est aussi un appel à nous tourner constamment vers lui.

 
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Le séisme messianique

8 Décembre 2013 , Rédigé par Elisabeth d'Olier Eric George Publié dans #Bible, #Esaïe, #Souche de Jessé, #Messie

Le séisme messianique

Esaïe 11/1 à 10

Elisabeth

Nous avons affaire à un texte difficile qui nous arrache aux douceurs et aux scintillements de Noël. C’est un texte prophétique. Il y a une espérance, Dieu a un projet pour son peuple mais c’est une espérance qui questionne et qui ébranle. Le changement projeté par Dieu bouscule beaucoup de choses.

I Dieu veut rétablir la Justice

*A l’époque dEsaïe, Dieu n’est pas satisfait du monde qu’il a créé, il trouve ce monde injuste et ne supporte pas l’injustice. Il annonce un renouvellement. Ce n’est pas une nouvelle création à partir de rien, il annonce par la bouche d’Esaïe un nouveau rameau sur le vieux tronc d’Esaïe, un rejeton de ses racines. Il sagit du messie choisi par Dieu, envoyé par Dieu.

*Le souffle du Seigneur reposera sur lui, souffle de sagesse et d’intelligence, de conseil et de vaillance, souffle de connaissance et de crainte du Seigneur.

Le souffle de Dieu sera sur lui mais aussi en lui, il respirera la crainte du Seigneur. Le souffle de Dieu deviendra ce qu’il inspire et expire. Souffle de crainte du Seigneur : Il sera dans la connaissance de qui est Dieu et de son projet pour son peuple. Il adhèrera totalement à ce projet , il reconnaitra la Seigneurie de Dieu et sera soumis à lui. Le souffle de Dieu deviendra son propre souffle.

*En conséquence ce messie ne jugera pas sur l’apparence ni par ouï dire, mais il jugera avec justice en faveur des pauvres et des humbles. En effet il ne peut y avoir de paix sans justice

Le messie annoncé aura à lutter contre l’injustice, pour cela il va utiliser le sceptre royal de sa bouche c’est-à-dire sa parole pour frapper la terre ; il va utiliser le souffle de ses lèvres pour faire mourir le méchant. La parole de Dieu par laquelle Dieu a créé le monde va ébranler ce monde, le souffle de Dieu qui a donné vie à Adam va maintenant tuer le méchant.

II Pour nous chrétiens qui reconnaissons Jésus comme le Christ, comme Messie, Jésus Christ a il accompli cette prophétie d’Esaïe ?

Il est décrit comme issu de la souche de Jessé et de David, il a reçu l’Esprit Saint lors de son baptême, il a eu une parole forte, L’Evangile de Jean nous dit même qu’il est venu en tant que Parole (avec lui la Parole est venue dans le monde), mais on ne peut pas dire que de son souffle il ait fait mourir le méchant. C’est lui qui a été mis à mort par les puissants. Pourrait-on comprendre que par son souffle, par l’Esprit Saint, il donne des possibilités de transformation à chaque homme ??

En tous cas, la prophétie d’Esaïe n’est pas accomplie en totalité pour l’instant.

Eric

En effet, nous ne sommes pas encore au temps du loup broutant avec l’agneau. D’ailleurs, on peut se demander si la deuxième partie de la prophétie d’Esaïe ne nous renvoie pas aux douceurs de Noël. Mais tu as bien souligné que ce royaume de Paix arrive à travers un violent bouleversement. Tu as raison de dire qu’il ne peut y a voir de paix tant qu’il y a de l’injustice. La première partie que tu as commentée nous interdit de voir dans ce monde ou la panthère couche avec le chevreau, le royaume arc en ciel des bisounours.

En insistant sur la parole qui, comme un sceptre, comme un bâton frappe la terre, tu m’as rappelé le bâton de Moïse frappant le rocher pour en faire jaillir une source. Et puisque le règne de paix est décrit comme la conséquence d’une inondation : « la connaissance du Seigneur remplira la terre comme les eaux recouvrent la mer », j’ai envie de filer la métaphore, de prolonger l’image.

La source coule-t-elle du rocher comme un filet d’eau ou bien jaillit-elle comme un geyser ? La parole de Jésus a parfois été violente pour ces auditeurs, et souvent elle les a choqués, scandalisés, elle leur est même apparue comme un blasphème. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Bien souvent, la parole de Jésus telle qu’elle nous apparaît à travers les évangiles, nous paraît trop dure, trop violente. Et nous essayons, en tant qu’Eglise, en tant que chrétiens d’adoucir la parole de Jésus, de la canaliser, de l’endiguer dans une morale plus acceptable, plus praticable. Mais toujours, et c’est une chance, une bénédiction, cette parole déborde de nos digues, elle ne se laisse pas dompter et elle continue à nous bousculer. Et à cause de la force, de la violence de cette parole que nous ne parvenons pas à domestiquer, nous pouvons reconnaître en Jésus le messie annoncé par Esaïe, et espérer que cette parole, cette bonne nouvelle qu’aucun groupe humain ne parvient à maîtriser continuera d’agir jusqu’à ce que le monde entier soit inondé de la connaissance du Seigneur.

Tu nous faisais remarquer que contrairement au messie d’Esaïe, Jésus ne faisait pas mourir le méchant. En effet. Cependant, quand Esaïe nous décrit ce monde ébranlé, bouleversé, transformé, la mort du méchant n’est peut-être pas si évidente que cela. En effet, ce monde dans lequel il ne se fait ni destruction, ni mal reste pourtant peuplé d’ours, de loups et de serpents. Les prédateurs, les « méchants » sont toujours bien présent. Seulement, ils ont cessé de nuire, ils ont changé d’attitude. Le méchant est-il mort à cause de sa méchanceté ou bien le méchant est-il mort à sa méchanceté ? Et dans cette optique, nous pouvons une fois de plus reconnaître en Jésus le portrait dressé par Isaïe. En effet, si les évangiles ne nous présentent pas un Jésus pourfendant le méchant, ils nous racontent bien comment par sa parole, par sa vie, il a transformé des cœurs. Dimanche dernier, nous parlions du brigand crucifié, mais l’on pourrait penser également à Zachée.

Enfin, Jésus ressuscité a envoyé ses disciples porter sa parole à toute la terre. Et cela nous éclaire sur la dimension universelle de la prophétie d’Esaïe. Bien sûr, le peuple d’Israël, son histoire et sa terre sont au centre, mais ils ne sont pas les seuls concernés, c’est bien la terre entière qui est remplie de la connaissance de l’Eternel, c’est bien tous les peuples qui cherchent cette connaissance. Et, en entendant bien l’image zoologique, on peut même ce dire que cette promesse va même au-delà de l’humanité…

Alors, Jésus a-t-il accompli cette prophétie d’Esaïe ?

Je crois qu’il nous faut aller plus loin. En effet, la prophétie n’est pas une prédiction, une annonce du futur. La prophétie est une parole de Dieu pour nous, dans notre présent. La question donc qui se pose à nous, c’est faisons-nous de Jésus, le messie annoncé par Esaïe. Nous laissons-nous heurter, ébranler par sa parole ? Respirons-nous de sa respiration ? Inspirons-nous le souffle de Dieu qu’il exhale ?

Et ce n’est pas seulement une question générique sur nos vies, frères et sœurs. C’est la question des semaines qui viennent.

L’Avent et Noël seront-ils pour nous des temps de pause, de temps de repos pour oublier les souffrances et les difficultés de notre monde ? Jésus Christ sera-t-il à ranger avec saint Nicolas, le père Noël et autres elfes ? Ou bien les douceurs et les lumières de l’Avent et de Noël nous parleront-elles du monde nouveau, du monde que nous devons vivre dès maintenant ? Ne faisons pas de la promesse, une illusion consolatrice mais recevons là, dès maintenant comme une mission qui nous est donnée et qui nous est rendue possible.

Qu’entre nous et par nous, il ne se fasse ni mal ni destruction.

Amen

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Un Avent en peinture (8) La Nativité avec les prophètes Esaïe et Ezéchiel de Buoninsegna

8 Décembre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #calendrier de l'Avent, #Bible, #Ancien Testament, #Nouveau Testament, #Esaïe, #Ezechiel, #Buoninsegna

Un Avent en peinture (8) La Nativité avec les prophètes Esaïe et Ezéchiel de Buoninsegna

Dans les mains des prophètes, les rouleaux du premier Testament, de la Première Alliance, et l’on retrouve le même rouleau dans les mains de l’ange. Le nouveau n’efface pas le premier, le gentil Dieu de Jésus Christ ne vient remplacer le Dieu barbare et cruel de l’Ancien Testament, mais le même Dieu fidèle se tient au côté de l’humanité et accomplit ses promesses.

Duccio di Buoninsegna : La Nativité avec les prophètes Esaïe et Ezechiel. Sienne XIV°

Duccio di Buoninsegna : La Nativité avec les prophètes Esaïe et Ezechiel. Sienne XIV°

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