Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #humeurs tag

Hermione, Torpille et Junia

23 Novembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #standards, #présupposés, #femmes

Les aveugles voient

Matthieu 11, 5

Une fille vêtue de sa robe de Poudlard [qui] avait d’épais cheveux bruns ébouriffés, de grandes dents et un ton autoritaire

Ses cheveux d’habitude touffus et emmêlés étaient lisses, soyeux et élégamment relevés sur la nuque. Elle portait une robe vaporeuse d’un bleu pervenche et son maintien était différent – peut-être était-e dû à l’absence de la vingtaine de livres qu’elle portait d’ordinaire sur son dos. Elle souriait –avec une certaine nervosité, il est vrai – et cette fois, on voyait nettement que ses dents avaient bel et bien rétréci.

En lisant ces deux descriptions, bien avant Emma Watson, je me représentais une fillette puis une adolescente blanche.

Et voilà Hermione dans la pièce Harry Potter et l’enfant maudit.

Et je suis bien obligé de me dire que rien dans la description ne me conduisait à décréter qu’Hermione était blanche.

Dans Chlorophylle et les rats noirs, Torpille, la loutre, vient jouer, pour Chlorophylle, le lérot, le rôle d’Obélix auprès d’Asterix (en moins benêt). Animal grand et costaud qui se porte au secours du héros, Torpille était forcément le copain de Chlorophylle…  Tant pis, si son nom est féminin et si à chaque fois que l’on fait référence à elle, c’est au féminin.

Mais je suis bien obligé d’ouvrir les yeux, Torpille, le malabar rabelaisien qui lutte avec Chlorophylle est un personnage féminin…

 

Couverture

 

 

Alors que je travaillais sur cette note, une amie me fait remarquer qu’à chaque fois qu’on interroge un Imam sur les attentats, on lui demande de réagir en tant que musulman, et non en tant que citoyen français… Eh oui, on évoque les musulmans de France ou pire les musulmans vivant en France plus facilement que les Français musulmans. Alors même que je me suis souvent agacé qu’il soit difficile de concevoir qu’en France, on puisse être chrétien sans être catholique, il me faut reconnaître que j’étais  quand même moins vigilant sur ce point là.

Finalement, c’est sans doute ce genre de présupposés, de normes factices (sauf indication contraire, un personnage de roman est blanc ; le malabar est un homme…) plus qu’une volonté patriarcale qui a conduit les copistes à masculiniser le nom de l’apôtre Junia (Romains 16, 7). Un apôtre, c’est forcément un homme…

Alors, est-ce le temps de faire mon autocritique, de me confesser raciste, phallocrate et suprématiste… J’espère que les victimes de ces présupposés, dont je comprends la lassitude et la colère, me pardonneront de ne pas aller jusque là.

Mais ce serait trop bête de rater ces petites occasions pas très sérieuses d’interroger un peu mes standards, de ne pas reconnaître sinon ma cécité, au moins ma myopie et de ne pas prier mon Dieu de me donner sur mes frères et sur mes sœurs un regard libéré de mes préjugés.

Voir les commentaires

Lire l'arc-en-ciel

1 Octobre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Lire l'arc-en-ciel

La nuit a été courte. Les sinus encombrés par un gros rhume, l’esprit encombré par les soucis d’Eglise et de famille, petits agacements, peurs et colères plus profondes, petits et grands projets. La nuit a été courte et chaotique.

Et ce matin, je suis cueilli dans la rue par un arc-en-ciel. J’ai une vague notion du phénomène optique qui le provoque et je suis absolument convaincu du caractère tout à fait naturel du phénomène. Mais dans un ciel indécis entre soleil et pluie, entre lumière et gris, un verset me chante au cœur : « J’ai mis mon arc dans la nuée et il sera signe de l’alliance entre moi et la terre » (Genèse 9, 17)

La nuit a été courte et chaotique, les tempêtes (réelles et de verre d'eau) m’ont submergé et ce matin, je lis dans l’arc-en-ciel, simple phénomène optique, la promesse et la fidélité de mon Dieu plus haute que tous mes soucis. Ce matin, l'arc-en-ciel qui m'est donné comme un signe, fait sens.

Voir les commentaires

Charlie, Dieu, Aylan, Daniel et la distance

22 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #Arrêt sur Image

Dans mes cercles d’amis, le dessin de Charlie sur Aylan choque beaucoup plus que la une sur Dieu. Je suis très fier de mon cercle d’amis : je pense que Dieu est moins facile à blesser que les réfugiés… Pourtant, quand on commence à m’expliquer qu’il faut bien comprendre que le dessin sur « Aylan, tripoteur de fesses en Allemagne », ce n’est pas l’opinion du dessinateur mais qu’il se moque du « gros beauf raciste immonde » qui penserait cela, je ne parviens pas toujours à faire taire en moi la petite voix sarcastique qui se demande si la couv’ sur l’assassin court toujours représente l’opinion du dessinateur ou s’il se moque du gros beauf athée débile qui met tous les croyants dans le même sac…

Et puis je tombe sur cette lettre à Riss de Daniel Schneidermann (lettre que vous ne pourrez pas lire si vous n’êtes pas abonnés à Arrêt sur Image, mais aussi qu’attendez-vous ? (publicité absolument gratuite). Daniel Schneiderman y rappelle que, somme toute, ce dessin n’est pas différent de ceux qu’on trouvait dans le Charlie de l’époque Cavanna-Reiser-Choron (je confirme qu’effectivement c’était bien ce que je lisais dans ceux que je piquais en douce à mon père) et puis il se pose la question de la distance entre le dessinateur et le narrateur.

Et en le lisant, je me dis que c’est peut-être bien là la vraie marque de l’esprit Charlie, toutes époques confondues, l’absence ou plutôt le refus de la distance (et pas seulement entre dessinateur et narrateur), de la distanciation et donc de l’auto-censure : « j’écris et je dessine ce que je veux, et je me fous des réactions et des récupérations que l’on en fera ». En effet, si j’essaye de rester conscient de la distance entre ce que je pense et ce que j’exprime, c’est bien par rapport à l’autre, par peur que mes propos soient mal compris ou instrumentalisés… Et c’est précisément cette distance que Charlie refuse, laissant au lecteur la totale responsabilité de ce qu’il lit et comprend…

Or, cette absence de distance était sans doute salutaire dans les années 70, très policées et politisées. Mais aujourd’hui ? L’absence de distance, n’est-ce pas aussi la marque de Cyril Hanouna (là je devrais faire attention, je ne le connais que par Didier Porte), des réseaux sociaux ? L’absence de distance est-elle encore une oasis de liberté et de subversion ? Bref, Charlie est-il encore un trublion ou bien juste une expression parmi d’autres de notre culture de l’immédiateté ?

Voir les commentaires

De la peur à l'empathie

25 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #empathie, #peur, #attentats, #Bruxelles

De la peur à l'empathie

Ces jours ci, Bruxelles a pour nous un visage, unique. Celui de notre fils qui y fait ses études. C’est moche parce qu’il n’est pas le seul à vivre là-bas, on y a même d’autres gens chers, des cousins et cousines. Mais c’est comme ça, notre inquiétude, elle est pour lui.

Et on se bagarre sur deux fronts. D’abord pour ne pas paniquer complètement. Même si quelque part, on aimerait dire à Madian : “transforme ton appartement en blockhaus ou mieux abandonne tout et rentre immédiatement en France”, on ne le fera pas, parce qu'on sait que c'est idiot... On compte sur lui pour continuer à travailler, à sortir quand nécessaire, on compte sur lui pour être prudent, pour nous rassurer et pour affronter ses propres peurs avec nous…

Ensuite, on se bagarre aussi pour entendre ces voix qui nous rappellent avec raison que le sang européen n’est pas plus rouge que le sang libanais ou tunisien, ces voix qui luttent contre la pensée insidieuse que quand même “là -bas c’est habituel alors que chez nous c’est pas normal”.

À ceux qui font entendre ces voix, le père occidental et égoïste que je suis voudrait envoyer un petit message d’espoir. Parce que ce combat contre nos égoïsmes n'est pas si difficile, une fois qu’on reprend le dessus dans le premier combat contre notre peur.

Progressivement, notre inquiétude s’ouvre à d’autres, à Margot, à Solène et à Olivier, et puis à tous ces autres visages bruxellois qu’on ne connaît pas et puis à tous ces autres parents qui s’inquiètent pour d’autres enfants à Bruxelles, à Paris, à Beyrouth, à Bamako, en Palestine, à Jérusalem, à Tunis et ailleurs…

L’empathie s’apprend, doucement.

Bien plus que les voies militaires, économiques et diplomatiques, elle me paraît être l’espoir de l’humanité.

De la peur à l'empathie
Voir les commentaires

Danaïdes contre Daesh ?

18 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #joie de vivre, #13 novembre, #Charlie-Hebdo

Danaïdes contre Daesh ?

Pour changer un peu de la polémique sur la manière dont les uns et les autres expriment leur deuil, pour prendre ma respiration avant de déplorer l’attitude lamentable de nos politiciens, je regarde un peu la couverture de Charlie Hebdo…

Je n’achèterai pas le Charlie Hebdo de cette semaine mais j’aime vraiment beaucoup leur dessin de « une ». Il ne m’a pas fait rire, ni même sourire, ce dessin, mais je l’aime beaucoup comme j’avais aimé « Tout est pardonné» (alors même que le contenu de ce numéro m’avait re-convaincu que lire Charlie était pour moi une perte de temps)

En fait, je n’ai pas le même sens de l’humour que Charlie Hebdo et je préfère les dessins qui font réfléchir aux dessins qui condamnent et cette « une » entre bien dans catégorie « qui fait rélféchir ».

On peut bien sûr la lire au premier degré « Ils ont les balles on a les bulles ». Ils ne toucheront pas à notre « french touch », vive la bière et les jambes des footballeurs et des filles ! Et c’est vrai qu’il y a une nécessité à ne pas nous laisser imposer un esprit de terreur et de mort.

Mais si je laisse de côté la légende, si j’oublie un peu les attentats que nous venons de subir, si je regarde seulement l’image, elle m’interroge : est – ce bien cela que je veux défendre ? Est-ce bien cela l’esprit français ? Est-ce bien cela la joie de vivre ? Est-ce que ce que nous opposons aux amoureux de la mort, c’est ce tonneau des Danaïdes ? Est-ce que c’est ça, vivre ?

Je n’aime pas le foot et encore moins les stades, mais j’aime les cafés, j’aime boire une bière avec des amis (pas en terrasse parce que c’est le lieu des fumeurs et que, de toute façon, je n’aime pas trop boire ou manger dans la rue), j'aime refaire le monde et débattre entre bien-pensants, j’aime la légèreté joyeuse de certaines soirées parisiennes.

J’aime cette légèreté française et je suis prêt à la défendre (en continuant de la vivre), mais je n’oublie pas les revers de cette médaille, je n’oublie pas ses aspects sombres qui s’appellent alcoolisme et toxicomanie, machisme et harcèlement, consumérisme et artifice, égoïsme et arrogance.

J’aime cette légèreté française et je suis prêt à la défendre, mais certainement pas si elle devient une fin en soi. Je l’aime parce qu’elle nous a donné Verlaine, Prévert et Brassens. Je l’aime quand elle est une manière de vivre la fraternité et la liberté (je n’oublie pas l’égalité, c’est juste que précisément, je ne suis pas sûr que la vie nocturne parisienne soit le meilleur vecteur d’égalité).

Oui, j’aime la légèreté quand elle me donne l’humour nécessaire pour me décentrer, quand elle me donne la liberté requise pour m’ouvrir à l’autre, quand elle me fait aimer toute vie et pas seulement la mienne. J’aime la légèreté française quand je peux y inscrire la joie vraie de cette bonne nouvelle : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé »

J’ai besoin de rire et de vivre, j’ai besoin de continuer à réfléchir aussi. Et, pour cette réflexion, je remercie Coco.

Voir les commentaires

A quand le Cardline "Théologiens" ?

23 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Théo en culture, #Jeux, #Cardline

A quand le Cardline "Théologiens" ?

C’était l’objet de grands débats de cours de récréation : Spiderman est-il plus malin que Zorro ? Tarzan battrait il Batman ? L’Atlantis est-il plus puissant que Goldorak ? ou pour les plus sérieux, est qu’un lion c’est plus fort qu’un gorille ?… Aujourd’hui, les Cardline, un (relativement) nouveau type de jeu permettent de relancer ces débats. Le but est d’aligner des cartes dans le bon ordre en fonction d’un critère donné. Les thèmes sont variés, animaux pour les enfants (un lion est-il plus lourd qu’un cochon ?), dinosaures pour les jurassimaniaques (le Stégosaure est il plus long que l’Iguanodon ?), superhéros pour les geeks (Captain America est il plus intelligent que Dardevil ?) ou les pays pour les gens sérieux et instruits (la superficie de l’Algérie dépasse-t-elle celle de la Suède ?).

Le jeu est assez renouvelable puisqu’avant chaque partie, les joueurs choisissent un critère de classement parmi les trois ou quatre proposés…

J’ai d’ailleurs une suggestion pour les maisons d’édition chrétiennes. Pourquoi ne pas faire un Cardline « Théologiens ». On pourrait envisager de classer les théologiens et exégètes selon les critères suivants : Intelligence, Fidélité à la Bible, Foi. Cela ferait un tabac chez les pasteurs si j’en crois les nouveaux débats dans notre Eglise… (Mis à part la dimension sarcastique de ce paragraphe, jouer à Cardline, c’est toujours assez drôle)

Voir les commentaires

Beth Kangourou

10 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Kangourou, #Famille, #Maison

Beth Kangourou

Un petit mot à ma famille, lors des obsèques de ma grand-mère

Veuille maintenant bénir la maison de ton serviteur, pour qu’elle soit à jamais en ta présence. Car c’est toi, Seigneur DIEU, qui as parlé, et par ta bénédiction la maison de ton serviteur sera bénie à jamais.

2 Samuel 7, 29

Kangourou était fatiguée. Et régulièrement, ça donnait "Dis, le pasteur quand est ce que tu dis au bon Dieu de me rappeler". Et toujours ça m'embêtait et ça m’énervait un peu. Ca m’embêtait parce qu'égoïstement je n’étais pas spécialement pressé. Et ça m’énervait surtout parce que je ne crois pas en un Dieu qui rappelle à lui. Moi, je crois en un Dieu qui donne.

Et à travers Kangourou, à travers d’autres aussi, Dieu m'a donné une maison. Je ne parle pas d’un appartement à Sèvres, ni d’une maison dans les Alpes, je veux dire, une maison au sens biblique. Et dans la Bible, une maison ce n'est pas seulement un bâtiment, c'est une famille. Une famille au sens le plus large, une famille pas seulement établie par les liens du sang mais celui des alliances et des amitiés.

A travers Kangourou, avec Kangourou, Dieu nous a donné d'habiter une maison.

Une maison de fous, peut-être, un peu biscornue, un peu hétéroclite, un peu turbulente et bruyante. Une maison toujours ouverte même si pas toujours très égalitaire. Une maison pleine d'humour. Une maison assez pleine d'amour pour qu'on n’ait pas besoin de l'idéaliser, pour qu'on puisse dire qu’il n’est pas toujours facile d’y habiter, qu'elle est un peu englobante, un peu étouffante parfois, un peu cancanière, qu'on y entend des paroles injustes, des mots blessants. Et Kangourou, comme nous tous, participait à ces défauts… Elle les subissait et en souffrait aussi....

Mais voilà, c'est notre maison. Et aujourd’hui, il nous semble qu’elle vacille sur ses fondations, mais elle est solide. Parce qu'elle en a traversé des tempêtes, on en a vu des tremblements de terre (je pense à papa Fanfan, Marie Claire, Olivier et aujourd'hui Kangourou.) Mais la maison reste debout.

Et aujourd'hui quand je vous regarde, maman et papa, vous mes oncles et tantes, vous mes grands oncles et grands tantes, vous ma fratrie, vous mes cousins et cousines (comme les générations se croisent, comme je vous ai tous vu arriver, et comme je n’échappe pas aux tares familiales, j’englobe les conjoints et les enfants), toi Laurence et toi, Madian, quand je pense à ceux qui ne sont pas là, qui pensent à nous et qui nous manquent aujourd’hui, oui, quand je vois tous ceux qui sont rassemblés sous la bannière du Kangourou, je sais où j'habite.

Et, pour cette maison, parce que Kangourou y a habité avec nous, même si c’est dur aujourd’hui, je n'ai pas fini de rendre grâce à Dieu et, à vous tous, de dire merci et d’ajouter ces petits mots qu’on ne dit pas souvent dans la famille : je vous aime.

Voir les commentaires

Résistez : allez au culte

10 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Résistez : allez au culte

Signe de temps étranges, le premier ministre encourage les chrétiens à pratiquer leur culte. Il est vrai que deux églises ont été visées par un apprenti terroriste, il est vrai qu’en Seine Maritime, des frères et des sœurs d’Eglises évangéliques ont vu leur culte perturbé par des agressions verbales ou leur salle de culte taguées. Il est manifeste que les islamistes voudraient susciter une hostilité ouverte entre chrétiens et musulmans.

Alors, aller à au culte, c’est résister, Emmanuel Valls a raison, mais il ne sait pas à quel point. Car la résistance à Daesh et à leur projet de « frapper des chrétiens sur une terre perçue comme chrétienne, pour nourrir la peur et mieux exacerber la méfiance et l’hostilité vis à vis des musulmans de France. Avec l’espoir qu’ils finissent par se retourner, un jour, contre la République » (R. Poujol), s’inscrit dans un modèle de résistance, bien plus vaste.

En effet, résister à ce projet de haine et de meurtre, cela ne consiste pas à adopter un identitarisme de façade, une attitude de bravade. C’est dans notre identité chrétienne que nous devons puiser des forces. Dans cette identité, nous redécouvrirons qu’aller au culte, aller entendre la Parole de Dieu, aller faire communion, dans l’écoute, dans le chant, dans la prière avec des frères et des sœurs, ça a toujours été résister.

Résister d’abord à notre rythme de vie, voire à notre paresse : au matin de notre jour de repos, sans que rien ne nous y oblige, nous donnons une heure (sans compter le temps du transport). Il est bon que le culte ne soit plus du tout une obligation sociale, qu’il ne s’inscrive plus dans la routine de notre semaine : nous pouvons voir à quel point ce lever du dimanche matin est significatif.

Résister ensuite au monde qui nous entoure : nous venons au culte pour nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Or, face aux discours de notre société, à nos propres discours, cette Parole est subversive, l’amour de Dieu s’élève contre nos logiques de haine et de vengeance, la grâce de Dieu s’élève contre nos logiques de rétribution et de jugement, l’espérance de Dieu s’élève contre notre cynisme et notre fatalisme. Le Dieu de vie s’élève contre toutes nos logiques de mort.

A leurs moqueries, à leur haine, nous résisterons. Nous répondrons par l’amour et par la prière. Ils verront alors que notre force n’est pas celle du monde, que l’Esprit qui nous anime est le souffle d’amour qui donne la vie et non pas le vent de la violence qui charrie la mort.

Voir les commentaires

Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

15 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #laïcité, #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #dialogue

Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

Ensemble, nous avons été traumatisés par les massacres du 7 et du 8 janvier, ensemble nous avons marché, protesté, affirmé notre désir de vivre ensemble. Et Je me disais qu'enfin on allait voir la nécessité du dialogue et de l'échange.

Et déjà, je vous vois relayer des articles appelant à une laïcité plus stricte, les déclarations d'Aurélie Filippetti demandant qu'on arrête de discuter avec les rabbins, les curés et les imams. Arrêter de discuter ? Maintenant ?

Dimanche dernier, je disais à mes paroissiens à quel point il me semblait que le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux. Aujourd'hui j'espère que vous me permettrez de m'adresser à vous, sans me prendre pour un maître à penser, simplement comme un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant.

Comprenons - nous bien, je ne vous conteste certainement pas le droit de ne pas croire ni même de bouffer du curé, du pasteur, de l'imam et du rabbin. Bon appétit même et reprenez un peu de pasteur... Mais pourquoi devrions-nous être tenus à l'écart du débat républicain ? Pourquoi ne serions-nous pas appelés nous aussi, religieux, représentants religieux ou simple croyants, à y participer ? Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la république à la volonté de Dieu mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la république et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés.

De même, loin de moi l'idée de vous empêcher de contester le Concordat (sur ce point, on serait même assez d'accord, je plaiderai juste pour un délai d'adaptation pour les cultes concernés) ni de discuter les aides et subventions accordées à certains cultes. Mais franchement, vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ??? Vous croyez vraiment que c'est là qu'il faut chercher la cause de l'horreur ??? Vous n'avez pas un peu l'impression d'instrumentaliser un drame au service d'un autre débat ?
Mais en fait pas tant que ça, parce que c'est marrant, moi, je me dis au contraire que c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la république comme une ennemie, dont la laïcité (au même titre que l'éducation ou la police) est une des formes d'oppression, de négation de leur identité.

Cette étanchéité totale au religieux que vous revendiquez, j'y vois justement le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles les massacres de la semaine dernière. Et puis, pour tout vous dire, j'y vois la vraie dénaturation de la loi de 1905 qui ne s' est pas opposée me semble-t-il à la déclaration universelle des droits de l'homme "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. "

Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ?

Voir les commentaires

Je suis Charlie

7 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #Caricature, #Blasphème

Je suis Charlie

Moquez-vous
Plongez mon Christ dans la pisse, détournez mes prières.
Caricaturez ce que je raconte. Dévoilez mes incohérences. Tournez mes croyances en dérision.
Moquez-vous.
Mélangez tout. Mettez-moi en rage. Foutez-vous de moi lorsque j'essaye d'expliquer.
Moquez vous

Et laissez-moi vivre dans un monde où la caricature et le blasphème sont possibles.

Les Cabu, Wolinski et Reiser de mon adolescence sont restés à Nancy. Je leur dois une bonne partie de ma théologie, je pense... Je n'ai pas toujours suivi Charlie Hebdo (loin de là) mais aujourd'hui je suis frappé avec eux. Aujourd'hui je suis, nous sommes Charlie.

Voir les commentaires