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Articles avec #moise tag

Massa et Meriba

24 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Moïse, #Querelle, #Samaritaine

 Prédication du 19 mars 2017

Exode 17 ; 1 à 7

Jean 4 ; 5 à 42

Romains 5 ; 1 à 8

Nous connaissions les chansons à boire, les textes que nous avons entendu ce matin nous présentent des histoires de soifs. La soif d’un peuple qui maugrée et vitupère, la soif d’une femme qui cherche et interroge, la soif d’un homme qui demande.

Le peuple avait soif et Moïse a fait jaillir l’eau du rocher. Généralement, on raconte cette histoire d’une manière admirative : encore un prodige de l’homme providentiel ! Mais quand on lit le texte, quand on l’écoute, on se rend compte que l’ambiance n’est pas au prodige ni au triomphe.

D’ailleurs, le nom que va porter cette source, ce n’est pas Dieu a vaincu la soif, ni eau de Dieu, ni aucun nom laudatif, le nom que va porter ce lieu c’est Massa et Meriba, querelle et provocation.

On ira jusqu’à faire de cet épisode la raison pour laquelle Moïse ne pourra pas entrer en terre promise. Bref,  où nous aurions envie de crier « Miracle ! Dieu a fait jaillir l’eau du rocher ! » La Bible garde en mémoire la dispute et la provocation, et pour enfoncer le clou redouble d’ailleurs le nom, au nom connu de Meriba, elle ajoute Massa.

De cette étrange toponymie, je reçois un avertissement : même quand la soif a été étanchée, même quand l’homme providentiel a ouvert les vannes, même quand Dieu a fait jaillir l’eau du rocher, ce qui reste, ce qui stagne, c’est bien souvent la querelle, la provocation, la dispute et  la mise à l’épreuve.

Et je dois bien m’avouer que c’est très souvent vrai dans ma vie. Et que j’ai l’impression de ne pas être le seul dans ce cas, pas le seul à connaître ce goût de cendres… Alors suis-je, sommes-nous condamnés à nous identifier à ce peuple, à nous installer une fois pour toute à Massa et Meriba ? Et à rester là dans la chaleur, dans l’aridité du jour ?

Et voilà que dans ma sécheresse, l’Evangile selon Jean me fait lever les yeux sur une femme. Porteuse d’eau, elle est surtout porteuse de blessures, des blessures qui l’empêchent de venir puiser l’eau avec les autres femmes ;  porteuse de colère et de contestation, contre ces juifs qui contestent tout ce que ces ancêtres lui ont appris et ne veulent avoir aucun contact avec elle ; porteuse de provocation, gouailleuse, même, quand cet homme aux mains nues lui promet une eau nouvelle, une eau plus vivante même que celle que Jacob, le patriarche, l’ancêtre à fait couler pour elle et les siens.

Nous pouvons nous reconnaître dans les blessures et la honte de cette femme, nous pouvons nous reconnaître dans ses colères et de son amertume face à ceux qui la rejettent, nous pouvons nous reconnaître dans son ironie face à une promesse qui, de prime abord, sonne creux.

Nous pouvons nous reconnaître en elle, mais elle, un homme l’aborde et lui demande à boire, un homme l’aborde et transforme son regard, un homme l’aborde et l’ouvre à un nouveau possible. Il crée la surprise et il lui dit sa soif véritable, il crée la surprise et ouvre au non-jugement. Il crée la surprise et ouvre la vie

Nous pouvons nous reconnaître dans la samaritaine..., sauf que nous, nous avons beau traîner au bord de tous les puits, tourner autour de toutes les fontaines, roder non loin des sources, quand est ce que Jésus nous demande à boire, quand est-ce qu’il ouvre le dialogue avec nous ?

A la Samaritaine, Jésus demande de l’eau et il crée ainsi la surprise et le dialogue. Mais à nous, il ne demande rien…

Rien ? Vraiment ? « Aime ton prochain comme toi-même », « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé », « aimez vos ennemis »

N’est-ce pas une demande assez incongrue pour nous faire réagir, pour provoquer un dialogue ?

Notre réaction pourrait être :

- Comment ? Toi qui a été jusqu’au bout de l’amour, toi qui as tout donné, qui as pardonné même à tes bourreaux, tu me demande à moi d’aimer, moi dont le cœur est si plein de colère, plein de querelles et d’amertumes. Mais je ne peux pas.

Et je crois que sa réponse serait la même qu’à la Samaritaine :

  • si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te parles, tu lui demanderais d’ouvrir ton cœur à l’amour et il ferait jaillir en toi une source de vie, une source d’amour éternel.

Peut-être qu’alors, comme la Samaritaine, notre réaction serait sarcastique « eh bien, il y a intérêt à creuser profond ! » mais nous, nous savons déjà qui est celui qui nous parle puisque nous sommes ici. Nous savons qu’il a ce pouvoir sur nous et pour nous

Alors, frères et sœurs,

Je vous invite à la prière

Père

C’est assoiffés que nous nous tournons vers toi

Garde-nous de laisser notre soif devenir colère et emportement

Assèchement et repli sur nous-même

Dégage nos voies

Débouche nos canaux

Désencombre notre cœur

Pour que puisse jaillir en nous

La source de ton amour

Pour que cet amour devienne fontaine

Par nos yeux, nos paroles et nos actes.

Amen

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Des concombres, des oignons et des cailles : deux folies

12 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #cailles, #Nombre, #exode, #moïse, #consommation

Des concombres, des oignons et des cailles : deux folies

Dans la Bible, des hommes et des femmes oublient, ou abandonnent volontairement, des objets derrière eux. Nous avons ramassés quelques un de ces objets et cette année d’école biblique et de catéchisme, nous vous invitons dans cette salle des objets trouvés de la Bible

Ce dimanche, des objets qui nous viennent d'Egypte, concombres et oignons et un peu de levain...

Prédication du dimanche 11 octobre 2015

Nombres 11, 4 à 23 et 31-35

Après avoir fait sortir le peuple hébreu d’Egypte, Dieu l’a conduit dans le désert, il l’a nourri avec la manne et même, alors que le peuple pleurait pour de la viande, il lui a donné une pluie de cailles. Sauf que l’épisode des cailles que nous avons entendu, c’est en fait l’histoire de deux folies..

La première folie dont je vais parler, ce sont plutôt les adultes qui en souffrent, je crois que vous, les enfants, vous êtes moins atteints… C’est peut-être pour ça que Jésus nous appelle à être comme des enfants…

Parce que les adultes, parce que vos parents sont fous. Vous le saviez ?

Je vais essayer de vous dire en quoi ils sont fous. Imaginez, vous êtes en classe, le prof parle, parle, parle et c’est long et c’est pénible. Mais hier, hier c’était encore pire, vous étiez en classe, votre meilleur copain ou copine n’était pas là, il y avait dictée, vous vous êtes fait interroger alors que, pour une fois, vous n’aviez pas eu le temps de revoir votre leçon et en plus vous aviez oublié votre trousse. Aujourd’hui, c’est juste que le prof parle, parle, parle et c’est looooong Vous imaginez ? Eh bien, un adulte à votre place, il serait là : « Oh comme c’était bien hier, comme je regrette de ne plus y être…»

Rigolez pas, les adultes, derrière, c’est ce que nous faisons quand nous évoquons le bon vieux temps… Nous pleurons un temps qui n’a jamais existé. C’est ce que faisait le peuple hébreux quand il regrettait la belle époque où il mangeait des concombre, des oignons des poireaux et du poisson en Egypte, en oubliant que son temps en Egypte, c’était plutôt ça « Les Égyptiens les traitèrent durement, comme des esclaves ; ils leur rendirent la vie insupportable par un travail pénible : préparer l’argile, faire des briques, exécuter tous les travaux des champs. Bref, ils leur imposèrent sans pitié toutes sortes de corvées. » Exode 1, 13-14

Seigneur, garde nous de nous enfermer dans un passé que nous inventons. Donne-nous la force de traverser le présent même quand il est difficile.

La deuxième folie, elle est peut-être un peu mieux partagée, vécue par les enfants comme par les adultes… Vous est-il déjà arrivé de manger des bonbons jusqu’à en être malades ? De regarder la télé ou de jouer sur une console jusqu’à en avoir mal à la tête ? Si oui, vous connaissez peut-être ce moment où on se rend compte qu’on abuse, que ça commence à tourner mal mais où on est tellement lancé qu’on ne peut pas s’arrêter.

Eh bien, c’est ce qui arrive au peuple hébreux avec les cailles… « Super, se disent les hébreux » Dieu envoie encore plus de ravitaillement, il répond à nos réclamations et nous pouvons arrêter de travailler la manne au quotidien, nous pouvons faire des réserves et nous gaver de viande. Seulement, ce qu’on oublie souvent quand on évoque l’épisode des cailles dans le désert, c’est que c’est finalement une abondance mortelle, c’est un moment où Dieu frappe son peuple.

Alors, je ne crois pas que Dieu frappe son peuple. En revanche, je crois que nous prenons parfois des malédictions pour des bénédictions. Et je crois que nous traversons un épisode de caille et que nous commençons à nous en rendre compte. Notre société mange, mange, mange, consomme, consomme, consomme. Nous accumulons les richesses et longtemps nous avons cru que c’était une bénédiction de Dieu ou plutôt des dieux Economie et Technique. Nous commençons à nous rendre compte que ces cailles vont nous rester sur l’estomac. Et pourtant, nous continuons à nous gaver…

Seigneur garde nous de croire qu’avoir toujours plus est une bénédiction et un but. Garde nous de toujours vouloir entasser et accumuler. Donne-nous de vivre de ce qui est donné.

Frères et sœurs, nous pouvons laisser derrière nous le levain d’Egypte, le levain de nos esclavages. Nous pouvons laisser derrière nous nos rêves d’un bon vieux temps et d’un âge d’or pour entrer dans le présent. Nous pouvons laisser derrière nous nos soifs de richesse pour entrer dans la manne, le don de Dieu et la tâche simple qu’il nous donne d’accomplir.

Amen

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Histoires de puits

16 Février 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #prédication, #Bible, #Rencontre, #Puits, #Rebecca, #Rachel, #Jacob, #Moïse, #Sephora, #Samaritaine

Histoires de puits

Savez-vous que les puits communiquent entre eux ? Non, pas comme les vases, je veux dire qu'ils communiquent vraiment, qu'ils se parlent entre eux. Ça vous étonné ce que je dis ? Pourtant, le réseau hydrographique est bien plus ancien que le réseau Internet...Alors il suffit de tendre l'oreille, même pas la peine de vous pencher... Écoutez simplement ce que racontent les flux qui irriguent la terre…

Peut-être parce que c’était la Saint Valentin, ces quatre puits là se racontaient des histoires de femmes...

Le premier puit qui parlait était un très vieux puit, ça s’entendait à sa voix. Il avait l’accent du point d’eau qui affleure à peine. Ici en Normandie, on dirait que c’est une grosse flaque ou une petite mare, mais dans son pays, il était un point essentiel, un lieu de vie dans le désert… Dans sa voix, on entendait les chameaux qui venaient boire, les tribus du désert qui s’assemblaient ; Et vous voulez savoir ce qu’il racontait ? Je vais vous le dire, il parlait d’un homme

«C’était la première fois que je le voyais, celui-là… Il avait dû faire un long voyage avec sa riche caravane. Pourtant, il parlait la langue d’ici et quand il est arrivé, il ne s’est pas précipité su mes eaux pour boire et pour faire boire ses chameaux. Non, il a attendu. Il a prié. Il cherchait une femme et il disait à son dieu « Celle à qui je demanderai à boire et qui non seulement me donnera à boire mais proposera de faire boire aussi mes chameaux, celle-là sera celle à qui je demanderai de partir avec moi pour épouser le fils de mon maître »
Et moi, je me disais : « tu peux attendre, mon bonhomme. Ici, on ne se met pas comme ça au service d’un étranger... Il y a des règles et des priorités… »
Et voilà que Rebecca est arrivée, la fille de Bethuel, la sœur de Laban. Dans d’autres pays, on dirait que c’est une princesse. Eh bien, à peine le vieil étranger lui a-t-il donné à boire qu’elle lui a donné de l’eau et que de sa propre main, elle a aussi fait boire ses chameaux.
Je n’ai plus revu Rebecca, par le réseau des eaux souterraines, j’ai appris qu’elle avait épousé Isaac, le fils du maître de l’étranger. Ailleurs, on dirait que c’est un prince. Mais ce qui compte, c’est qu’elle est partie avec celui qui avait su voir sa bonté.

Alors, le deuxième puit a pris la parole. Sa voix était un peu plus jeune que celle du premier. Pas beaucoup plus jeune mais un peu et on le devinait plus sophistiqué. Dans sa voix, on entendait le travail humain. Il avait l’écho des troupeaux de chèvres et de mouton, l’intonation des appels des bergers. Et voilà l’histoire qu’il a racontée

Ce matin-là, quand Rachel est arrivée, j’ai tout de suite senti sa surprise. Il faut dire qu’à côté de moi, en train de parler aux bergers de son père, Laban, il y avait un homme qu’elle n’avait jamais vu…
Et lui, dès qu’il a vu Rachel arriver avec ses troupeaux, il a pris les choses en mains, sans attendre qu’on lui demande quoi que ce soit, il a roulé la pierre qui me recouvrait pour que les bêtes puisse boire. Eh bien, je vous assure que le soleil qui était déjà haut dans le ciel brillait moins que le regard de ces deux-là quand ils se sont rencontrés.
Rachel a fini par épouser cet homme et , longtemps après, je ne l’ai plus vue. Elle était partie avec son mari, ce Jacob qui avait su se mettre à son service et lui donner le travail de ses bras.

Le troisième puit avait un fort accent étranger, sa voix bondissait comme un torrent sauvage et brutal, comme si ses eaux rêvaient de liberté. Et même son histoire commençait dans la violence…

La dispute avait éclaté entre les filles de Jethro, le prêtre et des bergers. Comme souvent, c’était une question de priorité, de qui boirait le premier. Il faut dire que je suis le seul point d’eau par ici… La dispute est devenue de plus en plus dure et les filles de Jethro ont bien senti que les choses allaient mal tourner. Prudemment, l’ainée, Sephora, a fait signe à ses sœurs de battre en retraite, de céder la place. Vu le ton des bergers, c’était peut-être déjà trop tard pour éviter que ça dégénère.
Mais à ce moment, un homme est arrivé de nulle part, il s’est interposé entre les bergers et Sephora et ses sœurs et il a ordonné aux bergers de laisser les femmes puiser de l’eau. Son vêtement était celui d’un étranger. Sa voix était celle d’un homme habitué à donner des ordres. Sa carrure et sa posture montraient qu’il n’avait pas peur de se battre et les bergers ont reculé…
Quelque temps après, je n’ai plus vu Sephora. Vous devinez pourquoi ? Eh oui, elle avait épousé ce Moïse, elle était partie avec l’homme qui l’avait défendue…

La voix du quatrième puits était plus familière. C’était un puits de village. Peut-être pas exactement comme ceux que l’on voit par ici. Mais dans son accent, on entendait les bavardages des femmes qui venaient chercher de l’eau, les rires et les jeux des enfants qui couraient autour. Et voilà l’histoire qu’il a raconté.

Ce jour-là, un groupe d’hommes était arrivé de la région voisine. Ils avaient fait une brêve halte et puis ils s’étaient séparés : tous étaient partis sauf un, qui s’était assis pour se reposer…
C’est alors qu’elle est arrivée. Elle, je n’ai jamais su son nom, c’était une femme du village. Elle venait souvent mais toujours seule, jamais avec les autres. Oh je devinais bien pourquoi. Elle devait sûrement avoir très mauvaise réputation, mener le genre de vie que les autres condamne.
Quand elle est arrivée, le voyageur lui a demandé à boire ; elle était toute surprise. Et il a ajouté « mais tu sais, c’est toi qui devrait me demander à boire ». Alors un dialogue insensé a commencé, un de ces dialogues dont les humains ont le secret : où personne ne parle de la même chose. Mais le plus fou, c’est que ce dialogue a abouti a une rencontre. Et finalement, elle est partie en courant.
Et devinez quoi ?
Eh bien non, elle n’a pas épousé le voyageur. Non, elle n’est pas partie avec lui. En fait, je l’ai revue souvent. Elle a continué à venir puise de l’eau du puits. Mais elle avait changé, elle n’avait plus peur. Elle n’avait plus honte. Quelqu’un avait posé sur elle un regard sans jugement.
Elle, je ne sais toujours pas son nom. Mais par le réseau, j’ai appris le nom de cet homme qui avait su voir sa soif d’exister aux yeux des autres, sa soif de ne plus être jugée. Cet homme, il s’appelait Jésus.
Et finalement, ce Jésus, c’est peut-être un des nôtres, une sorte de puits : une source de vie, un lieu de rencontre.
Amen

D'après Genèse 24, Genèse 28, Exode 2 et Jean 4

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