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Achetez-vous des amis

30 Septembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #argent, #Mammon, #gérant habile, #gérant malhonnête

Achetez-vous des amis

Prédication du dimanche 18 septembre 2016

Luc 16, 1 à 13

Amos 8, 4 à 8

La parabole du gérant malhonnête figure rarement parmi celle qu’on étudie au caté ou à l’école biblique, elle est un peu trop surprenante, embarrassante, voire choquante…

Déjà, Jésus nous raconte l’histoire d’un filou qui, sur le point de perdre son emploi, se dit que puisque travailler c’est trop dur et que d’mander la charité, c’est quelque chose qu’il ne peut pas faire, décide de se faire un réseau d’amis. Et pour se faire des amis, il décide de profiter de sa place d’intendant, pendant qu’il l’a encore, pour diminuer la dette des débiteurs de son maître, histoire de se faire bien voir de ceux-ci. Aujourd’hui, on parlerait bien de se constituer un réseau.

De plus, voilà que l’employeur de ce filou au lieu de porter plainte, le félicite pour son habileté.

Et si tout cela ne suffisait pas, voilà que Jésus lui-même nous invite à agir comme ce filou d’intendant.

Euh… Si on revenait plutôt à des histoires de semeur ou de moutons….

Non ? Bon alors, quel sens symbolique allons-nous bien pouvoir trouver à tout ceci ?

Eh bien aucun. La parabole du semeur ne parle pas d’agriculture, celle de la brebis perdue n’est pas un cours d’élevage mais la suite du texte nous montre bien qu’avec la parabole de l’intendant malhonnête, Jésus nous parle bien de notre rapport à l’argent.

Jésus nous décrit le monde des affaires, le monde de l’argent. Et franchement, l’attitude de l’intendant qui décide de se ménager un réseau d’amis avec un argent qui n’est pas le sien, vous paraît-elle si incroyable ? Si oui, je ne sais pas très bien si je dois vous conseiller de lire un peu plus les journaux ou de vous épargner en continuant à ne pas les lire…

Tout au plus pourrait-on s’étonner que l’intendant trouve si avilissant de mendier alors que ce qu’il se propose de faire est une mendicité aggravée de vol… Mais il est bien évident que pour l’intendant, ce qui est avilissant, c’est de s’asseoir par terre et de tendre la main, pas de vivre aux crochets de ses « amis »… Ce genre de distinguo est assez fréquent, en fait. Certains escrocs sont très choqués d’être mis au même rang que les voleurs de grands chemins, et parfois, les gens sont surpris quand on leur rappelle qu’en terme de coût, frauder sur sa déclaration fiscale n’est pas si éloigné de balancer un pavé dans un arrêt de bus…

L’attitude du patron de l’intendant est déjà plus surprenante. En effet, lui qui était prêt à virer son intendant sur une simple accusation d’incompétence, on pouvait s’attendre à ce qu’il porte plainte en découvrant qu’on l’avait volé. Mais le voilà qui félicite son intendant (l’histoire ne dit pas si, finalement, il le garde ou pas). L’attitude du maître, est sans doute l’élément à surprise de la parabole.
Mais passé la première surprise, nous pouvons nous demander un peu si l’attitude du maître qui célèbre l’intelligence, l’habileté derrière la combine est si détonante que cela ?

Comment pourrions nous être choqué de la louange de ce maître pour un escroc alors qu’un de nos héros populaire est un gentleman cambrioleur ?

Et surtout, sommes-nous vraiment surpris que dans le monde des affaires, la ruse et l’ingéniosité soient des vertus supérieures à l’honnêteté ? Il me semble que sans même avoir recours à Arsène Lupin, aux Pieds-Nickelés, à la fiction, nous comptons parmi nos personnages populaires un certain nombre de roublard dont nous louons la roublardise…

Bref, je crois qu’en fait dans cette parabole, Jésus nous dépeint le même monde que celui que nous dépeint Amos avec ses marchands qui attendent avec impatience la fin des festivités religieuses pour pouvoir recommencer à faire des affaires et surtout à escroquer les plus pauvres.

Seulement, Amos dépeint des individus, et il y a un double risque. Tout d’abord, le risque de se dire que ce ne sont que quelques pommes pourries et que tout le monde n’agit pas ainsi et de neutraliser le questionnement. Et puis le risque exactement inverse, celui d’établir une généralisation : tous les marchands sont comme ça, ce sont eux l’ennemi.

Avec la parabole du gérant malhonnête, Jésus nous invite à ne pas regarder es individus mais un système, il nous fait la juste peinture d’un monde où la capacité de s’en sortir est plus admirable que l’honnêteté. J’ai rencontré dans une de mes lectures récentes une autre peinture de ce système. Je vous la livre

Dans Les raisins de la colère, voici comment Steinbeck décrit les représentants des propriétaires qui chassent leurs métayers de leur terre.

« Certains représentants étaient compatissants parce qu’ils s’en voulaient de ce qu’ils allaient faire, d’autres étaient furieux parce qu’ils n’aimaient pas être cruels, et d’autres étaient durs parce qu’il y avait longtemps qu’ils avaient compris qu’on ne peut pas être propriétaire sans être dur. Et tous étaient pris dans quelque chose qui les dépassait. Il y en avait qui haïssaient les mathématiques qui les poussaient à agir ainsi ; certains avaient peur, et d’autres vénéraient les mathématiques qui leur offraient un refuge contre leurs pensées et leurs sentiments. Si c’était une banque ou une compagnie foncière qui possédait la terre, le représentant disait : « La banque ou la compagnie… a besoin… veut … insiste … exige… « comme si la banque ou la compagnie étaient des monstres doués de pensée et de sentiment qui les avaient eux-mêmes subjugués. Ceux-là se défendaient de prendre des responsabilité pour les banques et les compagnies parce qu’ils étaient des hommes et des esclaves, tandis que les banques étaient à la fois des machines et des maîtres. Il y avait des agents qui ressentaient quelque fierté d’être les esclaves de maîtres si froids et puissants (…) [les agents expliquaient] une banque ou une compagnie n’est pas une créature qui respire de l’air, qui mange de la viande. Elles respirent des bénéfices ; elles mangent l’intérêt de l’argent. Si elles n’en ont pas, elles meurent, tout comme vous mourriez sans air, sans viande. C’est très triste, mais c’est comme ça. On y peut rien. (…) La banque… le monstre a besoin de bénéfice constant. Il ne peut pas attendre. Il mourrait. Quand le monstre arrête de grossir, il meurt. Il ne peut pas s’arrêter et rester où il est »

Ce monstre que dépeint Steinbeck, qui doit grossir sans cesse, ce monstre qui transforme les hommes en esclaves, ce monstre aux yeux duquel la capacité à s’enrichir devient la seule vertu, c’est bien celui que Jésus nomme Mammon et nous ne pouvons que reconnaître que nous vivons tous sous son emprise. Nous travaillons pour lui, nous améliorons notre confort en le nourrissant… Et tout cela pourrait bien paraître tout à fait désespérant.

Mais Jésus ouvre aussi une issue, et qui plus est une issue concrète, une issue à notre portée. C’est ainsi que je comprends cette instruction si choquante : « faites-vous des amis avec l’argent trompeur ».

En effet, je ne crois pas que Jésus nous invite à nous acheter des amis, des intercesseurs pour l’au-delà. Je crois qu’il nous invite à entrer dès à présent dans la vie éternelle en nous mettant au service de Dieu et donc des autres.

D’ailleurs, il est évident à travers tous les évangiles que les amis qui peuvent nous recevoir dans les demeures éternelles ne sont pas les plus riches, les plus puissants que nous, ce sont au contraire les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles.

En revanche, si le gérant malhonnête nous est donné en exemple, c’est parce qu’il appauvrit son maître non pas en se servant lui-même dans la caisse mais en réduisant la dette d’autrui (et donc en enrichissant ceux-ci), Jésus nous invite à appauvrir Mammon, à affaiblir la bête en utilisant l’argent non pas pour nous même, mais pour autrui. Et je crois qu’en effet la générosité, la solidarité nuisent à notre grand système économique (en tout cas, je vous invite à avoir cette idée en tête à chaque fois que vous entendrez les attaques portées contre les attitudes de générosité, de solidarité, d’aide des plus démunis. A chaque fois que nous entendons dénoncer l’assistanat, posons nous cette simple question : « mais à qui nuit véritablement cet assistanat, à qui profite réellement notre individualisme forcené ? »)

Bien sûr, notre seule véritable libération nous vient de Jésus. Mais Jésus nous invite à poser des maintenant les gestes des libres enfants de Dieu : servir Dieu plutôt que Mammon, c’est servir les autres avant nous-même.

Alors, frères et sœurs, n’ayons pas peur de poser des gestes de générosités nuisible au système. Il est temps pour nous de haïr Mammon, de rejeter ce monstre qui nous dévore, de nous révolter contre le maître qui nous écrase pour nous mettre au service du maître qui nous fait vivre.

Que cette révolte spirituelle s’incarne dans des gestes concrets. Non pas des gestes de violence et de désespoir mais dans chaque geste de générosité et de service du plus petit.

Amen

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Ressuscitons les morts !

5 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #résurrection, #envoi, #prédication

Ressuscitons les morts !

Prédication du dimanche 5 juin 2016

I Rois 17, 17à 24Luc 7, 11-17

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn, et alors ?

Je sais que cela peut paraître un peu choquant comme question, voire assez inhumain. Comment puis-je oublier la joie de cette malheureuse veuve voyant son fils revenir à la vie. Bon.

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn. Quelle joie, quel bonheur pour elle !!!! Et alors ?Combien de veuves ont pleuré et pleurent encore leurs fils uniques et n’ont pas eu la chance que Jésus ou Elie passent par là ?

Vous voyez que si on la prend sur un niveau psychologique, cette résurrection du fils de la veuve de Naïn prend un goût terriblement amer voire douloureux… Combien d’hommes et de femmes pleurent des êtres qui leurs sont chers sans voir les disparu s revenir à la vie ?

Ah mais justement ! Les résurrections des fils des veuves de Naïn et de Sarepta nous assurent que Dieu est plus fort que la mort et qu’une résurrection est promise.

Pourtant, Paul l’affirme, l’assurance que Dieu est un dieu de vie, qu’il est plus fort que la mort, la promesse de la résurrection, tout cela est contenu dans la résurrection de Jésus Christ. Alors qu’est-ce que la résurrection du fils de la veuve de Naïn ajoute à Pâques ? Celui qui douterait de la promesse contenue en la résurrection de Jésus serait-il plus convaincu par le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïn ? Cela me paraît peu vraisemblable…

En fait, les résurrections du fils de la veuve de Sarepta et de celui de la veuve de Naïn ont la même conséquence : écoutez

La femme dit à Elie : Je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité. » (I Rois 17, 24)

Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Cette parole sur Jésus se répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour. (Luc 7, 16-17)

Dans les deux cas, il s’agit finalement moins d’affirmer la puissance de Dieu que de poser l’authenticité du témoin.Donc ressusciter le fils de la veuve, cela devrait être notre signature, à nous, qui sommes appelés à être témoins de Dieu !Seulement… Seulement voilà, nous ne ressuscitons pas les morts !

Vraiment pas ? En sommes-nous si sûrs ? Devons-nous nous lamenter une fois de plus sur notre faiblesse humaine et sur notre incapacité à témoigner de la Parole et de la présence de Dieu ?

Nous ne ressuscitons pas les morts… Mais qu’est-ce que ces textes nous disent sur ressusciter les morts ?

Elie invoqua l’Eternel, et dit: Eternel, mon Dieu, est-ce que tu affligerais, au point de faire mourir son fils, même cette veuve chez qui j’ai été reçu comme un hôte ? I Rois 17

En la voyant le Seigneur fut pris aux tripes pour elle Luc 7

Elie s’inclut dans son intercession pour la veuve, ce n’est pas juste elle qu’il présente à Dieu et Jésus est ému aux entrailles. Ressusciter les morts, c’est d’abord être pris de compassion. La compassion va bien au delà de la pitiè. Compatir c’est souffrir avec, c’est faire sienne la souffrance de celui ou de celle qui pleure, la porter dans sa propre chair. Nous sommes émus par la souffrance de nos frères et de nos sœurs mais la faisons-nous vraiment nôtre, au point qu’elle nous soit insupportable ?

Elie s’étendit trois fois sur l’enfant I Rois 17

Jésus s’avança et toucha le cercueil Luc 7

Ces deux précisions sont du même ordre : dans le judaïsme, il convient de s’abstenir du contact avec un cadavre sous peine d’être soi-même souillé. Ressusciter les morts, c’est entrer en contact avec la mort, avec la souffrance. C’est refuser de rester dans sa tour d’ivoire et aller là où ça fait mal.

Cela veut dire bien sûr, aller sur le terrain, d’abord, dans la réalité de ceux qui souffrent.

Cela peut vouloir dire aussi reconnaître notre propre lien avec la mort, avec ce qui détruit. Cela va bien plus loin que juste se dire que nous ne sommes pas parfaits, c’est se rappeler que la pureté que nous prétendons garder, la sécurité que nous voulons maintenir ne sont qu’illusoires : qu’elles ne sont qu’un faux prétexte pour nous tenir à l’écart de la souffrance.

Elie prit l’enfant et le donna à sa mère. I Rois 17

Jésus le rendit à sa mère Luc 7

Ressusciter les morts, c’est rétablir les liens rompus. Et donc c’est faire œuvre de réconciliation, de pardon.

La résurrection des morts, nous parait hors d’atteinte ? Soit ! Mais qu’en est-il de rétablir des liens ? Qu’en est-il de la réconciliation et du pardon ? Combien de liens avons-nous rétablis avec nos sœurs et nos frères, entre nos sœurs et nos frères ? De combien de réconciliations avons-nous été les artisans ? Le nombre sera-t-il un peu plus élevé que celui des morts que nous avons ressuscités ?

Ou bien notre foi nous pousse-t-elle plus à faire de la maçonnerie que du macramé , à dresser des murs plutôt qu'à nouer les humains entre eux ?

Je n’oublie pas les deux points communs les plus évidents : dans les deux cas, une veuve a perdu son fils unique, un avenir a été coupé. Ressusciter les morts, c’est permettre de repartir, c’est faire sortir de l’impasse. C’est ouvrir des chemins nouveaux, même improbables…Ressusciter les morts, c’est aussi refuser la fatalité. Peut-être que la fatalité de la mort nous dépasse. Mais vraiment refuser la fatalité de la vengeance, dire non à la peur, dire non à l’oppression et à l’injustice, est ce hors de portée pour nous ?

Nous avons survolés les principaux points communs entre ces deux résurrections, je voudrais que nous repérions aussi les deux différences. Puisque Jésus copie ouvertement sur Elie, voyons ce qu'il apporte de plus à cette résurrection du fils de la veuve.

Tout d’abord, Luc précise que « le mort s’assit et se mit à parler ». Ressusciter les morts à la manière de Jésus c’est donc rendre la parole.

Non pas seulement parler, non pas seulement laisser parler, surtout pas ouvrir le débat dont sortirait vainqueur le meilleur orateur mais vraiment donner la parole, permettre à chacun de dire ce que, lui, ressent.

Et finalement, donner la parole, c’est peut être bien une manière de poser tous ces gestes de résurrection évoqués.

Ne pas parler pour ceux qui souffrent mais vraiment leur donner la parole n’est ce pas entrer dans une véritable compassion ? N’est-ce pas oser entrer en contact avec la souffrance, avec le mal, avec la mort (ce qu’ils diront n’est sans doute pas ce que nous voulons entendre)

Donner la parole à ceux qui sont fâchés, n’est-ce pas la voie principale de la réconciliation ? Donner la parole aux victimes et aux bourreaux, c’est la voie qu’à choisit l’Afrique du Sud après l’abolition de l’Apartheid.

Oui, si notre Eglise ne peut pas ressusciter les morts, elle pourrait être une Eglise qui donne la parole. Non pas une Eglise muette ou effacée, mais une Eglise dont le témoignage actif de Jésus Christ serait de donner la parole aux muets.

Une Eglise qui donne la parole au lieu de parler ou de laisser parler, ce serait peut-être encore plus inattendu qu’une résurrection…

A qui donner la parole ? Eh bien, alors qu’Elie ressuscitait le fils de sa logeuse, d’une veuve qui l’ « avait accueilli » chez elle, Jésus, lui, ressuscite un mort inconnu, le fils d’une femme rencontrée au hasard du chemin.

Nous sommes appelés à poser des gestes de résurrection, à rendre la parole non seulement à celles et ceux de nos cercles ou de notre foi, pas seulement pour celles et ceux qui nous sont sympathiques, mais bien pour tous ceux que nous rencontrons sur nos chemins.

Frères et sœursJe vous invite à la prière

Ô Dieu

Nous te reconnaissons comme Seigneur de la vie

Donne-nous la force de poser les gestes de résurrection

Que tu attends de nous.

Ouvre nos cœurs à la véritable compassion

Donne-nous l’audace de nous frotter à la souffrance et à la mort

Et d’affronter nos propres blessures et notre propre mort

Inspire nous des paroles et des actes de réconciliation

Donne-nous d’être comme Jésus Christ,

De ceux qui ouvrent la bouche des muets

De ceux qui délivrent la parole

Amen

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Les instances

12 Mai 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #synode, #Eglise, #Réunion de Jérusalem, #Concile de Jérusalem

Les instances

Prédication du dimanche 1er mai 2016

Vendredi, le nouveau Conseil Presbytéral de notre paroisse se réunissait pour la première fois, jeudi prochain, commencera le synode national de l’Église Protestante Unie de France.

Conseil presbytéral, synode, ce sont des mots qui, au mieux, nous semblent un peu loin, et au pire nous font un peu peur. Ils résonnent de manière froide, institutionnelle, hiérarchique.

En tout cas, si l’on vient au culte, ce n’est pas pour entendre parler des INSTANCES qui gouvernent notre Eglise, on vient pour élever nos âmes, on vient pour prier, pour chanter, pour entendre la Parole et la méditer.

Alors, oublions les INSTANCES et entendons la Parole

Actes 15, 1 à 12

Au point de départ de ce concile, ou de ce synode, une question très pratique : faut-il imposer la circoncision aux païens qui se tournent vers Jésus Christ. Ceux qui ont assisté au culte célébré par les jeunes, hier, ont entendu la même question : pour témoigner de notre foi aujourd’hui, pouvons-nous rester dans notre quant à soi, dans nos langages et dans nos rites ? et jusqu’où pouvons-nous évoluer sans perdre notre identité ?

Pour répondre à cette question, les premiers chrétiens n’ont pas voulu répondre chacun de son côté, ils ont fait appel à une « INSTANCE ». Il est intéressant de remarquer que cette instance, ce ne sont pas les 12 que Jésus a appelés : Jacques, qui prend la parole n’est pas Jacques, frère de Jean, mais bien Jacques, frère de Jésus, qui ne faisait pas partie des Douze et a pourtant été considéré comme une colonne de l’Eglise. Plutôt que ceux qui ont été établis par Jésus, les anciens de Jérusalem semblent être ceux qui ont connu Jésus avant sa crucifixion…. Aujourd’hui, ceux qui ont connu Jésus avant sa crucifixion sont moins nombreux, alors, nous avons trouvé d’autres modes de désignation de ces instances… (le silence de la Bible sur la manière exacte dont ces instances ont été désignées, laisse pas mal de marge de manœuvre aux Églises, du reste)

Mais ce matin, je voudrai que nous nous penchions particulièrement non pas sur les INSTANCES qui ont répondu à cette question, ni même sur la réponse qu’elles ont donné mais sur ce que Luc nous dit de la manière dont elles ont répondu.

Tout d’abord, ce que nous pouvons voir, c’est que ce recours aux instances n’interrompt pas la mission de l’Eglise, l’évangélisation : tout au long de leur parcours, Paul et Barnabas continuent à annoncer la Bonne Nouvelle.

Ensuite, Luc nous indique quels sont les trois ressorts de cette décision : le témoignage, l’Écriture et l’humanité, beaucoup d’humanité.

D’abord, les anciens de Jérusalem prennent leur décision les yeux grands ouverts sur le monde : ils écoutent le témoignage de Pierre, de Paul et de Barnabas, ils prêtent attention à ce phénomène nouveau : des païens ont soif de Dieu et se tournent vers Jésus Christ. Les instances observent ce monde plus vaste que celui qu’ils connaissaient, ils veulent y discerner l’action de l’Esprit de Dieu. C’est d’abord le témoignage, le vécu des Eglises qu’entendent les anciens.

Ensuite, il y a l’Écriture… Jacques, en effet cite Amos. Réécoutons la citation …

Je sais que parfois, il semble que les pasteurs, les théologiens tordent un peu les textes pour leur faire dire des choses. Mais, en entendant ce passage d’Amos, j’avoue avoir eu un peu de mal à comprendre la conclusion que Jacques en tire : à savoir « n’imposons pas la circoncision aux frères d’origine païennes. »

Et puis, je me suis rappelé que pour Jacques, il existe une question que nous ne nous posons plus du tout… Cette question, c’est est-il bon que des païens, des non-juifs se tournent vers Jésus ? Nous, dès que quelqu’un fait mine de s’intéresser juste un brin à l’Évangile, nous nous écrions « Alleluïa !!!! » Mais ce n’est pas du tout évident pour les premiers chrétiens et ce que va chercher Jacques dans les textes, c’est une réponse à cette question : « les non-juifs peuvent ils se tourner vers Jésus, le Messie d’Israël ! Ensuite quand il découvre dans les textes que les nations sont appelées à se tourner vers Dieu, son attitude est logique : ne dressons surtout pas trop d’obstacle… Les Écritures ne sont pas évoquées pour défendre un statut quo, elle sont citées pour vérifier que l’on peut bousculer des habitudes, que l’on peut ouvrir des frontières. Les Écritures ne sont pas posées comme une muraille derrière laquelle on se réfugie mais comme un filet de sécurité, le seul acceptable, pour se lancer dans l’inconnu…

Enfin, dans cette décision, il y a surtout de l’humain. Pas de l’humanisme, mais de la pâte humaine et Luc ne l’oublie jamais. Il nous le dit bien, avant d’être une question de témoignage, avant d’être une lecture des Écritures, la question de la circoncision est une question d’humains, d’origine. Des frères d’origine païenne arrivent dans l’Église et des frères d’origine juive voudraient leur imposer la circoncision. Paul, dans son humanité, justement, a vite fait de coller des étiquettes : « faux frères », mais Luc résiste a cette tentation, il n’y a pas pour lui les méchants conservateurs contre les gentils progressistes, les esclaves de l’erreur contre ceux que la liberté libère. Il y a des frères et des sœurs qui ont une origine, mais aussi une histoire : il leur est arrivé des choses, ils ont fait des rencontres et qui à cause de cette origine, de cette histoire, prennent des orientations, font des choix. Eh oui ! dans l’Église, nos choix, nos orientations ne viennent pas seulement du témoignage de l’Esprit Saint ou de la lecture de la Bible, mais, et peut-être d’abord, de notre origine, des évènements qui nous ont marqués, bref de notre histoire. Et ce texte nous montre bien que cet état de fait n’est pas une perversion, une déchéance de notre Eglise, sur ce point précis, l’Eglise est bien telle qu’elle était à l’origine, telle que Dieu nous l’a donnée.

La phrase qui résume le mieux cela c’est ce : « il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-même » qu’ose Jacques et qui nous paraît parfois si prétentieux, que nous n’oserions plus aujourd’hui… Et pourtant, c’est peut-être la phrase la plus honnête dans nos choix d’Eglise.

Vaudrait-il mieux dire « Il nous a paru bon » ? et croire que ce qui compte dans l’Église, c’est notre analyse, notre choix, notre raisonnement, bref nous-même ? Quelle orgueilleuse modestie que celle qui nous pousserait à écarter l’Esprit de la conduite de notre Église ?

Ou pire, devrions nous dire « Il a paru bon à l’Esprit Saint » ? Et oublier que lorsque je parle ce n’est pas toujours l’Esprit Saint qui parle ?

Je crois vraiment qu’a chaque décision, chaque orientation, nous devrions dire « il a paru bon au Saint Esprit et à nous-même » : au saint Esprit parce que tout ne vient pas de nous, parce que nous recevons un souffle d’ailleurs. Et à nous même parce que, c’est aussi et toujours un « nous », ou « moi », qui s’exprime, qui pose dans les questions de toute l’Eglise, tout le poids de notre bagage, de notre histoire.

Et c’est bien, ou en tout cas, c’est comme ça que Dieu veut son Eglise.

Alors n’ayons pas trop honte de notre humanité quand nous servons l’Église, ne soyons pas trop complexés d’y arriver avec notre passé, nos convictions propres… Ne nous désespérons pas trop, ne nous agaçons pas trop de l’histoire, du passé, de l’humanité de celles et ceux qui nous sont donné comme Eglise, comme frères et sœurs et même comme INSTANCE….

Et surtout prions, prions pour nos conseils presbytéraux, régionaux, national, prions pour nos synode, prions pour tous ces frères et ces sœurs qui constituent notre Eglise, prions pour que l’Esprit, souffle du Dieu vivant vienne éclairer tous ces « nous-mêmes »

Amen

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Au prix du mouton

7 Décembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Luc, #Brebis perdue, #bergers

Au prix du mouton

Prédication du 6 décembre 2015

Luc 2, 8 à 20

Un enfant est né, bergers

Réveillez vos bêtes …

Vous connaissez le cantique, vous avez déjà vu des crèches avec ces bergers qui arrivent avec leurs troupeaux… Eh bien, je vais vous dire un secret

Ça ne s’est pas du tout passé comme ça. En fait après avoir vu les anges, les bergers étaient bouleversés, stupéfaits… Et puis surtout, ils étaient pressés de voir cet enfant dont le Ciel annonçait la naissance, de voir ce bébé sauveur de l’humanité et du coup, ils sont partis en vitesse et… ils ont laissé leur troupeau derrière eux. Ils se sont dépêchés, dépêchés vers Bethlehem, ils ont cherché l’endroit indiqué, ils ont trouvé l’étable, le bébé dans sa mangeoire, ils ont raconté tout ce qu’ils avaient vu aux parents du bébé et puis ils sont retournés à leurs troupeaux en se réjouissant et en célébrant Dieu…

Et Marie s’est souvenue de cette visite des bergers, et quelques années plus tard, elle racontait à son fils :

« Tu vois, mon fils, la nuit où tu es né, dans cet étable où nous avions trouvé refuge, nous avons vu entrer des inconnus, ils étaient pauvrement habillés et leurs yeux brillaient mais brillaient…

Oh, nous avons eu un peu peur, ton père et moi, mais ils nous ont vite rassurés. « Nous sommes des bergers, nous gardions nos bêtes pas très loin et des anges nous sont apparus, et ils nous ont dit qu’ici dans cet étable, dans cette mangeoire nous trouverions le sauveur, le Christ. Alors on est venu voir.. Et tout est vrai ! »

Et tu sais mon fils, la flamme qui brillait dans leurs yeux, c’était de la joie, c’était de l’espoir, c’était beaucoup, beaucoup d’amour… C’était la flamme qui brille dans les yeux de l’homme qui a enfin trouvé ce qu’il cherchait depuis longtemps… »

Et Jésus s’est souvenu de cette histoire, et plus tard, il a raconté une histoire de berger, une histoire de berger qui laisse son troupeau pour chercher quelque chose et qui finit par le trouver et qui se réjouit…

Cette histoire, je vous la lis maintenant

Luc 15, 4 à 7

Ah oui, l’histoire est un peu différente, ici ce n’est pas un enfant annoncé par les anges que le berger cherche, c’est une brebis qui s’est perdue…

Pourquoi, comment s’est-elle perdue ?

Oh, il peut y avoir beaucoup de raisons.

Peut-être n’avait-elle pas envie de suivre le troupeau, elle voulait décider toute seule de là où elle irait, personne pour lui dire de prendre à gauche ou à droite, ah mais !

Et puis, quand la nuit tombe, qu’il fait noir, que les loups rodent qu’on ne sait plus du tout où aller, on se sent tout à fait perdu

Peut-être sans aucune mauvaise volonté, s’était-elle laissée distraire : une jeune pousse appétissante par-là, plus loin quelques baies sur un buisson par ci et puis d’un seul coup de tentation en distraction, on ne sait plus où on est, et le troupeau est trop loin pour qu’on l’entende…

Peut-être, traînait-elle simplement la patte et le troupeau était allé trop vite pour elle…

Peut-être même avait-elle été mise à l’écart par le troupeau voire par un chien de berger mal dressé…

Il y a tellement d’occasion de se perdre pour une brebis, il y a tellement de raison de se perdre pour nous…

Mais qu’importent les raisons pour lesquelles nous nous perdons.

Ce qui compte dans l’histoire de Jésus, c’est que cette brebis perdue, elle est infiniment précieuse pour le berger…

Oui, frères et sœurs, même quand je suis complètement perdu, le berger me cherche de toutes ses forces, de tout son cœur. Même quand je suis complètement perdu, je reste pour lui aussi précieux, aussi important que tout le reste du troupeau.

J’irai encore plus loin, même quand je suis complètement perdu, je reste aussi important, aux yeux de ce berger que ne l’était l’enfant annoncé par les anges aux yeux des bergers de Bethlehem.

Amen

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Une question de poids

24 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Marc, #gloire, #serviteur, #disciples, #douze

Une question de poids

Prédication du dimanche 18 octobre 2015

Marc 10, 32 à 45

La demande de Jacques et Jean à Jésus et la leçon que celui-ci en profite pour donner aux Douze m’évoquent trois points : une question gênante, un problème de poids et travailler plus pour gagner rien…

Mais d’abord une petite remarque préalable…

Dans la cuisine des 12

Peut-être est-ce à cause de ma participation à différentes instances de notre Eglise, mais ce qui m’a le plus frappé dans ce texte, ce n’est pas qu’il y ait eu des conflits de pouvoir au sein des Douze, c’est que Marc nous les montre avec autant de franchise. Il y a des chamailleries, des disputes, des discussions animées dans tous les lieux de l’Eglise que j’ai pu fréquenter, on assiste même parfois à des luttes de pouvoir et d’influence… Mais ces disputes ne sont que rarement présentes dans les comptes rendus et absolument jamais dans les échos publics. On ne va tout de même pas montrer ce visage-là de l’Eglise et puis les autres n’ont pas envie de voir ça. Ce qui est d’ailleurs vrai : on n’a pas envie de voir ça, et si l’envie existe, elle n’a certainement rien à voir avec Jésus Christ…

Mais Marc lui, nous fait assister en toute clarté aux pires moments des 12… Pas pour le plaisir des ragots mais plutôt parce que les 12, finalement c’est nous, et que la leçon que Jésus leur donne s’adresse à nous

Une question gênante

Et tout commence par une question de deux des douze…. Enfin quand je dis une question, tout commence par les circonvolutions de Jacques et Jean, fils de Zébédée… « Nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander » Certains y voient de l’aplomb… Moi ça me rappelle surtout l’époque où ma fille commençait ses demandes par « Je voudrais te demander quelque chose mais je sais que tu vas pas vouloir »… Et c’est vrai que généralement les précautions dont nous entourons une question sont inversement proportionnelles à la certitude que nous avons de la réponse… Du coup, j’imagine un peu Jacques et Jean en train de se pousser du coude « Vas-y, demande lui – non, vas-y toi –allez »

Vu ma patience proverbiale, je crois qu’à la place de Jésus j’aurais fini par leur dire « bon allez-y, crachez le morceau » Mais non, Jésus va reprendre leur formulation. « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »

Cela peut paraître redondant. Mais lorsque nous entendons Jacques et Jean demander « nous voudrions que tu fasses quelque chose pour nous », nous nous demandons ce qu’ils veulent. Mais quand nous entendons Jésus leur demander « que voulez-vous que je fasse pour vous », nous sommes poussés à nous demander « Et moi ? Moi, qu’est-ce que je veux que Jésus fasse pour moi ? » Ce n’est pas si simple comme question. Ça nous oblige à nous examiner nous-même, et finalement, nous comprenons mieux les circonvolutions des fils de Zébédée…

Vouloir avoir du poids

Alors que demandent Jacques et Jean : « Permets que nous soyons l’un a ta droite, l’autre à ta gauche, quand tu seras assis dans ta gloire ». Jésus vient d’annoncer son arrestation, sa souffrance et sa mort, on peut comprendre que face à ce tourbillon, Jacques et Jean souhaitent ne pas être emportés. On peut comprendre qu’ils veuillent participer à la gloire, c’est-à-dire, dans la pensée sémitique, avoir du poids.

D’ailleurs, on peut s’interroger sur ce qui ne va pas dans la demande de Jacques et Jean. D’abord ils ne demandent pas le pouvoir, ils ne demandent pas de régner… Et c’est vrai que tous ne rêvent pas de pouvoir ou de puissance dans l’Eglise mais qu’en revanche, tous nous voudrions avoir un peu de poids, un peu de reconnaissance. Alors, la demande de Jacques et Jean nous la comprenons bien, et elle nous semble assez bénigne : l’Eglise de Jésus Christ, l’Eglise du message de la grâce et de l’amour de Dieu ne devrait-elle pas être justement ce lieu où je peux avoir un peu de gloire, un peu de poids, un peu de reconnaissance ? En plus, Jacques et Jean savent que la gloire appartient à Jésus, ils ne la réclament même pas pour eux même ; ils veulent juste se tenir au plus près…

Alors qu’est ce qui ne va pas ? Pourquoi cette colère des dix autres ? pourquoi cette leçon donnée par Jésus

La colère des 10 autres ce n’est pas l’indignation des vertueux contre les deux pécheurs qui n’ont rien compris au message. Non la colère des dix autres c’est plutôt la fureur face à ces deux impudents qui osent revendiquer à voix haute un poste que je rêve d’avoir…

Et si j’en crois la réponse de Jésus, c’est bien là le cœur du problème : Jacques et Jean demandent du poids, de la reconnaissance pour eux et ne se soucient absolument pas du poids, de la reconnaissance, de la place accordée aux autres… Or finalement, la place que nous voulons occuper, la reconnaissance que nous réclamons, la gloire que nous demandons, nous finissons par les faire peser sur les autres… Les deux verbes que Jésus attribue aux prétendus pouvoirs de ce monde commencent avec le préfixe kata, qui indique un mouvement de haut en bas et ici clairement avec l’idée de peser sur… Et avec ces verbes, Jésus va montrer à Jacques et à Jean, aux dix autres et à nous-même que cette petite part de gloire que nous revendiquons, ce besoin de peser, relève en fait du même désir de domination que celui qui anime les grands de ce monde. Lorsque je veux peser plus, je veux peser sur…

Travailler plus pour gagner rien

Et Jésus va indiquer une voie nouvelle, une voie radicalement opposée à notre logique humaine. Faites-vous le serviteur de tous. Et pour que nous ne pensions pas à l’irremplaçable majordome, sans qui toute la maison s’effondre, ni à l’indispensable secrétaire sans qui personne ne peut rien faire, à toutes ces formes de services par lesquelles nous nous grandissons, nous nous rendons indispensables, Jésus va aller plus loin : « faites-vous l’esclave de tous ». Or l’esclave, c’est bien celui qui élève l’autre, qui donne du poids à l’autre sans considération pour sa propre élévation, pour sa propre gloire…

Et Jésus lui-même va se faire ce serviteur, cet esclave, lui qui va laver les pieds de ses disciples, lui qui va aller jusqu’à la croix pour des pécheurs. C’est sur ce chemin qu’il nous invite à le suivre.

Non pas pour gagner notre place. D’abord il prévient Jacques et Jean, « vous croyez pouvoir souffrir avec moi et en effet, cela va vous arriver mais les places ne vous seront pas garanties pour autant ». Et puis, puisque Dieu, en Jésus Christ, nous a tout donné, puisque par son amour, il nous a montré qu’à ses yeux, nous avons assez de poids pour qu’il se donne lui-même pour nous, que pourrait-il nous donner de plus ? Quel salaire pourrions-nous exiger d’un Dieu qui déjà nous a tout donné ?

Non, frères et sœurs, Jésus ici ne nous indique pas une loi à laquelle nous devons obéir, il nous montre ce qu’est concrètement cet amour dont nous sommes aimé, et auquel nous sommes appelés.

Nous prions

Seigneur

Nous voulons la gloire, nous voulons le poids

Et nous oublions le prix que nous avons à tes yeux

Le prix que tu as payé pour nous

Pardonne-nous.

Aide nous à renoncer

A la folle sagesse du monde

Donne-nous

D’être serviteur à ta suite

De donner du poids à nos frères et à nos sœurs

De leur montrer l’importance qu’ils ont

A tes yeux comme aux nôtres

Amen

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Les Douze

18 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Douze, #Apôtres, #prédication, #Eglise

Les Douze

Prédication du 18 octobre

Ordination de Marion

I Corinthiens 12, 27 à 31

Avant de lire le deuxième texte, je voudrais vous proposer un petit défi, pouvez-vous retrouver le nom des Douze ?

Luc 6, 12 à 16

J'ai eu la chance de travailler avec Marion sur l'appel et puisque tu as refusé de me proposer un texte mais que tu m'as donné l'autorisation de prendre une de ces listes de noms dont je suis friand, évoquer les Douze etait un peu l'occasion de poursuivre cette réflexion avec la question «Mais qui est appelé ?»

Tout d'abord, je voudrais que nous distinguions deux termes : les Douze et les apôtres. En fait, ces deux termes ne sont associés que trois fois dans la Bible, sinon le Nouveau Testament nous parle des Douzes et des apôtres comme de deux groupes distincts. Luc et Paul reconnaissent d’ailleurs des apôtres qui ne font pas partie des Douze. Pour faire simple, disons qu'apôtre désigne un service, une fonction, en Eglise, on dit un ministère alors que les Douze sont un groupe symbolique, si j’étais iconoclaste, je dirai un échantillon représentatif… En évoquant les Douze, ce n'est pas aux ministères que je pense, c'est à l'Église. D’une part parce que les évangélistes nous font régulièrement entrer dans ce cercle privé des Douze, ils nous en montrent l’arrière cuisine et les discours que Jésus leur adresse nous sont adressés…

D’autre part parce que leur nombre indique une volonté d'universalité, les contemporains de Jésus ne pouvaient pas rater le lien entre ces Douze et les douze tribus d'Israël. De notre côté, nous pouvons noter que les évangelistes n'essaient pas de placer un représentant de chaque tribu parmi les Douze (C'est dommage d'ailleurs, ca aurait fait 12 généalogies de plus...), au contraire, ils nous proposent un autre type d’universalité…

Enfin, quand je dis universalité… Commençons par ce qui fâche, parce que dans cette belle universalité, il y a quand même un gros manque : 12 bonshommes, que des gars… (On croirait la pastorale consistoriale avant que tu arrives, Marion)

C’est un des effets de l’incarnation, Jésus est venu à une époque précise, dans une culture donnée et s’il a bousculé des conventions, il en a aussi respecté d’autres… De toute façon, très rapidement, d’autres seront appelés disciples, d'autres seront appelés apôtre et parmi eux, des femmes… Bref, si en ces temps archaïques, le masculin l'emportait sur le féminin, mes soeurs voudront bien accepter de se reconnaître aussi dans ces Douze.

A part cette absence féminine, quelle diversité dans cette liste de noms. On y trouve des galiléens, reconnaissables à leur accent, et des judéens de l’intérieur (au moins un). A côté de noms bien israélites, on entend des noms grecs, Philippe, André (ceux-là serviront d’ailleurs d’intermédiaire avec les pèlerins grecs). Parmi ces Douze, que Jésus a appelé, des gens de culture grecque et même un péager, un collabo, côtoient un zélote, peut-être pas un révolutionnaire armé mais un pur et dur du tota et sola Israël. Parmi ces douze, on trouve des fratries, des fils de bonne famille (Alphée, vieille famille huguenote) et des gens sortis on ne sait pas d’où…

Restaurer Israël, annoncer le Royaume avec un groupe aussi hétéroclite, avec un tel ramassis, on pourrait se dire que c’était pas gagné d’avance… Et on aurait raison.

Dans une belle histoire édifiante ou dans un film hollywoodien, malgré toutes ces différences, les Douze auraient fini par faire une équipe soudée, luttant ensemble contre vents et marées. Dans un film hollywoodien…

Dans les évangiles, en revanche, ça ne se passe pas comme ça.

On connaît la fin, on connaît la tragédie de la crucifixion, Judas, l’un des douze trahit, Simon-Pierre renie, tous fuient…

Et, lorsque nous regardons le reste de l’histoire, ce n’est pas beaucoup plus reluisant…

Au fil des évangiles, nous voyons les disciples, et parmi eux les Douze, le plus souvent les Douze d’ailleurs, constamment ne rien comprendre, avoir sans cesse besoin d'explication, être toujours à côté de la plaque... Une vraie bande de bras cassés... On croirait la pastorale régionale ! (il faut vraiment que j'arrête de faire de mon cas une généralité)

Et encore s'il n'y avait que l'incompétence et l'incompréhension, mais nous allons voir les douze violents (« veux-tu que nous appelions le feu du ciel ? »), voire prompts à tirer l'épée. Nous allons les voir plein d'ambitions personnelles «permets que nous soyons l'un à ta droite et l'autre à ta gauche», nous allons les voir se chamailler dans des luttes de pouvoirs et d'influence «Qui est le plus grand ?» On croirait... Tiens, on croirait qui, au fait ?

Je ne vais pas finir ma phrase … Je crois qu'il nous appartient d'examiner les moments où nous faisons de l'Église le terrain de notre soif de pouvoir, de notre besoin de reconnaissance... On croirait nous, on croirait moi…

Finalement, bien loin d'un modèle, les Douze nous présentent un visage pas très reluisant de l'Église. Et le pire, c'est que c'est un visage dans lequel nous sommes bien obligés de nous reconnaître : en nous dépeignant les Douze, les évangiles nous tendent un miroir.

Cette présentation de l’Eglise paraîtra sans doute un peu déprimante, et pourtant, ce sont ces Douze là que Jésus appelle, ce sont ceux-là qu’il va envoyer… C’est cette Eglise que Jésus appelle, c’est cette Eglise que Jésus envoie.

Et ce n’est pas le plus incroyable : non seulement c’est cette équipe de bras cassés que Jésus appelle mais en plus, ils vont véritablement être le socle l’instrument de l’annonce de cette incroyable nouvelle de la résurrection.

Et ça va marcher.

Aujourd’hui, des Douze, de ces Douze qui voulaient tellement être les plus grands, nous ne savons presque rien, des noms et des surnoms, nous connaissons leurs fragilités, leurs errances mieux que leurs forces. Certains se dégagent un peu du lot, peut-être ceux qui parlent le plus fort ou le plus facilement, mais ce ne sont pas forcément leurs paroles les plus intelligentes qui sont parvenues jusqu'à nous, ce sont même souvent leurs bêtises (tiens, je devrais me noter ça quelque part, moi...)
Finalement, ces Douze avec toutes leurs ambitions et leurs dissensions n'ont pas éclipsé l'Evangile. C’est par eux et à travers eux que la Bonne Nouvelle nous est parvenue.

Voila peut être le plus grand prodige, c'est malgré l'Église et à travers l'Église que Dieu fait retentir l'Évangile. Et ce n’est pas grâce à la stabilité et au discernement d’une institution, ce n’est pas grâce au zèle de quelques valeureux résistants contre d'horribles hérétiques apostats, pas grâce à l’ouverture d’esprit de brillants intellectuels contre d'horribles fondamentalistes conservateurs. Non, ce qui fait que l’Eglise est le lieu de l’annonce de l’Evangile, c'est qu’à travers des hommes et des femmes, dans leurs faiblesses, dans leurs limites, dans leurs difficultés à s’entendre, Dieu a choisi de s'adresser à l'humanité.

Alors, toi, mon frère, ma sœur, non-chrétien qui t’étonne de cette Eglise si faillible, si humaine, regarde à ces Douze et dis toi que c’est là que tout a commencé, qu’avec eux, jamais l’Eglise n’a été autorisée à se croire supérieure au reste du monde

Et vous mes frères et sœurs en Christ quand nous désespérons de nous même, quand nous nous sentons trop petits, trop faibles, pas assez capables pour l'Église, regardons à ces Douze, pas plus grands que nous et qui ont été appelés comme nous avons été appelés.

Et quand, au contraire, nous désespérons de cette Église, tellement imparfaite, tellement mesquine parfois, tellement désespérément humaine, regardons à ces Douze, encore pires que nos pasteurs, que nos paroissiens, que nos collègues, les frères et les sœurs au côté desquel(le)s nous sommes appelés à travailler. Et reconnaissons que c’est là, l’Eglise que Dieu a suscité, et reconnaissons que sa faiblesse nous est une chance puisqu’ainsi nous y avons notre place…

Nous prions

Loué sois-tu Seigneur notre Dieu

Parce que c’est dans nos fragilités humaines

que tu fais retentir ta Parole

Garde nous de nos soifs de gloires

De nos volontés de puissance

Donne nous de reconnaître dans nos frères et sœurs

Cette Eglise que tu nous donnes.

Amen

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C'est mon droit !

4 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Marc, #Divorce, #Répudiation, #Loi

C'est mon droit !

Prédication du 4 octobre 2015

Genèse 2

Deutéronome 24 1 à 4

Marc 10, 2 à 16

Comme on aimerait l’esquiver ce texte… Comme on aimerait expliquer que le divorce et la répudiation, ce n’est pas tout à fait la même chose, que l’époque de Jésus n’est pas la nôtre… Mais soyons franc, cela n’est qu’esquive et dérobade, surtout que dans notre société, bon nombre de séparations sont de fait des répudiations et non des divorces (pensez au PACS, au couples libres…) Mais quand même, qu’est qu’on aimerait l’éviter ce texte qui nous semble tellement piégé…

D’ailleurs, nous avons raison, cette question est effectivement un piège. Les pharisiens veulent-ils mettre les connaissances de Jésus à l'épreuve ? Espèrent-t-il qu'il s'emmêlera dans cette question difficile ? Le texte n'est pas très clair sur la nature de ce piège mais C'est un piège. C'est d'ailleurs le même verbe que pour parler de la tentation de Jésus au désert.

Du coup, nous devrions nous interroger sur notre propre tendance à utiliser la Bible pour mettre l'autre à l'épreuve, pour voir comment il se dépatouillera de tel ou tel dilemme éthique. (peut-être même qu’ici, en entendant la lecture certains se sont demandé comment j’allais m’en sortir) Bien sûr, c'est sans doute un danger qui concerne plus les pasteurs qui paraissent adorer ce genre de joute à coup de citations bibliques, mais il est bon que chacun ici s'interroge, quand je cite la Bible est ce comme une lampe sur ma route, un éclairage pour ma vie ou bien, Est ce comme le projecteur que je braque dans les yeux de l'autre pour l'obliger à se révéler, pour le mettre à l'épreuve. ?

La question est un piège mais Jésus accepte d'entrer dans l'épreuve, dans le piège tendu par les pharisiens. Il ne s'en tire ni par un refus, ni par une pirouette. Comme lors de la Tentation, Jésus répond à l'Ecriture par l'Ecriture, à la loi citée par les pharisiens, il répond par un autre passage de la loi. En effet, la loi sur la répudiation et la création du monde appartiennent au même ensemble du corpus biblique, nous l'appelons le Pentateuque, les juifs l'appellent la Torah, la loi. Et à l'époque de Jésus, cette Torah était réputée avoir été écrite toute entière par Moïse. Bref, contrairement à ce qu'une lecture un peu rapide pourrait laisser croire, Jésus n'oppose pas la parole de Dieu à celle de Moïse, il met en tension deux passages de la révélation faite à Moïse.

Or, Jésus n’annule pas un passage par un autre, il n’explique pas que la prescription de Moïse est caduque, il ne supprime pas le droit de répudiation. Simplement, il explique ce droit, cette permission …

« Au commencement de la création, il n’en était pas ainsi… » Jésus rappelle le projet de Dieu. Ce projet, ce n’est pas un idéal à atteindre, c’est la vérité de l’humain, de l’homme, de la femme et du couple. La vérité de l’humain c’est d’être créé pour la vie, pour la fidélité, pour s’épanouir dans le couple, pour aimer les autres, pour servir Dieu. Voilà ce qu’est l’humain.

Hélas, inexplicablement cet humain est abimé, il ne fonctionne pas comme il devrait. Pas la peine de le ramener au magasin, c’est toute la série qui est défectueuse. Il y a un mot pour cela qu’on a malheureusement limité à la seule dimension morale, qu’on entend comme synonyme de faute morale: le péché. Je ne lance pas le débat ce matin de savoir s’il faut changer le mot ou l’expliciter d’avantage. J’indique juste qu’il faudrait déjà étendre la signification de faute, qui est à la fois le crime et l’erreur, et que ce registre de la faute est de toute manière insuffisante à définir le péché. En bref, le péché, c’est tout (faiblesse morale, intellectuelle, physique,..) tout ce qui fait que l’humain n’est pas ce qu’il devrait être.

En nous renvoyant au projet initial, Jésus nous explique la loi.

Tout d’abord, la loi n’est pas seulement ce qui juge et condamne, ce qui dénonce notre péché. La loi est aussi parfois ce qui permet, ce qui aménage un espace où nous pouvons être avec notre blessure, notre faiblesse, notre défaut, notre péché devant Dieu : « parce que vous êtes mauvais et endurcis de cœur, Moïse vous a permis de répudier vos femmes », parce que vous êtes enclins à la violence dès votre jeunesse, Noé vous a permis de consommer de la viande.

Cependant, habiter cet espace ne signifie certainement pas que nous n’ayons plus rien à nous reprocher, être en règle ne signifie pas être juste et bon. Et c’est bien là, la leçon que Jésus donne aux pharisiens. Il ne remet pas en question la loi de Moïse, il ne leur interdit pas de répudier leurs femmes, il leur interdit de se croire justes quand ils le font.

Et puis, Jésus va mettre les points sur les « i », il va, encore, radicaliser ses propos : Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l’adultère envers la première, et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’adultère.

Mais ses propos tellement durs, il ne va pas les tenir face à la foule ni face aux pharisiens, il les tient uniquement pour ses disciples… Pourquoi ?

  • Est-ce-que les disciples ont plus besoin que les pharisiens que Jésus leur explicite la portée de ce qu’il vient de dire. Cela pourrait s’envisager si le dialogue avec les pharisiens n’était pas public mais les foules sont là…
  • Pour entendre des paroles aussi fortes, il faut être pur entre les purs et seuls les disciples de Jésus, les vrais, peuvent le supporter. Jésus serait celui qui ajoute de la loi à la loi, de l’exigence à l’exigence et ses disciples seraient en fait de super-pharisiens.
  • Ou bien, au contraire, face aux pharisiens, obsédés de pureté, face aux foules, persuadées qu’il faut être juste pour se tenir devant Dieu, Jésus préfère ne pas aller jusqu’au bout. Mais devant ses disciples qui commencent peut être à comprendre que le pécheur peut trouver son pardon auprès de Dieu, Jésus peut dire la réalité de leur péché. Face à celui, à celle qui comprend l’amour de Dieu, qui sait quelle valeur a la brebis perdue à ses yeux, il est possible de nommer le péché.

Oui, si le terme d’adultère est mortel pour le ceux qui sont prisonniers de la loi celui ou celle qui connaît l’amour de Jésus peut s’entendre nommer sa faute, sa blessure et savoir qu’il a le droit de ressusciter, de reconstruire une vie…

Ce matin, je ne voudrais pas que nous nous focalisions sur le mariage, de divorce, de répudiation, ou en tout cas, pas que. Parce qu’il me semble que cette confrontation ne devrait laisser aucun d’entre nous indemne. En effet, comme les pharisiens, nous avons facilement tendance à confondre ce qui est permis et ce qui est juste. Nous avons facilement tendance à revendiquer un droit comme une force pour ne pas faire l’aveu d’une faiblesse. Parce que, comme les pharisiens, nous préférons nous croire justes que nous reconnaître faibles, mauvais et endurcis de cœur…

Je pense à la récente campagne sur l’IVG Je suis persuadé du bienfondé de la loi Veil, justement comme espace aménagé pour tenir compte des accidents une vie. Mais le slogan « mon corps, mon choix, mon droit » me paraît finalement aussi insupportable que les accusations d’IVG de confort… Je ne sais pas si l’IVG est un choix, un droit, je crois simplement que la société doit pouvoir accompagner au mieux des situations de souffrances.

Je pense aux différentes aides financières, aujourd’hui revendiquées, y compris par les plus riches, comme des droits. La société doit, simplement accompagner des situations de fragilités. Peut-être que si nous osions dire que ces aides ne sont pas un droit, mais une aide pour compenser une faiblesse, la manière de les réclamer changerait un peu…

On me dira que ces lois concernent la société et pas Dieu. A l'époque de Jésus, cette distinction n’existe pas entre le religieux et la société, mais d’accord, parlons du droit de chacun à ne pas s’engager, à ne pas lire la Bible, à ne pas prier, à ne pas aller au culte… Ce sont des droit s que je défens. Le problème c’est que nous les revendiquons comme des preuve de notre liberté. Mais ne pas prier, ce n’est pas l’expression de notre liberté, c’est l’expression même de notre esclavage. C’est parce que nous sommes mauvais et endurcis de cœur que l’Eglise nous a permis de ne pas aller au culte, que Dieu nous accorde cet espace où nous prétendons vivre sans lui.

Alors ces espaces aménagés pour notre faiblesse, occupons-les avec reconnaissance et humilité. Et surtout, surtout, occupons les sans poser de jugement sur ceux qui occupent d’autres espaces que Dieu, dans son amour, a aménagé pour eux.

Amen

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Histoires de puits

16 Février 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #prédication, #Bible, #Rencontre, #Puits, #Rebecca, #Rachel, #Jacob, #Moïse, #Sephora, #Samaritaine

Histoires de puits

Savez-vous que les puits communiquent entre eux ? Non, pas comme les vases, je veux dire qu'ils communiquent vraiment, qu'ils se parlent entre eux. Ça vous étonné ce que je dis ? Pourtant, le réseau hydrographique est bien plus ancien que le réseau Internet...Alors il suffit de tendre l'oreille, même pas la peine de vous pencher... Écoutez simplement ce que racontent les flux qui irriguent la terre…

Peut-être parce que c’était la Saint Valentin, ces quatre puits là se racontaient des histoires de femmes...

Le premier puit qui parlait était un très vieux puit, ça s’entendait à sa voix. Il avait l’accent du point d’eau qui affleure à peine. Ici en Normandie, on dirait que c’est une grosse flaque ou une petite mare, mais dans son pays, il était un point essentiel, un lieu de vie dans le désert… Dans sa voix, on entendait les chameaux qui venaient boire, les tribus du désert qui s’assemblaient ; Et vous voulez savoir ce qu’il racontait ? Je vais vous le dire, il parlait d’un homme

«C’était la première fois que je le voyais, celui-là… Il avait dû faire un long voyage avec sa riche caravane. Pourtant, il parlait la langue d’ici et quand il est arrivé, il ne s’est pas précipité su mes eaux pour boire et pour faire boire ses chameaux. Non, il a attendu. Il a prié. Il cherchait une femme et il disait à son dieu « Celle à qui je demanderai à boire et qui non seulement me donnera à boire mais proposera de faire boire aussi mes chameaux, celle-là sera celle à qui je demanderai de partir avec moi pour épouser le fils de mon maître »
Et moi, je me disais : « tu peux attendre, mon bonhomme. Ici, on ne se met pas comme ça au service d’un étranger... Il y a des règles et des priorités… »
Et voilà que Rebecca est arrivée, la fille de Bethuel, la sœur de Laban. Dans d’autres pays, on dirait que c’est une princesse. Eh bien, à peine le vieil étranger lui a-t-il donné à boire qu’elle lui a donné de l’eau et que de sa propre main, elle a aussi fait boire ses chameaux.
Je n’ai plus revu Rebecca, par le réseau des eaux souterraines, j’ai appris qu’elle avait épousé Isaac, le fils du maître de l’étranger. Ailleurs, on dirait que c’est un prince. Mais ce qui compte, c’est qu’elle est partie avec celui qui avait su voir sa bonté.

Alors, le deuxième puit a pris la parole. Sa voix était un peu plus jeune que celle du premier. Pas beaucoup plus jeune mais un peu et on le devinait plus sophistiqué. Dans sa voix, on entendait le travail humain. Il avait l’écho des troupeaux de chèvres et de mouton, l’intonation des appels des bergers. Et voilà l’histoire qu’il a racontée

Ce matin-là, quand Rachel est arrivée, j’ai tout de suite senti sa surprise. Il faut dire qu’à côté de moi, en train de parler aux bergers de son père, Laban, il y avait un homme qu’elle n’avait jamais vu…
Et lui, dès qu’il a vu Rachel arriver avec ses troupeaux, il a pris les choses en mains, sans attendre qu’on lui demande quoi que ce soit, il a roulé la pierre qui me recouvrait pour que les bêtes puisse boire. Eh bien, je vous assure que le soleil qui était déjà haut dans le ciel brillait moins que le regard de ces deux-là quand ils se sont rencontrés.
Rachel a fini par épouser cet homme et , longtemps après, je ne l’ai plus vue. Elle était partie avec son mari, ce Jacob qui avait su se mettre à son service et lui donner le travail de ses bras.

Le troisième puit avait un fort accent étranger, sa voix bondissait comme un torrent sauvage et brutal, comme si ses eaux rêvaient de liberté. Et même son histoire commençait dans la violence…

La dispute avait éclaté entre les filles de Jethro, le prêtre et des bergers. Comme souvent, c’était une question de priorité, de qui boirait le premier. Il faut dire que je suis le seul point d’eau par ici… La dispute est devenue de plus en plus dure et les filles de Jethro ont bien senti que les choses allaient mal tourner. Prudemment, l’ainée, Sephora, a fait signe à ses sœurs de battre en retraite, de céder la place. Vu le ton des bergers, c’était peut-être déjà trop tard pour éviter que ça dégénère.
Mais à ce moment, un homme est arrivé de nulle part, il s’est interposé entre les bergers et Sephora et ses sœurs et il a ordonné aux bergers de laisser les femmes puiser de l’eau. Son vêtement était celui d’un étranger. Sa voix était celle d’un homme habitué à donner des ordres. Sa carrure et sa posture montraient qu’il n’avait pas peur de se battre et les bergers ont reculé…
Quelque temps après, je n’ai plus vu Sephora. Vous devinez pourquoi ? Eh oui, elle avait épousé ce Moïse, elle était partie avec l’homme qui l’avait défendue…

La voix du quatrième puits était plus familière. C’était un puits de village. Peut-être pas exactement comme ceux que l’on voit par ici. Mais dans son accent, on entendait les bavardages des femmes qui venaient chercher de l’eau, les rires et les jeux des enfants qui couraient autour. Et voilà l’histoire qu’il a raconté.

Ce jour-là, un groupe d’hommes était arrivé de la région voisine. Ils avaient fait une brêve halte et puis ils s’étaient séparés : tous étaient partis sauf un, qui s’était assis pour se reposer…
C’est alors qu’elle est arrivée. Elle, je n’ai jamais su son nom, c’était une femme du village. Elle venait souvent mais toujours seule, jamais avec les autres. Oh je devinais bien pourquoi. Elle devait sûrement avoir très mauvaise réputation, mener le genre de vie que les autres condamne.
Quand elle est arrivée, le voyageur lui a demandé à boire ; elle était toute surprise. Et il a ajouté « mais tu sais, c’est toi qui devrait me demander à boire ». Alors un dialogue insensé a commencé, un de ces dialogues dont les humains ont le secret : où personne ne parle de la même chose. Mais le plus fou, c’est que ce dialogue a abouti a une rencontre. Et finalement, elle est partie en courant.
Et devinez quoi ?
Eh bien non, elle n’a pas épousé le voyageur. Non, elle n’est pas partie avec lui. En fait, je l’ai revue souvent. Elle a continué à venir puise de l’eau du puits. Mais elle avait changé, elle n’avait plus peur. Elle n’avait plus honte. Quelqu’un avait posé sur elle un regard sans jugement.
Elle, je ne sais toujours pas son nom. Mais par le réseau, j’ai appris le nom de cet homme qui avait su voir sa soif d’exister aux yeux des autres, sa soif de ne plus être jugée. Cet homme, il s’appelait Jésus.
Et finalement, ce Jésus, c’est peut-être un des nôtres, une sorte de puits : une source de vie, un lieu de rencontre.
Amen

D'après Genèse 24, Genèse 28, Exode 2 et Jean 4

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Liberté d'expression ? Liberté de blasphème ?

14 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Romains, #Blasphème, #Liberté d'expression

Liberté d'expression ? Liberté de blasphème ?

Prédication du dimanche 11 janvier 2015

Matthieu 5, 21-22

Marc 3, 22 à 30

Romains 2, 17 à 24

J’avoue qu’il est trop tôt pour moi pour parler des évènements que nous avons traversés ces derniers jours. La liturgie, je l’espère, aura mis des mots sur nos peurs et nos questions, elle nous aura donné les paroles d’espérance dont nous avons besoin mais je ne voudrais pas galvauder ces mots par la prédication.
Alors peut-être comme une protection, je voudrais que nous réfléchissions avec la Bible a des notions dont on a beaucoup parlé ces temps-ci, celles de liberté d’expression et de blasphème. Si je reste convaincu que la liberté d'expression ne doit surtout pas être totale, je pense aussi, même si cela me paraît moins évident, que le blasphème doit rester libre.

Je ne suis pas le défenseur d’une totale liberté d’expression. D’abord parce qu’il y a des mots qui tuent. Jésus l’enseignait déjà et aujourd’hui toutes les victimes de quelque forme de harcèlement que ce soit le savent. Enfin parce que la liberté est, dans ce domaine comme dans d’autres, un droit du plus fort et que je ne crois pas beaucoup en notre capacité d’auto-régulation. Donc je ne suis pas le défenseur d’une totale liberté d’expression et je ne crois pas que toute protestante qu’elle soit, notre Eglise doive l’être.

J’ajouterai que je me méfie également de certaines nuances que l’on prétend avoir et qui brouillent considérablement les choses. Entendu tout récemment « mais là ça ressort de l’apologie du terrorisme et pas de la liberté d’expression », un autre dicton, plus ancien « le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit… Ne serait-il pas plus simple de rappeler simplement qu’il y a des opinions dont l’expression est délictueuse, que la liberté d’expression a des limites, qu’elle s’arrête à l’incitation à la haine ou à la violence, qu’elle s’arrête à l’insulte, bref, qu’il y a des expressions qui sont interdites…

Mais si la Bible nous rappelle qu’il y a des mots qui tuent, elle nous parle aussi d’une autre catégorie de mots : ces mots tellement graves qu’ils font mourir celui qui les prononce, ou plutôt des mots tellement graves que celui qui les prononce doit être mis à mort, ces mots, on les appelle « blasphèmes ».

Alors devons-nous ajouter le blasphème aux limites à la liberté d’expression ? Quelques réflexions sur un sujet qui me paraît plus complexe que celui de la liberté d’expression.

Tout d’abord, la Bible condamne manifestement le blasphème et Jésus lui-même disait que le blasphème contre l’esprit est de l’ordre de l’impardonnable (ce qui ne signifie pas passible de mort).

Pourtant, une fois cette condamnation rappelée, il faut bien dire que le blasphème est rarement défini : la Bible nous dit qu’un tel a blasphémé mais à part dans un cas célèbre, on ne nous dit pas en quoi a consisté le blasphème. Et même cet impardonnable blasphème contre l’Esprit Saint, je ne suis pas très sûr de savoir de quoi il s’agit. D’après le contexte, j’aurais tendance à penser qu’il s’agit d’attribuer au Satan les œuvres de Dieu, je suis à peu près certain en tout cas, qu’il ne s’agit pas d’un mot ou d’un dessin. Tout ce que je sais du blasphème, c’est qu’il s’agit d’une insulte à Dieu. Pour autant, le blasphème ne peut pas être mis au rang de l’insulte. En effet, dans la condamnation de l’insulte, je vois un souci de protection des victimes, des faibles. Mais j’avoue avoir une trop haute opinion de mon Dieu, être trop peu blasphémateur pour penser que mon Dieu peut être blessé par un mot ou un dessin. Je ne me sens pas le devoir de protéger Dieu, et si vraiment mon Dieu est si fragile que les mots le blessent, alors, bien avant les caricaturistes, ce sont les théologiens qu’il faut interdire…

Ah mais se moquer de Dieu c’est insulter les croyants ! Peut-être. Mais alors que je ne me pose pas comme un défenseur de l’honneur de Dieu quand je lutte contre le blasphème mais bien comme le défenseur de mon honneur, de ma susceptibilité ! Et puis, je m’interroge : s’il est interdit de se moquer des convictions religieuses de tout un chacun, pourquoi serait-il permis de se moquer de ses convictions politiques, ou de ses goûts sportifs ou musicaux ?

Je disais que le blasphème est rarement défini dans la Bible… Il y a pourtant un cas célèbre où l’on sait pour quel blasphème précis, le blasphémateur a été mis à mort :

Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit : Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ! Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Voici, vous venez d’entendre son blasphème. Que vous en semble ? Ils répondirent : Il mérite la mort.

Matthieu 26 ; 63-66

Oui, tout en entendant l’interdiction du blasphème, nous devons nous rappeler que Jésus, le Christ a été condamné et mis à mort comme blasphémateur, pour avoir insulté Dieu. Et c’est vrai qu’aujourd’hui encore, affirmer que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu ou Dieu fait homme, c’est un blasphème au regard d’autres religions qui n’en sont pas moins des religions avec lesquelles nous sommes et devons être dans un dialogue fraternel. Pour autant, nous abstiendrions-nous d’affirmer, de confesser ce qui, pour elles, est un blasphème ?

Pourtant, les premiers chrétiens, les premiers auteurs chrétiens ont continué à condamner le blasphème. Mais, ils ont tout de même changé un peu d’orientation. Dans le Premier Testament, le blasphémateur est mis à mort . Lorsque Jésus condamne le blasphème contre l’Esprit Saint, d’une part il ouvre la possibilité d’autres blasphèmes et surtout il place les choses sur un plan spirituel.

Et puis Paul ouvre une autre perspective : il place les croyants devant leur propre responsabilité face au blasphème des non-croyants. « C’est à cause de vous, à cause de votre attitude, à cause de votre hypocrisie » que le nom de Dieu est blasphémé parmi les autres. Et c’est vrai, que bien souvent les caricatures, les moqueries à l’égard de notre religion pointent nos incohérences, nos hypocrisies, parfois aussi ce qui paraît fou aux yeux du monde. Et c’est vrai qu’elles sont d’autant plus mordantes, d’autant plus pertinentes que la religion visée est plus oppressive. Alors, je me dis que ce serait peut-être là une belle manière chrétienne de se positionner face au blasphème : vouloir l’éradiquer mais non par l’arsenal législatif mais bien par notre attitude, faire en sorte par nos comportements, par nos paroles que nul n’ait envie de tourner en dérision le Dieu qui nous pousse à être ce que nous sommes…

Et puis je tombe sur ces mots de Paul à Timothée : Tous ceux qui sont sous le joug de l’esclavage doivent considérer leurs maîtres comme dignes d’un entier respect, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés. (I Tim. 6, 1) Et même si je comprends quelle peur d’être considéré comme de dangereux révolutionnaires pouvait traverser les chrétiens, même si je sais bien qu’occidental du XXe siècle, je n’ai pas le droit intellectuel de juger mes frères du premier siècle, je me dis quand même qu’une condamnation plus rapide de l’esclavage par les chrétiens aurait bien valu quelques blasphèmes contre le nom de Dieu et contre la doctrine…

Alors au final, que dire du blasphème ? Le condamner, le combattre, l’autoriser ? Voilà mon point de vue

L’innocent, comme le scélérat, Il (Dieu) l’anéantit. Quand un fléau jette soudain la mort, de la détresse des hommes intègres Il se gausse. Un pays a-t-il été livré aux scélérats, Il voile la face de ses juges ; si ce n’est Lui, qui est-ce donc ? Job 9, 22-24

Ces propos de Job me paraissent finalement bien plus blasphématoires que les trois papas d’André Vingt-Trois. Et pourtant, Job a bien parlé.

Je crois que si des dessins ou des blagues pas toujours drôles, parfois choquants, voire de très mauvais goût, des dessins et des blagues qui nous vexent parfois ou simplement nous gênent comme on peut être gêné par la plaisanterie pas drôle d’un gros lourd, sont finalement un petit prix à payer pour cette liberté de parole sur Dieu que nous donne la Bible.

Alors, pour la préservation du plus petit, du plus faible, pour la possibilité de vivre ensemble, je pense que la liberté d’expression doit avoir des limites. Mais pour la liberté de croire et de penser, pour la possibilité du dialogue et de l’interpellation, je suis convaincu que le blasphème doit rester possible et que nous, chrétiens, devons défendre cette liberté, cette possibilité.

Frères et sœurs, notre Dieu n’a pas peur d’un crayon ou d’une blague, notre Dieu n’a pas peur du mauvais goût. Je crois même que notre Dieu ouvre la possibilité du rire. Notre Dieu est plus fort que la mort, plus fort que la haine. Et aujourd’hui comme demain qu'il nous rende plus forts que nos peurs, plus forts que nos rejets, plus forts que nos désirs de vengeance. Que demain, Il nous donne la possibilité de l’amour.

Amen

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Noël, ça sent le sapin ?

14 Décembre 2014 , Rédigé par Eric George Guilhem Riffaut Publié dans #prédication, #bible, #sapin de Noël, #croix, #arbre de vie, #apocalypse, #genèse

Noël, ça sent le sapin ?

Genèse II, 4 à 17 et III, 22 à 24

Apocalypse XXII, 1 à 5

Eric

Dis-moi Guilhem as-tu installé ton sapin ?

-Oh, moi, je ne suis pas sûr d'avoir la place pour en installer un !

Nous, nous avons installé le nôtre. Mais tu sais que j'ai toujours un peu souri à l'idée que le sapin était protestant et la crèche catholique. Tout ça à cause de la réticence des protestants sur l'adoration des images et surtout à cause de la géopolitique : les pays nordiques d'où vient le sapin sont devenus terres protestantes.
Mais après tout la crèche est d'abord un souci catéchétique alors que le sapin était une tradition païenne. Si Ygdrasil, l'arbre axe du monde était un frêne, c'était un frêne toujours vert et il n'a rien de surprenant à ce que le sapin, arbre toujours vert même au cœur de l'hiver soit devenu un symbole d'éternité et d'espérance

Guilhem

Ce ne serait pas la première fois que les chrétiens ont arrangé à leur sauce d'anciennes traditions, juives païennes.

Augustin disait que c'est ce que firent les hébreux en sortant d'Egypte : ils en ont emporté tout l'or, tout ce qui avait de la valeur pour eux dans cette culture. Après, est-ce qu'on est d'accord ou non... Quoiqu'il en soit, on peut comprendre que des arbres pleins de sève qui ne perdent jamais leurs aiguilles aient pu symboliser la foi aux yeux des premiers chrétiens.

Dans le cas de Noel, l'histoire se répète : fête païenne, fête chrétienne, fête... à nouveau païenne? Et que les chrétiens cherchent à se réapproprier?

Même les boules qu'on y attache ont une origine chargée de sens : il s'agissait à l'origine de figurer les fruits que donne la foi. En fait, on utilisait même des pommes : en souvenir du fruit défendu de l'arbre du jardin d'Eden. Etrange de voir comment l'arbre qui donne la vie a vite été identifié à l'arbre de la connaissance dont il est interdit de manger les fruits...

Eric

C'est vrai que dès le début de la Bible, dès la Genèse, il est bien question d'un arbre. Ou plutôt de deux arbres: celui de la connaissance du bien et du mal et celui de la vie. Du coup, puisque tu nous parles des boules de Noël, on pourrait s'amuser à se demander quel fruit défendu elles symbolisent. Le fruit de la connaissance du bien et du mal qui était interdit à Adam et Eve, ou bien le fruit qui nous est aujourd'hui interdit, le fruit qui donne la vie éternelle.
En effet, c'est bien pour leur interdire de manger en plus de ce fruit là que Dieu les chasse du jardin. Peut-être même pour les protéger d'une vie éternelle placée sous le désir de puissance...

Alors que représentent pour nous les boules de Noël ? Ce n'est pas une question idiote...
Noël est parfois pour nous une manière de nous retrouver dans un jardin clos, protégé du monde extérieur, pleinement maîtres de nos vies, de nos plaisirs. Bref, un petit moment où nous nous payons le luxe d'être comme Dieu. Dans ce cas-là, les boules sont ce fruit de la connaissance du bien et du mal...
Mais les boules pourraient aussi représenter ce fruit de la vie éternelle, un fruit auquel nous aspirons mais que nous ne pouvons pas atteindre par nous-même. Noël pourrait alors être pour nous non plus l'enfermement dans un confort illusoire ou dans un passé que l'on ne veut pas laisser filer, mais l'expression de notre attente, de notre espérance... On sait que les récits de la création du monde ont été composés alors que les hébreux étaient en exil à Babylone. Du coup, leur question était peut-être la nôtre : cet arbre qui se dresse au loin, gardé par une épée flamboyante, nous est-il définitivement interdit, ou pouvons-nous espérer goûter un jour à ce fruit de la vie ?

Guilhem

Que ce soit les Juifs exilés à Babylone ou les premiers chrétiens au moment des persécutions, tous s'en sont remis à cette image de l'Arbre de Vie, en imaginant, en reprenant la tradition rabbinique, que quelqu'un viendrait retirer l'épée qui en interdit l'accès.

Ainsi des gens déportés loin de chez eux, coupés de leurs familles, ou jetés dans des cachots, sans plus aucune nouvelles de leurs proches, torturés souvent, ont cru que les épreuves qu'ils traversaient, aussi horribles soient-elles, auraient une fin, et qu'ils se retrouveraient tous à partager les fruits -les dattes?- d'un même arbre.

Ces fruits sont peut-être cet "au-delà idéal du Nous", cette "histoire commune à partager, à reconstruire, à inventer sans cesse" dont parle Jorge Semprun, qui revient sur les tortures qu'il a subit...

On retrouve là le thème chrétien d'un monde où chaque être, chaque chose est à sa place : les bons comme les méchants, mais les bons, les justes, les victimes, au centre, avec ce Dieu qui a lui-même connu l'humiliation, la souffrance et la mort.

Ainsi l'arbre de vie, le "bois de vie" dont parle le texte grec, n'est autre que la croix de Jésus de Nazareth. Elle nous fait prendre conscience que lorsque nous souffrons (le deuil, la folie, la maladie), Dieu ne nous oublie pas, au contraitre, mais fait tout ce qu'il peut pour nous venir en aide.

Le Juifs en Exil au désert rêvaient d'un arbre toujours vert dans jardin, les premiers chrétiens enfermés croyaient voir un arbre s'élever au beau milieu de la ville, au cœur du forum, là où se tenaient les puissants, les marchands, les religieux qui les avaient condamnés.

Ce fruit censé guérir les Nations, c'est peut-être la détermination dans la foi et le pacifisme des persécutés... autrement dit cette conviction que la mort est quelque chose qui se franchit, se traverse, se dépasse.

Cela peut paraître étrange, mais la première chose à laquelle nous devrions penser en voyant un sapin de Noël tout décoré, c'est moins à Noël qu'à Pâques... Le 25 décembre, souhaitons-nous plutôt joyeuse Pâques!

Eric

En tout cas, plaçons nos sapins, nos crèches, dans l’ombre, ou plutôt, à la lumière de la croix…

En nous signalant que cet arbre de vie de la Jérusalem céleste n’est autre que la croix (littéralement, le bois de vie c’est-à-dire le même mot que lorsque l’Apocalypse affirme Jésus a été pendu au bois), tu me fais penser que les anciens ont vu dans la forme même de la croix, cette verticalité et cette horizontalité, un enseignement (que tu dois d’ailleurs connaître mieux que moi).

Eh bien, au risque de le faire interdire à son tour dans les mairies, je me dis que finalement, le sapin lui aussi a sa propre catéchèse géométrique. Le sapin est une flèche, c’est un panneau indicateur et c’est normal que nous le coiffions d’une étoile. Et, c’est une flèche pointée vers le ciel, une flèche qui nous indique cet au-delà, cet idéal que nous cherchons… Regarder plus haut que la mort et la violence, plus haut que nos propres pulsions de mort et de violence.

Mais c’est aussi un cône, il descend vers nous en s’élargissant, en répandant ces fruits et ces guirlandes de lumière. Et l’on peut penser à cet arbre, ce bois de l’apocalypse qui porte fruit tout au long des douze mois de l’année. La conviction dont tu parlais, cette conviction que la mort, les morts, se franchissent, se dépassent, nous ne la puisons pas en nous même, elle s’alimente, elle est nourrie, nourrie par la Parole de Dieu, nourrie par les témoins que Dieu met sur notre route…

Alors, frères et sœurs, avec ou sans sapin que ce temps de l’Avent, que ce temps de Noël maintenant tout proche soit remplis de l’espérance de Pâques. Une espérance qui nous fait relever la tête et voir plus loin que nous même, une espérance qui nous fait ouvrir les mains pour recevoir au-delà de nos forces…

Amen

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