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Articles avec #theolivres tag

L'autre Dieu

20 Décembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

C'est malheureux, mais il n'existe pas de formation universitaire qui prépare à l'impuissance.

Marion Muller-Colard

Je referme L’autre Dieu de Marion Muller-Colard... Pris aux tripes, plus que chatouillé intellectuellement (ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas nourri dans ma réfléxion.)...

Je me sens un peu frustré de savoir que je n’en proposerai pas la lecture en commun à mes paroissiens. Le parcours personnel de l’auteure, ici raconté, m’interdit de prendre le risque du jeu des commentaires : c’est un jeu que je joue malheureusement trop souvent dans le pinaillage et dans la faille.

Pour d’autres raisons, je n’en ferai pas un long commentaire ici non plus. A quoi bon résumer 106 petites pages accessibles à tous ? A quoi bon engluer de considérations intellectuelles, le témoignage simplement humain d’une théologienne ?

Le mieux, c’est que vous le lisiez et que, croyants ou non, vous découvriez ce Dieu que j’entrevois du haut (ou du bas) de mon confort, de mes systèmes théologiques, de mes superstitions plus ou moins conscientes.

Je n’en dis pas plus. Faites la connaissance de Marion Muller-Colard et avec elle, de notre vieux frère Job.

Marion Muiller-Colard : L'autre Dieu. La Plainte, la Menace et la Souffrance. Labor et Fides

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Les Ecritures. Les aventures de Dieu et les aventures du Petit Jésus

31 Janvier 2014 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres, #Cavanna, #Humour

Et Dieu dit au coquillage : « Parce que tu as volé le bruit de la mer, tu marcheras sur le ventre et tu mangeras de la poussière ». (…) Et Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu marcheras sur le ventre et tu mangeras de la poussière ». Dieu n’avait pas beaucoup d’imagination.

Cavanna. Les Ecritures

Les Ecritures. Les aventures de Dieu et les aventures du Petit Jésus

Je ne l’ai pas ouvert depuis longtemps, pourtant j’y ai pensé récemment en lisant La Bible selon le Chat et en me disant qu’avec Les Ecritures, Cavanna avait fait bien mieux que Geluck.

Je ne l’ai pas ouvert depuis longtemps mais je continue à penser que Les écritures de Cavanna devrait figurer dans toute bibliothèque pastorale. Bien sûr, c’est viscéralement anticlérical et ça ne s’épargne pas quelques facilités de provocation. Mais quand même, c’est souvent drôle et puis, mine de rien, il y a des questions et des réflexions théologique sympa, de quoi faire de l’animation…

De mémoire :

  • Dieu aurait bien voulu ne jamais avoir créé ça mais faire que quelque chose n’ait jamais existé, c’est impossible, même pour Dieu
  • Pour qu’il y ait un dieu, il faut qu’il y ait un dieu et quelqu’un qui lui dise « Mon Dieu »

Bon, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur Cavanna (j’irai assez volontiers chercher du côté de son autobiographie, des Fosses carolines et de L’histoire du con), mais ça me permet d’y aller de mon petit hommage…

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Saint Paul. La fondation de l'universalisme

8 Septembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

 

book_cover_saint_paul._la_fondation_de_l_universalisme_9803.jpgQue veut Paul ? Sans doute extirper la Nouvelle (l'Évangile) de la stricte clôture où la laisserait qu'elle ne vaille que pour la communauté juive. Mais tout autant ne jamais la laisser déterminer par les généralités disponibles qu'elles soient étatiques ou idéologiques. La généralité étatique, c'est le juridisme romain et, en particulier, la citoyenneté romaine, ses conditions, et les droits qui s'y rattachent. Bien que lui-même citoyen romain et fier de l'être, Paul n'autorisera jamais qu'aucune des catégories du droit vienne identifier le sujet chrétien. Seront donc admis, sans restriction ni privilège, les esclaves, les femmes, les gens de toutes professions et de toutes les nationalités. Quant à la généralité idéologique, c'est évidemment le discours philosophique et moral grec. Paul organisera une distance résolue à ce discours, pour lui symétrique d'une vision conservatrice de la loi juive. En définitive, il s'agit bien de faire valoir une singularité universelle à la fois contre les abstractions établies (juridique alors, économique aujourd'hui), et contre la revendication communautaire ou particulariste. 
La démarche de Paul est la suivante : s'il y a eu un événement, et si la vérité consiste à le déclarer et ensuite à être fidèle à cette déclaration, il s'ensuit deux conséquences. D'abord la vérité étant événementielle, alors elle est singulière. Elle n'est ni structurale, ni axiomatique, ni légale. Aucune généralité disponible ne peut en rendre compte, ni structurer le sujet qui s'en réclame. Il ne saurait donc y avoir une loi de la vérité. Ensuite la vérité étant inscrite à partir d'une déclaration d'essence subjective, aucun sous-ensemble pré-constitué ne la supporte, rien de communautaire ou d'historiquement établi ne prête sa substance à son processus. La vérité est diagonale au regard de tous les sous-ensembles communautaires, elle ne s'autorise d'aucune identité, et elle n'en constitue aucune. Elle est offerte à tous, ou destinée à chacun, sans qu'une condition d'appartenance puisse limiter cette offrande ou cette destination.
A Badiou
Au delà de tout relativisme, un évènement absolu, une vérité qui ne se laisse saisir par aucune de nos catégories humaines, s'offre à chacun, c'est ce qu'Alain Badiou, athée découvre dans la pensée de Paul.
Saint Paul est un fascicule écrit dans la langue des philosophes (un langage que je trouve toujours bien plus abscons que celui de la théologie) et j'avoue ne pas bien comprendre comment Alain Badiou parvient à séparer le "geste inouï de Paul" de la vérité de l'évènement qui fonde ce geste : "Christ est ressuscité". J'avoue penser qu'il se leurre s'il pense que ce qu'il considère comme "une fable" est interchangeable avec une autre conviction. Je regrette enfin que comme beaucoup, il oppose ainsi la pensée de Paul à celle des Évangiles (par méconnaissance de ceux-ci). Pourtant malgré ces -gros- bémols, je suis estomaqué par la richesse et la pertinence de sa lecture de Paul.
En effet, Badiou me paraît  bien plus convainquant, lorsqu'il tord le cou à certains clichés (enti-judaïsme, anti-féminisme ou haine de la vie), lorsqu'il critique la récupération de Paul par les instances ecclésiales et surtout quand il explique la pensée de l'apôtre que lorsqu'il essaye de séparer celle-ci du message chrétien.
Sans doute vaut-il mieux être un peu familier des épîtres et du jargon philosophique mais ces cent pages valent vraiment le coup qu'on s'y lance et qu'on s'accroche un peu... Le meilleur livre de théologie par un athée que j'ai jamais lu (bon, je n'en ai pas lu beaucoup, mais celui ci m'a enthousiasmé)

A. Badiou :  Saint Paul. La fondation de l'universalisme. Puf
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L'athéisme nous interroge

4 Mai 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

atheisme-nous-inerroge.gifS'il n'existe pour Simone de Beauvoir aucune valeur absolue ou préétablie, si les choix sont entièrement libres, il n'en faut pas conclure pour autant que l'homme vit sans but ; mais c'est à lui de se fixer des fins sans justifications extérieures, de se donner une raison d'être sans aucune nécessité objective. Il ne faut donc pas conclure que la pensée existentialiste voue l'homme une existence insensée ; ce serait confondre la notion d'ambiguïté avec celle d'absurdité. "Declarer l'existence absurde, écrit Simone de Beauvoir dans sa Morale, c'est nier qu'elle puisse se donner un sens ;   dire qu'elle est ambiguë, c'est poser que le sens n'en est jamais fixé, qu'il doit sans cesse se conquérir." Remarquons en passant que l'amour et le pardon, tels que les envisage un chrétien,eux aussi, dépassent les jugements apparemment les plus définitifs et qu'il n'est pour eux aucun obstacle qui ne soit susceptible d'être surmonté, aucun échec qui ne puisse devenir l'occasion d'une victoire, aucune fin qui ne puisse donner lieu à un nouveau départ ; même la mort est considérée dans cette perspective.
Laurent Gagnebin Simone de Beauvoir in L'athéisme nous interroge.

 

J'espère que l'on n'a pas les athées qu'on mérite. C'est la réflexion qui m'a accompagné pendant toute ma lecture de cette compilation de quatre livres de jeunesse de Gagnebin. En effet, nos Onfray, Dawkins (et, dans une moindre mesure, Comte-Sponville) font piètre figure face à Simone de Beauvoir, Gide, Camus et Sartre. Sans doute parce que leur athéisme n'est pas vindicatif mais fait simplement partie de leur pensée.
D'une plume légère et claire, Laurent Gagnebin nous fait entrer dans l'univers de ces intellectuels, un univers (je devrais écrire des univers) qu'il apprécie et nous donne envie de (re)découvrir. Gagnebin ne cache pas sa foi mais nous ne sommes pas dans une entreprise de défense de la foi chrétienne. L'athéisme nous interroge est bien plus intelligent qu'une oeuvre d'apologétique : Gagnebin ne combat pas les auteurs qu'il étudie mais les analyse et s'en enrichit et nous en enrichit. Tout au plus consacre-t-il quelque ligne à établir que le Dieu que récusent ces penseurs, s'il correspond à l'image qu'en donne, hélas, l'Église, n'a rien à voir avec le Dieu prêché par Jésus Christ (c'est d'ailleurs peut-être le point commun entre les athéismes). Mais surtout Gagnebin nous invite à faire nôtres, les questions et réflexions de Beauvoir, Sartre, Camus et Gide, d'en teinter notre théologie et notre foi.

Camus, Sartre et Gide sont dans ma bibliothèque. Beauvoir en est absente. Pas de chance, c'est elle que Gagnebin m'a le plus donné envie de lire.

Laurent Gagnebin : L'athéisme nous interroge. Van Dieren Editeur

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Lettre à mon gendre agnostique

30 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

 Pour lui expliquer la foi chrétienne

 

L'expression Institution Chrétienne est un oxymore, une contradiction dans les termes. L'Eglise est à la fois nécessaire et impossible. Il n'y a rien de pire qu'une Eglise sûre d'elle-même et qui n'est pas chaque jour consciente de la contradiction qui la fonde.

A Nouis

 

Je dois avouer qu'en tant que père, je n'ai pas encore la maturité d'Antoine Nouis. Pour le moment, l'idée d'un futur gendre, agnostique ou non, suscite un réflexe qui est plus du type "un coup de boule, une mandale, un coup de latte et lui faire bouffer des clous" que du type"lettre ouverte". Mais Yaël n'a pas encore 10 ans et j'ai le temps de mûrir.

Ceci posé, le livre de Nouis a tout pour me plaire : sur moins de 100 pages, une présentation de la foi chrétienne qui n'est pas une énumération de dogmes mais plutôt une ouverture sur une lecture bien particulière du monde, lecture profondément guidée par l'étude de la Bible.

Bien sûr, je peux débattre avec certains passages de cette lettre ouverte, mais une présentation de la foi chrétienne telle qu'aucun chrétien ne pourrait la discuter me paraîtrait la pire des apostasies.

Quiconque aimerait en savoir plus sur une manière chrétienne de voir le monde devrait lire le courrier de Thomas.

 

Antoine Nouis : Lettre à mon gendre agnostique pour lui expliquer la foi chrétienne. Labor et Fides 2010

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Cas de conscience

3 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

cas de conscienceSi j’avais siégé pour ces trois affaires au Tribunal Contitucional de Madrid ou au Bundersverfassungsgericht de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande) et non au Conseil constitutionnel français, chacune des décisions prises aurait été publiée au Journal Officielle, accompagnée, comme c’est partout la règle, d’annexes présentant publiquement les « opinions différentes », les opinions minoritaires avec les argumentaires, contre-propositions et solutions alternatives proposée – mais rejetée par la majorité au moment du vote. Appelées votos particolares en Espagne, Sondervotum en Allemagne, dissent à la Cours suprême des Etats-Unis et dans les autres cours anglophones, ou encore « opinions différentes », « divergentes », ou « dissidentes », les expressions publiques d’avis différents, sur des questions juridiques complexes, font partie du droit commun universel et pour commencer européen – comme c’est le cas à la Cours européenne des droits de l’homme.

La publication des opinions différentes en France –où elle n’est pas encore pratiquée, aura pourtant bientôt l’avantage de mettre en perspective l’évolution du droit et d’en éclairer les différents facteurs.

Pierre Joxe

 

Je suis devant un cas de conscience : puis-je vraiment aller à l'encontre de mon corporatisme protestant, de mes sympathies politiques et de ma gentillesse naturelle en disant du mal du livre de Pierre Joxe, juste parce qu'il ne correspond pas à ce que m'attendais à y trouver ?

En effet,  l'expression "cas de conscience" m'évoque une situation dans laquelle un choix doit être fait, une position doit être prise qu'on sait discutable ou critiquable. Devant un cas de conscience, j'agis au mieux, souvent au moins pire. Et je pensais que Cas de conscience allait me faire pénétrer dans les arcanes de la réflexion d'un protestant engagé dans la politique ainsi que dans l'Eglise.  Je pensais que la realpolitik allait rencontrer le realtheologik, que le témoignage de Pierre Joxe montrerait à quel point l’Evangile ne nous montre pas toujours le chemin à suivre mais nous interroge sur nos choix. Malheureusement, le livre de Pierre Joxe évoque surtout des "affaires de conscience", des situations où Joxe a agit selon sa conscience. J'exagère un peu : un conflit entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est tout de même esquissé...

 

A cette déception s'ajoute un agacement : les 100 premières pages au moins du livre (je ne me prononce pas pour le reste, je ne sais pas si ça se calme ou si je m'y suis habitué) sont un chef d'oeuvre d'autosatisfaction. Je suis bien persuadé que Mr Joxe est un travailleur acharné, un modèle de droiture, épris de justice, agissant toujours au nom de ses convictions sans jamais céder au compromis, mais le lire le souligner à longueur de pages, c'est franchement insupportable. Certes on ne peut pas lui reprocher sa fausse modestie mais du coup Cas de conscience est plus de l'ordre du "droit dans mes bottes" que de "la tempête sous un crâne" (et j’avoue préférer les tempêtes sous un crâne)

 

En revanche, j’aime beaucoup l'espoir de voir arriver l'expression d'une opinion divergente. Un espoir animé par la conviction que loin de perdre les esprits simples, l'expression des opinions divergentes permet à chacun de mettre en perspective l’évolution du droit, de comprendre les différents enjeux, bref, de susciter notre conscience à faire des choix politiques.

 

Bien sûr les affaires évoquées par Pierre Joxe ne manquent pas d’intérêt mais pour tout dire, je ne lis habituellement pas les livres des personnalités politiques. L’éditeur * et la présentation de celui-ci (ainsi que la pub’ faite par certains de mes collègues) m’avait donné envie d’essayer. Eh bien, disons que c’est une tentative infructueuse…

 

P. Joxe : Cas de conscience. Labor et Fides

* : je devrais être plus prudent, c'est la deuxième fois en peu de temps que je ne trovue pas ce que je pensais trouver dans un livre de chez Labor et Fides

 

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UN certain juif Jésus T. III Attachements, affrontements, ruptures

27 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Autrefois les seules sources dont nous disposons pour connaître ces groupes étaient citées avec une confiance naïve en leur totale fiabilité et avec un aveuglement remarquable sur leurs contradictions mutuelles et même sur leurs contradictions internes ; aujourd’hui beaucoup d’exégètes portent sur elles un regard nettement plus sceptique. Les trois sources qui nous permettent de connaître les pharisiens et les saducéens sont, dans l’ordre chronologique, le Nouveau Testament (Paul, les quatre évangiles et les Actes, qui vont des années 50 à l’an 100 environ), Josèphe (dont les ouvrages vont des années 70 à l’an 100 environ) et la littérature rabbinique (dont le premier ouvrage est la Mishna, vers 200-220). Pour chacune de ces sources, on est confronté à de sérieux problèmes.

John P. Meier

Trois ans après, je me replonge dans Meier, retrouvant son fictif "conclave non papal" enfermé à la recherche d'un consensus sur le Jésus historique,  ses critères d'historicité (l’embarras (les actions et parole de Jésus embarrassantes pour l’Église primitive), la discontinuité (ou dissemblance) (les paroles et les actes de Jésus ne pouvant dériver ni du judaïsme du temps de Jésus ni de l’Église primitive), l’attestation multiple (paroles et actes de Jésus attesté par plus d’une source littéraire indépendante), la cohérence (paroles et actes de Jésus en harmonie avec la base de donnée établie au moyen des trois critères précédents), le rejet et l'exécution  (actes et parole menaçant, dérangeant, exaspérant les gens notamment les autorités)), sa recherche minutieuse et détaillée aboutissant à des pavés de 800 pages dont 350 sont des notes. Ce troisième tome est consacré à ceux qui entourent Jésus, ceux qui le suivent et les courants rivaux. L'étude des premiers se fait sur le mode concentrique : les foules, les disciples, les douze et pour ces dernier une étude au cas par cas, un choix un peu étrange, puis que dans 11 cas sur 13 (non ce n'est pas une erreur de calcul, les 12 étaient bien 13, ou plutôt 13 individus ont bien fait partie des 12 pendant le ministère de Jésus) Meier reconnaît qu'on ne sait rien (seuls Simon-Pierre et Judas échappent à ce brouillard d'ignorance).

La deuxième partie sur les courants rivaux m'intéressait nettement plus et je n'ai pas été déçu. En revanche j'ai été frustré. Mais pas déçu. Mais frustré. Je m'explique.

Comme beaucoup, j'ai l'impression que si le Jésus historique ne nous est connu, à de rares exceptions près, que par des sources chrétiennes, le contexte dans lequel il vivait, et en particulier son contexte religieux était bien mieux connu et riche de renseignement sur ce certain juif, Jésus. Je me réjouissais donc d'avoir une description détaillée des pharisiens, saducéens, esséniens et autres zélotes que Jésus avait pu fréquenter.

Seulement voilà, Meier applique sa démarche de chercheur aussi  ce background et nous fait prendre conscience que cette époque n'est pas aussi bien connue que nous pourrions le croire et que les principales sources dont nous disposons sur le judaïsme de l'époque de Jésus sont les évangiles. Bien sûr, Meier se penche aussi sur les juifs Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie, il utilise les manuscrits de Qumran ainsi que très tardifs texte de la Mishna, mais il leur applique à eux aussi, ses critères d'historicité. S'ensuit une véritable offense pour la soif de simplicité et de raccourcis du public. Là où les livres sérieux nous abreuvent de stéréotypes sans nous faire perdre notre temps en nous disant d'où ils sortent , Meier développe sa méthode à l'envie pour arriver à la conclusion : on ne sait pas grand chose et ce qu'on croit savoir n'est pas si sûr que ça. Et il nous fait le coup pour chaque groupe !

Frustrant. Et pourtant si l’on sort de ce livre peut-être un peu moins sûr, un peu plus perdu, on en sort aussi beaucoup plus riche.

 

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L'aube du christianisme

6 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le christianisme vit d’une particularité unique dans le monde des religions : le Seigneur dont il se réclame appartenait à une autre religion, le judaïsme, qu’il n’a jamais eu l’intention de quitter. L’action de Jésus visait à réformer la foi d’Israël, entreprise à laquelle les autorités religieuses de l’époque se sont opposées. C’est à l’échec de cette réforme que le christianisme doit sa naissance.

D. Marguerat


Cela m'ennuie un peu d’écrire cette note comme un coup de gueule parce que le livre est intéressant mais il présente quand même deux faiblesses importantes : sa quatrième de couverture et son titre.

Après avoir commencé le bouquin, j'ai relu trois fois la 4ème de couv' pour finalement trouver ce qui m'avait échappé : "ce livre constitue un ensemble de première force pour appréhender une période décisive de notre histoire et de nos traditions." Je suis sûrement très inattentif mais je trouve que c'est un peu peu pour signaler qu'on a affaire à une compilation d'articles. Je n'ai rien contre les compilations (le genre a ses inconvénients et ses avantages (et vu que le livre parle de la diversité du nouveau testament, la forme est plutôt adaptée, en fin de compte) mais j'aime bien savoir ce que j'achète.

Ensuite, je ne suis pas certain que pour le grand public : L'aube du christianisme évoque la rédaction des textes qui composeront par la suite le Nouveau Testament. Or, à part une petite partie sur la recherche du Jésus historique, c'est bien le sujet des études de Marguerat rassemblées ici.

Je sais bien que ces textes du Nouveau Testament sont à peu près les seules données dont nous disposions pour essayer de reconstituer ce que dut être le christianisme primitif, mais avec ce titre, L'aube du christianisme succombe à une tentation que Marguerat dénonce dès son premier article : celle de voir le christianisme comme une invention postérieure à Jésus, créant presque de toutes pièces son personnage fondateur.

Pour être encore plus sûr de vendre, Labor et fides aurait aussi pu titrer Les confessions intimes de Megan Fox (j’exagère un peu mais il me fallait bien placer ce qui a faillit être le titre de cette note) Mais,compilation d'articles parus dans des revues spécialisées et donc  un peu trop technique pour être un ouvrage de vulgarisation, L'aube du christianisme n'a pas vocation à être un best-seller, alors pourquoi ne pas le vendre pour ce qu'il est : une étude accessible à toute personne déjà  sensibilisée à ce qu'est le Nouveau Testament : le rassemblement de témoignages de foi de diverses communautés confessant Jésus le Christ.

Après un survol de la recherche sur Jésus (présentée dans un ordre qui m’étonne un peu personnellement j’aurais placé l’article qui récapitule les trois recherches du Jésus historiques, avant celui qui se concentre sur la troisième recherche), Marguerat nous fait découvrir un Paul mystique, des évangélistes qui construisent un récit théologien, un Luc historien, il explicite l'opposition naissante au judaïsme, bref, il nous révèle la richesse théologique et littéraire  de cette polyphonie qu'est le Nouveau Testament.

 

Daniel MARGUERAT. L’aube du christianisme. Labor et Fides

 

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Le rabbin et le cardinal

16 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

La particularité du lien de fraternité, c'est qu'il n'est pas suspendu à la bonne volonté des frères.

G. Bernheim

C'est un rabbin et un cardinal qui discutent. Le livre commence comme une histoire drôle, et ça tombe bien, c'est l'humour qui permet la rencontre précise-t-il d'emblée.

Bon, je peux tout de suite jouer les esprits chagrin :  Bernheim comme Barbarin ont tous les deux fortement tendance à oublier que le courant qu'ils représentent ne constitue pas à lui seul leur religion. C'est flagrant chez Barbarin qui passe  de "chrétien" à "catholique" comme si les deux termes étaient interchangeables (une déformation de langage malheureusement classique chez nos frères romains). Mais Bernheim n'est pas en reste quand il parle du judaïsme de l'époque de Jésus comme si celui-ci était monolithiquement rabbinique, en oubliant les autres courants qui ont certes disparu au fil de l'histoire mais qui étaient bien trop présents lors de la naissance du christianisme pour que l'on n'en tienne pas compte.

Bon, une fois cette protestation hélas habituelle posée, l'entretien est agréable, intéressant, porte sur les sujets attendus du dialogue judéo chrétien : la foi, Jésus, la Shoah, la société, l'Islam, Israël (ah non, tiens, pas Israël. Y aurait-il un tabou ?)

Mais l'un des intérêts de cet entretien, c'est qu'alors que Bernheim cherche visiblement la confrontation, Barbarin, de son côté cherche toujours le consensus. On pourrait bien sûr dénoncer un esprit identitaire guerrier chez l'un ou une volonté hégémonique chez l'autre. Mais je crois que c'est la manifestation d'une différence bien plus profonde entre deux cultures du dialogue. Pour le judaïsme rabbinique, le désaccord est un enrichissement, une ouverture plus grande de la pensée, pour le catholicisme romain, il est une blessure. Et ce qui est merveilleux, c'est que grâce à l'humour et à l'amour, grâce à leur foi les deux hommes parviennent à dépasser cette différence pour une véritable rencontre, une rencontre qui rendra bien mieux compte de la richesse du dialogue judéo-catholique que n'importe quelle déclaration officielle.

 

G. Bernheim et P. Barbarin. Le rabbin et le cardinal. Edition Stock.

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Invitation au Talmud

6 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le Talmud nous enseigne qu’un texte est indéfini, ouvert à des interprétations toujours nouvelles, qui ne sont garanties par aucune encyclopédie. Les interprétations les plus diverses, philosophiques, sociologiques, politiques, linguistiques, historiques etc., n’épuisent chacune qu’une partie des possibilités du texte. Celui-ci demeure inépuisable et infiniment ouvert. La question essentielle n’est plus : qu’est ce que l’interprétation ?, mais pourquoi y a-t-il interprétation ? « Il y a interprétation pour montrer que contrairement aux prétentions de l’idéologie, le sens se construit patiemment, qu’il ne s’identifie pas à une vérité toute faite qu’il suffirait de s’approprier une fois pour toute pour l’imposer aux autres. » Il y a interprétation pour rappeler qu’aucune parole ne peut devenir imposition, dogme ou vérité. Il y a interprétation pour que le texte – quels qu’en soient l’origine, le lieu théologique – ne se transforme pas en idole. Il y a interprétation, enfin, pour dénoncer les immenses dangers de l’idée de vérité.

L’interprétation n’est pas seulement commentaire, le fait de dire autre chose et de le dire mieux. Plus essentiellement, elle met en jeu le mouvement même de penser, qui consiste précisément en l’ébranlement des institutions préfabriquées du sens, dans lesquelles toute chose à son lieu et tout moment son heure. Le commentaire talmudique est un long voyage qui invite à renoncer au besoin, souvent passionné, de tirer des conclusions, de se forger une opinion ou un jugement définitif. L’interprétation, c’est la patience du sens : pour renoncer, selon l’expression de Flaubert, à la « rage de conclure ».

M-A Ouaknin

 

C'est en nous faisant entrer dans le brouhaha d'une, une salle d'étude que Marc-Alain Ouaknin nous fait découvrir la tradition talmudique. Je m'empresserai d'oublier ce que sont la Guemetria , le Guezara Chava et le Mahloquet ,  je passe un peu vite sur les anecdotes dont le texte fourmille, pour ne retenir que ce qui fait l'essentiel et la richesse de cette tradition, une étude qui se fait dans le dialogue, dans la confrontation continuelle, jamais tranchée. Une étude qui n’éprouve pas le besoin d’en arriver à une conclusion parce que ce qui compte, c’est le mouvement. C’est l’étude qui fait tenir le monde.

C’est sans doute ce brouhaha,  cette « guerre du sens » qui rapproche le plus le protestantisme du judaïsme (même si le protestantisme est sans doute bien plus profondément marqué par la pensée occidentale)

En effet, en découvrant cette tradition du Talmud, je redécouvre ce qui m’attache, malgré une théologie en fin de compte assez classique, au libéralisme protestant : le refus d’un dogme qui viendrait anéantir d’autres idées, d’autres interprétations et réduire le dialogue à néant.

La conclusion du livre vient cependant rappeler l’enjeu de cette étude : recevoir la Révélation, être en lien avec le Dieu qui se révèle. Et si cette conclusion nous rapproche encore un peu, pour nous aussi la question de Dieu ne peut qu’être celle de la Révélation de Dieu, elle nous distingue aussi : pour les juifs c’est dans la Torah que Dieu se révèle, pour nous c’est en Jésus Christ.

Mais au-delà de cette différence essentielle, Marc Alain Ouaknin vient nous rappeler la grande leçon que nous donne le Talmud : oser l’interprétation toujours renouvelée, c’est maintenir la Révélation vivante et active au lieu de la figer dans une idéologie.

Juste après avoir terminé ce livre, j’entendais une citation de François Vouga. Les chrétiens, ce sont ceux qui reconnaissent le Dieu révélé en Jésus Christ et qui discutent pour savoir ce que ça veut dire… Un talmudisme chrétien ?

 

Marc Alain Ouaknin. Invitation au Talmud. Flamarion.

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