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Un esclave inutile

7 Octobre 2013 , Rédigé par Corinne Janin et Eric George Publié dans #Bible, #Luc, #Foi, #Engagement

Culte du 6 octobre

Habaquq 1.2-3;2.2-4

2 Timothée 1.6-14

Luc 17.5-10

Corinne :

Nous débutons chaque conseil presbytéral par un temps d'aumonerie.

Le 6 septembre le texte choisi par le pasteur était Luc 17,v 7 à 10....

Ce soir-là déjà la lecture de ces versets m'ont fait à nouveau réfléchir sur ma mission au sein du conseil presbytéral.

Puis lorsque nous avons préparé ce culte avec Eric la question suivante s'est rapidement posée pour moi :

« Comment je reçois ce serviteur inutile en tant que présidente du conseil presbytéral? »

Effectivement je n'attends pas de reconnaissance particulière.

Je ne suis pas dans une logique de récompense, car si j'attends trop de reconnaissance je risque de n'avoir que de la frustration.

Eric :

J’espère quand même que sans attendre cette reconnaissance, tu en reçois parfois…

Corinne :

J'avais bien pensé à la reconnaissance de soi, mais j'avais peur que ça fasse un peu prétentieux....

C'est sûr que de se sentir appelée donne confiance, c'est sentir que je vaux quelque chose pour Dieu. C'est une reconnaissance de ma valeur.

Lors de l'assemblée génerale précédente, lors de la fête de l'entrée de notre église locale dans l'Eglise Protestante Unie, des paroissiens m'ont déjà manifesté leur reconnaissance

Il y a aussi de la reconnaissance quand tous les conseillers préparent avec sérieux le conseil presbytéral, quand ils répondent avec un enthousiasme sincère à mes sollicitations. Je vis leur investissement comme une marque de confiance.

Et puis est-ce tiré par les cheveux si je te dis que c'est dans la continuité du baptême. C'est la poursuite de cette vie nouvelle à laquelle nous sommes appelés par Dieu.

Eric :

Non, je ne pense pas que ce soit tiré par les cheveux, le baptême est déjà la marque d’un appel et surtout d’une reconnaissance, le baptême nous dit que Dieu nous aime

En fait, si je te posais cette question de la reconnaissance, c’est que c’est peut-être un des premiers intérêts à se reconnaître comme serviteur inutile : quand on attend un retour pour ce qu’on a fait, que ce soit sous la forme de salaire ou d’une reconnaissance, on ne reçoit jamais assez. Mais lorsque l’on n’attend rien, on peut vraiment se nourrir et même parfois s’émerveiller de ce qu’on reçoit en retour.

C’est important mais je sais bien que ce n’est pas uniquement en fonction de la reconnaissance que tu vis ton ministère.

Corinne

Ce temps de présidence du conseil est une « aventure spirituelle » riche, même si elle n'est pas toujours de tout repos!

Je savais à quoi je m'engageais en acceptant ce ministère. Je ne vis pas ce ministère comme un pouvoir mais réellement comme une grâce.

Eric

Tant mieux, car je crois que c’est comme une grâce que nous devrions recevoir tout ministère et même toute place que l’on occupe dans l’Eglise.

Corinne

Se pose pour moi la question du devoir, peux-tu m'aider à voir plus clair pour ce verbe?

Eric

Alors que les exégètes et les traducteurs butent surtout sur le terme d'inutile, c'est intéressant que ce soit la notion de devoir qui t'interroge. Et c'est bien car cela nous renvoie à un autre mot : celui d'esclave que nos traductions adoucissent souvent par serviteur.

Pourtant, je crois que pour bien comprendre la parabole, il nous faut entendre le terme d'esclave (et donc le devoir qui va avec) dans toute sa force.

Le salarié échange son travail contre une rémunération mais l'esclave est considéré comme un outil qui doit accomplir la tâche qui lui est assignée.

On dit qu'un salarié fait son devoir quand il a accompli sa part du contrat et il a le droit d'en attendre une reconnaissance, qui prend la forme minimale d'un salaire. Mais l’esclave qui fait son devoir, n’a rien à en attendre, il se contente de remplir la fonction qui lui est assignée.

Et je vois là un point commun finalement entre l’esclave et le chrétien. Puisque nos œuvres, les services que nous rendons à l’Eglise, les bonnes actions que nous accomplissons pour nos frères et sœurs, notre lecture de la Bible, nos prières, notre présence du dimanche matin ne nous servent pas à marquer des points, peut-être nous faut-il demander si ce service qui nous est demandé, ce devoir qui est le nôtre, n’est pas, finalement, ce pour quoi nous sommes faits… Finalement, lorsque Dieu nous exhorte à aimer, c’est un peu comme s’il nous criait : « respire ! »

Mais tout en reconnaissant que nous avons besoin d’aimer comme nous avons besoin de respirer, tout en reconnaissant que nos haines et nos rancœurs nous détruisent, nous savons bien qu’il ne nous est pas si naturel d’aimer, il nous faut souvent nous faire violence pour accueillir l’autre et lui ouvrir notre cœur, pour nous mettre au service.

Alors si on peut parler de devoir chrétien, c’est en gardant l’idée

  • d’une fonction : nous sommes faits pour nous mettre au service de Dieu, c’est-à-dire pour aimer,
  • d’une nécessité, ce service de Dieu, cet amour est ce dont nous avons besoin pour vivre
  • mais aussi d’une contrainte, il ne nous est pas aussi naturel d’aimer que de respirer

Corinne

Le devoir était-ce la sagesse d'accepter cette mission qui me fait vivre un temps extraordinaire dans ma vie de chrétienne?

Eric

Ou peut-être la sagesse était-elle d’accepter cette mission à laquelle tu as été appelée et d’y découvrir ta place.

Corinne

Et pourtant ce devoir n'a rien d'exceptionnel en soi si je fais ce que doit faire un membre du conseil presbytéral.

Accepter d'être un serviteur inutile c'est savoir prendre de la distance par rapport à mes certitudes, mes convictions, accepter les doutes.

C'est aussi un engagement à la fois très intime mais pas solitaire car c'est un ministère collégial. A chaque conseil je me souviens que tout ne dépend pas de moi et ne repose pas sur moi

Cette présidence est pour moi un temps qui augmente ma foi .

Eric

Tiens, c’est vrai qu’après tout la parabole vient en complément de la réponse de Jésus à cette question : « augmente en nous la foi ». Une demande que chaque chrétien formule sans doute un jour ou l’autre : ah ! si seulement, j’avais d’avantage de foi.

Alors est ce que cette présidence te rend plus apte à te lancer dans l’exploitation sous-marine de sycomore ? Ou plus sérieusement, que veux-tu dire quand tu dis que ta foi augmente ?

Corinne

Au sujet de ma foi qui augmente c'est que la confiance que j'ai dans le Seigneur qui a grandi. Je sens plus qu'il m'accompagne chaque jour et m'aide à relativiser des moments douloureux. Ma confiance en l'Homme a aussi évolué, je vois plus en chacun ses côtés positifs et je suis moins dans le jugement. Ma bienveillance, mon indulgence vis à vis des autres est plus grande. J'ai plus de confiance dans la vie.Ca n'a rien de grandiloquent mais c'est cette foi qui me permet de vivre l'ordinaire de façon extraordinaire.

Eric :

Si je comprends bien, pour toi la foi est moins de l’ordre des grandes affirmations, des actions éclatantes que d’un quotidien beaucoup plus modeste. Il ne s’agit pas d’être absolument sûre, de repousser tous les doutes et toutes les questions, d’être tellement dans une confiance en Dieu que tu en deviendrais imperméable, insensible aux soucis et aux difficultés de la vie.

Je me demande si effectivement, on ne pourrait pas lire cette parabole du serviteur inutile comme si Jésus nous disait : « au lieu de chercher à vous faire obéir des sycomores, acceptez plutôt d’être ce serviteur, cet esclave insignifiant. »

Après tout, que fait un sycomore planté dans la mer ? Il crève. Du coup, je me demande un peu si cette foi qui permet de planter un sycomore dans la mer, n’est pas du même ordre que celle qui fait planter des avions dans des gratte-ciel.

Finalement, Jésus ne nous met-il pas en garde contre une foi que nous vivrions comme une puissance, comme une autorité qui nous placerait au-dessus des autres ? On sait bien que les croyants ont souvent fait de leur soumission à leur dieu un bon prétexte pour se mettre en position de diriger les autres, ce constat se vérifie aussi bien à travers l’histoire que dans notre actualité.

Pourtant, dans ta réponse, il y a un autre aspect, tu dis bien que ta foi augmente et tout ce qu’elle t’apporte en plus, tu parles d’aide, d’évolution, d’augmentation. En nous le rappelant, tu nous évites de verser trop dans l’excès inverse, tu nous évites d’opposer à la foi fanatique une foi uniquement faible et vacillante, une foi qui ne changerai rien, une foi qui n’apporterait rien. Bien sûr, que la foi transforme notre vie, notre regard, nos relations aux autres, et qu’aussi discret soit-il, c’est un changement en profondeur.

Et puis, en parlant de cette foi comme un plus, tu légitimes la demande des disciples « augmente en nous la foi », parce que nous avons tous besoin que cette confiance en Dieu, ce regard positif sur les autres, cette capacité à relativiser les moments difficiles augmente.

Oui frères et sœurs, il est bon que nous demandions à Dieu d’augmenter notre foi, non pas celle qui nous élève et nous donne la puissance, mais cette foi qui nous permet de toujours mieux savoir ce que nous sommes, ce que nous avons à faire, cette foi qui nous délivre de notre volonté de toujours vouloir briller et dominer, cette foi qui nous permet de ne rien attendre car déjà tout nous a été donné.

Nous prions :

Père

Augmente notre foi

Mais augmente-la à ta manière

Et non pas à la notre

Augmente notre foi

Qu’elle nous fasse accepter notre petitesse

Et nos limites

Qu’elle nous permette de nous émerveiller de ton amour

Augmente notre foi

Afin qu’elle nous transforme

Qu’elle nous pousse à l’amour et au service

Augmente notre foi

Afin qu’elle nous fasse vivre

Amen

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