Son troupeau, mon troupeau, notre troupeau
Publié le 22 Avril 2018

Prédication du dimanche 22 avril 2018
Jean 10, 11-18
Le texte de l’évangile selon Jean me pousse toujours à une certaine défiance vis à vis du terme de pasteur, de berger que notre tradition protestante accole aux ministres de la Parole et de l’union. Mais ce matin, plutôt que sur les termes de berger, de brebis, de troupeau, ce texte nous interroge sur les sens de l’adjectif possessif : son troupeau, mon troupeau, notre troupeau.
Son troupeau
Qu’est ce qui fait de Jésus le bon berger ? Qu’est ce qui le distingue de l’employé, du mercenaire ?
D’après le texte, la distinction, c’est que précisément Jésus est le propriétaire du troupeau. Nous sommes la propriété de Jésus, cela nous est toujours un peu difficile à entendre, à nous qui voudrions tant n’appartenir à personne, être maîtres de nos vies et de nous-mêmes.
Pourtant, nous devrions entendre les promesses qui sont liées à ce titre de propriété
Tout d’abord, personne d’autre, aucune autre puissance ne peut revendiquer une quelconque propriété sur nous. Si nous sommes le patrimoine de Jésus, comment pourrions-nous être esclaves d’une
Ensuite, nous ne sommes pas les pauvres dont Jésus a pitié, nous sommes son trésor, sa richesse. Si nous sommes la richesse, le trésor de Dieu comment pourrions-nous croire ou nous laisser dire que nous ne valons rien ?
Enfin, Jésus n’est pas n’importe quel propriétaire. Dans Le petit prince de Saint Exupery, il y a deux modèles de propriétaire : l’homme d’affaire qui possède les étoiles et le Petit prince qui possède une rose et trois volcans (dont un éteint).
Un extrait de leur dialogue. Le petit prince selon Saint Exupery, chapitre 13
- moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n'a songé à les posséder.
- Ça c'est vrai, dit le petit prince. Et qu'en fais-tu ?
- Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. C'est difficile. Mais je suis un homme sérieux !
Le petit prince n'était pas satisfait encore.
- Moi, si je possède un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et l'emporter. Moi, si je possède une fleur, je puis cueillir ma fleur et l'emporter. Mais tu ne peux pas cueillir les étoiles!
- Non, mais je puis les placer en banque.
- Qu'est-ce que ça veut dire?
- Ça veut dire que j'écris sur un petit papier le nombre de mes étoiles. Et puis j'enferme à clef ce papier-là dans un tiroir.
- Et c'est tout ?
- Ça suffit !
C'est amusant, pensa le petit prince. C'est assez poétique. Mais ce n'est pas très sérieux.
Le petit prince avait sur les choses sérieuses des idées très différentes des idées des grandes personnes.
- Moi, dit-il encore, je possède une fleur que j'arrose tous les jours. Je possède trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est éteint. On ne sait jamais. C'est utile à mes volcans, et c'est utile à ma fleur, que je les possède. Mais tu n'es pas utile aux étoiles...
Réjouissons-nous, celui qui nous possède est un propriétaire qui prend soin, un propriétaire utile.
Mon troupeau
Pourtant, ne perdons pas trop vite de vue que cette description de l’attitude du bon berger est aussi un appel. Je ne suis certes pas propriétaire du troupeau comme Jésus peut l’être, néanmoins l’Eglise est mon troupeau. Mais quel sens a ici l’article possessif “mon”
“Vos enfants ne sont pas vos enfants” écrit Coelho. En fait, mes enfants ne sont certainement pas ma propriété (en tout cas, ils refusent catégoriquement de se considérer comme tels), ils sont pourtant bien mes enfants, tout comme ma famille est ma famille, ou ma vie est ma vie, ou, plus parlant encore, mon avenir est mon avenir. Je n’en suis pas propriétaire mais en fait, j’en fais partie, ce qui l’atteint me touche personnellement, ce qui le concerne me concerne directement.
Alors, est-ce que parle de mon Eglise, comme je parle de ma famille ou bien comme je parle de mon club de gym, de ma boulangerie ou de mon café préféré ? Est-ce que l’Eglise est seulement un des lieux dont je retire un intérêt, que ce soit un salaire (comme quelques privilégiés dont les pasteurs) ou un enrichissement social, intellectuel ou spirituel ou bien est-elle le troupeau dont je suis membre ? Cela change très certainement le soin que nous en prenons...
Notre troupeau
Puisque en parlant de l’Eglise, nous ne pouvons employer l’adjectif possessif qu’en tant que membre, alors cet adjectif, il nous faut constamment le mettre au pluriel. L’Eglise, qui appartient à Jésus Christ est notre Eglise, notre troupeau. Il nous rappelle d’ailleurs que même communautairement, dans cet enclos que nous connaissons bien du protestantisme luthérien et réformé, nous ne sommes pas les seuls membres du troupeau « J’ai encore d’autres moutons qui ne sont pas de cet enclos ; ceux-là aussi il faut que je les amène ; ils entendront ma voix et ils deviendront un seul troupeau, un seul berger ».
Je ne suis pas propriétaire du troupeau pour regarder de haut celles et ceux qui y arrivent avec des idées nouvelles, des pratiques différentes et pour les accuser de changer mon Eglise. Je ne suis pas propriétaire du troupeau pour regarder celles et ceux qui sont attachés à leur tradition et pour les accuser de scléroser l’Eglise. Ensemble, nous sommes membres du même troupeau, appelés à faire vivre ce troupeau au service de son seul propriétaire.
Frères et sœurs, regardons à Jésus et voyons quel berger nous avons, mesurons au soin qu’il nous donne quelle valeur nous avons. Ensuite regardons autour de nous et découvrons notre troupeau, découvrons nos frères et sœurs comme membres du même corps que nous et découvrons ainsi quelle valeur ils ont pour nous.
/image%2F0667580%2F201306%2Fob_e7d195_382358-10200152032696419-1145225252-n.jpg)