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Kiss me, stupid Jacob

Kiss me, stupid Jacob

Orville Spooner et Barney Milsap habitent à Climax, Nevada. L’un donne des leçons de piano, l’autre est garagiste. Tous deux composent des chansons. Un jour Dino, chanteur de charme sur le retour, s’arrête à Climax. Barney sabote sa voiture de façon à lui faire passer la nuit chez Orville, où il pourra écouter leurs compositions. Mais Orville est extrêmement jaloux de sa femme, Zelda, et Dino est un grand séducteur. Barney a alors l’idée de faire jouer le rôle de Zelda à Polly, une prostituée locale. (résumé wikipedia de Embrasse-moi, idiot (Kiss me, stupid)

Un vaudeville à base d’usurpation d’identité, avant tout une comédie burlesque bien sûr, mais Wilder nous y offre aussi de vrais moments d’acidité, de mélancolie et même de drame (les larmes de Kim Novac…) et un discours finalement assez transgressif.

Et je pense aux usurpations d’identité du cycle de Jacob, de la bénédiction volée en se faisant passer pour son frère aîné (Genèse 27), à la substitution de Léa à Rachel (Genèse 29, 15-20)… Bien sûr, l’histoire n’a rien à voir, pourtant, on y retrouve tant d’éléments communs : le caractère burlesque pour commencer (ne lisons-nous pas un peu trop sérieusement, pieusement des histoires qui faisaient rire leurs auditeurs premiers ? N’y a-t-il pas quelque chose de risible dans ce père qui reconnaît son fils aîné dans la toison d’un chevreau et dans cet escroc trompé lors de sa nuit de noce par un beau-père plus filou que lui ?), mais de la même manière, on y pressent le drame humain de Jacob qui sait qu’en le bénissant, son père croit bénir son frère, de Léa, contrainte d’épouser un homme qui la prend pour sa sœur… On y retrouve la même amoralité, le même cynisme moqueur sur nos penchants humains (que penser de ses parents qui préfèrent chacun l’enfant qui leur ressemble le plus ? de ces frères en perpétuelle rivalité, de ce père qui ne voit en en son gendre qu’un moyen de profit et de ses filles qui se font finalement complices ?) On y retrouve aussi ces femmes qui tiennent les rênes dans un monde résolument patriarcal…On y retrouve aussi le même happy end qui est à des lieus de tous les plans fomentés par les humains…

Et du coup, je rêve de voir la Bible filmée par un Billy Wilder, dans le rire, dans  une ironie faussement légère, une tendre lucidité, plutôt qu’en de pompeux peplums, et je crois voir Jacob rouler des yeux en entendant la bénédiction destinée à Esaü, je crois voir les larmes aux yeux de Lea, jeune mariée sous un faux nom, une bible humaine, drôle et grave, une bible-miroir qui nous oblige à rire de nous.

 

Kiss me, stupid. Par Billy Wilder (1964)

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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