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Des étoiles, des savants et des rois

Des étoiles, des savants et des rois

Quand les étoiles s'inclinent vers des chercheurs perdus et des rois troublés, un service radio sur l'épiphanie.

Une étoile et un livre, des savants et des rois, tels sont les acteurs du récit de l’Epiphanie. Chers auditrices et auditeurs, chers frères et sœurs, bonjour et belle et bonne année à chacun, chacune d’entre vous.

La Grâce et la Paix vous sont données de la part de Dieu notre Père et de Jésus le Christ, notre Seigneur. Son Esprit nous conduit ce matin dans la lecture de la Bible, dans l’écoute de la Parole de Dieu et il ouvre nos cœurs à son amour et à sa fidélité.

Amen

Avant de nous plonger dans le récit de Matthieu, le psaume 148 nous conduit à lever les yeux vers la voûte étoilée et nous fait entrer dans la louange

 

Louez le SEIGNEUR (Yah) ! Louez le SEIGNEUR depuis le ciel ! Louez-le dans les hauteurs !

Louez-le, vous tous, ses messagers ! Louez-le, vous toutes, ses armées !

Louez-le, soleil et lune ! Louez-le, vous toutes, étoiles lumineuses !

Loue-le, ciel du ciel, et vous, les eaux qui êtes au-dessus du ciel !

Qu'ils louent le nom du SEIGNEUR ! Car il a donné un ordre, et ils ont été créés.

Il les a établis à jamais, pour toujours ; il a donné une prescription qu'il ne violera pas.

Louez le SEIGNEUR depuis la terre, monstres marins, et vous tous, abîmes,

feu et grêle, neige et brouillard, et toi, vent de tempête, qui exécutes sa parole,

montagnes et vous toutes, collines, arbres fruitiers et vous tous, cèdres,

animaux et vous toutes, bêtes, bestioles et oiseaux,

rois de la terre et tous les peuples, princes et tous les juges de la terre,

jeunes gens et jeunes filles, vieillards et enfants !

Qu'ils louent le nom du SEIGNEUR ! Car son nom seul est élevé, il est plus éclatant que la terre et le ciel.

Il a élevé la corne de son peuple : louange pour tous ses fidèles, pour les Israélites, le peuple qui lui est proche ! Louez le SEIGNEUR (Yah) !

J’aime à penser que, comme nous les hébreux ont levé les yeux et se sont émerveillés du ciel parsemé d’étoiles, j’aime à penser que ce scintillement de l’infini, cette obscure clarté ont inspiré leurs poèmes, leurs chants, et pourquoi pas leurs déclarations d’amour. Et j’aime que je psalmiste ait évoqué ces étoiles pour affirmer une majesté plus grande encore, celle du Dieu unique, du Seigneur de l’univers.

***

Si les auteurs bibliques admiraient la splendeur des étoiles, bien avant Jacques Brel et son inaccessible étoile, ils ont fait des étoiles un symboles d’espérance. Rappelons-nous d’Abraham, à qui Dieu promettait « Ta descendance sera plus nombreuse que les étoiles du ciel ».

Et je pense que nous voyons aussi l’étoile que nous accrochons au sommet de nos sapins comme un signe d’espérance. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons situé la naissance de Jésus au solstice d’hiver : pour nous rappeler qu’au plus profond de la nuit, la lumière luit toujours…

C’est nourris par cette espérance que nous nous tournons vers Dieu en lui disant

Notre Père

Qui es aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite

Sur la terre comme au ciel

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

Pardonne-nous nos offenses

Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

Et ne nous laisse pas entrer en tentation

Mais délivre-nous du mal

Car c’est à toi qu’appartiennent

Le règne la puissance et la gloire

Aux siècles des siècles

Amen

***

Pourtant dans la Bible, les étoiles ne sont pas que décoratives ni symbole d’espérance, elles ont aussi une fonction, c’est ce que nous rappelle le récit de la création en Genèse 1 verset 14 à 18

Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans la voûte céleste pour séparer le jour et la nuit ! Qu'ils servent de signes pour marquer les rencontres festives, les jours et les années, qu'ils servent de luminaires dans la voûte céleste pour éclairer la terre ! Il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer le jour et le petit luminaire pour dominer la nuit, ainsi que les étoiles. Dieu les plaça dans la voûte céleste pour éclairer la terre, pour dominer le jour et la nuit, et pour séparer la lumière et les ténèbres. Dieu vit que cela était bon.

Dans la Bible, les étoiles, ont donc, à côté de la lune et de soleil une fonction de mesure du temps, et c’est bien ce rôle de marqueur de temps que nous retrouvons dans le passage de l’Evangile de Matthieu que nous lisons à présent, au chapitre 2, les versets 1 à 6

Après la naissance de Jésus, à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem et dirent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus nous prosterner devant lui. A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il rassembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui dirent : A Bethléem de Judée, car voici ce qui a été écrit par l'entremise du prophète :

Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certainement pas la moins importante dans l'assemblée des gouverneurs de Juda ; car de toi sortira un dirigeant qui fera paître Israël, mon peuple.

***

Pour des mages d’Orient, une étoile a donc marqué le début d’un temps nouveau, l’avènement d’un roi de juifs. Cependant, pour trouver ce roi des juifs, pour rencontrer celui qui vient réaliser ce temps nouveau, il ne leur suffit pas de lire le ciel du moment, un texte est également nécessaire, un texte venu du fond des âges. Une étoile pour marquer le temps, l’Ecriture pour indiquer le lieu…

La Bible nous parle sans cesse d’un Dieu vivant, un Dieu en mouvement, un Dieu qui fait route. Eh bien, pour rencontrer un Dieu qui fait route, il ne peut suffire de savoir où, il faut aussi savoir quand.

Si nous prenons un peu au sérieux le récit de Matthieu, nous voyons bien que nous ne pouvons pas déconnecter la lecture de la Bible de la lecture, non pas forcément des étoiles, mais de notre temps, de notre époque.

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la Bible va nous indiquer un lieu géographique, ni qu’une bonne analyse des temps nous permettra de dire quand exactement Dieu nous sera présent. Il s’agit simplement d’établir que si nous ne pouvons pas découvrir le Dieu de Jésus Christ sans passer par la Bible, nous ne pouvons pas d’avantage prétendre le trouver dans une lecture biblique déconnectée du monde qui nous entoure. C’est assez facile à comprendre d’ailleurs, comment pourrions nous aimer notre prochain si nous ne le rencontrions jamais dans le temps où il vit, dans l’époque que nous partageons avec lui.

En nous racontant comment l’enfant de Bethléem est désigné par la Bible et par l’étoile, par les scribes et par les mages, Matthieu nous rappelle ce double impératif d’une lecture des textes ancrées dans notre monde et d’une lecture du monde éclairée par la Bible.

***

Pour mieux comprendre qui sont les autres protagonistes du récit, qui sont ces savants et ces rois que j’annonçais il y a quelques minutes, je vous propose d’entendre la suite du récit de Matthieu

Toujours au chapitre 2, les versets 7 à 12

Alors Hérode fit appeler en secret les mages et se fit préciser par eux l'époque de l'apparition de l'étoile. Puis il les envoya à Bethléem en disant : Allez prendre des informations précises sur l'enfant ; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi je vienne me prosterner devant lui.

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Or l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait ; arrivée au-dessus du lieu où était l'enfant, elle s'arrêta. A la vue de l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, virent l'enfant avec Marie, sa mère, et tombèrent à ses pieds pour se prosterner devant lui ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Puis, divinement avertis en rêve de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

***

Des mages venus d’Orient…

Il nous faut bien sûr relever que ces premiers témoins de la royauté de Jésus sont des étrangers, des païens, et cela devrait transformer notre regard sur tous les chercheurs de Dieu, nous conduire à admirer et célébrer leur démarche, à louer Dieu pour ces hommes et ces femmes qui le cherchent sans le connaître.

C’est pour cela que je préfère parler de savants ou des chercheurs que de mages. bien sûr, leur science n’est pas la nôtre et leur observation des étoiles tient plus de l’astrologie à laquelle je n’accorde aucun crédit qu’à l’astronomie, leur chemin vers Jésus ressemble plus à un parcours païen que de la théologie juive ou chrétienne.

En revanche, nous pouvons valider leur démarche et même la prendre en exemple sur cinq points

D’abord après avoir observé l’étoile censée marquer la naissance du roi des juifs, les savants se mettent en chemin, ils quittent leur pays, leur confort, ils entreprennent un long voyage. Ce n’est pas rien ! Face aux marqueurs de temps nouveaux que nous voyons dans notre monde, aux transformations de sociétés, au changement climatique, sommes-nous capables de nous déplacer, de quitter nos habitudes, de nous mettre en marche, comme ces savants venus d’Orient ?

Ensuite, ils raisonnent, ils se servent de leur cerveau, ils suivent leur logique : puisque le roi des juifs vient de naître, c’est à la capitale des juifs qu’il faut le trouver. (Nos images de mages suivant une étoile est fausse, d’après le texte, après avoir vu son étoile en Orient, les mages ont juste suivi leur raisonnement en allant à Jérusalem). Bon, en fait, c’est raté, ce n’est pas là qu’il fallait aller… Pour autant, c’est très bien d’être allé à Jérusalem, d’abord ça les a rapprochés et puis c’est là qu’ils ont trouvé l’aide dont ils avaient besoin ;

Et c’est mon troisième point, ils savent demander de l’aide, ils savent écouter d’autres savants qui ne suivent pas forcément les mêmes protocoles qu’eux, qui n’ont pas les mêmes méthodes, ni les mêmes clefs de lecture du monde. Matthieu nous met déjà devant la nécessité d’une recherche internationale.

Quatrième point, quand ils retrouvent enfin cette étoile qu’ils avaient vu au-dessus du lieu où était l’enfant, ils acceptent le résultat de leur recherche, même si ce n’était probablement pas celui auquel ils s’attendaient. Je pense que bien des scientifiques pourraient témoigner qu’il n’est pas si simple d’intégrer un résultat aussi différent de l’intuition ou des présupposés du départ. Et même pour nous, il est difficile d’accepter qu’un raisonnement nous conduisent à renoncer à l‘intuition de départ

Enfin, les savants disparaissent de l’histoire en se laissant une dernière fois déplacer, en acceptant de prendre à nouveau un chemin différent de celui prévu, un chemin différent de tous ceux qu’ils avaient suivi jusqu’ici. Ils acceptent d’entendre une nouvelle source d’inspiration.

C’est sans doute dans leur mobilité que les mages d’orients sont pour nous un signe d’espérance : il est donc possible que cette humanité si éloignée du Dieu de Jésus Christ soit déplacée, entraînée hors de ses chemins, de ses frontières, que Dieu la fasse venir jusqu’à lui.

Mais dans cette mobilité, que les mages soient aussi pour nous un exemple à suivre. Les non-croyants ne sont certainement pas les seuls à avoir besoin d’être déplacés et sans doute, pour nous aussi, Dieu devra-t-il déplacer quelques étoiles pour nous arracher à nos conforts de pensées et d’habitudes.

***

Les mages ne sont pas des rois, c’est entendu - ils n’ont été couronné que plus tard, dans la tradition. Mais il y a bien deux rois dans ce texte. Le roi des juifs devant lequel ils sont venus se prosterner et le roi Hérode.

Commençons donc par le méchant de l’histoire. Mais Hérode est-il juste un bon méchant pour une belle histoire d’aventure ou bien est-il un miroir que la Bible nous tend.

En effet, ce roi troublé de découvrir qu’il existe un véritable roi des juifs et que ce n’est pas lui, n’est ce pas moi quand Dieu me demande de me décentrer de moi-même, de tourner tout mon cœur, toute ma pensée, toute mon intelligence vers Dieu et vers mon prochain ?

Ce roi qui prétend vouloir adorer alors qu’il veut anéantir ce qui lui fait de l’ombre, n’est-ce pas moi quand je fais de Dieu un simple objet de religion, quand le neutralise par mes rituels et mes dogmes ?

Ce roi qui décide de tuer tous les enfants de Bethlehem pour être sûr de ne pas laisser échapper son ennemi, n’est ce pas moi quand je généralise, quand j’enferme celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec moi dans des boîtes, sous des étiquettes ?

Je vous invite à la prière

 

Dieu notre Père

Délivre-nous de nous-même

 

Pardonne-nous

De nous poser comme juges de nos frères et de nos sœurs

De les enfermer dans nos mots, nos étiquettes si commodes

 

Pardonne-nous

De faire de toi une idole creuse

De préférer lois, holocaustes et sacrifices

A l’amour de notre prochain

 

Pardonne-nous

De refuser ta seigneurie

Au nom de notre propre rêve de contrôle

 

Délivre-nous de nous-même

Délivre-nous de l’angoisse de vouloir tout contrôler

Apprends nous l’humilité, la confiance et l’amour

 

Amen

 

 

 

 

Et face à Hérode, ce roi dont les angoisses et les troubles ressemblent tellement aux nôtres, un autre roi, un enfant. Un enfant si différent de ce que les mages cherchaient qu’une étoile et l’Ecriture ne seront pas de trop pour qu’ils reconnaissent en lui le roi des juifs.

 

Je vous invite à la prière

Notre Joie est de te louer, Seigneur Dieu

Par ton fils Jésus Christ

Car en lui nos cœurs sont illuminés

 

Nous attendions un surhomme

Tu nous as donné un petit enfant

Nous attendions un chef

Tu nous as donné un frère

Nous attendions un justicier

Tu nous as donné une victime

Nous étions en proie à la haine et voici l’amour

De la peur, et voici la joie

De la nuit, et voici la lumière !

Nos sages sont allés à toi avec leurs richesses

Et c’est toi qui les a comblés

Nos puissants sont allés à toi avec leur superbe

Et c’est toi qu’ils ont adoré.

 

A leur suite, avec l’Eglise universelle

Avec les puissances du ciel et de la terre

Avec le peuple des sages et des humbles

Nous chantons l’hymne de ta gloire.

***

Revenons aux étoiles, ou plutôt laissons-les revenir à nous. En effet, la plus grande merveille avec les étoiles de la Bible, c’est qu’elles s’inclinent vers nous.

Le patriarche Joseph rêvait que les étoiles se prosternaient devant lui et le récit de Matthieu nous montre une étoile qui vient se pencher sur une naissance. Dans la Bible, les étoiles, inaccessibles et majestueuses, s’inclinent vers ces chercheurs un peu perdus, vers ces rois troublés que nous sommes.

L’étoile de Noël est beaucoup plus qu’un conte pour enfant, qu’une chanson de Sheila ou que le témoignage d’un évènement astronomique vieux de deux mille ans. Matthieu nous invite à lire la naissance de Jésus à la lumière du psaume 8, les versets 2 à 6

SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre, toi qui te rends plus éclatant que le ciel !

Par la bouche des enfants, des nourrissons, tu as fondé une force, à cause de tes adversaires, pour imposer silence à l'ennemi vindicatif.

Quand je regarde ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place,

Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?

Tu l'as fait de peu inférieur à un dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence.

En fait, plus encore que la majesté des étoiles, c’est la majesté de Dieu qui s’incline vers nous, qui vient à notre rencontre. L’étoile de Noël est un signe d’espérance, le marqueur d’un temps nouveau, elle est surtout le témoignage d’une merveilleuse nouvelle , le Dieu du ciel s’est fait Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu avec tous les humains.

Frères et sœurs, que cette incroyable nouvelle vous rejoigne et qu’elle vous fasse vivre, qu’elle éclaire votre vie, qu’elle fasse scintiller vos yeux, qu’elle illumine votre vie toute entière. Que tous nous soyons épiphanie, rayonnement de l’amour de Dieu sur la terre.

Amen

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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