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Suivre l'étoile

Suivre l'étoile

Prédication du 6 janvier 2019

Matthieu 2, 1 à 12

 

Rêver un impossible rêve

Porter le chagrin des départs

Brûler d’une possible fièvre

Partir où personne ne part

Aimer jusqu’à la déchirure

Aimer même trop, même mal

Tenter sans force et sans armure

D’atteindre l’inaccessible étoile

 

Oui, le récit des mages dans l’évangile selon Matthieu m’évoque plus facilement Jacques Brel que Sheila… Et ce matin, je vais commencer par rappeler que ces mages venus d’Orient figurent l’humanité toute entière appelée à adorer ce roi d’un genre nouveau qu’est Jésus, mais c’est plutôt vers l’étoile que je voudrais me tourner, sur l’étoile que je voudrais me focaliser.

Habituellement, lorsque je parle des mages, je m’empresse de signaler que selon le texte biblique, ils n’avaient pas de noms, pas d’autres nationalités que « venu d’Orient » et qu’ils n’étaient pas forcément trois. En parlant de l’étoile, je vais immédiatement préciser que d’après le texte, les mages n’ont pas suivi l’étoile depuis l’Orient jusqu’à Jérusalem mais qu’ayant vu, en Orient, une étoile annonçant la naissance du roi des juifs, ils sont tout naturellement venu lui présenter leurs hommages à Jérusalem, la capitale.

 

Alors ce matin, levons les yeux vers les étoiles. Et puisque il est un peu tard dans la matinée et que nous sommes enfermés, puisque la météo ne s’y prête guère, puisque les lumières de Paris nous les masquent, eh bien, levons-les en souvenir et en imagination. Je suis certain que tous nous nous sommes, une nuit ou l’autre, émerveillés devant la voûte étoilée. Et cela nous rapproche de ces hébreux si lointains, des rédacteurs de la Bible qui, eux aussi, se sont extasiés devant ce spectacle, qui eux aussi s’en sont inspirés pour leurs rêves, leurs poèmes, leurs chants, et pourquoi pas leurs déclarations d’amour…

De nombreux peuples voisins des hébreux ont vu dans les étoiles le symbole de divinités multiples, les hébreux, eux, ont utilisés les étoiles pour affirmer une majesté encore plus grande, un infini plus vaste. Aujourd’hui encore, nous avons du mal à nous représenter l’univers, à le conceptualiser, et nous avons du mal à concevoir ce Dieu encore plus grand… Eh bien, mesurons qu’il y a 2500 ans (au bas mot) des hommes ouvraient déjà cette immensité. Mesurons-le et profitons-en pour cesser de dénigrer la théologie un peu primitive du Premier Testament puisque nous butons sur la même difficulté, sur le même indicible…

 

Si les auteurs bibliques admiraient la splendeur des étoiles, s’ils les ont utilisées pour dire bien avant Jacques Brel et son inaccessible étoile, ils ont fait des étoiles un symboles d’espérance. Rappelons-nous d’Abraham, à qui Dieu promettait « Ta descendance sera plus nombreuse que les étoiles du ciel ».

Et je pense que nous voyons aussi l’étoile que nous accrochons au sommet de nos sapins comme un signe d’espérance. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons situé la naissance de Jésus au solstice d’hiver : pour nous rappeler qu’au plus profond de la nuit, la lumière luit toujours…

 

Mais dans la Bible, les étoiles ne sont pas seulement décoratives, théologiques ni symbolique, elles ont aussi une fonction, c’est ce que nous rappelle le récit de la création en Genèse 1 verset 14 à 18

Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans la voûte céleste pour séparer le jour et la nuit ! Qu'ils servent de signes pour marquer les rencontres festives, les jours et les années, qu'ils servent de luminaires dans la voûte céleste pour éclairer la terre ! Il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer le jour et le petit luminaire pour dominer la nuit, ainsi que les étoiles. Dieu les plaça dans la voûte céleste pour éclairer la terre, pour dominer le jour et la nuit, et pour séparer la lumière et les ténèbres. Dieu vit que cela était bon.

Dans la Bible, les étoiles, ont donc, à côté de la lune et de soleil une fonction de mesure du temps, et c’est bien ce rôle de marqueur de temps que nous retrouvons dans le passage de l’Evangile de Matthieu

          Ce rôle de marqueur de temps m’inspire trois réflexions

         

  1. Tout d’abord, un questionnement réel : avons-nous encore besoin de marqueur de temps ? Ou plutôt, n’en avons-nous pas plus besoin que jamais ? En effet, il me semble que nous avons de plus en plus de mal à différer nos temps, à prendre le temps de l’attente, à marcher tout doucement vers une fontaine, comme le disait le Petit Prince. Oui, dans notre époque du « tout, tout de suite » peut-être devrions nous retrouver des marqueurs de temps, des étoiles, des saisons, des temps liturgiques, des temps pour l’attente, pour l’arrêt, pour la reprise, pour la fête…

 

  1. Pour des mages d’Orient, une étoile a donc marqué le début d’un temps nouveau, l’avènement d’un roi de juifs. Cependant, pour trouver ce roi des juifs, pour rencontrer celui qui vient réaliser ce temps nouveau, il ne leur suffit pas de lire le ciel du moment, un texte est également nécessaire, un texte venu du fond des âges. Une étoile pour marquer le temps, l’Ecriture pour indiquer le lieu…

La Bible nous parle sans cesse d’un Dieu vivant, un Dieu en mouvement, un Dieu qui fait route. Eh bien, pour rencontrer un Dieu qui fait route, il ne peut suffire de savoir où, il faut aussi savoir quand.

Si nous prenons un peu au sérieux le récit de Matthieu, nous voyons bien que nous ne pouvons pas déconnecter la lecture de la Bible de la lecture, non pas forcément des étoiles, mais de notre temps, de notre époque.

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la Bible va nous indiquer un lieu géographique, ni qu’une bonne analyse des temps nous permettra de dire quand exactement Dieu nous sera présent. Il s’agit simplement d’établir que si nous ne pouvons pas découvrir le Dieu de Jésus Christ sans passer par la Bible, nous ne pouvons pas d’avantage prétendre le trouver dans une lecture biblique déconnectée du monde qui nous entoure. C’est assez facile à comprendre d’ailleurs, comment pourrions-nous aimer notre prochain si nous ne le rencontrions jamais dans le temps où il vit, dans l’époque que nous partageons avec lui.

En nous racontant comment l’enfant de Bethléem est désigné par la Bible et par l’étoile, par les scribes et par les mages, Matthieu nous rappelle ce double impératif d’une lecture des textes ancrées dans notre monde et d’une lecture du monde éclairée par la Bible.

 

  1. Enfin, ma troisième réflexion va peut-être un peu plus loin que ce que Matthieu voulait signifier. Dans l’univers, nous le savons, tout tourne, la lune tourne autour de la terre, qui tourne autour du soleil, qui tourne autour du centre de notre galaxie qui tourne sans doute autour du centre de l’univers… C’est vertigineux. Les hébreux avaient sans doute eux aussi remarqué, dans la mesure de leur vision du cosmos que le ciel tournait autour de la terre… C’est peut-être cette observation qui poussait le Qoeleth, l’ecclésiaste à affirmer que le temps était lui-même cyclique et que même si une chose est dite nouvelle, elle est, sans doute, déjà arrivée par le passé. Je crois que notre temps humain est en effet cyclique, ou en tout cas en spirale, qu’il n’y a jamais vraiment de grandes nouveautés, juste de petits changements et qu’au bout du compte, nous tournons un peu en rond. Mais voici que dans ce grand tournoiement, Dieu introduit une ligne droite : une étoile se met à foncer en ligne droite, de Jérusalem à Bethléem (c’est seulement sur ce trajet que la Bible nous dit que l’étoile guide les mages) et voilà qu’elle s’arrête au-dessus du lieu où Jésus est né ! Avec la naissance de Jésus, l’histoire humaine, et même l’histoire de l’univers arrête de tourner en rond !!! Nous passons du temps linéaire, de la répétition infinie et désespérante à un monde qui va vers sa fin, c’est à dire non pas la catastrophe mais vers son but, vers le projet que Dieu a pour lui…

 

Et ce but nous est révélé par ce qui est finalement la plus grande merveille avec les étoiles de la Bible, c’est qu’elles s’inclinent vers nous.

Le patriarche Joseph rêvait que les étoiles se prosternaient devant lui et le récit de Matthieu nous montre une étoile qui vient se pencher sur une naissance. Dans la Bible, les étoiles, inaccessibles et majestueuses, s’inclinent vers nous et nous remplissent de joie

L’étoile de Noël est beaucoup plus qu’un conte pour enfant, qu’une chanson de Sheila ou que le témoignage d’un événement astronomique vieux de deux mille ans. Matthieu nous invite à lire la naissance de Jésus à la lumière du psaume 8, les versets 2 à 6

SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre, toi qui te rends plus éclatant que le ciel !

Quand je regarde ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place,

Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?

Tu l'as fait de peu inférieur à un dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence.

En fait, plus encore que la majesté des étoiles, c’est la majesté de Dieu qui s’incline vers nous, qui vient à notre rencontre. L’étoile de Noël est un signe d’espérance, le marqueur d’un temps nouveau, elle est surtout le témoignage d’une merveilleuse nouvelle , le Dieu du ciel s’est fait Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu avec tous les humains.

 

Frères et sœurs, que cette incroyable nouvelle vous rejoigne et qu’elle vous fasse vivre, qu’elle éclaire votre vie, qu’elle fasse scintiller vos yeux, qu’elle illumine votre vie toute entière. Que tous nous soyons épiphanie, rayonnement de l’amour de Dieu sur la terre.

 

Amen

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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