Ce monde aimé de Dieu

Publié le 7 Juin 2020

“Qui croit en lui n'est pas jugé ; qui ne croit pas déjà est jugé, parce qu'il n'a pas cru dans le nom de l’unique-engendré, Fils de Dieu”, les choses sont claires, Jésus est le point de bascule entre le jugement  (et on pourrait même entendre la condamnation - ou la perte, pour sortir du vocabulaire judiciaire) et le salut.

Mais ce point de bascule est-il un point de bascule entre chrétiens et non-chrétiens ou un point de bascule pour le chrétien ?

 

En effet, le premier réflexe que nous avons lorsque nous lisons ce type de versets, c’est de penser aux autres, aux non-chrétiens… Que ce soit dans un esprit de supériorité ou de commisération “les pauvres, contrairement à nous, ils n’ont pas vu la lumière”, ou bien dans un esprit de soulagement “ouf, nous l’avons échappé belle” ou encore dans un esprit d’inquiétude voire de révolte “mais  pourquoi est-ce que les autres ne seraient pas sauvés eux aussi”. Et parfois, c’est dans un mélange de supériorité, de soulagement et d’inquiétude.

          C’est très bien de penser aux autres, mais dans le cas présent, je ne suis pas sûr que cela nous permette de comprendre ce texte.

          En effet, les Evangiles ont été écrit dans un souci d’édification, d’enseignement pour les communautés chrétiennes mais aussi dans un souci d’évangélisation : si Jésus est celui qui vient pour sauver le monde : autant que tous croient en lui. Or la peur, la menace : si vous ne croyez pas, vous serez perdu ne sont jamais de bons motifs de conversions. Récemment, des psychologues ont montré que l’avertissement, même fondé, ne poussait pas nécessairement au changement d’attitude. Les campagnes montrant de manière très violente le danger de l’alcool au volant provoquent le déni bien plus que la prudence. Mais le christianisme l’a malheureusement expérimenté depuis des siècles : une conversion sous la menace ne peut pas être authentique : comment pourrait-on aimer par peur ?

          De plus faire de Jésus un point de bascule entre nous et les autres, c’est prêter à l’évangéliste Jean un discours tout à fait spécieux. Jésus n’est venu dans le monde pour juger mais pour sauver. Mais quand même, c’est lui qui fait la distinction.

 

Il me semble plus fécond de lire ce texte comme un texte d’édification pour les chrétiens. En effet, ne sommes-nous pas comme Nicodème. De notre nuit, de notre obscurité, nous venons à Jésus pour qu’il nous éclaire.

          En effet, les humains ont aimé les ténèbres et, pas plus que Nicodème, nous ne faisons exception. Mais, tout comme à Nicodème, il nous est permis, dans notre nuit de venir trouver Jésus.

          Et comme Nicodème, il va nous être demandé de naître de nouveau, c’est à dire de laisser tomber tout ce que nous croyons savoir, toutes nos certitudes. Parce que croire dans le nom de Jésus ne passe pas par le catéchisme, ni dans l’adhèsion à une doctrine. Croire dans le nom de Jésus, c’est être éclairé par ce verset central

Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné le Fils, l’unique-engendré, pour que tout homme qui croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle

Ce monde que Dieu aime, c’est le nôtre, c’est ce monde qui lui est tellement hostile, ce monde qui ne le loue pas, ce monde qui ne le reconnaît pas comme créateur, ce monde où ne s’accomplit pas sa volonté. Et pourtant Dieu l’aime. Dieu aime les humains qui le peuplent. Et par amour, il donne tout : c’est bien ce que signifie “unique-engendré” : tout ce qu’il a, c’est à dire lui-même.

Croire dans le nom de Jésus, c’est découvrir ce monde, tel qu’il est avec toutes ces imperfections, toutes ces horreurs même comme le monde que Dieu aime et dont il veut la vie.

Découvrir le monde comme aimé, c’est donc être libéré de nos égoïsmes, de nos peurs, de nos jugements. Comment pourrais-je me borner à regarder mon nombril quand Dieu aime le monde qui m’entoure ? Comment pourrais-je avoir peur puisque Dieu aime le monde dont je fais partie ? Comment pourrais-je juger ce que Dieu a choisi d’aimer ? (ou - si nous n’en sommes pas libérés - au moins les reconnaître pour ce qu’ils sont : des ténèbres, qui n’ont aucun poids face à la volonté et à la puissance de Dieu)

 

Oui, mon frère et ma soeur, comme Nicodème, tu peux te laisser toucher par la lumière, tu peux oeuvrer aux oeuvres de la vérité, c’est à dire agir envers les humains, agir envers le monde tout entier comme envers un monde chéri, aimé de Dieu. Tu le peux car cela t’est donné, en effet, c’est ce que Jésus enseignait à Nicodème :  plus fort que tes habitudes et plus fort que tes refus, plus fort que tes peurs et plus fort que tes jugements, le vent souffle où il veut et toi, tu entends sa voix... Laissons ce souffle nous vivifier et nous porter

Rédigé par Eric George

Publié dans #Bible, #Jean, #monde

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