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Heureux les confinés

Heureux les confinés

Heureux les confinés, ils seront libres

Heureux ceux qui sont séparés, il y aura des retrouvailles

Heureux les isolés, ils ne seront pas seuls

Heureux ceux qui ont peur, ils seront rassurés

Heureux les angoissés, ils seront apaisés

Prédication du dimanche 1er novembre. Visioculte de la paroisse de Versailles

Matthieu 5, 1 à 12

Comme prédicateur, comme commentateur, mais même comme chrétien, j’ai toujours trouvé le texte des Béatitudes intimidant. C’est un texte fort, on y voit parfois un condensé de l’Evangile, mais c’est aussi un texte difficile à comprendre… Qu’est ce que sont les béatitudes ?

Une provocation

          D’abord, les béatitudes, c’est une provocation. Si vous avez été choqué par le titre que j’ai donné à ce culte, par mes béatitudes d’introduction, dites-vous que l’auditoire de Jésus a sans doute été également choqué. Leur pays est habité par une armée étrangère « heureux les doux, ils hériteront la terre », leurs souverains pactisent avec l’Empire romain, les collecteurs d’impôts se paient sur la bête : « heureux ceux qui ont faim et soif de justice », et pensez aux premiers chrétiens maltraités dans les synagogues que par le pouvoir public « heureux êtes vous quand ils vous persécuteront ».

          Les béatitudes sont d’abord une provocation. Essayez de dire à quelqu’un qui est frappé par le chagrin « heureux es-tu, toi qui pleure, tu seras consolé », il n’est pas évident qu’il le prendra bien.

          Une provocation, c’est un procédé de communication, un discours choc pour attirer l’attention. Et si vous aimez la rhétorique, avec les béatitudes, vous êtes servis : vous avez une anaphore « heureux » répété 9 fois, des oxymores « heureux les affligés » et des paradoxes « les doux hériteront la terre ». Pourtant je ne crois pas que Jésus se contente ici de faire de la comm’ et d’aligner un slogan.

Une provocation, c’est aussi un refus. Un refus d’accepter les choses telles qu’elles sont. Une provocation, c’est une opposition frontale, et ici, une opposition frontale à ce qu’on appellerait la réalité, mais puisque Jésus passe du présent au futur, disons plutôt une opposition frontale à la situation actuelle.

Une exhortation et une promesse

Si on oublie parfois que les béatitudes sont d’abord une provocation, nous avons l’habitude de les recevoir comme étant de l’ordre de l’exhortation et de la promesse.

Je voudrais tout de même lever deux malentendus fréquents. Sur les béatitudes comme promesse d’abord. On lit parfois les béatitudes comme « oui, c’est difficile aujourd’hui mais si vous acceptez de vous serrer la ceinture et d’encaisser les coups, vous aurez votre récompense demain, c’est-à-dire après votre mort » Je ne crois pas que ce soit une lecture qui tienne la route. D’abord parce que si c’est vrai que les béatitudes évoquent souvent une situation à venir, leur promesse se dit aussi au présent : « le Royaume des cieux est à eux » « votre salaire est abondant aux cieux. » Les cieux ce n’est pas le monde où l’on va après la mort quand des ailes nous ont poussées dans le dos, ni un futur vague, les cieux c’est le domaine de Dieu, coexistant au notre, c’est la vérité de Dieu qui dès maintenant s’oppose à notre réalité… Et puis, si Jésus nous a appris l’amour même des ennemis, s’il a ouvert la voie de la non-violence, son enseignement, ses actes ne nous ont jamais appelés à nous soumettre passivement au mal. Jésus, c’est l’homme qui a combattu les maladies, qui s’est opposé aux règles religieuses quand elles deviennent oppressantes, qui a mis Pilate face à ses contradictions…

Le deuxième malentendu concerne les béatitudes, lues comme une exhortation, serait de croire que Jésus nous exhorte à pleurer, à être persécutés. Sans doute, serait-il bon que nous nous montrions plus affamé de justice, plus doux. Mais je ne pense pas qu’on puisse lire les béatitudes comme une recette de bonheur : pour être heureux : pleurez !

Pourtant, je reçois bien les béatitudes comme une exhortation, une exhortation à changer mon regard. La société dans laquelle nous vivons nous dit que le monde appartient aux riches et aux forts, Jésus nous dit « heureux les doux et les pauvres ». Je me dis que les gens qui se plaignent sont parfois fatiguant et que nous avons tous nos problèmes, Jésus me dit « heureux ceux qui pleurent ». Les défenseurs de grandes causes me saoulent parfois, et Jésus me dit « heureux les assoiffés et les affamés de justice »… Disciple de Jésus, les béatitudes m’appellent à changer de regard et du coup d’attitude. C’est ainsi qu’elles deviennent également promesse.

« Ceux qui pleurent seront consolés » « les affamés de justice seront rassasiés ». Le passif laisse entendre que c’est par Dieu, certes. Mais Dieu ne se sert-il pas de nous ? Notre mission de chrétien est-elle de dire « tu seras consolé » à celui qui pleure ou de les consoler ? De dire « tu seras rassasiée » à celle qui demande justice ou à la nourrir de justice ? Il nous revient de concrétiser les promesses des béatitudes, de les tenir.

Chrétiens, nous sommes citoyens du Royaume des cieux, alors si notre Seigneur donne la première place à ceux qui ont un cœur de pauvre, à ceux qui sont persécutés, notre rôle n’est-il pas de nous mettre à leur service ? On peut donc bien dire que le Royaume des cieux est à eux.

Cela peut paraître ambitieux, mais nous avons mesuré pendant le premier confinement combien nous pouvions avoir souci des plus petits, des plus fragiles, nous avons fait de notre mieux. Eh bien, nous recommencerons en novembre, nous rétablirons nos chaînes d’appel, nous établiront des liens de solidarité. Et ensemble, nous verrons que nous pouvons tenir la promesse des béatitudes.

Une exhortation au bonheur

Je pourrais m’arrêter là. Mais il s’est passé quelque chose ces derniers temps. Ces derniers temps, je me sens un peu moins privilégié, je trouve ma vie un peu moins facile... Je suis coincé chez moi, je peux avoir peur d’aller au temple, d’afficher ma foi. Je sais bien que je ne suis pas le seul, que d’autres sont passés par là avant moi. Mais pour moi, c’est nouveau. Et les béatitudes deviennent aussi pour moi une promesse : « tu auras des frères et sœurs pour t’aider, pour s’inquiéter pour toi, pour prier pour toi »

Les béatitudes deviennent aussi pour moi, pour nous, une exhortation nouvelle, une exhortation au bonheur.
          Une exhortation qui sonne d’abord comme un refus de nous conformer au temps présent. Nous ne serons pas dans le déni de la difficulté de la situation. Mais nous sommes appelés à refuser de nous y conformer. Les béatitudes sont une exhortation à ne pas nous confiner dans notre malheur, dans notre angoisse, à changer de regard sur les problèmes de notre temps, à regarder plus haut, vers les cieux, à prendre de la distance.

Une exhortation aussi à nous interroger sur ce qu’est le bonheur. Notre bonheur est-il seulement dans nos grands et petits plaisirs ? dans nos grandes et petites joies ? Je ne sais pas si tous les humains ont faim et soif de justice… Mais je suis convaincu que tous les humains ont la même soif d’être aimés.

Eh bien, frères et sœurs, par Jésus Christ, nous savons sommes les bien-aimés de Notre Père, nous sommes ses enfants chéris pour qui il donne tout. Et cela, aucune épidémie, aucune maladie, aucune barbarie ne pourra nous l’enlever.

Je suis, nous sommes enfants chéris de Dieu. Comment cela change-t-il ma vie ? Et la vôtre ? Comment cela me rend-il heureux ? C’est la provocation, l’interrogation des béatitudes, la réflexion offerte à chacun…

Heureux les confinés, ils sont libres

Heureux les angoissés, ils seront apaisés

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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