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Le génie lesbien

Le génie lesbien

Bel effet Streisand : c’est par le buzz que je découvre Alice Coffin, par le scandale provoqué par ce passage :Il faut les éliminer [les hommes] Les éliminer de nos esprits, de nos images, de nos représentations. Je ne lis plus les livres d’hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques »

J’écoute l’autrice  en interview, certains de ses propos font sens et j’ai l’intuition que la citation est tronquée, qu’il y a là plus qu’une expression de la Cancell culture ou de l’androphobie… Du coup, je lis son livre. Je n’ai pas perdu mon temps.

D’abord – et c’est toujours un plaisir – mon intuition était juste : la citation est tronquée : le chapitre se termine par « Plus tard, ils pourront revenir », ce qui change pas mal la perspective.

Si la cause lesbienne n’est -forcément- pas la mienne. Je découvre avec le sourire les actions du groupe La barbe !

Mais c’est ailleurs que Le génie lesbien me parle, me fait réfléchir

Alice Coffin me conduit à exprimer plus précisément, et j’espère plus clairement mon relativisme : la vérité existe, elle ne dépend pas des points de vue, c’est la prétention à l’objectivité qui pose problème. La subjectivité, le parti-pris n’excluent pas nécessairement l’honnêteté.

Elle fissure mon catéchisme républicain du modèle de l’intégration, m’en montrant les failles et les échecs, et m’oblige à voir que le modèle communautaire a, lui aussi, ses qualités et ses réussites.

Mais ce qui me frappe le plus, c’est précisément la citation incriminée, ou plutôt, une petite phrase qui la suit : « Les productions des hommes sont le prolongement d’un système de domination ». Or, je reconnais ce système qu’Alice Coffin combat avec humour, avec rage aussi. Ce système de domination avec ce qu’il induit d’oppression, prédation, de violence, mais aussi de compétition, de notation, c’est ce à quoi je crois que la grâce vient se heurter, ce qu’elle vient, non pas fracasser – car Dieu ne combat pas le mal par le mal.

               Je suis trop bobo bien-pensant pour accepter sans résistance qu’on puisse genrer à ce point le problème et en faire une question de masculinité. Mais, après un brin d’introspection, je dois bien reconnaître que ce qui relève en moi de cet esprit de domination, de prédation, de compétition est étroitement lié à une éducation (plus sociétale que familiale) dans la masculinité. Il serait d’ailleurs peut-être plus juste de parler de virilité que de masculinité. La virilité étant ici comprise comme une certaine représentation de la puissance qui consiste à effacer l’autre (en l’éliminant ou en s’imposant) plutôt qu’à construire avec. (Bon, je ne peux m'empêcher de penser que même si les militant.e.s sont souvent nécessaires (ça dépend de leurs causes), cet esprit de domination et de compétition ne les épargne guère non plus)

               Bref, si je ne me convertis pas encore à la cause lesbienne, si je continuerai à voir, dans Le temple maudit, Indy attraper Willie au fouet sans battre ma coulpe (mais sans trouver l’image tout à fait normale, non plus), je ne peux m’empêcher de voir une convergence de lutte entre génie lesbien et génie du christianisme…

 

Alice Coffin : Le génie lesbien. Ed. Grasset

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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