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Le corps du prophète

Le corps du prophète

Le premier chapitre de Jérémie nous fait entrer dans la fabrique du prophète et nous découvrons que le corps y tient une grande place... L'occasion de réfléchir un peu le corps dans notre appel...

Prédication du dimanche 30 janvier 2022

Jérémie 1, 1 à 19

Qu'est ce qu' un prophète , selon vous ?

 

Réponses internet : Un messager, un envoyé quelqu'un qui répand la parole de Dieu ; un gps quelqu'un qui a des révélations divines et les transmet. Dans l’assemblée : quelqu’un qui connaît le futur et l’annonce, quelqu’un qui porte la parole de Dieu, quelqu’un qui révèle le mal…

Merci pour toutes ces réponses

Vous voyez que le prophète est quelqu’un qui parle et qui est relation avec l’univers de l’abstrait : le futur, le divin, le mal…

 

Ce matin, le texte que nous avons entendu nous amène dans la fabrique d'un prophète et ce qui m'a d'abord frappé, c'est la dimension organique de cette fabrique du prophète, la place donnée au corps…

Les premiers versets nous placent dans le domaine de la filiation. Puis nous entrons carrément dans l'uterus pour assister au façonnage du prophète.

Ensuite tous les sens sont convoqués : l’ouïe bien sûr, Dieu parle à Jérémie, mais aussi la vue : Jérémie voit. Et, de manière plus surprenante, le toucher et le goût et même l’odorat sont convoqués, on nous donne à sentir l’encens brûlé aux idoles, et Dieu touche la bouche de Jérémie.

Alors quel goût Dieu a-t-il ? quel contact a-t-il ? Je ne sais pas, mais en fait, je ne sais pas non plus comment on voit les visions ni comment on entend sa voix. Ce que je sais, c’est que pour nous dire l’appel de Dieu, la Bible convoque tous nos sens et donc notre corps.

Vous l’avez compris, c’est sur cette dimension corporelle de l’appel que  je m’arrêterai ce matin.

En effet, la situation géopolitique d'Israël à l'époque de Jérémie n'est pas la nôtre, et si l’histoire en est passionnante, vous trouverez toutes sortes de très bons ouvrages pour la découvrir, en commençant par les notes de vos bibles… De même, nous ne vivons pas tous les affres de Jérémie, et – si j’en crois Paul -nous ne sommes pas tous appelés à être prophètes. Mais tous nous avons un corps. Et tous, c’est dans notre corps que nous sommes appelés

 

C’est donc à propos de notre corps, que nous allons réfléchir un peu.

Ce corps, c'est en fait, ce par quoi nous sommes dans le monde, notre seule manière d’y être.

En évoquant le prophète, on a parlé de l’annonce, de la révélation, bref, de la parole. Or, la parole n'est pas sans le corps. Parler, cela implique les poumons, les cordes vocales, la langue, les dents, les lèvres... Il paraît même que certaines personnes ne peuvent pas parler sans les mains. Et recevoir la parole implique tout autant le corps… Je souligne cela car si celles et ceux qui sont appelés pour agir savent déjà que cela mobilise le corps, la tentation est forte d’oublier que celles et ceux qui sont dans l’annonce, dans l’écoute, dans la prière s’engagent eux aussi par leur corps…

Ces derniers mois nous ont rappelés à quel point nous avons besoin du corps, du notre et de ceux des autres, de nous rencontrer physiquement…

Et pour ceux qui croient que le numérique leur suffit largement, pensez au poids de votre portable dans votre poche, pensez à son contact sous vos doigts. Tout cela c’est encore du corps. On sait, d’ailleurs qu’une rencontre en visioconférence est plus fatigante qu’une rencontre en présentiel parce qu’en fait, elle est encore plus incarnée…

C’est par notre corps que nous entrons en relation au monde et si la Bible donne si souvent une grande place aux corps dans ses récits d’appel, j’y lis que quand Dieu nous appelle, ce n'est pas pour nous arracher au monde, c'est pour nous plonger dans le monde.

 

Et Dieu prévient Jérémie, la plongée dans le monde sera rude.

D’abord parce que le corps avec lequel nous sommes plongés dans le monde n’est pas le corps magnifié ou à magnifier – le temple de l'Esprit - mais le corps qu'on se trimbale, qu’on se coltine. Ce corps qu’on aime ou que bien souvent on n’aime pas : trop neuf « je suis trop jeune dit Jérémie » ou trop usé « je suis trop vieux » nous disons-nous souvent, ce corps trop grand, ou trop petit, trop gros ou trop maigre, trop laid ou trop beau ; ce corps, trop malhabile, trop malade, trop fatigué, ce corps qui nous demande tellement de soin ou que nous négligeons…Ce n’est pas facile d’assumer que nous rencontrons les autres par cette carcasse que nous traînons parfois comme un boulet.

De plus ce corps plongé dans le monde va y être attaqué… Pas forcément de  la même manière que Jérémie l’a été mais même si nous ne subissons pas la persécution, comme lui nous connaîtrons les frictions. Nous serons confrontés aux limites de notre corps, à ses incapacités et à ses pulsions, nous connaitrons dans nos ministères la fatigue, le tracas, le tourment et nous les porterons dans notre chair. Les pasteurs le savent, mais aussi les conseillers et conseillères, les visiteurs et visiteuses, les musiciens et musiciennes, les moniteurs et monitrices de caté…

 

          C’est troublant ? Un peu effrayant voire désespérant ? Eh bien nous voici prêts à recevoir la promesse de l’amandier. Au milieu de toute la violence et l’adversité annoncées à Jérémie, s’inscrit cette parole : « Je veille sur ma Parole jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse ».

La révélation de Dieu commence ainsi « Avant le ventre de ta mère, je t’avais convoqué… » et elle se termine par « j'ai fait de toi une ville forte, une colonne de fer, une muraille de bronze ». Et au milieu, cette vision de l’amandier qui est à la fois promesse et première mise en pratique.

          En effet, ni la vision de l’amandier, ni celle du chaudron bouillonnant ne parlent d’elles-mêmes. A moins de déjà connaître le texte, bien malin qui devinerait ce que signifient cet amandier et cette marmite… Mais Dieu l’explique à Jérémie. Et en cela, il lui montre et il nous montre que nous ne sommes pas seuls dans cette plongée dans le monde. Dieu nous plonge dans le monde mais il ne nous y laisse pas seul.

Frères et sœurs, ce matin et toujours, que l’appel de Dieu nous incarne, qu’il nous donne d’être un corps dans ce monde, un corps en relation avec ce monde, un corps en relation avec les autres, car c’est ainsi et seulement ainsi que peut se vivre notre relation avec Dieu

Amen

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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