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Marqueurs d'identité

Au-delà de la question de la circoncision, la lettre aux galates nous pousse à réfléchir à nos propres marqueurs d'identité et à ce que signifie porter sur son corps les marques de Jésus.

Marqueurs d'identité

Prédication du dimanche 26 juin 2022

Galates 6, 11 à 18

Un jour, j'ai renoncé à porter la croix huguenote Et je n'aperçois que cela a été une étape sur mon chemin vers, puis dans le protestantisme.

Cela n'a pas été un choix mûrement réfléchi, seulement après avoir perdu deux médailles, quatre ou cinq badges et deux ou trois porte-clefs, j'ai jeté l'éponge... Et de toute façon, je pouvais m'en passer. Houlà ! notre pasteur a vraiment besoin de vacances, il ouvre le culte par un signe de croix et maintenant il fait porter la croix huguenote aux galates !

En fait, la question très pratique qui traverse la lettre de Paul aux galates est celle de la circoncision. Paul a annoncé aux galates l'évangile de Jésus Christ, il a fondé, chez eux une communauté chrétienne. Et il apprend que d'autres apôtres ont dit aux galates que pour suivre Jésus, il fallait être circoncis., et que les galates l'ont cru et se sont fait circoncire. Dans sa lettre, Paul exprime sa colère face à ce qu'il estime être un détournement de l'Evangile et une trahison des galates.

Or, nous ne sommes pas concernés par la circoncision, et si ce texte me semble propice à nous faire réfléchir sur nos marqueurs identitaires et aux marques de Jésus sur notre corps, je n'ai pas eu le courage d'aborder des points aussi cruciaux que

  • Pour ou contre la robe pastorale ?
  • Est-il possible de célébrer Pâques sans chanter toi la gloire" ?
  • D’autres instruments que l’orgue sont ils possibles pour accompagner un culte ?
  • A-t-on le droit dans un culte protestant de faire le signe de croix
  • D’allumer une bougie ?
  • Ou de communier avec des hosties ?

La question du signe de croix ou de l’hostie sont pour nous, protestants du canal réformé, des marqueurs identitaires en négatif : nous les refusons. Mais nous devons bien entendre Paul, les marqueurs négatifs ne comptent pas plus que les marqueurs positifs.

Ces marqueurs identitaires représentent, au regard du message de l'a grâce, de l'amour gratuit et inconditionnels de Dieu, deux dangers.

 

  •   le premier est de donner à ces marqueurs une importance vitale , d'en faire une question de vie ou de mort. Vous direz que j'exagère mais levez l'oreille à certains débats d'Eglise et vous verrez que je ne suis pas si loin, que nos marqueurs identitaires ont parfois pris tellement d’importance qu’on peut se demander s’ils ne sont pas devenus des conditions de salut. Plus subtilement, nous pouvons nous demander quels signes ou quelles absences de signes font obstacle à notre écoute de' l'Evangile. Certains ont peut-être été choqué de me voir ouvrir le culte avec un signe de croix. J'aurais également pu décider de célébrer en civil...

 

  • Le deuxième danger est plus insidieux, il est au cœur de la lettre aux Galates, c’est de faire croire, à celles et ceux qui arrivent, que nos marqueurs identitaires sont obligatoires, constitutifs de notre identité protestante. Je vous le disais quand je suis entré dans l'Eglise protestante, j'ai éprouvé le besoin de porter une croix huguenote et considéré avec suspicions ces luthériens qui faisaient le signe de croix de ne pas avoir tout à fait fini leur Réforme… Voilà, parce que nous sommes humains, nous avons besoin de marques identitaires pour nous sentir appartenir à un groupe.  C'est sans doute pour cela que les galates ont accepté la circoncision si rapidement (alors que cela devait être plus compliqué que de porter une croix huguenote...)

 

Et Paul semble enfin le comprendre : "Je porte sur mon corps les marques de Jésus." Car pour vivre une identité, et surtout une identité nouvelle, nous avons besoin de marqueurs et ces marqueurs ne peuvent pas être juste intellectuels ou spirituels, ils doivent concerner notre corps, nous en avons besoin…. Nos marqueurs d’identité protestante que j’évoquais tout à l’heure, qu’ils soient en plein ou en creux, la musique que nous voulons entendre, ce que nous voulons voir ou ne pas voir, les gestes que nous faisons ou que nous ne faisons pas, tout cela c’est du corporel.

 

Alors, quelles sont les marques de Jésus que Paul parte sur son corps, que nous pourrions porter à notre tour ? je vous propose trois lectures que je crois complémentaires entre elle

  • Première lecture possible : Paul fait allusion aux persécutions dont il a souffert, il a été fouetté, lapidé, ses voyages l’ont rendu malade, tout cela laisse des marques... Il ne s'agit pas de faire des souffrances endurée une œuvre de salut, surtout que dans notre confort de chrétiens versaillais, nous serions mal engagés… , Mais nous pouvons penser à ces moments où notre foi nous rend mal ajustés au monde, au moment où ce monde nous fait mal. Attention- parce que cela nous oblige à nous interroger sur le rapport entre notre foi et notre vision du monde, nos convictions profondes. A nous demander lequel nourrit l'autre…
  • Autre lecture possible, son pendant positif : porter les marques de Jésus sur notre corps, serait vivre l’évangile jusque dans notre corps, y trouver une véritable liberté par rapport aux injonctions si souvent contradictoires sur notre corps. Non pas refuser ces injonctions mais choisir de nous y conformer ou pas et ficher la paix à celles et ceux qui ne suivent pas les mêmes injonctions que nous. Cela à l’air très simple dit comme cela, mais notre corps, c’est nous-même et nous savons combien pèsent les contraintes sociales sur nous et sur notre regard
  • Mais ces deux lectures restent très intellectuelles, très cérébrales, alors je vous en propose une troisième. Les marques de Jésus que nous portons sur notre corps, sont le baptême et la cène. Il ne s’agit pas d’en faire des conditions au salut ni même d’élaborer toute une théorie de leurs significations profondes mais d’abord et surtout de les recevoir comme une marque du souci que Dieu a de notre besoin de passer par le corporel.  Dieu sait que nous sommes de chair et de sang que nous avons besoin de nous sentir appartenir dans notre corps à un groupe et, en instituant le baptême et la Cène, Jésus répond à notre besoin profond de marqueurs d’identité. Quelles que soient les significations que nous donnons à ces deux gestes, ils viennent imprimer sur notre corps une marque au-delà de l’intellectuel et du spirituel…

 

 

Frères et sœurs, ce qui compte, ce ne sont pas les marqueurs identitaires ni l’absence de marqueurs identitaires, ce qui compte, c’est quoique nous portions, quoique nous écoutions, quoi que nous voulions voir, nous vivions dans la confiance en l’amour que Dieu nous manifeste. Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit, mes frères et mes soeurs ! Amen 

Photo by Slidebean on Unsplash

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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