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Une envie de câlin et de bagarre

Une envie de câlin et de bagarre

A travers ses prophètes, Dieu nous parle-t-il de lui ou de nous-mêmes ?  Esaïe nous révèle-t-il un Dieu qui allaite et foudroie ou simplement notre visage d'enfant blessé

Prédication sur Esaïe 66, 10 à 17

Qui préfère les versets 10 à 14a aux versets 14h à 17 ?

Un prophète n'est pas quelqu'un qui prédit l'avenir mais quelqu'un qui parle au nom de Dieu. Mais pourquoi Dieu nous

parle - t-il ? Et de quoi Dieu nous parle - t-il ?

 

Je crois que Dieu nous parle pour nous faire vivre, pour nous éclairer sur nous même, et dans ce but, je crois que Dieu nous parle plus de nous que de lui-même. C’est ainsi que je reçois le texte d’Esaïe, et  c'est pour cela que j'ai souhaité que nous entendions aussi à versets 14 à 17 ce matin.

Parce qu'en fait ce sont les deux faces de la même pièce. La troisième partie du livre d’Esaïe est un recueil de textes de consolation : Dieu parle à son peuple blessé, Dieu nous parle quand nous sommes blessés et Dieu nous parle de nous quand nous sommes blessés. Or quand nous sommes blessés, quand nous allons mal, en nous cohabitent la colère et la peine, un désir de bagarre et de câlin.

 

Bien sûr, quand les choses vont mal nous avons besoin d'être consolés, nous avons besoin de temps d'amitié et d'affection, nous avons besoin de nous blottir, nous avons besoin qu'une main prenne la nôtre, que des bras nous entourent. Pour la consolation, les gestes sont souvent bien plus efficaces que les mots. C'est sans doute pour cela que les paroles de consolation d'Esaïe racontent des gestes

Mais quand les choses vont mal, quand nous sommes blessés, existe aussi en nous un véritable désir de s'en prendre à quelqu'un.

Qui n'a jamais vu une situation tendue se transforme en dispute familiale ? Qui n'a jamais fait retomber sur un proche sa frustration du moment ? Qui n'a jamais été victime de ce phénomène ?

Et encore, je n'ai évoqué que les situations où personne n'est réellement responsable... Mais quand c'est quelqu'un qui nous fait du tort... Quand je vois le degré d'irritation auquel me porte un retard de déménagement, je me garderai bien de juger les israélites, qui rêvent de voir leurs ennemis foudroyés, ou les ukrainiens qui souhaitent la mort des russes.

Un autre exemple pour laisser ce texte nous parler de nous : le verset 17 : Ceux qui se consacrent et se purifient pour aller dans les jardins, au milieu desquels ils vont l'un après l'autre, qui mangent de la viande de porc, des horreurs, des souris Les spécialistes de la culture biblique voient peut-être qui sont ceux dont parle ici le prophète, mais je trouve plus intéressant de me demander qui je reconnais dans ces gens qui se purifient avant d’aller faire des choses immondes (oui, je vous rappelle que dans la culture juive de l’époque manger du porc paraît aussi répugnant que pour nous manger du rat). Si dans ces gens à la belle apparence vous reconnaissez les grands patrons du capital, les étrangers ou les gilets jaunes, cela dit quelque chose de vous, de vos colères, de vos blessures…

 

A travers ces versets Dieu nous parle donc de nous. Mais il ne se contente pas de nous dire que quand nous allons mal, nous avons envie en même temps de câlins et de bagarre. Ce serait un peu faible. En quoi nous éclaire-t-il ? En quoi nous fait-il vivre ?

Exercice d'imagination :

Représentez-vous un valeureux guerrier hébreu prêt à défendre son peuple contre ses ennemis intérieurs ou extérieurs. Vous l'avez ?

Maintenant, ce valeureux guerrier, représentez-le-vous sur les genoux de sa mère, en train de sucer son pouce. Vous l'avez ? ça fait bizarre, hein ?

Pourtant, c'est bien ce que je vois quand je lis ce texte

Le besoin de câlin et le besoin de bagarre face à l'adversité nous renvoient tous les deux à l'enfance, et notre petitesse, à notre fragilité, à notre immaturité. Et ce n'est pas grave devant Dieu de nous considérer comme des enfants. Nous l’avons entendu en chantant le psaume 8 : Dieu choisit la louange parfaite, des tout-petits, des enfants qu’on allaite

Ce qui est grave, c'est que nous avons tendance à croire que seul le désir de câlin, de tendresse, d'affection nous renvoie à l'enfance, à la faiblesse. Alors que le désir de bagarre serait de l'ordre de l'âge adulte, de la force, de la maturité.

Comme des enfants, nous croyons que pour être grand il faut savoir se battre. La société, ne nous enseigne-t-elle pas à être des battants, être fort, pugnace, lutter, être aguerri... Tout cela, dans notre vocabulaire ce sont des vertus (d’ailleurs même le mot « vertu » vient de là...)

C'est bizarre, non ? Vous avez été très majoritaires à dire que vous préfériez la première partie du texte, la tendresse de Dieu à la deuxième, la colère de Dieu... Et pourtant, dans notre vie de chaque jour, il nous semble plus valeureux d’être dans la bagarre que dans le besoin de réconfort…

Le prophète me met donc devant mes contradictions, mes erreurs de jugements…

 

Alors, en quoi m'éclaire ce texte ?

Peut-être en me montrant que quand je suis consolé, quand Dieu se révèle tendre, quand une main tient la mienne, j’ai moins besoin de me battre contre les autres.

Peut-être aussi, en me montrant qu'il est grave, dangereux et pour tout dire, assez ridicule de croire que ma force réside dans la bagarre, dans ma confrontation et ma victoire contre les autres…

En quoi me fait-il vivre ? d’abord en me montrant que Dieu me parle dans mon langage d’enfant et donc qu'il m'accueille ainsi, comme ce gamin bagarreur qui, en fait, a juste besoin de câlins et d'affection.

A quelle vie m’appelle-t-il ? A participer à son œuvre, à consoler celles et ceux qui souffrent afin que s’apaise aussi leur désir de bagarre.

 

Frères et sœurs, si nous aspirons à grandir, alors inspirons-nous du visage de Dieu que nous préférons et face aux violences, face aux souffrances, soyons de ceux qui consolent plutôt que de ceux qui foudroient

 

Amen

Photo by Mick Haupt on Unsplash

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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