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Sur notre montagne de Galilée...

Sur notre montagne de Galilée...

Quand en demandant le baptême de leur enfant, une famille vient nous rappeler notre mission...

Prédication du 16 octobre 2023. Baptême d'Alice

Matthieu 28, 16 à 20

Géraldine et Franck, je crois que vous n'imaginez pas sur quelle montagne vous nous amenez , ou plutôt vous nous ramenez, ou plutôt vous nous rappelez que nous sommes...

Je vous vois vous présenter à nous tout simplement en nous demandant le baptême d'Alice, alors que ni l'un ni l'autre vous n'avez le lien avec notr Eglise protestante Unie, j'entends Geraldine me dire , en substance, "j'ai l'impression que vous parlez une langue que je comprends."

Et les paroles de Jésus résonnent à mes oreilles et dans mon cœur "faites disciples toutes rations, baptisez -les..." Et alors même que je me dis souvent que nous n'allons pas assez vers les nations , que nous restons trop sur notre montagne de Galilée voilà que Dieu vous envoie, envoie les nations vers nous.

 

Alors regardons un peu ce qui se passe sur cette montagne de Galilée...

 

Nous sommes à la toute fin de l'Evangile selon Matthieu la mort a été vaincue, Jésus est ressuscité, il apparait à ses disciples. On pourrait s'attendre à un happy end. A des disciples soudés, regonflés à bloc par la résurrection de leur maître et prêts à aller proclamer la bonne nouvelle au monde entier. Mais non, la dernière chose que Matthieu nous dit d'eux c'est qu'ils étaient en tout petit groupe, un groupe amputé d'un membre : Judas s'est suicidé Et un groupe même pas homogène : les uns se prosternent et adorent, les autres hésitent et doutent... Bref, je trouve que nous n'avons pas grand’ chose à envier à ce groupe, que nous leurs ressemblons beaucoup…

Et ainsi, dans le même état qu’eux, ou plutôt, avec l’avantage du nombre et des moyens, nous pouvons entendre cette parole que Jésus nous adresse

Allez, donc : Si je me réjouis que Géraldine et Franck soient venus à nous, sans attendre que nous venions vers eux, je n’y vois pas une raison de nous dire que finalement, nous annonçons bien assez comme ça, que nous sommes assez visibles et j’y vois encore moins un prétexte pour rester sur notre sommet. J’y vois un rappel à l'ordre. Allez donc : Ne restez pas dans votre adoration, dans votre cercle de louange mais allez vers les autres ! Ne vous cachez pas derrière vos fragilités, vos questions et vos hésitations mais allez vers les autres !

Baptisez-les dans le nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Au-delà du rituel du baptême, je vous rappelle qu’en grec, le mot baptiser veut dire plonger

Plongez-les dans le nom. Un nom unique, un seul Dieu que nous pouvons reconnaître comme Père, comme Fils et comme Saint Esprit.

Et sans entrer dans des spéculations trop poussées sur les trois personnes en une de ce terme non biblique, je voudrais partager comment je comprends ces notions de Père, de Fils et d’Esprit.

Le Père, c’est (à l’époque) l’image de celui qui domine, qui est au-dessus, c’est une image de puissance. Peut-être devrions-nous rappeler, nous autres, croyants que notre rôle n’est pas de nous faire juge de Dieu, ni avocat ou défenseur de Dieu. Il est assez grand pour défendre son honneur… Et, plus important, le rôle du père est - à l’époque de Jésus – de poser des limites. Dans ce monde où l’humain croit qu’il peut tout faire, tout contrôler, tout exploiter, plongez les nations dans le nom du père, dans l’idée qu’il y a des limites…

Le Fils : en Jésus, ce Dieu créateur de tout nous rejoint dans notre humanité, il se fait serviteur des plus petits, des plus petites, pour nous, il va jusqu’à mourir comme le dernier des derniers. Il est donc évident que nous ne pouvons pas aspirer à contrôler le monde ou la société, ce n’est pas la place qui nous est donnée à nous, disciples du Christ…Dans ce monde où l’humain ne rêve que de puissance, veut dominer les autres pour contrôler sa vie, plongez les nations dans le nom du Fils, image du service et de l’humilité…

Le Saint Esprit, c’est le souffle, ce vent dont Jésus nous dit qu’il souffle où il veut sans que nous sachions d’où il vient ni où il va. Dieu, le souffle se rit de nos frontières, de nos barrières, il va de l’un à l’autre, il relie les humains entre eux. Dans ce monde du chacun pour soi, dans ce monde où nous sommes si prompts à coller des étiquettes sur nous-mêmes et sur les autres (catholiques, protestants, républicain, marcheur, insoumis, riche, peuple, évangéliques, libéraux, etc.), plongez les nations dans le nom du Saint Esprit, souffle de liberté et lien entre les humains…

Enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. Tout ce que Jésus a commandé à ses disciples tient en une phrase « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », en un mot, même, l’amour. Et de ce commandement, il nous faut tout garder… Aimer même ceux qui ne me ressemblent pas ? Oui ! Même ceux qui ne croient pas comme moi ? Oui ! Même ceux qui me font ou me veulent du mal ? Oui ! Et l’amour, nous le savons bien, ne s’enseigne pas à coup de « faites ce que je dis, pas ce que je fais, pas ce que je vis… »

Géraldine, Franck et vous, leur famille et leurs amis, voilà ce à quoi sont appelés ces chrétiens, ces disciples que vous êtes venus déranger sur le montagne de Galilée. Je ne sais pas si vous répondrez à cet appel, mais croyez-le bien, vous êtes appelé à vous joindre à nous, dans notre diversité de réponse, à rejoindre celles et ceux qui se prosternent et adorent, à rejoindre celles et ceux qui hésitent et s’interrogent, tous sont appelés à annoncer au monde la Bonne Nouvelle de l’amour de ce Dieu Père, Fils et Saint Esprit.

Et vous, frères et sœurs, et moi-même avec vous, que nous entendions qu’avec cet appel pressant à descendre de ce sommet si confortable de Galilée retentit une promesse, une promesse dont Géraldine et Franck ont été les signes ce matin : « Moi, nous dit Jésus, je suis avec vous jusqu’à l’achèvement. »

Que cette promesse résonne plus fort que nos hésitations, nos fragilités, le sentiment aigu de nos incompétences, de nos limites et que nous nous en rappelions 24/24h, 7/7j, 365 jours par an puisque Jésus nous dit : « Moi, avec vous, je suis, tous les jours, jusqu'à l'achèvement »

Amen

Photo by Ritvik Singh on Unsplash

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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