Prendre la porte...
Publié le 26 Avril 2026
Prédication du 26 avril 2026
Jean 10, 1 à 10
Si l’Eglise avait retenu la première explication de l’image des moutons : « c’est moi qui suis la porte » plutôt que l’explication suivante « je suis le bon berger », je ne serais pas pasteur mais portier. Ce serait peut-être plus clair…
Mais ce n’est pas sur le rôle des pasteurs que nous allons nous pencher ce matin mais bien sur cette image assez inattendue : « Je suis la porte ». Qu’est-ce que ça veut dire ?
La réponse immédiate qui vient sans doute à beaucoup d’entre nous, c’est “Ca veut dire que Jésus est la porte qui conduit au Père”. C'est vrai que certains textes le disent, et que c'est une réponse intéressante à analyser parce qu'une fois qu'on a dit ça, on est loin d'avoir réglé le problème : qu'est ce que ça veut dire que Jésus nous conduit au père ?
Mais en ce qui concerne l'image de ce matin, cette réponse me semble ne pas fonctionner.
Je vous rappelle ce que Jésus dit de la porte :
si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ;
Bon, là, ça peut s'appliquer à la porte vers le Père
Mais ça se gâte juste après
il entrera et sortira et trouvera des pâturages
Comment ça, il entrera et sortira ? Alors Jésus qui nous conduit au Père, ce serait juste pour une visite, comme quand nous allons voir nos parents ou que nos enfants viennent nous voir : on vit un temps de famille et puis chacun rentre chez soi ? Je l'ai dit “Jésus nous conduit au Père” demande encore à s'analyser mais je pense pas qu'on peut écarter cette compréhension d'une visite temporaire.
Et puis le point de départ de l'image écarte aussi cette réponse “ça veut dire que Jésus nous conduit au Père” :
celui qui n'entre pas dans l'enclos à moutons par la porte, mais qui l'escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un bandit.
Ici, la porte ne donc pas sur le Royaume de Dieu mais sur l'enclos des moutons.
-Ah mais elle pourrait être le passage entre l'enclos des moutons et le Royaume !
- Et donc le voleur qui entrerait par effraction dans l'enclos viendrait du Royaume ?
Non, décidément, ça ne marche pas.
Je pense qu'ici Jésus se pose comme la porte entre nous-alias les moutons- et un vaste extérieur où se trouvent aussi bien des bandits que des pâturages, un vaste extérieur qui ressemble beaucoup à notre monde. Jésus se présente comme la porte entre nous et le monde.
Et cette porte a deux fonctions : elle nous permet d'entrer et de sortir et elle permet de contrôler qui entre.
Et Jésus commence avec cette fonction de contrôle.
celui qui n'entre pas dans l'enclos à moutons par la porte, mais qui l'escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un bandit.
Et nous avons une première indication : Jésus ne nous évite pas les cambriolages, les mauvaises rencontres. En revanche, il nous permet de les identifier comme telles.
Parce que c'est parfois d'identifier si ce qui vient à nous, si celles et ceux qui viennent à nous sont porteurs de vie ou de mort. Alors bien sûr, il ne s'agit pas de dire que ceux qui sont chrétiens sont porteurs de vie et que ceux qui ne le sont pas sont porteurs de mort. Ça serait trop simple. Et peut être que vous connaissez le conte de La chèvre et les sept biquets ou simplement les textes bibliques qui disent la capacité des loups à se déguiser en mouton…
Ce n'est pas parce que quelqu'un poste une image qui le présente comme Jésus-Christ ou affiche une belle croix huguenotte qu'il entre par la porte Jesus Christ. Même des pasteurs peuvent être des prédateurs. Ce n'est pas une affaire d'affichage mais de comportement. Ce n'est pas le nom de Jésus, c'est le message qu'il a porté. Ce qui vient, celles et ceux qui viennent en étant porteur de message de haine, d'humiliation ou d'oppression des plus petits, des plus fragiles escaladent clairement le mur. Au contraire ce qui vient dans un esprit de service, d'humilité, de reconnaissance et d'accueil de chacun et de chacune nous vient clairement de Jésus Christ, quelle que soit sa religion ou son absence de religion.
Mais Jésus n'est pas seulement une porte qui mène à nous, cette porte nous permet d'entrer et de sortir.
Entrer et sortir, ce qui sous-entend qu'il y a un extérieur et un intérieur. Ce matin, je vous propose de ne pas définir trop précisément ce qu'est “l’enclos”. Non, ce n'est pas forcément l'Eglise visible ou invisible. Ça peut être plus large ou plus restreint que cela. L'enclos, c'est tous ces moments où je ressens un nous (voire un je) face à un eux. Ça peut être chez moi, ça peut être avec certaines personnes, ma famille, mes amis, ça peut être, j'espère, la paroisse. L'enclos, c'est tous ces lieux, tous ces moments où je me sens chez moi. Home sweet home. Même si des fois "home" n’est pas si sweet que ça. Même s'il peut y avoir des conflits, des tensions au sein de ce “nous”, et même si le fait d'être à l'extérieur peut très bien se passer, l'enclos, c'est cet endroit où nous pouvons dire “nous” et parler de “eux”.
Avec cette image, Jésus légitime le fait qu'il y ait des lieux d'entre-soi, d'entre-nous. Les moutons ont parfois besoin de se retrouver en enclos, nous avons parfois besoin de nous retrouver entre nous.
Et Jésus le sait. Mais il nous montre qu'il y a une porte. Et généralement, quand on montre une porte, c'est pour inciter les gens à la prendre. Sauf indication expresse du contraire “surtout ne passez pas cette porte” (et même là, ça nous donne envie de prendre cette porte interdite. Rappelez vous de l'histoire de Barbe Bleue). Nous sommes invités à faire des aller-retours entre l'enclos et le monde en passant par la porte Jésus.
Et la porte est bien la même que celle qui conduit des gens à nous. Dans quel esprit est ce que je vais vers les autres ? Dans un esprit de conquête ? De peur ? Pour imposer mes idées, mes désirs ? Dans un esprit courtisan, pour être servile avec les puissants et écraser les plus faibles ? Est ce que j'y vais dans un esprit de service, d'humilité, d'accueil ? Dans les soucis des plus petits, des plus faibles, des plus fragiles ? Est ce que j'escalade une muraille que je contribue à élever ou est ce que je passe par Jésus qui est la porte ?
Et ça marche dans les deux sens. Dans quel esprit je reviens à l'enclos. Pour me défouler de tout ce que le monde m'a fait subir ? Pour retrouver un lieu où je suis maître ? Ou bien toujours dans cet esprit d'amour, d'humilité, de service ?
Et même quand le “nous” est un “je”, comment est ce que je reviens à moi ? Dans un esprit de compétition “je suis vraiment le meilleur et les autres sont des abrutis”? Dans un esprit de jugement et d'autocondamnation “j'ai pas été à la hauteur, je suis nul”? Ou bien, est ce que je me regarde avec les yeux de Jésus-Christ : “Non, tu n'as pas toujours été à la hauteur. Et des fois, tu n'as même pas fait tout ce que tu pouvais. Mais tu restes aimé, tu restes précieux. Et c'est dans cet amour dont tu es aimé que tu trouves ta valeur.”
Frères et sœurs,
en Jésus-Christ, une porte nouvelle est ouverte entre nous et le monde. Une porte qui nous pousse à la rencontre des autres et de nous-mêmes dans un esprit nouveau. Une porte qui ouvre des possibilités nouvelles.
Amen
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