Laïcarderies
Publié le 15 Février 2007
J'ai déjà dû dire ici ou là, qu'à mes yeux, l'éducation nationale est moins laïque qu'anti-religieuse. Encore un bel exemple tout récemment...
Une des enseignantes de l’École de musique d’Évreux a le projet d’enregistrer une ouvre à partir de conte et de chants (j'ai failli appeler ça un oratorio, mais après vérification, ça ne me semble pas correspondre) avec des enfants de son cours de chant mais aussi des classes des écoles publiques dans lesquelles elle intervient. Et, pour des raisons d’acoustique et de proximité, elle nous demande si l’enregistrement pourrait avoir lieu au temple. De notre côté, pas de soucis, le temple est avant tout une salle de réunion et nous ne voyons aucune objection à ce que s’y passent des évènements culturels ou artistiques… Seulement voilà les enseignants, eux, voient les choses d’un autre œil et préfèrent se couvrir en demandant son avis à l’inspection académique, une prudence dont je ne saurais les blâmer. Le contexte est clair, un conte tout ce qu’il y a de plus profane, des chants du même métal, tout ça supervisé non pas par l’Église réformée mais bien par l’École de musique, un accord des parents sera demandé. Si l’inspection académique laisse faire, c’est toutefois, selon elle, « une mauvaise idée »…
Et là, forcément, je m’interroge, de quoi ont-ils si peur. Pensent-il qu’à la seule vue d’un édifice religieux, les enfants comme de nouveaux Claudel vont se convertir ? (on devrait peut être leur dire qu’il n’y a même pas de pilier dans le temple) Ou bien que le fait que des enfants s’approchent d’un édifice protestant est propre à raviver les guerres de religions ? Peut-être s’imaginent-ils que nous diffusons dans nos bâtiments, drogues et images subliminales afin de rendre les cerveaux plus réceptifs ?
Du coup, je me demande si les salles municipales parfois prêtées pour le culte protestant sont bien nettoyées au karsher après usage, afin d’être sûr qu’aucune bribe d’Évangile ou de foi ne subsiste…
Bon, je vais redire à quel point je suis attaché à la laïcité, à quel point je pense que celle-ci est indispensable à un bon vivre ensemble. Mais cette attitude de défiance, de peur, et finalement d’ignorance n’a rien à voir avec la laïcité dont elle se réclame et ne facilitera jamais le vivre ensemble. Bien au contraire, elle contribue à dresser des cloisonnements, à enfermer les enfants dans une ignorance de l’autre qui ne pourra être à la longue que dommageable…
Tiens, et puis pour continuer à râler sur le même thème. Le prof de français de mon fils a raconté à sa classe, la guérison de la femme à la perte de sang (Marc V, 25 à 34 et Luc VIII, 43 à 48) en leur disant que Jésus ne voulait pas que la femme le touche alors qu’il le permettait aux autres, sans plus d’explication, manifestement… Bien sûr qu’il est nécessaire que les enfants connaissent notre patrimoine helleno-chrétien, mais est-ce vraiment une bonne chose que de le leur présenter n’importe comment ? Je maintiens donc mon idée, et si on laissait les religions se présenter elles-mêmes…
Allez, dans le doute, je jetterai un œil au bouquin, histoire de voir si ce n’est pas Madian qui a mal écouté…
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