Intégriste de la grâce
Publié le 20 Octobre 2005
« Indépendamment de ce que tu as, de ce que tu fais, de ce que tu es, tu es aimé de Dieu. En Jésus Christ, il a tout donné pour toi. Il t'appelle et t'accompagne pour une vie nouvelle, libéré de tout ce qui te fait du mal. » C’est ainsi que je résume habituellement ce qu’on appelle l’évangile : la Bonne Nouvelle.
Cette gratuité de l’amour de Dieu est primordiale, absolue, insensée. Rien ne peut limiter cette gratuité, rien ne peut la conditionner : pas même (surtout pas) l’acceptation de l’homme. Dieu m’aime, je peux ne pas répondre à cet amour mais je ne peux pas ne pas être aimé. Or ce qui compte ce n’est pas mon « oui » à l’amour de Dieu mais l’amour de Dieu lui-même.
Généralement, il y a deux types d’objection à cette affirmation. La première nuance le propos : « C’est vrai que Dieu nous offre son amour mais il appartient à l’homme d’accepter ce don… » La deuxième est plus directe : « Mais alors, c’est trop facile ! ». Ces deux objections relèvent d’un même sentiment : l’orgueil. Nous voulons garder un certain contrôle. nous voulons mériter ce que nous recevons. Nous voulons pouvoir nous féliciter d'avoir fait le bon choix, rempli les conditions ou surmonté l'épreuve. L’amour totalement offert de Dieu nous gêne parce qu’il nous dépouille de toute autosatisfaction.
Une autre réponse possible et fréquente c’est un enthousiasme un peu rapide « Génial, enfin une religion qui nous laisse faire tout ce qu’on veut… » C’est vrai… Et c’est faux. C’est vrai, « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu » et nous n’avons pas à craindre un quelconque châtiment. C’est faux, parce que si nous recevons gratuitement cet amour de Dieu, celui-ci ne nous laisse pas indemne : il nous transforme, il change notre vie : c’est la conversion, il nous pousse à agir : c’est la sanctification. Dire « si Dieu m’aime alors c’est très bien, je peux faire tout ce que je veux » c’est montrer que nous n’avons justement pas reçu cette bonne nouvelle de la grâce, qu’elle reste très théorique, purement intellectuelle. Lorsque je vis cette grâce, je suis nécessairement transformée par elle. Bien sûr parler de vivre la grâce reçue ou de ne pas la vivre, ce n’est pas affirmer qu’il y a forcément un avant et un après, il y a des moments dans notre vie où nous sommes saisis par la grâce de Dieu, des moments d’états de grâce et d’autre moment ou nous ne profitons pas de cette richesse immense qui nous est offerte.
Je suis un intégriste de la grâce, je la place, dans ma théologie, au-dessus de notre liberté. Au dessus de notre liberté parce qu’elle est inconditionnelle, même notre refus de la recevoir ne pourrait pas nous en priver. Au-dessus de notre liberté parce qu’elle nous pousse vers l’autre, faisant fi de nos égoïsmes, de nos peurs.
Mais être libéré de moi-même, être libéré des conséquences de mes mauvais choix et être rendu disponible à mes frères et sœurs, n’est ce pas là, une nouvelle forme de liberté ?
C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés au moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est pas en vertu des œuvres, pour que personne ne puisse faire le fier.
Lettre aux éphésiens II, 8 et 9 /image%2F0667580%2F201306%2Fob_e7d195_382358-10200152032696419-1145225252-n.jpg)