Citoyenneté
Publié le 7 Mars 2007
Prédication du dimanche 4 mars 07
Actes XVI, 11 à 15
Philippiens III, 1 à IV, 1
Citoyenneté… Voici un terme que l’on entend beaucoup ces temps-ci. U terme qu’on ne s’attend en revanche pas vraiment à trouver dans la Bible. En effet, priori, de la Bible, on attend qu’elle nous parle d’autre chose : d’au-delà, de spiritualité, d’anges et de démons… Mais c’est là mal connaître la Bible qui nous parle de choses bien plus quotidiennes : notamment de politique et de citoyenneté. En effet, dans ce passage de la lettre aux philippiens (j’ai préféré que nous en lisions la version longue, l’extrait proposé par « Parole pour tous » me paraissant susceptible d’entraîner de profonds contresens), Paul pose la question de l’appartenance et ouvre une nouvelle forme de citoyenneté : une citoyenneté dans les cieux. Après avoir vu pourquoi et ce que n’est pas cette citoyenneté, nous verrons si nous aussi, avons notre citoyenneté dans les cieux.
De la circoncision à la citoyenneté, Paul pose la question de l’appartenance. C’est une question importante à Philippes.
En effet, les habitants de Philippes, à la différence de ceux de bien d’autres villes du monde romain, jouissent du privilège d’être considérés comme citoyens romains. Enfin, pas tous les philippiens, non plus : seulement les hommes, libres et nés de parents philippiens. Il convient en effet de rappeler que la citoyenneté romaine exclut les femmes, les esclaves et les étrangers. Cette citoyenneté est donc une fierté pour les philippiens mais aussi un facteur d’exclusion pour ceux qui ne peuvent y prétendre.
De plus, si l’on en croit le livre des Actes des apôtres, on sait aussi que la communauté chrétienne de Philippes comptait parmi ses membres une part importante de non-juifs, de convertis issus du paganisme, des craignant Dieu… Or, on retrouve là encore la question de l’appartenance. En effet, il est aisé d’imaginer le sentiment d’exclusion des chrétiens issus du paganisme, incirconcis vis à vis des chrétiens issus du judaïsme, circoncis. On sait d’ailleurs qu’au sein du christianisme, un courant opposé à Paul, réclamait la circoncision des nouveaux convertis. Et Paul a assisté, chez les Galates au succès que pouvait rencontrer ce courant. Il sait combien les Galates ont été rapides à se tourner vers ceux qui leur proposaient des marques précises d’appartenance, de citoyenneté : la circoncision et l’obéissance à la loi de Moïse… Bref, la question de l’appartenance est en plein cœur du débat philippien
Et je crois que c’est une question qui reste d’actualité. Bien des extrémismes font du besoin d’appartenance leur fond de commerce, bien des délinquances, des désespoirs trouvent leur source dans le manque d’appartenance, de repères, de citoyenneté… J’appartiens à une génération qui, à cause des dangers de l’appartenances, dangers réels : exclusion, communautarisme, corporatisme, ségrégation, a voulu, d’une certaine manière, supprimer le sentiment d’appartenance. Je me rappelle du générique d’une célèbre série de mon enfance :
L’important c’est d’écouter son cœur
Celui du copain est différent, très bien.
C’est le sien, tu as le tien et j’ai le mien…
C’est un bel idéal, un idéal qui ne peut que séduire un protestant : plus de groupe, juste l’individu… Mais cela ne tient pas compte d’un besoin essentiel de l’être humain : besoin de sentir membre d’une communauté, d’un groupe. L’humain est animal grégaire…
Paul, quant à lui ne dit pas « plus d’appartenance, plus de citoyenneté ». Il va commencer par déplacer les termes : l’incirconcision devient circoncision, la citoyenneté n’est plus romaine, elle devient céleste. Il ouvre ainsi un nouveau type de citoyenneté. Une citoyenneté dans laquelle il n’y a plus ni juif, ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre, comme il l’a écrit au Galates (Gal. III, 28) Pense-t-il à Lydie, femme, païenne, étrangère (Actes XVI, 14), en offrant aux philippiens cette citoyenneté dans les cieux ? Je le crois, mais pas seulement à elle, pas seulement aux exclus de la citoyenneté, il pense également à tous ceux qui sont citoyens romains ou juifs, ou les deux, comme lui. A tous, il donne ce message : notre citoyenneté est dans les cieux…
Attention ! Cette citoyenneté des cieux n’a rien à voir avec une promesse de résurrection des morts ou l’assurance d’une vie meilleure au paradis. C’est à présent que nous sommes invités à la vivre cette citoyenneté nouvelle qui nous est offerte…
Comment la vivre ? Pas en respectant un corpus de loi et de règles. C’est vrai que Paul nous invite à être ses imitateurs. Mais lorsque nous lisons l’ensemble du passage, ce qu’il nous propose d’imiter, ce n’est pas un mode d’action, une ligne de conduite, ce ne sont pas des œuvres. La seule chose que l’apôtre nous dise de lui-même, c’est que ce qui faisait jadis son identité n’a plus aucune importance à présent. Qu’il considère aujourd’hui comme perte ce dont il s’enorgueillissait hier… Il ne dit pas « Pour être citoyen des cieux, soyez généreux, ou chastes ni faites vos prières chaque jour ».
De même, en dénonçant ceux qui ont comme dieu, leur ventre, Paul ne pointe pas les gloutons ou les fornicateurs. Il ne se pose pas en banal prédicateur maudissant ceux qui se vautrent dans les plaisirs charnels. Non ! Ceux qui lui arrachent des larmes de pitié, ces idolâtres qui vénèrent leur ventre, ces insensés qui mettent leur gloire dans leur honte, ce sont ceux qui se définissent par leur obéissance à la loi, ceux qui revendiquent une justice à eux, une justice qui vient de la loi.
Même la foi ne peut être revendiquée comme une ouvre dans cette citoyenneté dont parle Paul. Bien sûr, la justice vient de la foi, mais pas de la foi en Christ, mais de la foi de Christ (philippiens III, 9). La plupart des traductions française traduisent la foi en Christ oubliant que Paul emploie ici le génitif et non pas le datif… Or, ici, la foi qui nous sauve n’est pas celle que nous plaçons en mais celle qui nous vient de.
Notre citoyenneté est dans les cieux. Elle n’est pas une promesse pour demain, elle ne vient pas de notre obéissance à l’enseignement de Christ. Nous la recevons.
Et la recevoir ainsi, ne nous pousse pas à nous retirer du monde mais simplement à prendre du recul par rapport à ce monde. A ne pas nous laisser déterminer par notre naissance, par notre passé, ni même par nos actes ou par nos choix (politiques ou autres). C’est dans la grâce qui nous est offerte que nous découvrons ce que nous sommes vraiment. C’est ce que nous dit l’image de la course utilisée par Paul. Ce qui importe dans cette image, ce n’est pas l’effort fourni par le coureur, mais c’est qu’il garde le regard fixé sur un seul point. Quand vous piquez un sprint, regarder en arrière ou sur le côté, c’est, au mieux, ralentir, au pire se casser la figure.
Eh bien, frères et sœurs, comme le coureur, gardons notre regard rivé sur Jésus Christ. C’est en lui que nous trouvons notre appartenance. Par lui, notre cité est dans les cieux. Cette citoyenneté nous donne suffisamment de recul et de liberté quant au monde dans lequel nous vivons pour nous y rendre lucides et responsables. Et si vous avez encore soif de règles, de repères, si vous êtes frustrés que je ne vous dise pas de quelle manière vous devez vivre votre vie, comment être parfait, c’est à dire achevés en Christ, je ne puis que vous rappeler la promesse de Paul : sur ces points, « Dieu vous éclairera » (Philippiens III, 15)…
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