L'humaine condition
Publié le 7 Décembre 2005
Une lecture de genèse II, 4 à III, 26
Après avoir livré ma lecture du premier récit de la création, passons au deuxième…
Tout comme le premier, le récit d’Adam et Eve n’a pas d’ambition historique. Il ne raconte pas ce qui s’est passé il y a très longtemps. Au travers d’un récit, il donne une vision anthropologique, un éclairage sur la condition humaine, il nous dit ce qu’est l’homme aujourd’hui…
Premier constat, l’homme n’est pas maître de la nature, il en est responsable. Deuxième constat, la femme est l’égale (pas l’identique) de l’homme « chair de ma chair, os de mes os », elle n’est pas une servante, une esclave, une inférieure mais une partenaire. On peut d’ailleurs noter qu’avant la « chute », avant le pourrissement des relations, l’homme ne nomme pas sa femme (donner un nom à quelqu’un c’est prendre un pouvoir sur lui).
Mais ce texte parle aussi de ce qu’on a appelé le péché originel. Dans la mesure ou le texte ne parle pas, selon moi, de l’origine de l’humanité mais de sa nature profonde, je ne suis pas certain que ce soit le vocabulaire le mieux choisi… Le moteur de « la chute », oserais-je dire le « péché » ?c’est la volonté de l’homme d’être comme Dieu : de pouvoir décider de ce qui est bien et mal, bref d’avoir le contrôle. Or, nous dit le texte, cette volonté de contrôle, ce refus d’accepter nos limites, fausse toutes les relations de l’humain. Nos relations à l’autre sont faussées : Ton désir se portera vers ton mari, et lui, il te dominera. Ainsi que nos relations au monde : la terre sera maudite à cause de toi ; c’est avec peine que tu en tireras ta nourriture. Et bien sûr nos relations à Dieu Je t’ai entendu dans le jardin et j’ai eu peur, parce que j’étais nu ; je me suis donc caché.
Bien sûr, tout cela est dit dans un langage qui est celui de l’époque de la rédaction du texte, on y parle donc de désobéissance, de châtiment. Mais ce langage doit-il vraiment nous faire perdre de vue la profondeur et la modernité de cette interrogation ? Disqualifie-t-il l’espérance donnée dans ce texte ? Certes, la volonté de contrôle perd l’homme mais Dieu ne se détourne pas de cet homme. Malgré nos résistances, Dieu reste fidèle à son projet : un monde où les relations seront rectifiée, où l’humain pourra assumer sa place, sans peur ni orgueil…
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