Le labyrinthe de pan : la tentation de l'imaginaire

Publié le 23 Novembre 2006

Espagne franquiste, Ofelia arrive avec sa mère chez son beau père, le capitaine Vidal.  Là, une fée la guide dans un labyrinthe au coeur duquel un faune lui apprend qu'elle est en fait la princesse d'un royaume imaginaire et qu'il ne tient qu'à elle de retrouver sa place.
Dans une atmosphère de profonde mélancolie, à l'imaginaire enfantin se mêle l'horreur bien réelle de la guerre et les monstres de la réalité sont bien plus terrifiants que ceux de l'imaginaire.
J'ai beaucoup aimé ce conte de fées pour adultes, brut comme du Grimm, triste comme du Andersen. Et, bien sûr, le film m'a inspiré une petite réflexion quant à l'horreur et à l'imaginaire.
Les croyants sont souvent perçus comme des Ophelia adultes, opposant leurs rêves à l'horreur de la réalité. C'est vrai qu'on retrouve bien dans certains discours croyant une grande soif de merveilleux et la perception d'un monde, qui s'il n'est pas tout rose, paraît toutefois moins absurde plus rassurant. Mais cette dérive, on la retrouve dans tout discours idéologique, croyant ou non. Et plus je lis la Bible, plus je découvre a quel point, elle résiste a ces tentations. Malgré ce que les grands récits de miracles laissent croire, les écrits bibliques s'inscrivent bien plus dans le concret que dans le merveilleux. La réticence de Jésus à faire des miracles, les récits de création du monde qui réduisent les dieux païens à de simples éléments de la création, le refus de la magie et de l'invocation des esprits  sont de bons exemples du désenchantement du monde biblique. De même, la Bible ne craint pas d'affirmer à plusieur reprise l'absurdité de ce monde, cette absurdité qui nous effraye encore tellement.
Les athées nous opposent parfois la Shoah. Ils ont raison. La Shoah a obligé le discours sur Dieu à changer radicalement. Mais la théologie n'a pas été la seule touchée par cette remise en question : la philosophie en a fait les frais aussi. L'humanisme, le mythe du progrès libérateur ont aussi dû se transformer. Face à l'horreur de la Shoah, confronté à sa propre abomination, l'homme a le choix entre se réfugier dans le rêve (c'est ce que font les partisans d'une théologie ou d'un humanisme immuable) ou remettre en question tous ses systèmes de pensée (et là encore, des théologiens et des philosophes ont su accepter de prendre ce risque de la vulnérabilité).

Rédigé par Eric George

Publié dans #Théo en culture

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