Le premier jour de la semaine...
Publié le 8 Avril 2007
Dimanche 8 avril 2007
Pâques
Exode XX, 8 à 11
Deutéronome V, 12 à 15
Luc XXIV, 1 à 12
Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche. C’est une ritournelle que les enfants apprennent dès leur plus jeune âge. Et c’est une ritournelle qui est fausse. On devrait dire Dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi. En effet, si le dimanche est jour de fête pour les chrétiens c’est que nous fêtons la résurrection, ou plutôt la découverte du tombeau vide, lors du premier jour de la semaine.
Si je défend le dimanche comme premier jour de la semaine contre l’usage courant, ce n’est pas par intégrisme de la langue française, ni pour le plaisir de savoir quelque chose que beaucoup ignorent, mais parce que ce premier jour de la semaine dit quelque chose d’essentiel sur le christianisme. Ce matin nous verrons donc quelle différence, notre fête de Pâques a avec le sabat, ce que signifie célébrer le 1er jour et ce que nous célébrons en ce premier jour de la semaine.
Très tôt, les chrétiens se sont rassemblés le premier jour de la semaine pour louer Dieu et bien sûr, étant donné leur origine juive, cette pratique a été associée à celle du sabbat. Plus tard, alors que le christianisme se répandait et que les chrétiens se persuadaient d’avoir la seule lecture valable de la bible, on s’est mis à associer de plus en plus étroitement le sabbat de l’Ancien Testament et la célébration du premier jour. Confusion d’autant plus forte que le repos dominical n’est institué nulle part dans la Bible, le seul repos institué dans la Bible , c’est celui du samedi. Ce qui donne parfois des résultats assez surprenant. Interrogez quelqu’un dans la rue
« Pourquoi les chrétiens chôment-ils le dimanche ?
- Parce qu’en se reposant sur le livre de la Genèse, ils croient que Dieu s’est reposé le 7eme jour de la semaine
- Ah, très bien ! Et pourquoi les juifs chôment-ils le samedi ?
- Parce qu’en se reposant sur le livre de la Genèse, ils croient que Dieu s’est reposé le 7eme jour de la semaine… Ah tiens, il y a un problème là…
Il y a donc une très grande proximité entre le sabbat et le culte dominical. Proximité chronologique, le 1er jour de la semaine suit le dernier de la semaine précédente. Proximité dans la pratique, un jour chômé, mis à part pour Dieu. Proximité dans le sens aussi puisque le Deutéronome associe le sabbat à la sortie d’Égypte, à la Pâque à la libération et c’est bien comme une nouvelle Pâques, une nouvelle libération que nous lisons la mort et la résurrection de Jésus, le Christ.
Mais cette proximité établie, il nous faut dire aussi la différence. La première c’est, je l’ai déjà dit, que la célébration dominicale n’est pas une prescription biblique. Ce là à son importance. Dieu ne nous ordonne pas de mettre à part le premier jour de la semaine, c’est nous qui, parce que nous croyons décidons de le mettre à part. En participant au culte dominical, nous n’obéissons pas à u ordre de Dieu mais librement nous célébrons son amour.
Ensuite, il y a, une différence énorme entre mettre à part le premier jour et mettre à part le dernier.
Tout d’abord, le sabbat est perçu comme un repos bien mérité. Les 6 premiers jours, ut feras tout ton ouvrage et le 7eme jour tu te reposeras. Cela nous paraît logique. On nous éduque ainsi dès notre enfance : « fais tes devoirs et après, tu regarderas la télé ». Cela explique d’ailleurs pourquoi le dimanche de repos a été rapidement perçu comme la fin de la semaine. Seulement, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, c’est que Dieu ne nous donne pas en retour, il nous donne d’abord, à fond perdu. Chômer le premier jour, c’est entrer dans cette idée, dans ce renversement. D’abord repose-toi, d’abord reçois, et ce que tu feras ensuite de ce que tu as reçu, c’est ta responsabilité… (j’ouvre ici une parenthèse pour signaler que cette idée du repos d’abord est tout de même présente dans le judaïsme : la journée de 24h commence avec le soir, on a donc d’abord la nuit de repos puis le temps de travail). Célébrer le premier jour, c’est affirmer qu’avant tout, il y a la grâce de Dieu.
Et puis, le sabbat, dans l’Exode est associé à la création. Il marque donc un achèvement. Célébrer le sabbat, c’est se tendre complètement vers ce jour dernier, ce moment où Dieu aura fini son travail. Ce moment du Royaume. Célébrer le premier jour de la semaine, c’est changer de perspective
Le culte dominical, au contraire, dit un commencement : le premier jour de la semaine, dès l’aube insiste l’évangile de Luc… Je crois que le problème du calendrier chrétien, ce n’est pas tellement d’avoir placé Noël le 25 décembre, c’est d’avoir placé le moment 0, e début de la nouvelle ère à la naissance de Jésus alors qu’en toute logique, il aurait fallu faire commencer la nouvelle ère à la résurrection… Pâques n’est pas la fin, l’aboutissement, c’est un événement premier.
Mais, le pasteur se contredirait-il ? Lui qui d’habitude nous dit qu’il ne faut pas regarder en arrière, voilà qu’il nous dit que ce qui est essentiel, c’est le commencement. Célébrer Pâques serait donc simplement faire mémoire d’un événement survenu il y a 2000 ans ?
C’est là qu’il faut se demander ce que nous célébrons aujourd’hui. A quoi nous renvoie les évangiles ? Eh bien ce n’est pas à la résurrection. Dont nous ne savons même pas quand elle a eu lieu. Juste après la mise au tombeau ? pendant le sabbat ? pendant la nuit du samedi au dimanche ? Le texte ne nous le dit pas. Il nous renvoie à ce qui s’est passé ce dimanche matin, ce premier jour de la semaine, dès l’aube. Des femmes ont trouvé le tombeau où gisait Jésus de Nazareth vide. Elles n’ont même pas vu le ressuscité nous dit Luc, elles n’ont vu qu’une chose : c’est qu’il n’y avait rien à voir. Ce que nous célébrons ce matin, c’est une absence, un manque.
Et de ce manque va naître une conviction : il est vivant. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce n’était pas la conviction la plus logique… On a enlevé le corps ! ou même Il a été enlevé au ciel (à l’époque se dire qu’un mort a été pris au ciel était plus logique que se dire qu’un mort était vivant) ; Voilà ce qu’elles auraient pu se dire. Mais Luc nous dit qu’elles se souvinrent alors des paroles de Jésus. Quelques années plus tard, un certain Paul de Tarse fera la même expérience. Il acquerra la conviction que celui qui était mort est vivant. Et il en va de même pour nous. Nous sommes même pour la grande majorité plus proche de la situation des deux Marie et de Jeanne que de celle de Paul : nous n’avons pas vu Jésus vivant après sa mort. On nous a dit qu’il était vivant et nous avons cru. Et je me dis parfois que le fait même que nous croyions est encore plus invraisemblable que ce que nous croyons…
Et aujourd’hui, c’est moins la découverte des femmes au tombeau vide que nous fêtons que notre propre expérience de ce mort qui est vivant. Ainsi, ce premier jour de la semaine n’est pas une projection vers un lendemain qui chante. Ce n’est pas non plus la mémoire d’un événement passé mais l’appel à vivre au présent une conviction qui change notre regard : Jésus est vivant.
Et de cet événement premier, de cette absence, de ces premiers témoins que tous disqualifie (elles n'ont rien vu et ce sont des femmes) je voudrai tirer ce matin deux enseignements sur nos relations au sein du christianisme et au delà du christianisme
Tout d’abord, cette conviction : « Jésus est vivant » n’est pas un dogme. La révélation ne vient pas de ceux qui pourraient être l’autorité légitime de l’Église, des apôtres. Elle vient de trois femmes. Et la première réaction des apôtres c’est « Qu’est ce que c’est que ce tissus de niaiserie ! ». Bref, à l’origine, il n’y a pas le dogme établi mais la rencontre individuelle. Il n’y a pas le modèle du bon chrétien auquel chacun d’entre nous devrait se mesurer. Il y a toi, et toi, et toi, et toi. Chacun de nous en relation avec Jésus qui était mort et qui est vivant. Cela veut dire qu’il n’y pas de jugement à porter sur les uns et les autres, qu’il n’y a pas de comparaison à faire entre nos parcours de foi.
Mais sortons un peu du christianisme. Le vide du tombeau, l’absence de corps nous interdisent tout sentiment de supériorité vis à vis de ceux qui ne croient pas des niaiseries pareilles . En effet, nous n’avons rien à leur offrir pour justifier notre conviction : ni preuve, ni raisonnement par A + B. Juste une conviction : il était mort, il est vivant et pour moi cela change tout… Et il nous faut annoncer cette conviction, la partager avec le monde. Mais au nom de quoi pourrions nous l’imposer ? Au nom de quoi pourrions nous regarder ceux qui ne croient pas avec mépris, supériorité ou condescendance. Il était mort, il est vivant. Comment m’étonner que les gens me croient fou ? Comment m’étonner de leurs questions et objections ? Alors que sont aussi les miennes. Et pourtant, parce que j’ai cru. Je peux continuer d’annoncer, continuer de témoigner. Il était mort, il est vivant. On me l’a dit et aujourd’hui je le crois et ma vie prend un sens nouveau.
Frères et sœurs. Il était mort, il est vivant. C’est cette affirmation qui nous a poussé ici ce matin. C’est elle qui nous envoie à présent dans le monde, non pas en conquérants, pas en juges mais comme des témoins d’une bonne nouvelle : il est vivant. Et avec lui, nous nous relevons de toutes nos morts, nous sortons de toutes nos tombes. Il est vivant et pour chacun de nous, l’aventure (re)commence. Il est vivant et avec lui, je peux, tu peux, nous pouvons commencer quelque chose de neuf.
Amen
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