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Comprendre la Nativité

Bon voilà, cet après midi, nous étions au cinéma pour le projet : nativité. Et je dois dire que je suis très, très content. Un peu plus d'une centaine de personnes dans la salle malgrè un dimanche ensoleillé de courses de Noël (j'ai eu des sueurs froides sur le trajet du cinéma en voyant tous les magasins ouverts), des questions intéressantes et très théologiques En attendant des retours (pour le moment j'ai surtout ceux des paroissiens qui ont l'habitude et qui ne représentaient pas la moitié de l'assistance (autre motif de contentement)), je renouvelle tous mes remerciements à la direction du cinézénith qui a permis ce moment. Je vous propose ici la version écrite de mon exposé (enfin, ça veut dire que vous allez lire les notes que j'avais dans les mains mais que je n'ai pas lues).

Le film que nous avons vu reprends donc des éléments des évangiles de Matthieu et de Luc et, comme de coutume, les combine pour nous raconter la naissance de Jésus. Dès qu’on touche à une religion, de nombreuses questions se posent est-ce que c’est vrai ? avez vous des preuves ? Comment le savez vous ? Je en répondrai pas à ces questions ce soir. En fait la seule question que je compte aborder c’est « qu’est ce que les auteurs de ces textes ont voulu nous dire ? »

Il me paraît tout d’abord important de rappeler que les évangiles ne se veulent pas des biographies de Jésus, ce sont avant tout des témoignages de la foi de leurs auteurs. Cela permet d’une part d’expliquer pourquoi, parmi tous les écrits du Nouveau Testament, seuls Matthieu et Luc racontent la naissance de Jésus. Les évangiles de Marc et de Jean n’en parlent pas et Paul n’y fait aucune allusion non plus. Et cela explique aussi pourquoi les récits de la naissance dans Matthieu et dans Luc sont si différents : ce sont des ouvrages de théologie plus que des récits historiques.

Dans Matthieu, on voit Joseph et Marie résidant à Bethléem, fuir le roi Hérode jusqu’en Égypte et s’installer ensuite à Nazareth. C’est Matthieu qui nous parle d’Hérode, des mages, de l’étoile et du massacre des innocents.
Dans Luc, on voit Joseph et Marie résidant à Nazareth, contraints d’aller à Bethléem pour se faire recenser avant de retourner chez eux à Nazareth. C’est Luc qui nous parle de l’ange Gabriel, de Zacharie et d’Élisabeth, de la mangeoire et des bergers.
Je ne suis pas certain qu’il faille à tout prix combiner leurs deux récits pour obtenir l’histoire vraie de la naissance de Jésus.  En tout cas, ce n’est pas mon but aujourd’hui. Ce qui me paraît important, c’est de comprendre ce que ces deux auteurs ont voulu nous dire à travers leurs textes.

L’époque, le lieu et la religion
Nazareth en Galilée et Bethléem en Judée, Matthieu et Luc s’accordent sur ces deux lieux de la province romaine de Palestine. Ce qui est intéressant c’est qu’on a Bethléem, un petit village mais qui a une importance immense puisque c’est la ville dont vient David le plus grand roi d’Israël et Nazareth, une ville inconnue de l’Ancien Testament, située en Galilée, une région d’assez mauvaise réputation. Du coup, ces deux villes associées à Jésus disent en même temps sa gloire et son humilité, sa petitesse. Mais ce qui est surtout important c’est que le récit de la Nativité ne prend pas place dans un pays imaginaire ou mythique mais dans un lieu donné. Jésus s’inscrit résolument dans notre histoire.
Il est difficile de dater précisément la naissance de Jésus mais les indications de Matthieu comme de Luc laissent entendre qu’il est né sous le règne d’Hérode le grand, un roi bien connu et peu aimé. Tout d’abord, il avait été placée sur le trône de Judée par les romains et bien qu’il soit à moitié juif, il était considéré par les juifs comme un tyran étranger. Le film le montre écrasant le peuple d’impôts pour assouvir sa soif de luxe et de grandes réalisation. C’est effectivement l’image que des historiens tels que Flavius Josèphe nous ont donné de lui.
On sait donc dans quel pays Jésus est né, à quelle époque et surtout dans quel milieux, une famille juive tout à fait modeste, ne comptant ni parmi les plus pauvres, ni parmi les plus riches. Le film d’ailleurs présente à de nombreuses reprises les rites religieux de l’époque, nous rappelant, au cas où nous le perdrions de vue que Joseph Marie et Jésus lui-même étaient juifs.
Le récit de Noël ne commence pas par « il était une fois », il arrive à une époque donnée, une époque marquée par la violence, par la rebellions qui couvait et surtout par une très forte attente pour le peuple.

Une naissance annoncée
On le voit dans le film, les prophéties occupent une grande place : c’est une prophétie qui effraye Hérode. Lorsque Marie et Joseph entre dans Jérusalem, un prédicateur déclame l’annonce de Zacharie. De nombreux textes du judaïsme annonçaient la venue d’un libérateur. Pour Matthieu, pour Luc et pour tous les chrétiens aujourd’hui, Jésus est ce libérateur. Pour les deux auteurs bibliques, il était très important de montrer, dès les récits de la naissance que Jésus venait accomplir les prophéties.

Marie
La vierge enfantera (ou la jeune fille dans le texte hébraïque) est une de ces prophéties. Ce qui nous amène à un personnage très important du film : Marie. La Bible ne nous dit pas grand chose sur Marie, on ne connaît ni son âge, ni le nom de ses parents ni son caractère.. Tout ce que les textes nous disent c’est qu’elle fut choisie par Dieu pour être la mère de Jésus… Pourquoi fut-elle choisie ? Elle n’obtient pas de réponse à cette question dans le film. Le texte ne donne pas davantage d’explication : on ne peut jamais expliquer le choix de Dieu. Il est complètement libre.
Vous connaissez peut-être la chanson de Moustaki :

Tu aurais pu mon vieux Joseph choisir Sarah ou Déborah
et rien ne serait arrivé mais tu as préféré Marie.
Eh bien, disons que si Dieu, lui, avait choisi Sarah ou Déborah, tout serait arrivé de la même façon… Marie est une fille ordinaire de Galilée et si j’aime beaucoup le portrait que le film dresse d’elle, ce portrait n’est que pure spéculation.
La vierge enfantera. Pourquoi affirmer que Marie était vierge ? Tout d’abord, je voudrais dissiper un malentendu courrant. Il ne s’agit pas du tout de dénigrer la sexualité, d’y voir quelque chose de mal. En fait la virginité de Marie est affirmée pour deux raisons très simples. Il s’agit d’abord de bien montrer que cette naissance n’est pas une naissance ordinaire. Et surtout d’affirmer que Jésus vient de Dieu.
Mais cela nécessite encore des précisions. On compare quelque fois Jésus avec les demi dieux de la mythologie grecque ou romaine. Jésus serait le fils de Dieu et de Marie comme Hérakles était le fils de Zeus et d’Alcmène. En fait cela n’a rien à voir. La puissance du Très Haut te couvrira de son ombre dit l’ange Gabriel à Marie dans l’Évangile de Luc. Mais il ne faut pas se représenter cela comme Zeus fécondant Danaé sous la forme d’une pluie d’or. En fait, c’est un rappel de l’Ancien Testament. L’ombre rappelle ici la nuée à travers laquelle Dieu vient parler à son peuple lors de l’Exode, la nuée qui recouvre la tente de la Rencontre. Or la tente de la rencontre, c’est l’endroit où Dieu vient rencontrer son peuple. Eh bien Marie, couverte de l’ombre de la puissance du Très Haut devient, pendant sa grossesse, cette nouvelle tente de la rencontre. C’est à dire que quand nous disons que Jésus est fils de Dieu, il faut bien comprendre que cela signifie que Jésus est Dieu qui s’est fait homme. Les chrétiens n’ont pas plusieurs dieux : un Dieu très haut qui aurait eu un fils… Nous n’avons qu’un seul Dieu et nous croyons qu’il s’est fait complètement homme. Or la vie d’un homme commence par sa naissance. C’est cette naissance que racontent Matthieu et Luc. C’est ce message incroyable qui dit que Dieu s’est approché de l’homme.

Jésus est donc 100% Dieu et 100% homme. Et l’on trouve tout ce paradoxe dans Matthieu comme dans Luc. De signes forts de gloire et l’expression de la plus grande faiblesse.
Les signes de la divinité
Les mages : dans l’évangile de Matthieu ils ne sont ni rois ni trois. On ne connaît ni leurs noms, ni leurs pays d’origine. Ce sont des astrologues païens. Et ce qui est intéressant c’est que l’astrologie est très sévèrement condamnée par le judaïsme. Matthieu raconte donc que les premiers à être venu reconnaître Jésus étaient des païens. Une manière de dire que si Jésus est juif, il vient aussi pour les païens. On peut d’ailleurs remarquer que ces païens sont convertis : ils viennent à Bethléem guidé par une étoile, ils suivent donc leur croyance mais quand ils repartent, c’est un ange qui leur dit de ne pas aller voir Hérode.  Pour Matthieu, Jésus est donc bien ce messie que tous les peuples viennent adorer.

L’armée des anges : Dans Luc, les bergers ont droit à une révélation grand spectacle : c’est toute l’armée céleste qui leur apparaît. Là encore nous avons une marque du caractère divin de Jésus.

Mais à côté de ces signes de puissance et de divinité, les signes de faiblesse et d’humilité sont encore plus omniprésent. La naissance de Jésus est bien moins brillante dans les textes bibliques qu’elle ne l’est dans nos représentations classique

Fille-mère : Si Luc ne s’attarde pas beaucoup sur le sort de Marie enceinte, Matthieu nous rappelle tout de même que l’époque n’est pas tendre pour les filles-mères et que seule la bonté de Joseph lui évite la lapidation. Pas de lapidation donc, mais l’opprobre, la honte, le rejet restent bien présent et si les évangélistes ne le soulignent pas avec insistance, il faut tout de même noter que Dieu a choisi de naître dans des circonstances qui ont du valoir bien des regards de travers à ses parents terrestres de la part des gens pieux et bien pensant de l’époque. Peut-être devrions-nous en souvenir avant de regarder de travers ceux que notre morale réprouve…

Le massacre des innocents : Et très vite l’enfant est menacé par la cruelle puissance d’Hérode. Cet enfant incapable de parler et de marcher et pris en chasse et ses parents n’ont d’autre choix que de s’exiler en Égypte comme des réfugiés politiques. Difficile de voir dans cette fuite la puissance de Dieu.

Le recensement et la mangeoire : Si Luc ne parle pas de la menace hérodienne, il nous présente quand même Joseph et Marie comme une famille déplacée au gré du caprice des puissants. Un enfant qui né là où il n’y a pas de place de lui. Non seulement Dieu naît comme tous les enfants dans la douleur, le sang et la sueur, mais il faut encore y ajouter la crasse d’une mangeoire et l’odeur d’une étable.

Les bergers : Et de cette étable, ce sont des bergers qui s’approchent. Des bergers, c’est à dire des solitaires, presque des parias, passant leur nuit dehors incapables d’observer la plupart des rituels de pureté, c’est pourtant à ces humbles parmi les humbles que viennent apparaître l’ange et l’armée céleste

Il me paraît donc impossible de ne voir les récits de la naissance de Jésus que comme des récits miraculeux et extraordinaires. Bien au contraire, Luc et Matthieu prennent soin quand ils racontent le début de la vie de Jésus Christ de mêler étroitement l’humain et le divin et d’insister sur ce paradoxe de la puissance qui devient faiblesse et de la faiblesse qui triomphe de tout.

Je voudrais faire une dernière remarque sur le massacre des innocents, qui n’est pas seulement une expression de la faiblesse de l’enfant mais aussi un éclairage très particulier sur le rôle de Jésus. En effet, le massacre des innocents par les troupes d’Hérode est un parallèle direct avec le massacre des garçons hébreux par l’armée de Pharaon. Or à ce massacre commandé par pharaon, un enfant échappe, qui deviendra Moïse, celui qui fera sortir le peuple de son esclavage. Ainsi, en racontant le massacre des innocents, Matthieu nous montre que Jésus est le nouveau Moïse dont le rôle est de libérer l’humanité toute entière.

Vous voyez donc que bien plus que des chroniques historiques sur la naissance de Jésus, Matthieu et Luc sont des récits théologiques porteurs d’un message : en Jésus, Dieu se fait homme et c’est en rejoignant complètement l’humanité qu’il va la libérer.
Bien sûr, ce message, nul ne peut en prouver l’authenticité ou le bien-fondé. Vous seul savez si vous y croyez. Mais il me paraissait important de rappeler au delà du folklore du récit de Noël, le message que les chrétiens découvrent dans cet épisode.

Un commentaire sur le film ? Vous attendrez demain ou après demain, ok ?

 

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À propos
Eric George

Pasteur de l'Eglise Réformée de France, amateur de jeux de société, de cinéma, de longues discussions
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