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Miettes de théologie

Hancock, l'émasculation, le tsimtsoum et la kénose

27 Août 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

En plus d'une comédie dont je ne sais pas trop si elle brocarde le politiquement correct ou si elle le célèbre, Hancok pose l'histoire de héros qui doivent se séparer pour exister. L'idée de ce retrait nécessaire n'est pas neuve.
Les anciens grecs racontaient ainsi la création du monde : Ouranos (le ciel) s'était allongé sur Gaïa (la terre) pour s'accoupler avec elle. Mais les fruits de cette copulation ne pouvaient pas naître parce qu'Ouranos ne se retirait pas. Alors, prisonnier dans le ventre de Gaïa, Kronos saisit le sexe de son père et le trancha. Ouranos, bien sûr se retira et, de douleur, se souleva, laissant entre Gaïa et lui un espace où ses enfants pouvaient enfin naître.
Les hébreux, quant à eux, appellent Tsimtsoum, l'acte par lequel Dieu se retire volontairement afin de laisser sa création être autre que lui.
Les chrétiens enfin parlent de la kénose : Dieu renonce aux prérogatives de sa divinité pour se faire pleinement homme en Jésus Christ afin de sauver les hommes
Il y a un point commun à ces trois notions : les pouvoirs de la divinité sont amoindris pour que puisse vivre la créature.
Il y a pourtant des différences essentielles. Dans la pensée grecque, la divinité est jalouse de son pouvoir, et la créature doit s'en emparer de force ou par ruse (cf. aussi Kronos dévorant ses enfants). Nous sommes dans une logique de puissance.
Dans la pensée judeo-chrétienne, au contraire, l'initiative revient à la divinité. Nous sommes dans une logique de don. Mais il y a encore une différence entre le Tsimtsoum et la kénose. Dans le Tsimtsoum, Dieu s'éloigne, il prend de la distance par rapport à sa créature pour la laisser être elle-même ; dans la kénose, c'est pour se rapprocher que Dieu se dépouille sa puissance, et c'est en s'approchant qu'il permet à sa créature d'être elle-même.
Aujourd'hui, l'émasculation et le Tsimtsoum ont fait leur place. Certains revendiquent leur autonomie en niant l'existence même de Dieu, les autres lui rendent grâce de la distance qu'il a prise.  Mais je ne crois pas, même en christianisme, que nous soyons vraiment capable de reconnaître que nous avons besoin de sa présence pour être nous-mêmes.
P.S. Vous avez remarqué que le lien avec Hancok est plutôt ténu, en fait iln'y a même plus aucun rapport... Disons que mon esprit a un peu divagué...

Au plus profond de l'échec, plus que vainqueurs...

3 Août 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 3 août 2008
Romains VIII, 35 à 39

« Mesdames et messieurs, notre médaille miraculeuse ne vous rendra ni plus fort, ni plus beau, ni plus intelligent ! Elle ne suscitera ni envie ni admiration de la part de vos voisins ! Elle ne vous épargnera ni la maladie, ni la pauvreté, ni l’oppression ! Au contraire, elle risque fort de vous attirer des ennuis ! N’hésitez plus ! Demandez notre médaille miraculeuse ! »
Quelle étrange publicité, n’est-ce pas ? Qui vendrait un produit avec de pareils arguments ? Et pourtant, c’est exactement ce que fait Paul dans cette affirmation que nous reconnaissons, à juste titre, comme centrale pour notre foi.

L’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, nous dit Paul, ne nous protège contre rien. Il ne nous sert de rempart ni contre les souffrances physiques (la maladie, la pauvreté), ni contre les souffrances morales (l’oppression ou le deuil), ni même contre les souffrances spirituelles (le doute ou la tentation). Et Paul va plus loin : il fait sien ce constat du psaume : « A cause de toi, nous sommes mis à mort tout au long du jour… » Il ne s’agit pas ici de dire que Dieu nous fait souffrir pour nous punir ou nous éprouver mais simplement de reconnaître que non seulement la foi ne nous simplifie pas la vie mais qu’au contraire, elle nous complique bien souvent l’existence.
C’est vrai bien sûr, aux périodes de persécution, persécution qui nous paraissent bien souvent très lointaines (il serait ridicule et insultant de taxer les moqueries et petites vexations que nous rencontrons parfois de persécutions). Pourtant, nous devons nous rappeler qu’aujourd’hui encore, à travers le monde, des chrétiens sont pourchassés, menacés à cause de leur foi. La persécution n’appartient pas au passé, elle ne concerne pas que les martyrs des premiers siècles ou les protestants du désert.
Mais même nous, qui vivons sans doute un christianisme tranquille, nous pouvons dire, nous devrions dire « A cause de toi, nous sommes mis à mort tout le long du jour ». Notre foi doit nous déchirer le cœur, empêcher toute sérénité, tout repos d’âme : comment croire en un Dieu d’amour quand nous voyons la souffrance de nos frères et de nos sœurs ? Comment croire en un Dieu qui agit dans le monde lorsque nous voyons partout la violence et l’injustice ? Notre foi, loin de nous donner des réponses satisfaisantes et apaisantes, fait du mal un scandale insupportable.
Il ne s’agit pas de se dire que ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Qu’à tout ce mal répondront les félicités du Royaume à venir et que nos souffrance trouveront leur consolation dans l’au-delà. Bien sûr que Paul croit à l’avènement proche du Royaume de Dieu ! Bien sûr qu’il affirme la résurrection des morts mais ce n’est pas ce dont il est question ici.

En dépit de toute logique humaine, Paul affirme que c’est dans ces souffrances que nous sommes plus que vainqueurs…. Notre victoire n’est donc pas pour demain : elle est présente, complètement actuelle. Et elle ne dépend pas de nos forces, de notre endurance ou de notre persévérance : elle  nous est donnée par un autre : par celui qui nous a aimés…
Celui qui nous a aimé, c'est-à-dire Jésus Christ et même Jésus Christ crucifié ! En effet, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. C’est donc bien sur la croix que se manifeste l’amour de Jésus Christ.
Alors, regardons à la croix, regardons à cette défaite ultime et voyons comment nous pouvons y voir une victoire.

Dans l’homme crucifié se concentrent les trois événements qui séparent l’homme de Dieu : la malédiction, l’injustice et la mort.
- Condamné pour blasphème par le sanhédrin, cloué au bois, Jésus est l’image même de celui qui est maudit, impur, rejeté loin de Dieu. Il le crie lui-même : Pourquoi m’as-tu abandonné ?
- Innocent broyé par le jeu politique des puissances de son époque, juste traité comme un criminel, Jésus nous pose la question lancinante de l’injustice : Comment croire en un Dieu juste, fidèle et aimant quand l’innocent est écartelé ? Quand celui en qui il n’y a aucune faute est condamné comme un criminel ? Si l’innocent peut-être crucifié, c’est bien qu’il n’y a pas de Dieu.
- Enfin, la mort est bien ce qui nous sépare du Dieu de vie. Le judaïsme antique affirmait clairement que le séjour des morts est le lieu où Dieu n’est pas.
Ainsi, Jésus de Nazareth, l’innocent frappé par la mort de la malédiction représente bien l’homme abandonné, arraché complètement à l’amour de Dieu. Et pourtant, miracle de la foi, folie de la foi : dans cet innocent condamné, nous reconnaissons le Dieu de justice, dans ce maudit, nous reconnaissons le Dieu de pardon, dans ce corps supplicié, nous reconnaissons le Dieu vivant.
C’est là qu’est la victoire : parce qu’en Jésus, crucifié nous reconnaissons la présence de notre Dieu, parce que nous croyons que malgré la malédiction, malgré l’injustice, malgré la mort, Dieu est là, nous savons que plus rien ne peut nous arracher à l’amour de Dieu.

Vain discours de théologien ; à des lieues de nos préoccupations et de nos soucis ?
Peut-être… Mais rien ne te séparera de l’amour de Dieu
Quand le malheur te frappera au plus profond de ta chair, tu sauras que ce n’est pas ton Dieu qui te punit ou qui te met à l’épreuve. A ta souffrance, tu n’ajouteras aucune culpabilité, aucun sentiment de condamnation ou de rejet : tu sauras que tu restes aimé de Dieu.
Quand tous tes faux dieux, reflets de ta volonté de puissance t’auront abandonné, trahi, tu sauras que Dieu reste à tes côtés et qu’il souffre avec toi
Quand tu perdras toutes tes forces, toutes possibilités d’agir, tout ce que tu croyais être toi, quand tu seras dépossédé de toi-même, quand tu croiras être coupable au-delà de toute possibilité de pardon, tu sauras que toute ta valeur, toute ta dignité d’être humain réside dans cet amour dont tu es aimé, dont tu restes aimé en dépit de tout.
Quand tu ne trouveras plus la force d’espérer ou de croire, tu sauras qu’en Jésus Christ, il t’est donné la possibilité de reconnaître Dieu dans le visage du crucifié, au plus profond de ton échec ou de ta misère.

Alors, mon frère, ma sœur, au plus noir de l’échec, au plus profond du désespoir, tu sauras quelle est cette victoire dont parlait Paul, tu sauras, au-delà de toute raison humaine, qu’en Jésus Christ, tu es plus que vainqueur.

Amen