Miettes de théologie

Morceaux d'été : La cueillette

12 Août 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 

cueillette.jpgC'est un passage obligé des ballades  d'été et d'automne : l'arrêt auprès de buissons sur lesquels on a aperçu mûres, myrtille, framboises ou fraises (je sais, les fraises ne poussent pas sur fes buissons). 
Je ne suis pas un cueilleur méthodique. Pour moi, le plaisir, c'est en ramassant 3 framboises aperçues du chemin, d'en découvrir 5 autres un peu plus loin et de m'enfoncer dans le bosquet, en me contorsionnant et en bousillant mon pantalon. Le plaisir, c'est de trier entre les baies mûres, les vertes et les pourries et de devenir de plus en plus exigeant. Le plaisir, c'est de découvrir, en revenant vers la route, de nouveaux fruits qui m'avaient échappés mais que le changement de perspective me révèle. Le plaisir, enfin, c'est de voir que ce détour nous a été une halte ludique et profitable dans notre chemin. 
Préparatifs de prédication et de partages mis à part (et encore), la lecture de la Bible est une cueillette. Par le hasard du feuilletage ou par le jeu des citations, un texte en fait découvrir un autre et un simple changement de perspectives fait découvrir de nouveaux trésors. Mais tous les textes ne parlent pas forcément au moment où nous les découvrons, il faut savoir en laisser sur la branche pour y revenir plus tard quand le moment sera venu. Mais qu'importe, puisquue justement, ici nous ne sommes pas dans la recherche de résultats, mais dans la promenade... Une ballade qui griffera nos bras et nos vêtement, un détour qui nous éloignera de nos sentiers battus, des préoccupations que nous croyions essentielles.
Finalement, cette lecture vagabonde et gratuite est aussi sérieuse que l'étude et la recherche de grandes réponses à nos grandes questions. 

Manques de foi

8 Août 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

jesus-marche-sur-les-eaux.jpgPrédication du dimanche 7 août 2011

Esaïe XLIII

Matthieu XIV, 22-33

 

Même quand nous sommes face aux épisodes les plus connus de la Bible, même quand nous entretenons un lien tout particulier avec un texte, par exemple parce qu’il est celui de notre première prédication, il faut toujours le relire avec soin. « Jésus prie sur la montagne, les disciples rament sur la mer »… Telle était en substance la première phrase de ma toute première prédication. Et c’est vrai si l’on fait commencer le texte au verset 23, en oubliant le verset 22.

C’est vrai qu’il est embêtant ce verset 22 . D’abord il fait désordre dans notre beau découpage : est ce qu’il est la conclusion du récit de la multiplication des pains ou le prologue de la marche sur l’eau ? Pour un peu, il nous rappellerait qu’un évangile est prévu pour être lu en entier avant d’être débité en petit morceau…

Et surtout, il est gênant avec ce Jésus qui pousse littéralement ses disciples dans la barque, les obligeant à le laisser seul avec la foule. C’est vrai quoi, dans la multiplication des pains, la répartition des tâches était simple : Jésus bénit et les disciples distribuent. Dans l’épisode de la marche sur l’eau, c’est la même chose, Jésus prie et les disciples rament. Et voilà que d’un seul coup, Jésus se met à s’occuper de la foule ! Non mais, de quoi je me mêle ! Alors, comme ça, Jésus pourrait aussi prendre en charge la logistique ? Il pourrait y avoir une relation entre Jésus et les foules, entre le Christ et l’humanité qui ne passerait pas par nous, le cercle privilégié de ses disciples…

Vous voyez, ce petit verset de transition nous interdit une structure pyramidale bien ordonnée : Jésus – les disciples ou l’Eglise – l’humanité.

C’est dommage, parce qu’elle est tellement pratique cette pyramide, pour sacraliser Jésus et aussi, peut être surtout pour nous donner du pouvoir et nous conférer une supériorité.

 

Jésus est sur la montagne, il prie, il prêche, il multiplie les pains, il fait plein de chose mais l’important c’est qu’il soit au-dessus, sacralisé.

Je vous cite un des détournements de la marche sur l’eau.

Elle est si bonne l'eau, Jésus !

Quelle idée de marcher dessus ?

Viens te baigner, rejoins la bande,

chante Juliette. C’est intéressant de voir à quel point un texte qui dit que Jésus rejoint ses disciples est relu pour affirmer exactement le contraire, un Jésus qui ne se mêle pas aux autres, qui reste à la surface des eaux… Peut-être Juliette a-t-elle été nourrie par Prévert avec son « Notre père qui êtes aux cieux, restez y » dans l’idée que le christianisme offre un Dieu inaccessible, un Dieu qui ne se mêle pas à la foule. Mais cette idée d’un Jésus sacralisé n’est pas l’invention d’un antichristianisme militant, ce sont, j’en ai peur, les chrétiens, les Eglises elles-mêmes qui l’on forgée. Regardez un peu le nombre d’intermédiaire que l’on a inventé parce que Jésus était devenu un peu trop inaccessible et qu’il fallait que le peuple puisse s’adresser à des gens plus humains, plus proches d’eux. Oui, je sais bien, ça c’est un coup des catholiques, et il ne nous arriverait jamais à nous, protestants. Peut-être pas, mais pouvons-nous vraiment nous dire immunisé contre cette tentation ? Ne nous  figurons-nous pas Jésus  plutôt en train d’enseigner, de guérir, de prier plutôt que de s’occuper de chose triviale ? Ne nous sentons nous pas un peu surpris de voir Jésus d’un seul coup se débarrasser de ses disciples pour faire lui-même le service d’ordre ?

Peut-être que si nous sommes surpris et un peu embarrassés, c’est que gérer la foule, ça nous semblait précisément être le travail des disciples, c'est-à-dire de nous-mêmes qui sommes chrétiens, qui sommes l’Eglise. Oui, c’est nous qui sommes appelé à témoigner, à organiser des cafés bibliques, des cultes de la cité, des concerts des cours alpha et que sais-je encore pour annoncer Jésus aux foules. C’est nous qui sommes l’interface. Alors si Jésus peut virer ses disciples pour s’occuper lui-même de la foule, nous y perdons notre utilité, notre fonction, notre importance…

Parce qu’enfin, si nous sommes ainsi les intermédiaires entre Jésus et les foules, c’est que nous, nous sommes nous-mêmes un peu élevé. Oh, bien sûr, pas autant que le Seigneur. Mais quand même, contrairement à ces hommes et ces femmes, nous nous avons la foi…

 

Là, ça tombe bien parce que justement, Matthieu profite de l’épisode de la marche sur l’eau pour nous offrir une petite réflexion sur la foi.

Les foules sont parties et nous sommes entre gens de bonne compagnie : les disciples et Jésus. Et puis nous retrouvons notre topographie traditionnelle : Jésus est sur la montagne, les disciples sont dans une barque sur le lac. Jésus prie, les disciples rament. Et Jésus descend, il rejoint les disciples. Ce ne sont pas eux qui montent, c’est bien lui qui descend. Et là, nous retrouvons la Bonne Nouvelle, telle que nous l’avons toujours entendue. Dieu vient à nous, il se tient à nos côtés, il nous rejoint dans notre existence.

Et que font les disciples ? Eh bien, ils font exactement que nous. Ils n’en croient pas leurs yeux. Même en le voyant, ils ne peuvent pas imaginer que le maître les rejoint au milieu de leurs difficultés quotidiennes, que Jésus se tient à leur côté dans leurs galères… J’allais dire « dans leur tempêtes » mais, ici, il n’est pas question de tempête, juste de vent contraire, d’un travail un peu plus pénible que d’habitude… A la limite, il nous est plus facile de croire en la présence de Jésus dans nos tempêtes, dans les vrais coups durs que dans les petits ou gros tracas du quotidien… Quand les coups sont trop durs pour nous, nous nous tournons vers Jésus, mais quand il s’agit juste de mettre un coup de collier, de fournir un effort supplémentaire, nous retroussons nos manches et allez, et on ne voit très bien ce que Jésus viendrait faire là dedans. Alors, comme les disciples, quand Jésus vient à nous, nous nous troublons, nous pensons à une illusion, nous nous demandons si nous ne commencerions pas à perdre la tête, à virer illuminés…

Heureusement, il y a Pierre, Pierre qui rattrape tout le lot en osant, en sortant de la barque pour s’élancer vers le maître et… qui manque de se noyer… Le moins qu’on puisse dire c’est que l’initiative de Pierre tombe à l’eau et lui vaut une douche froide « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Mais qu’est ce que Jésus reproche à Pierre, en fait ? La réponse est a priori évidente : Pierre n’a pas su aller jusqu’au bout de sa foi, une fois sur l’eau, ses doutes l’ont repris et ont failli l’engloutir. Mais si c’est effectivement cela, alors on peut faire remarquer que Jésus est bien sévère avec ce pauvre Pierre : en effet, si on peut lui reprocher son manque de foi, que dire alors de ceux qui n’ont pas eu le courage de se jeter sur l’eau ? … Peut-être est-ce un autre reproche que Jésus adresse à Pierre. Ecoutons celui-ci « Si c’est toi, ordonne moi d’aller auprès de toi sur les eaux », « si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain », « si tu es le fils de Dieu, jette toi en bas ». Ce n’est pas la foi qui pousse Pierre à sortir de la barque, c’est plutôt l’exigence d’une preuve…

Les disciples sont donc bien confrontés à deux aspects du manque de foi. Le manque de foi qui consiste à ne pas reconnaître la présence de Dieu dans nos efforts quotidiens et le manque de foi qui consiste à le mettre à l’épreuve : « si vraiment tu es là, alors fait que toute difficulté s’aplanisse » et à oublier que sa promesse n’est pas de nous préserver de l’épreuve, de nous garder des difficultés mais de rester avec nous dans nos difficultés et de nous assurer que rien ne nous anéantira, rien ne nous coupera de son amour.

 

Frères et sœurs, nous voyons bien que notre manque de foi nous rapproche d’avantage des foules que notre foi ne nous en distingue. Mais qu’importe ? Ce qui compte c’est que Jésus va lui-même vers les foules comme il vient lui-même vers nous, comme il rejoint les disciples sur une mer agitée, comme il sort Pierre de l’eau…

Si notre manque de foi risque souvent de nous le faire perdre de vue, notre Seigneur, lui, ne nous quitte jamais des yeux. Que nous croyions ou que nous doutions, il est là, il nous aime, il nous sauve.

 

Amen.

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