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Miettes de théologie

Evangélisation interdite en Algérie

31 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Le parlement algérien a adopté, le 20 mars, une loi condamnant quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman a une autre religion...

Cela m'attriste.

Pour l'Algérie d'abord qui était jusqu'alors un des pays d'Afrique du Nord garantissant le plus la liberté de religion et qui en ce moment voit sa liberté

Pour l'Islam ensuite qui décidément est représenté par des décideurs qui ne lui font pas honneur. En effet, une conviction, religieuse ou non, ne se révèle jamais autant sa faiblesse que, lorsqu'elle essaye d'interdire toute opinion autre que la sienne. Que lorsqu'elle veut museler ce qu'elle pressent comme une menace...

Pour le dialogue interreligieux enfin puisque cette décision va renforcer les convictions de ceux qui, musulman ou chrétiens, voient toujours dans l'autre un ennemi à combattre...

Cela m'attriste mais je ne peux m'empêcher d'y voir une certaine ironie, alors qu'en France certains redoutent la "montée de l'Islam" voilà qu'en terre musulmane c'est la montée du christianisme qui est redoutée (la loi est clairement une réponse aux progrès des Eglises évangéliques en Algérie). Certains y verront une victoire. Pour moi l'ironie amère : ce n'est jamais une victoire de voir l'homme toujours terrassé par la peur de l'autre...

Place aux vieux !

28 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Tous ces gâteux, ces avachis

Ces pauvres sépulcres blanchis

Chancelants dans leur carapaces...

C'est un marronnier : il n'y a pas assez de jeunes dans nos Églises. Cela fait 60 ans que ça dure (on trouve déjà cette litanie dans des compte-rendu de conseils presbytéraux et d'Assemblées générales d'avant guerre) : les jeunes désertent nos temples, fuient nos communautés et c'est bien triste. Je ne me livrerais pas aujourd'hui à une analyse rigoureuse du phénomène (est-ce vrai ? est-ce alarmant ? quelles sont les causes ?). Je ne proposerais pas de remède miracle.

En fait, cette éternelle complainte me pousse à me poser une question : nous plaignons-nous de l’absence d’une tranche d’âge ou faisons nous du jeunisme ? Nous plaindrions-nous de la même manière si c'était les têtes blanchies qui manquaient dans nos Églises. Ou bien, à tant se désespérer de l'absence des jeunes, notre Église n'est-elle pas en train de succomber au racisme anti-vieux ?

Alors, une assemblée où les cheveux blancs sont majoritaires, c'est forcément une assemblée moribonde, triste et ennuyeuse ? Alors, passé 50 ans, il n'y a plus de rêves, plus de projets, plus d'énergie ? Alors le conservatisme est forcément du côté des vieux, et l'innovation du côté des jeunes ?

 

En mes 10 années de ministère, c'est une réalité assez différente qui s'est présentée à moi. Et si j'espère une Église vivante, attrayante, dynamique et joyeuse, une Église qui se renouvelle, qui se réforme  sans cesse, je ne parle pas d'une Eglise "jeune", mais d'une Église riche de tous les âges.

 

C'est le printemps

27 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

A l'instant où j'écris ces lignes, il neige... (c’était le 23 mars, je poste avec un peu de retard)...Autour de moi, certains désespèrent de jamais voir arriver le printemps.  Rien de vraiment surprenant : le temps a été maussade et froid, ces derniers jours. Et pourtant, le printemps vient, il est là : pas seulement parce que nos calendriers le disent mais parce que malgré la neige, malgré le froid, les jours s’allongent et la nature commence à sortir de son sommeil hivernal... De façon discrète, imperceptible même mais inéluctable.

Cet invisible printemps m'évoque Pâques que nous allons fêter bientôt... Difficile de croire à la victoire sur la mort quand le seul signe qui nous est donné est une absence, un tombeau vide. Difficile de croire à notre libération quand nous nous sentons captifs de tant de chaînes, écrasé sous tant de poids. Et pourtant, elle est bien là, la victoire du Christ, pas aussi éclatante que sur les tableaux mais bien présente et concrète au cœur de nos vies. La victoire d'un amour qui nous fait renaître de chacune de nos morts, qui ranime sans cesse notre espérance.

Cet amour germe en chacun de nous, bien présent même lorsque nous ne le percevons plus. Qu'il nous réchauffe dans nos hivers, qu'il nous éclaire dans nos ténèbres.

Les ténèbres, la lumière et la foi

26 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 26 mars

Nombres XXI, 4 à 8

Jean III, 14 à 21

Éphésiens II 4 à 10

C’est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Les lectures pour tous nous gâtent aujourd’hui : deux textes fondamentaux ! C’est sur l’évangile de Jean que je m’attarderais ce matin. Un passage qui nous parle du bien et du mal, qui offre un renversement et nous éclaire sur le salut et la foi…

 La lumière et les ténèbres : voilà le discours qu’on attend d’une religion !D’un côté le bien, de l’autre le mal, les gentils contre les méchants : un discours clair et simple. Et bien sûr, les gentils, c’est forcément notre côté. Nous qui suivons Jésus Christ, nous sommes dans la lumière et les autres sont forcément dans les ténèbres. Ce passage de l’évangile de Jean s’inscrit donc dans l’idée gnostique qui, de Mani à Hollywood en passant par les cathares a connu un grand succès à travers les âges. Nous sommes en plein dualisme. Pourtant, il faut noter tout de suite certains points : tout d’abord, il n’est pas question ici de bien ou de mal mais plutôt de bon et de mauvais. Pour le mot que nos bibles traduisent par mal : Jean utilise le terme faulos : ce qui est vil, inférieur plutôt que kakos : mal. Nous ne sommes donc pas dans les catégories morales et arbitraires du bien et du mal mais dans les catégories concrètes du bon et du mauvais. Un exemple pour bien comprendre la différence : fumer ou trop manger ce n’est pas mal, c’est mauvais ce la nuit à notre santé ou à celle d’autrui… Ensuite ce ne sont pas les êtres mais les actes qui sont mauvais : leurs œuvres étaient mauvaise. Quiconque fait le mal (faulos) … Il est bon de rappeler sans cesse la différence entre juger et condamner une action et juger et condamner un individu… Ici, l’évangéliste est très clair. Enfin, j’aimerai préciser un peu cette relation entre ce qui est mauvais et les ténèbres. Les enfants le savent bien : dans tous les films, sur tous les dessins : le monde ténébreux, c’est l’empire du mal : c’est une imagerie tout à fait primaire. Mais Jean ne dit pas tout à fait cela : les ténèbres ne sont pas le symbole de ceux qui font le mal, elles sont leur refuge. On ne fait ce qui est mauvais parce qu’on vient des ténèbres, on va dans les ténèbres parce qu’on fait le mal. Les ténèbres ne sont pas la source du mal, elles sont l’abris de ceux dont les œuvres sont mauvaises, parce que les ténèbres sont le lieu où l’on se cache et donc le lieu de la peur, du déni, du refus de soi-même. La nuance a son importance.

 Tout cela précisé, il convient de se demander si l’évangile de Jean est vraiment classique dans son récit de la lutte du bien contre le mal. En effet, nous savons que tout le dialogue avec Nicodème est fait de déplacements constants, de renouveau, de nouvelle naissance, de nouveau regard. Pourquoi cet extrait serait-il différent ? De nombreux indices suggèrent rapidement un renversement, une remise en question. L’allusion au serpent d’airain en est un. En effet cet épisode des Nombres est très curieux, dérangeant. Quoi de plus ambivalent que cette idole à forme de serpent qui guérit les victimes de morsures de serpent ? Eh bien peut-être, justement cette croix qui est l’élévation de Jésus dont parle Jean. Avouez que c’est étrange cet instrument de mort qui devient un symbole de vie. Étrange cette élévation qui est une mort, un échec, une humiliation complète. Quand on me parle de l’élévation de Jésus, je pense systématiquement à un dessin d’enfant qui décorait la sacristie du temple de Luneray : Jésus triomphant, rayonnant, glorieux entouré par la création et comme titre : Jésus tout-puissant. Ca, c’est de l’élévation. Mais celle dont Jean parle, c’est la crucifixion, le supplice infamants réservés aux esclaves et aux vaincus. Étrange cette élévation qui est une humiliation ou cette humiliation qui est une élévation… Autre indice : un Dieu qui donne. C’est un retournement quand on y pense : les dieux réclament des sacrifices, des prières : ils prennent, au mieux, ils vendent ou échangent. Et voici qu’ici, Dieu donne et donne ce qu’il a de plus précieux. Et la preuve qu’il donne c’est que rien ne nous est demandé en échange. Pour entrer dans la lumière, il suffit de croire. Alors ça, c’est n’importe quoi. Tout le monde sait bien que dans la lutte qui oppose la lumière aux ténèbres, la voie de la lumière est toujours difficile. Que ce soit dans la Torah, la règle Jedi ou le régime de weight watcher ou les conseils de beauté de Marie Claire, choisir la voie du bien, du bon, du beau, c’est toujours en baver. Mais, ici, il suffit de croire ! C’est tellement peu sérieux que toute les Églises se sont empressées de parsemer à nouveau la voie de la lumière de nombreuses exigences. Et pourtant, ce renversement nous amène tout droit à un changement de regard essentiel : Dieu n’est plus l’arbitre incorruptible, le juge de nos actions et de nos vies qui nous regarde nous sauver ou nous perdre, Il est celui qui veut notre salut et fait tout pour que nous vivions.

 C’est vrai qu’il y a un jugement, une condamnation. Mais ce jugement n’est pas la volonté de Dieu, la condamnation ne vient pas de Dieu. Nous l’avons déjà vu, les ténèbres ne sont pas un cabinet noir dans lequel Dieu enfermerait les enfants méchants que nous sommes. Jean est très clair là-dessus. C’est nous-même qui nous condamnons aux ténèbres pour cacher notre honte, notre peur, en refusant de nous voir tel que nous sommes. C’est pourquoi, je me méfie de toute morale chrétienne. Qui dit morale dit jugement. Qui dit jugement dit condamnation. Qui dit condamnation dit peur. Et c’est la peur qui nous conduit à nous réfugier dans les ténèbres, en espérant enfouir ce que nous sommes loin du regard des autres, loi de notre propre regard, loin du regard de Dieu. C’est de ces ténèbres, de cette peur que Dieu veut nous libérer

Pour nous faire sortir de nos ténèbres, Dieu nous envoie une lumière, un phare. Les pères de l’Église ont parfois beaucoup insisté sur l’importance de regarder vers cette lumière, de la voir pour être sauvé. Pourtant, l’image utilisée par Jean dit autre chose : quand une lumière brille dans les ténèbres, il est impossible de ne pas la voir. Lorsque la lumière brille, les ténèbres ne règne plus. Jean rejoint donc Paul, la victoire sur les ténèbres ne vient pas de nos œuvres, de nos efforts, elle est un don, une grâce complète. C’est pourquoi, lorsque Jean dit « celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé », je pense qu’on peut traduire hdh autrement que par déjà : on peut dire celui qui ne croit pas en lui est actuellement jugé : c’est à dire que tant que nous ne croyons pas en Jésus, nous continuons à vivre dans nos ténèbres. Notre salut nous est acquis mais nous n’en profitons pas. Nous sommes aimé mais nous continuons à trembler de peur. Nous sommes libres mais nous nous conduisons en esclave. Ainsi notre salut ne nous prive pas de notre liberté, mais il n’est pas non plus soumis à celle-ci. Je ne peux pas refuser mon salut, je ne peux pas refuser que Christ soit mort pour moi mais je peux ne pas le vivre, je peux ne pas y croire. Jean nous l’affirme : il suffit de croire. Mais au-delà de la réelle facilité de cette affirmation, peut être faut-il rappeler ce que signifie croire. Ou plutôt ce que signifie Croire en Jésus, car pour Jean c’est toujours en Jésus que l’on croit. Ce qui nous rappelle que croire, ce n’est pas accepter un ensemble de dogmes, une foule de préceptes, ce n’est pas croire que Dieu est comme ceci ou comme cela. La foi n’est pas non plus une certitude absolue en un quelconque catéchisme, refusant toute remise en question, toute interrogation ou tout doute. Croire c’est avoir confiance en Jésus, le crucifié, le don de Dieu. C’est croire en son nom… Un petit indice en rappel : Jésus signifie « sauveur ». Pour échapper à nos ténèbres, il nous suffit donc d’avoir confiance en ce crucifié qui vient nous montrer que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, que même nos actes les plus vils, les plus honteux, même ce que nous préfèrerions oublier n’empêcheront jamais Dieu de nous aimer, de nous aimer au point de tout donner… Croire en Jésus, c’est espérer toujours. C’est croire que même dans l’impasse la plus noire, même quand toutes les issues sont bloquées, Jésus nous ouvre un possible.

Frères et sœurs, que cette espérance et cette confiance vous accompagnent à chaque instant, qu’aucun chemin ne vous paraisse jamais sans issues. Que nous vivions chaque jour ce salut que Dieu nous a donné et que ce salut nous libère pour des décisions libres.

Amen

The shop around the corner

25 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

J'ai revu hier The shop around the corner de Lubitsch. J'avais découvert et aimé cette comédie pendant mes années estudiantines à Paris. J'aime bien les vieilles comédies romantiques (oui bon c'est vrai, les récentes aussi) et celle-ci a en plus un petit accent social pas déplaisant. La peur du chômage est palpable et ce petit morceau de dialogue résonne de manière très actuelle : "Il ne peut pas vous renvoyer, c'est injustifié !" "Le patron n'a pas besoin de motif, c'est un des avantages de sa position".

Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler. Cette histoire d'amour épistolaire illustre à sa manière légère le réel pouvoir destructeur des mots. Alfred est vite coincé par les exagérations de ses lettres, comme le mensonge nous emprisonne toujours. Et surtout, blessée par l'absence de son correspondant inconnu, Clara élève la méchanceté verbale au rang de grand art. Au cours de la scène du bar, sans doute le plus importante du film, chacun de ses mots frappe réellement James Stewart comme autant de coup de poignard.

Une puissance de la parole que la Bible nous rappelle à travers les concepts un peu flous de bénédiction et de malédiction... Il y a des mots qui font vivre, disait Eluard, il y en a aussi qui tuent... Celui qui traitera son frère de raka sera passible du sanhédrin. Matthieu V, 22

Le Da Vinci Code

23 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Avant qu’il sorte au cinéma, je me lâche et je dis tout le mal que je pense du Da Vinci Code… C’est un peu du réchauffé, vu que je l’ai lu il y a plusieurs mois, mais ça faisait un moment que je m’étais promis de le faire…

 

 

Pourquoi en dire du mal ? D’abord parce que derrière cet énorme succès de librairie, se cache un mauvais roman de gare. Aucun élitisme de ma part en écrivant cela : j’aime beaucoup les romans de gare. Seulement, trop c’est trop.

 

 

Prenons donc les choses par le début : Le Da Vinci code c’est

 

-          une intrigue alléchante pour n’importe quel amateur de thriller ésotérique : une conspiration du silence et un ballet de sociétés secrètes autours de l’origine même du christianisme

 

-          des ficelles de narrations hénaurmes : ah ! les chapitres qui se terminent tous par des fins ouvertes du genre : « il ouvrit le coffre et poussa un cri de surprise ! suite dans 3 chapitres… »

 

-          des personnages qui ne tiennent pas la route : la nièce du conservateur du Louvres, élevée par son oncle dans l’amour de l’art qui ne sait pas ce que c’est qu’une clef de voûte, les spécialistes des langues sémitiques qui prennent de l’anglais écrit à l’envers pour du syriaque…

 

-          une conspiration apparemment gigantesque  qui se dégonfle comme une baudruche parce que l’auteur n’ose accuser ni l’Église catholique ni même l’Opus Dei…

 

 Tout cela n’a rien de grave et prête plutôt à rire. En fait, le film pourrait même s’avérer meilleur que le bouquin (dans un blockbuster, tout est possible pourvu qu’il y ait du rythme). Bien plus gênant est le nombre hallucinant de guides officiels ou non du Da Vinci Code, autant de guides qui pourraient laisser croire que les thèses romanesques de Dan Brown sont plausibles.

Alors, soyons clair, l’idée d’une conspiration du silence visant à masquer une filiation de Jésus est risible. Il y a eu des conflits de succession à la mort de Jésus, la Bible le montre bien. Si vraiment Jésus avait eu une descendance, les disciples, soucieux d’une succession familiale, seraient-ils allé chercher un frère de Jésus (Jacques) qui ne l’avait même pas suivi de son vivant ?

Bref, je n’ai rien contre un Da Vinci Code qui resterait une (mauvaise) fiction et je pense qu’en faire « une lecture dangereuse pour la foi » est lui faire une publicité regrettable… Mais je trouve regrettable que pour vendre, les éditeurs viennent alimenter les pires théories conspirationistes qui soient…

De gauche ?

20 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Elle était socialiste, protestante et féministe...

Pourquoi les protestants sont-ils de gauche ? Avant même de répondre à cette question, il convient de rappeler qu'elle est une généralisation très hâtive, tant à l'échelle internationale qu'à l'échelle du protestantisme français : tous les protestants ne sont pas de gauche, loin s'en faut. Pourtant l'image demeure du protestant traditionnellement engagé à gauche. Cette image a certes des sources d'abord historiques et sociologiques. Mais je pense qu'il y a aussi des sources théologiques...

Ne comptez pas sur moi pour affirmer que l'Évangile est de gauche. J'aimerai bien mais c'est faux. L'Évangile n'est pas plus de gauche que de droite, c'est un message qui remet en cause toute idéologie, un message radicalement antipolitique ou anarchiste pour citer Ellul. Quels que soient nos choix politiques, l'Évangile nous invite à toujours remettre ceux-ci en question. Ce n'est donc pas par fidélité à l'Évangile que le protestantisme français a pu s'orienter à gauche.

En fait, on peut trouver une explication dans une certaine conception de l'homme. En effet, ni l'extrême droite (la préférence nationale est absolument incompatible avec l'Évangile), ni la droite conservatrice (traditionnellement catholique) n'étaient des options pour le protestantisme. Restait donc la droite libérale :  après tout Max Weber n'a-t-il pas souligné les liens entre capitalisme et protestantisme ? C'est là que la vision de l'homme entre en jeu.

En effet, le libéralisme économique n'est compatible avec le christianisme que si l'on pense que spontanément le puissant et le riche va se porter au secours du plus démuni, que la justice et la générosité sont des élans naturels du cœur humain. (J'ai toujours perçu cet optimisme généreux chez les chrétiens (catholiques ou protestants) de droite avec qui j'ai discuté) Une image de l'homme qui n'a pas grand chose à voir avec le pessimisme anthropologique de Calvin... C'est ce pessimisme anthropologique qui expliquerait pourquoi le protestantisme a opté plutôt pour une politique dans laquelle le partage, l'aide au plus faible ne dépendrait pas de la seule bonté de l'homme mais où l'état jouerait un rôle de régulation et d'incitation à l'entraide.

Mais, qu'il soit de gauche ou de droite, le chrétien est toujours dans l'opposition. Une opposition constructibe, basée sur le dialogue mais une opposition constante et vigilante, fondée sur la conviction qu'à Dieu et à Dieu seul appartiennent le règne, la puissance et la gloire.

Ni création, ni au-delà

18 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Peut on croire en Dieu sans accepter la notion de création ? C’est une question posée en commentaire sur ma note à propos du  livre Les origines de l’homme.

Cela correspond assez bien à la façon dont beaucoup d'incroyants (et pas mal de croyants) voient les religions : un moyen de répondre à l'angoissante question des origines et de se rassurer face à la mort. Il faut reconnaître d'ailleurs que les Eglises chrétiennes ont tout fait pour entretenir ces idées.

Et pourtant la Bible offre une vision très différente. En effet ni la création, ni l'au-delà (compris comme le séjours des morts) n'occupent une place prépondérante dans les textes bibliques, ni dans la Première Alliance, ni dans la Nouvelle.

Qui plus est, l'histoire des textes bibliques montre que la création comme l'au-delà sont des notions récentes.

Les spécialistes s'accordent généralement pour faire remonter les récits de créations du monde à la période de l'Exil à Babylone (587-538 avant Jésus Christ). Ces récits auraient été composés pour répondre aux mythes de création babylonien... La question de la création se pose donc très tardivement pour la foi hébraïque.

Et c'est encore plus évident en ce qui concerne l'au-delà. L'idée d'une vie après la mort n'apparaît dans les textes bibliques qu'à l'époque de Daniel(qui date vraisemblablement du II° siècle avant Jésus Christ). L'idée du Shéol n'est avant cela qu'une litote pour parler d'un néant, difficilement concevable pour une culture aussi pragmatique que la culture hébraïque. A l'époque de Jésus, cette idée d'une vie après la mort est encore niée par les saducéens, le courant traditionnel du judaïsme, tenants du pouvoirs religieux.

Ainsi, contre toute attente, les hébreux mettront longtemps à envisager leur Dieu comme créateurs ou comme garant d'un au-delà. Le Dieu biblique d'Israël est, avant tout un Dieu qui vient rencontrer son peuple, un Dieu qui libère, un Dieu qui a un projet.

Et le message de Jésus Christ s'inscrit dans la même ligne tout en élargissant la rencontre à l'humanité toute entière. Jésus ne parle pas de la création du monde et même la résurrection est avant tout une libération par rapport à ce qui fait mourir et l'affirmation que la mort même ne met pas un terme au projet de Dieu

Alors, est-il possible de croire en Dieu sans croire en la création ? Non seulement c'est possible mais plus qu'une idée nouvelle ou une concession à la modernité, c'est un retour aux sources.

L'Évangile selon Snoopy

17 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Nous autres prophètes, sommes très entêtés

 

Je me sens moins seul : il s'est trouvé un fou pour collecter et rassembler les planches des Peanuts ayant trait à la foi. Cette compilation porte le même titre que l'ouvrage de théologie que Snoopy a entrepris d'écrire : As Tu jamais pensé que Tu pouvais avoir tort ? (les majuscules aident à la compréhension).  Après, c'est du Peanuts, inégal mais souvent très drôle : un match de base-ball se transforme en débat pastoral autour de Job (et je vous assure qu'on s'y croirait), Linus se révèle être un véritable expert en exégèse (il en a aussi tous les travers). Mais ma préférée reste Sally Brown : "Le roi David composait ses psaumes sous un psommier" et "Pour écrire l'histoire de l'Église, il faut revenir au tout début : notre pasteur est né en 1930"... Savoureux.

 

Charles M. Schulz : As-Tu jamais pensé que Tu pouvais avoir tort ?. Édition Rivage poche / Petite bibliothèque

Les monstres et le péché 3) Le zombi

15 Mars 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

On retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?

S'il nous vient de la culture vaudou, mélange d'animisme et de catholicisme, le zombi, grâce au cinéma, est largement entré dans notre iconographie monstrueuse. De son origine, un individu prétendument relevé d’entre les morts et réduit en esclavage, le zombi n’a conservé que la démarche hésitante et l’absence totale de volonté propre. Désormais, le zombi est un mort qui se relève de la tombe pour dévorer les vivants. Mais sa caractéristique principale reste la même : il est dénué d’intelligence et de volonté.

Et c’est peut-être là une des formes du péché. Bien sûr, personne n’est tenté de devenir une sorte de robot de chair, grommelant et titubant. Pourtant, n’aspirons-nous pas parfois à ne plus avoir à réfléchir ? A ne plus avoir à choisir ? A juste suivre les ordres ou notre instinct, sans nous soucier des conséquences de nos actes. Une vie sans responsabilité.

Il y a du zombi en chacun de nous lorsque nous nous contentons d’agir en nous disant « je ne peux pas faire autrement », « j’obéis aux ordres », « tout le monde le fait », lorsque nous nous contentons de suivre les règles sans les remettre en question, lorsque nous nous laissons submerger par nos conditionnements.

Et cette voie de facilité s’avère être un chemin de mort. Si le zombi se déplace, il est évidemment mort, plus encore que les vampires ou les fantômes…

Certains voient dans la religion un facteur important de « zombification ». Et, force est d’avouer qu’ils n’ont pas forcément tort. Et pourtant, je reste persuadé que le message de la grâce, nous oblige constamment à prendre nos responsabilités et assumer nos actes sans nous permettre de nous réfugier derrière un commandement divin. Parce que nous sommes aimés gratuitement, nous n’agissons pas pour gagner le paradis ou pour éviter l’enfer. La grâce nous rend pleinement responsable sans pour autant nous accabler sous le poids de notre responsabilité : elle fait de nous des hommes et des femmes libres pour des décisions libres.