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Articles avec #theo en culture tag

Au miroir du Misanthrope

29 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Misanthrope, #Molière, #Théâtre

Ce début n'est pas mal, et contre le prochain

La conversation prend un assez bon train

Molière. Le misanthrope

 

« Il faut se rappeler qu’au XVII° siècle, les personnages de Molière n’étaient pas en costume d’époque. Si Molière écrivait aujourd’hui, ses personnages seraient en jeans et basket. »

Clément Hervieu-Léger

Je ne sais pas à quel point les costumes contemporains (pas vraiment jeans-basket) y sont pour quelque chose mais au-delà de la beauté des vers et du mordant de l’ironie, la mise en scène d’Hervieu-Léger me fait découvrir Le misanthrope comme un tourbillon d’humanité.

Bien loin de la leçon de morale que nous donnait notre professeur de français : « Molière trouve qu’Alceste est excessif dans sa misanthropie et son personnage raisonnable, c’est Philinte », Le misanthrope est un portrait, ou plutôt une galerie de portraits, douloureux, certes, sans complaisance mais aimants d’une humanité fragile.

« Je hais tous les hommes

Les uns, parce qu’ils sont méchants et malfaisants

Et les autres pour être aux méchants complaisants »

déclare Alceste… Tu parles, Charles ! Cela ne l’empêche pas d’aimer Célimène tout en étant parfaitement lucide sur ce qu’elle est… Parce qu’elle est jolie ? Pour son esprit ? Plus simplement parce que l’amour, cela ne se choisit pas, cela ne se décrète pas

Et quoique avec ardeur, je veuille vous haïr

Trouvè-je un coeur en moi, tout prêt à obéir ?

et quoiqu’en dise Eliante, cela ne rend pas aveugle aux défauts de celui ou de celle qu'on aime

Derrière sa misanthropie, Alceste est en fait un humaniste blessé par ce qu’il perçoit de l’humanité…

Célimène, souvent présentée comme la coquette type, la frivole, tremble surtout de rejeter qui que ce soit, Alceste a raison ; « Conserver tout le monde est votre grande étude » et même ses portraits au vitriol sont un moyen de briller en société plus que l’expression de son cœur.

Derrière son esprit et sa coquetterie, Célimène a avant tout besoin d’être aimée.

Philinte, le sage, paraît tout d’abord bien hypocrite et doucereux. Il n’en est pas moins un amoureux discret et résigné et surtout un ami fidèle, un second rôle dont la loyauté éclate dans le dernier vers

« Allons, madame, allons employer toute chose

Pour rompre le dessein que son cœur se propose… »

Même Oronte dans son désir de briller et son incapacité à accepter la critique, même Arsinoe dans sa jalousie blessée nous ressemblent trop pour être tout à fait antipathiques…

Alors, une relecture théologique du Misanthrope ? Deux, rapides, pour commencer…

D’abord, « la connaissance de Dieu et de nous même sont choses conjointes » (Calvin), ici, Molière tend à notre humanité un miroir à peine déformant et, quand la trahison de Célimène éclate au grand jour, elle reste aimée. Je préciserai juste que Dieu est plus constant qu’Alceste…

Et puis, je remarque que quand, sans en changer une ligne, Hervieu-Léger fait entrer Molière dans notre quotidien, la pièce ne perd rien de sa beauté et retrouve toute sa profondeur. Raison de plus pour ne pas enfermer la Bible dans un sacré compassé et solennel… Les textes bibliques rendus au quotidien, cela ne peut pas nuire au message, bien au contraire. Bien sûr, l’interprétation et la mise en scène d’Hervieu-Léger reposent aucun doute sur une étude sérieuse. La Bible rendue au quotidien, cela ne veut pas dire la fin de l’exégèse…

 

Pour finir, avant de m'attaquer à Molière et Osée, relecture théologique ou pas, si vous avez l’occasion de voir Le Misanthrope mis en scène par Clément Hervieu-Léger au théâtre ou au cinéma, n’hésitez pas.

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Rahan et la fabrique des idoles

1 Février 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Petite théologie pas très sérieuse, #Rahan, #Idole, #libre-pensée

Rahahaaaaaha ! Un cri s’élève dans la forêt préhistorique, Rahan a sauvé la veuve et l’orphelin, il a libéré un village, ou vaincu une dinosaure surgi accidentellement du fond des âges.

Dans les pages de Pif-Gadget puis dans son propre magazine, Rahan, fils de Craô et des âges farouches, allait au secours de Celles et ceux qui marchent debout  (les humains, hein pas les échassiers) et inventait la dynamite, l’élastique, la loupe ou Internet (ah non, en ce qui concerne le dernier, Rahan n’y est pour rien, il paraît que c’est François Fillon… Pour les trois premiers, je vous jure que c’est vrai, c’est dans les bédés).

Je me rappelle qu’en grandissant, j’avais été gêné par l’image de ce grand athlète blond qui venait aider des peuples petits et plus ou moins bronzés à se civiliser, mais force est de reconnaître que là, Rahan s’inscrivait dans une vieille tradition culturelle…

En dépit de ce hiatus, le message profond de Rahan, c’était la fraternité humaine, la foi indéfectible en la vertu du progrès scientifique et technique et, à peine masqué,  l’anticléricalisme. En effet, à une exception près (de mémoire de filsdecrâophile), quand Rahan rencontrait un sorcier (un prêtre, donc), celui-ci était l’ennemi. En effet, dans la construction sociale des âges farouches (et de Pif-Gadget), le sorcier/prêtre abuse de la crédulité du village alors que le scientifique met son observation de la nature au service de la collectivité.

Mais le comportement de ce sceptique avant la lettre (au sens propre) est assez intéressant...

 

Rahan commence sa carrière de voyageur en courant après le soleil et c’est très agaçant pour lui car tous les matins, le soleil se lève derrière lui. Bon, comme il est malin, il ne passe pas son temps à faire des allers-retours, il va à la recherche de la tanière du soleil. Jusqu’au jour où observant une course de pirogue autour d’une île, il comprend que le soleil tourne autour de la terre et qu’il ne sert à rien de rechercher sa tanière.

Au lieu de se poser pour écrire une thèse fondatrice du géocentrisme (je peux ironiser tant que je veux, mais Rahan, c’est très bien pour comprendre que la lutte entre héliocentrisme et géocentrisme, c’est une lutte de conceptions scientifiques bien plus qu’une lutte entre science et foi), Rahan va continuer ses voyages. A l’aveuglette ? Non, dorénavant, tous les matins, il fait tournoyer son coutelas d’ivoire pour qu’il lui indique la direction où aller. Et, quels que soient les obstacles (océan, falaises infranchissables, marais mortels), Rahan va suivre la direction indiquée par ce morceau d’ivoire (parfois en l’engueulant, quand même)

Et là, précisément parce qu’il dénonce toute superstition, Rahan devient semblable au fabricant d’idoles tel que le dépeint Esaïe

 

Il se coupe des cèdres, Il prend des rouvres et des chênes, Et fait un choix parmi les arbres de la forêt ; Il plante des pins, Et la pluie les fait croître.

Ces arbres servent à l’homme pour brûler, Il en prend et il se chauffe. Il y met aussi le feu pour cuire du pain ; Et il en fait également un dieu, qu’il adore, Il en fait une idole, devant laquelle il se prosterne.

Il brûle au feu la moitié de son bois, Avec cette moitié il cuit de la viande, Il apprête un rôti, et se rassasie ; Il se chauffe aussi, et dit: Ha ! Ha ! Je me chauffe, je vois la flamme !

Et avec le reste il fait un dieu, son idole, Il se prosterne devant elle, il l’adore, il l’invoque, Et s’écrie : Sauve-moi ! Car tu es mon dieu !

Esaïe 44, 13-17

 

En fait, à l’insu sans doute de Lecureux, en obéissant à son coutelas, en lui parlant, Rahan devient figure de cette humanité qui,  alors qu’elle se veut esprit fort et libre - précisément lorsqu’elle se veut esprit fort et libre - forge ses propres chaînes, s’entrave à des idoles dont elle connaît tous les secrets de fabrication, se rend esclave de ses propres outils ; une humanité qui, pour se libérer d’une puissance extérieure à elle-même, préfère se soumettre à des dieux qu’elle s’est fabriquée.


Et Esaïe de conclure “Ils n’ont ni intelligence, ni entendement”

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Batman vs Superman

28 Avril 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #superman, #batman, #péché, #salut, #humanisme

Batman vs Superman

S’ils combattent ensemble le crime, les super-héros passent également une bonne partie de leur temps à se tatanner entre eux. D'une part, ça permet de sortir un peu du schéma : plan diabolique du méchant pour conquérir le monde, intervention du héro, épreuves, victoire finale, (à la place on a malentendu, match, réconciliation (et souvent tatannage du méchant qui a provoqué le malentendu).

D'autre part, ça permet aux fans de savoir si Thor est plus fort que le Silver Surfer, Tony Stark plus intelligent que Red Richard, Rocket Raccoon plus ridicule que Howard the Duck et Hulk plus vert que Gamora… En effet, pour que le duel ait un sens, il faut que les antagonistes boxent dans la même catégorie….

Mais parfois, pour renouveler le concept, les auteurs proposent un duel improbable : Batman vs Superman entre dans cette catégorie : à ma gauche Kal-El, alias Superman, kryptonien qui lance des laser avec ses yeux, gèle un lac de son souffle, se déplace plus vite que la lumière, à ma droite Bruce Wayne, alias Batman, humain surentraîné qui n’a pour lui que ses gadgets et sa tête de lard. Même ma femme sait que non seulement l’issue du match ne fait aucun doute mais qu’en plus ce sera rapide. Le combat Batman contre Superman, à priori, est moins long qu’un spot publicitaire… Sauf que... Enfin, je vais pas vous raconter le film

Surtout que, peut-être grâce aux critiques négatives, je l'ai bien aimé ce film malgré son côté un peu touffu et pompier et malgré un Superman qui n’a définitivement pas la présence solaire d’un Christopher Reeves.

Mais Miettes de théologie n’a toujours pas vocation à être un blog de critique de films, donc allons-y pour un peu de théologeek. Superman est clairement une figure christique : il fait tout pour s’intégrer à une humanité à laquelle il est étranger (ça s’appelle l’incarnation) et qu’il veut sauver. Au cas où ce ne serait pas assez clair, Snyder inscrit dans son film une descente de croix… Et dans ce film, Superman est confronté à deux adversaires humains.

Lex Luthor, génie du mal, devient figure d’une humanité qui ne veut pas de limite, pas de loi en dehors de la sienne propre. Celui qui , au nom de sa puissance (dans son cas précis, sa richesse et son génie) veut faire ce qu’il veut.

Mais plus intéressant, Batman, lui, est un héro, il a le soucis du plus faible, il protège la vie. Il est cette figure d’une humanité soucieuse du bien, une humanité qui veut se sauver elle-même, qui veut être juste par elle-même.

Or, dans sa lutte pour la justice, Batman rejoint Luthor dans son combat contre le Sauveur de l’humanité, exactement comme lors du procès de Jésus, les responsables religieux deviennent les alliés de l’Empire Romain. Et finalement, c’est sans doute moins en étant Lex Luthor, en me complaisant dans le mal, qu’en étant Batman, persuadé de ma justice, convaincu du bien fondé de mon combat, que je m’oppose à Jésus, un sauveur qui vient à la rencontre de l’humanité.

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Briser des chaînes, tisser des liens

29 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Liberté, #Marc, #Théo en culture, #Gerasénien, #légion

Briser des chaînes, tisser des liens

Prédication du dimanche 28 février 2016
Marc 5, 1 à 20

Il y a très, très, très longtemps, quand j’avais votre âge, cette histoire était mon histoire préférée… Il faut dire que j’ai toujours aimé les histoires qui font peur… Vous n’avez pas eu peur ? C’est peut-être parce que vous avez mal écouté, parce que vous avez eu du mal à imaginer la scène. Allez, on la refait, en version cinéma.

Jésus et le possédé de Gerasa : première ! Clap

Jésus arrive dans une terre étrangère. C’est un endroit qui fait peur. Je l’imagine comme un endroit aride, au sol jaune avec de grands rochers rouges derrière lesquels pourrait se cacher n’importe quelle horrible créature, le ciel est d’un bleu métallique… Le soleil tape dur. Et puis on entend de grands cris, des bruits de chaînes et le vacarme se rapproche…

Et alors on voit le monstre apparaître. Il est énorme, hirsute. A ses mains et à ses pieds, on voit encore des fragments de chaîne…Il pousse des hurlements, il se taillades la figure et la poitrine. Qu’est-ce que c’est ? Un troll des cavernes, un de ces orcs du Seigneur des anneaux ou de Bilbo le Hobbit, un ogre ?

Mais non, quand on y regarde de plus près, malgré son regard fou, malgré ses cicatrices et son air hirsute, ce n’est pas un Uruk Hai, c’est bien un être humain…

Un humain qui se serait affranchi, libéré de toutes les chaines qu’on lui aurait mis. On pourrait l’envier et l’admirer. En tout cas, moi, je pourrais, quand je repense à toutes mes colères, à tous ces moments où je voudrais envoyer valdinguer toutes les chaînes, toutes les règles qu’on m’impose… Oui je voudrai être comme lui, assez fort pour briser mes chaines, être libre , être

Libérééééééé, délivrééééé

Mais libre de quoi ? Libre d’aller me promener tout nu parmi les tombes, libre de me blesser moi-même et de terrifier ceux qui m’entourent ? Libre d’aller me réfugier au plus haut des montagnes, de m’isoler dans une forteresse de glace, loin de tous ceux que j’aime ? Est-il vraiment libre Légion seul dans ses collines et dans ses tombes ? Est elle vraiment libre, Elsa, dans sa forteresse de glace ? est ce que je suis libre quand j’ai dit zut à mes parents et à leurs ordres et que je suis monté m’enfermer pour bouder dans ma chambre ? Non, je suis seul, je suis en colère, je suis malheureux, mais je ne suis pas libre

Vous voyez, parfois, on brise les chaînes, on se dénoue de toute entrave mais on n’est pas libre, on est juste seul.

Alors comment Jésus délivre-t-il le possédé de Gerasa ? En le rétablissant dans ses relations aux autres. Libéré, le possédé est assis et vêtu. Libéré, l’ancien possédé peut à nouveau parler aux gens.

Cela va même plus loin, libéré, l’homme de Gerasa ne peut pas faire ce qu’il veut. Lui, il voudrait suivre Jésus, quitter son pays, sa famille et suivre un nouveau maître en terre étrangère. Mais Jésus lui dit « non, reste chez toi, et parle avec les tiens »… Puisque j’évoquais La reine des neiges, vous pourrez vérifier tout à l’heure après le caté en regardant le DVD pour la 50eme fois, Elsa aussi est vraiment libre en ressortant de sa forteresse de glace et en retrouvant les siens. (En fait, je pense que les studios Disney se sont plus inspirés de l’histoire de Jésus et du possédé de Gerasa que du conte d’Andersen…)

Aucune chaîne ne pouvait retenir l’homme de Gerasa mais il restait esclave, il avait une force incroyable mais il ne contrôlait même pas sa force. Comme quoi, briser des chaînes, cela ne suffit pas toujours. D’ailleurs, Jésus brise aussi des chaînes : il chasse un démon appelé « Légion », et vous savez ce qu’est une légion, pensez à Asterix : une légion, c’est une armée romaine, une de ces armées qui occupent la Palestine à cette époque. Jésus détruit un troupeau de cochons, un animal que les juifs ne mangeaient pas et qui servait vraisemblablement à ravitailler l’occupant romain.

Mais ce n’est pas en brisant les chaînes que Jésus libère vraiment l’homme : c’est en lui permettant de retisser des liens avec les autres. La vraie liberté du Gerasenien, c’est d’être pour les autres un témoin de l’amour et de la bonté de Dieu.

Frères et sœurs, être libre, ce n’est pas seulement briser des chaînes, c’est tisser de nouveaux liens avec les autres, des liens d’amour, des liens de bonté, des liens de Bonne Nouvelle. Alors libérés, délivrés, ne vous isolez plus jamais mais allez à la rencontre de vos frères et de vos sœurs.

Amen

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Les monstres et le péché (6) Les répliquants

27 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #péché, #orgueil, #esclavage, #liberté, #Ridley Scott, #Blade Runner

Les monstres et le péché (6) Les répliquants

On retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?

Les répliquants de Blade Runner sont des machines organiques créées pour être des esclaves. Fabriqués à l’image des humains, ils sont plus forts, plus résistants mais leur durée de vie est largement inférieure. En effet, ces « robots » ont une fâcheuse tendance à se révolter, ce sont des choses qui arrivent, quand on exige d’un individu plus fort et plus intelligent que nous qu’il accomplisse les besognes dont nous ne voulons pas nous charger.

Même s’ils sont fabriqués en laboratoire, les répliquants réclament d’être reconnus comme humains, ils aspirent à vivre libre, à sortir de cette « peur perpétuelle de l’esclavage ». Et, en fait, on les comprend. Sauf que dans leur quête de la liberté, les répliquants torturent, tuent et deviennent de plus en plus monstrueux et terrifiants. Inhumains en fait…

Et en cela, les répliquants nous ressemblent : créés à l’image de Dieu, dans notre soif d’autonomie, dans notre désir d’indépendance, nous nous éloignons sans cesse de cette humanité à laquelle nous aspirons. Faits pour être à l’image d’un Dieu qui s’est fait homme, nous cherchons à être dieux. Faits pour être à l’image d’un Seigneur qui s’est fait serviteur, nous cherchons à devenir seigneur s. Et c’est bien dans cette quête de puissance et de pouvoir que nous abîmons nos relations aux autres et au monde qui nous entoure, que nous perdons notre identité de frères et de sœurs et de jardiniers… En voulant être nous-même, nous nous écartons de ce que nous sommes. En voulant trouver notre place, nous nous perdons…

Pourtant, il y a une différence profonde entre nous et les répliquants de Blade Runner, une différence qui faits de nous des êtres bien plus incompréhensibles, bien plus monstrueux que Pris et Roy. Les créateurs des répliquants n’ont en effet aucun soucis du bien être des créatures qu’ils ont fabriquées uniquement pour leurs fins personnels. Le créateur contre lequel nous nous révoltons nous a créés par amour de nous, le créateur contre lequel nous nous dressons veut notre bien, le père auquel nous disons « non » nous appelle à la vie.

Chose intéressante, la plus humaine des répliquantes est celle qui, par amour, renonce à protéger sa vie.

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Ricochet robot, des obstacles salvateurs

7 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #ricochet robot, #jeu, #liberté

Ricochet robot, des obstacles salvateurs

A Ricochet Robot, le but est d’emmener un robot vers son but avec le moindre déplacement possible. Ce n’est pas un jeu de société classique mais plutôt un casse tête collectif dont la règle est simple : un robot avance tout droit jusqu’à ce qu'il se heurte à un obstacle qui lui permettra de repartir dans une autre direction. A nous, joueurs donc, de trouver le plus rapidement possible, la manière d’utiliser les parois et les autres robots pour que le robot atteigne sa cible.
Et tout en nous triturant les méninges, nous pestons contre ces murs qui ne sont jamais au bon endroit, et surtout contre ces abrutis de robots dépourvus de freins qui ne sont pas foutus de s’arrêter où il faudrait. ..
Mais en fait, nous leurs ressemblons un peu à ces abrutis de robots. Il nous arrive aussi de foncer droit devant nous, de suivre notre idée jusqu’à ce qu’un obstacle nous permette de nous arrêter et de changer de direction. Comme les robots ricocheurs, sans ce qui se dresse sur notre chemin, sans ce qui bloque notre trajectoire, nous serions finalement incapables d'atteindre notre but, nous nous perdrions dans notre course en avant. Ces obstacles salutaires, ce sont nos limites (les bords du plateau), les lois qui nous sont imposées autant que données (dans le jeu, les parois intérieures) et les autres (les autres robots), oui surtout les autres...
Surtout les autres parce qu’à Ricochet Robot, un joli coup, c’est souvent un coup qui implique deux voire trois autres robots.
Surtout les autres, parce que parmi ces obstacles qui m’aident à avancer, Jésus m’invite à faire passer l’autre, le prochain, avant tous les autres, avant la loi (en effet, celle-ci est faite pour l'homme (cf. Mc 2, 27) et avant mes propres limites (Mt 5, 39)
Enfin, dans Ricochet Robot comme dans la vie, l’autre aussi cherche à atteindre sa place et je puis être, moi aussi, cet obstacle qui va lui permettre de s’arrêter, de changer de direction, d’atteindre sa case et de trouver sa place…
Bien sûr, nous ne sommes pas des robots mais sommes nous capables de discerner à travers ce qui nous fait obstacle et ceux qui nous font obstacle, les limites dont nous avons besoin pour nous arrêter, pour changer de direction, pour repartir et finalement atteindre notre place…

Alex Randolph : Ricochet Robot

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Dans le dictionnaire des jeux, Jésus...

8 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #jeu, #main chaude, #Passion

On trouve dans l'évangile selon Marc (14,65) une allusion évidente à ce jeu antique, pendant la passion, avant le reniement de Pierre : "Et quelques uns se mirent à cracher sur Jésus, à lui voiler le visage et à le frapper à coups de poing en disant Devine ! "

Selon Luc (22, 63-65), cette scène est décrite après ce reniement : "les hommes qui tenaient Jésus se moquaient de lui, et le frappaient. Ils lui voilèrent le visage, et ils l'interrogeaient, en disant : devine qui t'a frappé ?"

Selon Matthieu (24,68) les bourreaux dirent : Christ, prophétise ; dis-nous qui t'a frappé.
Ces citations attestent que les soldats paraissent moins avoir mis à l'épreuve la science surnaturelle de Jésus qu'avoir eu l'intention de l'humilier en jouant avec lui au collabismos, comme avec un aveugle. Il est donc vraisemblable qu'à ce moment, bien que les textes ne le mentionnent pas, Jésus se couvrait le visage avec les paumes de ses mains, se protégeant ainsi des crachats et des coups. Dans ces conditions, il importe de constater que Matthieu ne mentionne pas le voile dont parlent Marc et Luc, et semble décrire plus exactement les faits.

Ce passage des Evangiles peut être rapproché de la citation d'Isaïe (50,6) J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient

La main chaude in "le dictionnaire des jeux" (1964)

Dans le dictionnaire des jeux, Jésus...

Aussi sommaire soit-elle, l'exégèse n'est pas inintéressante et peut-être un brin iconoclaste ( personnellement, l'idée d'un Jésus aussi démuni que toutes les victimes de la torture, essyaant dérisoirement de se protéger, me convient très bien mais peut-être à l'époque (1964) certains auraient pu être choqués "comment, Jésus aurait essayé d'échapper aux coups et aux crachats ?".)...

En fait, ce qui me laisse un peu songeur, c'est ce commentaire qui occupe plus du tiers de l'article... Dans une encyclopédie du jeu publiée aujourd'hui, trouverait-on à l'article "Main chaude" seulement une allusion à la Passion du Christ...

Loin de crier à l'effondrement de notre civilisation, je me dis simplement "dommage..."

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A quand le Cardline "Théologiens" ?

23 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Théo en culture, #Jeux, #Cardline

A quand le Cardline "Théologiens" ?

C’était l’objet de grands débats de cours de récréation : Spiderman est-il plus malin que Zorro ? Tarzan battrait il Batman ? L’Atlantis est-il plus puissant que Goldorak ? ou pour les plus sérieux, est qu’un lion c’est plus fort qu’un gorille ?… Aujourd’hui, les Cardline, un (relativement) nouveau type de jeu permettent de relancer ces débats. Le but est d’aligner des cartes dans le bon ordre en fonction d’un critère donné. Les thèmes sont variés, animaux pour les enfants (un lion est-il plus lourd qu’un cochon ?), dinosaures pour les jurassimaniaques (le Stégosaure est il plus long que l’Iguanodon ?), superhéros pour les geeks (Captain America est il plus intelligent que Dardevil ?) ou les pays pour les gens sérieux et instruits (la superficie de l’Algérie dépasse-t-elle celle de la Suède ?).

Le jeu est assez renouvelable puisqu’avant chaque partie, les joueurs choisissent un critère de classement parmi les trois ou quatre proposés…

J’ai d’ailleurs une suggestion pour les maisons d’édition chrétiennes. Pourquoi ne pas faire un Cardline « Théologiens ». On pourrait envisager de classer les théologiens et exégètes selon les critères suivants : Intelligence, Fidélité à la Bible, Foi. Cela ferait un tabac chez les pasteurs si j’en crois les nouveaux débats dans notre Eglise… (Mis à part la dimension sarcastique de ce paragraphe, jouer à Cardline, c’est toujours assez drôle)

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Marguerite, la vérité qui guérit

29 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Vérité, #Marguerite, #Croix

Marguerite, la vérité qui guérit

"Il n'y a que la vérité qui blesse". Nous avons tous déjà entendu et prononcé cette petite phrase mortelle qui ajoute encore du dédain à l'insulte, qui coupe court à toute possibilité de défense. Contre ces vérités qui blessent (elles vont généralement par quatre) le film Marguerite nous parle de la vérité qui guérit.

En effet, ce qui va guérir Marguerite de l'illusion dans laquelle elle s'est barricadée, c'est une vérité dite sur ses capacités de cantatrice dite avec une absolue sollicitude, un véritable amour.

C'est bien ainsi qu'il nous faut entendre le jugement prononcé sur l'humanité lors de la crucifixion de Jésus. On pourrait sortir de l'idée juridique, de l'image d'un tribunal où Dieu juge et gracie et entrer dans un hôpital où Dieu dit à l'humain sa vérité : "Voici l'humain, victime et bourreau, voici l'humain écartelé de se prendre pour Dieu et pour le roi". Il serait peut être plus facile de comprendre que le but du diagnostic, c'est la guérison (et que la guérison passe par le diagnostic). La croix, c'est le lieu où Dieu dit à l'homme sa vérité et où cette vérité déchire celui qui la dit plus encore que celui qui la reçoit.

Marguerite nous fait également réfléchir sur les vérités que nous croyons devoir asséner aux autres. Ai-je pour but de gagner mon frère (Matthieu 18, 15) ou ma sœur ? Ou bien ai-je pour but de l'emporter sur lui ou sur elle ?

Suis - je porteur d'une vérité qui me brûle les lèvres et que seules les conventions, les bonnes manières me retiennent de dire ? Alors je suis porteur d'un jugement dont le but est de poser ma supériorité ou d'une de ces quatre vérités qui blessent l'autre pour me soulager moi - même. ..

Suis-je porteur d'une vérité que je ne parviens pas à dire parce qu'il m'est trop difficile de blesser celui qui la recevra, parce que je ne sais pas comment l'accompagner de tout l'amour qui permettra de la recevoir ? Alors je suis porteur de la vérité qui guérira, quand mon cœur aura trouvé le moyen de guider mes lèvres.

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Exauce-nous

28 Août 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #paroles, #bd, #Makyo, #Bihel

Exauce-nous

Autour de Léonard s’affairent des braves types, des paumés, des salauds, des amoureux, des solitaires, des gagnants et des perdants, bref des gens ordinaires. Léonard, lui est extraordinaire. D’abord parce que c’est un « ravi ». Mais surtout parce qu’à l’insu de tous, en commençant par lui-même, il possède un pouvoir extraordinaire, celui d’exaucer les souhaits de ceux qui l’entourent.

Contrairement à ce que son titre pourrait indiquer « Exauce-nous » n’est pas une b.d. chrétienne, et elle ne parle pas de prière ni de foi (au contraire, la condition pour bénéficier du pouvoir de Léonard, c’est plutôt l’ignorance). Mais, « Exauce-nous » permet de réfléchir sur le pouvoir des mots. A travers une histoire toute simple portée par la très belle galerie de portrait de Frédéric Bihel, Makyo parle de cette puissance quotidienne qui volontairement ou non peut-être porteuse de vie comme de mort : l’innocent et doux Léonard peut tuer aussi sûrement que la rumeur au grès des désirs exprimés devant lui. Un rappel subtil que les mots lancés au hasard peuvent être porteurs d’autant de force que nos mots choisis, loin de tout moralisme, je veux y entendre un appel aussi à ne choisir que les mots qui font vivre…

P. Makyo et F. Bihel : Exauce-nous. Ed. Futuropolis

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