Miettes de théologie

Le ruban blanc

31 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

J’aurais pu faire du Ruban blanc, un ènième film emblématique de mon anthropologie pessimiste, portrait glaçant d’une humanité trop veule pour être vraiment haïssable, où même l’amour, pourtant présenté comme une bouffée d’air et d’innocence, ne sert en fait qu’à aveugler l’instituteur qui était le mieux placé pour découvrir les drames se jouant dans ce village d’Allemagne.

Seulement voilà, entre cantiques et citations bibliques, la religion occupe une place importante dans ce film et pour une fois (ce n’est pas si fréquent) c’est un pasteur luthérien qui tient le rôle du grand méchant loup (ce qui fera des vacances à nos frères catholiques). Et là, il y a pas mal à dire.

Tout d’abord, on n’est pas dans le pamphlet athéiste ou la religion serait la source de tous les maux, le docteur, que je vois, je ne sais pas pourquoi, comme une figure de libre pensée, ne vaut pas mieux.

Ensuite, le ruban blanc ne souffre pas du syndrome Magdalene’s Sisters. La foi ne manque pas. Le pasteur n’est pas un affreux tartuffe animé par la luxure et l’appât du gain, son terrifiant rigorisme lui vient d’une foi certainement profonde et sincère et de la conviction de bien faire. Ce qui le rend encore plus inquiétant.

Enfin, ce n’est pas non plus l’amour qui manque à cette religion, c’est par amour, parce qu’il veut leur salut, que le pasteur bat ses enfants, par amour qu’il attache son fils dans son lit « pour lui éviter de céder aux tentations de sa jeune chair »… Il aime ses enfants au point de refuser de voir l’évidence. Ce qui manque à cette religion, c’est un peu de légèreté, c’est l’humour qui permet de voir l’être humain tel qu’il est, sans perdre de vue qu’aussi faible, aussi faillible qu’il soit, il est aimé de Dieu et que de ce constat monte une grande joie, et une vraie liberté.

Sans cet humour qui, seul, permet à l’homme de renoncer à porter le poids du monde, la foi n’est plus que religion, aussi humiliante, culpabilisante et vaine contre le mal qu’un ruban blanc rappelant une pureté inaccessible.

Gauvain et le sacré Graal

29 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Et voici que les demoiselles passent encore une fois devant la table : messire Gauvain croit en voir trois cette fois-ci ; il lève les yeux, et il lui semble que le Graal est suspendu dans les airs. Et il lui semble voir au-dessus un homme cloué sur une croix, une lance fichée au côté : messire Gauvain le contemple et éprouve une profonde compassion pour lui ; il ne pense qu'à une seule chose, aux souffrances qu'endure le Roi. Le plus noble des chevaliers l'exhorte de nouveau à parler et lui que s'il tarde davantage, il n'en aura plus jamais l'occasion. Mais messire Gauvain se tait : il n'entend même pas le chevalier, et regarde vers le haut.

Perlesvaus, le haut livre du Graal in La légende arthurienne

J'ai toujours aimé les histoires de chevalerie, Excalibur fait partie de mes films de référence, ceci explique sans doute pourquoi Les légendes arthuriennes sont depuis 20 ans dans ma bibliothèque. En revanche, la symbolique médiévale m'ennuie, ce qui explique pourquoi je ne lis que maintenant ces légendes, découvrant pourquoi le Graal échappe successivement à Perceval et Gauvain : les deux le voient mais omettent de demander qui il sert.

Perceval ne pose pas la question parce qu'il est presque aussi mal dégrossi que son homologue kaamelotesque (c'est pas faux : s'il ne joue pas au "cul de chouette", ce n'est pas loin), et que sa maman lui a recommandé de ne pas poser de question.

Le manqué de Gauvain est plus intéressant : c'est parce qu'il est perdu dans son adoration du Graal qu'il ne pose pas la question. Son échec, c'est d'avoir, dans son extase mystique, perdu de vue la dimension humaine. C'est de s'être tourné vers le Christ en oubliant ceux pour qui celui-ci est venu. Une très belle illustration médiévale et chevaleresque de l'impossibilité de séparer l'amour de Dieu et du prochain.

Les mercredis de Calvin (43) Un pardon, pas d'excuses

28 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

J’entends bien ce que la plupart me diront : Hélas, il est bien vrai que nous devrions préférer Dieu à tout, mais nous n’avons pas cette force et constance. Ou : nous avons père et mère qui nous retiennent ici ; ou : nous sommes chargé de ménage. Ainsi que pouvons-nous faire ? A cela je dis : puisque leur infirmité les empêche de suivre le conseil qu’ils reconnaissent être le plus sûr et le plus salutaire, que en tant que pour la crainte des hommes ils fléchissent du droit chemin, il doivent confesseur leur péché devant Dieu et avec larmes et gémissements en avoir déplaisir, s’accusant eux-mêmes au lieu de se justifier. Après je les admoneste de ne point s’endormir par accoutumance en leur mal, mais de jour en jour se solliciter à se déplaire et en avoir tristesse pour obtenir miséricorde envers Dieu, puis après de prier ce bon Père, en tant que son office est de racheter les prisonniers, qu’il les veuille quelquefois retirer de cet abîme ou bien dresser une droite forme d’Eglise par tout le monde, afin qu’ils puissent lui rendre l’honneur qui lui appartient ; finalement de chercher par tous moyens de sortir de cette fange et de ce pauvre état et malheureux où ils sont et prendre ceux qui leur seront offerts pour montrer que ce n’a pas été par hypocrisie qu’ils ont requis à Dieu délivrance.

Traité du fidèle parmi les papistes

 

Pour Calvin, les choses sont claires, confrontés à l'obligation de suivre les rituels papistes, les évangéliques doivent choisir entre le martyr et l'exil. Ceux qui ne parviennent à se résoudre à aucune de ces extrémités ne peuvent en aucun cas invoquer des excuses ni se justifier : sacrifier aux superstitions papistes, même du bout des lèvres comme ils le font, est un horrible péché que Dieu seul peut pardonner.

Bien sûr, nous ne sommes plus au XVIe siècle et l'Eglise catholique romaine a renoncé à imposer ses idolâtries blasphématoires (merci de ne pas prendre cette phrase trop au sérieux), pourtant la position de Calvin donne un éclairage important sur les notions de péché et de grâce divine.

Tout d'abord, évoquer l'universalité du péché et le situer au niveau de l'être plutôt que du faire, ce n'est pas le poser comme excuse préalable et définitive. "Tous sont pécheurs" ne signifie pas "les pauvres, ils sont nés comme ça". Dieu ne se satisfait pas de notre péché, nous ne pouvons donc pas nous en satisfaire.

Face à ce péché, Dieu nous pardonne mais on voit bien que pour Calvin, la conviction de ce pardon n'est pas une invitation au laisser-aller. Vivre le pardon de Dieu, ce n'est pas accepter notre péché, c'est être libéré de lui.

On pourrait dire paradoxalement que nous sommes acceptés tels que nous sommes pour pouvoir changer.

 

Triste anniversaire

27 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Je ne connais pas bien la pensée de Servet, mais le peu que j'en connais : l'idée de l'homme qui accède à Dieu et le refus d'un Dieu qui s'abaisse, me paraît à l'opposé de ma théologie. Mais même si théologiquement je penche résolument plus du côté de Calvin que du côté deServet, ce 27 octobre de l'année Calvin, il 'aurait paru injuste d'oublier ce bûcher vieux de 456 ans

 

Petit rappel : ulcéré qu’un de ses cousins lui reproche la licence des mœurs à Genève, Guillaume de Tries demande à Calvin de lui donner les écrits de Servet pour répondre à son cousin sur le mode « ben à Genève, en tout cas, on abrite pas des mecs qui font de la Trinité un chien à trois tête ». C’est avec ces écrits donné par Calvin que Servet sera dénoncé à l’inquisition qu’il parviendra à fuir pour être arrêté ensuite lors de son passage à Genève (pour prendre la place de Calvin ? dépêché par une Eglise catholique qui l’aurait laissé fuir pour mettre une écharde dans le pied du réformateur ? Qu’importe les théories, il n’y a pas d’excuses : Brûler un homme ce n'est pas défendre une idée, c'est brûler un homme.

La contagion, retour sur un café biblique

26 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Après une introduction médicale, historique et culturelle sur la contagion par le docteur Lecomte,  le public fait un petit tour d'horizon sur l'idée de contagion élargie au-delà de la sphère médicale.

Finalement le h1n1 sera très peu évoqué dans cette première partie par rapport  l'overdose médiatique qui nous a inspiré ce thème.

Quand il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le quatrième animal s’écrier : Viens !

Et je vis : c’était un cheval blême. Celui qui le montait, on le nomme « la mort », et l’Hadès le suivait. Pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour tuer par l’épée, la famine, la mort et les fauves de la terre.

Apocalypse VI, 7 à 8

Je lance la partie biblique avec une question que l'on m'a posé avant la soirée "Avec toutes ces épidémies, ne voit-on pas se réaliser ce que l'Apocalypse annonce ?" En fait, sauf à vouloir trouver des symboles partout, l'Apocalypse n'annonce pas beaucoup d'épidémies. Et puis, pour déclarer c'était prévu par l'Apocalypse, il ne suffit pas de dire : le texte correspond  à notre époque, il faudrait qu'il ne corresponde qu'à notre époque. Mais je crois surtout qu'une lecture pertinente de l'Apocalypse serait de la laisser nous rappeler que lorsque le mal déferle, il est toujours limité par Dieu et que c'est bien à Dieu que revient la victoire.

Le SEIGNEUR dit à Moïse et à Aaron : Lorsque quelqu’un a sur la peau une tumeur, une dartre ou une tache luisante qui devient un cas de « lèpre », on l’amènera à Aaron, le prêtre, ou à l’un de ses fils. Le prêtre examinera la lésion qui est sur la peau. Si le poil y est devenu blanc, et que la lésion paraisse plus profonde que la peau, c’est un cas de « lèpre » : le prêtre l’examinera et le déclarera impur. S’il y a sur la peau une tache luisante blanche qui ne paraît pas plus profonde que la peau, et que le poil ne soit pas devenu blanc, le prêtre isolera le mal pendant sept jours. Le prêtre l’examinera le septième jour. Si la lésion lui paraît s’être stabilisée et ne pas s’être étendue sur la peau, le prêtre l’isolera une seconde fois pendant sept jours. Le prêtre l’examinera une seconde fois le septième jour. Si la lésion est devenue pâle et ne s’est pas étendue sur la peau, le prêtre le déclarera pur : c’est une dartre ; il lavera ses vêtements, et il sera pur. Mais si la dartre s’étend sur la peau après qu’il s’est montré au prêtre pour être déclaré pur, il se montrera une seconde fois au prêtre. Le prêtre l’examinera : si la dartre s’est étendue sur la peau, le prêtre le déclarera impur ; c’est la « lèpre ». Lorsque quelqu’un présente un cas de « lèpre », on l’amènera au prêtre. Le prêtre l’examinera : s’il y a sur la peau une tumeur blanche, si cette tumeur a fait blanchir le poil, et qu’il y ait un bourgeonnement de chair vive dans la tumeur, c’est une « lèpre » invétérée dans sa peau ; le prêtre le déclarera impur ; il ne l’isolera pas : il est impur.

Si la « lèpre » fait une éruption sur la peau et que le mal couvre toute la peau, depuis la tête jusqu’aux pieds, partout où le prêtre regarde, le prêtre l’examinera : si la « lèpre » couvre tout le corps, il déclarera pur le mal : comme il est devenu entièrement blanc, il est pur. Mais le jour où l’on apercevra en lui de la chair vive, il sera impur ; quand le prêtre aura vu la chair vive, il le déclarera impur : la chair vive est impure, c’est la « lèpre ». Si la chair vive change et redevient blanche, il ira vers le prêtre. Le prêtre l’examinera ; si la lésion est redevenue blanche, le prêtre déclarera pur le mal : il est pur.

(…)

Lorsqu’un homme ou une femme a une lésion à la tête ou au menton, le prêtre examinera la lésion. Si elle paraît plus profonde que la peau, et qu’il y ait du poil jaunâtre et mince, le prêtre le déclarera impur : c’est la teigne, c’est la « lèpre » de la tête ou du menton. Si le prêtre voit que la lésion de la teigne ne paraît pas plus profonde que la peau, et qu’il n’y a pas de poil noir, le prêtre isolera le cas de teigne pendant sept jours. Le prêtre examinera la lésion le septième jour. Si la teigne ne s’est pas étendue, s’il n’y a pas de poil jaunâtre, et si elle ne paraît pas plus profonde que la peau, il se rasera, mais il ne rasera pas l’endroit où est la teigne ; le prêtre l’isolera une seconde fois pendant sept jours. Le prêtre examinera la teigne le septième jour. Si la teigne ne s’est pas étendue sur la peau, et si elle ne paraît pas plus profonde que la peau, le prêtre le déclarera pur ; il lavera ses vêtements, et il sera pur. Mais si la teigne s’étend sur la peau après qu’il a été déclaré pur, le prêtre l’examinera ; si la teigne s’est étendue sur la peau, le prêtre n’aura pas à rechercher s’il y a du poil jaunâtre : il est impur. Si la teigne lui paraît stabilisée, et qu’il y ait poussé du poil noir, la teigne est guérie : il est pur, le prêtre le déclarera pur.

 Lorsqu’un homme ou une femme a sur la peau des taches luisantes, des taches blanches, le prêtre l’examinera : s’il y a sur la peau des taches luisantes d’un blanc pâle, ce sont des boutons qui ont fait éruption sur la peau : il est pur.

Lorsqu’un homme perd ses cheveux, c’est un chauve : il est pur.  S’il perd ses cheveux sur le devant, c’est un chauve du front : il est pur. Mais s’il y a dans la partie chauve de derrière ou de devant une lésion d’un blanc rougeâtre, c’est la « lèpre » qui a fait éruption dans la partie chauve de derrière ou de devant. Le prêtre l’examinera : si le mal est une tumeur d’un blanc rougeâtre dans la partie chauve de derrière ou de devant, du même aspect que la « lèpre » de la peau, c’est un « lépreux », il est impur : le prêtre le déclarera impur ; c’est un cas de « lèpre » à la tête. Le « lépreux » atteint par le mal aura les vêtements déchirés et les cheveux défaits ; il se couvrira la moustache et criera : Impur ! Impur !  Aussi longtemps que le mal sera sur lui, il sera impur. Etant impur, il habitera seul ; son lieu d’habitation sera hors du camp.

Lévitique XIII, 1 à 46

Ensuite un petit tour du côté du Lévitique qui nous parle du caractère contagieux de l'impureté et des mesures de précautions à prendre. L'occasion de rappeler que e qui est impur, c'est ce qui est indéterminé, ce qui vient défaire une création qui consiste à mettre de l'ordre. Séparer le pur et l’impur c’est établir des frontières. Une occasion aussi de souligner qu'avant de mettre l'impur au ban de la société un longue période d'observation est prescrite et que le prêtre seul décide. De plus, de nombreux cas d'exception sont prévus. Bref, s'il est nécessaire de se préserver d'une impureté contagieuse, pas question de céder à la panique et le principe de précaution bénéficie plutôt au malade.

 

 

Ensuite Il appela encore la foule et se mit à dire : Ecoutez–moi tous et comprenez. Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. Lorsqu’il fut rentré à la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : Etes–vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez–vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l’être humain ne peut le souiller ?  Car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, avant de s’en aller aux latrines. Ainsi il purifiait tous les aliments. Et il disait : C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille.  Car c’est du dedans, du cœur des gens, que sortent les raisonnements mauvais : inconduites sexuelles, vols, meurtres, adultères, avidités, méchancetés, ruse, débauche, regard mauvais, calomnie, orgueil, déraison. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et souillent l’être humain.

Marc VII, 14 à 23

Après quoi, Jésus nous met en garde contre cette sensation humaine d'être une forteresse assiégée, de croire toujours que le mal vient du dehors et de croire qu'il nous suffit de dresser une bulle qui nous isolerait du monde extérieur. Pour Jésus l'enjeu n'est pas de nous protéger du mal mais de nous en délivrer.  En tout cas, Jésus nous fait passer de la question, religieuse, d'une impureté contagieuse à celle, éthique, d'un mal inhérent à l'humain. En plus de nous rappeler qu'aucune maladie ne coupe notre relation à Dieu.

 

Paul et Barnabé leur dirent alors avec assurance : Il était nécessaire que la parole de Dieu vous soit dite, à vous d’abord ; mais puisque vous la repoussez et que vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, nous nous tournons vers les non–Juifs. Car le Seigneur nous a donné cet ordre : J’ai fait de toi la lumière des nations, pour porter le salut jusqu’aux extrémités de la terre. En entendant cela, les non–Juifs se réjouissaient ; ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants.  La parole du Seigneur se répandait dans le pays tout entier.

Actes XIII , 46 à 49

Si le mal n'est pas contagieux, selon le livre des Actes des apôtres, la Bonne Nouvelle l'est assurément, elle qui se propage et se répand. Nous retrouvons ici un des constats de la première partie : la contagion n'est pas qu'une question de santé et nous pouvons noter que même la contagion des bonnes choses nous fait un peu peur. Quand je me laisse emporter par l'enthousiasme collectif, suis-je encore au commande ? La contagion me rappelle que je suis membre d'un ensemble qui me dépasse, solidaire de cet ensemble. En le sortant de son contexte ecclésial, on peut rappeler le constat de Paul : Et si une partie du corps souffre, toutes les autres souffrent avec elle ; si une partie du corps est glorifiée, toutes les autres se réjouissent avec elle.

I Corinthiens XII 26

Et peut-être ne pas opposer le Lévitique à Jésus mais les tenir ensembles pour nous rappeler deux aspects de ce que nous sommes : s'il est vain de dresser un mur pour me protéger de ce qui m'entoure, je n'en suis pas moins un individu et, en tant que tel, il est normal que je pose des frontières entre les autres et moi. Le tout est que ces frontières ne deviennent pas des murs.

 

Bartimée : le manteau, la halte et l'écoute

25 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 25 octobre 2009

Jérémie XXXI, 7 à 9

Marc X, 46-52

Accueil de Cyrille et Antoine

Célébration œcuménique

 

Je suis embêté... J'ai trouvé ce manteau. Jean Claude, c'est à toi ? C'est à vous monsieur ? Bon. Il y a peut-être un nom à l'intérieur ou un papier dans la poche. Hey, ça vient de Jéricho : c'est pas la porte à côté dis-donc. Ah ! C'est le manteau de Bartimée. Alors je suis rassuré, Bartimée n'en a plus besoin. Ce manteau, c’est une prison en fait. C'est toute l'ancienne vie de Bartimée, celle qu'il avait avant que Jésus fasse son miracle. Vous savez quel miracle Jésus a fait pour Bartimée ? Il lui a rendu la vue. Oui mais en fait ça c'est le troisième miracle que Jésus a fait pour Bartimée. Et à ce moment, Bartimée s'était déjà débarrassé de son manteau.

Et ce qui a libéré Bartimée de son manteau, de son ancienne vie de mendiant aveugle, ce sont les deux premiers miracles de Jésus. Jésus s'est arrêté et Jésus l'a appelé.

 

Jésus s'est arrêté. Ca n'a l'air de rien mais c'est la seule fois où l'on nous dit que Jésus s'arrête parce que quelqu'un l'a appelé. Dans l'évangile selon Marc en particulier, Jésus semble tout le temps en mouvement, passant d'un lieu à un autre. Et voilà que Jésus s'arrête au plus fort de sa course, dans sa montée vers Jérusalem, alors qu'il est presque arrivé et donc que c'est le plus dur de s'arrêter. Si vous voulez le vérifier : lors du prochain long trajet en voiture, guettez les derniers kilomètre et dès que vous êtes à moins de 10 kilomètres, demandez à vos parents de s'arrêter. Vous verrez la réaction.

Jésus s'arrête parce que Bartimée l'appelle. C'est à noter même si ce n'est pas la seule fois que Jésus répond à un appel, parce qu'en fait Bartimée est emblématique de tous ceux qui appellent Jésus. En effet, d'habitude, c'est Jésus qui appelle le premier. Mais parfois, des hommes ou des femmes prennent l'initiative. Or ces hommes et ces femmes, ce sont toujours des gens qu'on ne veut pas entendre : un légionnaire romain, une femme qui perd son sang ou, ici, un mendiant aveugle. On essaye de faire taire Bartimée mais Jésus, lui, l'entend. Jésus accepte de se laisser arrêter par l’aveugle au bord du chemin. Et cela s’est déjà une libération.

C'est important d'être entendu. Pensez à ces moments où tous courent autour de nous, où nous aimerions que nos parents, nos conjoints, nos collègues s'arrêtent de courir pour nous écouter. Eh bien Jésus lui, s'arrête pour nous écouter.

Dans notre prière, rappelons-nous cela. Jésus nous entend. Il s'arrête. Il prend le temps pour nous. Il ne nous dit pas : je n'ai pas le temps, je suis pressé.

 

         Et en s’arrêtant, Jésus va libérer Bartimée de son manteau, de son manteau, c'est-à-dire de son passé, de sa misère.

         En s’arrêtant, en l’appelant (ou plutôt en le faisant appeler mais j’y reviendrai) et en lui posant une question… Une question assez idiote, à première vue. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». A votre avis qu’est ce que l’aveugle Bartimée peut bien vouloir que Jésus fasse pour lui ? Oui, lui rendre la vue, vous avez raison. Mais c’était trop facile, vous avez écouté le texte. Allez une autre question plus difficile : un homme paralysé des deux jambes, appelle Jésus. Que veut-il que Jésus fasse pour lui ? Un muet fait signe à Jésus, que veut-il que Jésus fasse pour lui ? Ah décidément vous êtes très forts. Et donc la question de Jésus est bien une question idiote.

         Sauf que s’il ne l’avait pas posée, s’il avait simplement dit à Bartimée « d’accord, je te rends la vue », Jésus n’aurait pas vraiment écouté l’homme Bartimée, en fait, il l’aurait enfermé à nouveau dans son manteau d’aveugle. Dans Vol 714 pour Sidney, le capitaine Haddock voit un malheureux émigrant endormi sur un banc. Il sait bien ce qu'il peut faire pour lui et pose un peu d’argent dans son chapeau. Pas de chance, le petit émigrant n'est autre que le multimilliardaire Carreidas. Il nous arrive très souvent d’enfermer l’autre dans l’image que nous avons de lui, de savoir ce qu’il veut avant même de lui avoir laissé une chance de nous le dire. Jésus laisse Bartimée être autre chose que l’aveugle au bord du chemin et cela, c’est déjà une libération.

Jésus nous connaît, il nous laisse être nous-mêmes au-delà de l’image que les autres ont de nous. Pour lui, je suis plus que le pasteur désordonné et bavard, pour lui tu es plus que ce cette image, jolie fille, intello, sportif, flemmard ou que sais-je encore, dans laquelle tu te sens si souvent enfermé.

 

         Enfin Jésus fait appeler Bartimée. Et ça, ça pose une question directement à nos Eglises, qu’elle soit catholique ou protestante. Que disons-nous de Jésus-Christ à ceux que nous rencontrons sur notre chemin. Est-ce que nous les rabrouons en leur disant « Tais-toi ! Tu n’es pas assez bien, pas assez sage, pas assez intelligent, pas assez dans la bonne doctrine, tu fais trop de bruit, tu nous embête et  tous ce que nous pouvons dresser comme obstacle pour filtrer ceux qui sont trop différents de nous». Ou bien est ce que nous leur disons : "Courage, il t'appelle" ? Est-ce que nous les enfermons encore un peu plus dans le manteau de leur misère, de leur passé ou bien est ce que nous les aidons à trouver à s’en libérer ?

 

Frères et sœurs, avec Bartimée nous pouvons reconnaître en Jésus celui qui se laisse arrêter, celui qui prend le temps de nous écouter vraiment, celui qui nous libère du manteau dans lequel nous nous débattons.

Avec les disciples de Jésus, nous pouvons à notre tour, reconnaître nos frères et des sœurs comme des hommes et des femmes au-delà des images dans lesquelles nous les enfermons trop souvent

 

Amen

Les mercredis de Calvin (42) Une autorité sous contrôle

21 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Nous confessons donc qu’il faut écouter les pasteurs de l’Eglise comme Christ même, voire ceux qui dûment exercent l’office à eux enjoint. Qui est tel, non pas afin qu’arrogamment ils viennent à ingérer et mettre en avant leurs décrets forgés à la volée, mais que religieusement et de bonne fois, ils annoncent les paroles qu’ils ont reçues par la bouche du Seigneur. Car par telles restrictions Christ a limité la révérence qu’il voulait être donnée aux apôtres. Et Saint Pierre ne s’attribue aucune autre chose ni ne le permet aux autres, sinon quand ils parlent entre les fidèles, que ce soit comme de la bouche du Seigneur (I Pierre IV, 11). L’apôtre Paul magnifie grandement cette puissance spirituelle qu’il avait, mais avec telle modération qu’elle ne puisse rien, sinon à édification, qu’elle n’ait aucune apparence de domination, finalement, qu’elle ne soit pas donnée pour éteindre et subjuguer la foi (II Corinthiens XIII, 10). Que maintenant, votre Pape se glorifie tant qu’il voudra de la succession de Saint Pierre. Car, quand bien il l’aurait obtenue, il ne gagnera pas par là que le peuple chrétien lui doive aucune obéissance, sinon en tant qu’il garde lui-même la foi à Jésus Christ, sans se détourner de la pureté de l’Evangile. Certainement l’Eglise des fidèles ne vous appelle pas à aucun autre  ordre qu’à celui auquel le Seigneur a voulu que vous demeurassiez quand elle vous range à la forme et à la règle en laquelle toute puissance est limitée. Et celui-ci est l’ordre établi par la voix du Seigneur entre les fidèles : que le prophète, tenant le lieu pour enseigner, soit jugé par l’assemblée des auditeurs. Si quiconque veut s’en exempter, il faut que premièrement il s’efface du nombre des prophètes.

Epître à Sadolet

 

L’épître à Sadolet est la réponse de Calvin aux tentatives du cardinal Jacques Sadolet pour ramener les genèvois dans le giron de l’Eglise romaine.

Ce passage souligne l’importance que Calvin donne à l’assemblée qui peut et doit se poser en juge (au sens de discernement) de ses pasteurs. La question de l’autorité n’est pas de celle de l’héritage, ni d’un quelconque pouvoir spirituel mais bien celle de la conformité à l’Evangile de Jésus Christ. Et de cette conformité, c’est de l’assemblée toute entière qui est garante. De là, l’importance des laïcs et de leur engagement dans les instances de l’Eglise Réformée.

Quatre ans de miettes

19 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Quatre ans… Miettes de théologie à quatre ans aujourd’hui.

L’usage ce serait de donner des chiffres, genre 666 articles (mais celui-ci est le 667eme, ouf ! (euh c’est pour rire, hein, je ne fais pas vraiment une fixette sur les nombres)), j’ai la flemme de compter les commentaires et je ne sais pas combien de visiteurs puisque overblog a changé sa façon de compter à mi-parcours (en ce moment, c’est une cinquantaine par jour, un peu plus quand je cède à mon goût pour la discutaille).

Je pourrais faire une rétrospective aussi. Avouer que j’ignorais tout des Miettes théologiques de Kierkegaard quand j’ai choisi mon titre (sinon je n’aurais pas osé, même si je l’aime bien ce titre) Reconnaître que j’ai un peu levé le pied cette année, un peu succomber à la tentation du sérieux entre citations calviniennes et prédications.

Mais bon, aujourd’hui c’est plutôt du plaisir que j’ai envie de parler, le plaisir de me retrouver en relisant ce blog, un peu foutraque, un peu intello, un peu capillotracté, le plaisir de découvrir des gens nouveaux, ou de me découvrir lu par de vieilles connaissances (amis, familles, paroissiens (heureusement les collègues n’y passent pas trop de temps, je suis très timide face à mes collègues)), le plaisir aussi de parler de Dieu, d’essayer de dire cette nouvelle d’un amour inconditionnel, de partager cette passion pour cette bible qui change notre regard sur le monde.

Miettes de théo a quatre ans, ma pensée n’est toujours pas très structurée, et il y aura des passages à vide, des relectures sans doute un peu trop forcée, des échanges stériles, Dieu voulant, il y aura de nouvelles rencontres, d’autres échanges plus riches… Mais tant qu’il y aura le plaisir et parfois des idées, Miettes de théo continue…

L’usage serait bien sûr de vous remerciez vous qui me lisez. Mais quand je me met à remercier, je sors toujours de l’usage pour passer au sentimentalisme, alors à vous tous, lecteurs réguliers ou occasionnels, lecteurs muets ou commentateurs (ci, sur facebook ou irl (pour mes lecteurs pas encore geeks, irl = in real life, dans la vraie vie quoi), juste merci parce que comme je le disais, vous faites partie du plaisir.

Descends vite

18 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Romains XII, 1 à 3

Ezechiel XI, 17 à 20

 

Soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence… Des fois, il parle bizarrement Paul. Vous comprenez ce que ça veut dire vous ?

Moi non plus en fait. Ici, à Jéricho, on ne dit jamais des choses du genre «  Soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence. »

Pourtant ça me rappelle l’histoire de quelqu’un de par chez nous. Zachée. Oui, oui, le chef des collecteurs d’impôts.

Depuis tout petit, Zachée était tout petit. Et même quand on est un enfant, c’est pas facile d’être tout petit. Les plus grands le bousculaient, les autres se moquaient de lui : « T’es tout petit, t’es tout petit, tu sais, Zachée, il faut manger de la soupe, de la soupe en Zachée » Enfin, toutes les plaisanteries idiotes qu’on peut faire quand on se moque de la taille de quelqu’un.

C’est à cette époque, pour qu’on arrête de se moquer de lui, que Zachée a décidé de devenir le plus grand. Oh pas en taille, mais en puissance. Pour devenir le plus grand et le plus puissant, le plus facile, c’est de travailler pour ceux qui ont le pouvoir : les romains. Et Zachée s’est mis à travailler pour les romains. Il a commencé tout au bas de l’échelle et puis, progressivement, il s’est élevé. Simple grouillot au début, puis assistant du collecteur d’impôt, puis collecteur d’impôt et enfin, chef des collecteurs d’impôt. Et là, Zachée, même s’il était tout petit, pouvait regarder tout le monde de haut.

Sauf que… Sauf que quand on travaille pour les romains, quand on collecte les impôts, on ne se fait pas que des amis. D’ailleurs, disons les choses franchement, on n’a plus d’ami du tout. Sauf ceux que l’on paye. Et puis, quand on travaille pour les romains, c’est comme si on avait renoncé à son judaïsme. On a plus le droit d’entrer dans la synagogue, ni dans le temple. Bref, Zachée était tout en haut de l’échelle mais personne ne l’aimait et il savait qu’il était très loin de Dieu.

Et on a beau être tout petit, on a beau être très riche, on a beau être collecteur d’impôt, on a beau travailler pour les romains, on a besoin d’être aimé, on a besoin de Dieu. Bref Zachée était arrivé très haut, il était très riche et très puissant, mais il se sentait encore très petit, il était encore très malheureux.

Et puis un jour, Zachée a entendu dire, qu’un grand prophète, un grand guérisseur, un véritable homme de Dieu venait à Jéricho. Et il a eu très envie de voir cet homme. Seulement, il y avait une grande foule dans les rues pour acclamer ce Jésus de Nazareth, et je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais Zachée était tout petit.

Et quand on est tout petit, pour voir quelqu’un, il faut être devant. Mais voilà, Zachée n’osait pas se frayer un chemin dans la foule, quand tout le monde vous déteste, un mauvais coup c’est si vite arrivé. Alors Zachée a cherché un moyen pour voir Jésus et il a trouvé. Pas très loin, il y avait un sycomore. Un sycomore c’est un de ces arbres auxquels il est facile de grimper.

Alors Zachée a posé le pied sur la première branche, puis sur la deuxième, puis sur la troisième et en grimpant ainsi pour voir l’homme de Dieu, il avait l’impression de monter encore plus haut qu’il n’était jamais monté, il avait l’impression de s’élever vers Dieu. Et alors qu’il était tout en haut de son sycomore, il vit Jésus, Jésus qui se dirigeait tout droit vers son arbre, Jésus qui s’arrêtait au pied de son arbre.

Et vous savez ce que Jésus a dit à Zachée ? A ce Zachée qui toute sa vie avait chercher à s’élever, s’élever vers le pouvoir, vers l’argent, s’élever vers Dieu ? Il lui a dit « descend ». « Descend parce que c’est chez toi qu’il faut que j’aille manger ».

Oh nous, nous n’étions pas très contents. Alors c’est chez le pire de tous les habitants de Jéricho qu’il fallait que Jésus s’arrête ? C’était quand même un peu fort. Eh pourtant, j’ai bien l’impression que même si Zachée n’était pas monté dans son arbre, c’est chez lui que Jésus se serait arrêté. « Il faut que je mange chez toi ».

Bien sûr Zachée est descendu, il a couru chez lui pour recevoir Jésus. Je ne sais pas ce que se sont dit Zachée et Jésus. On ne sait jamais très bien ce qui se passe au cours d’une rencontre…

Mais après ce repas, Zachée n’était plus le même. Oh, il était toujours tout petit. Il était toujours chef des collecteurs d’impôts. Il continuait à travailler pour les romains. Mais voilà qu’il s’est mis à donner aux pauvres, à rendre l’argent qu’il avait pris en trop.

Et vous savez, aujourd’hui quand on parle de lui à Jéricho, on dit. Zachée le collecteur d’impôt ? Il est tout petit, mais il a un cœur gros comme ça.

Et pourtant, c'est bien moi

17 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 11 octobre 2009

Exode VI, 10 à VII, 7

Actes I, 1 à 8

Jacques I, 13 à 25

 

         Changez votre cœur, Dieu parle par ma bouche, ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Autant de formules qui finissent par nous pousser à nous demander s’il y a encore quelque chose de nous dans la foi. La généalogie de Moïse vient peut-être répondre à cette question.

 

D’ordinaire, quand on tombe sur une généalogie dans la Bible, on a tendance à passer rapidement untel engendra untel qui engendra untel et ainsi de suite jusqu’à la fin du chapitre. Pourtant, cette généalogie de Moïse et d’Aaron est assez intéressante, surtout si on considère la place qu’elle occupe dans le récit. Lorsque les parents de Moïse font leur apparition au deuxième chapitre de l’Exode, ils sont presque complètement anonymes. Tout au plus sait-on qu’ils sont de la famille de Levi. Et voilà que tout à coup, en plein milieu du conflit entre Moïse, le peuple et le Pharaon, non seulement les noms des parents de Moïse et d’Aaron nous tombent dessus mais toute leur généalogie.

Bien sûr, les spécialistes verront là un entremêlement de tradition (d’ailleurs la forme même que prend cette généalogie le montre bien puisqu’elle se présente comme un copié collé de la généalogie de Genèse 46 qui s’arrêterait à Levi dont on continuerait ensuite la descendance). Mais, cela ne résout pas la question : pourquoi le rédacteur final n’a-t-il pas placé sa généalogie au moment où il évoquait les parents de Moïse ?

Je trouve un élément de réponse dans l’incroyable appel de Dieu à Moïse « Je te fais Dieu pour Pharaon ». Bien sûr que cela ne signifie pas que Moïse devient Dieu mais simplement que Dieu parle par sa bouche ou plutôt, au bout du compte par la bouche d’Aaron. Mais lorsque c’est Dieu qui parle par la bouche du prophète, cela signifie-t-il que le prophète s’efface ? Pour laisser parler Dieu, faut-il que l’homme disparaisse ?

Dieu parle par la bouche de Moïse mais cela ne rend pas Moïse capable de s’exprimer correctement. Sa faiblesse reste bien présente. Cela devrait être un indice pour répondre à cette question. Et, je crois que cette généalogie en est un autre.

Ce ne sont pas des hommes sans passé, surgis on ne sait d’où que Dieu envoie vers Pharaon, ils sont les hommes d’une tribu, d’un héritage, d’une histoire. Et une fois envoyé, ils restent les hommes de cet héritage, de cette histoire. C’est bien ce que vient nous rappeler cette généalogie placée à ce moment précis.

 

Cela s’applique bien sûr à la prophétie. Le prophète est celui qui parle au nom de Dieu mais les prophètes sont tous différents et cette différence ne vient pas seulement de la différence des époques à laquelle ils parlent, ils ont tous leur personnalité, leur façon d’être et de voir et si c’est Dieu qui s’exprime à travers eux, c’est bien leur voix à eux qu’on entend. Les paroles de Dieu au travers d’une voix humaine. Et c’est important, une voix, dans un message.

 C’est encore plus évident lorsque nous passons de la prophétie au témoignage. Oui, ce sont des témoins que Jésus Christ a envoyé vers les nations. Or un témoin ce n’est pas une caméra de surveillance qui ressort les faits exactement tel qu’il les a vu (on pourrait d’ailleurs se demander si se contenter de ressortir des faits tels qu’on les a vu c’est forcément être dans le vrai…). Un témoin parle toujours à la première personne, à partir de ce qu’il a compris, de ce qui l’a touché, à partir donc de ce qu’il est. Et on n’a pas attendu Queneau pour le savoir.

Qui plus est, Jésus envoie des témoins et on le sait bien si une multitude de témoignages concordants valident un fait, ces témoignages ne sont jamais concordants à 100%. En fait c’est à travers leurs diversités, leurs désaccords et même leurs contradictions que l’on peut se faire une idée de ce dont ils témoignent. Ici même, il y a une semaine, Patrice Rolin nous rappelait que le Nouveau Testament c’est une multitude de témoignages. Eh bien de cette diversité nous pouvons rendre grâce à l’Esprit qui a conduit nos pères dans la foi. C’est vrai qu’elle n’est pas toujours facile à vivre, c’est vrai que nous préférerions souvent avoir une Parole monolithique, mais alors elle serait figée, pétrifiée, morte. Or Jésus Christ est la Parole vivante de Dieu.

 

Je crois, enfin que c’est vrai au sujet des œuvres. On reproche souvent à la théologie de la grâce d’être désincarnée parce qu’elle nie que l’homme participe. Mais, c’est un contresens ! Nous affirmons que gratuitement Dieu nous renouvelle, qu’il change notre cœur ou plutôt qu’il le libère du péché qui l’asservit. Il ne s’agit donc pas de dire Dieu fait de moi un autre que moi-même, mais bien Dieu me rend à moi-même Dieu me permet d’être moi-même

Ce que Jacques appelle « notre convoitise », ce n’est pas nous-même, c’est justement notre refus d’être nous-même. Je veux être mon voisin qui a une plus belle maison, une plus belle femme, une plus belle voiture, je veux contrôler ma vie, je veux être un type bien digne de l’amour de Dieu, finalement, je veux être comme Dieu maître du bien et du mal.

Et la Parole est pour nous un miroir qui nous rappelle ce que nous sommes. Nous sommes des pécheurs, un peuple à la nuque raide, des créatures qui refusent d’être créatures mais également des enfants aimés de Dieu, leur Père, des prisonniers délivrés par lui, des malades guéris par lui, des hommes et des femmes à qui Dieu donne un cœur nouveau. La parole est comme un miroir, nous dit Jacques. C'est-à-dire qu’elle nous montre ce que nous sommes. J’oublie que je suis un homme libre à chaque fois que je retombe dans mes égoïsmes, dans mes peurs et mes haines. J’oublie que je suis un homme libéré à chaque fois que j’oublie que Dieu seul me libère de mes chaînes.

Mais c’est bien moi qui suis libre quand Dieu me libère, c’est bien moi qui aime, quand Dieu ouvre mon cœur, c’est bien moi qui avance quand Dieu me porte, c’est bien moi qui vis lorsque Christ vit en moi.

Et si je ne me reconnais plus, si j’ai l’impression que ce n’est plus moi, si mon reflet me paraît transfiguré, rajeuni c’est que je suis guéri, réparé, ressuscité. C’est qu’enfin, je suis enfin moi-même, création de Dieu, enfant bien-aimé et non plus esclave de mon refus d’être ce que je suis. En nous libérant de ce que nous croyons être, Dieu nous donne d’être ce que nous sommes.

 

Mon frère, ma sœur, c’est toi que Dieu appelle comme porte-parole, comme témoin, comme artisan. C’est toi qu’il appelle et en t’appelant, il te permet enfin d’être pleinement toi-même au-delà de tout ce qui t’asservit. Vis dès aujourd’hui de cette liberté nouvelle et enrichis le peuple de Dieu de ce que tu es.

 

Amen

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog