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Miettes de théologie

Synode national

31 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Voici donc terminé mon troisième synode national. Un synode qui m'a nettement moins enthousiasmé que les précédents (et c'est une litote).

Mais il est sans doute nécessaire d'expliquer ici ce qu'est un synode (il est possible que cela reste mystérieux même pour mes lecteurs protestants) Le synode national est l'instance de gouvernement de l'Église Réformée de France. Pendant trois jours des délégués de chacune des 8 régions de l'E.R.F (autant de pasteurs que de laïcs) se réunissent pour réfléchir, débattre et voter les grandes orientations de l'E.R.F. Autours de ces membres á voix délibérative, se réunissent également des membres à voix consultative (représentants des différents organismes de l'E.R.F) et des invités (pour la plupart, représentants d'autres Églises). En tout plus de 200 personnes dont plus de 70 votants réunis pour des heures de travaux de groupe et d'assemblée pléniaire, de temps de pause et de repas aussi bien sûr, ces coulisses synodales tellement riches d'information et d'enseignement qu'elles sont part intégrante du travail synodal.

Délégué au synode national, c'est en premier lieu intéressant. Notre Église est une Église de débat et c'est souvent en synode que se vit en premier cette dimension. Les travaux et discussions en amont d'une décision ont parfois plus d'intérêt que la décision elle-même. Parfois même, cela peut prendre un tour exaltant quand les décisions á prendre sont susceptibles d'entraîner des transformations profondes de notre Église. J'imagine que ça a été le cas quand il a s'agit d'accepter les femmes au ministère pastoral. J'imagine que ce sera à nouveau le cas lorsque notre Église osera (enfin) entrer vraiment dans le débat sur l'homosexualité.

Délégué au synode national peut être aussi frustrant et douloureux. En effet, notre Église est humaine et comme toute institution humaine, elle est lieu de conflits de pouvoir, de querelles de personne. Or, ces mesquineries se manifestent tout particulièrement dans les synodes.

Délégué au synode national, c'est enfin une tâche exigeante. En effet, la tentation est grande de se contenter de ratifier les propositions des représentants des commissions ou de suivre tranquillement la majorité (les votes se font à main levée). Il est plus difficile de potasser les dossiers, de se faire une opinion personnelle et de défendre cette opinion par la prise de parole et le vote, quitte à aller à contre-courant. Et pourtant, c'est justement ce courage et cette responsabilité qui sont demandés à chaque délégué afin que le synode reste une instance de gouvernement et non un simple organe d'avalisation. Courage et responsabilité donc, pour voter en son âme et conscience mais aussi humilité : une fois qu'une décision est votée, la collégialité veut que chacun en soit solidaire...

Cette année, notre synode national m'a déçu pour des raisons fastidieuses à expliquer ici. Mais sans doute est-ce une bonne manière de me rappeler que nos institutions aussi nécessaires, aussi respectables soient-elles, sont profondément faibles et fragiles.

Dans notre ambition : "Se réformer pour annoncer l'évangile ensemble"(le titre et le projet de notre synode), nous avons sans doute perdu de vue que

ce n'est jamais l'Église qui peut s'auto-réformer elle-même. L'experience cent fois faite de la recherche honnête et scrupuleuse de meilleures institutions, d'une réforme par voie réglementaire ou juridique, d'une recherche sérieuse de moyen plus vrais d'évangélisation, intérieure ou extérieure, tout cela est vain, échoue inévitablement.

J. Ellul : La subversion du christianisme.

L'Eglise véritable est toujours au-delà de nos institutions.

Qui suis-je ?

30 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Qui suis-je ? Souvent ils me disent

Que de ma cellule je sors

Détendu, ferme et serein,

Tel un gentilhomme de son chateau.

 

Qui suis-je ? Souvent ils me disent

Qu'avec mes gardiens je parle

Aussi librement, amicalement et franchement

Que si j'avais à leur donner des ordres.

 

Qui suis-je ? Souvent ils me disent

Que je supporte les jours de l'épreuve

Impassible, souriant et fier,

Ainsi qu'un homme accoutumé à vaincre

 

Suis-je vraiment celui qu'ils disent ?

Ou seulement cet homme que moi seul connais,

Inquiet, malade de nostalgie, pareil à un oiseau en cage,

Cherchant mon souffle comme si on m'étranglait

Avide de couleurs, de fleurs, de chants d'oiseaux

Assoiffé de bonnes paroles et d'une espérance humaine

Tremblant de colère au spectacle de l'arbitraire et de l'offense la plus mesquine

Craignant et ne pouvant rien faire pour des amis infiniment lointains

Si las, si vide que je ne puis prier, penser, créer,

N'en pouvant plus et prêt à l'abandon.

 

Qui suis-je ? Celui-là ou celui-ci ?

Aujourd'hui cet homme et demain cet autre ?

Suis-je les deux à la fois ?

Un hypocrite devant les hommes

Et devant moi un faible, méprisable et piteux ?

Ou bien ce qui est encore en moi ressemble-t-il à l'armée vaincue

Qui se retire en désordre devant la victoire déjà remportée ?

 

Qui suis-je ? Dérision que ce monologue !

Qui que je sois, Tu me connais :

Tu sais que je suis Tien, ô Dieu !

Dietrich Bonhoeffer

Prison de Tegel, été 1944

Hamster rolle

29 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

Une roue, crantée à l'intérieur, et un jeu de pièces par joueur. Le principe est simple : à tour de rôle chaque joueur doit poser une pièce dans la roue, en respectant deux règles :

 

- suivre le sens de construction

 

- poser sa pièce plus haut que celle posée par le joueur précédent

 

Le but du jeu est de poser toutes ses pièces, en sachant que celui qui provoque la chute de pièces les récupère. Un principe simple pour un jeu d'adresse plus méchant qu'il n'y parait. Un principe simple qui n'illustre pas mal certains aspects de notre société. Cette pensée unique qui oblige tout le monde à aller dans le même sens, cette volonté de toujours s'élever au dessus de l'autre ne sont-elles pas cause de bien des effondrements ? Sommes nous vraiment condamnés à simplement poser nos pièces en espérant ne pas être celui qui fera tout tomber ? Un beau jeu qui peut facilement servir de support à une réflexion sur ce monde où tout nous amène à pousser l'autre à provoquer la chute.

Le salut

23 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

- Jésus Christ nous sauve !

- Ben oui mais de quoi ?

C'est vrai que le salut est un de ces mots que nous employons facilement en Eglise sans même plus nous interroger sur la façon dont le comprennent ceux qui nous écoutent. Nous insistons sur la gratuité complète de ce salut. Nous affirmons qu'il a été accomplis par la mort et la résurrection de Jésus Christ. Mais sur ce en quoi il consiste, nous sommes bien moins bavard...

En reprenant les fiches proposées par Philippe Gross et Isabelle Marc-Bousquet dans Le baptême de votre enfant, j'ai trouvé ce petit pannel de formules expliquant le salut. Et j'avais envie de t'interroger, toi qui me lis, que tu sois chrétien (catholique, protestant ou , qui sait ?, orthodoxe), juif, musulman, boudhiste ou encore athée ou agnostique, quand je parle de salut, qu'est ce que tu entends ? Qu'est ce que tu comprends ? Quelle formulation te touche?

- Le salut est possibilité d'être homme face à Dieu, de vivre une nouvelle relation avec Dieu qui me dit : "tu es mon enfant"

- Le salut est victoire sur le pouvoir de la mort et de tout ce qui serait mortifère

- Le salut est réconciliation, certitude de ne pas être jugé par Dieu selon mes oeuvres

- Le salut est possibilité de vire en acceptant ma propre finitude

- Le salut est offre de sens pour ma vie

- le salut est libération de ce qui m'enchaîne

Peut-être aussi, auras-tu une proposition de formule ?

 

Une histoire de fou

21 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Dans toute la ville, on raconte que Demetrius est devenu fou. Demetrius, moi, je le connais, je travaille pour lui. Demetrius est gardien en chef à la prison. Demetrius c’est un homme inquiet. Toujours soucieux, toujours en train d’avoir peur d’une évasion ou d’une rébellion de prisonniers, toujours en train de se demander si ses supérieurs sont contents de lui, toujours angoissé à l’idée de perdre sa place… Et comme il est inquiet, il est exigeant, dur même… Dur avec lui-même, dur avec les autres aussi. Dur avec nous qui travaillons sous ses ordres, dur avec ses prisonniers…

 Mais depuis un an déjà, Demetrius a complètement changé. Un jour on lui a amené deux prisonniers, deux juifs. Je ne sais plus ce qu’ils avaient fait… Je me souviens que le procès avait été rapide. A mon avis, ce n’étaient pas des criminels. Ils devaient plutôt déranger des gens influents. Enfin, bref, on les a jugés, on les a fouettés et on les a amenés à Demetrius en lui disant : « Surveille les bien ! » Alors Demetrius les a solidement enchaînés et les a enfermé au fond du cachot. Il est resté un moment à les surveiller. Ils chantaient et priaient leur Dieu. Ce qui m’avait surpris c’est qu’ils ne Lui demandaient pas de les libérer, ils se contentaient de dire combien il était grand… Bizarre non, dans leur situation ? En tout cas Demetrius s’est dit : « Avec ceux-là, on est tranquille, ils ne nous causeront pas de problèmes… ». Et il est allé se coucher.

 Et au milieu de la nuit, c’est un grand bruit qui l’a réveillé. Tous les murs bougeaient. La terre tremblait. Demetrius a bondit de son lit, il nous a appelé et nous nous sommes précipités vers la prison pour voir les dégâts. La prison était toujours debout mais la porte était grande ouverte. Fou d’inquiétude, Demetrius est entré. A l’intérieur, toute les portes étaient ouvertes aussi, toutes les grilles étaient tombées. Alors Demetrius a tiré son épée. En une nuit, tous ses prisonniers s’étaient évadés, tout le travail de sa vie était anéanti, il n’avait plus qu’à mourir. Il allait se jeter sur son épée. Quand une voix a retentit du fond du cachot : « Ne te fais pas de mal ! Nous sommes tous ici ! » C’était la voix d’un des 2 prisonniers juifs. Alors Demetrius a pris une torche, il est entré dans le cachot… Tous les prisonniers étaient là. Leurs chaînes étaient tombées, les portes étaient ouvertes mais tous, ils étaient restés là, autours des deux prisonniers juifs.

Alors Demetrius s’est jeté à leurs pieds en disant : « Moi aussi, je veux être sauvé ». L’un des deux juifs, il s’appelait Paul, l’a relevé et lui a dit : « Aie confiance en Jésus Christ et tu seras sauvé ». Demetrius a invité les deux juifs chez lui. Il a pansé leurs plaies, soigné les marques des coups qu’ils avaient reçu. Il leur a fait préparer un repas et il les a écouté. Ils lui ont raconté comme le Dieu unique a créé la terre. Comment pour libérer les hommes de leurs esclavages, ce Dieu unique nous a rejoint, comment il s’est fait homme en Jésus Christ. Il lui ont raconté comment ce Jésus Christ a été crucifié, mis à mort, et comment il a pardonné à ceux là-même qui le torturaient. Ils lui ont raconté comment Jésus, le Christ est ressuscité au bout de trois jours et comment il promet une vie nouvelle à quiconque le suit. Demetrius a dit : moi aussi, je veux suivre Jésus le Christ. Alors, ils l’ont baptisé, lui et toute sa famille, ils l’ont plongé dans l’eau et ils lui ont dit : tout ce qui te retenait loin de Dieu est mort avec Jésus, sur la croix, c’est noyé, englouti, et toi, comme Jésus est ressuscité des morts, tu peux renaître, tu peux commencer une vie nouvelle…

 Depuis ce jour, Demetrius fait partie de ceux qu’on appelle les chrétiens, les disciples de Jésus le Christ. Avec d’autres, il se réunit chez une certaine Lydie, ensembles, il prient, ils parlent de Jésus, ils reçoivent des lettres de Paul, vous savez le prisonnier et ils partagent le pain et le vin. En partageant ce pain et ce vin, ils se rappellent que c’est Jésus le Christ qui les fait vivre, et ils se rappellent qu’il est toujours avec eux…

Mais ce n’est pas ça, le plus surprenant, le plus surprenant, c’est que Demetrius a changé. Il n’est pas parfait, non ! Mais quand il regarde les autres, ce n’est plus avec peur, avec inquiétude, avec méfiance, quand il regarde les autres, c’est avec confiance, avec espérance, avec amour. Même nous, ses esclaves, il nous appelle «  mes frères ».

C’est pour tout ça qu’en ville tout le monde dit que Demetrius est fou. Et ils ont raison, mon maître est fou. Fou comme la croix où Dieu meurt pour sauver les hommes, fou comme le tombeau dont un mort se relève, fou comme l’amour qui va jusqu’au bout. Fou aussi comme l’histoire d’un gardien de prison délivré par ses prisonniers. Parce que peut-être que mon maître est fou, mais quand je vois son espérance, sa confiance, et quand je regarde ma vie, avec mes chaînes, avec mes peurs, mes angoisses, mes haines, mes rancunes, mes regrets… Je me dis que cette folie, moi aussi, j’aimerais la vivre. Je me dis que ce Jésus Christ, moi aussi, j’aimerai le suivre.

Prédication narrative

D'après Actes des apôtres XVI, 16 à 34

La tentation gnostique

20 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Le succès du Da vinci code, la publicité autour de l'évangile de Judas manifestent bien le succès de la pensée gnostique à notre époque.

Un succès qui n'a rien de vraiment surprenant tant la gnose me paraît proche, sur bien des points, de nos conceptions modernes du monde et de l’homme.

Pensez donc, une spiritualité qui place l'homme au centre, lui offrant la perspective d'une ascension, d'une évasion hors de ce monde imparfait. Comment cela ne pourrait-il pas séduire une pensée occidentale, marquée par l'humanisme, en quête d'un  religieux, portée vers les spiritualités orientales et manifestant une hostilité évidente à ce qui fut longtemps la religion dominante ? La gnose, que l'on redécouvre aujourd'hui, a beaucoup pour plaire. Et sa condamnation comme hérésie par les pères de l'Église n'est pas le moindre de ses charmes.

La gnose est-elle un courant du christianisme primitif ou une religion différente qui a influencé certains groupes chrétiens ? Je préfère laisser aux spécialistes le soin de répondre. En revanche, c'est avec un amusement certain et une pointe d'agacement que je vois la gnose présentée comme une idée révolutionnaire, libertaire, tellement dangereuse que l'Église naissante ce serait empressée de l'étouffer. Je ne nie pas l'affrontement des idées et le silence imposé au vaincu par le vainqueur. Mais il me semble parfaitement faux de voir dans ce combat le triomphe du conformisme et du moralisme sur une pensée libre.

La pensée gnostique me parait en effet bien plus moralisatrice, autoritaire et hiérarchique que les évangiles canoniques.

Quelques éléments rapides:

Le corps, pour les gnostiques est avili, souillé, corrompu, d’où un véritable mépris pour tout ce qui est charnel. Pour Paul, le corps est un temple et dans al pensée juive l’être humain est un tout, corps et âme…

Puisque c’est à l’homme de se relier au divin, la gnose propose des règles pour y parvenir et donc une morale et des lois strictes. Les évangiles canoniques, eux nous rappellent que la loi est faite pour l’homme et non pas l’inverse et nous montrent un Dieu qui pardonne sans cesse, qui se tourne toujours vers les plus pécheurs, au grand scandale des plus puritains.

Enfin, la gnose est une religion d’initiés, tous ne sont pas égaux devant la révélation d’où une hiérarchie strictement compartimentée entre « commençants », « progressants » et « parfaits ». Là encore nous sommes très loin des textes canoniques qui, tout en reflétant certains conflit de pouvoirs mettent tous les disciples et même toute l’humanité sur un pied d’égalité devant le salut offert par le Christ.

Bref, la « défaite » de la pensée gnostique n’a certainement pas été la défaite de l’anticonformisme et de a liberté…

Alors que la gnose soit une pensée riche et intéressante, c’est indéniable.  Qu’elle séduise nos contemporains, je le comprends. Mais le message des évangiles canoniques me paraît bien plus anticonformiste et libérateur que celui des textes gnostiques. A tel point que cet anticonformisme et cette libération ont été systématiquement édulcorés voire étouffés par les Églises dès qu’elles s’institutionnalisaient. Un étouffement moralisateur qui pourrait bien trouver certaine de ses racines dans l’influence de la pensée gnostique…

 

Pour en savoir plus sur la gnose : voir ici 

Endiablé

18 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Amateur de comédies fines et subtiles, s'abstenir : ici, on a du lourd de lourd. Endiablé est une nième variation sur le mythe de Faust, une nième comédie fantastique américaine aux gags souvent gras . Mais bon, moi j'aime bien.

 

 

 

Pour séduire celle dont il est secrètement amoureux, Elliot Richards vend son âme au diable en échange de 7 souhaits. Une intrigue prétexte à une suite de sketch. Brendon Fraser cabotine en s'amusant, Elizabeth Hurley campe un diable euh... diablement sexy et le résultat est plutôt drôle.

Bien sûr tout se termine sur une conclusion bon enfant et un discours un peu trop humaniste à mon goût. Mais il y a quand même une conception de la tentation que j'aime bien : c'est sur notre incapacité à nous accepter tels que nous sommes et notre soif de reconnaissance que joue le tentateur. Et puis il y a aussi une très jolie réplique de Dieu (au taulard black, comme c'est original et osé ! (merci de lire ce commentaire sur un mode ironique)) : "le diable essaye de t'arnaquer, c'est sa nature mais tu ne peux pas lui avoir vendu ton âme : elle n’est pas à toi…" Et ça c’est bien plus profond et moins humaniste qu’il n’y paraît… Quand on parle du salut, aux chiottes le libre-arbitre ! (si on veut bien me laisser emprunter cette expression triviale aux supporter de tout poil)

Lincoln

16 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Pas grand chose à voir avec le "vrai", si Lincoln a choisi de s'appeler comme Abraham, c'est que "lui, quand il l'ouvrait, les autres étaient obligés de la fermer". Un rêve pour ce cowboy misanthrope, qui est né en colère contre le monde entier. Une colère qui n'a fait que grandir avec l'âge. Et voilà que Dieu vient à la rencontre de cette teigne pour entreprendre sa conversion... C'est le point de départ de ce western en b.d. plus proche du Chat du Rabbin que de Lucky Luke ou de Blueberry.

Pas de grandes intentions théologiques (oui, je sais, ça tourne à l'obsession) dans les deux premiers album que j'ai lu mais une réflexion sur l'humain et surtout un humour noir bien pensé et franchement drôle. (Ce n'est pas si évident de rire avec la religion sans tomber dans la provocation gratuite)

Et puis il y a quand même une vérité biblique exprimée de façon hilarante :

- Je te demande de devenir un héros, un modèle pour les génération future

- Non mais tu m'as bien regardé ? J'ai la gueule en biais et je suis gaulé comme une asperge ! Franchement comme directeur de casting, t'es un champion !

Eh oui, c'est fidèle au texte biblique :  c'est généralement la réaction de ceux que Dieu appelle (regardez Moïse)... En tout cas, Dieu comme directeur de casting, je sens que certains vont m'entendre la replacer...

En fait, je me demande souvent si ceux qui réussissent ce genre d'humour religieux sont conscients de leur fidélité au texte biblique. En effet je trouve que ce genre d'humour vient souvent désacraliser de façon salutaire, des textes qui sont bien moins figé que ce qu'on a voulu en faire. J'irais même jusqu'à parler d'un humour prophétique... En tout cas j'espère que les tomes 3 et 4 sont d'aussi bon aloi que les deux premiers.

Et un grand merci à Veka pour avoir attiré mon attention sur Lincoln

Olivier, Jérôme et Anne-Claire JOUVRAY: Lincoln. Edition Paquet (4 tomes parus)

Science et vie : le dossier Jésus

15 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Cette fois, je n'ai pas regretté de m'être laissé tenter par le gros titre de Science et vie de ce mois-ci : Le dossier Jésus. Un "dossier" assez maigre (18 pages quand même) mais qui a le mérite d'être clair et d'éviter le sensationalisme dont nous sommes actuellement assaillis.

Premiere pièce du dossier : le clonage ou plutôt l'impossibilité scientifique de cloner Jésus. Aux obstacles scientifiques, j'ajouterai un obstacle théologique : vu que l'incarnation est complète, que Jésus est pleinement humain, le cloner ce serait se retrouver avec le clone d'un palestinien d'il y a 2000 ans et certainement pas avec de "l'ADN de Dieu" Bref, ça ne prouverait rien d'un côté comme de l'autre... En fait, ce qui est amusant c'est que ma foi serait plus bouleversée par un clonage qui révèlerait un Jésus plus qu'humain que par le contraire...

Deuxième pièce du dossier : la vie secrète du Christ, une réponse magistralement claire au soi-disant révélations qui ont inspirées Le Da vinci code et à toutes les théories plus ou moins fumeuses de complot...

Théories du complot sur lesquelles se penche la sociologue Véronique Campion-Vincent dans la troisième pièce du dossier (et boum, un livre de plus à lire...)

Bref un petit dossier bien fichu et utile malgré un titre raccoleur et pas très original..

Et l'homme créa les dieux

12 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

C'est assez dubitatif que j'ai entamé la lecture de Et l'homme créa les dieux, aimablement prêté par une paroissienne. Assez dubitatif et, je l'avoue, avec la sérénité prétentieuse de celui qui sait ce qui va lire : "allons-y pour une liste des lieux communs des causes de la religion, cette liste si facile à contester pour peu qu'on connaisse un peu le contenu de ne serait-ce qu'une religion"

Eh bien, au temps pour ma vanité, Pascal Boyer commence par démonter un par un les scénarios habituels de l'apparition des religions. Son approche est autrement plus fine et mieux documentée. Spécialiste du cerveau, Pascal Boyer va, avec force exemples emprunté à la psychologie, a l'anthropologie et à l'ethnographie, illustrer sa thèse : la religion n'est pas une construction mentale consciente visant à répondre à certains besoins mais un effet secondaire des effets de la sélection naturelle sur l'évolution d'un cerveau conçu pour la prédation et la survie mais aussi pour la sociabilité et la coalition. Une approche passionnante, remarquablement claire et accessible et surtout bien plus neutre que son titre le laisse supposer. En effet, montrer les mécanismes par lesquels nous percevons la lumière ne prouve pas que la lumière n'existe pas. De la même manière, montrer pourquoi nous sommes disposés à croire ne suffit pas à prouver que nos croyances sont fausses (P. Boyer ne revendique d'ailleurs pas une telle ambition)

Pourtant, si ce livre m'éclaire sur la religiosité à laquelle je suis confronté chaque jour de mon ministère - tant la mienne que celle de mes interlocuteurs - il ne fait malheureusement qu'effleurer un point capital à mes yeux. La foi que je professe, la Bonne Nouvelle à laquelle je crois sont, presque en tout points, opposés à cette "intuition religieuse" que Boyer définit. (On retrouve d'ailleurs dans la Bible plusieurs des concepts que Boyer préssent comme de "mauvaises propositions religieuses"). Le conflit entre religion populaire et théologiquement correct est bien sûr évoqué mais le moins qu'on puisse dire c'est que Boyer ne s'étend pas sur la question et qu'il semble mêler dans ce "théologiquement correct" le message premier (le kerygme) et le dogme officiel. Or dans le cadre du seul christianisme, kerygme, doctrine d'Eglise et piété populaires sont trois choses trés distinctes et le kerygme combat la religiosité naturelle de l'homme bien plus que ne le fait la doctrine officielle.

Bref, Et l'homme créa les dieux m'ouvre de nouvelles pistes de réflexion et me confirme qu'en plus d'être deux choses différentes, foi et religions s'opposent l'une à l'autre.

P. BOYER : Et l'homme créa les dieux. Folio Essais