Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Exauce-nous

28 Août 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #paroles, #bd, #Makyo, #Bihel

Exauce-nous

Autour de Léonard s’affairent des braves types, des paumés, des salauds, des amoureux, des solitaires, des gagnants et des perdants, bref des gens ordinaires. Léonard, lui est extraordinaire. D’abord parce que c’est un « ravi ». Mais surtout parce qu’à l’insu de tous, en commençant par lui-même, il possède un pouvoir extraordinaire, celui d’exaucer les souhaits de ceux qui l’entourent.

Contrairement à ce que son titre pourrait indiquer « Exauce-nous » n’est pas une b.d. chrétienne, et elle ne parle pas de prière ni de foi (au contraire, la condition pour bénéficier du pouvoir de Léonard, c’est plutôt l’ignorance). Mais, « Exauce-nous » permet de réfléchir sur le pouvoir des mots. A travers une histoire toute simple portée par la très belle galerie de portrait de Frédéric Bihel, Makyo parle de cette puissance quotidienne qui volontairement ou non peut-être porteuse de vie comme de mort : l’innocent et doux Léonard peut tuer aussi sûrement que la rumeur au grès des désirs exprimés devant lui. Un rappel subtil que les mots lancés au hasard peuvent être porteurs d’autant de force que nos mots choisis, loin de tout moralisme, je veux y entendre un appel aussi à ne choisir que les mots qui font vivre…

P. Makyo et F. Bihel : Exauce-nous. Ed. Futuropolis

Voir les commentaires

Le pain de vie

18 Août 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #pain, #cène, #croix

Le pain de vie

Prédication du dimanche 16 août 2015

Ephésiens 5, 15-20

Jean VI, 47 à 66

Comment Jésus est-il présent dans la Cène ? Comment le pain et le vin peuvent-ils être corps et sang de Jésus Christ ? La question a fait couler beaucoup d’encre et de sang, elle a provoqué de nombreux anathèmes et finalement, elle nous détourne du sens de la Cène.

C’est ce sens que Jean nous invite à retrouver. Quand Jésus dit : « Je suis le pain vivant », dans son Evangile, c’est indépendant de toute célébration liturgique, ce n’est même pas lors du dernier repas. Et pourtant, nous sommes bien face à l’affirmation centrale de la Cène : Ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson.

Bref, nous ne devrions nous demander un peu moins comment le pain et le vin peuvent devenir le corps et le sang de Jésus et un peu plus comment Jésus est notre pain.

Et là, les vraies difficultés commenceraient, bien plus profondes que toutes les histoires de con/transsubstantiation. En effet, c’est bien cette affirmation que Jésus est le pain vivant qui a poussé beaucoup de ses disciples à se détourner de lui.

Je ne crois pas du tout que les disciples soient partis sur un malentendu, je ne crois pas qu’ils aient compris la phrase de Jésus comme un appel à l’anthropophagie ni qu’ils se soient demandés si Jésus pensait être un bonhomme pain d’épice. Si les juifs ont violemment discuté entre eux face à l’affirmation de Jésus, c’est qu’ils pressentaient bien ce que cette affirmation avait de scandaleux et s’ils sont partis, c’est que Jésus leur a confirmé qu’ils avaient bien compris.

« Elle est dure cette parole ! Qui peut l’écouter ? » « Je suis le pain de vie » contient bien les scandales

Premier scandale : la comparaison avec la manne. Vos pères ont mangé la manne et ils sont morts. La manne, c’est la sortie d’Egypte, c’est Moïse, c’est la Loi. La manne venait de Dieu et elle était bonne. La Loi venait de Dieu et elle était bonne. Mais elles n’empêchaient pas la mort, elles n’ouvraient pas à la vie éternelle. Moi, dit Jésus, je fais mieux, j’offre mieux. Aujourd’hui encore, nous devons l’entendre : ce n’est pas l’obéissance à Dieu, l’observance de sa Loi qui procure la vie éternelle, ce n’est pas notre force, par notre obéissance, par notre observance que nous vivons. Ce n’est pas parce que nous sommes des gens biens que Dieu tourne un regard favorable vers nous.

Je ne dis pas qu’il ne faille pas le faire, je dis simplement qu’il ne faut rien en attendre, que ce n’est pas cela qui nous fait vivre. Après 2000 ans de christianisme dont 500 ans de Réforme, de retour au fondement de l’Evangile, à la Grâce seule, nous avons toujours un peu de mal à l’avaler alors ne soyons pas trop sévères avec ceux qui l’entendaient pour la première fois…

Deuxième scandale : Jésus est le pain vivant et le pain de vie. Le pain c’est-à-dire, à l’époque, la base de l’alimentation. Le pain, autant dire la nourriture. D’ailleurs Jésus franchira le cap « ma chair est vraie nourriture »

Jésus est-il pour nous vraie nourriture ? Quelle nourriture Jésus est-il pour nous ?

J’ai tendance à penser que Jésus est pour nous, parfois le biscuit apéro qui descend du ciel, parfois le dessert qui descend du ciel, parfois le sel qui descend du ciel…

Quelque fois, Jésus est le biscuit apéro qui descend du ciel. Jésus, l’Evangile, l’Eglise c’est quand on a le temps ou bien dans les rencontres, quand on peut se payer ce petit luxe de faire une pause dans la course de notre vie, ça fait du bien, c’est une oasis. C’est capital dans un temps de convivialité et de retrouvaille. Mais bon ! c’est quand même pas ça qui nous fait vivre, ce n’est pas un vrai repas et ça ne peut pas être tous les jours ! L’Eglise n’occupe-t-elle pas quelque fois cette place du biscuit apéritif dans nos vies ? Ce n’est pas une condamnation ou un reproche : il est bon que l’Eglise soit ce lieu de convivialité, de légèreté de pause. Il est même bon de la vivre comme un luxe, comme un superflu de joie… Mais Jésus est-il alors vraie nourriture ?

Quelque fois, Jésus est le dessert qui descend du ciel. Jésus, est alors la saveur sucrée qui vient clore et adoucir le repas. Il est ce dont il serait une punition d’être privé. Cela peut se comprendre de façon quotidienne, ou hebdomadaire ou à l’échelle d’une vie. Jésus c’est celui auprès duquel je viens me reposer le soir, ou le dimanche ou à la fin de ma vie. Il est ma consolation, le lait et le miel… Là encore, ce n’est pas mauvais ni faux de recevoir Jésus ou l’Evangile ainsi. On aimerait même que plus de gens considère l’Eglise comme la cerise sur le gâteau. On aimerait que « privé d’Eglise » soit une punition aussi redoutable que « privé de dessert » et que nous soyons encore plus gourmands de Jésus que nous le sommes. Mais Jésus est-il alors vraie nourriture ?

Quelque fois, Jésus est le sel qui descend du ciel. Dans ces moments, Jésus, c’est à tout moment de notre vie, celui qui vient relever la saveur de chacun de nos plats, celui que nous ne voyons pas, dont nous ne sentons même pas toujours la présence mais dont le manque serait immédiatement repéré. Nous plaignons alors ceux qui sont astreints à un régime sans sel, sans se savoir aimés : quelle saveur en moins dans leur vie.

Mais même quand Jésus est le sel de nos vies, est-il vraiment notre nourriture ?

Mais pouvons-nous vraiment affirmer que la chair de jésus est notre vraie nourriture, pas seulement une valeur ajoutée mais ce dont nous avons besoin pour vivre ? Le vivons-nous vraiment ? Elle est dure cette parole, et qui peut l’entendre…

Le troisième scandale, c’est la croix. Car c’est bien de la croix dont il est question quand il s’agit de manger la chair et de boire le sang de Jésus. Jésus ne nous dit pas que ses paroles sont notre pain, que son enseignement est nourrissant, il nous parle bien de son corps, de son être, de sa vie. Or manger, c’est tuer.

Généralement quand nous nous scandalisons de la croix, c’est sur le mode « Quel Dieu sanguinaire pourrait-il avoir besoin de la mort d’un innocent pour épancher sa soif de sang et de vengeance ? » Cette image de Dieu, cette lecture de la croix, je les rejette aussi. Mais par le discours du pain de vie, nous sommes mis devant un scandale bien plus grand, un scandale que nous ne pourrons pas écarter en rejetant une image de Dieu dans les limbes de la barbarie. La croix ne nous raconte pas la soif de sang de Dieu, elle nous met devant notre besoin de sang. Elle nous place devant le scandale même de notre existence : nous devons tuer pour vivre, nous détruisons ce que nous mangeons. Mais, cela va même plus loin, et les chrétiens ne sont pas les seuls à s’en être aperçus : nous tuons, nous détruisons ce que nous aimons.

Rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force,

ni sa faiblesse ni son cœur et quand il croit

Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix

Et quand il veut serrer son bonheur il le broie

Ecrivait Aragon

Plus récemment Renaud comparait l’amour et la pêche à la ligne. Je ne sais pas comment sa femme a pris le fait d’être comparée à un poisson mais l’idée est bien là et la conclusion en miroir est pour la truite :

C’est parce que tu es belle

Parce que je t'aime qu'un jour je te tuerai..

Et pour l’épouse :

C’est parce que tu es belle,
Parce que je t'aime que je t'aime enchainé
e..

Et cela a été la trame de bien des romans, des poèmes : nous détruisons, nous abimons ce que nous aimons, nous avons besoin de tuer pour vivre.

La croix, ce n’est pas Dieu qui abat sa vengeance sur son fils innocent, la croix, c’est Dieu qui se livre à notre besoin de destruction.

Et la croix continue chaque jour : Dieu se révèle, Dieu parle à l’humanité et de sa Parole de vie, de Grâce, d’ordre, de libération l’humanité fait une parole de mort, de jugement, de chaos et d’esclavage.

Mais Dieu ne cesse de parler, Dieu refuse d’interdire à l’homme de parler de lui. Dieu refuse de rompre tout contact avec l’homme, il ne cesse de se révéler et de pousser l’homme à parler de lui, alors même que cette parole que nous prononcerons seront forcément défigurantes. Pourquoi ?

Parce que dans ce scandale de la croix, naît une promesse : nous tuons ce que nous mangeons mais ce que nous mangeons vient en nous, nous fait vivre et nous transforme.

Frères et sœurs, Dieu accepte de se laisser tuer, dévorer et défigurer mais c’est par ce qu’il sait que c’est là le prix à payer pour que nous vivions, pour que nous le recevions et pour que nous soit rendu notre véritable visage d’enfants de Dieu.

Seigneur Jésus

Tu nous as laissé te dévorer

Donne nous maintenant de vivre de cette nourriture

Qu’à présent ta vie vive en nous

Pour que nous soyons vivants

Pour que nous soyons enfants de vie et non plus de la mort

Amen

Voir les commentaires