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Miettes de théologie

Le bonheur c'est d'avoir de l'avoir plein nos armoires ?

30 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Pour commencer l'Avent en se rappelant du vrai sens de Noël





Concours de saints

26 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Selon une tradition, on aurait, en un an, offert jusqu'à 950 livres sterling a la chapelle de St Thomas (de Cantorbury), tandis que l'autel de la Vierge ne reçut que 4 livres ; Dieu lui-même n'eut pas une offrande.


Michelet. L'histoire de France. Livre IV. Chap. V

Dieu dans l'histoire ?

23 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 23 novembre

Actes VII, 1 à 50

Psaume 44

 

C’est pour ses histoires de peuples que Dieu dépossède, chasse de leur terre que ce psaume nous fait aujourd’hui tiquer. Cette image d’un Dieu guerrier nous semble bien barbare,  très éloignée du Dieu de Jésus Christ. C’est sans doute à juste titre. Mais il est après tout facile de remettre les choses dans leur contexte : l’histoire des peuples est presque toujours une histoire guerrière, une histoire de conquête. Rien de très surprenant donc au caractère guerrier d’un texte de plus de 2000 ans… En nous laissant arrêter trop longtemps par cette image belliqueuse, nous risquons de passer sur les deux questions essentielles que nous pose l’incroyable confession de foi de ce texte : Dieu dans l’histoire et Dieu absent.

 

Dieu nous rencontre dans notre histoire : d’Abraham à Jésus Christ, de l’Exode à la Pentecôte, c’est l’affirmation de toute la Bible. Dieu nous rencontre dans notre histoire, nous passons notre temps à le lire, à l’entendre, à le prêcher… Dieu nous rencontre dans notre histoire martelons nous.

Pourtant, j’ai l’impression que ce que nous disons vraiment c’est « Il y a très longtemps, Dieu nous rencontrait dans notre histoire mais depuis la Pentecôte, ce temps est révolu ». Aujourd’hui, nous n’osons plus guère lire notre histoire comme le lieu de l’intervention de Dieu. Oui, bien sûr, Dieu nous rencontre dans notre vie, il se vit dans la rencontre personnelle avec le Christ vivant. Mais dans notre histoire, décelons nous encore les pas de notre Dieu. Osons nous encore confesser, affirmer que là, Dieu a agit ? Osons nous encore raconter à nos enfants ce que Dieu fit pour nos pères ?

Je ne me souviens pas avoir lu un livre confessant sur l’histoire de la Réforme : je lis régulièrement que Luther ne fut pas le premier à vouloir réformer l’Eglise, qu’il bénéficia d’une époque propice, de l’invention de l’imprimerie, de la propagation des idées humanistes. Je lis qu’il était angoissé, rongé par l’idée de sa damnation et que la découverte de la grâce de Dieu fut pour lui une libération. Tout cela est sans doute vrai. Mais où osons-nous affirmer que Luther fut inspiré par l’Esprit Saint, qu’il fut l’instrument de Dieu pour maintenir sa Parole dans le monde ? Osons-nous affirmer que Dieu permit la survie du protestantisme ? Je n’en ai pas l’impression.

Quelles sont les raisons à cette timidité.

Tout d’abord on me rappellera sans doute que l’historien n’a pas à être confessant mais qu’il doit être neutre. On me permettra de remettre un peu en question la prétendue neutralité des historiens mais je suis d’accord : l’historien n’a pas à être confessant. Mais l’Eglise ? Mais le théologien ?

On m’opposera ensuite que ni Luther ni Calvin n’étaient des saints, que les propos de Luther contre les paysans révoltés, les juifs ou les turcs, n’avaient rien de particulièrement inspirés, pas plus que n’était inspiré le bûcher de Michel Servais. C’est vrai. Mais il en va de même pour les grands personnages bibliques, les héros d’Israël : aucun d’entre eux ne fut toujours fidèle à Dieu, tous errèrent par moment… Dire que Calvin, Luther et d’autres furent conduit par Dieu ne sous entends pas qu’on les considère comme infaillibles.

Certains me diront également que ce serait manquer de modestie que d’affirmer que la Réforme fut voulue par Dieu. Depuis que je connais les protestants, j’ai appris que les protestants avaient inventé la langue allemande moderne, la langue française moderne, la démocratie moderne, qu’ils avaient toujours excellé dans les domaines financiers, scientifiques, qu’il avaient contribué à l’industrialisation du monde et qu’ils avaient été pionniers dans l’action caritative. Bref, je ne suis pas absolument convaincu que l’humilité soit le premier sentiment qui nous anime quand nous écrivons notre histoire… De plus, je me demande laquelle de ces deux affirmations est la plus humble : « A travers le texte biblique, Luther découvrit la grâce de Dieu » ou bien « A travers le texte biblique, Dieu révéla sa grâce à Luther ».

Bien sûr qu’il nous faut de l’humilité, bien sûr que nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas propriétaires du message de Jésus Christ, que nous « ne pouvons prétendre délimiter l’Eglise de Jésus Christ » (Discipline de l’ERF art. 1) . Mais notre raison d’être est « d’annoncer au monde l’Evangile de Jésus Christ » (même article de la discipline). Comment annoncerions-nous si nous ne sommes pas convaincu du bien-fondé de notre message ?  Et comment en serions nous convaincu si nous ne croyons pas que ce message nous vient de Dieu ? Prenons garde à ne pas prendre notre timidité pour de l’humilité !

Enfin, il y a bien sûr notre peur de passer pour des illuminés… Elle est justifiée. Il est évident que si nous voulons être entendu, nous ne pouvons pas parler aujourd’hui de la même manière que le psalmiste. C’est vrai qu’il nous faut trouver des manières modernes de dire cette présence de Dieu dans notre histoire. Mais je ne suis pas sûr que la taire soit une façon moderne de le dire…

 J’ai pris l’exemple de l’histoire de la Réforme car c’est celle dont nous parlons le plus. Mais il est bien entendu que c’est toute notre histoire qu’il faudrait relire ainsi de façon confessante… Parce que si nous restons au Dieu présent dans l’histoire biblique et uniquement dans l’histoire biblique, comment nous étonner que ce Dieu devienne un mythe lointain, relégué à l’époque mythique ou Seth assassinait Osiris, où Thésée tuait le minotaure ? Comment demander à nos enfants de croire qu’aujourd’hui il est possible de rencontrer ce Dieu d’il y a 2000 ans ?

 

Mais je n’ai pas évoqué le véritable obstacle qu’il y a à parler du Dieu présent dans l’histoire, celui qui nous pousse à nous taire, ou à nous contenter du témoignage des temps très anciens. Cet obstacle, c’est l’absence visible de Dieu. Cet obstacle c’est la Shoah, c’est l’esclavage, ce sont les guerres, ce sont tous ces moments où nous ne pouvons pas croire que Dieu soit intervenu… Cet obstacle, c’est la crise, les inégalités, les tortures qui sont tellement présente aujourd’hui. Face à la souffrance du monde, comment proclamerions nous, comment oserions nous proclamer un Dieu qui agit dans l’histoire ?

Dirons nous que cette souffrance est voulue par Dieu ? Qu’elle est une mise à l’épreuve où un châtiment pour nos fautes ? Entendons ce que crie le psalmiste : Nous sommes sans cesse fiers de Dieu, nous célébrerons toujours ton nom. Cependant tu nous as rejetés, tu nous as couverts de confusion, tu ne pars plus en campagne avec nos armées (…) Tout cela nous arrive, et nous ne t’avons pas oublié, nous n’avons pas trahi ton alliance 

Pas question ici de mise à l’épreuve, pas question de châtiment. Il n’y a qu’une affirmation : « c’est sur toi que ce sont appuyés nos pères et tu les a conduits, c’est sur toi que nous nous appuyons aujourd’hui. Et une question : pourquoi n’es-tu pas là ? » Israël, accablé, ne voit pas sa souffrance comme un châtiment, ce serait remettre en cause la justice de Dieu : Israël innocent ne peut pas être puni. Ici le psalmiste fait l’expérience de la liberté souveraine de Dieu : hier il était là, il combattait pour nous, il chassait nos ennemi et aujourd’hui, non. Mais cette expérience tellement douloureuse n’empêche pas la foi et l’espérance finale : Lève–toi, pour nous secourir ! Libère–nous à cause de ta fidélité 

Ainsi le psaume 44 nous révèle-t-il que le Dieu qui agit dans l’histoire est juste, mais qu’il est libre. Qu’il est libre mais qu’il est fidèle.

Et, vous le voyez, pour le psalmiste, la foi n’interdit pas l’interrogation, la plainte. Et l’interrogation et la plainte n’empêchent pas la foi.

Et nous, nous qui avons un élément de plus que le psalmiste, nous a qui Dieu a révélé par la croix qu’il agissait aussi dans l’incognito et la faiblesse, nous laisserions nos questions et nos doutes étouffer notre confession de foi. Nous qui, plus encore que le psalmiste, affirmons que Dieu a pris corps dans notre histoire et qu’il y reste vivant, nous tairions sa présence ?

 

Frères et sœurs, qu’il n’en soit pas ainsi ! Osons interroger et interpeller Dieu quand il se tait ! Osons, avec le même élan, faire mémoire de ce qu’il a fait pour nous et affirmer l'espérance que nous avons en lui pour aujourd’hui !

 

Amen

Douze pour du neuf

21 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 16 novembre

Culte des familles


Esaïe 49 8 à 16

I Corinthiens XV, 3 à 7

Marc III, 14 à 19

 

Jésus et les 12 apôtres. Qui étaient ces 12 ? Quelle était leur fonction ? Imaginons une jarre retrouvée au hasard d’une fouille archéologique et dans cette jarre, une très vieille lettre, vieille de presque 2000 ans. Imaginons ce que pourrait nous raconter un de ces 12… N’en prenons pas un connu : pas un Pierre, un Thomas ou un Judas mais un de ceux dont on oublie toujours le nom…

 

L'un des 12. C'est sans doute ce que l'on dira de moi, plus tard.

L'un des 12.  Pourquoi pas l'un des disciples ? Pourquoi pas l'un des apôtres ? Bien sûr que nous étions disciples : nous suivions Jésus, nous entendions son enseignement. Bien sûr que nous étions apôtres, nous étions envoyés. Mais les disciples sont bien plus que douze, et même les apôtres sont plus nombreux… Aujourd’hui, on commence à parler des 12 apôtres mais c’est oublier Paul, c’est oublier Andronicos et Junia ? C’est oublier tous les autres qui sont eux aussi des envoyés. Non, tous les apôtres ne font pas partie des 12 même si les 12 sont apôtres.

Disciple, apôtre, je suis donc aussi l’un des 12, ces 12 hommes que Jésus a appelés à le suivre, à tout laisser, pour vivre à ses côtés tout au long de son ministère…

Et bien sûr, ce n’est pas par hasard que Jésus a voulu que nous soyons 12. C’est un nombre important, tellement important qu’il a fallu le maintenir en remplaçant toujours les départs, tels que celui de Judas, après sa trahison…

Pourquoi 12 ? Les savants vous diront sans doute que le nombre 12 a toujours été très important dans l’humanité… C’est possible mais le choix de Jésus est plus simple : 12, c’est le nombre des tribus d’Israël au départ, lors de la sortie d’Egypte, lors de l’installation en Terre Promise. Et ce nombre, il faut bien dire qu’on ne l’a jamais vraiment retrouvé depuis l’éclatement d’Israël en deux Royaumes puis l’Exil. Et pourtant Dieu a promis qu’Israël serait restauré, complètement. Eh bien quand Jésus nous a choisi tous les Douze, c’est ce qu’il a voulu dire : « Maintenant, les promesses de Dieu sont tenues. Maintenant, Israël est restauré, relevé »

 

Mais dire qu’Israël est relevé, ça ne concerne pas qu’Israël, c’est dire aussi que le temps est venu où Dieu se fait connaître par tous les peuples. C’est bien comme ça que l’annonçaient les prophètes :  . Le rôle d’Israël est d’être témoin de Dieu aux yeux du monde entier. Et c’est bien pour ça que Jésus nous a envoyé annoncer la bonne nouvelle, chasser les démons, libérer les hommes de leurs chaînes…

 Vaste programme, n’est ce pas ? Et pourtant, nous ne sommes pas des gens exceptionnels, bien au contraire. Nous n’avons pas décidés de suivre Jésus, c’est lui qui nous a appelé. Nous n’avons pas été des disciples parfaits : bien souvent nous n’avons rien compris à ce que Jésus disait. Nous n’avons pas été des apôtres parfait : il y a eu des divisions et de querelles parmi nous et Judas a trahis alors qu’il avait été choisi comme nous tous. Nous étions des hommes ordinaires et Jésus nous a choisi. Et en nous choisissant, il a affirmé qu’à travers nous c’était bien Dieu se mettait à l’œuvre, qu’aucune de nos faiblesses, aucune de nos incapacités ne l’arrêtait.

Il ne faut pas se demander pour quelle raison Jésus nous a choisi nous : pourquoi il a appelé Simon et André plutôt que Jonathan ou Levi. Il faut se demander dans quel but, il nous a choisi : Jésus nous a choisi tous les 12, pour montrer que ces paroles n’étaient pas seulement de beaux discours mais qu’elles sont concrètes, qu’elles prennent effet dès maintenant. Et si nous sommes douze, c’est parce que c’est le temps où s’accomplissent les vieilles promesses. Si nous sommes douze, c’est pour faire le lien entre le monde ancien et le monde nouveau…

 

Frères et sœurs, vous qui êtes disciples et apôtres, ne croyez pas que nous sommes au-dessus de vous. Simplement Jésus nous a choisi, tous les 12 pour faire du neuf…

Soli Deo gloria, radicalement

20 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie. Ephésiens II, 8-9
Mon opposition à une coopération de l'homme à son salut s'expique par un refus de diminuer la gloire de Dieu. Tout mérite accordé à l'homme réduit en effet d'autant la part de Dieu.
On me proposait l'image suivante : tombé dans un précipice, je m'accroche du bout des doigts à la corniche quand un sauveteur vient me tirer de là. Si je m'accroche à la main qu'il me tend, on ne peut pas vraiment dire que mon salut vienne de moi. C'est ainsi qu'il faudrait comprendre la coopération de l'homme à son salut. Soit. Poussons un peu l'image et imaginons qu'à coté de moi, accroché à la corniche, il y ait un autre homme. Un sauveteur arrive, il nous tend à chacun une main secourable. Je m'accroche, l'autre tombe. C'est donc bien de moi qu'est venu l'acte décisif du salut, l'acte qui a fait la différence. À mes remerciements à mon sauveur, je peux donc joindre une autocongratulation...
Bref, à cette image, je réponds ce que je répondais au collègue qui m'expliquait que Dieu faisait 10000 km vers nous alors que par notre réponse nous parcourions un micron vers lui : Il est certes dans notre nature de vouloir dire que nous avons coopéré, que nous avons fait quelque chose, que nous avons participé à notre salut mais un micron attribué à l'homme, c'est un micron volé à Dieu.
Dieu seul me fait vivre et je n'y suis pour rien. Dieu seul me sauve et je n'y coopère en rien. A Dieu seul revienne toute gloire...

Avec modération

19 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Au moment où elle confesse sa foi au Dieu souverain et au Christ sauveur (...)

Art. 27 : Le modérateur, après consultation des vice modérateurs et, si nécessaire, du conseiller juridique de l’E.R.F., prend les initiatives utiles à la bonne marche des débats, dans le cadre de la Discipline et du présent règlement.
Art 28. Les séances sont présidées par le modérateurs, ou par celui des vice modérateurs qu’il désigne. Le président de séance dirige les délibérations, fait observer la discipline et le présent règlement. Il ne doit pas faire état de son opinion personnelle sur le sujet en discussion, mais il lui appartient de veiller, au cours des discussions ou avant les votes, à ce que soient présentés au synode les enjeux du débat.


Quelques états d'âme d'un modérateur au synode régional.
Jour 1. Vendredi soir
Le synode s'annonce pluvieux. Tant mieux, ça évitera que les délégués se dispersent trop pendant les poses. Surtout que l'emploi du temps me paraît serré.
Les premières impressions, avant même l'ouverture du synode, c'est les copains qui s'amusent de mon inhabituelle cravate (la cravate est on ne peut plus classique, c'est le fait que je la porte qui est inhabituel). Je suis le premier à dire gue l'Eglise est plus qu'un cercle d'amis, mais j'aime qu'elle soit aussi cela...
Bien sûr, j'ai oublié de prendre la discipline (que j'ai pourtant un peu potassée). Heureusement, le président me remet l'extrait concernant le synode. Tout y est (je risque fort de vous en présenter un point ou deux plus tard.).
Une fois lue "La déclaration de foi", le grand jeu est lancé. Ce soir, l'inattendu ne s'est pas joué pas à la table de la modérature, mais plutôt en coulisse : différents invités me demandent de leur donner un temps de parole. J'avais déjà fait remarquer pendant la mise au point de l'emploi du temps que 2 fois 30 minutes, c'était court pour les 8 invités que le Conseil Régional souhaitait faire intervenir. D'un autre côté, si on invite quelqu'un, il me paraît bon de l'entendre. Si cela n'empiète pas sur le temps des débats, j'essayerai...
Jour 2 : Samedi soir
Brouf ! Je me disais aussi que c'était  trop calme... Bon, par où je commence ? Peut-être avec un petit mot sur le temps acordéonesque d'un synode : on voit une séance se terminer 30 minutes après la fin de la pause qui la suit, on accorde 10 minutes de pause et on finit avec 25 minutes d'avance...  Heureusement  qu'il y a des délégués plus rompus que moi aux arcanes du fonctionnement synodal : j'ignorais que le modérateur était à ce point maître du temps, tant qu'il ne rajoute aucun point non prévu par l'emploi du temps. Vingt minutes de plus donc sur le projet "Eglise Unie". C'est pas du luxe.
Mais le grand bazar, ça a été ce soir après le repas. Scandale : les rapporteurs n'ont pas tenu compte du travail des groupes de l'après midi dans leur texte final ! Du coup, 30 minutes d'interventions agressives sur fond de brouhaha au lieu de parler du texte... Autour d'une table de jeu, rien ne m'agace autant que de voir quelqu'un écouter l'explication des règles d'une oreille distraite autant qu'impatiente, pour lancer en cours de partie : "Ah mais ça, tu l'avais pas dit". Ben là, c'est un peu pareil : la veille, les rapporteurs avaient présenté leur méthode de travail. Ils avaient dit que les travaux de groupe serviraient à tester le texte d'orientation sur des points concrets, qu'ils pourraient éventuellement révéler des inadéquations et des lacunes. Mais aussi que ces travaux seraient restitués en annexe du cahier post-synodal comme boîte à outil pour les Eglises locales et non pas en assemblée plénière... Transformons cet agacement en responsabilité : en tant que modérateur, j'aurai sans doute dû m'assurer hier que le synode avait bien intégré et acceptait ce qu'impliquait la méthode de travail... A noter pour plus tard...
De mon côté, au moins une erreur et une faute, ce soir. L'erreur c'est d'être resté seul : j'aurai dû être entouré d'au moins un des vice modérateurs. La faute c'est d'avoir laissé parler cette déléguée qui s'est emparée du micro pour couper la parole à la rapporteuse. Bon, rétrospectivement sa prise de parole n'a sans doute pas été une mauvaise chose. Mais sur coup là, j'ai mal fait mon boulot... Enfin, on ne va pas épiloguer, on verra bien comment se passera le vote sur le texte demain... Je vais quand même bien potasser les règles d'adoption d'un texte (disjonction, suppression, amendements, addition...)
Jour 3 Dimanche après-midi
Ben voilà, finalement tout s'est bien passé. Juste une demande d'amendement pour le texte d'orientation ce qui a permis de prolonger un peu le débat sur le projet d'Eglise unie. Dommage en revanche qu'on est perdu tant de temps sur la mise en forme du voeu Cimade : j'espérai un peu pouvoir donner la parole à un dernier invité.
La prochaine fois..
Merci à notre aumônier pour sa prédication sur le temps, particulièrement précieuse à qui vient de passer 36 heures les yeux rivés sur une horloge.

Voilà, vous l'aurez deviné, j'ai fait ce que je pouvais (avec pas mal de timidité, de nervosité et un brin d'humour) et je me suis amusé... Je ne suis pas certain de parvenir ainsi à vous faire entrer dans les arcanes synodales et je crains que tout cela paraisse bien loin des préoccupations de la foi. Pourtant,  je suis très fier de ce système de fonctionnement et je suis persuadé que l'Eglise se vit là aussi, dans cette organisation toute humaine mais vraiment habitée par une parole qui la dépasse.

Je déclare close la 40 session ordinaire du Synode Régional de l'Eglise Réformée, région Nord Normandie
.

De ce que toute créature devient à la fin de sa vie

17 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

En feuilletant une anthologie de la poésie française, je tombe sur ce poème.

De ce que toute créature devient à la fin de sa vie

Qu'est ce de Pape et de ses cardinaux ?
Qu'est ce de Gens chargez de prélature?
Qu'est ce  Empereurs et Roys et leurs joyaux
Qu'est ce estre Prince ou Duc selon Nature ?
Qu'est ce ung Seigneur de haulte géniture ?
Qu'est ce ung Gendarme et ses habits divers ?
Qu'est ce une Dame ayant plaisant figure ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'un sac de Vers ?

Qu'est ce ung Légat qu'a les honneurs Royaulx
Qu'est ce aultres gens plains de litterature ?
Qu'est ce ung Bourgeois qui va à trois chevaulx ?
Qu'est ce un marchant qu'un riche oultre mesure ?
Qu'est ce ung qui vivre en son mestier procure ?
Qu'est ce d'ung Brave au bonnet de travers ?
Qu'est ce un Paisant qui maint labeur endure ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'un sac de Vers ?

Qu'est ce de ceulx qui suivent les Bourdeaulx
Qu'est ce ung Prodigue on ung qui vit d'Usure ?
Qu'est ce des gens qu'ayment toutz jeux nouveaulx ?
Qu'est ce ung Chicart qui plainct sa nourriture ?
Qu'est ce ung paovre homme à qui fault la pasture ?
Qu'est ce d'un prestre, ou d'ung moine ou convers ?
Qu'est ce une Abaesse et Nonnain de closture ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'ung sac de Vers ?

Qu'est ce (mon Dieu) de nous que pourriture ?
Qu'est ce que Mort nous met toutz à l'envers ?
Qu'est ce pour vray de toute Créature ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'ung sac de Vers ?
Eustorg de Beaulieu

Si je perçois à travers à travers ces vers (sans jeu de mot), la pensée des danses macabres, ce n'est pas la fascination pour la mort qui me frappe, mais plutôt l'éclairage que ce poème donne à ce passage biblique : Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ;  mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur. (Mt VI, 19). Ainsi le poème ne me murmure pas : "Souviens-toi que tu vas mourir" mais "Pourquoi placer ta valeur, ta confiance  en ta naissance ou ton rang, ta fortune ou ton travail, tes oeuvres ou même ta morale, toutes choses périssables". Il ne sonne pas comme fascination macabre, mais bien comme refus de placer en l'homme quelque confiance que ce soit. Eustorg de Beaulieu, le nom m'est inconnu, mais ses dates sont éloquentes. Un contemporain de la Réforme, donc... En lisant sa biographie succincte, je découvre que cet organiste de la cathédrale de Lectoure fut prêtre puis se convertit à la "Religion Réformée"... Pourquoi ne suis-je pas étonné ?

Le Notre Père machinal

12 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Il priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne–nous à prier, comme Jean aussi l’a enseigné à ses disciples.
Luc X, 1

"Apprends nous à prier" Face à cette demande, mon premier réflexe de pasteur est d'expliquer que l'important de la prière, c'est de la dire avec nos mots à nous. Que la prière n'est pas une formule magique mais un dialogue avec Dieu. Je suis bien persuadé que mon attitude est théologiquement irréprochable.

Pourtant, à cette même question, Jésus lui, ne craint pas de répondre en proposant une prière non pas à inventer mais à réciter : le "Notre Père".
Bien sûr, le Notre Père est une prière riche et profonde, forte de sens, une prière que nous devrions toujours faire nôtre.
Mais qui  nierait que le Notre Père peut également être ânonné, débité aussi machinalement qu'une table de multiplication ?
Et d'ailleurs, comment ne pas voir ce qu'il y a d'identitaire, de bêtement religieux dans la demande du disciple : enseigne-nous à prier, comme Jean l'a enseigné à ses disciples.  Autrement dit : les saducéens, les pharisiens, les disciples de Jean ont leur façon de prier, donne nous la notre, la prière des disciples de Jésus comme un signe d'appartenance... Et  Jésus qui ne s'est jamais privé de frustrer la soif religieuse de ses contemporains, Jésus qui refuse de faire des miracles, de répondre aux questions sur son autorité, Jésus accède à la demande, comme ça, sans rechigner, sans mise en garde.
Pourquoi ?
Parce que prier avec les mots de Jésus, c'est se rappeler que c'est par lui et non par nous-même que nous entrons en contact avec Dieu.
Parce que quand je prie avec mes propres mots, je prie seul. Alors que Notre Père me permet une prière communautaire.
Enfin parce que la prière machinale peut accomplir des miracles. Un collègue me racontait cette histoire. Au chevet d'une dame atteinte de démence sénile, incapable d'entrer en contact avec qui que ce soit, incapable même de fixer son regard, il avait fini par réciter le Notre Père. A ce moment les yeux de la vieille dame ont cessé de divaguer pour le fixer, et une larme a scintillé. Après cette visite, il a appelé la fille de cette dame pour lui raconter l'épisode. Plusieurs jours plus tard, celle-ci le rappelle en pleurant : une fois encore le Notre Père avait eu le même résultat, pour la première fois depuis des mois, un contact avait été établi avec sa mère.
Tout visiteur d'hôpital a sans doute une expérience similaire dans laquelle le Notre Père réveille quelque chose d'endormi, permet un contact. Bien sûr, il n'y a là rien de surnaturel, on doit certainement trouver des anecdotes similaires avec l'Ave Maria dans le catholicisme, une prière musulmane en Islam, ou juive en judaïsme. Et, pourquoi pas, un poème ou une table de multiplication ?
Mais ce que je trouve merveilleux, c'est que Jésus ait ici laissé de côté son opposition au religieux pour répondre à notre faiblesse humaine. Je trouve merveilleux cette réponse faite à une demande critiquable qui vient répondre à un besoin profond : celui de mots qui au delà même de notre intelligence nous relient aux autres.

Comme la fleur des champs...

10 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Esaïe 40, 3-9

Matthieu V, 13 à 16

Service d'annonce de l'Evangile aux personnes en deuil

 

Si Claude m’entendait le comparer à une fleur des champs, je suis bien certain que nous aurions droit à son tonitruant éclat de rire.

Et pourtant, s’il avait réussi à nous faire oublier sa fragilité, aujourd’hui, elle nous est rappelée douloureusement.

Et c’est douloureusement que résonne pour nous ce verset : L’herbe se dessèche, la fleur se fane quand le souffle du SEIGNEUR passe dessus. Mais si ce verset est douloureux, il nous permet justement d’exprimer cette douleur, notre incompréhension et peut-être même notre révolté…

Bien sûr nous ne croyons pas que Dieu a été à l’origine de la maladie de Claude. Bien sûr nous ne croyons pas à un dieu qui fait mourir. Nous croyons en Dieu, notre Père, qui est puissance de vie. Mais cette foi ne nous rend pas la mort moins cruelle. Elle nous la rend juste un peu plus incompréhensible, plus inacceptable : « Alors, quoi ? Il était impossible de garder Claude contre ce cancer ? Il était impossible de l’en guérir ? Pourquoi la maladie et la mort sévissent-elles toujours ? Je n’ai pas de réponse à cette question Je sais juste que nous avons le droit de la poser, nous avons le droit de dire notre révolte et notre refus.

Et je sais aussi que cette révolte ne m’empêche pas de croire que la Parole de Dieu dure éternellement et que c’est une parole de fidélité et d’amour.

Et cette parole d’amour et de fidélité a enveloppé, enveloppe et enveloppera Claude tout entier. Ainsi, elle libère notre mémoire, elle nous permet la reconnaissance et l’espérance.

 L’être humain est comme la fleur des champs ? Est-ce qu’on aime la fleur des champs pour ses pétales et malgré ses feuilles ? Pour ses couleurs et malgré sa fragilité ? Bien sûr que non. Et de même, je pense qu’il est faux de dire que l’on aime quelqu’un pour ses qualités et malgré ses défauts…

Claude était entier, c’est le moins qu’on puisse dire ? Alors pourquoi devrions nous morceler sa mémoire ? Aujourd’hui, c’est le temps du souvenir et nous pouvons nous souvenir du mauvais comme du bon ! N’essayons pas de faire un Claude idéalisé : il ne ressemblerait pas à celui que nous aimions. Rappelons nous de sa force, de son dynamisme, de sa joie de vivre de son humour et de sa générosité. Rappelons nous aussi de ses exagérations, de ses emportements, de ses maladresses et de ses obstinations ! Entre coups de cœur et coups de gueule, c’est bien là le Claude que j’aimais ; Et je peux m’en souvenir ainsi, tout entier, car j’en ai l’assurance, c’est ainsi, tout entier, qu’il est aimé de Dieu

 Et surtout, c’est ainsi, tout entier, qu’il a été, toute sa vie, appelé et conduit par Dieu. « Que les hommes voient les bonnes œuvres que vous faites et qu’ils louent  votre Père qui est dans les cieux » Nous avons évoqué la vie de Claude, ses engagements. Ne nous y trompons pas : c’est bien Dieu qu’il faut en louer. C’est Dieu qui a ainsi donné un sens et une portée à la vigueur de Claude, c’est Dieu qui l’a poussé. Et nous pouvons nous en souvenir avec reconnaissance parce que c’est justement en s’engageant, en servant que Claude était heureux. Mais être reconnaissant, ce n’est pas seulement dire merci c’est aussi recevoir l’enseignement de cette vie de service.

Claude n’était pas parfait mais c’est dans cette imperfection qu’il a été appelé et cela signifie qu’il en va de même pour nous : nous ne pouvons pas refuser d’entendre l’appel au service et au témoignage que Dieu nous adresse en prétextant nos incompétences ou nos faiblesses. Nous ne pouvons pas nous dégager en disant : Je ne sais pas faire » ou « J’ai trop mauvais caractère » ou que sais je encore. C’est tout entier, dans ce que nous sommes que nous sommes appelés. Et cela, Claude le savait, plus encore, il le vivait. Et aujourd’hui, c’est à notre tour. Je reprochais parfois à Claude d’oublier dans son engagement qu’il n’était pas seul, que d’autres s’engageaient aussi et que tout n’allait pas s’arrêter si lui ne faisait plus les choses… Aujourd’hui, vous tous qui l’avez côtoyé, en paroisse ou dans différents mouvements, je vous le demande, donnez-moi raison. Donnez moi raison parce que c’est ce que Claude aurait voulu. Donnez moi raison parce que c’est là que vraiment nous honorerons sa mémoire : en faisant nôtre cette leçon d’engagement qui nous a été donnée à travers lui. 

Souvenir, reconnaissance, engagement. La parole de Dieu qui dure éternellement nous permet tout cela, mais elle nous ouvre également à l’espérance. La mort déjà est vaincue : elle ne nous enlève ni nos souvenirs, ni notre amour. Elle ne met pas un terme aux engagements. Mais, parce que nous croyons que la parole de Dieu est une parole de vie et qu’elle dure à toujours,  nous croyons en une victoire plus décisive encore. Nous croyons que le jour viendra où la mort sera anéantie, ou les morts se relèveront. Nous croyons que nous retrouverons Claude, un Claude bien sûr libéré de son mal, un Claude apaisé. Pour certains d’entre nous, cette espérance brille comme un feu de joie, pour d’autres, elle est plus floue, plus ténue. Mais que cette espérance nous anime aujourd’hui.

Frères et sœurs,

Ce temps de deuil est bien sûr un temps de chagrin. Mais qu’il soit aussi un temps d’espérance, un temps de souvenir et un temps d’envoi. C’est ainsi que nous reconnaîtrons tout ce qui nous a été donné à travers Claude.

Amen.

L'ile flottante de Proust

7 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Maintenant, je ne peux plus rien faire. Il ne me reste que des souvenirs et les derniers sont très beaux
Jacqueline G. Quelques jours avant sa mort


Nous ne l'appelions ni mamie, ni mémé, ni grand-mère. Elle était Jacqueline. Tout simplement. Tout simplement, l'expression la défini bien...Dans le grand appartement de la place Carrière, la vieille dame ne prenait certes pas beaucoup de place mais elle aimait que l'appartement soit plein, elle aimait accueillir et c'était un plaisir. menue, discrète, elle n'était pas éffacée pour autant. Si elle laissait son mari sous le feu des projecteurs, elle savait aussi lui rabiasser parfois son caquet, ainsi que celui de ses petits-fils, une capacité de sarcasme qui pouvait sembler dure par contraste avec son image de grand mère gateau. Et pour tout dire, je l'ai vu au moins une fois injuste poussée par son amour pour les siens. Mais je n'ai pas besoin qu'elle ait été une sainte pour l'aimer. elle était bien mieux que ça : elle était ma grand mère et pour moi, pour chacun d'entre nous elle a merveilleusement tenu ce rôle...
La veille dame ne prenait pas beaucoup de place mais j'ai peur du vide qu'elle laisse dans l'appartement  de la place Carrière. Pourtant, pas de révolte avec ma tristesse, Jacqueline est morte, rassasiée de jour. Moi, j'aurai bien pris une ration supplémentaire, mais dans mon coeur pas de vide, seulement des souvenirs, épais et chauds comme des pulls tricotés maison.