Miettes de théologie

En route, et souviens-toi

28 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 février 2010

I Corinthiens XI, 23 à 26

Exode XII, 36 à XIII, 16

 

Cette fois, ça y est, l’Egypte est vaincue, Pharaon laisse partir les hébreux,et c’est un peuple tout entier qui se met en marche. Vers où ? Vers un pays ou coule le lait et le miel.

Mais à l’heure du départ, ce pays, cette terre promise n’est qu’à peine évoquée au détour d’un verset. Normal, pour le moment ce qui compte c’est le départ, la mise en route… C’est vrai que cette mise en route occupe plus de place que l’arrivée : trois fois plus, trois versets. Un grand peuple est parti à la hâte avec tous ses troupeaux.

Bref, dans ce texte de la sortie d’Egypte, le départ et l’arrivée occupent à peine 10%. Si je compte en plus le verset consacré au temps passé en Egypte, à l’endroit que l’on quitte, nous voyons bien que 85% de récit du départ d’Egypte sont consacrés à la manière dont il faudra faire mémoire de ce départ une fois qu’on sera arrivé.

Et je rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas le contexte que ce temps de mémoire a déjà été largement développé dans les deux chapitres précédents.

Parce que c’est un texte de mise en route, il nous protège contre la tentation du conservatisme. Parce que c’est un texte de mémoire, il nous protège contre la tentation de la course à la nouveauté.

 

Le modernisme et le conservatisme sont des tentations humaines, que l’on trouve à bien des niveaux. J’en vois l’expression la plus profonde et la plus absurde sur une étiquette : « Nouveau ! Recette à l’ancienne. » La soif de vivre comme autrefois conjointe à la soif de faire du neuf.

Bien sûr, ces tentations traversent aussi notre manière de vivre l’Eglise. Et je ne ferai pas de hiérarchie entre les deux : elles sont pareillement dangereuses.

Commençons par parler du conservatisme. Après tout c’est celle que l’on attribue le plus souvent aux religions et aux Eglises. L’Eglise n’est-elle pas ce lieu où l’on lit de vieux textes, ou l’on reproduit d’anciens rituels. Combien de nos contemporains voient les religions comme les survivances anachroniques d’une antiquité révolue… Et nous leur donnons parfois raison. On peut difficilement nier qu’il y a une tendance assez forte dans les Eglises à regretter le bon vieux temps, quand il y avait plus de jeunes (des experts pensent d’ailleurs que le premier concile de Jérusalem, après avoir traité la question de la circoncision des chrétiens d’origine païenne, s’est interrogé sur l’absence de jeunes dans les églises), que les pasteurs étaient de vrais pasteurs et qu’il y avait plus de monde au culte. Cela nous fait sourire car nous savons, heureusement rire de nos propres travers, mais je me demande à quel point ce regret du temps passé n’est pas derrière beaucoup de refus de la modernité, plus que de vrais arguments théologiques ou philosophiques.

Bien sûr, cette tentation n’est pas propre à l’Eglise. On retrouve ce mythe de l’âge d’or partout. Il est toujours joli le temps passé, ironisait Brassens. A la fin de sa vie, il écrivait : « le passéiste ».

         Eh bien face à cette tentation de nous enfermer là où nous sommes, de refuser que les choses changent, la Bible nous invite au départ. Elle nous ouvre un horizon, une promesse. Elle nous dit que tout commence quand nous nous mettons en route. Et que tout meurt, tout s’arrête lorsque la femme de Loth se retourne, lorsque le peuple hébreu regrette le bon vieux temps où on était en Egypte… Le changement nous fait peur, c’est ce qui nous rend profondément, viscéralement conservateur. Il est plus facile d’enjoliver hier que d’imaginer demain, on risque moins d’être déçu… Mais voilà, notre Dieu nous invite au départ…

 

         Alors, allons de l’avant, mettons-nous en route, du passé faisons table rase, changeons tout. Et voila que se profile l’autre tentation, tout aussi forte, tout aussi dangereuse, celle du modernisme à tout crin, de la course à la nouveauté. Il faut faire du neuf, il faut faire de l’inédit. Si c’est du jamais vu, c’est forcément bien. On trouve ce culte de la nouveauté à tout crin dans nos Eglises également. Tout ce qui compte c’est que ce soit original. Le problème c’est que nous y perdons notre esprit critique puisque toute critique vient forcément d’un esprit rétrograde qui refuse le changement. Nous passons de « On a toujours fait comme ça, donc c’est forcément bien » à « on a jamais fait ça, donc c’est forcément bien ». Est-ce vraiment un progrès ?

Et pire encore, nous sommes tellement à la recherche d’inédit que nous oublions de regarder ce qui a déjà été fait, de vois si de vieilles recettes ne seraient pas transposable aujourd’hui (sans que nous nous sentions obligés de les étiqueter comme « nouvelles »).

A force de toujours chercher la nouveauté, ne risquons-nous pas de perdre ce qui nous relie à cette Parole qui nous est transmise d’âge en âge, de génération en génération ?

 

Notre but est-il de répéter sans cesse une litanie ronronnante et tellement connue qu’elle nous berce comme un vieux refrain ? Notre but est il de trouver des formules qui passent aujourd’hui, le choc des mots ? Ou bien notre but est-il d’être témoins aujourd’hui d’une Parole qui retentit depuis l’aube des temps.

         En ce jour d’assemblée générale, au moment où nous allons évoquer l’année passée, faire des projets pour l’avenir, nous devrions réentendre ce commandement qui nous permet de relier le passé et l’avenir sans être captif d’aucun des deux. « Souviens toi »

 

« Souviens toi » parce que finalement ces deux tentations sont celles de l’amnésie. Le conservatisme s’invente un passé, ce qui revient à oublier celui qui a vraiment été. Souviens toi mais souviens toi de quoi ?

 Souviens toi que c’est ton Dieu qui a main forte t’a fait sortir du pays d’Egypte où tu étais esclave. Souviens toi de la mort et de la résurrection du Christ pour toi. Souviens toi que ton Dieu est ton Père, ton Sauveur et ton libérateur.

         Oui souvenons-nous de cela à lorsque nous élaborerons des projets, lorsque nous évoquerons des souvenirs, lorsque nous discuterons à propos du chauffage, des finances et de nos projets. Souvenons-nous de cela lorsque nous construisons notre vie d’Eglise, souvenons-nous que notre Eglise ne jaillit pas de nos projets, de nos réalisation mais de ce que Dieu fait pour nous. Souvenons nous que notre Eglise n’est pas une charge pour nous mais un cadeau qui nous est offert. C’est Dieu qui fait rassemble ce peuple divers de toute nationalité, de toute catégorie sociale, de tout âge que nous sommes.

Et puis, ne sombrons pas dans l’amnésie dès que nous passerons les portes de ce temple. Mais à chaque moment de notre vie, au milieu de nos joies et de nos peines, dans nos temps de paix et dans nos temps d’affrontement, dans nos colères et dans nos amertumes, souvenons nous de notre Dieu qui nous libère, qui nous garde, qui donne un sens à notre vie.

 

Mon frère, ma sœur, mets toi en route et souviens toi.

 

Amen

Eclaircie et illumination

27 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

C’est dans la lecture de la bible et dans son étude que je vis ma spiritualité. Plus encore que dans mes temps de prière, c’est là, que je sens et que je vis la présence de Dieu dans ma vie.

Ces jours-ci, je vis des jours de tempête, jours de frustrations et de colère. Rien à voir avec mon ministère pastoral, rien de véritablement grave, un bête souci administratif. Sans doute plus tard, traverserai-je de vraie tempête et percevrai-je que ce n’était rien de plus qu’un petit grain, un peu de houle

Mais cet appel à la raison n’y fait rien, je suis furieux, frustré, triste, rageur. Cela me prend de la disponibilité et de l’énergie, cela empiète sur mon ministère comme sur ma vie familiale. Pour pas grand-chose.

Et puis, hier en plein milieu d’une étude biblique, une éclaircie, un sentiment de paix. Je n’ai rien oublié du problème que nous traversons, je l’ai simplement vu avec des yeux neufs, des yeux de liberté. J’ai vu le positif de la situation, j’ai pu la relativiser et surtout, surtout, alors que la  ne s’agissait plus de vaincre ou de prendre une revanche, il s’agissait d’agir librement, dans l’amour.

Le problème reste posé. On verra le moment venu quelle en sera l’issue (rien d’insurmontable de toute façon). Et pour tout dire, en moi continue la lutte entre la rage et l’approche aimante et confiante, entre le péché et la libération, un combat très concret : continuer à éplucher un dossier, en quête de failles, d’éléments qui m’assurent que la loi est pour nous, ou sortir de cette spirale de colère, cesser de ruminer, avoir des lectures, des échanges, des pensées qui me nourrissent au lieu de me blesser… Le choix devrait être tellement évident et il est si dur,  au dessus de mes forces en tout cas.

Et malgré ce combat, malgré ma faiblesse, malgré ces chaînes de colère qui continuent à peser, je sais déjà que mon étude d’hier ne m’a pas offert une oasis, une brève respiration avant de retourner dans le chaos du réel, encore moins une évasion (quand je veux m’évader, je prend une bédé (et c’est pas spécialement efficace)). Je sais déjà que c’est le contraire, la vérité de ma vie n’est pas dans la tempête que nous traversons, elle est dans la paix qui m’est donnée.

La Bible ne m’a pas fait oublier le problème, elle ne m’a pas donné la solution, elle a simplement changé mon regard. Non, pas au passé. Elle change mon regard.

Le refuge

24 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

LE-REFUGE.jpg

Je ne suis pas certain que François Ozon soit un affreux réac. Donc, ça doit être moi.

En effet, si Ozon filme Mousse, ex junkie enceinte qui essaye de se reconstruire après la mort par overdose de son petit ami, avec une tendresse certaine, il la filme sans rien édulcorer. Et sans doute mon ressenti (je vais éviter de dire mon jugement) vient-il de moi, et non de lui.

Elle est belle, Mousse, c'est une fille "sympa et polie", une fille cool. Dans les années 80, on aurait dit "une frangine".  Mais aussi belle, aussi attachante soit-elle, avec sa grande soif de tendresse et de liberté,c'est un personnage que je trouve profondément triste, pitoyable même. Justement parce qu'elle est cool, parce que tout semble être égal, le sexe, la drogue, l'enfantement sont des actes aussi neutres que servir un café. Et je trouve ça triste, tout comme je trouve triste ce refus de l'engagement au nom de l'indépendance.

J'ai beaucoup aimé le film. Seulement voilà, je suis un affreux réac. Ozon nous filme un joli portrait de femme, une belle histoire de fragilité et je n'y vois que la profonde tristesse d'une fuite qui ne trouvera nul refuge. Parce que ce n'est pas un refuge qui manque aux Mousse, c'est un point d'ancrage par lequel ils ou elles laisseraient le monde l'atteindre, le sentiment profond qu’ils ont leur place dans ce monde et que cela implique une responsabilité…

Une marque sur la porte

21 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

ali-baba.jpgPrédication du 21 février 2010

Matthieu XI, 28 à 30

Apocalypse VII, 9 à 17

Exode XI, 1 à XII, 36

 

Durant la Pesah, la Pâques juive, le repas de Seder est un repas extrêmement ritualisé. On voit bien à quel point l'Exode est mis en scène dans ce repas. Tout est fait pour rappeler ce que fut cette nuit fondatrice de la sortie d'Egypte. Chaque élément est représenté, l'amertume de l'esclavage avec les herbes amères, les plaies d’Egypte, la hâte du départ avec les pains azymes, le départ lui-même. Tous les éléments sauf un. La marque de sang tracée sur les linteaux des portes.

En effet, comme le montrent les question des enfants « pourquoi cette nuit est elle différente des autres nuits ? » et le récit qui leur répond, le rituel de Pâques a un but commémoratif, on se rappelle, en la jouant, cette sortie d'Egypte mais cette sortie reste un évènement passé. Elle a eu lieu une fois pour toute : il n'est plus nécessaire de se protéger de l'exterminateur en traçant une marque sur sa porte. Si le rite devait être protecteur, les portes se teinteraient à nouveau de sang. Mais non, en célébrant Pâques aujourd'hui, les juifs ne se protègent plus, ils se rappellent cette nuit au cours de laquelle leurs pères se sont protégés. Le rituel exprime une libération mais il ne libère pas, c’est Dieu qui libère.

 

Et pourtant cette marque sur la porte est l'aspect du récit qui frappe le plus mon imagination enfantine. D'une part parce qu'elle est très visuelle et surtout parce qu'elle est doublement saugrenue.

Saugrenue tout d'abord parce qu'elle est nécessaire. Ainsi donc, le Dieu omniscient et tout puissant n'est pas capable de savoir où habitent les membres de son peuple. Il est aussi dépourvu de sens de l'orientation que le chef des brigands qui fut obligé de faire une marque à la craie sur la maison d'Ali Baba pour la retrouver dans le dédale des rues de Bagdad.

Et le parallèle avec l'histoire d'Ali Baba me permet de souligner l'autre incongruité de cette marque qui va, pour les hébreux, faire la différence entre la vie et la mort. Dans l'histoire d'Ali Baba, quand la servante d'Ali Baba, la rusée et dévouée Morgiane voit la marque sur la maison de son maître, il lui suffit, pour perdre les brigands, de tracer une marque semblable sur toute les portes alentour. Ainsi le signe distinctif se caractérise par sa faiblesse. Pensez donc : juste un peu de sang sur une porte pour faire la différence entre égyptiens et hébreux, entre la mort et la vie. C'est un peu léger, non ?

 

Parce qu'elle est saugrenue, cette marque est significative. Elle l'est pour le peuple hébreux bien sûr, elle l'est aussi pour nous, chrétiens puisque l'Apocalypse nous enseigne que nous sommes au bénéfice d'une marque semblable, le sang de l’agneau qui lave les tuniques des élus ne peut qu’être une référence pascale. Oui, le crucifié de Golgotha, comme la trace de sang sur la porte des maisons des hébreux est pour nous un signe d’appartenance et une protection. Et c’est une marque tout aussi dérisoire : un agneau à l’abattoir, un innocent crucifié, voilà donc notre forteresse.

 

         Il est évident que nous sommes dans le récit mythique : Dieu n’a pas besoin d’une marque qui distinguerait les maisons de ses élus de celle des autres. Cette marque n’est pas pour Dieu, elle est pour nous. Et le fait même de nous rappeler qu’une marque distinctive est nécessaire pour nous différencier  des autres est un enseignement.

         En effet, les chrétiens comme les juifs, ont parfois tendance à lire leur foi comme une preuve de leur supériorité. Je pense à ces grands raisonnements qui visent à prouver l’existence de Dieu et finalement à démontrer la bêtise ou le manque de logique de ceux qui n’y croiraient pas. Je pense à l’argument qui fait découler la morale de la foi. Les athées seraient donc amoraux voire immoraux, alors que nous chrétiens, nous devrions être des gens biens. Mais si nous étions à ce point plus intelligent et meilleur que les autres, alors nous nous distinguerions par nous même, nous n’aurions pas besoin d’une marque distinctive.

         Mais voilà que Dieu nous donne un signe d’appartenance qui n’est pas manifeste dans notre comportement mais sur le montant de nos portes, sur notre tunique, une marque d’identité qui n’est pas inscrit dans nos gènes mais dans le sang d’un autre. Le sang de l’agneau nous rappelle que notre identité la plus importante, celle de fils et de filles de Dieu, ne se trouve pas en nous mais qu’elle nous est donnée, elle vient de l’extérieur et elle est extérieure à nous. Par cette marque, Dieu nous revendique comme siens. Nous n’avons pas à devenir ou à être, nous recevons ce que nous sommes. Nous sommes accueillis par notre Dieu et cela transforme notre vie. Nous sommes accueillis par notre Dieu et cela facilite quand même beaucoup notre appartenance, n’est ce pas ? Nous devrions y songer lorsque nous demandons aux autres de s’intégrer : il est plus facile de s’intégrer, de se sentir appartenir à un groupe lorsque l’on y est accueilli.

 

         J’en viens à la seconde saugrenuité, la fragilité et la faiblesse de cette marque qui est à la fois signe distinctif et protection. Un peu de sang sur une porte, le nom d’un innocent crucifié, voilà comment Dieu identifie et garde ses élus. C’est un peu léger, non ?

Pensez à toute l’énergie que nous déployons pour nous protéger. Pensez à nos systèmes d’alarme, à nos dispositifs anti-vol, pensez à nos assurances diverses, pensez aux principes de précaution que nous mettons en place  dans l'espoir de nous protéger. Je fais partie des gens inquiets, des froussards ou des anxieux pourrait-on dire. Mais comment ne pas éprouver un profond sentiment d’absurdité quand on en vient à interdire les vieilles luges en bois sur certaines pistes. Comment ne pas voir à quel point nos sécurités nous emprisonnent.

Eh bien, bénis soit notre Dieu qui nous protège sans nous enfermer dans une forteresse qui ressemblerait à une prison. Bien sûr, il ne nous garde pas de tout danger, de tout problème, mais il nous assure que toujours il sera à nos côtés, que rien ne nous séparera de lui.

Pensez à la complexité des débats sur l’identité, aux difficultés que certains peuvent rencontrer pour faire reconnaître leur identité. Pensez aux carcans que peuvent devenir parfois notre identité, quand on nous catalogue, comme homme ou femme, vieux ou jeune, intellectuel ou manuel, ce que nous sommes bien sûr mais alors que nous sommes tellement plus.

Et voilà que notre Dieu nous donne une identité véritable, une identité qui nous relève et nous fait vivre, une identité dont la marque est légère, une identité qui nous libère. Il nous appelle son peuple, il nous appelle ses fils et ses filles et pour cela, il ne nous demande ni passeport, ni ascendance ni conditions particulières, il ne contrôle pas nos antécédents. Il ne nous demande pas d’adhérer à des dogmes établis une fois pour toute, il ne nous demande pas de sacrifier à des rituels compliqués Il nous prend simplement pour siens, il nous invite à la vie.

 

Frères et sœurs,

Elle est fragile et folle notre marque d’appartenance : un innocent crucifié. Elle est fragile et folle notre forteresse : l’affirmation que ce crucifié est vivant. Et c’est dans cette folie, dans cette fragilité que commence notre marche d’hommes et de femmes libres.

Gainsbourg, une vie héroïque

18 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

gainsbourg.jpegRassurez-vous, je ne vais pas faire de Serge Gainsbourg une figure christique. J'aime bien le Gainsbourg d'avant Gainsbarre mais faut pas pousser, le dandisme provocateur, fut-il talentueux, n'a rien à voir avec l'Evangile. Je ne ferai pas non plus de relecture théologique des chansons de Gainsbourg, ni de rapprochement avec la pensée juive.
En fait, ce qui me motive à écrire cette note, c'est le procédé narratif utilisé par Sfar pour nous dépeindre son Gainsbourg. Sfar ne nous propose pas une biographie, ni même une biographie romancée du chanteur. Dans son film se mêlent souvenirs, anecdote connues, secrètes ou inventées, extrapolation et invention pure, imaginaire symbolique (la caricature du juif devenant le démon créateur qui finira par dévorer l'artiste, la tête de chou), interprétation de gestes et de paroles. Sfar joue avec la chronologie, il pratique l'ellipse, projette ses propres questions et préoccupations dans la vie de son personnage. En fait, à bien des égards, le film de Sfarr est une application cinématographique du genre littéraire des évangiles.
Un genre littéraire certes bien loin de la biographie, mais on mesure ici à quel point il permet de comprendre qui fut un individu, sans pour autant prétendre savoir tout de lui.

Relire nos déserts

16 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 desert1-001.jpgL'Éternel entendit le bruit de vos paroles. Il s'irrita, et jura, en disant:   Aucun des hommes de cette génération méchante ne verra le bon pays que j'ai juré de donner à vos pères,

Deutéronome I, 34-35

 Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton coeur et si tu garderais ou non ses commandements. 

Deutéronome VIII, 2

Ton vêtement ne s'est point usé sur toi, et ton pied ne s'est point enflé, pendant ces quarante années.

Deutéronome VIII, 4


Quel sens donner aux quarante années passées dans le désert ? Si les trois réponses données par le Deutéronome ne sont pas forcément en opposition, elles sont tout de même difficilement compatibles entre elles : Dieu a-t-il puni les hébreux en leur imposant d'errer dans le désert ? Les a-t-il éprouvé afin de les rendre meilleurs ? Ou bien les a-t-il gardé pendant cette longue et périlleuse aventure ? Je ne suis pas certain qu'il faille choisir une réponse qui, fatalement, appauvrirait le texte (même si, comme tout le monde, j'ai ma réponse privilégiée). Bien au contraire, que cette multiplicité de réponses, même si certaine nous heurte dans nos convictions actuelles, constitue la richesse du texte biblique. Tout particulièrement si nous nous rappelons que ces trois réponses ont été élaborées bien après les faits. Le même livre présente donc trois relectures du même évènement. La foi ne nous impose pas une réponse toute faite pour expliquer nos traversées du désert, elle nous appelle constamment à les relire, à les comprendre sous un jour toujours nouveau.


Au jour du malheur, réfléchis

Qoeleth VII, 14

L'appel et la pêche

14 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

peche.jpgPrédication du 14 février 2010

Esaïe VI, 1-8

I corinthiens XV, 1-11

Luc V, 1 à 11

 

Buisson ardent, chemin de Damas, l’appel de Dieu évoque chez nous des images spectaculaires. Pourtant et si l’appel était simple comme une partie de pêche ?

 

Les trois textes que nous avons entendus ce matin sont des récits d’appel. Mais un élément lie étroitement le récit de vocation d’Esaïe à celui des premiers disciples dans l’évangile selon Luc, Simon-Pierre et Esaïe réagissent de la même manière : « Je suis un homme pêcheur » « Je suis un homme aux lèvres impures". Face à la gloire de Dieu, Simon Pierre et Esaïe affirment leur limite, leur petitesse d'homme, ils manifestent cette crainte qui est de l'ordre du respect et de l'humilité plus que de la peur.

Mais ce trait commun nous conduit à souligner l'immense différence entre les deux textes. Le prophète voit Dieu se manifester dans le Temple, dans un contexte éminement religieux. En fait, la vision d'Esaïe est une amplification de ce qui est visible dans le Saint des Saints, une pleine manifestation de la gloire qui est symbolisée par l'Arche d'Alliance et les Séraphim.

En revanche, pour Simon-Pierre et les autres disciples, cette manifestation survient dans le cadre de leur travail, au coeur de leur vie quotidienne. Dieu passe de la sphère religieuse à la sphère profane. Ainsi, l'évangile selon Luc témoigne d'un Dieu qui nous rejoint là où nous sommes et non plus d'un Dieu vers lequel il nous faut nous élever par notre pratique religieuse.

 

C'est donc ainsi que va commencer la mission des apôtres, par un appel qui les saisit au beau milieu de leur vie de tous les jours. Luc nous le signale en nous offrant une scène de pêche très vivante et détaillée. On y voit les pêcheurs travailler ensembles pour encercler les poissons de leurs filets, manoeuvre délicate qui demande plusieurs barques agissant de concert et donc une très bonne coordination.

Mais cette description n'est pas seulement un documentaire sur la pêche sur le lac de Génésareth. En plantant son décors, Luc ne se contente pas d'insister sur le quotidien dans lequel les disciples sont appelés, il va aussi nous présenter, à travers la mission qui leur est confiée.

 

En effet, premier constat, Dieu ne nous appelle pas pour notre épanouissement personnel. Quand il se manifeste à nous, quand il éveille notre foi, il nous confie aussi une mission. C'est bien l'expérience qu'ont faite Esaïe, Simon-Pierre, Paul et tant d'autres témoins bibliques : que l'on soit religieux, simple pêcheur, collecteur de taxes, recevoir la bonne Nouvelle, c'est être appelé à proclamer à son tour. "Tu seras pêcheur d'homme"

 

Deuxième constat : cette pêche aux hommes est à l'image de la pêche miraculeuse : Pierre a pêché toute la nuit, il a déployé tout son savoir-faire à la meilleure heure, quand les conditions étaient les plus favorables mais ça a été en vain. Et alors que le moment est passé, alors que la fatigue amoindrit ses capacités, quand il relance les filets à la demande de Jésus, la pêche est prodigieusement abondante.

Notre pêche aux hommes ne dépendra pas de nos compétences, de notre application, des conditions dans lesquelles nous témoignerons de la Bonne Nouvelle. Le succès de notre pêche ne sera dû qu'au vouloir de notre Dieu.

Et pourtant, tout comme Simon Pierre, nous sommes appelés à participer pleinement à cette pêche. La pêche miraculeuse n'est pas la pluie de cailles de la traversée du désert, l'évangile ne nous dit pas que de "tous les côtés du navire, les poissons vinrent à sauter ohé ohé". Pierre et ses associés vont accomplir leurs gestes de tous les jours, ils vont déployer leurs compétences, s'impliquer pleinement dans cette pêche, bref, ils vont travailler.

De la même manière, si le succès de notre annonce ne dépend pas de nous, nous n'en sommes pas moins appelés à fournir un effort, à engager notre savoir-faire. Jésus ne nous appelle pas à nous tenir sur le rivage pour observer le spectacle mais bien à mettre notre barque à l'eau, à jeter nos filets, à travailler.

 

Et, c'est le troisième constat, à travailler comme Pierre et ses associés : ensembles. En utilisant la pêche comme image de notre mission de chrétiens, Jésus nous rappelle que cette tâche à laquelle nous sommes appelés n'est pas un travail solitaire. Pêcher seul, c'est voir la barque chavirer, les filets se briser, les poissons s'échapper. Pêcher seul c'est tout simplement impossible.

Il en va de même de l’annonce et du témoignage. Il faudrait être un géant de la foi et de la spiritualité pour pouvoir annoncer seul face à nos frères et nos sœurs l’amour de Dieu, la vie à laquelle il nous invite. C’est une mission trop lourde, trop immense pour un individu isolé. C’est ensembles que nous serons porteurs d’une bonne nouvelle, c’est ensembles que nous serons témoins de l’amour de Dieu.

Travailler ensemble, c’est faire équipe. Mieux, c’est faire corps ! Cela demande de la coordination, c'est-à-dire de la compréhension mutuelle, de la confiance et donc de la communication. Tout comme Pierre fit signe à l’autre barque, sachons demander de l’aide à nos frères et sœurs en Christ, sachons répondre aux demandes d’aide. Le travail en équipe fait partie du savoir faire que nous sommes appelés à exercer pour l’annonce de l’Evangile

 

Frères et sœurs, réjouissons-nous, notre Dieu nous rejoint dans notre quotidien.

Réjouissons-nous, il nous appelle à déployer notre savoir-faire, nos compétences. Il nous invite à la joie du travail bien fait.

Réjouissons-nous, il nous donne de n’être pas seul mais de travailler en équipe, en communion, en fraternité.

Réjouissons-nous car il nous promet une pêche innombrable, miraculeuse.

Réjouissons-nous et lançons notre barque à la mer : il fait de nous des pêcheurs d’hommes.

Ni une, ni deux

13 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Affiche_Ni1ni2.jpg
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Dixit, du mot inconnu à l'image

10 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

dixitUn des souvenirs que je garde précieusement de mon oncle Olivier, outre son amour pour Brassens, c'est que c'est lui qui m'a appris le jeu dictionnaire (l'amour des mots est sans doute un dénominateur commun entre ces deux choses). Le jeu du dictionnaire consiste à prendre un dictionnaire,  trouver un mot inconnu de tous (le dictionnaire des mots rares et précieux peut s'avérer utile) et à laisser chacun inventer une définition : seront récompensés ceux qui auront trouvé la bonne définition et ceux dont la définition fictive aura attiré des suffrages. Un grand jeu, malheureusement fuit par ceux qui, à tort ou à raisons, doutent de leurs capacités rédactionnelles.

Dixit reprend le principe du jeu du dictionnaire en palliant sa principale difficulté. Ici, il n'est plus question de dictionnaire ni de définition mais de 84 cartes, magnifiquement illustrées. L'émetteur  choisi une carte de sa main, la pose face cachée et lui donne un titre. Chaque joueur va jouer face cachée une de ses cartes qui lui semble pouvoir correspondre au titre. On découvre les cartes rassemblées (après les avoir mélangées, bien sûr), et chacun vote pour celle qu'il pense être la carte de l'émetteur. On sera récompensé aussi bien pour avoir trouvé la bonne carte que pour avoir attiré des suffrages. Tout aussi ludique que le jeu du dictionnaire, plus accessible et les cartes sont merveilleuses de beauté et de poésie. Un petit bijou ludique pour rappeler que l'imagination est à la portée de tous.

(les facebookiens trouverons des exemples d’énigmes ici)

Un douloureux endurcissement

7 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 7 février 2010

Exode X, 1 à XI, 10pharaon.jpg

Apocalypse IX, 1 à 11

 

Jusqu’ici dans notre parcours des plaies d’Egypte, nous avons esquivé ce verset pourtant déjà deux fois : « L’Eternel endurcit le cœur du pharaon ». Puisque il est répété systématiquement pour les trois dernières plaies, le temps est venu de nous y confronter, pour comprendre la révolte qu’il provoque en nous, pour voir ce qu’il nous dit de l’homme et de Dieu.

 

« L’Eternel endurcit le cœur du pharaon », alors même que le texte nous présente un pharaon repentant : « J’ai péché contre le SEIGNEUR, votre Dieu, et contre vous » (Ex. X, 16). Notre tendance naturelle serait sans doute de couvrir Dieu en faisant un procès d’intention au pharaon, en l’accusant d’un faux repentir. Ce serait quand même plus théologiquement correct. Seulement, ce serait aller contre le texte qui annonce bien le projet de Dieu « moi, j’endurcirai son coeur et il ne laissera pas partir le peuple. » (Ex. IV, 21) et en explique la raison « afin que mes prodiges se multiplient dans le pays d’Egypte. » (Ex. XI, 9).

Comme on sait bien que la Bible ne prétend pas nous raconter l’histoire de l’Egypte, que ces textes ne sont pas le récit historique d’événements ayant eu lieu, mais un discours théologique, une affirmation sur Dieu et sa place dans l’histoire d’Israël, nous voici devant un problème. Il serait trop facile d’invoquer la prétendue barbarie de l’Ancien Testament rendant Dieu coupable d’un refus que devait sûrement venir du diable ou de la folle obstination de pharaon. Alors que faire avec ce portrait biblique d’un Dieu qui endurcit le cœur du pécheur afin de mieux le frapper ?

Tout d’abord, le refuser. En effet, je refuse de croire au Dieu qui endurcit le cœur du pharaon pour se faire de la pub.

Mais il convient de bien motiver ce refus. Les premières objections qui nous viennent à l’esprit sont « C’est trop injuste » ou pire « Ce n’est pas gentil ». Et voilà que nous nous faisons juge de Dieu ! Voila que nous plaçons, au-dessus de lui, des valeurs absolues auxquelles il devrait se soumettre. Mais, s’il y a au-dessus de Dieu, un absolu auquel Dieu devrait rendre des comptes, alors Dieu n’est plus Dieu…

Si nous prenons au sérieux la totale souveraineté de Dieu, nous devons renoncer à le juger selon nos critères. Et pourtant, je l’affirme une fois encore : « Je refuse l’idée que Dieu endurcisse le cœur de Pharaon » et j’affirme de plus que nous pouvons, et devons même, refuser cette idée. Pas au nom d’un justiçomètre ou d’un bontéomètre avec lesquels nous pourrions mesurer Dieu mais en nous appuyant sur les modèles de foi que nous donne la Première Alliance : Abraham, Moïse ou même le psalmiste.

Pensez à Abraham intercédant pour Sodome et Gomorrhe : Jamais tu ne ferais une chose pareille (Gen. XVIII, 25), de Moïse intervenant pour le peuple lors de l’épisode du veau d’or : Seigneur DIEU, ne détruis pas ton peuple, ton patrimoine, que tu as libéré dans ta grandeur, que tu as fait sortir d’Egypte d’une main forte ! Souviens–toi d’Abraham, Isaac et Jacob, tes serviteurs. Ne regarde pas l’obstination de ce peuple, sa méchanceté et son péché, (Deut. IX, 26-27). Chacun ose s’opposer à la colère de Dieu non pas en évoquant des valeurs supérieures auxquelles Dieu devrait rendre des comptes, mais plutôt en en appelant à Dieu lui-même. Abraham, Moïse ou le psalmiste ne disent pas à Dieu « Tu ne dois pas faire cela », ils lui disent « Par notre foi, notre confiance en toi, nous savons que tu ne veux pas faire cela, que tu ne le feras pas. »

Il en va de même pour nous. Parce que notre Dieu s’est révélé à nous comme celui qui ne veut pas la mort du méchant mais plutôt sa conversion et sa vie (Ezechiel XVIII, 23), comme celui qui a donné sa vie pour sauver notre vie alors même que nous étions pécheurs (Rom V, 8), nous ne pouvons pas croire qu’il soit le Dieu qui endurcit le cœur du pharaon, qui fait renoncer le méchant à sa conversion. Nous ne prétendons pas juger Dieu mais nous avons la foi, nous avons confiance en son amour, en sa volonté de salut pour nous.

Alors pourquoi le livre de l’Exode nous dit-il que l’Eternel endurcit le cœur du pharaon ? C’est une affirmation anthropologique et théologique.

 

Commençons par le plus évident : ce que ce texte nous dit de l’homme. Pharaon a beau être le méchant de l’histoire, il a beau être le prince de toute l’Egypte, il n’en est pas moins le personnage le plus proche de nous. Si j’en crois les 10 commandements, ou le prince d’Egypte, je ne suis pas le seul dans ce cas : dans l’épisode des  plaies d’Egypte, c’est à lui que nous nous identifions, plus qu’à Moïse. Pourquoi avons-nous une certaine empathie, une certaine compassion pour le pharaon ? Pourquoi cette affinité que nous ressentons pour lui, malgré son entêtement insensé ? Eh bien, sans doute à cause de cet entêtement insensé.

L’endurcissement du cœur du pharaon nous rappelle un élément que Freud prétend avoir découvert (Freud évoquait l’invention de la psychanalyse comme la suite directe de l’héliocentrisme, de l’âge de la terre, de l’évolution des espèces, une découverte qui retirait l’homme du centre du monde), un élément qui est bien présent dans ces pages vieilles de plus de 20 siècles (je préfère ne pas trop me mouiller sur la datation des textes) : nous ne sommes pas aussi maîtres de notre volonté que nous voudrions le croire, nous sommes parfois le jouet de pulsions que nous ne contrôlons pas. Bien sûr, il n’est pas question de dire que nous ne sommes que des marionnettes, pharaon endurcit son cœur, lui aussi, à plusieurs reprises, nous avons un pouvoir de décision. Mais il n’est pas aussi vaste que nous le pensons.

Non seulement il est faux d’affirmer que quand nous voulons, nous pouvons mais il nous faut bien reconnaître que parfois, nous ne pouvons même pas vouloir. Pensez tabagisme ou alcoolisme, bien sûr, mais pour ne pas rester que dans l’addiction pensez à notre course à la consommation, pensez à la pollution, pensez paresse ou peur de l’autre : l’obstination destructrice du pharaon ne nous est pas si étrangère.

C’est peut-être la première leçon de cet endurcissement du cœur de pharaon : même prince d’Egypte, aussi puissant puis-je être, je ne contrôle pas tant ma vie, ni même ma propre volonté que cela.

 

Mais quand même, pourquoi faire de Dieu celui qui manipule Pharaon, pourquoi ne pas attribuer cet endurcissement au diable ou à quelque puissance démoniaque ?

Eh bien, un des aspects positifs du texte, à mon sens, est qu’il nous interdit des questions trop facile à la terrible question du mal, ici, on voit bien que libre-arbitre de l’homme ne peut pas être incriminé puisque précisément, Pharaon ne fait pas preuve de libre-arbitre. Et le diable n’est pas mentionné. L’origine du mal, la question de l’endurcissement de notre cœur, n’est pas une question à laquelle on puisse répondre simplement, et peut-être même pas du tout.

Et puis, ce récit des plaies d’Egypte n’est pas seulement un drame humain, il ne fait pas que nous parler de l’homme, il a une dimension théologique.

L’Exode est très clair : Dieu endurcit le cœur de pharaon afin que l’on voit avec quelle puissance il libère son peuple. Or, on sait l’importance du récit de la sortie d’Egypte pour Israël. L’exode n’est pas à classer avec les autres épisodes de l’histoire d’Israël, c’est el récit de la naissance, je devrais même dire de la création du peuple. Pour bien comprendre ce que ce récit nous dit de Dieu, il faut le prendre dans sa dimension cosmique et le lire comme un récit de création. Le livre de l’Apocalypse ne s’y trompe pas en citant les 8e et 9e plaies : la nuit et les sauterelle renvoient à l’abîme, au néant, à l’incréé.

Et si nous lisons ce récit à l’échelle cosmique : le pharaon représente l’Egypte et donc les forces du néant. Il ne peut pas être victime des forces du néant, il est le néant. Or dans ce récit de création, il n’est pas question de montrer les forces du néant coopérer, aussi légèrement soit-il, à l’acte créateur de Dieu. Il n’est pas question de laisser entendre que l’Egypte aurait laissé sortir les hébreux, que le néant puisse accoucher naturellement de la création. C’est Dieu qui, de haute lutte, fait naître son peuple. C’est Dieu qui arrache la création au néant.

Et cette idée est magnifique par tout ce qu’elle implique. Tout d’abord, loin d’être le grand horloger indifférent, Dieu se bat pour son peuple. Il se bat pour sa création. Il nous veut tellement qu’il se bat pour nous. Et puis, si nous revenons à ce que l’obstination de pharaon nous dit de notre propre obstination, alors ce texte est pour nous une annonce de libération. Quand nous sommes esclaves de pulsions qui nous détruisent, quand notre propre volonté nous trahit, qu’en nous-mêmes nous ne trouvons aucun moyen d’échapper à ce qui nous fait souffrir et mourir, nous savons que le salut nous vient de Dieu seul, même si nous sommes incapables d’y participer.

 

Frères et sœurs, ne craignons pas que Dieu endurcisse nos cœurs comme celui de pharaon. Bien au contraire, lorsque comme le roi d’Egypte, nous nous sommes pétrifiés, plaçons toute notre confiance en Dieu qui combat pour nous, qui ôtera de notre poitrine et nous donnera un cœur de chair. (Ez. 36. 26)

 

Amen

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