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Miettes de théologie

Construire sur le tremblement de terre

27 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Un trou, une pierre roulée, un corps absent. Au fondement de notre foi, il y a un séisme. Mais que peut-on construire sur un tremblement de terre ? Rien. Et c'est sans doute pour cela que plutôt que sur le tombeau vide, nous établissons notre christianisme sur des doctrines (Jésus est le Fils de Dieu...), des convictions (tous les hommes sont frères...), ou des espérances (tous seront sauvés...). Et pourtant aussi riches, aussi bonnes, aussi belles soient-elles, ces doctrines, ces convictions, ces espérances sont sans cesse bousculées, remises en question par l'enseignement de l'homme de Nazareth, roi crucifié, prophète convaincu de blasphème, maître trahis par ses disciples...
Trahison, arrestation, crucifixion. Au fondement de notre foi, il y a une catastrophe. Un trou, une pierre roulée, un corps absent. Au fondement de notre foi, il y a un séisme. Mais que peut-on construire sur un tremblement de terre ?
Rien.
Mais s'agit-il vraiment de construire quand le maître nous prévient que le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête (Mat VIII, 20) ? Le tombeau vide ne nous offre aucune assurance rassurante. En revanche, il ouvre une brèche dans nos certitudes les plus désespérantes.
Que peut-on construire sur un tremblement de terre ? Rien. Mais celui-ci ébranle les plus hautes murailles du désespoir.
Que peut on construire sur un tremblement de terre ? Rien. Mais celui-ci nous ouvre la perspective de nouveaux départs.

Nous avons un rêve...

25 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Un 4 avril 2008 !

Le 4 avril prochain, nos églises protestantes commémoreront l’assassinat du pasteur Martin Luther King. Sa vie fut conforme à l’interprétation qu’il donnait à l’Evangile. Il témoigna de l’amour de Dieu, jusqu’à en donner sa vie. Lui et de nombreux autres à sa suite, s’inscrivirent dans l’obéissance à Jésus-Christ. Ils proclamèrent, par leurs actes et leurs paroles, ce qui pour eux est le centre de l’évangile : la justice. 
Rappelant les paroles des prophètes, que ce soit Amos ou Michée, proclamant les paroles du Christ du sermon sur la montagne, Martin Luther King est les siens rendirent évident qu’il n’y a pas de justice sans respect de la dignité de chaque être humain.
Cette démarche de lutte pour la justice et la dignité, nos églises ne veulent pas l’oublier.
C’est ainsi que régulièrement nos synodes émettent des vœux rappelant la situation de détresse que les collaborateurs de la Cimade découvrent dans les centres de rétention administratifs.
Certes, le temps de la commémoration rend vivace la mémoire et évite l’oubli. Mais n’est-il pas venu le moment pour nos églises de témoigner de notre espérance par des paroles qui se font chair ? Ne pouvons-nous pas, à notre tour et dans le sillage de Martin Luther King, porter des actions symboliques qui rappellent le sens profond de notre engagement de chrétien ?
Lors de notre dernière pastorale, plusieurs collègues considéraient qu’il est de notre responsabilité de témoigner de la parole de Dieu dans le monde. Etre responsable, n’est-ce pas répondre de Dieu devant les hommes ? Et lorsque des lieux ou des lois bafouent la dignité et le respect que l’on doit à tout être humain, comment ne pas les dénoncer ?
Aujourd’hui, des hommes, des femmes, des enfants sont enfermés parce qu’ils demandent des papiers qu’ils n’ont pas à notre pays. Ils ne sont ni criminels, ni dangereux, mais simplement sans patrie.
Notre compréhension de la justice et de la dignité nous empêche de croire que l’on peut enfermer un être humain, combien même serait-il étranger, s’il n’a pas été condamné pour des faits répréhensibles. Mais surtout, nous faisons nôtre cette parole de Dieu, qui pour nous devient un principe moral : « quand un étranger viendra s’installer chez vous, dans votre pays, ne profitez pas de lui. Au contraire, vous agirez avec lui comme avec quelqu’un de votre peuple. Vous devez l’aimer comme vous-mêmes ». Lv 19.34-35 (traduction Parole de Vie)
C’est au nom de cet amour de Dieu ou tout simplement de ce respect que nous comptons agir.
Nous souhaitons agir en nous rassemblant ce 4 avril 2008 devant le centre de rétention de Oissel. C’est avec la force de nos prières que nous contesterons l’injustice qui sévit derrière ces murs.

« Vous êtes mort, quand vous avez refusé de vous dresser pour la bonne cause.
Vous êtes mort, quand vous avez refusé de vous dresser pour la vérité.
Vous êtes mort, quand vous avez refusé de vous dresser pour la justice. » Martin Luther King

Pr Eric George, Pr Olivier Putz, Pr Andrew Rossiter.

Il était mort. Il a été vu vivant.

24 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 23 mars 2008 (dimanche de Pâques)
Matthieu XXVII, 50 à 54 et XXVIII, 1 à 15
I corinthiens XV, 1 à 11

Où naît le christianisme ? A Bethlehem ? Dans une étable, sur le mont Golgotha ? Sur une croix, non loin de Jérusalem, devant un tombeau vide ? Paul nous dit que c’est en Galilée et ailleurs, partout où les disciples, les amis, et même un opposant au rabbi de Nazareth vont faire une expérience extraordinaire…

Avec son tremblement de terre et ses morts qui sortent de la tombe pour se promener dans Jérusalem, avec son ange foudroyant, brillant de lumière qui vient rouler la pierre, Matthieu nous offre le plus spectaculaire des récits de Pâques. Sans toutefois nous monter Jésus Christ en train de ressusciter. Et ce refus de montrer la résurrection est, si j’ose dire, flagrant : dans les autres évangiles, lorsque les femmes arrivent au tombeau, tout est accompli. Mais dans Matthieu, Marie de Magdala et Marie la mère de Jacques et de Joseph voient l’ange qui descend du ciel, elles le voient rouler la pierre mais elles ne voient pas Jésus en sortir. C’est seulement en chemin que Jésus viendra à leur rencontre.
Bref, même pour le plus démonstratif, la résurrection de Jésus dépasse la perception humaine. D’ailleurs, avec tous ces prodiges dont il est aisé de nier la réalité historique : si effectivement les morts étaient sortis de leurs tombeaux pour se promener dans Jérusalem, on en aurait entendu parler par d’autres sources, Matthieu nous raconte toute cette mort et cette résurrection comme un temps en dehors du temps, un jour et une nuit en dehors de l’histoire. Il faut d’ailleurs noter que selon Matthieu, à part de nombreuses femmes, aucun disciple n’a assisté à la mort de Jésus. Et c’est encore des femmes qui sont les témoins de la résurrection. Femmes que Paul ignore totalement dans son énumération des témoins du ressuscité. Alors bien sûr on peut s’indigner de la misogynie de ce sale macho de Paul, mais ce serait oublier que cette misogynie est celle de son époque : le témoignage d’une femme n’est pas un témoignage recevable.
En faisant des femmes, les seuls témoins « croyants » de la mort et de la résurrection de Jésus, Matthieu place cette mort et cette résurrection dans un temps à part. Son récit n’a pas pour but de dire ce qui s’est réellement passé mais bien de porter un discours théologique sur l’événement. C’est pourquoi, nous ne devons pas être gênés par ces prodiges que tout le monde aurait du voir et dont personne ne parle.
D’ailleurs notre foi ne repose pas sur les ténèbres qui recouvrent la terre, sur le voile du sanctuaire qui se déchire ou sur les morts sortant de leur tombe pour aller se promener dans Jérusalem. Notre foi repose sur le moment précis ou l’évangile de Matthieu nous appelle à rejoindre l’histoire : « il vous précède en Galilée». Ce n’est pas devant la croix ou en explorant le tombeau vide que les 11 verront le ressuscité, mais en retournant en Galilée, c'est-à-dire à leur propre vie. « C’est là que vous le verrez » : et c’est bien avec cette apparition du vivant que commence le christianisme : C’est ce qu’affirme Paul : Il a été vu par Céphas, puis par les Douze. Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois ; la plupart sont encore vivants et quelques–uns sont morts. Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres. En tout dernier lieu, il a aussi été vu par moi l’avorton.
Il a été vu, je préfère cette traduction littérale de ofth à « il est apparu ». En effet, dans le contexte religieux, le vocabulaire de l’apparition évoque toute sorte d’image qui ici n’ont pas lieu d’être. « Il a été vu ». Le passif est ici important : ils ne l’ont pas vu par leur propres forces, grâce à leur foi, à leur vivacité d’esprit ou que sais-je encore, Paul ne dit pas ils l’ont vu ni je l’ai vu mais « il a été vu ». Ici l’action ne vient pas de celui qui voit mais de celui qui est vu. Il faut de plus souligner que dans le grec du Nouveau Testament, le passif exprime souvent l’action de Dieu. Jésus s’est donné à voir. Certaines traductions disent : « il s’est montré ».
J’ai expliqué pourquoi je me méfiais un peu du terme « apparaître », je dois en revanche lui reconnaître un avantage : il y a dans l’apparition l’idée d’une relation personnelle : ce qui apparaît à l’un n’apparaît pas forcément à l’autre. Or, pour ceux qui connaissent bien l’évangile de Jean ou qui se souviennent de la prédication pascale de 2006, dans son récit du tombeau vide, Jean joue avec les différents synonymes de voir (reconnaître, regarder, observer) et n’utilise oraw que dans la confession finale : « j’ai vu mon Seigneur». Ainsi ce « voir » n’est pas dans le domaine de l’optique mais bien dans celui du regard… Il a été vu par Céphas, puis par les Douze. Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois ; la plupart sont encore vivants et quelques–uns sont morts. Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres. En tout dernier lieu, il a aussi été vu par moi l’avorton. Cette affirmation est d’une simplicité déconcertante : pas de grand effets pyrotechniques, pas d’ange brillant de lumière, et pourtant l’incroyable se produit : celui qui était mort et enterré a été vu, vivant. Par ses amis mais aussi par son ennemi… Et pour ceux à qui il a été donné de voir, cela a tout changé dit Paul : cette grâce n’a pas été vaine.

Mais pour nous ? Pour nous qui ne l’avons pas vu ? Pour nous qui entendons cette proclamation ? Qu’en est-il ? Eh bien, nous croyons… Ce qui ne signifie pas que nous sommes certains, que nous ne nous posons aucune question. Mais ce témoignage, cette proclamation de ceux qui ont vu nous touche, elle nous trouble, nous ne la rejetons pas d’office comme billevesée… C’est déjà beaucoup.
En fait, je crois que c’est de notre situation que parle le récit de Matthieu. En effet cette proclamation nous plonge d’une certaine façon dans les ténèbres : rien n’est clair, rien n’est évident, nous n’avons rien à voir.
Mais avec la proclamation de cette mort se déchire le rideau du sanctuaire, c'est-à-dire la frontière entre l’homme et Dieu. En annonçant un messie crucifié, c'est-à-dire maudit, la proclamation chrétienne renverse l’ordre établis.
Et comme le tremblement de terre qui, selon Matthieu ouvrit les tombes et permit aux morts d’en sortir pour se promener dans les rues de Jérusalem, elle bouleverse notre plus grande certitude : celle d’une mort inéluctable et irréversible.  Nous savons qu’en ce monde, rien n’est certain, exceptés la mort et les impôts. En proclamant qu’ils l’ont vu vivant, les témoins du ressuscité remettent en question la première exception (pour la deuxième, je vous renvoie à Matthieu XVII, 24 à 27). Et cette remise en cause des certitudes les plus absolues ouvre des possibilités immenses. De la Mer Rouge fendue en deux à la pierre roulée, Pâques, c’est toujours l’ouverture d’un horizon

Frères et sœurs : il était mort et il a été vu vivant. Rendons grâce à Dieu pour cette proclamation et qu’elle retentisse pour nous comme un coup de tonnerre, ouvrant nos tombeaux, ébranlant nos désespoirs, faisant jaillir pour tous une espérance nouvelle.

Les disciples face à la Passion

21 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Ce vendredi c'est le récit de la passion dans l'évangile selon Matthieu qui a accompagné notre célébration, en nous poussant à nous mettre à la place des disciples lors de l'arrestation de Jésus.

Ensuite ils vont au mont des Oliviers. Alors Jésus dit à ses disciples : « Cette nuit, vous allez tous m’abandonner. En effet, dans les Livres Saints on lit : “Je vais tuer le berger, et les moutons du troupeau partiront de tous les côtés.” » Jésus ajoute : « Mais, quand je me réveillerai de la mort, je vous attendrai en Galilée. » Pierre lui dit : « Tous les autres t’abandonneront peut–être, mais moi, je ne t’abandonnerai jamais ! » Jésus lui répond : « Je te le dis, c’est la vérité : cette nuit, avant que le coq chante, tu diras trois fois que tu ne me connais pas. »  Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne dirai jamais que je ne te connais pas ! » Et tous les disciples disent la même chose.

"Même s’il faut mourir, je ne te renierai pas..."

Seigneur notre Dieu

Nous te disons merci pour l’enthousiasme et pour l’élan
Merci pour ce mouvement du coeur
Parfois dérisoire, si souvent interrompu.
Merci pour cette volonté d’aller jusqu’au bout
Quand bien même nos forces nous abandonnent en chemin
Quand bien même le chant du coq nous rappelle à l’ordre

Pour notre volonté
D’être fidèle
De te suivre
D’abandonner notre vie,
Pour ce cœur que tu nous donne
Plus grand que nos forces
Pour ce cœur
qui a les yeux plus grand que le ventre
qui veut donner plus que ce qu’il a
Nous te rendons grâce

Jésus arrive avec ses disciples à un endroit appelé Gethsémané. Il leur dit : « Asseyez–vous ici, pendant que je vais prier là–bas. » Il emmène avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée. Il commence à être triste et très effrayé. Alors il leur dit : « Mon coeur est triste jusqu’à mourir. Restez ici, restez éveillés avec moi. » Il va un peu plus loin, il se jette par terre, le front contre le sol. Et il prie en disant : « Mon Père, si c’est possible, éloigne de moi cette coupe de souffrance ! Pourtant, ne fais pas comme je veux, mais comme tu veux ! » Jésus revient vers les trois disciples et les trouve endormis. Il dit à Pierre : « Vous n’avez pas pu rester éveillés avec moi, même pendant une heure ! Restez éveillés et priez pour pouvoir résister quand l’esprit du mal vous tentera. Vous désirez faire le bien, mais vous n’avez pas la force de résister au mal. » Une deuxième fois, Jésus va plus loin, et il prie en disant : « Mon Père, si tu ne peux pas éloigner cette coupe de moi, si je dois la boire, fais que j’obéisse à ta volonté. »  Il revient encore vers les disciples et les trouve endormis. Ils ne peuvent pas garder leurs yeux ouverts. Jésus les quitte, il s’éloigne encore. Et, pour la troisième fois, il prie en disant les mêmes paroles. Ensuite, il revient vers les disciples et leur dit : « Dormez encore et reposez-vous ! C’est le moment ! Le Fils de l’homme va être livré aux pécheurs ! Levez–vous, allons ! Voyez, l’homme qui me livre est arrivé ! »

Vous n’avez donc pas pu rester éveillés une heure avec moi ?

A peine une heure
Et nous manquons de force
Nos paupières se ont lourdes
Nos jambes chancellent
Et nos bras retombent

A peine une heure
Et nous fermons nos yeux
Nos oreilles se font sourdes
Et nous sombrons dans le sommeil
Et nous nous réfugions dans le rêve
Loin de l’angoisse qui meurtrit nos frères et nos sœurs
Loin de la nuit qui pèse trop.

A peine une heure
Et notre enthousiasme est tari
Nos forces sont assoupies…
Nous voulions nous élancer vers toi
A peine une heure
Et voilà que nous dormons.

C’est alors que tu viens à nous
Une fois, deux fois, trois fois
C’est toujours toi qui, dans notre faiblesse, nous rejoins

Pendant que Jésus dit cela, Judas, l’un des douze apôtres, arrive. Il y a avec lui une foule nombreuse de gens avec des armes et des bâtons. Ils viennent de la part des chefs des prêtres et des anciens du peuple. Judas, celui qui livre Jésus, a déjà expliqué à la foule ce qu’il va faire. Il leur a dit : « L’homme que je vais embrasser, c’est lui ! Arrêtez–le. » Judas s’approche tout de suite de Jésus en disant : « Salut, Maître ! » Et il l’embrasse. Jésus lui répond : « Mon ami, fais ce que tu dois faire. » Alors les gens s’approchent, ils mettent la main sur Jésus et ils l’arrêtent.  Un des disciples de Jésus prend son épée. Il attaque le serviteur du grand–prêtre et lui coupe l’oreille. Jésus lui dit : « Remets ton épée à sa place. En effet, tous ceux qui prennent des armes seront tués par des armes. Tu crois que je ne pourrais pas appeler mon Père ? Il m’enverrait tout de suite plus de douze armées d’anges. Mais alors, ce que les Livres Saints disent ne se réaliserait pas ! En effet, ils disent que les choses doivent se passer de cette façon. »  Ensuite Jésus dit à la foule : « Vous êtes venus me prendre avec des épées et des bâtons, comme pour arrêter un bandit ! Tous les jours, j’étais assis dans le temple et j’enseignais, pourtant, vous ne m’avez pas arrêté ! Tout cela réalise ce que les prophètes ont dit dans les Livres Saints. » Alors tous les disciples abandonnent Jésus et ils partent en courant.
 
Celui qui vit par l’épée mourra par l’épée

Bâtons et glaives pour arrêter le criminel
Bâtons et glaives pour défendre le juste
Et l’engrenage s’amorce
Sanglant et meurtrier
Œil pour œil, dent pour dent
Pour une oreille, une oreille
Pour une vie, une vie ?

A la violence répond la violence
Et de cet insensé combat
Seule la mort sort victorieuse

Et voilà que tu te rends
Et voilà que tu te livres
Mettant un terme à la démence
Ouvrant une voie nouvelle

A la trahison répond l’amitié
A la calomnie répond la vérité
A l’oppression la douceur

Le sang de l’innocent n’appelle pas le sang
Le juste se donne sans contrepartie
Dieu renonce à la vengeance
Cette mort triomphe de la violence.

Ceux qui ont arrêté Jésus l’emmènent chez Caïphe, le grand–prêtre. Là, les maîtres de la loi et les anciens sont réunis. Pierre suit Jésus de loin, jusqu’à la cour de la maison du grand–prêtre. Il entre dans la cour et il s’assoit avec les serviteurs. Il veut voir comment cela va finir. Pierre est assis dehors dans la cour. Une servante s’approche de lui et elle lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus, cet homme de Galilée ! » Mais devant tout le monde, Pierre répond : « Non, je ne sais pas ce que tu veux dire ! » Ensuite, il s’en va vers la porte de la cour. Une autre servante le voit et elle dit à ceux qui sont là : « Celui–ci était avec Jésus de Nazareth ! » Encore une fois, Pierre répond : « Non ! Je ne connais pas cet homme, je le jure ! » Un peu plus tard, ceux qui sont là s’approchent de Pierre et lui disent : « Sûrement, tu es un des disciples, toi aussi ! En effet, on le reconnaît à ta façon de parler. » Alors Pierre se met à dire : « Que Dieu me punisse si je mens ! Je ne connais pas cet homme, je le jure ! » Et au même moment un coq chante. Pierre se souvient que Jésus lui a dit : « Avant que le coq chante, tu diras trois fois que tu ne me connais pas. » Pierre sort de la cour et il pleure beaucoup.

Je ne connais pas cet homme

Comme Pierre,
Comme le disciple
Je voulais aller jusqu’au bout
Comme Pierre
Comme le disciple
Je voulais savoir où tout cela mènerait

Mais
Quand l’injustice et le mensonge triomphent
Quand l’innocent est humilié
Roué de coup, écrasé de souffrance
Quand l’espérance est crucifiée, maudite

Comment reconnaîtrais-je mon Dieu ?

Alors, le doute me saisit
Je ne connais pas cet homme
Alors la peur m’étreint
Je ne connais pas cet homme
Alors le désespoir m’envahit
Je ne connais pas cet homme.

Et c’est alors que le coq chante
Et c’est alors que le jour se lève
Sur ma faiblesse et mon manque de courage
Sur l’homme que je suis
Incapable d’aller jusqu’au bout
Incapable de l’accompagner jusqu’à la croix
Quand le maître meurt
Le disciple peut-il autre chose que pleurer ?

Les chefs des prêtres et tout le Tribunal religieux cherchent une fausse raison d’accuser Jésus, pour le condamner à mort. Mais ils n’en trouvent pas. Pourtant, beaucoup de faux témoins viennent dire des mensonges contre Jésus. À la fin, deux hommes arrivent et ils disent : « Cet homme a dit : “Je peux détruire le temple de Dieu et le reconstruire en trois jours.” » Alors le grand–prêtre se lève et il dit à Jésus : « Tu ne réponds rien ? Qu’est–ce que ces gens disent contre toi ? » Mais Jésus se tait. Le grand–prêtre lui dit : « Au nom du Dieu vivant, je te demande de répondre : Est–ce que tu es le Messie, le Fils de Dieu ? »  Jésus lui répond : « C’est toi qui le dis. Mais je vous l’affirme, à partir de maintenant, vous verrez le Fils de l’homme assis à droite du Tout–Puissant. Il viendra sur les nuages du ciel. » Alors le grand–prêtre déchire ses vêtements et dit : « Il a insulté Dieu ! Nous n’avons plus besoin de témoins ! Vous venez d’entendre l’insulte ! Qu’est–ce que vous en pensez ? » Ils lui répondent : « Il doit mourir. » Alors ils crachent sur le visage de Jésus et ils le frappent à coups de poing. D’autres lui donnent des gifles en disant : « Messie, devine ! Dis–nous qui t’a frappé ! Le matin, de bonne heure, les chefs des prêtres et les anciens du peuple décident tous ensemble de faire mourir Jésus. Ils le font attacher, ils l’emmènent et le livrent à Pilate, le gouverneur romain. On amène Jésus devant Pilate, le gouverneur. Le gouverneur l’interroge en lui disant : « Est–ce que tu es le roi des Juifs ? » Jésus lui répond : « C’est toi qui le dis. » Ensuite, les chefs des prêtres et les anciens accusent Jésus, mais il ne répond rien. Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tout ce qu’ils disent contre toi ? » Mais Jésus ne donne aucune réponse à ce qu’ils disent, et le gouverneur est très étonné. À chaque fête de la Pâque, le gouverneur a l’habitude de libérer un prisonnier, celui que la foule veut. À ce moment–là, il y a un prisonnier célèbre. Il s’appelle Jésus Barabbas. Les gens se sont rassemblés, et Pilate leur demande : « Je vais vous libérer un prisonnier. Qui voulez–vous : Jésus Barabbas ou Jésus qu’on appelle Messie ? » En effet, Pilate sait bien qu’ils lui ont livré Jésus par jalousie. Pendant que Pilate est assis au tribunal, sa femme envoie quelqu’un pour lui dire : « Ne t’occupe pas de l’affaire de cet homme innocent ! Cette nuit, dans un rêve, j’ai beaucoup souffert à cause de lui. » Les chefs des prêtres et les anciens poussent la foule à demander Barabbas et à faire mourir Jésus. Le gouverneur leur dit : « Je vais vous libérer un prisonnier. Lequel des deux voulez–vous ? » Ils répondent : « Barabbas ! » Pilate leur demande : « Qu’est–ce que je vais donc faire de Jésus qu’on appelle Messie ? » Tout le monde répond : « Cloue–le sur une croix ! » Pilate leur dit : « Qu’est–ce qu’il a donc fait de mal ? » Mais ils se mettent à crier encore plus fort : « Cloue–le sur une croix ! » Pilate voit qu’il n’arrive à rien, et l’agitation est de plus en plus grande. Alors il prend de l’eau et il se lave les mains devant la foule en disant : « Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme. C’est votre affaire ! » Tout le peuple lui répond : « Nous acceptons d’être responsables de la mort de cet homme, nous et nos enfants ! » Alors Pilate leur libère Barabbas. Il fait frapper Jésus à coups de fouet et il le livre aux soldats pour qu’ils le clouent sur une croix. Alors les soldats romains emmènent Jésus dans le palais du gouverneur. Ils rassemblent toute la troupe autour de lui. Pour se moquer de lui, ils lui enlèvent ses vêtements et lui mettent un habit rouge.  Ils tressent une couronne avec des branches épineuses et la posent sur sa tête. Ils lui placent un roseau dans la main droite. Ensuite, ils se mettent à genoux devant lui et ils se moquent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Ils crachent sur lui et ils prennent le roseau pour le frapper sur la tête.  Quand ils ont fini de se moquer de Jésus, ils lui enlèvent l’habit rouge et lui remettent ses vêtements. Après cela, ils l’emmènent pour le clouer sur une croix. Quand les soldats sortent de la ville, ils rencontrent un homme de Cyrène, appelé Simon. Ils l’obligent à porter la croix de Jésus. Ils arrivent dans un endroit appelé Golgotha, ce qui veut dire « Le lieu du Crâne ». Ils donnent à boire à Jésus du vin mélangé avec un liquide amer. Jésus le goûte et il ne veut pas en boire. Ensuite, les soldats le clouent sur une croix. Ils tirent au sort pour savoir qui aura ses vêtements. Puis ils les partagent entre eux,  et ils s’assoient là pour garder Jésus. Au–dessus de sa tête, il y a une pancarte, elle indique pourquoi il est condamné. On a écrit : « C’est Jésus, le roi des Juifs. » Les soldats clouent aussi deux bandits sur des croix à côté de Jésus, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche.
Les gens qui passent par là secouent la tête et ils insultent Jésus en disant : « Tu voulais détruire le temple et le reconstruire en trois jours. Eh bien, si tu es le Fils de Dieu, sauve–toi toi–même et descends de la croix ! » Les chefs des prêtres avec les maîtres de la loi et les anciens se moquent de Jésus. Ils disent : « Il a sauvé les autres, mais il ne peut pas se sauver lui–même ! C’est le roi d’Israël ! Maintenant, il n’a qu’à descendre de la croix, alors nous croirons en lui. Il a fait confiance à Dieu. Eh bien, si Dieu l’aime, il n’a qu’à le sauver maintenant ! En effet, cet homme a dit : “Je suis Fils de Dieu.” » Même les bandits qu’on a cloués sur des croix à côté de Jésus l’insultent de la même façon. À partir de midi, il fait nuit dans tout le pays jusqu’à trois heures de l’après–midi. Vers trois heures, Jésus crie très fort : « Éli, Éli, lema sabaktani ? » Cela veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as–tu abandonné ? » Parmi ceux qui sont là, certains l’entendent et disent : « Il appelle Élie ! » Aussitôt, l’un d’eux part en courant. Il prend une éponge et la trempe dans du vinaigre. Il met l’éponge au bout d’un roseau et la présente à Jésus pour qu’il boive. Mais les autres disent : « Attends ! Nous allons voir si Élie vient le sauver ! » De nouveau, Jésus pousse un grand cri et il meurt.  À ce moment–là, le grand rideau qui est dans le temple se déchire en deux morceaux, depuis le haut jusqu’en bas. La terre tremble, les rochers se fendent. Les tombes s’ouvrent, et les corps de beaucoup d’amis de Dieu, qui étaient morts, se réveillent.  L’officier romain et les soldats qui gardent Jésus avec lui voient que la terre tremble. Ils voient aussi tout ce qui se passe. Alors ils ont très peur et ils disent : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Beaucoup de femmes sont là, elles regardent de loin. Elles ont suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir. Parmi elles, il y a Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. C’est le soir, un homme riche arrive. Il est de la ville d’Arimathée et s’appelle Joseph. Lui aussi est disciple de Jésus. Il va voir Pilate, le gouverneur, et lui demande le corps de Jésus. Alors Pilate commande de lui donner le corps. Joseph le prend et l’enveloppe dans un drap neuf. Il met le corps dans la tombe qu’il vient de faire creuser pour lui–même dans le rocher. Ensuite, il roule une grosse pierre pour fermer l’entrée de la tombe, et il s’en va. Marie de Magdala et l’autre Marie sont là, assises en face de la tombe.


Beaucoup de femmes étaient là...

Trahis, renié, abandonné des siens
Il n’est pourtant pas mort seul.

Eternel notre Dieu
Nous te rendons grâce
pour ces femmes qui étaient là
Nombreuses
Témoins sans valeur
Et pourtant fidèle

Merci pour la persévérance qui demeure
Lorsque la bravoure s’évanouit
Merci pour la compassion
Lorsque la force virile s’éparpille
Merci pour ces regards de douceurs
Merci pour cette présence
A l’heure où les ténèbres recouvrent la terre
Merci pour ces femmes,
Sentinelles d’humanité et d’espérance,
Qui déjà annoncent le matin du premier jour.

La foi : source vive de la musique de Bach

18 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Bach.jpgUne présentation de la musique de Bach par un paroissien, à l'occasion d'un concert au temple d'Evreux
La musique est originellement sacrée. Chantée ou instrumentale - dès les origines, l’homme invente les instruments les plus divers et les plus ingénieux pour émettre des sons (instruments à percussion, vents ou cordes), la musique est dans les sociétés primitives ou anciennes un moyen de communication avec Dieu, très souvent accompagnée de la danse, en forme d’intercession pour implorer sa clémence ou de louanges pour magnifier sa puissance. Elle émane du fond de l’homme, exprime sa joie ou sa douleur dans une communauté d’expression qui la rend compréhensible et accessible par tous. C’est peut-être l’art le plus ancien. Le chant est ainsi la voix de l’homme dans sons élan vers Dieu, mais, on peut le penser aussi, par un juste retour des choses, inspiré par Dieu et divin par essence. Ne parle-t-on pas du «divin Mozart » et qui d’entre nous, n’a pas dans le cours de sa vie, essuyé une larme à l’écoute d’une œuvre qui l’a ému au plus profond de lui-même.

L’œuvre de Bach J.S.Bach - 1694-1758 - (Vivaldi - 1678-1741) se nourrit de façon analogue. L’ardeur de la foi qui l’inspire d’un bout à l’autre de sa vie anime son œuvre dès ses premières compositions jusqu’à sa Messe en Si mineur qui la clôt en 1749, quelques années avant sa mort, accablé par la perte progressive de la vue, puis la cécité totale due à l’intervention malencontreuse d’un  charlatan qui fera perdre la vue à son tour a Haendel une dizaine d’année plus tard.

Il écrit lui-même :
«La musique : une harmonie agréable célébrant Dieu et les plaisirs permis de l’âme.»
«Le but de la musique devrait n’être que la gloire de Dieu et le délassement des âmes. Si l’on ne tient pas compte de cela, il ne s’agit plus de musique mais de nasillements et beuglements diaboliques.»
Peut être vous souviendrez vous de la prière de Marie après l’Annonciation, puis la Visitation, cette louange humble de la servante de Dieu. Bach en a fait l’une de ses œuvres magistrales dans son « Magnificat » qu’il faut sans cesse réécouter pour entendre le cœur de sa foi battre à l’unisson de celui de Marie - Lc 1.46 à 55 - « Je magnifie le Seigneur, je suis transportée d’allégresse en Dieu, mon Sauveur «

Aujourd’hui nous avons d’abord écouté de la Passion selon Jean composée pour le vendredi saint de l’année 1724 l’air « ich folge Dir gleichfalls » air de soprano - félicité, bonheur, confiance - qui s’insère immédiatement après le récitatif relatant la condamnation de Jésus par Caïphe et avant le triple reniement de Pierre. Il illustre la volonté de l’homme de suivre Jésus, même si, trop faible, à l’instar de Pierre, il n’y parvient pas
je te suivrai également d’un pas joyeux
et je ne t’abandonnerai pas
Ma vie, ma lumière
commande la marche
Et n’aies de cesse
de me tirer, de me pousser, de me prier
je te suivrai pareillement
et puis va suivre, tiré du Dogme en musique écrit pareillement à Leipzig, mais plus tard, en 1739 le choral «  Dies sind die zehn heil’gen Gebote »- voici les 10 commandements -, d’abord exposé sous la forme d’une introduction constitutive du choral, suivi d’une courte fugue, en tous les cas si on veut bien en croire le titre de « fughetta ». 

A titre de conclusion, ce concert illustre l’importance de la Réforme dans la création musicale, peut-être le seul domaine où les protestants peuvent se targuer d’avoir contribué à l’embellissement du monde
(Sans prétendre être un spécialiste, c'est oublier un peu vite Rembrandt, Van Gogh, sans même parler de la littérature protestante (Note du Blogeur)). C’est au point qu’il existe des départements de musique liturgique protestante au sein des Académies, comme à Munich où il est dirigé par l’actuel chef de chœur de Radio France, Michael Gläser.

Claude Braillard

 

Où il est capital de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche

13 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

J'avais lu l'info sur le net, trouvé différents commentaires, on en a reparlé entre collègue mais avant de faire un commentaire ici, j'attendais de trouver une traduction de l'interview de Mgr Girotti pour savoir ce qu'il en était de ces "nouveautés sur la liste des péchés". J'aurais pu disserter sur les différence entre Evangile et morale sur le Péché et les péchés, j'aurais pu aussi m'étonner de que l'Eglise catholique ait attendu 2500 ans après Amos pour découvrir que l'injustice sociale était contraire à la volonté de Dieu. Mais bon, je voulais le texte. Et au bout du compte, j'ai bien fait d'attendre. Parce que, visiblement, les médias ont une fois de plus fait du sensationalisme à partir d'un fait banal : pas de nouveaux péchés mais simplement un rappel que le chrétien est invité à s'interroger sur la dimension  sociale de chacun de ses actes...
De toute façon, j'ai plein d'articles en retard...

Petite histoire du christianisme

8 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

petitehistoire.jpgCet ouvrage s'adresse à tous et propose à chacun de mieux comprendre autrui. Nous vourrions que le lecteur chrétien de cet ouvrage comprenne mieux les anticléricaux ; que le lecteur athée, musulman, taoïste... comprenne ses contemporains chrétiens. De même nous souhaiterions que le lecteur catholique que la doctrine de la prédestination a ses raisons et le lecteur protestant que celle ru purgatoire a un sens ; à l'un et à l'autre, nous voudrions rappeler que le christianisme orthodoxe a gardé sa vitalité après le XIème siècle.
Jean Baubérot
Saviez-vous que le christianisme fut un facteur d'amélioration de la condition fémnine ? Que stricto sensu, le catholicisme est né après le protestantisme ? Que le pentecôtisme américain et l'infaillibilité pontificale ressortent de la même attitude ? C'est un pari un peu fou : résumer 2000 ans d'une histoire mondiale en moins de 80 pages. Et c'est un pari gagné. Peut-être la partie sur l'époque des Lumières est elle un peu confuse ; peut-être le christianisme oriental est-il moins développé que le christianisme occidental ; mais tout y est et si l'ouvrage est dense il n'en reste pas moins très abordable et clair. En nous racontant histoire du christianisme sans esprit d'apologétique ni de destruction, Jean Baubérot vient éclairer pas mal d'épisodes un peu flous dans nos esprits, corriger un certain nombre d'idées fausses. J'hésite néanmoins à parler d'objectivité : Jean Bauberot est protestant et j'ai l'impression que cela transparait dans son livre. Non pas que le protestantisme bénéficie d'un traitement de faveur, mais je suis tellement à mon aise dans cette lecture d'un christianisme dont la diversité et les débats internes et externes sont la richesse et la force, que je ne peux m'empêcher de penser qu'un historien catholique, avec la même honnêteté et la même rigueur, aurait lu les choses un peu différement...
Quoiqu'il en soit, que vous soyez catho, parpaillot, agnostique, athée ou autre, la Petite histoire du christianisme est un livre à lire. Et comme il ne fait que 76 pages (j'ai parlé d'un livre de plus de 100 pages moi ces temps-ci ? Il serait peut-être temps que je m'y remette... L'historienne et Drakula, ça compte ?), vous n'avez aucune excuse pour ne pas vous y mettre. Et comme on le trouve dans tous les Relay, à votre prochain voyage en train, plutôt que  SAS ou le dernier Marc Levi, découvrez le christianisme... Dans la même collection : les petites histoires du boudhisme, du judaïsme et de l'Islam. Je vous reparlerai quand je les aurai lues. En esperant une petite histoire de l'athéisme.

Souffrir c'est être en vie ?

3 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

undefinedVoici le canevas avec lequel j'espère susciter le débat lors de notre café biblique sur la souffrance. Une reprise des discussions et de mes interventions devrait suivre d'ici quelques jours.

Face à la douleur : expliquer ?

Les réponses des amis de Job


Ca ira mieux demain…
Mais toi, si tu recherches Dieu, si tu supplies le Puissant, si tu es sans reproche, si tu es droit, maintenant même il veillera sur toi et il rétablira ton domaine de juste ; ton commencement semblera peu de chose, ta fin sera bien plus grande.
Job VIII, 5-7
Dieu te met à l’épreuve mais tiens bon

Ainsi donc, heureux l’homme que Dieu avertit ! Ne rejette pas l’instruction du Puissant ! Car c’est lui qui blesse et qui panse ; il fracasse, et ses mains guérissent. Six fois il te délivrera de la détresse, sept fois le malheur ne t’atteindra pas.
Job V, 17 à19
Dieu te punit pour tes fautes, corrige-toi et tout ira mieux

Accorde–toi avec Dieu, je t’en prie, et tu auras la paix ; par là, ce qui te reviendra sera bon. Reçois de sa bouche l’enseignement, je t’en prie, et mets ses paroles dans ton cœur. Si tu reviens au Puissant, tu seras rétabli, tu éloigneras l’injustice de ta tente.
Job XXII 21-23

Laquelle de ces réponses vous paraît-elle la meilleure ? ou la plus acceptable ? Y en a-t-il une qui vous semble inacceptable ?
Après que le SEIGNEUR eut dit cela à Job, le SEIGNEUR dit à Eliphaz le Témanite : Je suis en colère contre toi et tes deux amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi correctement, comme l’a fait Job, mon serviteur.
Job XLII, 7
Que pensez-vous de la colère de Dieu contre ceux qui furent pourtant ses avocats face au cri de souffrance et de révolte de Job ?
En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les oeuvres de Dieu se manifestent en lui !
Jean  IX, 1 à 3
Que pensez vous de la question des disciples ? Est-ce une question que nous nous posons encore aujourd’hui ? Peut on donner un sens à la souffrance ? Quelle est l'attitude de Jésus face à la souffrance ?

Accompagner la souffrance
Ils s’assirent avec lui par terre, pendant sept jours et sept nuits ; personne ne lui dit un mot, car ils voyaient que sa douleur était très grande.
Job II, 13
Qu’exprime ici le silence ?

Dire sa souffrance

Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et ce qui manque aux détresses du Christ, je l’achève dans ma chair en faveur de son corps qui est l’Eglise
Colossiens I, 24 
Peut-il manquer quelque chose aux souffrances du Christ ? Comment comprendre cette affirmation de Paul ?
Si je parle, ma souffrance n’est pas soulagée ; si je cesse de parler, comment s’en irait–elle loin de moi ?  Maintenant, hélas ! il m’a épuisé… Tu as semé la dévastation dans toute ma communauté.  Tu m’as creusé des rides qui témoignent contre moi, ma maigreur se lève et m’accuse en face. Sa colère me déchire et s’attaque à moi, il grince des dents contre moi. Mon adversaire aiguise ses regards sur moi. Ils ouvrent toute grande leur bouche contre moi ; pour m’outrager, ils me frappent les joues, ils s’attroupent tous contre moi. Dieu me livre à la merci d’un gamin, il me jette aux mains des méchants. J’étais tranquille, et il m’a secoué, il m’a saisi par la nuque et m’a brisé. Il m’a redressé pour lui servir de cible. Ses projectiles m’atteignent de toutes parts ; il transperce les profondeurs de mon être, il n’épargne rien, il répand ma bile sur la terre.  Il a ouvert en moi brèche sur brèche, il court sur moi comme un guerrier.  J’ai cousu un sac sur ma peau ; j’ai plongé ma corne dans la poussière. Mon visage est assombri par mes pleurs ; une ombre de mort est sur mes paupières.
Job XVI, 6 à 16
Celui qui souffre peut-il donner un sens à sa souffrance ?

La souffrance de Dieu
Dieu souffre-t-il ?

Noé (3) Au pied de l'arc en ciel

2 Mars 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

arc-en-ciel.jpgPrédication du 2 mars 08
 
Matthieu V, 1à 12
Exode XX, 1 à 17
Genèse VIII 20 à IX, 17

Nous voici donc à la sortie de l’arche, au terme du déluge. Trois éléments marquent cette fin du déluge : un sacrifice, une loi, un arc-en-ciel. Prenons-les dans le désordre : un arc en ciel, un sacrifice, une loi.

« Voici, j’ai mis mon arc dans la nuée ». Les rabbins se sont posés l’importante question de savoir s’il y avait eu des arcs en ciel avant le déluge. Et, à cette question apparemment sans intérêt, ils ont eu cette réponse que je trouve tout à fait éclairante : il y  avait des arcs en ciel avant le déluge mais ce n’étaient alors que de simples phénomènes météorologique. Depuis le déluge, le croyant peut voir dans l’arc en ciel le signe, le rappel de l’alliance de Dieu avec l’humanité. Ainsi, l’arc en ciel sera pour tous un phénomène météorologique éphémère et coloré, pour le rêveur, il sera un rappel des contes de son enfance,  pour l’esprit scientifique, il sera un rappel que la lumière du ciel est formé d’un spectre continu de 7 couleurs (même si la bande indigo est de fait invisible dans l’arc en ciel), pour le croyant, il sera un rappel de l’épisode du déluge et de la promesse de Dieu. Je trouve que c’est une très bonne définition du miracle. Le miracle n’a pas besoin d’être un évènement surnaturel et, quelle que soit sa nature, il n’est signe que pour celui qui le reçoit pour tel. Les rabbins n’ont pas eu un langage mythologique, ils n’ont pas expliqués l’arc en ciel en disant : « ce jour-là, Dieu a créé l’arc en ciel, comme un nœud à son mouchoir, pour ne pas oublier de fermer le robinet après avoir lancé la pluie ». Ils ont dit : « ce texte nous permet de lire dans un phénomène naturel un rappel de la promesse de Dieu : Quelle que soit la méchanceté de l’homme, je ne noierai plus la terre ». L’arc en ciel n’est donc pas un prodige qui prouverait l’existence d’un Dieu magicien, mais pour nous qui croyons, il est le signe d’une promesse : tant que la terre durera, semailles et moissons, froid et chaleur, jour et nuit jamais ne cesseront. (Genèse VIII, 22)
Et pourtant, cette création n’a pas été nettoyée par le déluge, l’humanité qui va recommencer avec Noé n’est pas une humanité purifiée : elle est bien la même qu’avant la pluie : Le cœur de l’homme est porté au mal dès sa jeunesse (Genèse VIII, 21). Dieu ne se fait pas d’illusion sur la bonté de l’homme mais il décide qu’il ne le frappera plus. Qu’y a-t-il à l’origine de cette décision ? Un sacrifice.

Cela signifie-t-il que Dieu, par l’odeur de cet holocauste alléché, se tient à peu près ce langage : « certes l’hommes est porté au mal dès sa jeunesse mais il sait quand même préparer de bon petits plats et ce serait dommage de s’en tirer. » Dieu se laisse-t-il séduire par le fumet d’un sacrifice ? Les prophètes nous prouveront bien qu’il n’en est rien. Dieu, nous le savons, accorde moins d’importance aux sacrifices qu’au cœur de l’homme. Alors, comment le sacrifice de Noé, pousse-t-il Dieu à épargner cette humanité tellement encline au mal ? Peut-être faut-il voir alors ce qu’est ce sacrifice offert par Noé. J’en ai trouvé deux lectures et j’en proposerai une troisième. Et je ne vous demanderai pas de choisir entre les trois, parce que le choix n’est pas nécessaire…
Le sacrifice de Noé est un holocauste, un sacrifice offert en expiation des péchés commis en pensée. Une légende juive raconte qu’en sortant de l’arche et en voyant le monde dévasté, Noé a pensé Comment le Seigneur a-t-il pu agir ainsi sans aucune pitié pour ses créatures ? Dieu lui a alors rétorqué : C’est maintenant que te vient cette idée ? Pourquoi ne m’as-tu pas imploré quand je t’ai ordonné de construire l’arche et que je t’ai  annoncé le déluge ? J’ai attendu ta prière en faveur de tes contemporains mais tu as gardé le silence. Quand tu as su que tu allais être sauvé il ne t’est plus venu à l’idée de prier pour les autres. C’est maintenant, alors que le monde est détruit, que tu deviens bavard ! Le sacrifice est alors offert à Noé pour se faire pardonner son égoïsme. L’homme, enclin au mal, prouve qu’il est capable de  se repentir. Et c’est pour cette capacité au repentir que Dieu l’épargne.
D’autres commentaires voient dans le sacrifice de Noé un geste d’action de grâce. Cette humanité recommencée avec Noé, est toujours aussi mauvaise mais Noé l’inaugure avec le remerciement. L’homme enclin au mal, prouve qu’il est capable de reconnaissance. Et c’est pour cette capacité à la reconnaissance que Dieu l’épargne.
Pour ma part, je pense que si Noé offre ce sacrifice, c’est que les animaux purs sont là… Rappelez-vous que lorsque Noé fait monter les animaux dans l’arche, il prend un couple de chaque espèce mais 7 pour les animaux purs. Pourquoi ces 7 couples ? J’ai longtemps cru que c’était pour une question de ravitaillement. Or la permission de manger de la viande ne vient qu’après le déluge. Si les animaux purs sont plus nombreux que les animaux impurs, ce n’est pas pour que Noé et sa famille puissent en manger quelques-uns mais bien pour qu’ils aient de quoi offrir un sacrifice. Le chiffre 7 qui évoque Dieu en est d’ailleurs un signe supplémentaire. En faisant embarquer Noé, Dieu lui a donné de quoi continuer à offrir des sacrifices. Alors, sommes-nous en train de revenir à ce Dieu gourmand, affamé des graisses des sacrifices que l’humanité lui offre ? Bien sur que non. Mais à cette époque, pour les rédacteurs du textes aussi bien que pour ses lecteurs, la relation avec Dieu passe par le sacrifice. Ainsi, en racontant que Dieu a permis à Noé d’embarquer avec lui, le nécessaire pour des sacrifice, le récit du déluge raconte que non seulement Dieu a préservé cette création corrompue, mais qu’il a également préservé sa relation avec une humanité au cœur enclin au mal. Ainsi, il ne faut pas forcément lire une relation de cause à effet entre le sacrifice et la décision de Dieu de ne plus envoyer le déluge mais on peut également voir dans ce sacrifice et cette décision, deux aspects de cette alliance de Dieu qui nous protège et reste en relation avec nous.

Mais Dieu ne se contente pas de nous affirmer que le déluge n’aura plus lieu. Il ne se contente pas de préserver sa relation avec nous. Il nous donne aussi un code de conduite afin de n’être plus submergé par notre propre violence
Si on la compare au décalogue ou aux béatitudes, les deux autres textes qui sont fréquemment pris dans le christianisme comme textes de loi, la loi noachique a un statut particulier : elle n’est pas une loi religieuse ce qui la distingue du décalogue et elle n’est pas non plus l’invitation au bonheur des béatitudes. Et surtout, c’est une loi qu’il est possible d’appliquer en tout point. Bref, la loi noachique n’est pas une loi qui vise à établir la relation entre l’homme et Dieu, elle ne sert pas à rendre l’homme juste devant Dieu. Elle est donnée à l’homme comme un code de survie.
Elle repose en effet, sur le constat de la violence de l’homme : puisque l’homme est violent dès sa jeunesse, il lui est désormais possible de manger de la viande. Mais à cette concession faite à notre violence (c’est un fait : la vie se nourrit de la mort), Dieu pose des limites : tu rendras des comptes pour la vie de ton frère, et même pour les animaux, tu pourras manger de la chair mais pas avec le sang, c'est-à-dire la vie. Je ne comprends pas cet interdit comme une prohibition du boudin : mais plutôt comme un rappel : tu peux te nourrir des animaux mais n’oublie jamais que tu n’en es pas propriétaire. Tu n’as pas le droit de faire n’importe quoi avec les animaux, tu peux t’en nourrir, tu peux dominer sur eux, mais ils ne sont pas un instrument pour ton plaisir. Il ne s’agit pas seulement ici de loi en faveur des animaux, il s’agit bien de dire à l’homme, la nécessité absolue de poser des limites à son orgueil (tu n’es pas le maître de la création : la vie de la plus humble des créature ne t’appartient pas, aussi fort sois-tu) et à sa violence (la vie doit restée sacrée à tes yeux). Il ne s’agit pas ici de morale ou de vivre selon la foi, mais bien d’une question de survie. Sans le respect de ce code que Dieu nous donne, la création sera à nouveau noyée par notre capacité à malfaire… La loi noachique a une portée universelle, et en la donnant à Noé, Dieu donne à l’humanité la clef de sa survie.

Frères et sœurs. Nous sommes indiscutablement cette humanité dont le cœur est porté au mal, cette humanité dont la violence risque de noyer la terre entière, cette humanité si souvent désespérante. Que ce récit du déluge soit pour nous un arc en ciel au milieu de la pluie, qu’il vienne nous rappeler que nous sommes également capables de repentir et de reconnaissance, qu’il vienne nous dire que nous pouvons poser le respect de la vie comme digue au flot de notre violence. Et surtout, surtout, qu’il nous dise l’amour de Dieu. Dieu qui maintient, coûte que coûte sa relation avec nous. Dieu qui nous promet de changer nos cœurs afin de passer d’une loi de survie à une loi de vie, à une véritable liberté.

Amen