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Miettes de théologie

Perdre, prendre, donner

19 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

C'est du temps perdu. On peut essayer de se persuader que chaque personne qui lira nos panneaux sera éclairée sur la réalité des camps de rétention administrative, nous savons bien que nos cercles de silence n'améioreront pas le sort de nos frères et soeurs enfermés, et que leur multiplication n'a que peu de chance d'infléchir la politique du gouvernement.
C'est du temps perdu, mais, le monsieur qui vient passer 10 minutes avec nous, faisant patienter ses enfants, en est un beau témoignage, c'est du temps pris, pris sur nos occupations, sur la foultitude de choses que nous avons à faire, pris sur notre confort. Nous prenons ce temps parce que même si nous ne savons pas quoi faire, nous n'acceptons pas cette situation où des hommes, des femmes, des enfants sont emprisonnés pour avoir fui la détresse.
Et parce que nous choisissons de le prendre, ce temps que nous perdons devient un don. Un don futile peut-être, insuffisant sans doute, mais un don et non plus une perte.

Perdre, prendre, donner, ce sont trois verbes de riches. Seul le riche peut se permettre de perdre et de donner, et seul le riche a le pouvoir de prendre. Participer à un cercle de silence, c'est mesurer que nous sommes riches de notre temps...


Brûler des livres

10 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

autodafe.jpgUn certain nombre de ceux qui avaient exercé les arts magiques, ayant apporté leurs livres, les brûlèrent devant tout le monde: on en estima la valeur à cinquante mille pièces d'argent.   C'est ainsi que la parole du Seigneur croissait en puissance et en force.

Actes XIX, 19-40

Le pasteur Terry Jones appelle à brûler Le Coran demain.

Première réaction, cet appel n'est pas religieux, la date choisie (le 11 septembre) montre bien que ce geste s'inscrit plus dans ce que le pasteur Jones prend pour du patriotisme que dans le domaine de la foi. Bref, c'est une provocation revancharde bien plus qu'un geste chrétien.

N'empêche que Jones est pasteur et qu'en ce qui concerne les bûchers de livres, de  l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie à cet appel d’un pasteur évangélique en passant les différents autodafés, le christianisme a une ardoise chargée.

Aucun de ces feux ne brille d'intelligence mais ils n'ont pas tous la même signification.

Luther brûlant la Bulle d'excommunication papale, les autodafés sont autant de gestes symboliques : il s'agit plus d'affirmer que la pensée de l'auteur ne vaut rien que d'empêcher la diffusion de cette pensée.

L'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie se situe dans un contexte de persécutions anti-païennes. Alors que l'empereur Théodose multiplie les lois contre le paganisme, interdisant entre autre les célébration païennes, et l'accès aux temples païens, une bande de fanatiques chrétiens décident d'aller plus loin et de brûler tout ce qui se rapporte au paganisme (de quoi réfléchir à ce qui se passe quand un gouvernement ostracise tout un pan de sa population).

Le geste de Jones en reste juste à l'insulte : prendre ce qu'il y a de plus sacré pour les musulmans et le détruire pour venger les victimes du 11 septembre. La réaction haineuse d'un crétin de redneck pour qui tous les musulmans sont des terroristes et donc l'ennemi. Just bullshit.

Le problème, c'est que toutes ces bûchers sont associées à Actes XIX, que ce soient par ceux qui les allument ou par ceux qui veulent y voir la preuve que la bibliopyromanie des chrétiens se trouve bien dans leurs textes fondateurs. Or, dans l'épisode d'Ephèse, c'est par une décision libre (pas forcément intelligente mais libre) que les convertis décident de brûler leurs propres livres. On n'est pas dans une scène de Fahrenheit 451, il ne s'agit pas de tuer symboliquement un auteur ni de déclarer la guerre à une communauté, mais plutôt de manifester un changement radical, une libération. Le seul geste que l'on puisse associer à Actes XIX, c'est l'ancien fumeur qui détruit son paquet de cigarettes, ou l'amoureux déçu qui détruit sa correspondance, pas vraiment un geste intelligent, certes mais en aucun cas un geste offensif.

Si le pasteur Jones est assez ignorant de l'Islam pour voir les musulmans comme dis à vis des ennemis, il aurait au moins pu connaître assez la Bible pour savoir que le commandement de Jésus n'est pas "Brûlez leurs livres" mais "aimez et bénissez"

Pasteurs d'encre et de pellicule (1) Le professeur Wittembach

9 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

ours.jpgA travers des pasteurs de fiction, une petite ballade à la rencontre d'images du protestantisme.

Wittembach, le personnage principal de Lokis, une nouvelle de Mérimée, est un pasteur luthérien envoyé en Lituanie afin d'étudier le jmoude en vue d'une traduction de la Bible.
Bon, le personnage est un vrai rabat-joie, j'aimerais écrire que ce n'est là qu'une image d'Epinal mais il y a sans doute une certaine part de vérité derrière cette austérité et cette intransigeance protestante. J'aurais sans doute l'occasion de revenir sur la question quand je l'aurai un peu décantée, mais ce qui m'intéresse chez le professeur Wittembach, c'est son rôle de traducteur (un rôle qui occupe, dans la nouvelle de Mérimée,plus de place que le déroulement de l'action). En effet, on retrouve là un des fondamentaux (mais pas une exclusivité) du protestantisme, la Bible doit être accessible à tous et donc, elle doit être traduite.
Cela va même un peu plus loin : la Bible ne doit pas seulement être accessible à tous, ce qui n'impliquerait qu'une traduction dans les langues principales, elle doit être accessible à chacun, dans sa langue maternelle. Le professeur Wittembach s'applique à une traduction dans une langue qui n'existe même pas à l'écrit, avec toute les difficultés que cela comporte (retranscription, etc.). Et en vue de cette accessibilité la plus parfaite possible, la traduction n'est pas simplement un travail linguistique, le traducteur doit s'imprégner de la culture de la langue, Wittembach ne restera pas dans son cabinet de travail, il devra voyager jusqu'en Lituanie, parler avec les autochtones, entendre leurs légendes. Le traducteur ne fait pas que transmettre, il reçoit aussi.


- Ne pensez vous pas, Monsieur le comte, qu'une traduction des Ecritures dans la langue de ce pays ne soit très désirable ?
- Assurément ; pourtant, si vous voulez bien me permettre une petite observation, je vous dirai que, parmi les gens qui ne savent d'autres langues que jmoude, il n'y en a pas un seul qui sache lire
- Peut-être, mais je demande à votre Excellence la permission de lui faire remarquer que la plus grande des difficultés pour apprendre à lire, c'est le manque de livres. Quand les paysans samogitiens auront un texte imprimé, ils voudront le lire, et ils apprendront à lire. C'est ce qui est arrivé déjà à bien des sauvages..., non que je veuille appliquer cette qualification aux habitants de ce pays... D'ailleurs, ajoutai-je, n'est ce pas une chose déplorable qu'une langue disparaisse sans laisser de tracs ? Depuis une trentaine d'année, le prussien n'est plus qu'une langue morte. La dernière personne qui savait le cornique est morte l'autre jour...
Enfin, dans ce passage savoureux, se lit la relation étroite entre le protestantisme et l'écriture mais aussi la conviction que toute culture mérite d'être préservée. Ainsi, si la Bible doit être transmise, elle ne doit certainement pas l'être comme un vecteur d'uniformatisation. Il n'est pas demandé au lecteur de s'effacer devant le texte, bien au contraire, il est invité à rencontrer le texte.

Je ne sais pas quelles relations Mérimée entretenaient avec le protestantisme, mais je trouve que son personnage de pasteur/traducteur sonne particulièrement juste et relève bien l'intérêt de cette histoire assez convenue d'ours-garou.

 

Prosper Mérimée. Lokis

Esclavage

8 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

esclavage.jpgPrédication du 11 juillet 2010

Exode XXI, 1 à 11

Philémon

Luc XVII, 21

 

Après le décalogue et l'établissement des autels, les premières règles que Dieu donne à son peuple sont un code de l'esclavage… Ce code de l'esclavage va nous conduire à réfléchir sur nos propres comportements vis-à-vis des autres et sur ce qu'est pour nous le christianisme.

 

L'esclave hébreu a des droits. Tout d'abord, il n'est pas esclave à vie, en tout cas pas si son maître ne lui donne pas envie de le devenir. De plus ces droits s'étendent même à la femme esclave ou, appelons un chat un chat, à la concubine.

L'esclave sera libéré au bout de 6 ans, la concubine ne sera pas maltraitée au profit d'une autre, elle ne sera pas revendue à l'étranger… Heureux sort des esclaves hébreux au milieu de cultures bien plus cruelles et barbares ! Merveilleux début d'humanisme chez un peuple encore brut de décoffrage !

 

Sauf qu'en fait, je ne sais pas quel droit s'appliquait aux esclaves chez les voisins d'Israël. Sauf qu'en fait, ces règles résonnent d'abord pour moi comme des constats douloureux

Premier constat : le peuple libéré de l'esclavage continue à avoir des esclaves ; les anciens esclaves continuent à réduire leurs frères et leurs sœurs en esclavage.

Deuxième constat : ces règles ne s'appliquent qu'aux esclaves hébreux, l'esclave étranger est certainement bien moins protégé.

Deux constats décevants certes - on aimerait trouver dans la Bible un grand souffle anti-esclavagiste, on aimerait que le peuple dont Dieu a brisé les chaînes, brise à son tour les chaînes de ses voisins ou qu'au moins, il n'en forge pas de nouvelles - mais deux constats qui viennent nous rappeler que le monde biblique n'est pas le Neverneverland de Peter Pan, ni l'île aux enfants mais bien notre monde et l'humanité biblique n'est pas une humanité idéalisée mais bien notre humanité avec ses préférences nationales et sa constante tentation de s'approprier l'autre, le réduisant au rang d'objet, une humanité tout à fait prête à infliger à d'autres les souffrances qu'elle a elle-même subie.

    Et parce que la Bible ne nous raconte pas une humanité rêvée, parce qu'elle parle du réel, nous pouvons prendre ce qu'elle nous dit au sérieux. Nous ne sommes pas dans le domaine de l'utopie mais bien dans celui de l'applicable. Cette version du code hébreu de l'esclavage (on en trouve d'autre dans la Bible, le droit hébreux n'est pas figé) nous rappelle que celui ou celle que nous avons assujetti reste un être humain, qu'il a des droits et que nous avons envers lui des devoirs.

 

    Bien sûr, c'est très insuffisant et ils ont raison ceux qui montent sur leur grand chevaux pour condamner la Bible comme un livre qui ne condamne pas l'esclavage. Et le Nouveau Testament pas davantage que l'Ancien. Même dans sa lettre à Philémon, adressée au propriétaire chrétien d'un esclave en fuite, Paul ne se livre pas à une grande envolée pour condamner pas l'esclavage comme institution.

    Mais paradoxalement, ceux qui condamnent ce silence de la Bible sont souvent les mêmes qui ne supporteraient pas qu'on établisse une loi parce qu'elle est biblique… Si je le souligne, ce n'est pas pour conspuer une des nombreuses contradictions des athées militants mais plutôt parce qu'en l'occurrence, ils ont raison et nous permettent de comprendre ce silence.

    Si Paul avait écrit à Philémon : "tu dois affranchir Onésyme" on serait tombé dans la théocratie, ce système de gouvernement dans lequel des hommes prétendent imposer des lois de la part de Dieu. Et même si ces lois s'étaient avérées justes et bonnes, Paul aurait réduit la Bonne Nouvelle à un juridisme. On sait bien, en effet qu'une loi ne peut pas d'un  seul coup transformer mentalité et comportement. Si Paul avait statué sur l'esclavage de manière légaliste, il aurait vraisemblablement interdit d'avoir des esclaves chrétiens. Et cela n'aurait pas été plus satisfaisant pour nous que la protection que l'Exode accorde aux esclaves pourvu qu'ils soient hébreux.

Mais plutôt que d'imposer  une règle  à Philémon, Paul préfère lui rappeler cette  Bonne Nouvelle qu'il a reçue. "Regarde Philémon, regarde  Onésyme, ton esclave en fuite. Regarde-le, en Jésus-Christ, il est ton frère. Regarde ton frère et je sais que tu feras ce qui est juste."

 

Paul applique ainsi cette parole de Jésus : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.    On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.  Le Royaume de Dieu, ce n'est pas quand Paul, ou l'Eglise ou la loi ordonne "fais ceci ou celà", le Royaume de Dieu, c'est lorsque Philémon reconnaît Onésyme comme son frère.

 

Frères et soeurs, que Christ nous conduise à son Royaume, qu'il ouvre nos yeux et nous donne de reconnaître en chacun, notre frère ou notre soeur, et d'agir en conséquence.

 

 

Tamara Drew, une confession du péché so British

5 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Tamara-drew.jpgArborant fièrement son nouveau nez, Tamara Drew revient à dans son village natal, un coin paumé de la campagne anglaise. S'ensuit toute une série de péripéties impliquant des écrivains, une rockstar, un chien, des vaches, des sales gosses. C'est féroce et c'est drôle.
Les personnages sont égoïstes, menteurs, revanchards, lâches ou tout simplement stupides, pas un  pour rattraper l'autre. Et pourtant, et c'est là, le génie du film, aucun n'est tout à fait haïssable. Stephen Frears (ou peut-être Simmonds, je n'ai pas lu la bande dessinée) s'amuse en nous dépeignant  une humanité médiocre et pourtant attachante.
J'aimerais que nos confessions du péché soient empreintes du même humour et du même amour. En effet, le but n'est pas de battre notre coulpe, de nous morfondre en culpabilité ou en haine de nous-même, mais simplement de reconnaître ce que nous sommes. La confession du péché serait alors vraiment le moment où nous serions libérés de notre soif de paraître et de notre orgueil

Autel de passe

3 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

 

autel.jpgPrédication du dimanche 4 juillet 2010

Exode XX 22-26

Romains VIII, 35

Matthieu VI, 5

 

C'est un texte qui nous parait sans doute anecdotique, juste après le célébrissime passage du décalogue… Un texte en tout cas, qui ne nous concerne pas beaucoup aujourd'hui, surtout nous autres, protestants qui avons abandonnés toute idée d'autel et de sacrifice à offrir à Dieu.

Que pourrions-nous bien faire d'un texte qui nous dit comment construire un autel ? Peut-être le garder comme un document archéologique, souvenir d'un judaïsme primitif (au sens de premier)… Mais à part ça…

Pourtant, je voudrais que nous entendions d'abord la logique générale de ce passage qui résume tout le culte rendu à Dieu et puis, que nous nous interrogions sur les autels que nous-mêmes nous nous construisons.

 

C'est des cieux que je vous ai parlé, tu me feras un autel de terre en tout lieu où je ferais rappeler mon nom.

Dieu nous parle du haut des cieux. A la différence des idoles de cette époque, Dieu ne parle pas à partir du lieu qu'on lui a donné, de la statue qu'on lui a bâtie. Il n'a pas besoin d'un lieu de transition géographique pour s'adresser à son peuple. Il y a là une affirmation de la liberté de Dieu qui ne s'assujettit pas à une religiosité humaine à des fabricants d'idoles. Et si Dieu reste libre, c'est pour que nous soyons libres. En effet, puisque Dieu parle du haut des cieux, nul ne sera privé de sa présence parce qu'on lui aurait interdit l'accès à son temples, parce qu'on l'aurait privé de ses statues. Dans l'antiquité, il est courant d'abattre des temples, de dérober des statues pour couper un peuple de ses dieux… Mais il est impossible de séparer le peuple de son Dieu qui l'a fait sortir de l'esclavage. Nul ne peut nous séparer de l'amour de notre Dieu.

Et cela est réaffirmé dans la deuxième partie de l'affirmation : le Dieu qui nous parle du haut du ciel, en toute liberté, nous accorde de pouvoir nous présenter à lui, d'avoir des lieux sur notre terre où nous adresser à lui. Si Dieu parle du ciel, l'homme peut lui construire des autels « en tout lieu où je ferai rappeler mon nom » précise Dieu. C'est bien affirmer que ces autels peuvent être établis n'importe où, à l'initiative de Dieu. Si Dieu le décide ainsi, son peuple peut le rencontrer au plus haut d'une montagne, sur une terre étrangère, dans une prison, dans une décharge même.

Il n'y a pas de lieux dont Dieu serait prisonnier, il n'y a pas de lieux qui lui seraient interdits. Pour certains parmi nous, cela paraît une évidence mais, n'avons-nous pas des lieux, des situations où nous n'osons pas faire appel à Dieu, où nous aurions l'impression de manquer de respect, où nous nous sentons coupé de Dieu. Prenons-nous au sérieux la liberté de Dieu qui est la nôtre : nous sentons-nous si libre que cela de nous laisser rejoindre par notre Dieu, n'importe où ?

 

Dieu à l'opposé des idoles, Dieu qui nous parle, Dieu qui nous rejoint. Ce texte est bien porteur du message biblique, il n'est pas qu'un document archéologique.

Mais tout de même, nous ne construisons plus d'autel. La preuve, ici c'est bien une table de communion que nous avons et nous reprendrions immédiatement toute personne qui commettrait la grave erreur de parler d'autel. Mais laissons là le mobilier. Ne construisons-nous vraiment plus d'autel ? Ne prétendons-nous vraiment jamais nous tourner vers notre Dieu ? Ne prétendons nous jamais lui offrir le fruit du travail de nos mains, les élans de notre cœur ? Même le plus acharné des défenseurs du Sola Gratia, de la grâce seule, même le partisan le plus intégriste d'une vision pessimiste de l'être humain ne saurait le nier. S'élever lui-même vers son Dieu, bâtir des autels donc est une disposition naturelle à l'homme. Et, ici, Dieu fait droit à ce désir. C'est très beau : Dieu tient compte de nos désirs.

Mais en y posant des règles.

Tout d'abord, on vient de le voir : l'initiative reste à Dieu. Ce n'est pas l'homme qui décide de construire un autel puis qui le construit, le taille et le martèle avant que Dieu puisse y venir. Le texte est très clair : interdiction formelle de tailler les pierres de l'autel. Pourquoi ? Pourquoi ne pas attendre que l'autel soit fini pour le consacrer à Dieu et à partir de là et seulement à partir de là, il est sacrilège d'y toucher ? Ce serait tellement plus pratique...Mais il s'agit précisément de se rappeler que l'initiative revient à Dieu, et que là où il fait connaître son nom, l'autel et déjà là.

Et cette initiative qui revient à Dieu implique bien plus que des histoires d'autel de terre ou de pierre

 D'abord, il n'est pas prisonnier des autels que nous lui dressons, il n'est pas obligé d'être là où nous voudrions qu'il soit, là où nous voudrions le mettre. Dieu n'a pas à nous rendre des comptes de ce que nous prétendons faire pour lui. Dieu n'est pas responsable des horreurs commises en son nom. Et nous ne pouvons pas nous poser devant Dieu en disant « Voilà Seigneur, j'ai fait cela et cela pour toi, à toi d'agir pour moi. »

C'est l'enseignement que je perçois à travers la dernière règle relative aux autels : Tu ne monteras point à mon autel par des degrés, afin que ta nudité ne soit pas découverte.  La règle est purement fonctionnelle, triviale même : gravir des marches vêtu d'une tunique, c'est exposer sa nudité. Mais je crois que l'on peut donner à cette règle un sens plus général : en effet, dans la Bible, la nudité de l'homme, c'est sa faiblesse. Lorsque nous essayons de nous élever vers Dieu, marche après marche, étape après étape, nous ne faisons que dévoiler notre faiblesse, notre incapacité à l'atteindre.

 

Frères et soeurs, tous nous essayons toujours de bâtir des autels réels ou symboliques, comme autant d'escabeaux vers Dieu. Et dans son amour, Dieu nous laisse faire. Mais rappelons nous toujours, que ces autels ne nous donnent aucun droit sur Dieu. C'est Dieu qui à l'initiative. C'est lui qui vient à nous.

La rentrée de Calvin

2 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Prières

calvin40.jpgSeigneur qui est la source de toute sagesse et de toute science,
puisqu'il te plaît de me donner pendant ma jeunesse
l'instruction qui me sera utile pour vivre saintement et honnêtement
veuille en même temps éclairer mon intelligence
pour que je comprenne l'enseignement qui me sera donné.

Et puisque tu promets d'éclairer par ta sagesse
et par ta connaissance les petits et les humbles au coeur droit,
tandis que tu rejettes les orgueilleux
pour qu'ils se perdent dans la vanité de leurs raisonnements,
je te demande, ô mon Dieu,
de créer en moi cette véritable humilité qui me rendra docile
et obéissant à toi tout d'abord,
mais aussi à ceux que tu as établis pour m'instruire.

Veuille en même temps disposer mon coeur,
afin qu'ayant renoncé à tous ses mauvais désirs,
il te rechercher ardemment et que mon seul but, ô Dieu,
soit de me préparer dès maintenant à te servir dans la vocation
où il te plaira de m'appeler.
J. Calvin

in Livre de prières. Société Luthérienne. Edition Olivetan

Je

1 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

distributeur.JPG"Bonjour, je suis un distributeur automatique de billets" affiche l'écran du distributeur de je ne sais plus quelle banque de Montpellier.

Non !

Je veux bien que tout s'automatise ; moi-même, j'ai souvent recours aux bornes automatiques pour gagner du temps. Mais, je ne veux pas que, par soucis d'anthropomorphisme, une machine qui n'a aucune conscience d'elle même, me dise "Je". Je ne veux pas qu'on galvaude ce petit mot de deux lettres.

En effet, c'est un pouvoir immense que celui de la subjectivité. J'ai conscience de faire ce que je fais. J'ai conscience de penser ce que je pense. Et j'ai même conscience de n'être pas toujours maître de ma pensée ou de mes actes.

C'est dans ce "je" que je comprends "fait à l'image de Dieu". En effet, ce "je" est une caractéristique essentielle de Dieu, une caractéristique que la traduction de YHVH par l'Eternel, gomme malencontreusement. Dieu est sujet, bien plus que je ne puis l'être. En effet, quoiqu'individu conscient et donc sujet, je reste programmé et donc objet (moins qu'un distributeur automatique, quand même), Dieu est, quant à lui le sujet absolu, sans programmation, ni contrainte. Et c'est ce "je" là qui a choisi de s'attacher à moi. C'est ce "je" là qui m'offre ma liberté.