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Miettes de théologie

Ce que tu as plutôt que ce qui te manque

19 Février 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Marc VI,  30 à 44

 

Lettre de Pierre, l’un des douze, à Nichanor, l’un des sept, chargé du service des tables.

 

Cher Nichanor,

 

Tout d’abord je veux te remercier pour tes services. Sache combien tout ce que tu fais est précieux pour notre communauté. Nous savons que le service des tables, l’intendance, la gestion des biens est important et que ce n’est certainement pas un service mineur

J’entends bien les difficultés dont tu me parles. Depuis la mort d’Etienne et votre dispersion  dans le pays, la générosité de nos frères ne suffit pas toujours, les services sont difficiles à organiser et la gestion, pénible. Je sais combien tu te sens démunis, pauvre et faible…

Tu as certainement déjà entendu les récits de ce jour où notre Seigneur Jésus a nourri une foule immense avec quelques pains et quelques poissons.

Pourtant cette histoire, je veux te la raconter encore. Te la raconter telle que nous l’avons vécu.

C’était un beau soir de printemps, l’herbe était verte encore, et fraîche. Le temps encore doux. C’était un beau soir de printemps, mais nous ne profitions pas vraiment de la douceur du soir ni des premiers reflets roses du crépuscule. Nous étions harassés, épuisés de fatigue. Nous revenions de mission et Jésus avait bien senti notre fatigue et il nous avait proposé de partir à l’écart pour nous reposer, mais partout, les foules nous suivaient. Nous avions même repris les bateaux pour aller plus loin encore, mais la foule nous avait suivi. Et Jésus s’était laissé émouvoir et il les enseignait. Et comme toujours, ses paroles étaient fécondes, riches, réconfortantes et personne ne voyait le temps passer. Et le soleil descendait à l’horizon. C’est Jacques qui m’a fait un signe et j’ai compris son inquiétude. Le maître parlait et le soir tombait. Qu’allait faire cette foule ?

Alors, j’ai osé interrompre le maître pour lui suggérer de renvoyer les foules. Il a souri : « donnez leur vous-même à manger ». C’était de la folie, même avec deux cent pièces d’argent, nous n’aurions pas eu assez pour nourrir la moitié de cette foule. Et même si nous avions eux ces deux cent deniers, où aurions nous trouver assez de pain à acheter ?Nous n’avions pas assez de nourriture, pas assez d’argent, pas assez de temps, pas assez de forces…

Nous avons dit à Jésus qu’il nous demandait l’impossible. Mais il nous a ordonné « allez faire l’inventaire de ce que vous avez ». Cinq pains et deux poissons. Ce n’était rien. Mais il nous a commandé : « installez la foule ». Je ne t’apprendrai pas, Nichanor, combien il est difficile d’organiser un repas, de pousser les gens à s’installer pour mettre en place une distribution. Alors, tu imagineras sans peine combien de temps cela nous a pris pour organiser des groupes de 100 et de 50, les déranger dans leurs discussions, les faire patienter, les empêcher de se disperser. Ah, il ne suffisait pas d’agiter une clochette en  criant « A table »…

Et pendant ce temps-là, Jésus ne chômait pas non plus. Il partageait le pain et les poissons, encore et encore. Et il nous les donnait afin que nous le distribuions jusqu’à ce que tous soient nourris. Comme tu l’imagines, le repas à duré tard et à la fin, vraiment, nous étions sur les rotules.

Trop fatigués même pour nous émerveiller : avant le repas, nous avions 5 pains et deux poissons à nous partager, après, il nous restait un plein panier chacun…

 

Mais vois-tu, Nichanor, ce que je garde de cette journée, c’est beaucoup plus qu’un panier de pain et de poisson, beaucoup plus même que le souvenir de 5000 hommes rassasiés, beaucoup plus que la fatigue sereine du service accompli. Ce que je garde de cette journée, c’est qu’alors que nous comptions nos manques, nos faiblesses, nos limites, et que ce bilan nous paralysait, Jésus, lui, nous a demandé de regarder ce que nous avions. Et à partir de cela, il nous a envoyés.

Nichanor, mon ami, mon frère, quand tu es appelé au service, ne regarde pas ce qu’il te faudrait, ce qui te manque, regarde plutôt ce que tu as.

Et pour ce qui est du manque, aie confiance, Dieu qui s’en occupera…