Miettes de théologie

Lettre à mon gendre agnostique

30 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

 Pour lui expliquer la foi chrétienne

 

L'expression Institution Chrétienne est un oxymore, une contradiction dans les termes. L'Eglise est à la fois nécessaire et impossible. Il n'y a rien de pire qu'une Eglise sûre d'elle-même et qui n'est pas chaque jour consciente de la contradiction qui la fonde.

A Nouis

 

Je dois avouer qu'en tant que père, je n'ai pas encore la maturité d'Antoine Nouis. Pour le moment, l'idée d'un futur gendre, agnostique ou non, suscite un réflexe qui est plus du type "un coup de boule, une mandale, un coup de latte et lui faire bouffer des clous" que du type"lettre ouverte". Mais Yaël n'a pas encore 10 ans et j'ai le temps de mûrir.

Ceci posé, le livre de Nouis a tout pour me plaire : sur moins de 100 pages, une présentation de la foi chrétienne qui n'est pas une énumération de dogmes mais plutôt une ouverture sur une lecture bien particulière du monde, lecture profondément guidée par l'étude de la Bible.

Bien sûr, je peux débattre avec certains passages de cette lettre ouverte, mais une présentation de la foi chrétienne telle qu'aucun chrétien ne pourrait la discuter me paraîtrait la pire des apostasies.

Quiconque aimerait en savoir plus sur une manière chrétienne de voir le monde devrait lire le courrier de Thomas.

 

Antoine Nouis : Lettre à mon gendre agnostique pour lui expliquer la foi chrétienne. Labor et Fides 2010

Night and day

19 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

knight-and-day-movie-review.jpgVous connaissez sans doute l’histoire de ce cavalier qu, dans la nuit et le brouillard, avait traversé à cheval le lac de Constance gelé. Arrivé sur l’autre rive, il s’effondra de frayeur en apprenant d’où il venait. Telle est la situation de l’homme quand le ciel s’ouvre, que la terre s’éclaire et qu’il nous est donné d’apprendre : « vous êtes sauvés par la grâce ». Nous ressemblons alors à ce cavalier effrayé. Car, n’est ce pas, quand on entend cela, on regarde involontairement en arrière et l’on se demande : où étais-je ? Au-dessus d’un abîme, dans le plus grand danger de mort ! Qu’ai-je fait ? La chose la plus insensée ! Qu’en était-il de moi ? J’étais un homme fini et maintenant sauvé, un rescapé qui n’y comprend rien.

Karl Barth. Prédication du 14 août 1955

 

Tom Cruise m'agace (sans doute ses appartenances religieuses y sont elles pour quelques choses (mais curieusement, Travolta m'agace moins)). En revanche, je suis, comme chaque fois sous le charme de Cameron Diaz... Night and Day reprend un thème assez classique : James Bond rencontre madame Tout-le-monde. Le cahier des charges est respecté : gags, romance et action spectaculaire. Le spectacle est convenu mais plaisant.

Pas vraiment de quoi proposer une relecture théologique, hormis une petite astuce très sympa : des moments clefs  (fuite d'une île en hélicoptère, sous le feu ennemis, évasion d'un hôpital surveillé par les services secrets) se passent complètement hors champ. Quand June ou Roy sont dans les vaps, ils ne vivent leur salut qu'à travers de brefs moments de lucidité, un visage flou, quelques paroles apaisante.

Je crois que nous vivons souvent notre salut de cette façon-là : semi-inconscients. C'est certes très frustrant et vexant : "comment ça, les moments clefs de ma vie échappent à mon contrôle ?" Mais au bout du compte, ça veut dire que ce n'est pas à nous d'échapper par nous même aux bombardements ou de tromper la surveillance des assassins. Et je trouve ça plutôt rassurant...

 

Sans Christ, nos chances de survie sont à 0, avec lui, elles passent à 100, sans lui  0, avec lui 100.(je sais, ça donne mieux à l'écran)

Alors, si on lui laissait les commandes ?

Coupables et non condamnés

16 Octobre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 10 octobre 2010

Journée mondiale contre la peine de mort

Genèse IV , 1 à 16

Jean VIII1 1 à 11

 

Les deux textes que nous avons entendus ce matin ont été choisis pour cette journée mondiale contre la peine de mort. Et dan ce contexte, mis ainsi en parallèles, leur point commun saute aux yeux : une intervention sauve un condamné à mort mais ils présentent une différence assez surprenante. Mais avant leur différence et leur ressemblance, je voudrai commencer par évoquer le sort commun à ces deux textes.

 

Ce sort commun, c'est la lecture à côté de la plaque. Toujours, quand on évoque le récit d'Abel et Caïn, commence le procès de Dieu : "Qu'est ce que c'est que ce Dieu qui ose préférer l'offrande d'Abel à celle de Caïn ?!?". Ce qui peut se décliner de manière plus pieuse : "Si l'offrande de Caïn a été refusée, c'est qu'il offrait des fruits pourris". Mais que le procès soit à charge ou à décharge, l'idée reste bien la même : Dieu aurait des comptes à nous rendre de ses choix. On pourrait aussi bien exiger qu'il nous dise pourquoi il a choisi Israël ou Marie... Dieu n'a pas agréé l'offrande de Caïn, la suite du récit  nous montre que cela ne signifie pas qu'il a rejeté Caïn.

Mais arrêtons de faire le procès de Dieu, arrêtons de chercher des circonstances atténuantes à Caïn, Caïn est coupable de fratricide et nous ne comprendrons jamais ce récit si nous ne l'admettons pas.

Dans le récit de la femme adultère, la fausse piste est d'une autre nature. En effet, il est assez rare que nous nous demandions si la femme adultère était battue par son mari ou si elle avait vécu une belle histoire d'amour avant d'être mariée de force. En revanche, nous utilisons très souvent l'épisode de la femme adultère pour condamner la lapidation. La lapidation des femmes pour quelque raison que ce soit est une atrocité qu'il nous faut combattre. Mais il faut bien reconnaître qu'à aucun moment Jésus ne déclare mauvaise la Loi de Moïse. D'ailleurs s'il le faisait, il tomberait dans le piège qui lui est tendu.

Caïn est un meurtrier et selon la loi, la femme adultère doit mourir. Je dresse ce premier constat pour établir clairement de quelle nature est le refus chrétien de la peine de mort. En effet, les premiers arguments qui nous viennent contre la peine de mort, c'est que dans certains pays, certains motifs de condamnation ne méritent pas la peine capitale, et il devient difficile d'établir quels crimes méritent la mort. Il est vrai aussi que la peine de mort rend irréparable toute erreur judiciaire et que le risque de voir tuer un innocent est réel et insoutenable. Du point de vue de la logique, ces arguments sont importants. Mais dans notre foi, ils n'entrent pas en ligne de compte. Ces textes viennent nous dire que la mort du coupable n'est pas plus acceptable que celle de l'innocent.

 

C’est dans leurs différences que nos textes expriment deux oppositions basées sur notre foi.

Jésus sauve la femme adultère avec un argument juridique : « que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre ». C'est-à-dire «pour tuer cette femme au nom de la loi de Moïse, il faut appliquer intégralement la loi de Moïse ». Lapider la femme alors que l’on est soi-même pécheur, impliquerait que l’on se permet de faire un tri dans la loi, de rejeter ce qui nous dérange pour appliquer ce qui nous arrange. Or la Loi de Dieu n’est pas négociable ni morcelable.

Ainsi, Jésus nous rappelle-t-il durement que nous sommes tous sous la condamnation de Dieu, nous sommes tous ce que Dieu rejette. Comment pourrions-nous oser appliquer une sentence qui nous condamne aussi ? Comment pourrions-nous oser prendre la place de celui qui juge.

Paradoxalement, si Jésus rappelle l’argument de la loi contre la peine de mort, l’Ancien Testament, avec l’histoire de Caïn rappelle un tout autre argument. « La sentence est trop lourde pour moi » se plaint Caïn et Dieu entend sa plainte. Si Jésus évoquait la Loi, l’Ancien Testament évoque, quant à lui, la miséricorde. Dieu prend pitié du coupable. Nous lisons souvent l’histoire de Caïn et d’Abel en nous indignant que Dieu rejette « injustement » Caïn et nous voyons qu’alors même que Caïn est coupable, alors même que son rejet serait, à nos yeux, juste, Dieu ne le rejette pas. Caïn peut partir aussi loin de Dieu qu’il le veut, Dieu restera avec lui. Et cela est une merveilleuse nouvelle pour nous tous, qui sommes aussi pécheurs, Dieu ne rejette pas le coupable, Dieu pose une marque sur nous.

Et c’est vrai que j’aime que ce texte casse un peu notre association systématique : l’Ancien testament c’est le légalisme et le Nouveau testament, c’est l’amour et la miséricorde… C’est au nom de la Loi qu’est sauvée la femme adultère, c’est au nom de la miséricorde qu’est épargné Caïn…

 

La Loi et la miséricorde s’opposent à la peine de mort et c’est bien dans la même affirmation. Va et ne pèche plus dit Jésus à la femme adultère, Caïn sera l’ancêtre de ceux qui jouent de la musique. Ce que je veux, dit Dieu, ce n’est pas la mort du méchant mais qu’il se repente et qu’il vive. La peine de mort, c’est l’engrenage de la violence, c’est la logique de la mort. Face à cette logique fatale, Dieu pose une parole de vie.

La peine de mort, c’est la fin de tous les projets, mais Dieu, lui, ouvre une espérance nouvelle.

Va et ne pèche plus, n’est pas une menace, c’est une promesse, la femme adultère est en tout point sauvée de la mort sous toutes ses formes. Sauvée de la lapidation bien sûr mais aussi délivrée de son péché qui est une mort.

 

Voilà frères et sœurs, au nom de quoi nous refusons la peine de mort, au nom d’une loi qui nous interdit de nous prendre pour Dieu, au nom d’un Dieu de miséricorde et plus encore, au nom d’un Dieu qui est un Dieu de vie et de commencement, au nom d’une espérance qui ne veut voir se fermer aucune porte.

Et ce Dieu nous appelle à vivre de la vie qu’il nous donne, à nous délivrer de nos cycles de violence et de peur.

Va mon frère, va ma sœur et ne pèche plus. Ta vie commence aujourd’hui.

 

Amen

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