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Miettes de théologie

La conscience

28 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

En fait, il est assez théologiquement correct, ce personnage de Jiminy cricket : la conscience est le regard extérieur que Dieu (et non pas la fée bleue) nous donne d'avoir sur nous même.

Un regard sur nous même parce que notre conscience diffère de la morale en cela qu'elle ne s'applique pas à autrui. Elle nous pousse d'ailleurs parfois à agir contre la morale ambiante : agir selon sa conscience, c'est parfois agir en dépit des règles édictées par les autres...

Un regard extérieur car notre conscience ne s'embarrasse pas de compromis, d'auto-justification. Nous ne pouvons pas tricher avec elle, elle nous oblige à nous voir tels que nous sommes.

 

Un don de Dieu, parce qu'aussi intransigeante soit-elle, notre conscience n'a pas pour but de nous écraser sous la culpabilité mais de nous permettre de mesurer l'immensité de l'amour qui nous est donné. Car si Dieu nous permet de nous voir tel que nous sommes, il nous assure également de son amour, quand bien même nous ne méritons pas cet amour...

 

 Si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur et il connaît tout.

I Jean 3, 20

Les monstres et le péché (2) Le vampire

27 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 

On retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?

La légende du vampire, un mort qui se relève de la tombe pour se nourrir des vivants se retrouve sous diverses formes. Mais ici, je voudrais me borner à l'image du vampire telle que l'a immortalisée Brahm Stöcker dans son Dracula .

Comme son confrère nocturne, le loup-garou, en proie à une faim insatiable, le vampire se nourrit de ses victimes. Mais la ressemblance s'arrête là : si le loup-garou est une créature bestiale et enragée, le vampire, lui, se présente sous un jour séducteur et calculateur. Sa monstruosité n'est pas immédiatement apparente et cela ne le rend que plus redoutable.

Quand le loup-garou symbolise la violence que nous avons en nous, le vampire vient incarner notre désir de domination, notre volonté d'utiliser l'autre, d'en tirer notre profit. Il n'est pas insignifiant que Dracula, le plus célèbre des vampires, soit un noble, véritable seigneur de son domaine. Puissant qui n'utilise sa force que pour acquérir encore plus de puissance, dévoreur de ses semblables, le vampire est présent dans la Bible, mais pas sous son aspect légendaire, il ne dort pas dans un cercueil ni ne se transforme en chauve-souris. Dans la Bible, il est bien humain et concret : il est l'archétype du roi présenté par Samuel :

il prendra vos fils et il les affectera à ses chars et à ses attelages, ils iront devant son char comme gardes du corps ; il les nommera chefs de mille ou chefs de cinquante, il leur fera labourer ses terres, récolter sa moisson, fabriquer ses armes et l’équipement de ses chars. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra le meilleur de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers et il le donnera aux gens de sa cour. Il prendra la dîme de vos semailles et de vos vendanges, et il la donnera à ses hauts fonctionnaires et aux gens de sa cour. Il prendra les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, et vos ânes, et il s’en servira pour ses travaux. Il prendra la dîme de votre petit bétail. Ainsi vous deviendrez ses esclaves

 (Samuel 8, 11 à 18),

 

 

 

 

Il est le puissant et le riche que dénonce Amos :

Ecoutez, vous qui harcelez le pauvre et qui supprimez les déshérités du pays (Amos 8, 4).

Mais il serait trop commode de dénoncer le vampirisme de l'autre. Dans la légende, le vampirisme est contagieux, il se transmet aux victimes du vampire, il en va de même dans la réalité. Dominés, exploités par plus puissant que nous, nous prenons bien souvent notre revanche sur ceux qui sont plus faibles. La soif de pouvoir n'épargne personne. Je trouve d'ailleurs la légende très conforme à la bible quand elle  nous dépeint le vampire, rongé par sa soif comme déjà mort et comme créature des ténèbres.

Mais si la Bible dénonce, elle ouvre également un chemin nouveau contre le vampirisme, un remède moins folklorique qu'un chapelet d'ail, moins expéditif qu'un pieux dans le cœur., un chemin de guérison, de délivrance et de vie :

Au contraire, que le plus grand parmi vous devienne comme le plus petit, et celui qui dirige comme celui qui sert (Luc 22, 26)

 

 

 

Parlez moi d'amour

26 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 26 février 2006

Osée I, 1 à 9 et II, 16 à 22

Matthieu XIX, 3 à 12

Car il y a des eunuques qui le sont depuis le ventre de leur mère, il y en a qui le sont devenus par le fait des gens, et il y en a qui se sont rendus eux–mêmes eunuques à cause du règne des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne !

Facile à dire mais pas si facile à faire… Parce que cette phrase justement est particulièrement difficile à comprendre. A première vue, on pourrait penser que Jésus célèbre ici ceux qui font vœu de célibat. Mais c’est peu probable, l’enseignement qui précède montre à quel point Jésus était en phase avec la pratique de son époque qui célébrait le mariage, en faisant presque une obligation religieuse. Alors pourquoi d’un seul coup se ferait-il, de façon aussi lapidaire, le défenseur du célibat ? D’autant que sa prise de position serait particulièrement maladroite. Imaginez vous l’Église catholique romaine en train de défendre le célibat des prêtres avec l’argument « Comme ça, au moins, ils ne sont pas encombrés par une bonne femme… » Ce serait risible, voire grotesque. Eh bien si on considère l’enseignement de Jésus comme une invitation au célibat, c’est précisément l’argument qu’on retrouve. Jésus s’oppose à la répudiation permise par la loi de Moïse, ses disciples s’interroge « alors il n’est pas avantageux de se marier » et Jésus de conclure « alors, mieux vaut vivre comme un eunuque ». Décidément cette interprétation ne tient pas…

Alors, restent deux solutions : soit cette phrase est purement et simplement un ajout de Matthieu. Après tout, on ne la retrouve pas dans les autres témoignages de l’enseignement sur la répudiation, il n’est donc pas impossible que Matthieu l’ait construite de toute pièce ou qu’il ait collé à la suite d’un discours sur le mariage un autre enseignement de Jésus sur les eunuques, enseignement dont on aura perdu toute autre trace… Soit cette phrase est effectivement une réponse aux disciples, mais elle n’est pas une invitation au célibat, simplement un façon de leur dire que certains acceptent des règles bien plus dures que celle que celle de non répudiation posée ici…

En parlant de cette règle de non répudiation, comment on s’en sort avec ce texte dans une Église qui permet le divorce ? On pourrait préciser en premier lieu que divorce et répudiation ne sont pas vraiment la même chose. C’est vrai, mais un peu facile comme réponse… Alors, approfondissons un peu… Est-il permis à l’homme de répudier son épouse ? Réponse de Jésus : Non ! Pas parce que c’est mal ou immoral mais tout simplement parce que c’est contraire au projet de Dieu, contraire à l’amour qui unit l’homme et la femme. Ici, il n’est pas question de loi, simplement de rappeler la volonté de Dieu. Or la répudiation ou le divorce bref, l’échec n’entre pas dans cette volonté. Dieu ne veut pas que le couple échoue, que l’homme et la femme se sépare. Dieu ne veut pas de la souffrance qui accompagne toujours cet échec. Mais, pourquoi avoir permis la répudiation ? A cause de votre obstination. A cause de l’endurcissement de votre cœur. A cause de votre incapacité à vivre la volonté de Dieu pour vous. Alors ce texte est-il un texte de loi ou le rappel qu’au delà même de la loi, il y a la volonté de Dieu ? Comment recevoir ce texte ?Eh bien tout dépend de la manière dont nous nous considérons, dont nous considérons l’humain... Soit dans un humanisme catholique romain, nous le considérons comme capable de s’arracher au péché et le divorce devient irrecevable en Église : Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Soit, dans le pessimisme anthropologique cher à Calvin, nous considérons l’homme comme incapable de s’extraire de la tourbe du péché, et tout comme la répudiation était accordée par Moïse, le divorce nous est permis, non pas comme une bonne chose mais comme un constat d’échec et comme la possibilité de reconstruire malgré cette échec. Sommes-nous aussi endurcis de cœur que ne l’étaient les contemporains de Moïse ? Ou bien sommes-nous meilleurs ?

Quelle que soit votre lecture, je voudrais attirer votre attention sur la réponse des disciples, que je trouve très drôle et merveilleuse de naïveté machiste : Si telle est la condition de l’homme par rapport à la femme, il n’est pas avantageux de se marier. C’est vrai quoi, si on doit s’engager toute la vie avec une même femme, autant ne pas se marier… C’est cette réponse qui m’a donné envie de mettre ce passage de Matthieu en parallèle avec celui d’Osée. En effet, « Il n’est pas avantageux de se marier », cela aurait pu être la réponse d’Osée à Dieu qui lui demandait d’épouser une prostituée… Or, ce mariage du prophète avec une prostituée se veut précisément une image du mariage de Dieu avec Israël. En effet Dieu est marié, engagé avec un peuple qui sans cesse lui est infidèle, sans cesse se détourne de lui. Et pourtant, Dieu n’abandonne pas ce peuple, il ne se lasse pas de lui. Si Dieu respecte à ce point son engagement, ce n’est pas par soumission à une règle, à une loi qui lui interdirait le divorce ou la répudiation. Qui pourrait soumettre Dieu à quelque règle que ce soit ? Si Dieu reste malgré tout fidèle et lié à son peuple, c’est par amour. Un amour qui Le pousse à reprendre ce peuple que la raison et la justice devraient Le conduire à abandonner au désert et à la main de ses ennemis. Un amour qui le pousse à avoir compassion de Lo-Rouhama, celle dont on n’a pas compassion. Un amour qui Le pousse à considérer comme son peuple Lo-ammi, celui qui n’est pas son peuple. La Bible parle peu de mariage, elle donne peu de règles sur la vie de couple, en revanche pour parler de la relation de Dieu à son peuple, elle utilise très souvent l’image du mariage parce que, que la relation soit dans une bonne ou une mauvaise passe, c’est toujours d’une relation d’amour qu’il s’agit. Et la Bible sait bien qu’à la base du couple, il n’y a pas la loi religieuse ou la règle civile, à la base du couple, il y a l’amour. Sans cet amour, le mariage, la vie de couple n’est que contrainte. Sans cet amour, les défauts de l’autre deviennent invivable. Sans cet amour le couple, qu’il se vive ou non dans le mariage, devient le pire des carcans et les disciples ont bien raison de penser qu’il est plus avantageux de ne pas se marier, de vivre seul. Mais, étrangement, l’amour permet de vivre librement et joyeusement ce qui, sans lui, serait considéré comme la pire des servitudes.

On regrette souvent qu’en français, il n’existe pas plusieurs mots pour dire cet amour. Mais en fait, si l’amour que l’on porte à son époux, à son épouse ne s’exprime pas de la même manière que celui qu’on porte à ses amis, ou à Dieu ou encore au prochain, n’est-ce pas finalement le même sentiment ? Un sentiment qui nous pousse à faire avec joie ce que nous ne supporterions pas de faire sous la contrainte…  Or, non seulement Osée nous redit à quel point Dieu nous sommes aime, au-delà de ce que nous méritons, mais il va plus loin. Tu ne m’appelleras plus mon Baal, c’est à dire « mon maître » mais « mon époux. Dieu nous invite à remplacer la crainte respectueuse pour la divinité par de l’amour. Dieu veut être aimé, Dieu veut nous plaire. Dieu veut nous séduire. Et par cette volonté, Il se met à notre merci. Dieu ne veut pas nous asservir, Il veut que, librement, nous l’aimions et pour cela, Il se met à notre service.

Frères et sœurs, Dieu mendie notre amour. Un amour par lequel librement nous nous engagerons sur le chemin de vie qu’il nous a ouvert.

Libertad !

25 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

A quoi sert une chanson, si elle est désarmée ?

 

Un concert pour la libération des séquestrés, cela peut paraître futile, voire dérisoire. Inutile en tout cas... On le sait bien que ce sont des manœuvres politiciennes et diplomatiques, pas des chansons, qui délivreront les kidnappés de Colombie et du monde.

Et pourtant, aussi inutile, aussi futile qu'il soit, ce soir-là, ce concert était doublement nécessaire. Nécessaire pour faire reculer l'oubli, nécessaire pour faire avancer l'espoir.

Oui, ce soir là, l'oubli a fait un pas en arrière. Le nom célèbre d'Ingrid Bétancourt a servi de projecteur pour éclairer des noms et des visages moins connus : ceux de Clara, Rojas Marc Beltra, de John Pinchao, de Alberto Quintero, de Erasmo Romarin et tant d'autres, trop d’autres. Rappeler ces noms, les faire connaître est une urgence. C'est ce qui les raccroche à nous, ce qui les tient en vie. Rappeler ces noms, les faire connaître est une urgence. C'est ce qui les raccroche à nous.

Faire reculer l'oubli, c'est aussi faire avancer l'espoir. Nous souvenir d'eux, c'est pousser les politiques, ceux qui peuvent, faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les libérer. Nous souvenir d'eux, c'est dire à leur ravisseurs que la vie humaine a un prix.

Un concert contre l'oubli, un concert pour faire savoir. Ce  soir, l'humanitaire était facile. A présent que la musique s'est tue et que les projecteurs sont éteints, il nous incombe de continuer à nous souvenir et à notre tour de colporter leurs noms : Ingrid, Clara, Marc, Javier, ...

A Renaud et à ses amis artistes qui se sont engagés, aux membres de l'association et à tout ceux qui rendent cet espoir, cette solidarité possibles, je veux dire "Merci : vous n'avez pas travaillé en vain. Grâce à vous, nous n'oublierons pas.

Aux otages, à leurs familles, je veux dire : "Tenez bon ! Nos prières vous accompagnent"

Nous ne serons libres que quand ils le seront.

La faute à Eve

24 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Le bon Dieu est misogyne… Anne Sylvestre

 

Et l'Eternel contempla la femme qu'il avait formé. Alors, Il déclara : « Tant pis ! elle se maquillera... »

 

A travers ses nombreuses relectures, humoristiques ou théologiques, le récit de la création du monde a acquis une solide réputation de misogynie. Réputation méritée ? A voir...

 

Certes le récit fut écrit par et pour des hommes mais au-delà de l'image de la tentatrice que l'Eglise a cru bon y voir, que contient-il vraiment ? Que dit-il sur les relations hommes et femmes ?

Premièrement, la femme n'est pas « le produit d'un os surnuméraire ». En fait, avec cette histoire de côté, le texte lui donne d'emblée le statut d'égale, de vis à vis de l'homme : chair de sa chair, os de ses os. Sa provenance n'est pas une manière de la rabaisser. La femme n'est pas créée pour être l'esclave de l'homme, ni pour être dominée par lui. D'ailleurs, contrairement à ce qui se passe pour les animaux, l'homme ne la nomme pas. Ce n'est pas anodin : nommer quelqu'un c'est prendre sur lui un pouvoir. La femme échappe à cette prise de pouvoir et sera simplement isha : féminin de ish, l'homme (l'hébreux est ici intraduisible en français).

Significative aussi cette promesse : "l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme" qui est l'inverse exacte du message véhiculé par notre tradition matrimoniale. Pour nous, la femme perd son nom, son mari la reçoit de sa famille, mais dans le texte, c'est l'homme qui passe ainsi de sa famille à sa femme, c'est lui qui est placé en situation de besoin.

 

- Oui, c'est bien joli tout ça, mais enfin, c'est quand même bien la femme qui est déclarée responsable de la chute !

Oui, elle est responsable mais pas seule. Et celui qui est déclaré tentateur et séducteur, c'est le serpent, symbole phallique s'il en est. En fait, c'est l'humanité toute entière (homme et femme) qui porte ici la responsabilité de la chute. Une fois encore, la femme est associée à l'homme, pas forcément pour le meilleur mais n'est-ce pas le prix de l'égalité ?

 

Et tes désirs se porteront vers ton homme, mais il dominera sur toi.  Là, il est difficile de nier qu'il y a domination de l'homme sur la femme. D'autant que c'est à partir de ce moment que l'homme va véritablement nommer, et donc prendre un pouvoir sur son épouse : Eve. Mais cette domination n'est pas naturelle, elle n'est pas bonne, elle n'est pas conforme au plan de Dieu. Ce texte, pourtant écrit dans une société patriarcale, affirme que la soumission de la femme à l'homme n'est pas la volonté de Dieu mais la conséquence de la volonté humaine de s'établir comme dieux, le triste résultat du désir de puissance qui habite l'humanité...

Alors, sans doute, ce texte peut-il se comprendre comme justification d'une société patriarcale mais il est,paradoxalement, bien plus moderne que les délires misogynes auxquels il a donné naissance.

Torah, Bible, Coran, livres de parole

21 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

D'ordinaire, je n'aime pas beaucoup les expositions littéraires : elles sont souvent austères, et puis, un livre n'est pas fait pour être mis sous vitrine. Mais quand la Bibliothèque Nationale lance une exposition  sur les livres fondamentaux des 3 monothéismes, il m'est difficile de rater l'occasion.

 

 

L'exposition est belle, dense et bien documentée. Après une introduction commune aux 3 religions abrahamiques, le visiteur peut entrer dans le détail de chacune. Un seul Dieu, 3 révélations, plusieurs livres (eh oui ! La Bible (juive ou chrétienne) est une bibliothèque et le Coran s'accompagne de la Sunna) et des modes multiples de relation au texte...

L'exposition n'est pas exhaustive mais, à travers l'objet livre, elle donne une image intéressante de ces différences de relations au texte. Des Corans superbes témoignent de la dimension artistique de la spiritualité musulmane. Les Bibles polyglottes reflètent le grand débat chrétien et humaniste autours des questions de traduction. La pensée rabinique s'exprime à travers la géométrie d'un Talmud médiéval. Bien sûr, la datation, vieille d'au moins 30 ans, des textes bibliques, a de quoi faire sourire le connaisseur (soucieux, sans doute, de ne heurter personne, les auteurs ont été captifs de leur neutralité bienveillante) Bien sûr, les techniques modernes de l'exégèse chrétienne sont à peine évoquées comme si le temps s'était figé depuis les débats de la renaissance.

 

Mais, l'intérêt est ailleurs. A travers les différentes formes (classiques ou bizarreries) d'un objet, le livre, l'esprit des grandes religions monothéiste est saisi. Rien ne m'a fait bondir concernant le christianisme et sur le judaïsme et l'Islam, j'ai appris des choses.  

 

Et puis, le caractère fascinant de la révélation scripturaire est bien rendu. Contrairement à la parole, l'écrit est intemporel : il est au delà de l'espace et du temps, il échappe à la culture dont il est né. Il m'oblige à le faire mien, à l'interpréter. Contrairement à la parole, le texte est figé. Il me rappelle que, toujours, je lui suis étranger, incapable de me l'accaparer totalement. Le texte se donne, mais il reste insaisissable.  Il me rend libre mais il garde sa propre autonomie.

Le site de l’exposition Torah Bible, Coran, livres de parole

Une mémoire libérée

19 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 19 février 2006

Esaïe 43, 18-25

Philipiens III, 4 à 9

Matthieu IX, 16 à 17

« Ne vous souvenez pas », cet appel à l’amnésie résonne de manière surprenante dans la Bible. En effet, la Bible est avant tout un livre de mémoire. Alors, replongeons nous dans cette mémoire et voyons ce qu’elle signifie. C’est ainsi que nous verrons de quel passé, Esaïe nous invite à nous détourner et comment cette amnésie devient pour nous libératrice.

"Souviens-toi", « enseigne à tes enfants », « perpétue le souvenir »... Tout au long du texte biblique, Israël est appelé à faire mémoire, à s'enraciner dans son histoire. Cette importance de la mémoire n'est pas propre à Israël. Pour tous les peuples, l'histoire et sa relecture sont des vecteurs d'identité important. Mais cette identité historique est peut-être plus importante pour le peuple d'Israël. En effet, alors que les autres peuples peuvent se prévaloir de leur puissance militaire, de leur richesse, de leurs réalisations scientifiques ou artistiques pour affirmer leur identité, Israël n'existe que par son alliance avec le Dieu unique, or cette alliance se traduit d'abord par des évènements passés, les hauts faits du Seigneur pour son peuple. D'où l'importance primordiale de la mémoire. D'où, aussi, le côté surprenant de cette injonction : "Ne vous souvenez plus des premiers évènements" .Pourtant, faire mémoire, pour les hébreux ne signifie pas "Vivre au passé". Il s'agit plutôt de rendre présent, actuel, vivant les évènements du passé. C'est le sens de la fête de la Pâque juive : faire vivre au présent la sortie d'Égypte. Affirmer que cette libération n'est pas seulement celle des ancêtres il y a des milliers d'année mais qu'aujourd'hui encore Dieu fait sortir de servitude chaque membre de son peuple. La mémoire du peuple juif n'est pas une manière de retourner en arrière, mais bien un appel à vivre au présent. Ainsi, l'invitation à la mémoire et l'injonction d'Esaïe, "Ne vous souvenez pas", se rejoignent dans un même appel : "Vivez le temps présent, habitez l'aujourd'hui"

C'est en effet le sens premier de ce passage d'Esaïe, les temps anciens que le peuple est invité à ne pas reproduire, à oublier, à effacer : ce n'est pas la sortie d'Égypte, ce ne sont pas les jours d' Abraham et des patriarches. Non, bien sur que non ! Ce sont les temps de l'idolâtrie. Le temps où l'on se détournait de Dieu pour s'enchaîner à toutes sortes de rituels très compliqués. C'est assurément le culte des idoles et l'effroyable poids de ses exigences qui est dénoncé ici. Un poids qui se mesure aussi bien en temps qu'en argent. C'est à ce temps de contrainte, d'esclavage religieux que le peuple est invité à ne pas revenir, c'est de ces jours d'idolâtrie qu'il est appelé a s'éloigner pour entrer dans une ère nouvelle. Alors, bien sûr cet appel peut nous sembler un peu lointain. Il peut paraître ne pas nous concerner et disons le franchement, peut-être serait-il bon que le pasteur passe tout de suite à sa troisième partie.

Et pourtant, je voudrais m'attarder un peu. Je sais bien que nous ne brûlons plus d'holocaustes à la déesse de l'amour et de la fertilité pour qu'elle nous garde  éternellement beau, jeune et désirable. Nous préférons les miracles de la gym, des régimes et de la médecine moderne. Nous ne nous astreignons plus à des rituels magiques compliqués pour nous garantir une longue fortune. Nous préférons nous attacher à notre productivité, à nos épargnes bancaires, notre maîtrise du monde des finances et de  la bourse. Aux dieux lares qui protégeaient les foyers, nous préférons les verrous, alarmes et antivol. Nous n'avons plus peur de déclencher le  courroux de quelque esprit vengeur : aujourd'hui, ce qui nous angoisse c'est le décès d'un canard, la menace d’un attentat terroriste ou d’une agression. Bien sûr ces craintes sont bien fondées, de même que l’étaient la peur de la foudre ou de la maladie ou de la bête fauve qui se disait à travers la superstition. Bien sûr nos recettes de jeunesses, de beauté, de richesse sont plus rationnelles que les pratiques magiques de l’époque. Mais sont-elles vraiment plus infaillibles ?  Et surtout, leur but est il véritablement le but essentiel d’une existence ? Alors, peut-être avons nous à nous interroger, en notre âme et conscience : sommes-nous véritablement libéré du temps des idoles, n’est-il pas temps pour nous de renoncer aux jours d’autrefois et de l’esclavage ?  

 

Il y a une autre façon de comprendre cette libération par rapport au passé, une manière tout aussi actuelle. On a beaucoup parlé d’histoire ces derniers temps. Or, on en a pas vraiment parlé d’une façon libre. Après un long moment d’histoire glorieuse, nous sommes passé au temps du dénigrement. Et voilà que l’histoire positive voudrait aujourd’hui refaire surface. Cette oscillation permanente entre une lecture culpabilisée et culpabilisante et une lecture auto-justificatrice de notre histoire traduit une seule et même attitude : nous nous sentons prisonniers de cette histoire, constitués par celle-ci et incapables de nous affranchir. Mais, mes ancêtres ne sont pas moi et pourvu que je ne suive pas les mêmes voies qu’eux, je n’ai pas à me sentir coupable de leur fautes. Cela peut nous paraître logique et évident dans notre culture individualiste et pourtant les débats récents montrent à quel point, malgré notre individualisme, cela nous est difficile à vivre. Alors, pour une culture qui se voyait avant tout comme un peuple, imaginez à quel point cette annonce d’Esaïe est nouvelle.

Inutile d’ailleurs de faire un gros effort d’imagination. Car si cela est vrai pour notre histoire en tant que peuple ou que nation, cela est vrai aussi de notre histoire en tant qu’individu. Je peux échapper à mon passé, c’est la promesse d’Esaïe : je ne suis pas prisonnier de ce que j’ai fait, des erreurs que j’ai pu commettre, je peux commencer quelque chose de neuf. Et cette liberté, je la reçois parce que Dieu décide de pardonner. Car en effet, l’oubli de Dieu, cette amnésie sélective : je ne garde pas tes fautes en mémoire, signifie le pardon. Un pardon qui efface et nous libère. Un pardon qui permet le renouvellement. Ici, l’oubli ne nous empêche pas de tirer un enseignement de nos erreurs, il nous dit simplement qu’il n’est pas trop tard, qu’il n’est jamais trop tard pour nous détourner de ces erreurs, pour faire demi-tour et quitter un chemin qui ne mène nulle part…

"Si c’était à refaire, je le referais…" Je ne pense que cette affirmation est souvent une manière de plastronner, une gasconnade. Bien souvent, nous nous disons plutôt : si seulement c’était à refaire, si seulement je pouvais recommencer.. » Eh bien, parce que Dieu nous libère de notre passé, parce que Dieu nous le permet, aujourd’hui, nous le pouvons. Nous pouvons nous détourner d’un passé porteur de mort, un passé aliénant et commencer quelque chose de nouveau

Frères et sœurs, libres de l’esclavage de notre passé, nous pouvons commencer une vie nouvelle. Libres de la servitude de notre histoire, nous pouvons entamer la construction d’un monde nouveau

 

Du passé, Dieu fait table rase,

Peuple esclave debout, debout

Le monde peut changer de base

De nos liens, Dieu efface tout

Amen

 

 

 

Le secret de Brokeback Mountain

16 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Alors c'est l'histoire de 2 cow-boys qui tombent amoureux l'un de l'autre en gardant les moutons. Seulement à cette époque, c'est un amour impossible... Oui, mais non.

Alors, c'est l'histoire de deux hommes mariés qui ont une liaison secrète... Oui, mais non.

En fait, c'est surtout l'histoire d'un homme incapable d'exprimer ce qu'il a sur le cœur. Et ce silence le détruit et détruit ceux qui l'aiment. En effet plus encore qu'une réflexion sur l'homosexualité et l'homophobie, Ang Lee nous parle de non-communication. C'est de leur secret plus que de leur attirance que sont prisonniers Jack et Ennis. Un secret sans doute dû au caractère taciturne de Ennis, à sa volonté de conserver son image d'homme fort mais surtout à sa peur affreuse  du jugement de l'autre, une peur légitime d'ailleurs vu la violence homophobe à laquelle il a assisté enfant... Le discours est long, parfois un peu démonstratif. mais il est servi par une belle image et un beau jeu d'acteur. Et surtout il vient nous rappeler qu'avec nos secrets, nos désirs de paraître, nous nous forgeons des chaînes. Par nos jugements, nous en chargeons les autres.

L'Evangile devrait nous libérer de ces chaînes, pas nous conduire à les renforcer par du rejet et de la condamnation. Entre jugement et indifférence, oserons-nous, chrétiens, tenir un discours réellement libérateur ?

Mission

14 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu Mission. En fait, je ne l’avais vu qu’à sa sortie en salle et ce dont je me souvenais c’était surtout de beaux paysages et une image de rédemption très forte : l’indien libérant le capitaine Mendoza, ancien esclavagiste du fardeau que celui-ci s’était imposé en expiation… Cette image reste pour moi la plus forte d’un film qui, au delà de l’histoire du capitaine Mendoza,  reste un très beau plaidoyer contre l’alliance de quelque Église que ce soit avec quelque pouvoir que ce soit… Une telle alliance en effet peut sauver la vie de l’Église mais au prix de sa raison d’être… Qui veut sauver sa vie la perdra (Mt XVI, 25)

Et la vision très sombre d’une résistance contre la politique et la soif de profit. Résistance dérisoire qu’elle soit armée ou non violente. Résistance futile et donc absolument nécessaire. Le cinéaste ne tranche pas entre le choix des deux hommes : le guerrier et le non violent font preuve du même courage, de la même compassion et les deux connaîtront le même sort. Le moyen de résistance, de lutte contre l’injustice est laissé à notre choix. Un choix dont il nous faut assumer la responsabilité…

Arte m’a permis de me replonger dans très beau film. Une réflexion sur le paternalisme des « amis des indiens » sur la transmission d’un message sans chercher à l’exprimer dans la culture de ceux qui le reçoivent aurait été bienvenue mais ce n’était pas le sujet du film. De toute façon, le réalisateur a bien compris l’essentiel : l’Évangile ne peut s’accommoder de compromis. Un radicalisme qu’il est bon de rappeler…

Une fausse note tout de même : pourquoi le traducteur français a-t-il sous titré And the light shineth in darkness, and the darkness knew  it not (Jean I, 5) par La lumière brille dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas vaincue… Il n’avait pas de Bible chez lui ? ni de dictionnaire d’anglais ?

Un mécréant évangélique

10 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Une chaise, un micro, une guitare. Pour chanter Brassens, Maxime Leforestier est fidèle à la sobriété de celui-ci. Seul écart, une table et une liste : 99 chansons. Et c’est le public qui choisit, à l’aveuglette, en lui donnant des numéros. C’est un bon système, puisque de toute façon, un récital Brassens sera toujours frustrant (Pourquoi n’a-t-il pas chanté celle-là). Et puis ce soir là, nous avons eu de la chance, Leforestier a chanté deux chansons inconnues pour moi (sans me vanter, elles sont rares) : La chaude-pisse (une phase intermédiaire entre Carcassonne et Le nombril) et Le myosotis.

Sinon, par le hasard des numéros réclamé par le public, la soirée a été à l’image de l’œuvre de Georges Brassens, tour à tour paillarde, humoristique, contestataire, humaine, toujours poétique. C’était pour moi, comme un retour aux sources : j’ai grandi avec les chansons de Brassens et puis, soyons francs, certaines ont servi à forger ma vision du monde et donc ma théologie…

Cette affirmation a de quoi en surprendre plus d’un. Alors bien sûr , je ne parle pas du Gorille ou de Quatre quinze fois sur cent. Mais à côté des gauloiseries, un certain nombre de chansons de Brassens ont une tonalité véritablement évangélique. Ceux qui en doutent peuvent réécouter l’Auvergnat bien sûr, mais aussi L’épave, le joueur de flûte, Celui qui a mal tourné et même Le mécréant, La messe au pendu, L’assassinat. Et s’ils continuent à douter, ça laisse à penser que pour eux, l’Evangile c’est de l’hébreux. Sans vergogne…